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interviewyoutube.com· 18 septembre 2016 28 min

Yannick Jadot invité de Questions politiques

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:07
Présentateur

Rebonjour et bienvenue à ceux qui nous rejoignent à la télévision sur la chaîne France Info, canal 27 de la TNT. Auditeurs de France Inter ou téléspectateurs, vous le savez, vous avez la parole dans cette émission. Intervenez au 01 45 24 7000 sur franceinter.fr ou via Twitter avec le mot-clé questions politiques, questions au pluriel. J'ai le plaisir d'accueillir cette semaine l'eurodéputé Yannick Jadot. Il est candidat à la primaire qu'organise son parti Europe Écologie Les Verts et il est en train de prendre place. Bonjour et bienvenue. Bonjour à toutes et à tous. Merci d'être là.

Nous sommes avec Nathalie Saint-Cricq de France Télévisions, Arnaud Leparmentier du quotidien Le Monde, Laurence Perron de France Inter que je resalue avec un immense plaisir. Yannick Jadot, nous sommes entrés le 28 août dernier dans une nouvelle période géologique appelée l'anthropocène, période dans laquelle l'homme n'habite plus simplement la planète mais la détruit. C'est une première depuis 4 milliards et demi d'années. C'est un événement majeur qui n'intéresse absolument pas le personnel politique. Et vous, ça vous intéresse l'anthropocène ?

1:19
Yannick Jadot

Oui, je crois que c'est le combat des écologistes. Au fond, effectivement, on est dans cette situation dramatique où on voit bien que l'homme n'est plus une espèce parmi les autres. L'homme, au fond, remet en cause les conditions de vie, de survie, à la fois de l'ensemble des espèces vivantes et de sa propre survie. C'est le dérèglement climatique, c'est la surexploitation des ressources halieutiques, c'est la déforestation. Tout ça nous conduit effectivement à, au fond, obérer largement notre avenir, les conditions de vie. La planète s'en fout à la fin, mais l'humanité risque potentiellement de disparaître et beaucoup d'espèces vivantes risquent de disparaître.

1:58
Présentateur

Que tout le monde parle du burkini et personne de l'anthropocène, ça dit quoi de la vie politique française ?

2:03
Yannick Jadot

En pleine canicule, quand on voit qu'effectivement, mois après mois, on enregistre des taux de chaleur sur la planète qu'on n'a jamais enregistrés, et qu'au fond, on ne parle pas du dérèglement climatique, de tout ce qu'on peut faire de génial pour empêcher le dérèglement climatique, mais qu'on parle du burkini, c'est qu'au fond, une bonne partie de la classe politique aujourd'hui s'est écartée des choses essentielles et préfère flatter les bas instincts de l'opinion publique, parler aux tripes, plutôt que de parler à leur intelligence et à leur cœur. Nathalie Sincrique.

2:35
Invité

C'est un petit peu malhonnête, parce que Jean-Luc Mélenchon, c'est son nouveau combat, dernier combat, ça fait déjà un ou deux ans qu'il s'y est mis. Il a découvert, il a été touché par la grâce de l'écologie. Vous trouvez que vous renvoyez tout le monde dos à dos ?

2:45
Yannick Jadot

Écoutez, que Jean-Luc Mélenchon s'intéresse à l'écologie, tant mieux ! A l'anthropocène ! A l'anthropocène, parce qu'il s'intéresse !

2:51
Locuteur non identifié

C'est le nouveau mot !

2:52
Yannick Jadot

Non, c'est pas le nouveau mot, c'est la nouvelle chose ! Qu'il s'intéresse à l'anthropocène, tant mieux qu'un certain nombre de responsables politiques continuent à parler d'écologie et de protection de l'environnement, tant mieux ! Mais le projet politique de l'écologie est le seul qui amène la cohérence...

3:11
Invité

Vous renvoyez dos à dos tous les autres, les Alain Juppé qui s'y intéressent, Cossius Comorisé, une partie de la gauche, Jean-Luc Mélenchon...

3:16
Yannick Jadot

Je n'entends pas aujourd'hui dans la primaire des Républicains parler d'écologie, de parler de ces choses absolument fondamentales. C'est pas simplement la vie des générations futures, c'est pas simplement les conditions de vie dans 100 ans, dans 200 ans. C'est notre vie qui a impacté. Ce sont nos enfants aujourd'hui dont la santé est mise en danger par les pollutions. On le voit, on a eu un printemps extrêmement pluvieux, un été chaud et sec, c'est les feux en Californie, c'est les inondations en Louisiane, c'est partout sur la planète... La maison brûle, comme disait Jacques Chirac.

3:54
Invité

Arnaud Le Parmentier. Non mais justement, vous dites que la droite n'en parle pas, si elle en parle, puisque Nicolas Sarkozy a fait un virage climato-sceptique, et il dit, ne nous intéressons pas au climat, intéressons-nous à la démographie. Finalement, si ça ne va pas bien, c'est parce qu'on est trop. Comment vous réagissez à ça ?

4:07
Yannick Jadot

Yannick Jadot. En 2007, j'étais un des négociateurs du Grenelle de l'environnement. Avec Nicolas Hulot, avec François Véret, Thierry Salomon, avec Yann Arthus-Bertrand, avec toutes les associations, les collectivités locales, les entreprises, les syndicats et l'État, on a fait le Grenelle de l'environnement. Sous le sceau de Nicolas Sarkozy. Sous le sceau de Nicolas Sarkozy, qui venait d'arriver à l'Élysée. Ça a apporté des réponses extraordinaires à l'agriculture, sur la transition énergétique, sur le fret ferroviaire qui, depuis, a explosé dans notre pays. Sur tous ces sujets-là, on a avancé. C'était un formidable moment de démocratie. Rendez-en au bas de Nicolas Sarkozy.

Et donc, aujourd'hui, ce même responsable politique renie à ce point tous ses discours, toute sa parole. Ça montre à la fois son instabilité psychologique, certainement, mais ça montre une irresponsabilité politique. Et aujourd'hui...

5:01
Invité

Il a fait plus que François Hollande ? C'était le grand bond en avant sous Sarkozy ?

5:04
Yannick Jadot

Non. Le Grenelle de l'environnement est un grand bond en avant. Tout le problème qu'on a aujourd'hui sur l'agriculture, sur Alstom, c'est qu'on n'a pas appliqué le Grenelle de l'environnement.

5:12
Invité

Le Grenelle de l'environnement autorisait les agriculteurs à polluer. Excusez-moi, il y a eu un sacrifice là-dessus.

5:16
Yannick Jadot

Excusez-moi, pour avoir négocié, le Grenelle de l'environnement, c'était 50% de réduction de l'usage des pesticides. Depuis, on a augmenté. Parce que ces gouvernements de droite et ces gouvernements de gauche n'ont pas voulu infléchir ces tendances, parce qu'ils ne veulent pas remettre en cause des rentes et des intérêts bien compris. Je vais juste prendre un exemple. Quelle est de notre actualité ? Le Grenelle de l'environnement, on dit que le frais de ferroviaire était à 14% dans notre pays sur le transport de marchandises. Au Grenelle de l'environnement, évidemment, on s'est dit qu'il faut le porter à 25%.

C'est un transport efficace de marchandises, c'est un transport écologique, et c'est un transport qui donne des conditions de travail aux salariés de bonne qualité. Et résultat ? Aujourd'hui, on est à moins de 10% en France. L'Allemagne qui était derrière nous est passée à 25%. Et c'est pour ça qu'Alstom est en surcapacité de production. Et c'est pour ça qu'on avait prévu d'augmenter considérablement les énergies renouvelables. Et c'est pour ça qu'Alstom a vendu son secteur énergie renouvelable.

Carevas prend son secteur énergie renouvelable parce qu'on est resté enfermé, enlisé dans le nucléaire, qu'on ne regarde pas la réalité et tous les bénéfices extraordinaires de la transition écologique. France Perron.

6:30
Invité

Comment c'est-il que vous, Europe Écologie Les Verts, vous ayez fait confiance après 2012 à la gauche, à la gauche socialiste, et qu'aujourd'hui vous vous retrouvez par exemple à critiquer l'accord qui vient d'être passé entre EDF et Incle Point ?

6:42
Yannick Jadot

Yannick Jadot. Voyez la situation d'EDF. EDF, c'est 37 milliards de dettes. EDF, c'est un besoin d'investissement de 100 milliards pour mettre nos centrales nucléaires au niveau normal de sécurité.

6:55
Invité

Je crois que c'est 50 ?

6:56
Yannick Jadot

Non, non, la Cour des comptes a dit que c'est 100 milliards. Ah bon, donc les chiffres d'EDF sont faux ? Les chiffres d'EDF sont faux. La Cour des comptes a dit que c'est 100 milliards. Et EDF est en train de s'engager dans un projet d'à peu près 20 milliards d'euros. Alors qu'on voit que tous les projets d'EDF sur les EPR, le budget est triplé, les délais sont explosés. C'est la survie d'EDF qui est en jeu. Et c'est le directeur, l'ex-directeur financier d'EDF qui est un pro-nucléaire, qui a dit que c'est au fond la mort annoncée d'EDF. Et donc, alors, laissez-le finir.

Alors que dans le monde aujourd'hui, en 2015, 90%, 90% des nouvelles capacités de production électrique installées dans le monde, ce sont des énergies renouvelables. C'est là où les investisseurs...

7:42
Présentateur

Oui, mais si on est bon en nucléaire, Yannick Jadot, et qu'on soit juste... Exporter Bercy s'est réjoui de ce contrat signé au président de la République.

7:49
Yannick Jadot

Mais on n'est pas... Pardonnez-moi, pardonnez-moi, pardonnez-moi, on n'est pas bon en nucléaire. Regardez l'EPR de Flamanville, c'est une catastrophe industrielle. Donc on leur a revendu de la camelote aux Britanniques. Mais bien sûr, on leur vend de la camelote. La Cour des comptes britannique a dit que ça allait coûter 35 milliards aux Britanniques. Parce que ce que l'EDF a obtenu avec le gouvernement Cameron, c'était d'avoir un prix garanti qui est de 40 à 50% au prix de l'électricité des énergies renouvelables. Donc au fond, on s'arrange entre États. C'est toujours le contribuable qui paye. Et tous ces choix industriels sont en train de nous tuer.

Ce n'est pas la mondialisation qui nous tue aujourd'hui sur l'industrie en France. Ce sont de très mauvais choix industriels. Et vous voyez les gouvernements de gauche et de droite se succéder, sans amplifier les mêmes mauvais choix industriels. Et on a un débat totalement hallucinant, nationalisation, pas nationalisation. Alors qu'au fond, on est en train de mourir. C'est ce que vous venez de dire, Yannick. Non, je ne dis pas que je n'ai pas dit. Non, non, non, vous avez dit que c'est en train de nous tuer. On est en train de tuer une bonne partie de la capacité industrielle de notre pays qui a des ressources en compétence extraordinaire. Parce qu'on a des mauvais patrons.

Parce que la politique publique fait de très mauvais choix industriels. On a préféré le diesel à l'hybride. Regardez les difficultés dans lesquelles on est. C'est qui ? C'est les chefs d'entreprise ou c'est les politiques ? Mais c'est pareil. Mais excusez-moi. C'est la même chose. Non, vous voyez bien que sur Alstom, vous voyez bien que depuis des années, l'État et Alstom travaillent de concert. EDF et l'État travaillent de concert. La FNSEA et l'État travaillent de concert pour nous faire une agriculture. Qu'est-ce qu'il y a derrière ?

9:24
Invité

Il y a de la stupidité, il y a de la méchanceté, il y a les 4500 emplois en France qui peuvent être maintenus ?

9:29
Yannick Jadot

Je crois qu'il y a un déni de réalité. Le monde aujourd'hui, ce sont les énergies renouvelables. L'agriculture qui fonctionne aujourd'hui, c'est l'agriculture paysanne, l'agriculture biologique. Le transport qui va nous permettre de sortir de la pollution des villes, c'est le frais de ferroviaire. Ce sont les trames. Et qu'au fond, on a des responsables qui sont issus des mêmes corps d'État et qui aujourd'hui ignorent la réalité du monde et qui se mettent dans une situation incroyable d'irresponsabilité. Parce que vous voyez sur Alstom, on ne parle pas des mauvais choix industriels qui ont été passés.

Au fond, Alstom a annoncé sa mesure en sachant parfaitement que dans un contexte électoral, l'État mettrait la main à la poche. Cette brutalité sociale, cette brutalité de l'annonce, c'est pour garantir que l'État mettra la main à la poche. Et tous ceux qui sont issus des gouvernements, que ce soit celui-ci qui en sont sortis ou des gouvernements précédents, ils disent au fond, c'est scandaleux Alstom et il faut nationaliser, pas nationaliser. Personne n'assume la responsabilité des choix industriels. Vous avez vu Mme Anne Lauvergeon qui a tué Areva avec la complicité des différents gouvernements.

Vous avez vu une commission d'enquête pour savoir tous ces milliards que donnent les contribuables. Où est-ce qu'ils sont passés ? Comment ils ont été dépensés ? Il y a une sorte d'oligarchie entre l'État, les corps d'État et un certain nombre d'entreprises qui construit de l'irresponsabilité. Gauche et droite confondue ? Oui, bien sûr. C'est ce qu'il vient de dire. Sur ces choix industriels, gauche et droite. Macron, Montebourg, Valls, Sarkozy, ils sont pour le nucléaire, ils sont pour le diesel.

10:56
Présentateur

Yannick Jadot, la maison brûle, comme disait Jacques Chirac. Et pourtant, les écologistes restent un groupuscule, un micro-parti même. Comment expliquez-vous ce paradoxe ? Je vous trouve dur.

11:07
Locuteur non identifié

Non, pas dur.

11:09
Yannick Jadot

Aux élections européennes, on a fait quand même 10%. Ce n'était pas notre meilleur score. En 2009, on avait fait 16%. Aux élections régionales, tout ça, on arrive à participer.

11:20
Invité

On a, je crois... Ce n'est pas l'essentiel de participer.

11:23
Yannick Jadot

Oui.

11:23
Invité

Et puis on est toujours assez dispersés. C'est la seule chose qui compte.

11:26
Yannick Jadot

Non, attendez, aux élections régionales, on fait à peu près 10% sur les résultats. Ce n'est pas négligeable. Non, mais vous devriez être en pointe.

11:32
Présentateur

Vous devriez être en pointe. Je suis d'accord.

11:35
Yannick Jadot

Vous êtes en queue de peloton. Je crois que, en ces dernières années, on a perdu en lisibilité. Parce qu'au fond, plutôt que de défendre nos propositions, nos solutions, on s'est obsédés par la participation ou la sortie du gouvernement. On a été obsédés par nos alliances politiques. Est-ce qu'il faut faire des alliances avec le PS ? Pas avec le PS, avec le Front de Gauche ? Pas avec le Front de Gauche. Et je crois que pour une partie des électeurs, ils ont considéré qu'on s'était perdus. Mais vous savez, quand je pense à Europe Écologie Les Verts aujourd'hui, alors c'est vrai qu'il y a les chamailleries qui apparaissent, y compris dans le contexte médiatique à l'échelle nationale.

Mais je pense... Oh, c'est pas la faute des médias.

12:14
Présentateur

Non, j'ai pas dit ça. Au contexte médiatique, vous adorez ça chez Les Verts, vous déchirez.

12:18
Yannick Jadot

J'ai dit, j'essaye de ne pas être dans ce jeu-là. J'ai dit que c'était l'image qu'on donnait à l'échelle nationale. Et c'est notre responsabilité. Et c'est notre responsabilité. Mais quand je pense à Europe Écologie Les Verts, je pense à Damien Carême, qui est maire de Grande Sainte et qui a été formidable sur l'accueil des réfugiés. Je pense à Éric Piolle, qui est maire de Grenoble. Je pense à André Aschiri, qui a fait des cantines 100% bio. Vous pensez pas à Cécile Duflo ? Je pense à tous les militants qui sont aujourd'hui en train de manifester contre la 45 à Mornan.

Je pense à tous les militants écolos qui défendent l'eau, qui défendent la santé, qui ont gagné sur les OGM, sur les gaz de schiste.

12:57
Invité

La question de Nicolas Demorand. Est-ce que vous pensez à traduire ?

13:01
Yannick Jadot

Est-ce que vous pensez à Cécile Duflo ? Un mouvement politique, ça n'est pas que ses têtes de pont médiatiques. Un mouvement politique...

13:09
Invité

Elle n'est pas qu'une tête de pont médiatique, Cécile Duflo.

13:11
Yannick Jadot

Elle est dans l'écologie politique depuis 20 ans. Mais bien sûr. Ce que je veux dire, c'est que quand on... Aujourd'hui, notre image est très desservie par ces dernières années, incontestablement. Mais pour ma part, un mouvement politique, ce n'est pas simplement que le broie médiatique qu'on peut créer nous-mêmes, auquel on participe, c'est aussi tous ces militants... Est-ce que vous êtes allé trop à l'extrême-gauche ?

13:34
Invité

Est-ce que votre parti est allé trop à l'extrême-gauche ? Question d'Arlo, le Parlementier.

13:39
Yannick Jadot

Non, je ne crois pas. Je ne crois pas qu'on soit allé à l'extrême-gauche. Ce n'est pas vrai. Ce n'est pas un parti d'extrême-gauche. Moi, je combats l'idée de la dilution du projet écologique dans le projet socialiste comme dans le projet du Front de Gauche. L'écologie, c'est un projet différent aujourd'hui. Et vous savez, on est dans un moment où la société est en incroyable défiance. La société française est une des sociétés de défiance les plus graves à l'échelle internationale. On est juste après la Russie. Je veux dire, il y a un niveau de défiance dans notre société. Moi, je veux qu'on repasse à la société de confiance. On a parlé de l'anthropocène.

C'est vrai que la crise écologique est absolument dramatique

14:20
Présentateur

et qui n'est pas assez de monde s'en empare. Là-dessus, vous restez assez hypocrite, en fait, Yannick Jadot, parce que ce dont on a besoin à vous entendre, c'est d'une écologie de combat, c'est d'une écologie rigoureuse, rigoriste, une écologie quasiment même punitive pour faire avancer les choses. C'est quelque chose d'une écologie souriante. Alors, on ne comprend pas l'écart entre le drame du constat et le côté mignon-bisounours des propositions.

14:50
Yannick Jadot

Non, ce n'est pas mignon-bisounours. Un, face à cette crise écolo... Il faut sonner l'alarme. Oui, non, mais il ne faut pas simplement sonner l'alarme parce qu'au fond, une bonne partie de nos concitoyennes et de nos concitoyens aujourd'hui, ils ont un sentiment d'écrasement par rapport à l'évolution de la société, qu'elle soit économique, sociale, démocratique, évidemment écologique. Un, c'est de rappeler, et Nicolas Hulot et Yannertus Bertrand comme Jean-Paul Jo le font magnifiquement, c'est de rappeler à quel point la planète est belle. On est aujourd'hui dans les journées du patrimoine. Le patrimoine naturel de notre pays est extraordinaire. Ce pays est magnifique, la France.

Mais c'est aussi aujourd'hui de dire à quel point lutter contre le dérèglement climatique, c'est par exemple créer des emplois d'artisans, d'ingénieurs, d'architectes, d'ouvriers du bâtiment sur tous nos territoires, sur la rénovation thermique qui permet d'alléger la facture des Françaises et des Français, tout simplement. Ce sont des milliers de PME, des énergies renouvelables. Et quand vous avez de l'activité économique et des emplois sur nos territoires, vous avez du service public, vous avez de la culture, vous avez de la démocratie, c'est ça le projet écologique.

16:00
Locuteur non identifié

Vous êtes inaudible là-dessus.

16:02
Invité

Arnaud le parmentier. Le projet écologique à court terme, c'est votre candidature à la présidentielle. À court terme, vous allez provoquer un 21 avril.

16:10
Yannick Jadot

Écoutez Lionel Jospin en 2002. Vous parlez du 21 avril 2002. Lionel Jospin, après le 21 avril, il a dit « Oui, on a fait une erreur considérable sur la multiplication des candidatures autour du Parti Socialiste ». Il a dit « Il n'y a qu'une candidature qui était légitime, c'est celle des écologistes. Parce que le projet écologiste n'est pas le projet socialiste. En 2012... » Non, mais là, vous allez avoir à choisir entre la droite et l'extrême droite. Non, non, non. En 2012, la gauche avait tous les pouvoirs dans notre pays. Les villes, les départements, les régions, le Sénat, l'Assemblée, la présidence et donc le gouvernement. C'est fini.

Les écologistes, dans toutes ces élections-là, s'étaient présentés au premier tour. Est-ce que ça empêchait la gauche de gagner ? Vous allez demander aux écologistes sur une élection présidentielle aussi importante du fait de la crise écologique, de la crise des inégalités, de la crise européenne. Vous étiez au départ

16:59
Invité

pour une primaire de toute la gauche. En janvier, quand vous, dans l'héberation, vous signez ce texte avec Thomas Piketty, Caroline Dehasse, vous êtes d'accord avec l'idée qu'il faudrait faire une primaire de tous les gens qui pensent à peu près la même chose que vous en termes d'écologie et qui se latéralisent à peu près de la même manière sur le terrain politique ? Mais vous avez raison.

17:15
Yannick Jadot

Avec Piketty, Cohn-Bendit, Meda, Vieh-Vorca, Desplechin et beaucoup d'autres, on a lancé une primaire. C'était quoi cette primaire de toutes les gauches et des écologistes ? C'était l'idée d'un grand débat citoyen qui amenait justement les différentes sensibilités à se confronter. Ça n'a pas eu lieu. C'était l'idée de construire des solutions pour la France. Oui, mais ça n'a pas eu lieu. C'était l'idée de construire des solutions. Aujourd'hui, cette primaire, qu'est-ce que c'est la primaire socialiste ? C'est un extraordinaire règlement compte entre les socialistes. Chez vous, ce n'est pas mieux. Regardez, la primaire écologique, personne ne se bagarre aujourd'hui.

Moi, je ne suis pas là pour participer à un rituel d'exorcisme du hollandisme. Est-ce que vous n'êtes pas là

17:55
Invité

pour participer à un rituel qui est que quoi qu'il arrive, on doit être candidat à la présidentielle parce qu'on passe à la télé, qu'on a du temps d'antenne et qu'on fait valoir ses idées en sachant très bien qu'au fini, ça se termine à 3 ou 4 et que ça risque d'empêcher la gauche d'être au deuxième tour.

18:08
Yannick Jadot

Je ne crois pas que ça se terminera comme ça. Yannick Jadot. Ce qu'avait démontré la non-candidature de Nicolas Hulot, c'est qu'au fond, sincérité, conviction, bienveillance, parler à l'intelligence des citoyens, renouvellement, il était testé à plus de 10%. Personne ne remplacera Nicolas Hulot.

18:26
Invité

Pourquoi il n'y est pas allé ?

18:27
Yannick Jadot

Ça nous posait la question.

18:29
Invité

Est-ce que c'est parce qu'il a peur de l'affrontement médiatique ? Est-ce qu'il a peur de diffuser son patrimoine ?

18:33
Yannick Jadot

Je ne sais pas. Je ne sais pas. Il ne veut pas avoir

18:34
Invité

à vous traîner, vous les Verts ?

18:35
Yannick Jadot

Non, vous savez, il aurait leur saisi la campagne sans en parler Europe Écologie Les Verts et tout le monde le reste de l'Europe Écologie Les Verts. On était tous d'accord là-dessus. Ce que je veux dire, c'est que quand on parle, encore une fois, sincérité, conviction, renouvellement, bienveillance, intelligence, il y a un corps électoral pour ça. Ce n'est pas vrai que les Françaises et les Français, ils sont sur leur repli. Ils ont tous envie de se rabougrir. Mais ce n'est pas ça qu'on dit. Ce n'est pas ça qu'on dit. On a l'impression qu'on ne sait pas avec qui. On dit que ce corps électoral est archi minoritaire dans le pays.

Quand il est testé à plus de 10 avec Nicolas Hulot, moi, mon pari de candidat, c'est au fond de faire une partie du chemin. Je n'ai pas la notoriété de Nicolas Hulot et vous l'avez dit. Mais j'ai envie de faire une partie de ce chemin. J'ai envie de convaincre les Françaises et les Français qu'il y a un chemin positif qui nous réconcilie avec notre avenir.

19:22
Invité

Avec qui votre chemin ? Vous n'aimez pas Manuel Valls, vous le trouvez trop dur. Vous n'aimez pas Macron, vous le trouvez trop libéral. Vous n'aimez pas Mélenchon, vous le trouvez autoritaire.

19:29
Yannick Jadot

Aujourd'hui, une élection présidentielle, un premier tour, c'est d'abord de défendre ses idées. Pourquoi vous voulez que dans mon premier tour, je m'allie avec Juppé ou avec Valls ? Je ne vous demande pas

19:40
Invité

de vous allier avec Juppé ou avec Valls. Je vous demande avec qui vous êtes Jadot. Jadot compatible, ça veut dire quoi ? Est-ce qu'il y a quelqu'un qui a un profil à gauche ou à droite dont vous vous dites finalement qu'il y a quelque chose ? Parce qu'après, il faut travailler quand on est au gouvernement. Il faut bosser avec les gens. Allez, Yannick Jadot.

19:53
Yannick Jadot

Une des propositions qu'on porte, c'est évidemment parlementaires parce que qu'est-ce que ça permet l'instauration de la proportionnelle ? Un, ça permet de représenter les Français à peu près normalement, légitimement. Mais ça permet aussi de construire des coalitions en construisant des contrats devant les électeurs. Avec Juppé, vous l'excluez ?

20:14
Invité

C'est possible avec Juppé ? L'identité heureuse de Juppé ? Et la bienveillance que vous venez de l'écrire,

20:19
Présentateur

il y a plus qu'un point de tangence là.

20:20
Yannick Jadot

Écoutez, M. Juppé, c'est très bien. Je pense que si c'est lui qui est désigné et si ça devait être lui qui gouvernait la France, ce serait probablement le dernier quinquennat du XXe siècle. Vous aviez parlé de Jacques Chirac, ce serait probablement le troisième mandat de Jacques Chirac. Il est plus apaisant, on le voit, que Nicolas Sarkozy. Mais franchement, ça reste quelqu'un de droite. Regardez, est-ce qu'il parle d'écologie ? Quels sont ses projets sur l'Europe ? Quels sont ses projets pour revitaliser, pour donner la chance à chacune, à chacun dans notre société ?

On est dans une société où une partie de la population considère qu'elle n'est plus reconnue, qu'elle n'a plus l'envie et le pouvoir d'agir. Moi, je veux redonner un formidable élan d'émancipation, je veux remettre ce pays en mouvement. Ce n'est pas possible que la France, avec tous ses talents, aujourd'hui, ne soit pas un grand pays du XXIe siècle.

21:13
Présentateur

Tous les dimanches, vous le savez, nous rejoint un reporter de la rédaction de France Inter, bientôt un reporter de la rédaction du Monde. Cette semaine, j'ai le plaisir d'accueillir Éric Valmire de France Inter qui va nous rejoindre ici en studio. Éric Valmire qui revient de Lampedusa et qui va, bonjour Éric, nous parler des migrants qui traversent la Méditerranée.

21:37
Locuteur non identifié

Oui, Lampedusa, c'est au large de la Tunisie, au large de Sfax, c'est au large aussi de la Sicile, c'est la porte de l'Europe. Et à Lampedusa, on ne parle pas tellement des migrants parce que les migrants, aujourd'hui à Lampedusa, on ne les voit pas, ils sont enfermés dans des centres d'accueil. Souvent, on apprend les débarquements par la télévision d'ailleurs. Les gens de Lampedusa l'apprennent par la télé, ils sont souvent de nuit. Donc finalement, c'est très drôle parce que le débat des migrants que l'on connaît en Europe, partout, n'existe pas à Lampedusa. Pourquoi il n'existe pas ? Parce que la tragédie se joue ailleurs, elle se joue au large, en haute mer.

Et quand vous avez des pêcheurs, des chalutiers qui se retrouvent en première ligne, ils ne pensent même pas aux migrants vivants, ils peuvent pas y penser puisque leur premier souci, c'est de les sauver. C'est de repêcher ces corps africains qui se débattent dans l'eau, les attraper et ils glissent parce qu'ils sont couverts de fioul, parce que les embarcations ce sont des embarcations pourries, ce sont des rafios avec du fioul au bout. Donc ils sont couverts de fioul, il y a le sel. Et au bout d'un moment, les Africains arrêtent de se débattre et ils coulent, les yeux ouverts, les yeux pleins de terreur dans les yeux des pêcheurs. Je ne fais pas des faits de style, c'est la réalité.

Et cette réalité-là, les gens de Lampedusa, ils n'en peuvent plus, ils en sont traumatisés. Quand ils entendent depuis 20 ans le débat pragmatique sécuritaire à droite, on ferme ou on renvoie au pays d'origine. L'humanisme de gauche, on accueille droit d'asile pour tous. Tout ça, ce sont des débats électoraux qui n'ont donné aucun résultat probant. Ils ne sont là que pour agiter le chiffon rouge, pour émouvoir des opinions publiques. Ma question, je n'ai pas de question, Yannick Jadot, c'est la conviction et le sentiment d'une île et d'une population qui se sent totalement, non pas abandonnée parce qu'on ne s'est jamais occupée d'eux, mais oubliée.

Une population qui ne se tourne même pas vers l'Europe. D'ailleurs, l'Europe, c'est devenu un spot, Lampedusa, où les gens viennent hurler contre l'Europe, un set de protestation contre l'Europe. Alors la conviction des gens, c'est que les migrants, c'est un faux problème. Les migrants, c'est pour émouvoir l'opinion publique. Les migrants, c'est pour les budgets de défense. C'est pour qu'il y ait une plus grande militarisation de la Méditerranée parce que ce sujet serait celui-là. Sur une île de 20 km², il y a six casernes et un centre d'espionnage et de guerre électronique.

Donc on a l'impression, je dis on, parce que quand on va là-bas, après, on a l'impression d'être avec eux, tellement ils souffrent et tellement ils doivent subir. On a l'impression que les migrants, c'est un faux problème et que l'Europe n'a pas la volonté de s'en occuper. Yannick Jadot. Essayez de nous convaincre en tant qu'eurodéputé que vous, dans votre pot de parlementaire, c'est un problème que vous voulez prendre à bras-le-corps et que ce n'est pas un alibi pour détourner l'attention. Yannick Jadot.

24:15
Yannick Jadot

Quand effectivement la frontière européenne est devenue aujourd'hui la frontière la plus meurtrière du monde, c'est un problème européen. C'est un problème européen d'ailleurs sur sur lequel et le Parlement européen et la Commission européenne ont tenté d'avoir une approche réellement européenne, de coopération européenne. Il y a deux possibilités. Le déni de réalité, au fond, c'est de dire qu'on ne veut pas en accueillir ou c'est l'invasion ou c'est incompatible avec les valeurs européennes. Ce déni de réalité, c'est encore plus de morts en Méditerranée, c'est des voies d'accès à l'Europe encore plus compliquées et encore plus dangereuses.

Et puis, il y a la volonté de regarder la réalité en face. C'est ce qu'a fait Mme Merkel au début en disant « Moi, je suis chrétienne, donc mes valeurs de chrétienne, c'est évidemment d'accueillir ces réfugiés. C'est un devoir d'humanité parce que ces réfugiés, comme vous le dites, ils ne partent pas pour rigoler, ils ne partent pas pour nous embêter. Ils partent parce que leur maison s'effondre, ce sont les bombardements, parce qu'en Érythrée, c'est la Corée du Nord de l'Afrique. Et qui a dit « On va essayer de traiter ce problème-là. » Vous l'avez dit tout au début de votre émission, on va se donner les moyens d'apporter des réfugiés. Nous y arriverons, disait-elle à l'époque.

Et ce n'est pas facile, elle l'a toujours dit. C'est très compliqué. Parce qu'il s'agit d'être en capacité d'accueillir, il s'agit de le faire de manière probablement beaucoup plus ordonnée contre les sont fiers. Mais ça fait 20 ans,

25:50
Locuteur non identifié

je vais vous laisser finir, mais ce discours-là, on l'entend depuis 20 ans. C'est le même. Non, oui,

25:54
Yannick Jadot

mais il n'est pas appliqué. Je suis désolé. Mais il n'est pas appliqué, d'accord, mais le discours, on l'entend. Je suis désolé, mais ce n'est pas l'Europe qu'il faut-il dans cette affaire. C'est ce que je vais vous expliquer.

26:01
Locuteur non identifié

Éric Valmir, allez-y, allez-y. Non, c'est pour ça que votre réponse, elle ne se mesure pas aujourd'hui. Elle va se mesurer à longue échéance, à l'aune des actes qui vont découler. Et c'est comme ça depuis 20 ans et les actes ne suivent jamais.

26:12
Yannick Jadot

Oui, mais encore une fois, ce sont des choix politiques. Quand l'Allemagne décide de prendre ses responsabilités, qu'ils accueillent 1,4 million de réfugiés, ils prennent leurs responsabilités. Quand la France décide qu'au mieux, elle en accueillera 30 000, elle ne prend pas ses responsabilités.

26:28
Invité

Comment vous jugez toutes les polémiques qu'il y a dans les villages en France pour savoir si on accueille ou pas les gens qui vont venir de Calais où on se déchire ?

26:36
Yannick Jadot

C'est une réponse rapide. Je trouve ça d'une indigence absolue, d'une indécence incroyable. C'est quoi l'enjeu ? M. Wauquiez, qui est patron d'une région qui comporte un peu plus de 8 millions d'habitants, il est en train de faire un cirque parce qu'on dit qu'il va falloir accueillir 1 000 réfugiés. Ce n'est pas à la hauteur des enjeux. On a la capacité d'accueil. Oui, ce n'est pas toujours facile, mais ce qui frappe l'opinion, moi je suis convaincu, notamment sur les réfugiés politiques, je suis convaincu qu'on peut avoir un consensus social dans notre pays comme dans toute l'Europe parce que les Européens ont des valeurs d'humanité.

Le problème, c'est qu'aujourd'hui, on a l'impression que c'est un tel bazar, c'est une telle désorganisation leur arrivée qu'au fond, ça crée plus de bazar qu'on peut le solutionner. On y revient, Yannick Jadot, on y revient avec les auditeurs dans quelques instants. Quand en Ile-de-France, il faut deux à trois mois pour rentrer en procédure pour faire valoir son statut de réfugié politique. C'est des gens qui dorment sous les ponts, dans les rues et ça crée le bazar. Organisons-nous.

27:38
Présentateur

On y revient avec vous, amis auditeurs, amis téléspectateurs, 01 45 24 7000 pour interviewer tout à l'heure avec nous Yannick Jadot. Rendez-vous après le journal de 13h. Sous-titrage Société Radio-Canada

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