Présidentielle, décroissance... Le "8h30 franceinfo" de Yannick Jadot et Delphine Batho
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
À moins d'une semaine du premier tour, France Info vous fait vivre la primaire écologiste. Hier, nous avons reçu trois candidats, Éric Piolle, Sandrine Rousseau et Jean-Marc Gouvernatori, dans une dizaine de minutes. C'est Delphine Bateau qui répondra à nos questions. Mais pour l'instant, c'est Yannick Jadot qui est avec nous. Bonjour Yannick Jadot. Bonjour. Vous avez 54 ans, vous êtes député européen, ancien dirigeant de Greenpeace. Vous étiez candidat écologiste à l'élection présidentielle de 2017, la dernière avant de finalement vous ranger derrière le socialiste Benoît Hamon. Benoît Hamon qui a annoncé hier dans les colonnes du Monde que la politique s'était finie pour lui.
Il va se lancer dans une ONG. Il dit que la politique finalement ne fait pas suffisamment bouger les choses. Il dit que sur le climat, par exemple, la solution viendra du terrain et pas d'en haut. Est-ce qu'il a raison quand il dit ça ? Est-ce que la politique, c'est plus l'endroit où ça se joue, où ça se passe ?
Pour sauver le climat, il faudra agir à tous les niveaux. Toutes les enquêtes qui sont faites par les experts disent que si chaque citoyen devient presque parfait dans ses comportements, on fait 25% du chemin. Ce sont les politiques publiques qui vont faire le reste. Ce sont des politiques publiques locales. Nos maires agissent énormément en faveur du climat à l'échelle des régions, à l'échelle européenne, à l'échelle internationale.
Mais la politique nationale a une capacité à transformer, à impulser des transformations dans l'agriculture, dans nos transports, dans notre système énergétique, tout en offrant, et c'est un élément essentiel de mon programme, tout en axant les efforts pour favoriser la justice sociale, pour renforcer le pouvoir d'achat, qu'on appelle le pouvoir de vivre, et pour favoriser l'emploi et la relocalisation de l'économie, ce qui nous paraît essentiel aujourd'hui. Salia Braclier.
Benoît Hamon, qui quitte la vie politique et qui ne nous a pas apporté son soutien à ses primaires, est-ce que ça vous déçoit ?
Non, il quitte la vie politique, il n'apporte de soutien à personne. Ça fait un petit moment qu'il a fait un pas de côté vis-à-vis de la politique, donc il s'engage dans une autre vie. Bonne route à lui.
Allez, Yannick Jadot, pour le moment, vous êtes donné comme le favori de ces primaires, mais chez les écologistes, il faut parfois se méfier de ce genre de prédiction. Vous connaissez bien le sort qui a été réservé à Nicolas Hulot lorsqu'il était candidat à Cécile Duflo la dernière fois. La preuve, vous l'avez battu. Comment vous pensez échapper aujourd'hui à cette malédiction, à ce parti coupeur de tête, qui n'aime pas les têtes qui dépassent, qui n'aime pas les favoris ?
La démocratie, son charme comme son incertitude, c'est qu'à la fin, ce sont les électrices et les électeurs qui votent et qui décident. Et moi, j'appelle vos auditrices, vos auditeurs à s'inscrire sur lesécologistes.fr, à s'emparer de cette primaire, comme à s'emparer de l'élection présidentielle.
Plus il y aura des électeurs et moins ce sera le cœur d'une claire écologiste.
Non, parce que ça fait 12 ans que je suis dans cette formation politique, que j'ai cofondé.
Avec qui vous êtes parfois un peu heurté.
Non, non, non, vous savez, regardez, au début de l'été, en quelques jours, on a mobilisé 1200 soutiens, très rapidement, beaucoup d'élus. Donc je n'ai pas de problème. Mais l'enjeu, l'enjeu, l'enjeu, c'est évidemment que cette primaire soit la plus populaire possible. On est toutes et tous concernés aujourd'hui. Regardez, moi j'étais en Belgique, j'étais dans le Var, il y a un an, presque jour pour jour, il y avait les inondations dans la vallée de la Vésubie, de la Roya. Ce qu'on croyait impossible, ou reporté dans des décennies, qu'on allait être impacté très directement, très durement, par le dérèglement climatique. Aujourd'hui, c'est maintenant.
C'est maintenant, ça ravage nos maisons, ça ravage les fermes.
Vous entendez les critiques qui vous sont apportées. Vous êtes trop tiède, vous n'êtes pas un pur écologiste. C'est ce qui ressort. Qu'est-ce que vous dites à ces gens qui pensent ça ?
Écoutez, ça fait 30 ans que mon seul engagement, c'est l'écologie et la justice sociale. Ça a été mon seul engagement politique, c'est dans la famille écologiste. J'ai travaillé avec les paysans au Burkina Faso, avec les femmes au Prima, au Bangladesh. J'ai participé à la construction du mouvement intermondialiste avec José Bové et tant d'autres. Vous l'avez rappelé, j'ai dirigé les campagnes de Greenpeace en 7 ans. Au Parlement européen, j'ai largement contribué à l'interdiction de la pêche électrique qui détruit l'interdiction de la pêche en eau profonde, le combat contre les traités de libre-échange et ce modèle néolibéral qui installe dans le monde la guerre de tous contre tous.
Mais dans le même temps, Yannick Jadot, vous êtes capable de dire devant le MEDEF qu'il faut un capitalisme européen et de dire dans un magazine qui est plus proche des idées d'Europe Écologie Les Verts, qui est le magazine Reporter. C'était il y a deux ans. Je suis anticapitaliste. On vous fait finalement dans votre parti parfois le même reproche qu'on fait à Emmanuel Macron. Vous êtes trop en même temps.
Non, pas du tout. Vous êtes anticapitaliste ou pas ? Non, regardez sérieusement mes déclarations. Quand j'étais au MEDEF, et moi, j'aime me confronter au monde, aux entreprises. Parce qu'il n'y aura pas de transition écologique sans les entreprises, sans les salariés. Donc vous n'êtes pas anticapitaliste, c'était une erreur de dire ça. Non, il faut dépasser le capitalisme. Bien sûr, vous voyez bien que ce modèle économique aujourd'hui, il détruit la planète, le dérèglement climatique, la biodiversité, les pollutions. Il crée des inégalités inacceptables. Ça conduit à un affaissement de la démocratie partout. Bien sûr qu'il faut dépasser ce modèle économique. Qu'est-ce que j'ai dit au MEDEF ?
J'ai dit qu'on ne pouvait pas comparer le capitalisme européen et le capitalisme chinois. parce qu'en Europe, il y a eu des salariés, des syndicats qui se sont mobilisés et qu'il faut combattre les inégalités. Il y a toujours des conquêtes sociales à construire et ça fait partie de notre projet. Mais on ne peut pas comparer la situation démocratique sociale en Europe de celle de la Chine. Le capitalisme, ce n'est pas une théorie. Ce qu'attendent les Françaises et les Français, ce ne sont pas des débats théoriques sur... Ce n'est pas de la théorie de dire si je suis élu président de la République, l'économie de marché s'est terminée. Mais qui peut prétendre ça aujourd'hui ?
Mais, excusez-moi, mais une boulangerie, c'est une entreprise. Une librairie, c'est une entreprise. Un paysan bio, moi, il a des aides publiques, comme les autres paysans. Il y a un cadre réglementaire, mais à un moment donné, il vend sur un marché. Il ne vend pas un col-cause. Mais moi, je suis pour une économie régulée, régulée écologiquement et socialement. Quand, par exemple...
Justement, dans vos propositions, vous avez fait 15 propositions en guise de programme. Vous proposez, par exemple, de conditionner la totalité des aides publiques aux entreprises, au respect du climat, du progrès social et de l'égalité entre les femmes et les hommes. Ça veut dire quoi ? Il va y avoir une liste de critères et il va falloir que les entreprises cochent toutes les cases pour avoir des aides publiques ?
Bien sûr. Vous savez qu'on met beaucoup, beaucoup de milliards dans l'économie et dans les entreprises, que ce soit à travers les marchés publics, le crédit impôt recherche, des exonérations. Aujourd'hui, dans les aides qu'accorde le gouvernement à l'économie, aux entreprises, il en accorde plus à celles qui polluent qu'à celles qu'ils ne polluent pas. Il y a eu des évaluations, y compris issues du ministère de l'économie. Et donc, il nous faut absolument... On ne peut pas donner de l'argent public à une entreprise, comme Total, par exemple, qui va aller forer en Arctique pour obtenir des énergies fossiles.
Il va falloir, de la même façon, vous voyez bien qu'on a notamment tous les salariés, les 4,6 millions de salariés qu'on appelle les salariés de deuxième ligne, qui étaient derrière les personnels soignants, les caissiers, les caissières, les transporteurs, les métiers de l'agroalimentaire. Ce sont des métiers très durs, mal rémunérés, avec des contrats souvent précaires, des conditions de travail très dures, y compris du point de vue de la santé. L'État, à partir du moment où il aide ses entreprises, peut parfaitement imposer qu'il y ait des négociations par branche, des négociations collectives, pour le niveau des salaires, pour les statuts et pour les conditions de travail.
Voilà la responsabilité publique, voilà l'économie régulée que je défends.
Un euro d'argent public pour une entreprise ou un chef d'entreprise qui ne respecte pas le climat, ça veut dire par exemple...
Ça veut dire quoi ? Vous donnez de l'argent public et vous dites à l'entreprise, vous devez développer, adopter une stratégie de décarbonation. On ne coupe pas le robinet du jour au lendemain. De décarbonation. Oui. Et si cette stratégie de décarbonation, elle est discutée entre l'entreprise et notamment les salariés, vous savez que je veux qu'il y ait 50% des salariés dans les conseils d'administration, à l'Allemande, comme dans le système allemand, et il y a une discussion et on vérifie le progrès qui est réalisé par l'entreprise. Mais c'est aussi la loi qui peut être immédiate. L'égalité femmes-hommes, à un moment donné, la question-là n'est pas la sortie de l'inégalité.
Si vous avez une femme et un homme dans une entreprise où il est avéré que la femme perçoit un salaire moins élevé sans qu'il y ait des justifications, vous pouvez parfaitement exclure cette entreprise des marchés publics par exemple.
Yannick Jadot, Anne Hidalgo va annoncer sa candidature après-demain dimanche. Est-ce qu'au nom de l'intérêt supérieur de l'écologie, puisque elle aussi met l'écologie en avant dans son programme, est-ce qu'au nom de l'intérêt supérieur de l'écologie, de l'avenir de la planète, vous pourriez envisager sous une forme ou sous une autre de vous allier avec elle pour faire gagner vos idées, ou ses idées si ce sont les mêmes ?
Écoutez, elle est la candidate du Parti Socialiste, qui a été adoptée par Congrès hier d'ailleurs. Il y aura d'autres candidats du Parti Socialiste, j'ai compris, Stéphane Le Foll, peut-être Arnaud Montebourg. Moi, je suis très fier que les écologistes aient fait une primaire, c'est transparent, on débat devant les Françaises et les Français. Mais vous savez, si à un moment, je vais vous répondre, dans la campagne, vous êtes en position de gagner en addition dans vos forces. Dans les dix dernières années, les socialistes ont gouverné cinq ans. Ils ont gouverné cinq ans. Vous ne ferez pas la même chose qu'en 2017 quand vous vous êtes allié à Benoît Hamon ?
Il ne vous a pas échappé quand même que quand les socialistes ont gouverné, on ne s'est pas réveillé le matin avec la banane en se disant « Waouh ! On attaque le dérèglement climatique, on attaque l'effondrement de la biodiversité et vive les grands réformes sociales de ce gouvernement. » Écoutez, elle est socialiste. Ça la discrédite d'entrée. Non, ce que je dis, c'est qu'à un moment donné, moi je respecte la gauche, je respecte les combats et l'histoire du Parti Socialiste. Je dis que cette formation politique, quand elle gouverne, elle montre aussi ses limites. Aujourd'hui, on ne peut pas transiger sur le dérèglement climatique. On ne peut pas transiger sur l'extinction des espèces.
Et donc, il ne vaut 5 ans de Macron en plus, ou Marine Le Pen, ou la droite plutôt qu'une alliance entre les... Mais c'est quand même... Regardez, y compris les rapports de force aujourd'hui dans l'opinion publique. Tout le monde dit qu'il faut se reconstruire sur l'écologie. Tout le monde dit la gauche, tout compte fait, elle est à 30 points. L'écologie sociale et républicaine. Il faut donc que ce soit un projet cohérent, et un projet qui ne passe pas son temps à godiller entre les lobbies. On ne sait pas si ça avance ou ça n'avance pas. Regardez les socialistes qui ont gagné les régionales.
Ils sont tellement contents de revenir dans les années 80, quand il n'y avait pas d'écologie, pas d'écologie, parce que c'en est parfois pathétique. Et donc, il faut un projet écologiste fort, qui reconstruit l'économie, qui répare les services publics et la société, qui tient la promesse républicaine. Et c'est autour aujourd'hui de la candidature écologiste que ce projet peut être porté. Et moi, ce que je porte, c'est ce projet écologiste et une capacité de rassemblement très large autour de ce projet écologiste, justement parce que je veux gagner l'élection présidentielle, que nous avons l'occasion historique de gagner l'élection présidentielle.
C'est la meilleure façon de battre Emmanuel Macron, ses renoncements climatiques, sa régression sociale, et évidemment d'éviter Marine Le Pen.
Une dernière question. Yannick Jadot, on l'a posé à vos concurrents hier. Qu'est-ce qui, dans votre quotidien, votre vie de tous les jours, et la chose écologiquement parlant, la moins avouable ? Sandrine Rousseau, par exemple, disait qu'elle prenait des douches trop longues. Et Éric Piolle qui mangeait des bonbons. On n'a pas compris pourquoi, mais c'est la réponse qu'il nous a donnée. Et vous, qu'est-ce qui n'est pas écologique dans votre vie ? Parce que personne n'est parfait. Écoutez, quand...
Rapidement, si c'est possible. Quand on fait de la politique, on se déplace beaucoup sur les territoires. Moi, je suis député européen, je me déplace en Europe.
Votre bilan carbone n'est pas top ?
Donc, même si je prends le train, je pense que mon bilan carbone n'est pas le meilleur. Mais je pense que faire de la politique, c'est être présent auprès des Françaises et des Français, victimes des pollutions, des régressions sociales, du dérèglement climatique. Merci, ne repartez pas, parce que le temps surveille le chronomètre, vous n'avez vraiment d'amour. Et puis surtout, ces femmes et ces hommes extraordinaires, dans les fermes, dans les entreprises, dans les centres de recherche, qui inventent aujourd'hui la société qui va bien, c'est avec elles et avec eux qu'on va rassembler les Français et gagner l'élection présidentielle.
Merci beaucoup Yannick Jadot. Tout de suite après le filinfo, c'est Delphine Bateau qui répondra à nos questions. Il est 8h46, Tomat Benesch.
Après l'enquête ouverte sur la gestion de la crise sanitaire, la Cour de justice de la République lance une première convocation, celle ce matin de l'ex-ministre de la Santé, Agnès Buzyn, soupçonnée de ne pas avoir sonné l'alerte suffisamment tôt. Elle risque une mise en examen. Attention à ne pas juger le passé au tribunal du présent. Averti sur France Info, Bernard Jaumier, ancien rapporteur de la commission d'enquête sénatoriale sur la gestion de la crise du Covid-19. Xavier Bertrand, aujourd'hui de passage dans le Gard pour les journées parlementaires des Républicains, à Nîmes, son ancien parti. Candidat à l'élection présidentielle, Xavier Bertrand refuse de se soumettre à une primaire.
La famille et les proches de Jean-Paul Belmondo réunis ce matin dans l'intimité en l'église Saint-Germain-des-Prés à Paris. Les obsèques du comédien y sont célébrés au lendemain d'un hommage national aux Invalides en présence du chef de l'État et de son épouse. En tennis à l'US Open, la finale dame sera 100% jeune. Elle opposera Leila Fernandez, canadienne de 19 ans, à Emma Radoukanou, britannique de 18 ans. Radoukanou, première joueuse issue des qualifications à décrocher une place en finale d'un grand chelève. France Info.
Le 8.30 France Info, Salia Brakia, Marc Fauvel.
Bonjour Delphine Bateau. Bonjour. Vous avez 48 ans, députée des Deux-Sèvres aujourd'hui. Vous êtes à la tête du mouvement politique Génération Écologie. Auparavant, vous aviez milité au Parti Socialiste. D'ailleurs, vous êtes la seule candidate à la primaire écologiste à avoir été ministre, ministre de l'écologie pendant un an. C'était sous le quinquennat de François Hollande. Est-ce que selon vous, c'est un avantage ou un boulet du point de vue des électeurs écologistes ?
Je pense que quand on veut diriger la France et faire gagner l'écologie, ce n'est pas un inconvénient d'avoir un petit peu d'expérience parlementaire et gouvernementale. Même quand on a été ministre de François Hollande ?
Avec ce que vient de rappeler Yannick Jadot. C'est-à-dire la gauche au pouvoir, les socialistes, plus jamais ça.
Tout le monde se souvient des conditions dans lesquelles j'ai été limogée du gouvernement parce que je n'acceptais pas la politique d'austérité appliquée à l'écologie. Je n'ai pas à rougir de ce qui a été fait. La décision d'accueillir la COP21, le refus du gaz de schiste, le refus du barrage de Sivins, ce qui a été autorisé par la suite. Donc non. Et d'ailleurs, il y avait aussi des ministres membres de LV dans ce gouvernement qui sont restés plus longtemps que moi, ce que je ne leur reproche pas du tout. Mais le bilan, est-ce que j'avais à dire sur le quinquennat de François Hollande ? Je l'ai fait depuis longtemps.
Des cinq candidats à la primaire écologiste, vous êtes la seule à revendiquer la décroissance. Ça a d'ailleurs été une ligne de partage dans les différents débats qui ont eu lieu entre vous ces dernières semaines. Est-ce que, en quelque sorte, vous donnez raison à Emmanuel Macron quand il dit qu'une partie des écologistes, c'est la lampe à huile et les amiches ? Vous revendiquez ça, cette forme d'austérité écologique ?
Non, parce que la décroissance, ce n'est pas les amiches ni la lampe à huile. La décroissance, c'est d'abord une issue de secours, mais aussi un projet de société positif. Parce que nous sommes aujourd'hui dans une situation de grande souffrance, dans une société vide de sens, rongée par le consumérisme, par le productivisme, qui détruit tout et qui nous emmène dans le mur. Qui détruit le climat, qui détruit la biodiversité, mais qui provoque aussi énormément de souffrance sociale, avec des burn-out, des licenciements, des délocalisations, une explosion des inégalités, une augmentation de la pauvreté. Pourquoi ?
Parce qu'en fait, tout notre modèle de société est dans une course folle à l'augmentation de la croissance économique, c'est-à-dire l'augmentation du PIB. C'est aussi elle qui a permis à l'échelle de la planète d'augmenter la richesse d'une grande partie du tiers-monde. Le départ ne consiste pas à refaire l'histoire et, par exemple, à remettre en cause des conquêtes sociales, des progrès de société. Mais la vision d'avant, c'était que pour réduire les inégalités, il fallait augmenter la production, augmenter la consommation. Le monde de demain est un monde de partage et de réduction des inégalités en respectant les limites planétaires. Parce que la planète a des limites physiques.
C'est un constat qu'il faut faire et nous sommes dans une situation d'urgence absolue. Et il n'y a aucun chemin sérieux, aucun chemin crédible de lutte contre le réchauffement climatique en poursuivant avec la boussole de l'obsession pour la croissance économique.
Concrètement, vous dites quoi aux Français aujourd'hui ? Vous dites qu'il va falloir moins consommer, il va falloir moins produire. Comment on les incite à faire ça ?
67% des Français sont pour la décroissance au sens de la réduction, de la consommation, de la production pour améliorer le bien-être de l'humanité. Dans le quotidien, ça veut dire quoi ? D'abord, on parle des politiques de l'État. On parle des règles du jeu parce qu'on est aujourd'hui dans un système où les dés économiques sont truqués. Donc le propos de la décroissance n'est pas de dire qu'il va falloir se serrer encore plus la ceinture. C'est quoi la différence ?
En particulier aux catégories populaires et moyennes et modestes qui ont tout à y gagner parce que la décroissance, c'est une alimentation saine, c'est la fin du consumérisme, du tabassage publicitaire à longueur de journée pour vous inciter à consommer encore plus et être frustré en permanence. Ce sont des économies d'énergie alors que les factures de gaz aujourd'hui des familles explosent. Ce sont des logements bien isolés. Mais en fait, si on n'a pas un changement culturel, par exemple, quand on isole les logements, on a ensuite un effet rebond. C'est-à-dire que les gains d'efficacité qu'on fait, on les réinvestit dans le consumérisme. La décroissance, c'est la rupture avec ça.
Et si vous permettez, j'aurais voulu dire un mot de Benoît Hamon. Ça tombe bien, je ne vous ai pas posé la question,
mais allez-y.
Oui, mais c'est important. Parce que ça interroge. D'abord, je souhaite lui rendre hommage et il a en particulier comme ministre porté la cause de l'économie sociale et solidaire dont on ne parle jamais Et ensuite, en lisant son interview, je ressentais qu'il avait, lui, un sentiment de gâchis. Et d'abord, je pense que ce serait injuste d'avoir...
Il dit la plupart des causes
qu'on combat depuis 20 ans, on a perdu. J'ai eu plein de désaccords avec Benoît Hamon. Mais il a cherché à ouvrir des nouveaux chemins. Il a formé toute une génération militante qui aujourd'hui rejoint le combat de l'écologie politique. Et mon propos, c'est de dire à toutes celles et tous ceux qui aspirent à un monde plus juste qu'en fait, aujourd'hui, il faut choisir un nouveau chemin, un nouveau projet de société qui est celui de la décroissance. On n'y arrivera pas en restant prisonnier de la vision qui était celle du monde d'avant.
Vous dites aussi, Delphine Bateau, et là, il va falloir nous expliquer, je suis pour une écologie 100% laïque. Oui. Quel est le lien entre l'écologie et la laïcité ? Qu'est-ce qu'elle vient faire là ?
La laïcité...
Pourquoi accoler les deux mots ? En quoi l'écologie serait laïque ou pas laïque ?
L'écologie, pour moi, c'est la nouvelle étape de la construction républicaine de la France. La France a une longue histoire depuis la Révolution française, la conquête de l'instruction obligatoire, la conquête de la laïcité, le programme du Conseil national de la résistance, la création de la sécurité sociale. La nouvelle étape de la construction républicaine, c'est la société écologique. Et pour le faire, pour faire ce mouvement, moi, j'assume et je revendique l'héritage des conquêtes républicaines passées, l'héritage des droits humains, l'héritage du combat pour la laïcité. Et la laïcité, aujourd'hui, dans notre société, est malheureusement attaquée, critiquée.
Et il me semble qu'il faut la défendre avec clarté. Et j'assume aussi la dimension régalienne de l'écologie, d'abord parce que les catastrophes dont on parle, c'est désormais un enjeu de sécurité nationale, mais aussi parce que je considère que ces questions, compte tenu des attentes de la société française, des divisions qui la minent, sont éliminatoires dans une campagne présidentielle. Et il faut être extrêmement clair sur les valeurs républicaines.
Sur la question de la laïcité qui est attaquée, est-ce que vous pensez comme Manny Dalgo, par exemple, la maire socialiste de Paris, qui a dit que les écologistes ont un problème avec la République, ils sont trop ambigus sur la question de la laïcité ? D'abord,
la déclaration d'Anne Hidalgo était complètement politicienne et s'appuyait sur de fausses informations, s'appuyait sur un mensonge en faisant croire que les écologistes n'avaient pas rendu hommage à Samuel Paty au Conseil de Paris, ce qui est totalement faux. Donc non, c'est absolument pas mon propos.
Mais votre parti n'a aucun problème, personne dans votre parti n'a aucun problème avec la laïcité.
Moi, je suis membre de Génération Écologie. Oui, pardon, vous avez raison,
Génération Écologie, je vous ai un peu oublié trop vite dans la catégorie Europe Écologie. Mon propos,
sur la laïcité, moi, je ne suis pas en train de cultiver un clivage. Je cherche au contraire à rassembler en dynamique, en emmenant tout le monde sur une affirmation positive parce que la laïcité est ce qui permet à chacune et à chacun d'entre nous et en particulier à chacune d'être libre de toute forme de pression, de toute forme d'influence et c'est une valeur magnifique qui conditionne en fait toutes les autres libertés.
Par exemple, le voile pour les adolescentes, c'est une entorse
à la laïcité ou pas ? Il est interdit à l'école,
à juste titre. Et dans la rue ? Dans la rue ? C'est une entorse à la laïcité ou pas ? Il est parfaitement légal, je précise pour ceux qui ont un doute là-dessus.
Je ne suis pas pour des lois supplémentaires. Mon propos, c'est que le combat contre l'idéologie islamiste et contre la pression subie par un certain nombre de filles, aujourd'hui, n'est pas porté en France et qu'on ne le résoudra pas que par des lois. Il n'y a pas besoin de nouvelles lois. On le résoudra par l'éducation populaire, on le résoudra en soutenant les filles et les femmes qui se battent. Le combat contre l'islamisme, il passe par l'émancipation des filles et l'émancipation des femmes.
Delphine Bateau, on l'a dit, vous avez passé quelques années au Parti Socialiste et c'est vous qui avez théorisé en 2007 le concept d'ordre juste porté par Ségolène Royal à l'élection présidentielle. Parmi ces propositions...
Une de celles... Franchement, humblement,
je lis ça à chaque fois dans les articles.
La vérité historique est un petit peu plus compliquée que ça, mais je ferme la parenthèse.
Parmi les propositions de Ségolène Royal à l'époque, il y avait l'encadrement militaire des jeunes délinquants. Est-ce que cette proposition, vous la reprenez aujourd'hui ? Non.
Mon propos sur la jeunesse aujourd'hui, c'est de dire que la grande priorité nationale doit être la protection de l'enfance, qu'on a aujourd'hui des milliers d'enfants, de jeunes, d'adolescents qui sont en immense souffrance. Et on a une défaillance globale de toutes les politiques publiques qui sont censées les prendre en charge, qui sont censées les protéger. On a une situation de souffrance en particulier en termes de santé mentale de la jeunesse qui est absolument sidérante. Et il doit y avoir dans notre pays une grande mobilisation pour protéger la jeunesse parce que c'est comme ça aussi qu'on lutte contre la violence.
Vous avez été ministre Delphine Bateau. Une autre ministre va arriver dans quelques instants devant la Cour de justice de la République, Agnès Buzyn, ancienne ministre de la Santé qui pourrait être mise en examen pour sa gestion au début de l'épidémie en France, au début de l'année 2020. Est-ce que vous dites que c'est le travail de la Cour de justice de la République qui est la seule habilité à juger des ministres pour ce qu'ils ont fait pendant leur fonction de ministre ou est-ce que vous y voyez une dérive aujourd'hui ?
Non, c'est le travail de la Cour de justice de la République et je pense que toutes les Françaises et tous les Français ont besoin de transparence sur ce qui s'est passé dans l'appareil d'État, en particulier au début de la crise sanitaire mais aussi au moment de la troisième vague. Je suis pour une procédure totalement indépendante, sans exploitation politicienne et je pense que les questions qui sont posées sont bien plus profondes que simplement la question du Covid et de la pandémie et de la façon dont ça a été géré par le gouvernement actuel parce que l'appareil d'État est malade. Il est malade du présidentialisme, il est malade de la concentration des pouvoirs.
Mais là, ce n'est pas l'appareil d'État qui est dans la Cour. Il est malade d'un État qui est enfermé dans du dogmatisme, dans des certitudes qui n'écoutent pas suffisamment la science, qui n'écoutent pas suffisamment la société et en fait, le processus de bureaucratie qui se rassure elle-même, etc., que l'on a vu au début de la pandémie en particulier, on l'a vu sur Lubrizol et on le voit face à l'urgence climatique et l'urgence écologique où il y a, ou par exemple, sur la question des pesticides où il y a un discours de l'État qui est un discours de déni des réalités et qui nourrit, pardon, qui est un problème démocratique parce que c'est ce qui nourrit aussi la mécanique du complotisme.
20 secondes, si vous voulez bien, pour la dernière question. C'est-à-dire Braclia. Oui, la dernière question qu'on a posée d'ailleurs à Yannick Jadot. C'est plus facile pour vous, vous avez entendu les autres répondre avant. Bon. Alors, qu'est-ce qui, dans votre quotidien, dans votre vie de tous les jours, la chose écologiquement la moins avouable ? Le nombre de mails
et de messages numériques et de stockage de fichiers lourds. Voilà. J'aimerais qu'il y ait des solutions à ce niveau. Qu'il y ait des solutions de sobriété numérique. Tout le monde est pour
cette forme de décroissance. Je crois. Moins de mails dans les boîtes, c'est la forme de décroissance qui serait acceptée la plus facilement. Merci beaucoup.
Un droit à la déconnexion.
Merci beaucoup Delphine Bateau. Le premier tour chez les écologistes la semaine prochaine. Évidemment, France Info tentera d'organiser un débat entre les finalistes. Ensuite, vous y serez évidemment la bienvenue si vous êtes qualifié. Merci Delphine Bateau.
Merci beaucoup.
Yannick Jadot