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Conférence de presseyoutube.com· 7 octobre 2026 60 minFond programmatiqueEnvironnement & énergieInstitutions & électionsSolidarités & familleOutre-mer

Présentation du rapport « France 2035, France 2050 » - TR : La France est-elle prête pour 2050 ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:36OuverteRéponse directe

    En 2050, la moyenne d'âge sera plus élevée. Qu'implique ce vieillissement en termes de politiques publiques ?

  • 5:25OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que le concept de 'déérosion' des services publics ?

  • 9:35OuverteRéponse directe

    Nos organisations sont-elles prêtes pour le climat qui vient ?

  • 13:19OuverteRéponse directe

    Comment la France peut-elle maintenir sa souveraineté face aux évolutions géopolitiques ?

  • 18:21OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que l'esprit de défense et comment le décliner ?

  • 20:30OuverteRéponse directe

    À quoi ressemblerait un nouveau manifeste du service public ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 10:13Antoine PellionChiffre
    « -25 % de l'eau disponible utile sur l'ensemble du territoire. »
  • 13:59Camille GrandFait
    « C'est la première fois, je crois, que le Plan se penche sur la défense, ce qui dit quelque chose du moment dans lequel on est. »
  • 15:07Camille GrandFait
    « Le fait qu'on dise après-après-guerre froide dit quelque chose sur le fait qu'on a du mal à mettre des mots sur les choses. »
  • 15:39Camille GrandFait
    « C'est comment est-ce qu'on prévient le retour d'une guerre majeure en Europe et d'une guerre nous mettant directement en cause. »
  • 24:11Chiffre
    « La France, c'est le pays où la fécondité est la plus élevée parmi tous les pays européens. »

Temps de parole

  • ?100 %

≈ 0,4 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Locuteur

Et j'accueille pour cette table ronde nos quatre chefs de chapitre présents, en plus de Fabrice et Constance : Amélie Verdier, directrice générale des finances publiques, Magda Tomasini, directrice de l'évaluation, de la prospective et de la performance de l'Éducation nationale, Antoine Pellion, directeur général adjoint de la DGEC, et Camille Grand, secrétaire général.

0:28
Non speech

[applaudissements] [musique]

0:33
Locuteur

Quatre places, trois micros, les ressources rares, ne vous battez pas. Merci à tous d'être présents. Comme je l'ai dit, on est là pour parler de l'avenir de la France de demain. Alors, la question est simple. Sommes-nous prêts ? À quoi faut-il nous préparer surtout ? Quelles sont les actions qu'il faut prendre dès maintenant ? Ce sont donc les grandes questions qui vont animer notre discussion, notre échange pour les 40 minutes qui nous sont données à cette table ronde. Vous êtes quatre chefs de chapitre : démographie, Magda ; administration, services publics, Amélie ; Antoine, environnement ; et Camille, défense.

Quatre grandes thématiques qui sont déjà présentes dans le débat public et vous avez réussi, dans ces quatre chapitres, à porter loin le regard, 2035 d'abord et à l'horizon d'une génération, 2050. Donc nous allons revenir sur vos résultats en trois temps. D'abord, on va un peu planter le décor de la France de demain. On va revenir sur les grandes recommandations que vous avez présentées dans vos chapitres pour ensuite aborder la question de l'enjeu de la cohésion sociale à l'heure des grandes turbulences. Comment on arrive à avancer collectivement dans une France qui va se transformer de fond en comble ?

Et enfin, on va essayer de résumer votre chapitre en une grande mesure, la grande frontière pour la France en 2050 : quelle est-elle selon vous et qu'est-ce que vous souhaitez à la France des 25 prochaines années ? Voilà. Démographie, climat, environnement, défense, sécurité nationale, finances publiques. Un programme qu'on retrouve le 8 octobre dans toutes les bonnes librairies. C'est important de le rappeler. Mais je commence peut-être d'abord, pour planter le décor, parce que ça gouverne tout, la démographie. Magda, dites-nous, on sait que la France vieillit. En 2050, la moyenne sera de... sera plus élevée.

Comme on passe de cette pyramide des âges à la sphère des âges, qu'est-ce que ça implique en termes de politique publique et est-ce qu'on voit... est-ce que ces changements sont uniformes partout en France ? Alors effectivement, la pyramide des âges en 2050 ne ressemblera plus à une pyramide. Alors déjà, c'était quand même assez éloigné de cette forme puisque sa base continue à se rétrécir et puis le haut de la pyramide s'élargit avec le vieillissement de la population.

Donc, alors peut-être préciser, quand on a fait notre exercice, on est resté sur des grandes tendances de l'exercice de projection, enfin sur les grandes hypothèses de fécondité et d'espérance de vie de la projection réalisée par l'Insee. Et on a fait varier, en fait, le paramètre le plus incertain pour notre exercice qui était sur l'immigration. Et donc ce paramètre, en fait, jouera essentiellement sur la taille de la population active, de l'ordre de 3 millions à peu près selon l'hypothèse retenue, 3,6 millions. Alors qu'en fait, que ça soit la population jeune, donc les moins de 15 ans, ou les plus de 85 ans, on aura beaucoup plus de personnes de plus de 85 ans.

Alors cette population va gagner deux points dans sa part. Elle va passer à 6-7 %, alors que nos plus jeunes, ils vont perdre deux points. Donc les besoins vont considérablement évoluer puisqu'on va se tourner davantage, enfin on va avoir besoin de répondre davantage aux besoins des personnes en perte d'autonomie et un petit peu moins pour nos plus jeunes. Enfin, ce sera des besoins différents parce que c'est pas parce qu'ils sont moins nombreux qu'ils n'auront moins de besoins. Justement, ça sera l'occasion d'en parler tout à l'heure.

Et sur ce qui relève des disparités, en fait, on a pris un cas, on a fait un encadré dans notre chapitre sur la situation des Outre-mer qui révèle à elle seule, en fait, l'extrême variabilité des situations entre des départements des Antilles, donc Martinique, Guadeloupe, qui connaissent un vieillissement accéléré de leur population et une diminution de la population de ces îles. Et de l'autre côté, Guyane, Mayotte, qui restent des territoires dynamiques avec des besoins plus forts sur l'éducation, notamment des classes, comment dirais-je, à Mayotte, on a des élèves qui se partagent la journée quand même.

Donc les cours démarrent à 6 h, se terminent à 13 h et puis on reprend une deuxième classe dans la journée. Et donc vraiment des grosses tensions sur le système éducatif à Mayotte et en Guyane. Et donc des... qui peuvent se traduire par des résultats scolaires en deçà de ce qui est observé sur le reste du territoire et, à l'inverse, une tension très forte pour prendre en charge les personnes en situation de vieillissement, en, comment dirais-je, aux Antilles, donc en Guadeloupe, Martinique. Très bien. Donc on comprend qu'à l'horizon 25 ans, 10 ans, 25 ans, on aura encore plus besoin de services publics différemment suivant les besoins des territoires. On va devoir s'adapter.

C'est ce qu'on retrouve un peu dans votre... Amélie, dans votre chapitre. On comprend qu'il faudra faire évoluer les services publics, on aura toujours besoin, mais qu'on a aussi une corde de rappel financière, les finances publiques, qui font que voilà, les marges de manœuvre sont... il faudra faire mieux, être plus performant, plus proche du besoin local. Vous introduisez le concept de déérosion, si vous pouvez nous expliquer un peu ce que ça veut dire et qu'est-ce que ça implique pour les services publics. Bonjour à toutes et à tous. Merci effectivement de donner l'opportunité de parler de ce magnifique chapitre qui est inclus dans le livre. Non, j'arrête.

Non, plus sérieusement, d'abord je rends à son auteur, qui est l'Institut du long terme, le concept de déérosion. Je pense que c'est important de mettre en évidence le fait que la contrainte budgétaire sur les services publics, elle apparaît pas en 2026, elle est pas qu'une projection à 2035-2050, elle est déjà vécue. Et ce sur quoi on a essayé d'insister dans le chapitre, c'est le fait que justement, si on a reconnu depuis 25 ans une nette hausse des dépenses publiques, en fait c'est pas la production de services publics qui a augmenté.

Au contraire, si je puis dire, et le risque de déérosion, c'est de nous demander toujours plus de services publics avec en fait pas vraiment plus de moyens et une tension, je pense, qui s'exprime avec, selon les sondages, une assez grande inquiétude sur la qualité des services publics. Une partie de nos concitoyens non négligeable qui se sont un peu perdus, qui dit qu'il y a des difficultés d'accès.

Je pense aussi, on est à la fois très conscients de l'amélioration qu'on a permise par le développement du numérique, une accessibilité différente des services publics, mais le fait qu'on a aussi, le Défenseur des droits nous le rappelle, la Défenseure quand on l'a auditionnée, des citoyens qui se sentent éloignés, en fait, et que l'illectronisme ne concerne pas que les personnes âgées, bien loin de là. Donc ce risque de déérosion, on a souhaité insister là-dessus, c'est une espèce de course après un idéal de service public auquel les Français sont à la fois très attachés. Je pense que ça, c'est aussi un socle. On a parlé de services publics, on en a besoin pour continuer à faire société.

Et cette espèce d'impression de moins bien généralisé qui nous semble être un risque, tout ce risque de déérosion qu'il faut peut-être pas non plus, encore une fois, à chaque fois regarder de manière négative parce qu'on produit de nouveaux services publics et on a aussi une assez grande attractivité du service public. Notre groupe, c'était administration et services publics. Donc pour revenir quand même un peu aux propositions, on a essayé de dire que face à ce double constat de risque de déérosion et de besoins, en fait, nouveaux qui apparaissent, on propose de définir un socle de services publics.

Alors on peut discuter si c'est en soi des services publics régaliens qui sont un peu historiques de l'origine de l'État. La protection des citoyens nous semble un peu plus large que cela, probablement vu d'où je parle. Je pense que l'égalité devant l'impôt, ça doit rester aussi un principe général, mais qu'on ait plus de capacité d'adaptation sur les territoires, en fait, avec l'idée d'avoir un socle de services publics communs et ensuite beaucoup plus de délibération sur ce qu'on veut comme services publics dans les territoires. On a choisi de pas prendre parti en disant de savoir s'il faut une décentralisation pour ça ou s'il faut le faire de manière déconcentrée.

Dans tous les cas, plus associer, en fait, l'ensemble des parties prenantes. C'est quelque chose qu'on fait beaucoup en santé, pour justement définir quels sont les attendus du service public et admettre qu'on n'a pas forcément les mêmes d'un territoire à l'autre. Et d'ailleurs, on l'a entendu avec le chapitre démographie, on l'a entendu aussi avec d'autres chapitres, parce que moi j'ai eu la chance un peu de les voir et de les lire. On n'a pas tous les mêmes contraintes territoriales non plus et la promesse de service public qui nous engage, il faut aussi la tenir un peu différemment, avec un enjeu aussi de responsabilisation des agents publics. On va peut-être y venir.

Je termine juste en disant aussi qu'il nous semble important d'avoir une vision claire de ce qui est attendu en termes de service public. Comment est-ce qu'on améliore aujourd'hui le service public ? C'est bien aussi en continuant à donner confiance, en fait, dans les services publics rendus. Le partage des données, le développement de ce qu'on a appelé un État plateforme qui joue un rôle justement plus de facilitateur dont différents acteurs, pas forcément publics d'ailleurs, peuvent s'emparer pour produire du service. Merci Amélie.

Vous avez évidemment judicieusement fait début de transition vers le chapitre environnement puisque vous avez parlé du terrain, de l'évolution du climat, de l'évolution de l'environnement. Antoine, c'est un des points que vous touchez dans votre chapitre. Vous dites finalement à la question « Sommes-nous prêts ? », vous dites : notre organisation sociale, industrielle, nos infrastructures ne sont pas prêtes pour le climat qui vient. Alors, expliquez-nous ce qu'il faut qu'on fasse pour être prêts avant 2050. Deux minutes. Bonjour à toutes et à tous.

Non mais le choc, enfin je pense qu'on l'a déjà tous vécu individuellement cet été, les étés d'avant, et on s'apprête à le vivre de plus en plus aussi dans les mois et les années à venir. Donc je pense que c'est quelque chose qu'on touche déjà tous un peu. Mais je pense que c'était important de mettre un peu des mots, des chiffres, des ordres de grandeur aussi sur l'ampleur de ces changements qui arrivent aux horizons, en fait, dès l'année prochaine, puis 2035 et 2050. Et c'est des enjeux qui vont drastiquement changer même nos paysages, le rapport à nos territoires. Donc si je prends un exemple concret, le sujet de l'accès à l'eau et de la quantité d'eau.

Donc là, on s'apprête à avoir quand même une baisse massive : -25 % de l'eau disponible utile sur l'ensemble du territoire. C'est plus que l'intégralité de ce qu'on prélève aujourd'hui en termes d'ampleur. Et donc de ce fait, ça n'est pas simplement des plans de sobriété qui vont nous conduire à un statu quo. Il va falloir transformer notre rapport à l'usage de l'eau. Ça touche bien sûr l'agriculture en premier lieu, et on le voit dans l'actualité déjà avec les chocs de rendement, et c'est pas... ils vont continuer. Ça se voit aussi dans l'évolution de nos forêts, etc.

Ça va se voir aussi, et ça, on le chiffre, dans l'ampleur des chocs, enfin oui, des chocs et des crises qui vont toucher chaque territoire de France. Et donc là, on voit que déjà la canicule nous a tous touchés globalement, mais là les chocs majeurs vont tous toucher les territoires. Il y en a aucun qui peut se planquer, entre guillemets, qui va échapper à ce qui arrive là. Et donc on a essayé d'ordonner tout ça en trois grands enjeux, parce que derrière tout ça, il y a un enjeu dans ces transformations qui viennent à la fois d'évolution de là où on vit, mais il y a aussi des évolutions de... on touche les limites physiques des ressources dont on dispose, l'énergie, la biomasse, etc.

Et donc du coup, on a axé ça sur ce que ça veut dire pour le territoire, pour la France, pour le pays, en matière de souveraineté. Je parle d'énergie, je parle de biomasse, je parle d'eau, etc. Et donc là, on va voir que ces chocs, ces quantités disponibles, en fait, elles vont... on n'est pas beaucoup dotés naturellement et donc du coup, il va falloir adapter notre société, notre vie, notre aménagement à tout ça. Deuxième axe important, le sujet de la santé.

Tout ce qui nous arrive va conduire à avoir un impact sur notre santé individuelle parce que même si on met moins de polluants, vu qu'il y a beaucoup moins d'eau, les concentrations de polluants sont plus fortes et donc on va toucher plus vite les seuils de qualité de l'eau. Et puis troisième sujet, ça a été évoqué dans le travail sur les modes de vie juste avant, le sujet de l'habitabilité des territoires. Et donc là, on voit qu'en fait tous les territoires, je l'ai dit, vont être touchés et certains vont devenir probablement inhabitables. Et donc comment est-ce qu'on s'y prépare, à cela, en question d'aménagement, d'anticipation ? C'est absolument massif. Et donc si je devais...

ce qu'on cherche à faire dans ce chapitre-là, c'est de se dire, sur ces trois axes qui nous touchent tous individuellement indépendamment de l'effort, la contribution mondiale, enfin de la France à l'effort mondial pour le climat, ça nous touche tous individuellement dans notre pouvoir d'achat, dans notre santé et dans notre milieu de vie. Et la bonne nouvelle, quelque part, c'est qu'agir vite et fort et avec continuité sur ces sujets de transition, donc notamment se décarboner, réduire nos empreintes en matière d'eau, réduire nos déchets, économie circulaire, etc. c'est des choses qui sont extrêmement gagnantes et qui nous permettent de vivre mieux.

Vivre mieux parce que plus souverains, vivre mieux parce qu'en meilleure santé, vivre mieux parce qu'on préserve l'habitabilité de ces territoires. Donc c'est ça, les sujets sont vastes et on a peu de temps, mais c'est ça qu'on a essayé de toucher du doigt. Absolument. Vous avez parlé d'une stratégie d'habitabilité dans votre chapitre. Donc on comprend que c'est des transformations qui touchent le tissu productif, le logement, la réduction de nos émissions, la réduction de nos importations pour des questions de souveraineté. Souveraineté dont on parle évidemment dans les questions de défense, de sécurité nationale.

Votre chapitre fait état de l'évolution du climat mondial, climat géopolitique. Chaque jour, chaque journal ouvre sur des guerres et des affrontements, notamment en Europe. Qu'est-ce que vous pouvez nous dire là-dessus ? Comment, selon vous, évoluerait la France dans ce nouvel environnement ? Et puis vous avez une des grandes propositions de votre chapitre, c'est le troisième modèle d'armée. Est-ce que vous pouvez nous en dire un mot ? Ça touche aux questions un peu de démographie, il me semble. Alors, j'ai eu le privilège de coordonner ce travail sur la défense. C'est la première fois, je crois, que le Plan se penche sur la défense, ce qui dit quelque chose du moment dans lequel on est.

Alors, c'est pas seulement parce qu'il y avait des livres blancs sur la défense et la sécurité nationale, des revues nationales stratégiques, et que du coup le Plan n'avait pas à s'en occuper. Je pense que c'est aussi, et ça a été un exercice, me semble-t-il, assez intéressant et fructueux, de pouvoir échanger avec d'autres chefs de chapitre, d'autres équipes, sur comment est-ce qu'on met la défense dans tout ça. Et ça veut dire que la défense est en quelque sorte, me semble-t-il, revenue un peu non seulement dans l'actualité, évidemment, et je suis malheureusement celui qui doit plomber l'ambiance d'une certaine manière en rappelant le monde dans lequel on se trouve.

Mais d'une manière plus générale, on est obligés de réfléchir à comment est-ce que ce sujet-là va s'articuler avec l'ensemble des politiques publiques, avec notre société, et ça nous amène à toucher pas mal de sujets un petit peu différents, au fond, en respectant ce qui est par ailleurs les exercices de prospective qui existent dans le monde de la défense en lui-même, qu'on n'avait pas vocation à remplacer. Alors ce qui était vraiment le cœur de notre réflexion, c'était effectivement la dégradation de l'environnement géopolitique.

Alors, le commissaire nous a interdit de faire des scénarios radicaux parce que l'idée qu'on ne serait plus là en 2035 rendait l'exercice moins intéressant, mais de, en tout cas, nous dire qu'il était indispensable d'essayer de réfléchir en termes un peu nouveaux, un peu différents. Et au fond, comment est-ce qu'on essaie de formuler ce monde de l'après-après-guerre froide ? Et le fait qu'on dise après-après-guerre froide dit quelque chose sur le fait qu'on a du mal à mettre des mots sur les choses. La réalité, c'est le retour de la guerre en Europe.

Et finalement, on est arrivés à une recommandation qui peut paraître tout à fait simple mais qui doit, me semble-t-il, guider notre réflexion comme Français, comme Européens, c'est comment est-ce qu'on prévient le retour d'une guerre majeure en Europe et d'une guerre nous mettant directement en cause, et donc avec vraiment la volonté de se doter des moyens de dissuasion, pas seulement d'ailleurs dans l'acception classique restreinte française de dissuasion nucléaire, mais aussi de dissuasion conventionnelle. D'avoir les moyens de faire tout ça. Ça, c'est en réalité assez exigeant quand on commence à dérouler tout ça.

Ça veut dire revenir à des formes de masse et de réactivité qui n'étaient pas le modèle d'armée dans lequel on avait vécu. De revenir à une réflexion sur des capacités structurantes que jusqu'ici on se contentait assez bien de savoir qu'elles étaient, pour l'essentiel, apportées par les États-Unis. On voit bien qu'il y a une question, un gros point d'interrogation là-dessus qui nous est posé. De réfléchir aussi à l'innovation et comment est-ce que l'innovation et les innovations de rupture qu'on voit sur le terrain en Ukraine pouvaient nous amener à modifier les choses.

Et ça nous amenait non pas à plaider pour une sorte de retour à la guerre froide, le retour de la conscription, des choses très radicales, mais qui, en réalité, étaient plutôt un retour vers le passé. Mais à essayer de réfléchir sur quels pourraient être les paramètres d'un nouveau modèle d'armée qui serait assez différent de la guerre froide mais aussi assez différent de l'après-guerre froide. Et ça pose des questions, y compris les questions en lien avec la démographie parce que, je... un des enjeux, c'est comment est-ce qu'on peut amener, fidéliser une armée là-dessus. On y reviendra peut-être, mais aussi de réfléchir de manière très concrète à quelles pourraient être les choses.

Et, in fine, notre message très clair, c'est la volonté de maintenir quelque chose qui n'est pas anecdotique et qui n'est pas donné. C'est l'idée d'une France qui soit à la fois indépendante et souveraine dans une Europe forte. Et je crois qu'on ne doit pas sous-estimer le fait qu'on est dans un moment, de ce point de vue, il y a des choses qui peuvent rappeler le début des années 60, où il y a des décisions qui sont très structurantes pour justement les 25 prochaines années et qu'il ne faut pas, en quelque sorte, se louper là-dessus collectivement comme société. Et donc il faut faire des bons choix qui supposent un effort budgétaire réel.

Ça, c'est vrai, mais aussi une réflexion comme société sur comment est-ce qu'on se prépare et on fait face à un environnement qui est à la fois très dégradé mais auquel on pense, et ça, c'est la partie optimiste, qu'il n'y a pas de raison que Français et Européens ne soient pas capables de prévenir la guerre en Europe, de se doter des moyens de rester souverains dans un environnement géopolitique effectivement très dégradé et malheureusement, à notre avis, durablement dégradé. Merci Camille.

Donc menace à l'extérieur, changement des relations entre générations, on l'a vu, changement aussi des évolutions des modes de vie, on l'a vu dans la présentation du chapitre précédent, évolution des rapports aussi avec les services publics, l'État, l'administration, entre administration et citoyens. Évolution des rapports vis-à-vis des ressources qui vont se raréfier. Un logement aussi qui va devoir s'adapter. Finalement, le fil rouge de ce grand travail, c'est aussi la question de la cohésion sociale. Comment on fait encore société dans 10 ans, dans 25 ans, bref demain ? Et on retrouve dans vos chapitres, en filigrane ou de manière plus prononcée, cette question de la cohésion.

Camille, c'est le sujet de l'esprit de défense qui est une des propositions fortes de votre chapitre. Est-ce que vous pouvez nous en dire un mot ? En quoi ça consiste ? Il me semble que les collectivités locales sont appelées à un esprit de défense prononcé. Alors, ça a un côté un peu pompidolien, l'esprit de défense. Les plus anciens parmi nous se souviennent que c'était des thèmes qui nourrissaient des sessions de l'IHEDN, etc. C'est pas forcément... Mais ça dit quelque chose aussi du moment dans lequel on se trouve, c'est-à-dire comment est-ce qu'on arrive à faire société dans un moment où la cohésion nationale est menacée, y compris par des menaces extérieures, des menaces hybrides.

J'aime pas trop ce mot-là parce que je pense que ça donne le sentiment que c'est pas grave alors que c'est grave, ce qui se joue dans le champ des menaces hybrides ou des formes de déstabilisation qui sont le jeu de nos sociétés. Le chef d'état-major russe Guerassimov parlait des mesures actives qui lui permettaient de gagner la guerre avant la guerre. Je pense qu'il faut savoir se prémunir. Et c'est là que l'esprit de défense rentre en jeu.

Et l'esprit de défense, c'est la question, me semble-t-il, dans le chapitre, c'est vraiment de savoir comment est-ce qu'on arrive à infuser tout ça parce qu'au fond, une des interrogations qui nous a traversés, notamment quand on travaillait sur les enjeux plus de sécurité nationale, de résilience, c'est de se dire dans quelle mesure un événement qui paraît anecdotique et dont on voit la multiplication par ailleurs, une attaque cybernétique ou quelque chose comme ça, peut avoir des conséquences absolument gravissimes. Et là, on touche... Vous prenez par exemple le rôle des départements dans l'aide sociale.

Si ce dispositif était volé en éclats et qu'on avait toute la partie la plus fragilisée de nos sociétés qui était privée d'aide sociale pendant plus que quelques jours, parce qu'on avait un... on rentrerait dans quelque chose de très différent. Donc il y a tout cet élément-là de cohésion nationale qui est très important. Et puis sur l'esprit de défense lui-même, finalement, l'idée qu'on a quelque chose, un bien commun, quelles que soient nos opinions politiques, qui est la défense de la nation, la défense de l'Europe face à cet environnement que je décrivais tout à l'heure. Et donc ce collectif-là, il est important. Il se décline après sur des sujets comme le recrutement, par exemple.

On a noté qu'il y aurait, du fait des tendances démographiques, un besoin de recrutement très difficile à remplir dans les armées, même si la France s'en sort aujourd'hui plutôt mieux que beaucoup de ses voisins, et que c'est pas quelque chose qu'on allait résoudre simplement par... Il fallait de nouveau, là-dessus, être capable d'infuser pour que, par rapport aux grandes ambitions qu'on peut avoir en matière de recrutement et de militaires d'active, de réservistes, de savoir comment est-ce qu'on allait gérer tout ça. Tout ça est un défi assez compliqué et qui fait que le thème de l'esprit de défense, c'est plus qu'un slogan. C'est quelque chose qui doit se décliner, me semble-t-il.

Merci Camille. Je crois que, dans la même veine, on retrouve un peu cet esprit de cette mobilisation des esprits dans votre chapitre, Amélie. Vous rappelez au tout début de votre chapitre que le service public est un des fondements de la cohésion sociale. Et à ce titre, vous appelez à une forme de nouveau manifeste du service public. Penser que dans... ça fait les 80 ans de la fonction publique. Dites-nous un peu à quoi ressemblerait ce nouveau manifeste qu'on retrouve toujours dans le livre à paraître le 8 octobre, n'est-ce pas ? Voilà. Pourriez-vous nous donner quelques traits de ce nouveau manifeste ? Ah, il y a des choses qu'on garde déjà.

Je voudrais commencer par ça et je pense que c'est important. L'égalité dans le service public, la nécessité de continuité, l'adaptabilité. On a appris ça à l'école et je pense que c'est des principes qui sont tout à fait valables dans le monde d'aujourd'hui. En revanche, à partir de ces principes, on a effectivement eu envie, et je pense que c'est aussi important, de poser ce sujet de pas uniquement définir nos envies de services publics par du droit. On vit, en tant que tel, comme fonctionnaire, environnés de normes, et de se dire qu'on avait besoin de principes, de valeurs, plus que de règles opposables.

Déjà, ça dit quelque chose non seulement de la place qu'on donne à l'agent public là-dedans, qui est pas uniquement dans un principe descendant de « j'applique une norme », mais « je fais vivre un principe ». Et effectivement une idée de se dire que pour faire société, il nous semble effectivement que les services publics renouvelés sont indispensables pour qu'on fasse société collectivement. On a besoin de se dire, en fait, quelles sont les valeurs qu'on poursuit. Donc il y a ce qu'on garde, je t'ai dit égalité, continuité, adaptabilité, et ce qui nous semble vraiment important de développer, donc en ayant à cœur justement que chaque agent public y trouve sa place.

Alors, c'est pas forcément des idées nouvelles, mais je pense que c'est important de les mettre en exergue et de montrer d'ailleurs comment, il me semble, elles répondent bien à l'exercice qu'on essaie de conduire tous ensemble, c'est-à-dire de se projeter, d'avoir un plan grâce au Plan, si j'ose, en se disant justement qu'on a besoin de tout le monde et qu'on a besoin de se projeter dans le temps. Première valeur qu'on souhaite porter, c'est la notion de responsabilité. Alors encore une fois, ça parfois ça panique un peu les gens de se dire : « Ah bon, ça veut dire qu'on va être mis en cause », etc.

Mais évidemment, on l'a tourné de manière positive en se disant que chaque agent public est en fait à la fois détenteur d'un petit bout de chose publique et est responsable de la manière dont il le fait advenir, pas uniquement dans l'application d'une norme, mais bien dans l'atteinte d'un objectif de délivrance du service public. Tout à l'heure, je sais qu'on a essayé de définir un socle uniforme et puis, en revanche, plus de variabilité dans les services. Voilà.

Est-ce qu'on peut se dire qu'en matière d'accueil de la petite enfance, il y a peut-être pas un seul modèle opposable qu'il faudrait décrire par le menu, si je puis dire, dans la loi, mais avoir les objectifs que j'ai rappelés sur les principes et ensuite des agents publics dont on rend responsables de l'atteinte de l'objectif en ayant plus de souplesse sur les moyens. La responsabilisation, ça va évidemment avec l'évaluation. Voilà, il faut du temps pour ça, il faut des méthodes. Il faut aussi admettre que, de temps en temps, quand on évalue, on arrête ou on change radicalement la manière d'assurer le service, chose qu'on a un tout petit peu de mal parfois à porter.

Et effectivement de le faire comme, je pense, quand même pas mal de pays y arrivent. On a pris quelques exemples dans le chapitre à partir des services publics sur lesquels nous, on a souhaité mettre l'accent. C'était un parti pris, mais de considérer que l'éducation, la justice et la santé étaient des services publics qui étaient un peu à la croisée des chemins et pour lesquels ce manifeste des valeurs pouvait avoir beaucoup de sens pour tous les agents qui participent. Et puis responsabilité, évaluation, et puis en écho un peu à ce qu'on disait tout à l'heure, participation globale.

Et encore une fois, pour sortir de ce tête-à-tête qui est parfois de la confrontation entre l'État et les collectivités locales, par exemple, on avait des représentants de l'ensemble dans le groupe. Voilà, se dire que la participation, c'est aussi une manière de dire que tout le monde a voix au chapitre pour le produire et définir ses attendus. Et puis évidemment l'idée de donner envie. On a envie de recruter. Voilà, moi je suis heureuse de travailler pour le service public et je... on avait aussi envie de donner à voir.

Je terminerai juste par une citation qu'on a essayé de donner au chapitre, je l'attribue bien sûr à son auteur, Bernard Haillant, qui disait que pour labourer droit, il faut accrocher sa charrue à une étoile. Et on a le droit d'avoir de l'ambition pour le service public. Merci Amélie.

24:08
Non speech

[applaudissements]

24:11
Locuteur

Dans le périmètre de la cohésion sociale, on a aussi les nouveaux arrivants, les personnes immigrées. On sait que dans les scénarios de l'Insee, on a un certain nombre de personnes immigrées qui rentrent dans ce modèle pour projeter la population française dans 10 ans et 25 ans. Qu'est-ce qu'on doit faire selon vous pour préparer la France et mieux accueillir le travailleur ? Alors déjà, en fait, il faut savoir que la France, c'est le pays où la fécondité est la plus élevée parmi tous les pays européens. Donc tous les autres pays sont déjà touchés par la chute de la fécondité, avec par exemple l'Italie qui est aux alentours de 1,1.

Et donc on observe une raréfaction de la population d'âge actif, ce qu'on mentionnait tout à l'heure pour les difficultés de recrutement. Donc, il va y avoir une véritable concurrence, en fait, entre ces pays européens pour recruter au-delà de nos frontières et donc pour avoir une population active de taille suffisante, si tant est qu'on sache ce que c'est qu'être suffisant, mais en tout cas une compétition entre les différents pays pour recruter.

Donc dans un premier temps, il est important de mener ce travail prospectif habituel du Plan sur les métiers en tension, d'identifier quels vont être les métiers en tension dans ce travail prospectif et puis de construire un pacte avec les employeurs, en fait, avec les entreprises susceptibles d'être exposées à ces difficultés de recrutement. Et donc dans le cadre de ce pacte social, veiller à une bonne intégration des personnes immigrées qui viennent travailler en France. Cette intégration, elle passe par une meilleure connaissance du régime social français, une bonne connaissance, une maîtrise de la langue française et donc un accompagnement, un vrai accompagnement social.

Et par ailleurs, en fait, il faut aussi que nos services publics de l'immigration soient mieu