Yannick Jadot est l'invité d'Élizabeth Martichoux dans "QG de Campagne", votre nouveau RDV sur LCI
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Bienvenue, bienvenue dans cette interview différente ce matin comme nous le ferons maintenant avec les principaux candidats de la présidentielle. Nous sommes en direct du QG de campagne, quartier général de campagne. C'est toujours intéressant de voir les lieux où sont organisées les campagnes, c'est le cœur battant du candidat. Que nous disent-ils ces lieux, que nous disent-ils d'un ou d'une candidate, de leur personnalité, de leur dynamique, du moral des troupes, même si à 8h15, évidemment, ça n'est pas encore la ruche que ça devrait être. Bonjour Yannick Jadot. Bonjour. Merci de nous accueillir chez vous.
Bienvenue.
Vous avez dit que votre principal trait de caractère, c'était la franchise, on va vérifier ça. On est ensemble pour une bonne quarantaine de minutes. Vous ne décollez pas encore dans les sondages, c'est un enjeu pour vous, on va en parler. Il reste peu de temps avant le 10 avril, vous gardez le moral ?
Ah, on a grand moral, grand moral.
Nous sommes, Yannick Jadot, dans un immeuble du 9e arrondissement de Paris, à la fois en plein quartier, bobos, écolos, remplis de magasins bio. Mais on n'est pas loin non plus des grands magasins Haussmann, ces temples de la consommation carbonée, échevelés. Donc voilà, c'est un arrondissement parisien, on va dire, de synthèse. Votre QG s'étend sur 4 étages. On est là au 4e, ça va, la communication circule bien quand même ? Très bien, très bien, très bien. Vous avez gardé un peu de place pour héberger vos camarades de gauche, ils se désistent d'ici là ?
Ah, c'est l'écologie, l'écologie, l'écologie.
Bon, vous ne répondez pas à la question, mais on verra ça tout à l'heure. Ici, c'est la salle où vous tenez vos points de presse, Yannick Jadot. Alors, il y a un pupitre, un grand pupitre.
Avec notre slogan, changeons.
Voilà, pour votre mètre 92.
91.
91, soyons précis. Là, c'est déjà le boulot, au boulot, une dizaine, quinzaine de jeunes. C'est comme ça que ça se passe sur les 4 étages. Et là, il y a un coin, on va dire, un coin où vous faites des interviews sur la plateforme Twitch. Vous avez inauguré ça vendredi dernier. Vous êtes à l'aise avec les jeunes ?
Oui. Oui, vraiment ? Vous savez, j'étais hier à Rennes. On fait nos meetings maintenant dans la rue pour que tout le monde s'empare de cette campagne présidentielle. Et il y avait énormément, énormément de jeunes. C'est une très bonne nouvelle. Ils sont en train de s'emparer de cette élection présidentielle.
On va voir, c'est votre espoir. On va parler de ce que vous proposez aux Français. Mais d'abord, des mots sur vous, parce que la présidentielle n'est pas une élection tout à fait comme les autres. Les Français veulent savoir à qui, quelle personnalité ils peuvent éventuellement confier leur destin. D'ailleurs, je vous ai demandé de préparer un exercice qui n'est pas toujours évident. Vous fassiez en quelques secondes, trentaines, quarantaines de secondes, votre autoportrait.
J'ai 54 ans. J'ai deux enfants. J'ai une campagne extraordinaire. Je suis né dans l'Aisne, en Picardie, dans un village. C'est là que j'ai appris à aimer la nature, les arbres, les oiseaux. C'est là que j'ai grandi. Et puis, j'ai fait mes études à Paris. J'ai rejoint mon frère, y compris pour qu'on puisse partager la chambre de bonne. Et puis, après des études d'économie, je suis parti au Burkina Faso vivre et travailler deux ans. Là, j'ai vu à quel point l'agriculture était un enjeu essentiel, c'était fragile, lié au climat, à l'environnement. Après, je suis parti vivre et travailler au Bangladesh pendant deux ans dans des programmes d'appui aux femmes qui vivent dans la misère.
Et puis, j'ai participé à la construction du mouvement intermondialiste. J'ai dirigé les campagnes de Greenpeace pendant sept ans. Et puis, je suis devenu député européen avec Danny Cohn-Bendit, José Bové et tant d'autres.
Et vous réalisez le rêve de votre vie, candidat à la présidentielle. Vous en avez dit pas mal sur vous au début. Tiens, je dis ça parce qu'habituellement, vous êtes plutôt du genre pudique. Mais vous aviez quand même accepté, il y a quelques semaines, mi-décembre, pour Paris Match, de donner des photos qui ont été publiées. Il y avait six pages sur le candidat Jadot. Alors, qu'est-ce qu'on voyait ? D'abord, on voyait la fratrie autour de votre père.
Quatre garçons.
On le voit à l'écran. Quatre garçons. C'est vous, le petit blond. Vous êtes le plus petit parce que vous êtes le dernier. Aujourd'hui, vous êtes le plus grand avec votre mètre 80, je crois. Vous les surclassiez en taille. On vous appelle le géant vert parfois.
Pas dans la famille.
Pas dans la famille. On vous appelle comment dans la famille ?
Yannick.
Yannick, votre petit surnom. Alors, les mêmes. Les mêmes, quelques années plus tard, autour cette fois de votre mère, donc quatre garçons et une maman. Vos parents étaient socialistes, militants. Je crois que votre père a été élu à un moment. Vous êtes papa de deux garçons, vous l'avez dit tout à l'heure. Solal, 21 ans.
22.
22 ans et ?
Et Fabio, 20 ans.
Solal et Fabio. Oui. Deux prénoms que vous avez choisis assez originaux. Ouverts sur le monde. Ouverts sur le monde, c'est comme ça que vous le dites. Donc, très rapprochés, vos deux garçons et des jeunes adultes. Et puis, en 2019, dans l'ambiance euphorique de votre score aux européennes, vous aviez aussi accepté de paraître dans Paris Match, main dans la main, avec Isabelle Saporta, votre compagne. Vous allez le refaire avant le premier tour ?
Vous savez, Isabelle Saporta, ma compagne, elle a beaucoup perdu du fait de ma carrière politique. Elle a beaucoup perdu du point de vue professionnel, du point de vue de son engagement, du point de vue de ses convictions. Vous savez, c'est une femme engagée depuis longtemps, longtemps, longtemps. Et on a l'impression que parfois, elle doit simplement réfléchir à travers mon prisme, à travers moi. On la renvoie toujours à moi. Donc, c'est un moment difficile pour une conjointe. Je pense que c'est à peu près la même chose pour un conjoint. Parce qu'il y a une forme d'effacement ou de, encore une fois, on ramène tout à moi, en l'occurrence.
Et ce n'est pas bien pour des gens qui sont autant engagés. Ce n'est pas bien pour des gens qui font autant dans la vie, en fait. Et qui méritent d'être respectés pour ça.
Mais ça se fait à deux. Une campagne présidentielle avec un tel niveau de compétition, ça se fait à deux. Donc, ce que vous me dites, c'est que vous aimeriez bien, éventuellement, il y a peut-être des pressions autour de vous, Yannick, il faut que tu t'exposes, qu'on voit qui tu es, qui t'accompagne.
Mais vous ne le ferez pas. C'est vrai que je suis pudique. Vous savez, quand on est piquin, comme dans beaucoup de régions de France, on est pudique. Voilà. La politique, c'est d'abord...
C'est pas seulement elle, c'est vous aussi qui traînez là-dessus.
Oui, parce que c'est vrai que... Mais c'est important que nous voulons. Je sais que c'est important, mais on a parfois l'impression aussi que la politique, elle passe des idées à la vie privée. Et je comprends parfaitement qu'on veuille savoir qui est derrière le candidat ou la candidat. La présidentielle, Yannick. Je sais, je sais. Qu'est-ce qui anime ? Mais c'est vrai qu'on est dans une campagne où on voit bien la difficulté, jusqu'à aujourd'hui, à parler des difficultés des Français, de nos propositions, des enjeux du climat, de la biodiversité. Et donc, on a envie de porter ces idées. Parce que moi, c'est 30 ans de combat écolo. C'est 30 ans de combat pour la solidarité.
Donc, je suis tout à fait prêt à dire ce qui m'anime, qu'est-ce qui a forgé mes convictions, quelles sont les expériences de vie qui ont fait qu'aujourd'hui, je suis là, candidat à la présidence de la République. Mais c'est vrai que parfois, de parler de sa vie intime, on a l'impression de presque de perdre du temps, du temps de parole, presque.
– Oui, mais alors, pardon, mais ce n'est peut-être pas aussi ce qui vous manque dans cette campagne, parce qu'il faut créer ce lien. Ce sont des idées, ce sont des convictions. La politique, c'est de l'humain aussi. C'est un lien qu'on crée avec les Français aussi, avec cette, comment dirais-je, adhésion au fait de s'exposer. Alors, peut-être trop, beaucoup trop sans doute, dans cette société de transparence. Mais bon, vous ne le ferez pas. À la question initiale, est-ce que…
– Vous avez vu, il y a eu des photos de famille. – Oui, mais là, avec votre couple, c'est votre limite. – J'ai tout, j'ai raconté ma Picardie, j'ai raconté l'école communale. Vous savez, je suis né dans le logement de fonction de l'école communale. Donc, les quatre garçons sont nés à l'école, mes engagements à Greenpeace. Ma vie amoureuse, elle est connue, donc tout va bien.
– Donc, ça suffit. On n'ira pas au-delà.
– Tout va bien.
– On verra. – Alors, il y a l'affaire de la cravate, pardon. D'ailleurs, ce matin, vous ne la quittez plus maintenant, depuis que vous l'avez… – Vous savez, c'est incroyable. – Vous l'avez mise pour le 20h de théâtre. – Attendez.
– Je l'ai mise, vous savez pourquoi je l'ai mise ? Je l'ai mise pour qu'on arrête de m'en parler.
– Oui, bah oui.
– Pour qu'on arrête de me dire parfois, sur le terrain, vous savez, on a un tel… Des personnes me disent, ce que vous dites, c'est fantastique. Vous avez tellement raison. Mais on a un attachement fort à la fonction présidentielle. Et pour nous, un président de la République, ça doit porter une cravate. Donc, j'ai dit, ok, je vais mettre la cravate si ça rassure. Mais c'est justement pour qu'on n'en parle pas. – Eh bien, c'est… – Raté. – Raté.
– Jusqu'au journal conservateur Times, on en a parlé. Je vous la prends. – Ah bah oui, je n'ai pas vu. – Regardez, vous avez fait les gros titres. – Très bien. – Les gros titres, je vais même vous faire la traduction. Face au désastre électoral qui s'annonce pour les partis de la gauche française, le candidat à la présidence des Verts a décidé de renoncer à ces principes de toujours et de porter une cravate. C'était écrit à Londres, dans les kiosques. On a les titres qu'on mérite, c'est comme ça. Mais après la cravate, la prochaine étape, c'est le costume du président. Pas trop grand pour vous ?
– Non.
– Non ? Vous êtes sûr ? – Non.
– On est préparé, je suis préparé.
– Vous êtes préparé ?
– Je suis prêt. – Oui, vous dites, on est préparé. – Non, parce que c'est… – Non, non, non, non, je dis, je suis préparé, mais c'est une aventure collective. L'idée qu'on puisse gouverner seul la France, l'idée qu'on construit seul une campagne électorale, qu'on gagne seul pour gouverner seul, c'est une aberration, c'est un mensonge. En fait, c'est un travail d'équipe et heureusement que c'est un travail d'équipe. C'est ça qui est rassurant, c'est qu'on voit à quel point, y compris dans ce quinquennat, le président de la République a concentré les pouvoirs, parfois contre les syndicats, contre les maires, contre les citoyens. Et on voit que ça n'a pas donné les bons résultats.
Donc moi, je veux à la fois incarner la fonction présidentielle, présider ce pays, mais aussi pour rendre le pouvoir aux Français, qu'ils soient actrices et acteurs de la vie démocratique, actrices et acteurs de la reprise en main de leur destin. C'est ça la politique ?
– Alors, on va parler de votre programme dans quelques instants. Et avant de rejoindre votre bureau, parce que là, c'est une salle, on l'a compris, de communication et de travail collectif, on va rejoindre votre bureau qui est juste à côté. Qu'est-ce que vous lisez en ce moment ? Je vous ai demandé d'apporter votre livre.
– Alors, je lis Granger, Les Promises. – Jean-Christophe Granger. – C'est pas très gai, je reconnais, parce que ça se passe pendant le nazisme. Et donc, c'est un polar pendant la période nazie à Berlin. C'est pas très gai, généralement, en campagne, je reconnais que je prends des bouquins qui m'ouvrent plus sur les grands paysages, sur l'aventure, les Kessel, les Cavaliers de Kessel, un livre absolument magnifique que j'ai découvert pendant le Covid. Moi, mon bouquin qui m'a construit sur l'écologie, c'est Les Racines du Ciel de Romain Garry. Et puis, comme mon fils m'a piqué mon bouquin, j'espère qu'il me le rendra.
– Ah, les Racines du Ciel, j'ai ramené aussi ce livre, Jack London, Martin Eden.
– Ça, vous vouliez nous le montrer, parce que pour vous, Jack London, vous le lisez, vous le relisez. Mais, accessoirement, vous avez le temps de lire ?
– Oui, il faut que je lise, il faut que je lise le soir.
– Vous êtes dans le train ?
– Non, pas dans le train, parce que dans le train, on travaille. Mais quand je me couche, je lis.
– Un petit peu de Polar pour s'évader, la fiction aussi, c'est important. – Oui, pour baisser un peu la pression. – Un peu de télé, un peu de Netflix, un peu de cinéma, pas le temps.
– Ah, si, si, j'ai vu Spider-Man, j'ai vu Les Illusions perdues, c'est même magnifique. Mais Spider-Man, c'était pas mal aussi. – Ah, vous voyez, l'éclectisme.
Allez, on va dans votre bureau, vous montrez le chemin.
– Je vous fais pas une mauvaise manière, je vous fais pas une Darmanin. Je passe juste devant vous.
– Gérald Darmanin, on va en reparler, mais puisque vous mettez ça sur le sujet tout de suite, c'était pas vraiment ma première question, on va parler de votre programme. Votre programme, la parité, etc., vous voulez d'ailleurs nommer. Voilà, on est dans votre bureau, on va le visiter dans un instant. Mais vous me dites, on fait une Darmanin. C'est pas évidemment innocent, cette formule que vous utilisez ce matin.
– Mais c'est outrancier ce qu'il a fait hier, chez vos collègues.
– Alors, on rappelle, hier matin, face à Apolline de Malherbe, notre consoeur de PFM, il y a eu une interview extrêmement tendue, au cours de laquelle il a notamment dit, mais calmez-vous, ça va bien se passer, madame, calmez-vous. Et donc, ça donne lieu à une scène inédite, sans doute, entre un journaliste et un ministre.
– Écoutez, ça dit beaucoup de la relation de Darmanin aux femmes. On sait qu'il a un problème avec ça. Mais je trouve qu'un ministre qui représente l'État, qui n'accepte pas la critique ou une question d'une journaliste femme, je trouve ça scandaleux. Parce qu'au fond, il n'aurait jamais osé faire ça avec un homme. Donc, je trouve qu'il y a à la fois de l'arrogance, un sexisme arrogant et cynique, et je trouve ça totalement déplacé, totalement déplacé.
– Oui, ça vous a profondément choqué.
– Ah, je trouve ça choquant.
– Mais ça dit quoi ? Alors, vous dites sexisme profond du ministre général Darmanin, du rapport aux femmes.
– C'est une sorte de sentiment de supériorité par rapport aux femmes. Il n'accepte pas d'être challengé par une femme. Ça dit, encore une fois, le problème qu'il peut avoir avec les femmes.
– Et il doit s'excuser ?
– Bien sûr, il doit s'excuser.
– Ce qu'on peut dire, c'est peut-être un craquage ?
– Écoutez, qu'il n'assume pas le bilan qu'il y a sur la sécurité, c'est un sujet, mais il est là pour faire de la politique, il est là pour respecter la presse, il est là pour respecter ses contradicteurs ou ses contradictrices. Il y a quand même régulièrement dans ce gouvernement une critique de la presse, une critique de la justice. Il faut à un moment donné que, y compris le président de la République, qui sonne la fin de la récré, il est garant de l'État de droit, il est garant de l'indépendance de la presse, il est garant de l'indépendance de la justice, et ça doit être, et la justice et la presse, respecter dans ce pays.
– Juste, dernière question, sonner à la fin de la récré, comment ?
– Quand c'est qu'Emmanuel Macron doit… – Qui rappelle à l'ordre l'ensemble de ce gouvernement, parce que c'est quand même régulièrement, ils dépassent la ligne jaune, ils franchissent la ligne jaune, voire la ligne rouge, et c'est pas normal. Je veux dire, on a besoin d'un pays qui s'apaise, on a besoin d'un pays où on va aborder dans cette campagne présidentielle, de manière sereine, mais forte, les grands enjeux de société. On sort quand même d'une pandémie qui a révélé beaucoup de vulnérabilité de notre société.
On les connaissait avant, le dérèglement climatique, l'effondrement de la biodiversité, les difficultés de l'hôpital public et de l'école, c'était déjà avant le Covid, mais on a vu à quel point nous étions vulnérables économiquement, à quel point la société était tendue. Donc dans ce moment-là, la France et les Français méritent un grand débat politique, parce qu'au fond, ce qui se joue ici, du ressort de l'invective, de l'incapacité à assumer une question qui peut-être le dérange.
– Incapacité à assumer, c'est ça finalement le reproche que vous portez à Gérald Darmanin et à l'ensemble du gouvernement et à Emmanuel Macron. On y reviendra sans doute sur cette question homme-femme, puisque c'est de ça dont il s'agit d'abord, dites-vous, dans ce qui s'est passé hier matin. On est dans votre bureau, alors il y a un pot de miel, je ne sais pas si c'est un clin d'œil à Arnaud Montebourg, mais ce n'est pas le, non non, ce n'est pas le miel d'Arnaud Montebourg, mais il est quand même made in France, évidemment.
– Ah oui, oui, oui, oui.
– Qu'est-ce qu'il y a d'autre ?
– Grand combat, grand combat pour avoir du miel made in France.
– Alors il y a deux drapeaux, un drapeau français, un drapeau européen, parce que vous êtes un candidat pro-européen.
– Oui.
– D'ailleurs, on se souvient de votre invective, ça n'a rien à voir.
– Non, ce n'est pas une invective.
– Votre interpellation.
– Oui, attention. – Votre interpellation.
– Non, non, mais vous avez raison. Votre interpellation d'Emmanuel Macron à Strasbourg, il y a quelques semaines, vous êtes eurodéputé. – Oui. – Voilà, puis c'est assez dépouillé. Vous êtes sûr de venir souvent dans ce bureau ?
– Vous savez, quand vous êtes en campagne, vous n'êtes pas beaucoup dans votre bureau.
– Ah, vous êtes beaucoup dans votre bureau ?
– Non, vous n'êtes pas beaucoup dans votre bureau quand vous êtes en campagne. – Et ce n'est pas très habité. – Vous êtes habituellement sur vos plateaux, vous êtes beaucoup en déplacement, vous êtes en rencontre, nous on organise des forums, justement, pour ouvrir la discussion avec les Françaises et les Français. Donc le boulot d'un candidat, c'est d'être auprès des Françaises et des Français.
– Alors, vous n'êtes pas Zodip pour l'instant, pas suffisamment. Vous êtes sans doute déçus, 4,5% d'intention de vote dans le IFOP, jusqu'à 8% dans un sondage Ipsos. Votre campagne, les Français se demandent, mais n'imprime pas, Yannick Jadot, pourquoi ? Ma question, c'est, qu'est-ce qui pourrait vous porter plus haut ? Alors, par exemple, les candidats le week-end dernier, le week-end prochain, le week-end dernier, Eric Zemmour, Marine Le Pen, Fabien Roussel à Marseille, dimanche prochain, ce sera à suivre sur LCI, évidemment, Valérie Pécresse, comme tous les meetings, aussi aux Unitas Paris, grand meeting. Ça permet de montrer une fièvre militante, ça permet de faire résonner ses messages.
Pas vous ? Je ne ferais pas grand meeting ?
– Écoutez, il y a 10 jours, nous étions à Lyon, j'ai lancé mon projet à Lyon. – Oui. – La salle était pleine, il y avait un enthousiasme incroyable, je trouve de très belles images, mais surtout une énergie qu'on ressent, des militantes et des militants, et la force du projet que nous avons construit. J'étais hier à Rennes, place Roche.
– Alors, vous avez inauguré, pas un grand meeting en salle, mais un truc différent.
– Oui, avec des centaines de personnes, à un moment où, là, c'est pendant la pause de midi, les personnes peuvent venir, écouter, ça permet des échanges avec les militants, les meetings dont vous parlez, c'est essentiellement les militants déjà, toutes et tous convaincus. Là, l'idée, c'est d'aller à la rencontre des Françaises, des Français, que la politique se réempare de l'espace public. Je serai demain à Montpellier, donc on va continuer ces formats qui sont à la fois des formats où on dit notre projet, mais aussi des formats de rencontre avec les Français, c'est important.
– Mais ces grands événements, ça ne vous fait pas rêver ? Vous n'aimeriez pas avoir des milliers de personnes en face de vous qui scandent votre nom, Jadot Président ? C'est aussi ça, la présidentielle, c'est une autre dimension.
– Oui, mais ce n'est pas la question de savoir, la question c'est aujourd'hui comment on arrive à convaincre les Françaises et les Français de ces idées. – Et j'entends bien que réunir ces troupes…
– C'est tout l'enjeu, effectivement.
– J'entends bien que réunir ces troupes, c'est ça, mais y compris, nous, nous avons pensé nos formats dès le début en fonction de la crise sanitaire.
– Pas en fonction…
– N'oublions pas, n'oublions pas…
– Pas en fonction de la capacité que vous avez ou pas à réunir des gens dans une salle.
– Non, non, non, vous inquiétez pas, vous inquiétez pas pour ça. N'oublions pas qu'il y a une crise sanitaire dans notre pays et que quand je vois certains meetings où une partie des militants ne porte aucun masque, ne respecte aucun geste barrière, je pense qu'il y a là aussi une forme d'irresponsabilité de certains candidats.
– Vous avez longtemps incarné, Yannick Jadot, l'écologie, le gouvernement, l'écologie pro-entreprise, pro-économie de marché. Vous disiez même en 2019, le clivage droite-gauche, il n'est pas pertinent. Vous avez évolué. Et ce matin, tiens, à la une de Libération, Yannick Jadot, j'ai un projet de rupture.
– Oui.
– Vous faites du en même temps ?
– Non. C'est toujours, vous savez, ça fait 30 ans que j'ai les mêmes convictions, ça fait 30 ans que j'ai la même ligne politique. Alors pendant des années, des années, mes combats, c'était dans les associations, aujourd'hui c'est candidat à la présidence de la République, mais c'est la même chose. Vous savez, on ne peut pas s'offrir ou subir 5 ans de plus d'inaction climatique. Quand on regarde l'urgence absolue d'agir sur le climat, je veux dire chaque jour sur votre antenne quasiment, vous montrez dans le monde ou en France un événement climatique extrême. On sait l'effondrement de la biodiversité. – Mais ça, c'est à qui ? – Non, non, on sait la pollution de l'air.
Et on sait aujourd'hui les inégalités. Donc l'idée qu'on puisse encore procrastiner, l'idée qu'on puisse encore reporter, l'idée qu'on puisse toujours être dans le déni de l'urgence, ça n'est plus possible. Donc il faut cette rupture. Mais cette rupture-là, ce n'est pas une rupture de punition, ce n'est pas une rupture de repli. Au contraire, vous voyez la société française à quel point, aujourd'hui, elle a envie d'un projet partagé. Elle a envie de se retrousser les manches et de se serrer les coudes.
Et la protection de l'environnement, comme la justice sociale, c'est les grands sujets du moment, et c'est les grands sujets, j'en suis convaincu, sur lesquels les Français peuvent se retrouver, parce que c'est nos enfants, c'est la vie, et c'est notre avenir.
– Ça, c'est votre acte de foi, on va dire, votre profession de foi. Vous avez encore du boulot. Par exemple, Fabien Roussel, en meeting à Marseille, dimanche dernier, vous a renvoyé à l'écologie punitive. Dis-lui, moi, je suis l'écologie des solutions.
– D'accord, d'accord.
– Et dans l'esprit des Français, profondément, il y a l'idée que la transition écologique, effectivement, ça coûte cher. Ils se disent, l'écologie, ça va nous demander des efforts qu'on ne peut pas supporter. Vous êtes d'accord ? Ça les inquiète ?
– Écoutez, j'entends parfaitement. Si vous voulez que Fabien Roussel reprenne les formules de tous ceux qui combattent l'écologie, c'est son problème. Mais qu'est-ce qui punit aujourd'hui ? C'est l'écologie ou c'est le dérèglement climatique ? C'est l'écologie ou la pollution de l'air ? C'est l'écologie ou les pesticides ? C'est l'écologie ou l'explosion des factures d'énergie ? L'écologie, aujourd'hui, c'est la meilleure alliée du pouvoir d'achat. Parce que les factures qui explosent pour les Françaises et les Français, c'est le résultat de l'inaction du gouvernement Macron, du gouvernement Hollande ou du gouvernement Sarkozy.
Ils n'ont pas agi pour rénover nos logements et faire en sorte que les Français consomment moins. Ils n'ont pas agi pour développer les transports collectifs, le covoiturage pour que les Français payent moins de carburant. Ils n'ont pas agi pour sortir des pesticides et consomment moins malades.
– Donc vous allez nous dire comment vous allez le faire. – Bien sûr. – Petite parenthèse parce que c'est l'actu aussi du jour. Le patron de Total, Patrick Pouyannet, vient d'annoncer un chèque de 100 euros pour tout abonner au gaz Total. Donc une aide directe au pouvoir d'achat de la part de Total.
– Vous savez pourquoi il fait ça ? Parce qu'il va sortir que son bénéfice net cette année, c'est le record absolu 15 milliards. Donc en fait Total fait aujourd'hui beaucoup d'argent sur le dos des Français à travers les factures de gaz, à travers les factures de carburant et sur l'exploitation du pétrole qui nous pourrit le climat et remet en cause notre avenir collectif. Donc je comprends que M. Pouyannet fasse un geste vis-à-vis des consommateurs. – Non, parce que le sujet, ce n'est pas la charité de Total vis-à-vis de ses consommateurs.
C'est comment Total, grande entreprise, grande entreprise française qui a des compétences incroyables, arrête de considérer qu'il faut aller chercher la dernière goutte de pétrole parce que la dernière goutte de pétrole sera toujours plus rentable qu'un panneau photovoltaïque. Avec la puissance de Total, s'ils engageaient la sortie du pétrole pour mettre toute leur intelligence, tout leur investissement sur les énergies renouvelables, sur la réduction de nos consommations d'énergie qui protègent notre pouvoir d'achat, eh bien ils rendraient un service immense à l'humanité. Aujourd'hui, Total fait partie de ceux qui contribuent à la destruction de la planète.
– Donc petit effort de Total, il rend l'argent, vous dites qu'il gagne sur le dos des Français. – Je sais, vous vous dites, on va mettre le paquet sur la rénovation thermique avec un budget très important et ça permettra aux Français de faire des économies d'énergie, ça c'est important.
– 600, 700 euros par an, rien que sur le chauffage.
– C'est ce que vous avez calculé en moyenne une fois qu'on aura nos logements rénovés avec des aides substantielles.
– Pour les familles les plus vulnérables, les 2 millions de familles, vous savez il y a 12 millions de Français aujourd'hui, 12 millions de Français qui n'arrivent pas à se chauffer tous les jours. C'est des problèmes de santé, c'est des problèmes de confort. Pour les 2 millions de familles qui sont à la précarité énergétique et qui sont les plus fragiles d'entre nous, ce sera totalement pris en charge par l'investissement public. – La facture est payée par l'investissement public.
– Pas de taxe carbone dans votre programme. Vous la remplacez, sauf erreur, par une TVA modulée, si j'ai bien compris. – Une TVA qui va baisser sur les produits et les services écologiques. – J'ai bien compris.
– L'idée, on maintient telle qu'elle est aujourd'hui. – Telle qu'elle est aujourd'hui. – Aujourd'hui, on ne va pas monter la taxe carbone alors que les prix de l'énergie ont déjà explosé. Mais en revanche, toute mon approche de la fiscalité, au fond, c'est une approche bonus-malus que tout le monde comprend. Vous avez un produit qui est réparable, recyclable, qui a été fait en France, on baisse la TVA. Vous avez un produit qui relève de l'obsolescence programmée, qui a fait des milliers de kilomètres inutiles, vous augmentez la TVA. Vous baissez la TVA sur le bio, vous augmentez la TVA sur ce qui est trop gras, trop sucré, trop salé.
Eh bien, c'est rendre accessible tout ce qui nous fait du bien à tout le monde et c'est effectivement sanctionner ce qui nous fait du mal. Mais on fera la même chose sur l'impôt sur la fortune.
– C'est très facile à comprendre, tel que vous racontez. C'est hyper compliqué à mettre en place.
C'est une usine à gaz assez irréaliste. – Absolument pas. – Mais sur quels critères vous arrivez à mettre une telle modulation de la TVA ? – Mes collègues suédois verts ont réussi à engager cette réforme de la TVA en Suède. Donc simplement, vous savez, vous faites réparer un vélo, par exemple, TVA 5-5. Vous prenez des transports collectifs, TVA 5-5. On peut parfaitement le faire. Moi, je veux que les Français retrouvent la liberté de se déplacer, l'accès au déplacement, retrouvent le confort dans leur appartement, dans leur ville, mangent une alimentation de qualité. Et donc, on va soutenir tous les secteurs économiques qui existent déjà, mais qui sont souvent contraints. On va les soutenir.
Et tous ceux qui, effectivement, promeuvent la malbouffe, le pétrole ou les pesticides, eh bien ceux-là, ils vont être taxés davantage. Et probablement, parfois, comme sur le glyphosate, les néonicotinoïdes, on interdira.
Alors, je rappelle qu'on est dans votre bureau, dans votre QG, dans le 9e arrondissement de Paris, métro, chaussée d'Antin.
Absolument.
Pas facile de circuler dans Paris. À propos, interdiction des véhicules neufs d'ici à 2030. On est en 2022.
Véhicule thermique. Thermique, évidemment.
À carburant thermique. Mais même les hybrides, d'ailleurs. Non, non, vous savez. Non, mais je vous pose la question. Hybrides compris ?
Ah ben là, il faut les hybrides. On aura une période de transition plus forte. Mais essence, diesel, ça, c'est sûr.
Alors, vous mettez... Enfin, il y a des constructeurs comme Renault qui ont mis le paquet sur l'électricité depuis longtemps. Mais malgré tout, c'est dans 8 ans, cette interdiction de vendre des voitures thermiques. Vous ne les mettez pas en danger, les constructeurs ?
Au contraire. Au contraire. Vous avez vu les résultats de notre balance commerciale ? Depuis 10 ans, nous sommes devenus importateurs massivement de voitures. Nos constructeurs automobiles, de manière bien au-delà de tous les constructeurs européens, ont délocalisé. En tous les 10 ans, tous les 10 ans, on perd 100 000 emplois dans l'industrie automobile en France. Eh bien, justement, il est temps que l'industrie automobile française s'inscrive sur ce qui va être le futur de l'automobile. Les Allemands s'y mettent. Renault vient d'annoncer qu'en 2030, ils seront tout électriques. Aux États-Unis, en Allemagne, en Chine, ils prennent ce chemin-là.
Vous savez qu'on a quand même 60 000, 70 000 morts liés à la pollution de l'air tous les ans. Les centres-villes sont en train d'être fermés aux véhicules thermiques. Eh bien, moi, je veux qu'on ait des industries automobiles françaises. Je veux qu'on relocalise la production. Et ça se fera autour de l'électrique, du biogaz, de l'hydrogène vert. Mais sur la batterie, sur les datas, sur la construction automobile, j'en ai assez d'entendre qu'on ne peut rien faire. Et qu'on a des groupes qui délocalisent, qui suppriment les emplois, qui ferment les usines sur nos territoires. On va changer ça, on va inverser la tendance.
Les voitures d'occasion continueront de rouler jusqu'à extinction quand elles sont thermiques.
On parle bien des véhicules neufs.
Avant de parler de l'énergie, gros sujet. Est-ce que vous êtes pour...
Et on fera pour les véhicules d'occasion, on va favoriser énormément ce qui est peu connu en France, ce qu'on appelle le rétrofit. Vous avez votre voiture, vous changez juste le moteur. Vous changez le moteur thermique pour un moteur électrique. Il y a plein de municipalités qui sont en train de se saisir de ça. Et pour les artisans, c'est génial parce que quand vous avez aménagé votre camionnette pour vos outils, machin, vous n'avez pas à changer de véhicule. Vous changez le moteur et vous êtes aidé pour changer le moteur.
Est-ce que vous êtes, autre sujet, pour l'universalité des allocations familiales ?
Nous, on est pour aujourd'hui, y compris, avoir des allocations familiales dès le premier enfant. 70 euros par an.
Sous condition de revenu ou pas ?
Écoutez, le principe, oui. Non, pas sous condition de revenu. Ah, c'est une colle, ça. Pas sous condition de revenu. Non, non, non. D'accord. Donc, vous êtes pour l'universalité intéressante des allocations familiales. Dès le premier enfant, y compris, il faut pouvoir bénéficier d'un soutien. Parce que, à la fois, ce sont des dépenses en plus. Quand on voit les contraintes sur le logement, quand on voit les contraintes, les coûts, eh bien, il faut être aidé dès le premier enfant. D'accord. Mais vous savez, on va changer beaucoup de fiscalité.
Non, mais les socialistes avaient mis les allocations. Oui, oui. Vous, vous dites, eh bien non, on a une politique plutôt nataliste.
On a une politique qui aide. Vous savez, moi, on va renforcer énormément l'impôt sur la fortune. Aujourd'hui, on va mettre l'impôt sur la fortune pour les 1% les plus riches, à partir de 2 millions d'euros. Et on va avoir un rendement de 15 milliards. Parce que, trop souvent, les milliardaires échappent à l'impôt. Vous le savez. Avec ça, on va financer un revenu citoyen. Dans notre pays, dès 18 ans, personne ne touchera moins de 920 euros par mois. Nous allons éradiquer, enfin, la grande pauvreté et donner de l'autonomie à nos jeunes. Donc, on va faire beaucoup de justice sociale. Oui. On va faire beaucoup de redistribution.
Parce que dans notre pays, il n'est pas normal que quand on a un hôpital qui souffre, une école qui souffre, un commissariat qui souffre, un tribunal qui souffre, les très riches continuent à s'enrichir et les plus précaires continuent à s'appauvrir.
Et j'entends que dans cette grande entreprise de redistribution, les allocations familiales, pour tous, quel que soit le revenu, à partir du premier enfant, c'est dans votre programme. C'est intéressant. Emmanuel Macron va à Belfort. Demain, visite consacrée à la stratégie énergétique française. On va parler de l'énergie. Mais d'abord, est-ce que le rachat, qui devrait être confirmé demain, des activités nucléaires de Général Électrique par EDF est une bonne chose ?
Vous savez qu'il y a énormément d'inquiétudes chez les salariés. Parce que EDF a été tellement fragilisé par l'obsession nucléaire que les salariés craignent qu'EDF n'ait pas les reins assez solides pour relancer l'activité. Y compris relancer l'activité sur l'idée qu'on va construire de nouveaux réacteurs nucléaires.
Le retour à la maison pour les activités nucléaires d'EDF, est-ce que c'est une bonne chose ?
Ce que je trouve choquant dans cette affaire, c'est que vous voyez l'absence de politique industrielle dramatique, particulièrement sur ce quinquennat. Emmanuel Macron, juste avant l'élection présidentielle, essaye de corriger l'aberration d'avoir vendu Alstom à Général Électrique.
On rappelle que ça avait été vendu à Général Électrique par Emmanuel Macron quand il était ministre de l'économie.
Dans des conditions absolument inacceptables pour la France. Donc il fait de l'électoralisme. Nous sommes un pays qui a historiquement eu une grande politique industrielle. Aujourd'hui, il n'y a plus de politique industrielle. Vous avez un haut-commissaire au plan, François Bayrou, qui doit faire surtout des plans de table plutôt que des plans pour l'industrie française. Vous avez une sorte d'improvisation permanente sur les enjeux industriels. Par exemple, on parle du nucléaire.
– Attendez, on va parler du nucléaire, mais pas tout de suite. – Mais pour vous parler de politique industrielle, quand on a voulu… – Vous voulez nationaliser EDF. – Oui. – C'est aujourd'hui à 82, 83%. – 84%, oui. – Ça changera quoi ?
– Ça changera trois choses. Un, EDF a d'énormes problèmes d'argent. Vous le savez, très endetté par cette obsession nucléaire. Donc quand vous avez un EPIC plutôt qu'une société anonyme, vous empruntez à de meilleures conditions. Deux, il y a un enjeu majeur sur les grands barrages. Les grands barrages hydrauliques français sont en train d'être privatisés, d'être mis en concession. C'est un enjeu majeur de souveraineté, de gestion de l'eau et de sécurité. – Je voudrais qu'on avance à ce qu'il y a encore beaucoup de questions.
– Troisièmement, quand on ferme aujourd'hui une centrale nucléaire, on donne des indemnités de fermeture de centrales à des actionnaires qui n'ont jamais participé à la construction des centrales. – Alors, précisément, je voudrais qu'on n'a pas ce que le nucléaire. – Donc on va faire d'EDF le bras armé de la transition énergétique.
– Vous êtes pour une sortie progressive du nucléaire.
– Oui.
– Sortie, sortie du nucléaire. Ma question est simple, quand est-ce que vous fermez le dernier réacteur ? J'ai cherché dans votre programme, je ne l'ai pas trouvé. C'est quand, là, vous fermez le dernier bouton ?
– Un, un, un, con, con, juste, trois mots. – Un, aujourd'hui, aujourd'hui, la France est en grande difficulté du fait de la fragilité de ses réacteurs nucléaires. L'autorité de sûreté nucléaire oblige EDF à fermer de nouveaux réacteurs nucléaires pour maintenance, et ce sont les plus récents. Donc on a 10, 12 réacteurs nucléaires qui ne peuvent pas tourner parce qu'ils ont des problèmes. Deuxièmement, donc ça explique aussi l'explosion de la facture d'électricité. Deuxièmement, moi, ce que je dis, c'est qu'on ne construit pas de nouveaux réacteurs nucléaires. Le choix, aujourd'hui, c'est, est-ce qu'on construit de nouveaux réacteurs nucléaires ?
Est-ce qu'on met le paquet sur les énergies de nos plans ?
– Emmanuel Macron va annoncer un plan demain avec des nouveaux EPR.
– Écoutez, c'est son choix, c'est un choix politique.
– C'est un choix que vous caractérisez comment ?
– De passer, un choix obsolète et le choix du fiasco. On a un EPR, Mme Martichoux, on a un EPR aujourd'hui qui aurait dû entrer en fonction en 2012 pour 3 milliards d'euros. Il n'entrera pas en fonction avant des années et des années.
– Pardon, vous êtes historiquement, les verts, vous êtes historiquement anti-nucléaires. – Oui. – C'est important parce que je me demande si ça ne bruit pas aussi votre image aujourd'hui dans la présidence. – Non, écoutez-moi, écoutez-moi jusqu'au bout. – Les Français ont compris que c'est l'énergie la plus décarbonée.
– Mais ça, c'est ce que vous en dites, ça c'est ce que vous en dites. Pardonnez-moi. – C'est vrai. – Non, moi je pense qu'aujourd'hui, les Françaises et les Français, quand on regarde les enquêtes d'opinion, ils aimeraient bien sortir du nucléaire et qu'on fasse des énergies renouvelables. – Mais attendez, attendez, laissez-moi juste finir mon raisonnement. On a un EPR, 17 milliards d'euros de surcoût, 17 milliards, vous vous rendez compte ? L'argent, personne n'a jamais rendu compte devant les Français sur cette gabegie. Et le président de la République, il prend un fiasco, 17 milliards de surcoût, et il va en faire 6 et ce sera un succès ?
Eh bien, les écologistes, ils vont mettre le paquet sur les économies d'énergie, ils vont mettre le paquet sur les énergies renouvelables. Et progressivement, pour répondre à votre question, progressivement, nous fermerons. Eh bien, il y en aura 10 d'ici 2035.
– Mais quand est-ce que vous pouvez remettre ? On a l'impression qu'en fait, vous resterez un peu avec…
– Mais non, parce que vous prenez le sujet à l'envers. Vous dites, au fond, moi je veux absolument fermer le nucléaire.
– Jean-Luc Mélenchon, il le dit.
– Mais c'est Mélenchon. Moi je dis, en responsabilité, on met le paquet sur les économies d'énergie, on déploie les énergies renouvelables, et au fur et à mesure, on ferme les réacteurs nucléaires. Ça prendra 20 ans, si ça doit prendre 25 ans, ça prendra 25 ans. Je ne mettrai pas en danger notre économie, je ne mettrai pas en danger les familles. Au contraire, on créera de l'emploi, on créera des entreprises, et on protégera le pouvoir d'achat des Français, et on sauvera EDF, aujourd'hui menacé de faillite du fait de cette obsession nucléaire.
– On y reviendra bien sûr à l'occasion d'autres débats pendant la présidentielle. Les débats d'ailleurs, si Emmanuel Macron ne participe pas au débat, avez-vous dit récemment que ce serait une faute morale ? En quoi ce serait une faute morale ?
– Parce que je pense que notre pays a besoin d'un grand débat politique, parce qu'on sort d'une période…
– À vous de jouer, hein ?
– Oui, mais ne vous inquiétez pas, je veux dire, moi je fais confiance aux Français pour de toute façon s'emparer du débat de la présidentielle. Que Emmanuel Macron soit fébrile sur son bilan, peu courageux sur son projet, c'est son sujet, les Français trancheront. Mais quand on sort d'une période où les Français sont fatigués, il y a eu la pandémie, beaucoup, vous vous souvenez, il y a quelques mois, tout le monde s'interrogeait sur le monde d'après. Quelle leçon on tire de cette pandémie ? Quelle leçon on tire d'un modèle qui met les Français en concurrence avec le reste du monde, qui fait perdre nos industries, qui appauvrit et déstabilise nos services publics ?
Et donc on a besoin de ce grand débat. On a besoin de ce grand débat parce qu'on a besoin de retrouver de l'enthousiasme dans notre pays. On a besoin de se réconcilier autour d'un projet. Et on ne peut pas tronquer le débat de l'élection présidentielle parce qu'il se joue un projet de civilisation.
Son argument, c'est de dire, il a fait dire par Gabriel Attal, tout le monde sera contre moi et je n'aurai que dix minutes pour me défendre.
Écoutez, là je pense qu'il fait campagne assez largement. Il ne rentre pas dans l'équité des temps de parole. Il profite largement de son statut présidentiel pour faire campagne. Il distribue des milliards dans tous les sens. C'est des milliards, c'est le quoi qu'il en coûte électoraliste d'Emmanuel Macron. Et il va nous expliquer qu'en fait, il ne pense pas à la campagne présidentielle. Tout ça n'est pas sérieux.
Et donc faute morale, vous maintenez. Ce serait une faute morale de ne pas accepter d'échanger avec les adversaires.
Et les Françaises et les Français savent, quand ils lisent que 1400 scientifiques les interpellent sur le dérèglement climatique, quand ils voient les océans dont on va parler ces jours-ci aussi menacés, quand ils voient les injustices sociales, ils savent bien qu'il faut parler politique. Parce que moi, mon sujet, ce n'est pas les idées nauséabondes du grand emplacement. C'est l'innovation, l'enthousiasme contre le grand réchauffement.
Vous avez votre gouvernement en tête. On n'en est pas là. Une femme première ministre. Je vous ai entendu tout à l'heure. On vous a tous entendu sur ce que vous avez dit de Gérald Darmanin. Une femme première ministre. Et de sa confrontation.
Une femme présidente de l'Assemblée nationale.
Et ce sera une femme ministre. Et Anne Hidalgo, elle sera une bonne première ministre ou pas ?
Non, on ne va pas rentrer dans les noms. Non, non, je ne rentre pas dans ce truc-là. On n'y est pas. Je dis qu'y compris, l'Assemblée nationale sera paritaire. Ce sera à la fin, à l'Assemblée nationale, 50% de femmes, 50% d'hommes.
Avec peut-être une femme au perchoir, comme on dit dans le jargon journalistique.
C'est bien l'objectif.
Et d'ailleurs, il paraît que vous avez proposé à Christiane Taubira, la présidence de l'Assemblée nationale. Il faut quand même qu'on en dise un mot. Ah bon, si vous voulez. Oui, à Romainville, hier, il y a eu, ou avant-hier, il y a eu une réunion. Dimanche, pardon. Il y a quelques heures, disons. Entre vos équipes et celle de Christiane Taubira, évidemment, en jeu, une réunion. Qu'est-ce qui se passe exactement entre vos équipes et celle de Taubira ?
Vous savez, les responsables de la campagne de Christiane Taubira...
Est-ce que ça a été confirmé de part et d'autre ?
Non, non, il n'y a pas de sujet. Les responsables de la campagne de Christiane Taubira ont invité mon équipe à une discussion. Ils voulaient absolument discuter avec nous. Sur quoi ? Eh bien, écoutez, sur la situation politique, nous, nous sommes courtois, on est invités à une réunion, on y va. Et puis, mon équipe et mes représentants ont rappelé ce que vous savez parfaitement, qu'en 2022, au regard de l'enjeu climatique, au regard des injustices, au regard de la nécessité de retrouver de l'enthousiasme dans notre pays, il y aura une candidature écologiste, ce sera la mienne, parce que c'est indispensable.
Qu'est-ce qu'elle a dit ? Elle l'a confiée à Politico ce matin, au sujet de cette réunion. Pendant 15 jours, on raconte que Christiane Taubira est la pire des candidates. Et au final, on fait une réunion en catimini pour se répartir les places dans la série. On va d'écouter les Français, on est bien partis.
Ben écoutez, je ne comprends pas sa sortie, mais...
Ben les Français la comprennent. Ils comprennent qu'elle tempête contre une réunion en catimini. Elle n'était pas au courant. Vous discutez en coulisses et vous faites semblant de mener chacun votre barque.
Tout le monde va retrouver un peu de calme, un peu de sérénité. Quand Christiane Taubira m'appelle, elle avait promis d'appeler tout le monde. Elle m'a appelé. J'ai été courtois. J'ai répondu. Et vous me permettrez de ne pas discuter avant de recevoir l'appel de Christiane Taubira avec Sandrine Rousseau. Je suis le candidat des écologistes à l'élection présidentielle.
Ça, c'est dit. Elle est la présidente de votre conseil politique. Dans un instant, on va retrouver Thomas Mifraki qui sera en face de Ségolène Royal. Une petite question d'actualité. Les JO de Pékin, en ce moment, il faut les boycotter. Quand on est Français, il ne faut pas les regarder pour montrer que...
Non, moi, j'adore le sport. J'adore le sport. J'ai regardé le premier biathlon. On a raté la médaille d'or à une demi-seconde, le biathlon mixte. C'est magnifique. Moi, j'adore le sport. Donc, moi, je ne souhaite pas qu'on condamne les sportifs à ne pas participer à ces grands événements qui sont des moments essentiels de leur carrière et de notre plaisir. Ce que je conteste, ce que je réfute et ce qui me gêne, c'est l'instrumentalisation politique par une dictature qui organise un génocide contre les Ouïghours, une des dictatures les plus violentes de la planète. Et on sait qu'ils instrumentaient...
Vous avez vu la mise en scène de Xi Jinping et Vladimir Poutine, les deux dictatures qui se congratulent. Donc, cette instrumentalisation du sport par la politique, je trouve ça indécent. Donc, je trouve dommage qu'à l'image d'autres pays, la France ne boycotte pas politiquement, diplomatiquement ces Jeux. Ça dit trop souvent la complaisance d'Emmanuel Macron vis-à-vis de Xi Jinping ou de Vladimir Poutine.
Merci beaucoup, Yannick Jadot. La présidentielle, c'est aussi un sport de très, très haut niveau. Compétition, niveau très élevé. On vous souhaite un bon courage de ce qu'on disait. Il faut être affûté. Merci d'avoir été notre invité ce matin pour ce premier format dans les QG de Tampas.
C'est gentil d'être venu chez nous.
Yannick Jadot