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interviewFrance Inter· 12 juillet 2023 21 min

David Lisnard : "Ceux qui vont payer ne sont pas ceux qui ont commis les dégradations"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter, Jérôme Cadet, le 6-9. Avec Yael Gauze, nous recevons ce matin David Lysnard. Bonjour à vous. Bonjour. Maire Les Républicains de Cannes, président de l'Association des maires de France. Merci d'être avec nous ce matin. Les auditeurs de France Inter peuvent vous interroger directement. 01 45 24 7000 ou via l'application France Inter. David Lysnard, le projet de loi d'urgence pour accélérer la reconstruction des bâtiments détruits lors des dernières émeutes, ce projet de loi sera présenté demain en Conseil des ministres. Il s'agit de remettre sur pied le plus vite possible les services publics qui ont été attaqués.

Est-ce que vous avez, en tant que président de l'AMF, ce matin une idée un peu plus précise du nombre de communes touchées, des bâtiments dégradés et du coût que ça va représenter pour les collectivités locales ?

0:50
David Lisnard

Alors on a les éléments que vous connaissez, c'est-à-dire un coût global qui est supérieur aux milliards d'euros largement, une dominante globalement, avec les premières victimes sont les commerces et les commerçants, qui représentent plus de la moitié des dégradations. Et on a 2000 bâtiments à peu près publics qui ont été détériorés, dont des mairies, des maires annexes, de nombreuses écoles, des gymnases, etc.

Le texte de loi va reprendre ce qui avait été mis en place après les époques de 2005, c'est-à-dire des procédures de simplification, de passation des marchés, d'après ce qu'on en sait, et tant mieux, ça devrait toujours être comme ça d'ailleurs, et avec des effets de levier, d'investissement. La problématique pour nous, c'est de retrouver une continuité de services publics, c'est-à-dire qu'on a des secteurs aujourd'hui où il n'y a plus de services publics, or le service public par définition, il est universel, c'est-à-dire qu'il doit bénéficier à tout le monde, c'est ce qui fait sa grandeur, et il est continu, et la continuité de services publics le définit. Donc l'enjeu est là pour nous.

Qui va payer ? Le contribuable ? Les assurances ? Vous savez, le problème c'est que ceux qui vont payer ne sont pas ceux qui ont commis les dégradations dans l'immense majorité des cas, parce que le contribuable va payer, donc certains auront la double peine, moins de services, un cadre de vie dégradé, et ils participeront à la reconstruction des dégâts des autres. Et quand on parle des assurances, c'est pas magique là aussi, c'est-à-dire que les assurances donnent ce qu'elles reçoivent par les cotisations des assurés.

Donc tout cela aura des incidences sur les primes d'assurance, et c'est une des problématiques, c'est de faire en sorte que, moi je ne crois qu'à la responsabilité individuelle, je crois que c'est vraiment un moteur de la justice et de la prospérité d'un pays, et qu'aujourd'hui on est dans un système qui a déresponsabilisé ceux qui créent des nuisances.

2:40
Invité

David Lissnard, le MEDEF parle d'un coût global autour d'un milliard d'euros de dégâts à réparer, les assureurs parlent de près de 650 millions d'euros, est-ce qu'en tant que président des maires de France, vous avez un chiffre qui vous est remonté ?

2:52
David Lisnard

Si vous voulez, non, parce qu'il faut distinguer ce qui est assurable de ce qui ne l'est pas. Quand un bâtiment est dégradé, il est assurable, mais il n'est pas forcément couvert par l'assurance. En revanche, lorsque c'est l'espace public type mobilier urbain, et c'est souvent là qu'il y a beaucoup de montants de dégradation, là ce n'est pas assurable. C'est le même problème que l'on rencontre lorsqu'il y a des catastrophes naturelles et qui dégradent des voiries par exemple. La voirie c'est toujours à la charge nette de la collectivité.

3:19
Présentateur

Lors de ces émeutes, David Lissnard et maires ont été pris pour cible. C'était vrai dans d'autres épisodes précédemment. Malheureusement, on se souvient de l'agression du domicile du maire de Saint-Brévin-les-Pins. Vendredi dernier, le gouvernement a présenté un plan, 5 millions d'euros, pour renforcer la protection des maires, remboursement des frais de procédure lorsqu'un maire porte plainte, mise en place d'un bouton d'appel d'urgence sur un boîtier en cas de problème, plus de caméras de surveillance près des mairies. Ça veut dire que les maires doivent bénéficier d'une protection plus grande que les autres citoyens aujourd'hui ?

3:51
David Lisnard

Non, ce n'est pas du tout comme cela que ça doit être présenté. D'ailleurs, l'AMF qui a été la première à alerter sur cette violence sur les élus, dès 2019, souvenez-vous que le maire de Signe est mort, d'avoir demandé à des personnes de ramasser les déchets qu'elles déversaient dans la nature. Et ça, c'est notre quotidien. C'est très souvent sur de ce type d'intervention, contre l'incivilité, ou parce qu'on refuse un permis de construire vers eux, ou parce qu'on refuse de recruter toute une famille à la mairie qui estime que c'est un droit. Et donc, on ne demande pas un privilège quelconque. Et quand, en tant que citoyen, on ne demande pas à être plus couvert que les autres.

Évidemment, on est comme les autres citoyens. En revanche, lorsque vous êtes agressé, parce que vous êtes le dépositaire d'une autorité publique, parce que vous prenez une mesure d'intérêt général et vous refusez d'accorder une libéralité, enfin, ou un privilège à quelqu'un. C'est comme lorsqu'un policier est agressé, ou un pompier est agressé. Ça doit être considéré comme une circonstance aggravante, ça va être le cas, et c'est une bonne chose. C'est aussi simple que cela. Vous parliez de la protection fonctionnelle.

Tous les fonctionnaires et les agents de la fonction publique ont une protection fonctionnelle obligatoire dont ils bénéficient lorsqu'ils sont agressés dans le cadre de leur fonction. Aujourd'hui, beaucoup de maires dans les villages n'osent pas, ils ont droit, mais n'osent pas la réclamer. Par méconnaissance ou par... Non, parce que par pudeur, ils n'osent pas engager une dépense à la mairie. Donc très souvent, ils ne vont pas au bout de la procédure. Donc nous sommes dans une crise civique majeure, ça je crois profondément. Et il est évident que les maires sont des habitants parmi les habitants. Ils ne peuvent pas être victimes du fait qu'ils assument leur fonction.

Il était temps de prendre en compte cette problématique. Dernier chiffre, entre 2022 et 2021, de sources ministères de l'Intérieur, les agressions sur les élus ont augmenté de 32%, un tiers en un an.

5:34
Invité

Et il y a une inquiétude maintenant autour des festivités du 14 juillet. La crainte que des émeutes repartent les 13 et 14 juillet. D'où l'annulation de plusieurs feux d'artifice. Strasbourg, Montargis, Nîmes, Shell, Damarie-Lélis et j'en passe. Vous le maintenez vous à Cannes ?

5:48
David Lisnard

Oui, je le maintiens. Juste pardonnez-moi de revenir sur ce qu'on disait tout à l'heure. N'oublions pas que les phénomènes de violence, quand on regarde les coups et blessures volontaires, je prends les stats officielles, ont augmenté de 51,7% depuis 6 ans. Donc les maires sont des habitants comme les autres. Et je voudrais juste, je termine là-dessus, alerter sur les violences sur les médecins et les personnels soignants. Aussi bien de la médecine libérale de ville que en hôpital. Moi j'ai des signaux qui me remontent d'ailleurs de ma commune et d'autres communes qui montrent qu'il y aura une augmentation très forte des actes d'agression sur les médecins.

Et il faut évidemment soutenir les soignants. Pour revenir au 14 juillet, je le maintiens, je crois que je comprends les maires qui sont face à des situations inexplicables en termes d'ordre public. Mais est-ce que vous vous rendez compte du recul que cela représente que de ne pas assumer la fête nationale, d'assumer la prise de la Bastille et la fête de la Convention ?

6:40
Présentateur

Non mais il y a beaucoup de maires qui disent que les policiers sont fatigués, on ne va pas leur imposer en plus de pouvoir sécuriser cet événement.

6:45
David Lisnard

Je le répète, je comprends les maires qui prennent cette décision, mais je me permets de vous alerter sur le fait que c'est un signe de plus, d'un malaise très profond dans la société française. Et aujourd'hui, à cause de voyous, on ne peut plus célébrer la fête nationale. Je crois que c'est bien plus grave qu'on ne le pense.

7:00
Invité

Donc le patron des maires de France envoie ce signal aujourd'hui. Vous dites aux maires, à vos adhérents, fêtez le 14 juillet comme si tout allait bien.

7:08
David Lisnard

Je vais répéter ce que j'ai dit, c'est que dans des circonstances, un maire est responsable. Je n'ai rien à dire, chaque maire sait très bien ce qu'il a à faire sans que je lui dise. Moi je suis au service des maires, ce n'est pas eux qui sont là pour exécuter ce que je leur dis, c'est le contraire. C'est eux qui me mandatent, premièrement. Et deuxièmement, lorsque l'on est face à une incapacité d'assurer l'ordre public, évidemment on doit en tirer des conséquences, il y a des communes, ce n'est pas possible. Je rappelle que l'ordre public est une compétence régalienne, c'est-à-dire de l'État, et que c'est un signe de plus de l'effondrement de l'État régalien.

7:37
Présentateur

Effondrement de l'État régalien, dites-vous. Elisabeth Borne, la première ministre, notait ce week-end, dans le Parisien aujourd'hui en France, qu'un tiers des communes qui ont connu des violences à l'occasion de ces émeutes n'ont pas de quartier politique de la ville. Est-ce que ça veut dire, David Lysnard, que le problème est plus large que ce que l'on pense généralement ?

7:56
David Lisnard

Oui, c'est ce qu'on essaie de dire avec un certain nombre de personnes depuis longtemps. Je renvoie à tous les écrits, par exemple, du pédopsychiatre Louis Berger, je renvoie à ce qu'on a écrit avec Naïm M. Fadel. Il n'y a pas de causalité sociale, évidemment. Ce serait faire un juropauvre de penser que parce qu'on est dans un quartier pauvre, on casse. Moi, ce serait vraiment... Il n'y a aucune explication économique et sociale à ce qui s'est passé. Il peut y avoir des facteurs catalyseurs. Mais aujourd'hui, les études sociologiques sérieuses, depuis les années 70, depuis Kelling et Wilson aux Etats-Unis ou autres, démontrent que ce n'est pas le cas.

Alors ça casse quelques présupposés en France, mais c'est une réalité. Et d'ailleurs, vous venez de le dire. On voit bien qu'il n'y a pas une corrélation. Donc s'il n'y a pas de corrélation, il y a encore moins causalité.

8:42
Invité

Est-ce que vous rejoignez ce que dit le président, en déplacement à Paule la semaine dernière, qui aurait pu prévoir ce qui s'est passé dans les quartiers ? Vous êtes d'accord ? C'était prévisible, imprévisible ?

8:53
David Lisnard

Je ne veux pas faire celui qui a une lucidité rétrospective, parce que, comme disait Jean-François Revelle, la vie est un cimetière lucidité rétrospective. Je me permets de vous inviter à regarder ce que vous étiez un certain nombre à écrire et à dire depuis 3-4 ans sur le fait qu'il y aurait des violences et des émeutes urbaines, et avec une montée en gradation, et qu'il y en aura d'autres. Alors on ne sait pas quand. Et il y en aura d'autres.

Et si on s'attaque à l'un des fléaux de la société, qui est le deal, si on s'attaque en profondeur, pas simplement sur des effets d'annonce, on verra que ces émeutes urbaines seront beaucoup plus violentes, et que malheureusement, on risquera de voir des armes automatiques. Il ne s'agit pas du tout de faire les cassantes, de jouer à se faire peur, parce qu'il n'y a rien de pire. Il y a deux ressorts très négatifs dans la vie politique française et dans la société. Il y a la peur et il y a l'envie. Les envieux, ceux qui sont toujours jaloux des autres, et ceux qui ont peur de tout, et qui en jouent politiquement.

Mais il faut être lucide sur le fait que notre société est profondément malade, et que la crise civique, c'est aussi une crise de la démocratie et de l'exécution des politiques publiques, y compris sur le plan régional.

9:48
Invité

C'est quoi les sous-titres de ce que vous dites ? Ce sont des trafiquants de drogue, on dit « Stop, on arrête les émeutes ». C'est ça que vous êtes en train de dire ?

9:53
David Lisnard

J'ai donné une interview chez vos confrères du Parisien, le mercredi au moment du sommet des émeutes, qui est sorti le jeudi, où je disais que l'ordre reviendrait dans les prochains jours, grâce au travail des forces de l'ordre remarquable, peut-être par la lassitude aussi des émeutiers, mais aussi parce qu'effectivement, les dealers tiennent les secteurs, et qu'à un moment donné, quand les dealers ont fini de dégrader les caméras de vidéosurveillance qui les gênent dans leur trafic, il fallait que l'ordre revienne.

10:20
Présentateur

Qu'est-ce qui vous permet de dire ça, David Lissner ? Vous avez des éléments concrets de la hiérarchie de la police ?

10:25
David Lisnard

Bien sûr, j'ai des contacts avec des représentants de la police nationale, ou de la gendarmerie, surtout en zone police d'ailleurs, qui le disent. Quand vous regardez les émeutes, ce qui frappe par rapport aux émeutes américaines, par exemple...

10:39
Présentateur

Si on vous suit, on se dit que jamais elle n'aurait dû débuter, ces émeutes, si on prend cette logique, si ça nuit au trafic et au deal.

10:47
David Lisnard

Non, d'abord, il y a eu une émotion tout à fait compréhensible à la suite de la mort de cet adolescent, dans les circonstances que l'on connaît. Il y a eu des effets d'aubaine. Il y a eu trois types d'émeutiers. Il y a eu l'émeutier par opportunité qui volait des éléments dans les commerces. Il y a eu l'émeutier par intérêt, qui étaient les dealers qui, au début, avaient intérêt à faire reculer les positions de la police. Et puis, il y a eu les émeutiers idéologiques, l'extrême gauche, qui utilisent tout événement pour attaquer le système et remettre en cause la police, les institutions, etc.

11:14
Présentateur

Question de Pierre, du département de l'Essonne, qui nous appelle 0145 24 7000. Bonjour Pierre. Oui, bonjour à tous. Merci de prendre ma question. Donc, Pierre de Massy, ancien militant LR, ma carte est à la poubelle. Monsieur Lissnard, partagez-vous l'opinion de votre collègue, monsieur Bruno Retailleau, quand il dit, je cite, certes, à propos des émeutiers, certes, ce sont des Français, mais ce sont des Français par leur identité. Et malheureusement, pour la deuxième, la troisième génération, il y a comme une sorte de régression vers les origines ethniques. Pour moi, c'est du racisme à l'état brut. Partagez-vous cette opinion. Merci Pierre pour cette question. David Lissnard vous répond.

11:55
David Lisnard

Bonjour monsieur, je pense que dans les problèmes majeurs qui accompagnent ces émeutes, il y a un problème structurel qui est celui du déclassement éducatif, du recul de la raison critique, le fait qu'on ne porte plus d'ambition culturelle, partagée dans le pays. J'ai écrit un livre là-dessus, la culture nous sauvera. J'espère que ce sera le cas, qu'on y arrivera. Et puis, il y a le délitement de l'état régalien, le fait qu'on n'applique pas de sanctions. Chaque individu transgresse dans la vie, mais chaque transgression doit avoir une sanction proportionnée dans un état de droit, une démocratie. Et troisièmement, il y a un problème migratoire.

Alors je n'aurais pas utilisé ces termes évidemment, mais aujourd'hui c'est être aveugle que de ne pas comprendre qu'on a un problème de cohérence dans la société et que pour mieux accueillir, il faut moins accueillir pour pouvoir intégrer, assimiler et être fidèle. Vous regrettez les mots de Bruno Retailleau ? Non, je ne regrette pas les mots de Bruno Retailleau. C'est ce que vous dites là. Parce qu'on sort du contexte, parce que c'est quelqu'un de structuré et d'intelligent. Il sait dans quel contexte il emploie ses mots. Évidemment, il n'est pas raciste, pour le connaître parfaitement. Évidemment, il n'y a rien de plus abject que de juger quelqu'un pour ce qu'il est.

Régression vers les origines ethniques, les mots sont ceux-là quand même. C'est-à-dire que, moi j'ai du mal à comprendre ce que ça veut dire en fait, régression vers les origines ethniques, j'avoue mon incompétence sur cette phrase-là. On ne parle plus de nationalité, on ne parle plus d'éthnée. Mais en revanche...

13:13
Présentateur

Ça veut dire simplement que si vos parents ou grands-parents viennent d'ailleurs, vous avez plus tendance à les commettre des actes délictuels.

13:20
David Lisnard

C'est-à-dire que quand on regarde dans l'expression de ce que l'on a subi dans nos communes, et je crois que c'est transpartisan, c'est même pas une question politique, on voit quand même qu'il y a un mépris de la République. C'est-à-dire, on le vit, la République paraît faible, molle, etc. Et qu'il y a une haine de la France qui est exprimée sur tous les tags, sur toutes les dégradations. Vous mettez un drapeau français au milieu des événements, il sera brûlé systématiquement, etc. Et qu'on voit qu'il y a un problème d'assimilation. Aujourd'hui, il faut le regarder en face.

Et ce qui met en cause, et c'est là que je veux appeler chacun qui nous écoute, ce qui met en cause l'universalisme républicain. C'est précisément le fait que l'on n'arrive plus à montrer qu'on est un seul peuple au-delà de nos origines et de nos croyances, qu'on segmente, qu'on voit qu'il y a un problème d'assimilation, il y a une haine de la France qui porte une attaque profonde à l'universalisme républicain.

14:14
Invité

Français de souche, français de papier, on a aussi certains de vos collègues LR qui ont porté cette distinction. Vous l'apportez aussi, vous ?

14:19
David Lisnard

Qui a porté cette distinction ? Je n'ai pas entendu ça récemment dans le débat. Est-ce que vous pouvez me dire qui a porté cette distinction ?

14:24
Invité

Est-ce que la droite singe le RN ?

14:26
David Lisnard

Non, non, mais je vous pose une question. Si nous vous posons une question, monsieur. Mais votre question, permettez-moi de façon symétrique de dire que votre question est connotée, parce que je n'ai pas entendu quelqu'un au centre ou à droite faire cette distinction.

14:41
Invité

Bruno Rotaillot a dit, ce n'est pas grave si on copie les propositions du RN. Est-ce qu'aujourd'hui, LR copie le RN ?

14:46
David Lisnard

Aujourd'hui, ce qui est sûr, c'est qu'il y a un problème migratoire en France. L'année dernière, 500 000 personnes légales ont été accueillies. Donc ça pose un problème de qualité, de l'intégration, de notre capacité à avoir une unité de peuple. Et si on ne regarde pas cela en face, on va vers des affrontements encore plus violents. Moi, je crois à l'universalité républicaine et je crois que quelqu'un n'a pas à être jugé sur ses origines. En revanche, le droit qui accompagne ce que je viens de dire porte un devoir qui est celui d'être dépositaire des valeurs du pays qui est le nôtre.

Quelles que soient nos origines aussi, qu'on soit d'origine bretonne depuis 12 générations, ou d'origine cap-verdienne ou d'origine maghrébine, on doit porter les valeurs de la France.

15:28
Présentateur

Il y a un fossé, il y a une haine aujourd'hui de la police, David Lysnard, dans certains quartiers. Et pas seulement du fait de quelques milliers d'émeutiers. Il y a eu des tags anti-police de repérés hier à Guéret, préfecture de la Creuse. Comment est-ce qu'on fait pour réparer cela aujourd'hui ? Est-ce qu'on voyait plus de policiers et condamner davantage, ça va régler le problème ?

15:49
David Lisnard

Alors, ça sera une des sources de la solution, parce que la transgression doit être sanctionnée, ça fait partie de l'apprentissage de la vie. Quand vous faites les sondages d'opinion, vous voyez qu'il y a une immense majorité de Français qui soutiennent la police. Et moi, ce que j'ai constaté aussi, c'est que dans les quartiers qui étaient les plus victimes des émeutes, une grande partie de la population, y compris immigrés, d'ailleurs, pour revenir sur la question que vous disiez tout à l'heure, étaient pour le retour à l'ordre. L'immense majorité, il ne faut surtout pas essentialiser les immigrés, pensaient qu'ils sont pour le désordre.

16:18
Présentateur

Demande de services publics et de la police.

16:20
David Lisnard

Et bien sûr, de services publics, de proximité, de police. Et ensuite, c'est la notion d'ordre juste, que moi j'aime beaucoup cette expression qui était de Ségolène Royal, mais c'est de faire en sorte que les sanctions s'appliquent. Donc, le fait qu'on ne propose plus de peine d'emprisonnement, c'est-à-dire de privation de liberté, des peines de moins d'un mois pour des mineurs, par exemple délinquants, et les pédopsychiatres le démontrent bien, montrent qu'il y a une montée de la violence comme élément de domination dans l'espace public.

Et c'est cette crise de civisme qu'il faut régler, y compris par la sanction, même si ça a l'air des présupposés, et puis par les membres d'une politique éducative, une politique culturelle et d'universalité des services publics.

17:00
Invité

On passe à un autre dossier très important cet été, la sécheresse. Votre département des Alpes-Maritimes est concerné, une partie est en alerte renforcée. Vous êtes en alerte simple en ce moment, je crois. Au niveau national, plus de deux tiers des nappes phréatiques sont toujours sous les normales, nous disait hier le ministre Christophe Béchut. Y aura-t-il assez d'eau cet été à Cannes pour tout le monde ? Prenons l'exemple concret de votre île.

17:21
David Lisnard

Alors Cannes, oui, parce que d'ailleurs Christophe Béchut l'a dit hier, on est dans des rares départements où on a un niveau des eaux qui est supérieur à l'année dernière.

17:27
Présentateur

Mais vous avez une explosion du nombre d'habitants l'été ? Oui, mais si je compare par rapport à l'été dernière,

17:33
David Lisnard

on a beaucoup investi sur l'eau puisque plus de 80 millions depuis 20 ans, avec une retenue estivale qui est syncastien, je ne vais pas rentrer dans le détail, et on a un taux de rendement qui est très élevé puisqu'on est à 85%, un indice linéaire de perte qui est faible, et l'eau en fait c'est souvent une question d'investissement. Donc là-dessus il va falloir que les moyens suivent, surtout le territoire national.

17:54
Invité

Il y a des restrictions ? Il y a des contrôles ? Est-ce que les restrictions sont appliquées, respectées ?

17:59
David Lisnard

Alors il y a eu des restrictions avant les grandes pluies de l'automne, de l'automne pardon, du Lepsus Révélateur. Du printemps ? Du printemps. Aujourd'hui il y a des restrictions qui à ma connaissance sont respectées sur l'arrosage de journée, des choses comme ça, des espaces verts. Vous savez qu'on est la première agglomération à Cannes qui a eu l'autorisation d'utiliser les eaux usées traitées pour l'arrosage des espaces verts et le nettoyage des voiries. C'est une première en France, ça fait 10 ans que je me bats pour ça, et que nous nous battons pour cela.

Et c'est une des grandes clés de la solution puisqu'on a 15 millions de mètres cubes potentiels à utiliser, qui reprend plus de la moitié du besoin annuel d'eau.

18:37
Présentateur

Sur cette question de l'environnement, les normes, les règles, on vient d'en parler, c'est l'objet d'un vote très important ce midi au Parlement européen de Strasbourg, pour ou contre la loi de restauration des espaces naturels qui obligeraient les 27 à mieux protéger leur biodiversité. Si vous étiez eurodéputé David Lissnard, est-ce que vous voteriez contre, comme s'apprêtent à le faire les eurodéputés LR emmenés par François-Xavier Bellamy ? Faut-il valider ce projet, ce pacte vert ?

19:07
David Lisnard

Alors j'ai lu, parce que j'ai entendu vos présentations de ce que vous appelez le pacte vert, j'ai lu les arguments des eurodéputés François-Xavier Bellamy, Arnaud Dangean, qui est quelqu'un de très raisonnable, très modéré, et effectivement on est dans un texte d'ailleurs qui est porté par une partie de la Macronie, par M. Canfin, qui contredit ce qu'avait dit le Président de la République, donc là une fois de plus, leur même tantisme, ça ne marche pas, on n'y comprend rien, puisqu'il avait dit qu'il fallait un moratoire sur les normes environnementales, ce n'est pas très viole, c'est une pause, une pause, une pause, une fois les textes engagés, appliqués.

Et ce texte, en fait, je crois qu'il faut se poser la question, est-il bon pour l'environnement ou pas ? Quelles vont être ses conséquences sociales aussi ? Et quand vous regardez les dispositions, que j'ai lues il y a quelques heures cette nuit, en regardant un peu l'actu, en me préparant à venir chez vous, quand on voit que, par exemple, il y a des restrictions d'entretien des forêts. Or, et on sait très bien que c'est une cause d'incendie, et que les incendies, non seulement mettent en péril des êtres humains, mais surtout sont une cause du réchauffement climatique.

Lorsque l'on voit que ça va une fois de plus affaiblir notre agriculture, et donc augmenter nos importations de produits qui, eux, ont beaucoup plus d'intrants, de zones du monde qui n'ont pas les mêmes restrictions environnementales... Donc c'est non pour vous ? Ah non, mais c'est non, parce qu'on est sur un affichage moral, mais qui est contre-efficace sur le plan environnemental.

Moi, je crois que c'est très sérieux, il faut vraiment prendre à bras le corps la lutte contre la part anthropique du réchauffement climatique, et à ce titre, ne pas faire des mesures qui nous donnent bonne conscience, mais qui sont efficaces, sur du droit international, sur de l'investissement, sur de la science, pour que vraiment, on prenne à bras le corps la lutte contre la part humaine dans le réchauffement climatique, contre les particules fines, et pour la biodiversité, qui est une priorité absolue planétaire.

20:47
Présentateur

Merci à vous, David Luissner, invité de France Inter ce matin. Je précise simplement qu'à Strasbourg, c'est pas la mairie qui annulait le feu d'artifice, c'est la préfecture qui a annulé les feux dans tout le département à cause de la sécheresse. Merci à Eva pour cette précision, correction faite.