Florian Philippot, président du mouvement Les Patriotes, est l'invité de la matinale de franceinfo.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Florian Philippot. Bonjour. Nicolas Sarkozy est sorti hier de prison après 20 jours de détention. Est-ce que pour vous, c'était une bonne nouvelle ?
Qu'il sorte ? Oui. Pas particulièrement. Moi, je n'ai pas de plaisir particulier à voir quelqu'un en prison, mais Nicolas Sarkozy ne m'a jamais arraché une larme. Son sort judiciaire non plus. C'est un homme qui apparaît dans énormément de dossiers. Et sur ce dossier-là en particulier, il y a beaucoup de choses. Contrairement à ce que certains disent sans connaître le dossier. Il y a même des victimes qui ont été reconnues officiellement par la justice. Alors on verra bien avec l'appel, évidemment. Mais au-delà de ça, moi, je juge surtout le président de la République.
Donc, vous, ça ne vous choque pas sur le fond qu'on place un ex-président de la République en prison ? Ce n'est pas une incarcération qui vous pose question. Vous dites, après tout, c'est un homme comme les autres.
Mais je ne vois pas pourquoi un responsable politique serait au-dessus des lois, en fait. D'autant que Sarkozy apparaît dans énormément de dossiers judiciaires. Avant cette affaire, il a déjà été condamné définitivement pour corruption dans l'affaire Bismuth. Donc, il est récidiviste déjà. Et puis surtout, j'ai envie d'y voir une sorte de justice immanente. Certains disent que ça dégrade la fonction présidentielle, cette incarcération. Non. Ce qui dégrade la fonction présidentielle, c'est ce qu'en a fait Sarkozy lui-même. Quand il était au pouvoir, il a trahi les Français sur le traité constitutionnel européen avec Lisbonne. Il a vendu l'or de la France, 600 tonnes qu'il a bradées.
Il nous a entraînés dans une guerre en Libye qui était criminelle, qui a ouvert les voies migratoires, les voies djihadistes vers la France, vers l'Europe. Et il a été l'homme qui nous a remis dans l'OTAN contre le général de Gaulle. Donc, si vous voulez, Sarkozy n'a jamais travaillé pour les intérêts français. Moi, je n'ai pas du tout d'admiration pour cet homme.
Vous restez toujours un opposant farouche à Nicolas Sarkozy, mais pas comme Jordan Bardella, qui affirme que dans cette incarcération, il y a eu une volonté d'humilier Nicolas Sarkozy. Marine Le Pen avait elle aussi dénoncé son incarcération. Sébastien Chenu, député RN à Sumu, avoir écrit une lettre chaque semaine à Nicolas Sarkozy. Pourquoi ce soudain intérêt pour l'ex-président de la République ? Est-ce que c'est pour capter un héritage ? Comment vous l'interprétez ?
Je pense que c'est parce qu'ils sont dans la sauce aussi, c'est tout. C'est par solidarité un peu judiciaire. Mais la réalité, c'est que si on reprend leurs propos les mêmes il y a dix ans, ils avaient des mots très durs contre Nicolas Sarkozy et son bilan. Et ils avaient raison. Nicolas Sarkozy est un homme qui a trahi la France.
Pourquoi ils ont changé d'avis ? Jordan Bardella, Marine Le Pen ?
Ils ont changé d'avis sur tout. Ils ont changé d'avis sur l'Europe, ils ont changé d'avis sur l'euro, ils ont changé d'avis sur l'OTAN, ils ont changé d'avis absolument sur tous les sujets, sur les retraites, sur tout. Donc ils ont changé d'avis aussi sur la probité qu'on doit avoir en politique. Et je suis désolé, on doit avoir de l'honnêteté et de la probité en politique. Et surtout, on ne doit pas défendre des hommes qui ont trahi la France, qui ont vendu la France aux Américains comme Sarkozy, qui nous ont entraînés dans des guerres terribles, illégales comme la Libye, et qui, encore une fois, ont trahi le vote des Français par référendum sur la Constitution européenne.
– Nicolas Sarkozy est aussi assez laudateur concernant Jordan Bardella. Est-ce que vous trouvez que ça ressemble à un début de transmission, à un appel à l'Union des droites ? Et est-ce que vous la souhaitez d'ailleurs, cette Union des droites ?
– Moi, je veux l'Union des patriotes. Qu'ils viennent de droite ou de gauche, ceux qui défendent la France, ceux qui défendent sa souveraineté. Et je pense que l'Union des droites ou l'Union des gauches, ça n'a pas de sens. Moi, je n'ai rien à voir avec un Sarkozy européiste, américanolâtre, otanolâtre. Je n'ai rien à voir avec la gauche européiste, la droite européiste. En revanche, j'ai tout à voir avec des Français d'où qu'ils viennent, d'où qu'ils viennent. Quelles que soient leurs couleurs politiques, leurs origines, leurs origines sociales, leur âge, leur sexe, peu me chaud, peu m'importe, ce qui compte pour moi, c'est de voir l'amour de la France.
Est-ce qu'ils seront prêts à se battre à nos côtés, nous, patriotes, pour libérer la France, pour briser nos chaînes et faire que la France soit de nouveau un pays libre, indépendant, c'est-à-dire sortie de l'Union européenne, de l'euro, de l'OTAN, de l'OMS, de la CEDH, de toutes ces instances mondialistes qui sont en train de nous tuer.
Nicolas Sarkozy a aussi été condamné à 5 ans de prison avec exécution provisoire. Marine Le Pen est elle aussi sous le coup d'une exécution provisoire dans sa condamnation dans l'affaire des parlementaires européens. Est-ce que vous trouveriez dommage qu'elle ne puisse pas être candidate en 2027 ?
Écoutez, je suis contre l'exécution provisoire quand il n'y a pas un risque de récidive violente, qu'on mette des gens en prison, y compris avant l'appel, parce qu'ils risquent de tuer quelqu'un ou de blesser, c'est normal. Là, ce n'est pas le cas. Donc moi, je suis clair. Je pense que s'il y a une peine d'inéligibilité ou de prison ferme, c'est après une condamnation définitive. Ça me paraît, là, pour le coup, logique. Donc là-dessus, on est clair. Après, le RN aura un candidat, quoi qu'il arrive.
Pour vous, Jordan Bardella ou Marine Le Pen, c'est la même chose ?
C'est à peu près la même chose. Je pense que Jordan Bardella sera le candidat. Je pense qu'il n'y a plus de doute aujourd'hui. Pourquoi ? Parce que je ne vois pas comment Marine Le Pen le sera et parce que de toute façon, je pense qu'il a bien l'intention de l'être et qu'il ne fait plus beaucoup cas de Marine Le Pen. Je pense qu'il ne la cite plus, enfin, elle n'existe plus à ses yeux.
Vous pensez qu'il y a déjà un début de fracture entre les deux ?
Il y a une fracture très avancée, une fracture ouverte. Non, non, c'est évident. C'est fini. Pour lui, dans son esprit, je pense que quoi qu'il en dise, c'est fini. Il la cite une fois, je crois, dans son livre. Enfin, on ne parle quasiment plus, vous lisez ces interviews. Ce qui m'intéresse, c'est le fond. L'ERN est devenu un parti qui défend, comme les autres, l'appartenance à l'Union européenne.
Donc, en tout point, que ce soit sur l'économie, l'immigration, l'énergie, la santé, l'agriculture, on voit le Mercosur en ce moment, l'économie, on voit Chine, c'est-à-dire la fin de la base productive industrielle française, ils feront la même politique, ils feraient la même politique que Macron et que le système. C'est-à-dire une politique de mise sous tutelle de la France. Moi, je veux exactement l'inverse. Je pense que la France peut être une terre de production. Je pense qu'on peut sauver nos paysans. Je pense qu'on peut arrêter l'immigration. Je pense qu'on peut retrouver un destin national, une diplomatie libre, indépendante vers la paix et non pas vers la guerre contre la Russie.
Pour cela, il faut sortir absolument et le plus vite possible de l'Union européenne et de l'OTAN.
Donc, à l'Assemblée nationale, l'ERN a longtemps joué la stratégie de la cravate, une forme de responsabilisation. C'est fini, désormais, on entend Marine Le Pen en appeler à la dissolution. Est-ce qu'elle a raison dans la situation actuelle ?
La dissolution ne réglerait pas grand-chose. Ce qu'il faut, c'est le départ de Macron. Ce qui bloque aujourd'hui, c'est Macron. Macron est illégitime, il est tombé à 11% dans les scènes.
Il est illégitime, il a été élu et réélu en 2022.
Je n'ai pas dit qu'il était illégal. Il était illégitime parce qu'il n'a plus de légitimité populaire, d'assises populaires. Il est quand même normalement le lointain descendant du général de Gaulle, en tout cas dans les institutions, même s'il en est très très loin. Et de Gaulle est parti quand il a perdu un référendum. Macron devrait partir. Ou alors, vous savez, il y a une procédure qui s'appelle la destitution. Article 68 de la Constitution, il y a des motions parlementaires.
Vous parlez comme les insoumis qui ont lancé cette procédure de destitution.
J'en ai parlé bien avant eux. J'ai même fait des manifestations dans la rue pour réclamer la destitution. Et nous ne lâcherons pas le morceau. Une nouvelle motion parlementaire de destitution va être déposée bientôt. Il serait bien que cette fois-ci, que le RN arrête de bloquer. Il y a deux semaines, ils ont refusé de soutenir cette motion. Ce qui est un crime. Il faut absolument que Macron s'en aille. Ça ne réglera pas tous les problèmes de la France. Mais aujourd'hui, ce qu'il faut, c'est obtenir le plus vite possible le départ de Macron qui a dit de toute façon, je lâche le manche en politique nationale.
Eh bien, quand on est président de la République, on n'a pas le droit de lâcher le manche. Ou alors, on s'en va.
En attendant, à l'Assemblée nationale, le budget continue quand même son chemin parlementaire. Vendredi, le volet recède du projet de loi de finances de la sécurité sociale a été voté. Est-ce que vous dites que c'est quand même une victoire de Sébastien Lecornu avec sa méthode et avec son style ?
Une victoire pour lui personnellement, mais pas une victoire pour la France. Moi, je ne veux pas un budget qui dérembourse les médicaments, qui attaque l'hôpital public, qui aille peut-être, j'espère que ça ne passera pas, vers l'obligation vaccinale, une nouvelle obligation vaccinale. Je souhaite que nous ayons un vrai budget pour la France, que ce soit pour la sécurité sociale ou pour l'État. Voyez-vous, quand vous regardez les débats budgétaires, vous ne voyez que des gens qui vous parlent en ce moment de taxes et d'impôts. Tous les jours, on ne comprend d'ailleurs plus rien. Ils inventent tous des taxes et des impôts parce qu'ils n'ont plus qu'un seul outil, un seul marteau.
C'est le marteau de la taxe. Alors, ils tapent dessus, ils tapent sur les Français toute la journée. Une taxe, une taxe, une taxe.
Vous diriez ça aussi du Rassemblement national, que c'est devenu le parti des taxes ?
Tous, c'est normal. Mais tous, pourquoi ? Parce que nous n'avons plus la souveraineté. Normalement, quand on débat du budget, on parle des grandes orientations de la nation. Qu'est-ce qu'on veut pour notre industrie, notre agriculture, notre sécurité ? Qu'est-ce qu'on veut pour notre hôpital ? Qu'est-ce qu'on veut pour notre école ? On devrait parler de cela. Mais comme on n'a plus la souveraineté, qu'on ne gère plus rien de tout cela, ils le savent, il ne leur reste plus qu'un seul outil en main, c'est le marteau fiscal et ils tapent. Moi, je ne veux pas taper sur les Français. Je veux qu'on sorte de l'Union Européenne, on fera 20 milliards d'économies par an.
Qu'on arrête de financer l'Ukraine, on fera 10 milliards d'économies par an. Qu'on supprime des agences comme l'ADEME ou l'ARCOM, on fera des milliards d'économies par an. Et qu'on supprime, et j'en finirai par là, qu'on divise par deux le nombre d'élus locaux et nationaux rémunérés en France et qu'on supprime leurs privilèges, on fera des économies.
30 secondes, si vous étiez député, est-ce que mercredi sera le vote sur la suspension de la réforme des retraites ? Vous l'auriez voté à l'Assemblée nationale ?
Moi, je veux l'abrogation de cette réforme des retraites.
Donc la suspension, ce n'est pas assez ? C'est déjà mieux que rien, non ?
Non, parce que c'est un décalage, comme l'a dit Macron. C'est un jeu de dupe pour un petit accord, un petit deal entre le PS et la Macronie. Ce n'est pas ça qui m'intéresse.
Là aussi, vous parlez comme les insoumis.
Peu importe, ils parlent comme moi. La réalité, c'est que eux veulent rester dans l'Union Européenne, donc c'est totalement incohérent. Avec les milliards, les dizaines de milliards d'économiques, je viens de vous dire, avec la relance de la production en France, grâce à notre sortie de l'Union Européenne, grâce au patriotisme économique et agricole qu'on fera, on pourra se priver, on pourra éviter de taper sur les Français et de faire des réformes des retraites absolument injustes.
Merci, Florian Philippot, bonne journée à vous.
Merci à vous.
Florian Philippot