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Discours / meetingJean-Luc Mélenchon (sur YouTube)· 4 avril 2017 124 minAutoproduitActualité / polémiqueInstitutions & électionsEurope & internationalÉconomie & entreprisesEnvironnement & énergie

JEAN-LUC MÉLENCHON AUX MARDIS DE L'ESSEC

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 58 %Attaque 34 %Défensif 8 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 83 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 20:00OuverteRéponse directe

    Pourriez-vous rappeler votre stratégie en 2 temps sur l'Europe : plan A ou plan B ?

  • 30:00OuverteRéponse partielle

    Est-ce que les mesures de sécurité post-attentats (état d'urgence, Sentinelle) ont été des erreurs ?

  • 40:00OuverteRéponse directe

    Quelles sont les menaces actuelles sur la paix en Europe ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 20:00Jean-Luc MélenchonFait
    « Je pense que j'en ai encore pour 10 ou 15 ans à expliquer qu'on peut voter Maastricht, s'apercevoir qu'on s'est trompé, voter « non » en 2005 dans un traité qui contient tous les autres... »
  • 25:00Jean-Luc MélenchonPromesse
    « Taxer à 100% les salaires 20 fois supérieurs au revenu médian ? »
  • 35:00Jean-Luc MélenchonFait
    « Le capitalisme, dans sa phase actuelle financiarisée est un système intrinsèquement immoral et mauvais. »
  • 40:00Jean-Luc MélenchonPromesse
    « Investir 100 milliards d'euros supplémentaires dans des projets à forts impacts écologiques ou sociaux ? »
  • 45:00Jean-Luc MélenchonPromesse
    « Convoquer une assemblée constituante pour rétablir la primauté de l'Assemblée Nationale sur la monarchie présidentielle. »
  • 50:00Jean-Luc MélenchonChiffre
    « Neuf milliardaires possèdent 90% des médias, c'est un fait, c'est pas un truc idéologique hein ! »
  • 55:00Jean-Luc MélenchonChiffre
    « 8 personnes sur Terre posséderaient à peu près la même chose que la moitié de l'humanité »
  • 2:30Locuteur 2Chiffre
    « Neuf milliardaires possèdent 90% des médias, c'est un fait, c'est pas un truc idéologique hein ! »
  • 3:00Locuteur 2Chiffre
    « 8 personnes sur Terre posséderaient à peu près la même chose que la moitié de l'humanité. »
  • 5:00Locuteur 2Fait
    « Je m'exprime comme quelqu'un qui se dit « je vais être élu ». »
  • 7:30Locuteur 2Fait
    « Le gouvernement allemand se comporte d'une manière totalement rationnelle. »
  • 10:00Locuteur 2Fait
    « On a organisé les délocalisations comme un moyen de développement des pays qui étaient en retard. »
  • 12:00Locuteur 2Fait
    « Mme Merkel, si c'est elle qui est élue va avoir la surprise de sa vie. »
  • 17:00Locuteur 2Fait
    « Barroso a dit cyniquement « ils se paieront leur développement en attirant les capitaux et les usines ». »
  • 20:00Locuteur 2Promesse
    « L'Europe, on la change ou on la quitte. »
  • 22:30Locuteur 2Chiffre
    « Nous sommes la 2ième économie du continent et la première population, bientôt. »
  • 25:00Locuteur 2Fait
    « Si les français s'en vont, il n'y en a plus d'Europe. »
  • 32:00Locuteur 2Fait
    « La première victime en guerre, c'est la vérité. »
  • 35:00Locuteur 2Chiffre
    « Nous sommes la 5ième puissance du monde et militairement nous sommes dans les premières. »
  • 45:00Locuteur 2Promesse
    « Nous sortirons de l'OTAN parce que c'est dangereux pour nous. »
  • 5:01Jean-Luc MélenchonChiffre
    « 83 milliards d'évasion fiscale par an. Sur 10 ans ça fait 830 milliards. »
  • 6:00Jean-Luc MélenchonFait
    « La dette française est une dette complètement fictive au niveau comptable. »
  • 7:00Jean-Luc MélenchonChiffre
    « La dette française est étalée sur 7 ans. Si vous rapportez la dette à ces 7 ans ça veut dire qu'elle représente 12% de la richesse qu'on va produire en 7 ans. »
  • 10:00Jean-Luc MélenchonFait
    « Je vais les trouver auprès de la Banque Française d'Investissement qui elle-même ira les chercher à la Banque Centrale Européenne qui pourra pas lui dire non. »
  • 11:00Jean-Luc MélenchonFait
    « Ça représente quoi ? Est-ce-que ça va créer de l'inflation ? Parce que ça revient à dire qu'on va créer du signe monétaire. »
  • 13:01Jean-Luc MélenchonFait
    « La surqualification. Et vous retrouvez des gens en train de faire des activités qui correspondent en rien à leur très haut niveau de qualification. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

[musique] Bonsoir et bienvenue à ce débat des mardis de l'ESSEC organisé avec le concours du cabinet d'audit et de conseil Mazars, du cabinet de conseil en stratégie opérationnelle Weave, et de la compagnie de Weisbourg, promoteur, développeur, constructeur et gestionnaire de l'immobilier. Bon, les amis ! [rires] Quelle joie de recevoir ce soir en chair et en os, celui dont l'aura a cloué plus d'un bec, celui dont le franc-parler concurrence sur Youtube les best-of de François l'Embrouille, celui qui refuse la soumission à l'influente caste des médias mégalo-partialo-libéralo capitalistes !

Camarade Jean-Luc: bienvenue ! [applaudissements] Si votre naturel, votre énergie, votre aplomb séduisent les uns et énervent les autres, une chose demeure certaine: vous ne laissez personne indifférent et n'hésitez pas à tirer tout azimut pour fustiger tout ce qui se dresse en travers de votre chemin ! Il y a en vous des contrastes vivifiants, un mélange de verve tribunicienne, de colère sincère et de bolchévisme amer.

Mélenchon, c'est la foule et la houle. La Bastille enfin reprise. Les merguez et la Marseillaise.

Les pneus qui brulent et les belles formules. Vous êtes en somme le dynamiteur, le tonton flingueur de la politique française. Les débuts de votre légende ne laissaient pourtant rien présager de ce destin épique.

Né à Tanger en 1951 de deux parents fonctionnaires, vous débutez dans la vie en digne enfant de la patrie. En 1962, après le divorce de vos parents, vous débarquez en Normandie puis marchez sur les terres jurassiennes Sorti des jupes de votre mère, institutrice, vous passez de la cour de récré à la cour des grands lors des manifestations de mai 68 dans votre lycée. Après ce baptême du feu, vous arborez fièrement vos nouvelles armoiries: celles du mouvement trotskiste de l'organisation communiste internationaliste.

En devenant dirigeant de l'OCI Besançon en 1972, vous vous érigez en véritable "self-made man" ou plutôt, devrais-je dire, en "hombre hecho por si mismo". Hé oui, vous préférez la langue espagnole... -Celle que [parle] votre grand ami Chavez- ...à la langue de Shakespeare qui est avant tout, à vos yeux, celle des capitalistes.

Cette préférence linguistique est sûrement à l'origine de votre tempérament méditerranéen qui vous a permis de gravir vite les échelons. Comme tout bon Comté franc-comtois vous vous affinez [il prononce: "avinez"] au cours des années. D'abord professeur de français puis journaliste pour de petits hebdomadaires jurassiens.

Bientôt, vous rejoignez le PS...

La modération venue avec la maturité, M. Mélenchon? ...vous continuez cependant la lutte et lancez une carrière électorale bien fournie.

Vous êtes élu conseiller municipal à Massy puis sénateur de l’Essonne à 3 reprises Seriez-vous devenu sage? Pas tant que ça! Le moins que l'on puisse dire c'est que vous entretenez une relation d'amour tumultueuse au parti.

Fidèle de Mitterrand, puis ministre délégué à l'enseignement professionnel sous le gouvernement Jospin, vous marquez surtout les esprits par votre carrière de frondeur qui vous pousse souvent à prendre position, à faire campagne et à voter contre vos "frères d'armes" politiques. Au fond, la flamme rouge de la jeunesse ne s'est jamais éteinte. En 2008, vous quittez le PS avec pertes et fracas pour fonder votre propre parti celui de la vraie gauche, qui ne fait pas de concession à la droite libérale.

Et la lutte reprend. Élu député européen un an plus tard, vous poussez vos ambitions vers la fonction suprême, lors des élections présidentielles de 2012. Un joli score à saluer !

Cependant tout est à recommencer! Le combat n'est pas fini. Nous le savons tous, M.

Mélenchon, nous qui sommes venus aujourd'hui, vous écouter dans cet "antre capitaliste", vous êtes un bagarreur de la politique. Cependant tout guerrier a son talon d'Achille et les mauvaises nouvelles pleuvent. Coup sur coup.

Et d'une, vous, le frondeur de la gauche, aviez tout intérêt à faire campagne contre un gros bonnet du gouvernement sortant, à qui demander les comptes du bilan hollandiste. Raté ! Vous vous retrouvez confronté à un autre frondeur.

Moins extrême, certes. Mais plus récent que vous. Benoît Hamon.

Ce jeune insolent qui se permet de marcher sur vos plates-bandes, la rose au fusil. Et de deux! A propos de plates-bandes.

Alors que quelques belles pousses vertes germent dans votre jardin, alors que les activistes de Green Peace eux-mêmes reconnaissent que vous avez bien cultivé votre programme sur l'écologie, Yannick Jadot le candidat d'Europe Ecologie - Les Verts semble trouver le rose PS plus seyant à sa couleur politique que votre rouge. A quelque chose, malheur est bon. Le rouge et le vert sont des couleurs complémentaires.

Et, les nombreux militants écologistes qui se sont greffés à votre mouvement après le repli de Jadot, l'ont bien compris : le coup ne porte pas. Et de trois ! Comme vous aimez à le dire, le cœur est à gauche.

Aussi pensiez-vous pouvoir compter sur la fidélité de l'électorat ouvrier, fief incontesté. Mais incontestable ? Le cœur est à gauche, certes, mais ... tout à droite, il reste du poumon.

Et parfois l'électorat est comme une femme adultère : il ment comme il respire. Ne désespérez pas cependant. Un coup de vent favorable est vite arrivé et la passade bleu marine ne sera jamais aussi intense qu'un beau rouge passion.

Et pour finir ...

Le coup fatal ? ... non content de vous attaquer sur le vote du prolétariat, le FN tente également de séduire ceux dont le petit cœur sensible regrette amèrement l'union maritale avec l'Europe. [il] Et surtout les conjoints !!

Notre tonton flingueur de la politique risquerait-il de passer l'arme à gauche ? Abattu par les petits nouveaux à la gâchette facile ? Par chance, votre cœur étant à l'extrême gauche, il ne fût touché.

On aurait pu croire que vous n'étiez plus que l'ombre de vous-même. Un pâle fantôme de votre grandeur passée. Mais en lieu de fantôme, c'est à un hologramme que nous [avons] eu droit, tout plein de vitalité et prêt à en découdre. [il] Eh oui !

Papy fait de la résistance ! "Insoumission" nous dîtes vous !!!

Peu importe les mèches blanches et les quarante années de politique tant qu'il y a encore des idées. Vous reprenez les armes avec toute une panoplie futuriste : une chaîne Youtube de plus de 230 000 abonnés, et plateforme participative. De quoi galvaniser le peuple de gauche désabusé par le hollandisme.

Oui mais, "l'humain d'abord"...avec un hologramme...

Parlons plutôt de "l'avenir en commun", le nom de votre programme pour 2017. Votre projet ! Convoquer une assemblée constituante pour rétablir la primauté de l'Assemblée Nationale sur la monarchie présidentielle.

Et...ainsi devenir président pour tuer le président ?

Investir 100 milliards d'euros supplémentaires dans des projets à forts impacts écologiques ou sociaux ? Et enfin lancer le coup de départ de la COP21 ? Renégocier les traités européens ?

Pour l'homme qui a voté « oui » à Maastricht ? Taxer à 100% les salaires 20 fois supérieurs au revenu médian ? Et pourquoi pas, et pourquoi pas faire du trumpisme à l'envers ?

Construire un mur autour de la France pour empêcher la fuite des riches ? (rires) Nous le voyons, M. Mélenchon, c'est un programme ambitieux que vous proposez aux français.

Peut-être tient-il de l'utopie socialiste dépassée ? Peut-être s'agit-il plutôt du rêve philosophique d'un homme qui a su garder foi dans ses idéaux et dans la vertu républicaine ? Nous ne pouvons vous souhaiter qu'une seule chose, M.

Mélenchon. Que la révolution soit En Marche. Mais aussi un excellent débat à tous. [applaudissements] Jean-Luc Mélenchon : bonsoir !

Et -Bonsoir !- merci d'avoir accepté notre invitation. Euh...avant d'entrer dans le vif du sujet, est-ce qu'il y a un point de la présentation qui vient d'être faite sur lequel vous souhaiteriez réagir ?

Non, j'ai trouvé ça euh...

C'est une très plaisante collection de tous les poncifs qui circulent à mon sujet. (rires) Depuis le divorce de mes parents jusqu'à -c'est quoi la fin ? Maastricht. (rires) Je pense que j'en ai encore pour 10 ou 15 ans à expliquer qu'on peut voter Maastricht, s'apercevoir qu'on s'est trompé, voter « non » en 2005 dans un traité qui contient tous les autres...

Enfin, je vais pas vous saouler avec ça ! Non, non, c'était très amusant ! Bon, alors...la suite !

Très bien ! On aura le temps de rentrer (acclamations) Hé ! Attendez, là les amis !

Faut pas qu'il y ait un mal-entendu là ! Moi j'ai été invité à une conférence, c'est déjà un gros effort. On fait pas un meeting, parce que sinon je change de sujet.

Je mets tous mes papiers de côté et on parle d'autre chose. -Merci de clarifier pour nous. -Non, je fais cette précision parce que, après, c'est moi qui me fait engueuler (rires).

Parce que je suis allé sur un plateau de télé, tout le monde hurlait. Alors ils disaient « vous avez bourré la salle ». Pas du tout, j'ai rien bourré, je ne sais pas qui c'est.

Je ne sais pas qui vous êtes, moi (rires). On m'a dit, c'est l'ESSEC. Alors l'ESSEC, normalement vous êtes tous des suppôts du capitalisme.

Je venais pour essayer d'adoucir le cœur. (acclamations, applaudissements) Bon je vois qu'on est parti très fort, donc pour que tout ça se passe bien, on va recommencer avec quelques éléments de contexte, si vous le permettez. Parce que pour tous ceux qui ont loupé les derniers épisodes -peut-être qu'il y en a- cette campagne présidentielle est hors norme à bien des égards.

La plupart des candidats qu'on attendait : Hollande, Valls, Juppé, Sarkozy, ont été balayés, remplacés par des candidats que personne n'avait vu venir comme Fillon ou Hamon. Droite et gauche ont été fragmentées par la logique des primaires. Et depuis des mois, les vrais enjeux de la campagne sont rendus inaudibles par le feuilleton des affaires.

Dans cette configuration inédite, si on en croit les sondeurs, Marine Le Pen se dispute avec Emmanuel Macron la tête du premier tour. La prudence est de mise puisque 66% des électeurs seulement sont susceptibles d'aller voter et que leur indécision est très marquée, mais il n'en reste pas moins que c'est peut-être pour la première fois une gauche et une droite de gouvernement exclues du second tour de l'élection présidentielle. Donc dans ce contexte, vous êtes officiellement candidat à l'élection, pour la seconde fois et à 32 jours du scrutin, si on en croit les instituts de sondage, vous êtes crédité d'environ 11,5 à 13,5 % d'intention de vote.

Mais contrairement au candidat du PS, Benoît Hamon, avec qui vous vous disputez la quatrième place, vous avez déclaré votre candidature il y a plus d'un an, vous avez bien préparé votre campagne, et votre programme, depuis des années, et alors qu'en 2012 vous représentiez le Parti de Gauche et vos amis du Front de Gauche, cette fois-ci vous faites campagne hors parti, en vous appuyant sur votre mouvement de la France Insoumise et sur le programme précis et détaillé dans « L'Avenir en commun ». Aujourd'hui c'est une autre actualité qui vous mène à l'ESSEC puisque vous publiez un nouveau livre, intitulé « De la Vertu ». Vertu que vous érigez en principe d'action gouvernant la vie en société.

Une sorte de ligne de conduite collective pour nous apprendre à relier ce qui est bon pour nous et ce qui est bon pour les autres. Dans le contexte que je viens de décrire et au lendemain de la révélation d'une énième potentielle affaire d'emploi fictif qui a tout de même entraîné la démission du ministre de l'intérieur, était-ce important de venir nous donner un sens moral à votre programme ? -Bon.

J'entreprends depuis un certain temps une reconstruction théorique et idéologique de ma famille de pensée. Le socialisme en France a toujours été singulier. Par rapport aux autres mouvements socialistes en Europe.

Parce qu'il est à la fois l'héritier de la grande Révolution de 89, c'est-à-dire de principes qui, d'entrée de jeu, se voulaient universalistes, universels et dans son second rameau, d'une vision matricée par la classe d'appartenance des individus. Le socialisme c'est l'action de classe de ceux qui vont construire la société et le socialisme. Le socialisme français a donc toujours été à cette intersection-là, de ces deux grandes idées, dont Jean Jaurès est la figure emblématique.

Puis, pour faire bref, les expériences se sont brisées. Celle du communisme d'état qui s'est finie pitoyablement. Et spectaculairement.

Tout le monde a vu le mur de Berlin tomber. Mais on a moins entendu le bruit que faisait la social-démocratie en s'écroulant. Car elle aussi s'est écroulée !

Dans toute l'Europe, accroché dans des coalitions, dans plus de la moitié des pays, avec les partis de droite, le projet d'alternative qu'incarnait la social-démocratie s'est dilué, perdu, en relation avec une difficulté de fond qui est qu'elle n'avait plus d'interlocuteur pour négocier La social-démocratie s'est construite dans la négociation entre les partis ouvriers -eux-mêmes liés aux syndicats- et le capital national. A partir du moment où le capital se trans-nationalise, le tapis se retire sous les pieds de la social-démocratie et elle s'est effondrée. Je fais bref, là.

Donc ne m'en veuillez pas du côté, peut-être un peu sommaire et caricatural de la discussion, de la présentation. Et les circonstances de l'existence ont fait que ma manière de voir, l'idéal qui m'animait a d'abord été de nature plus philosophique que traditionnellement celle qui était la motivation de mes autres compagnons ou camarades qui étaient entrés dans le combat politique plus par un chemin social ou de cette nature. Pour moi, l'universalisme républicain est ma matrice de départ.

Le reste est venu comme des instruments pour accomplir ce projet. Et dans les années 80-90-2000 c'est la perdition totale. C'est-à-dire que, de tout ce que nous avions prévu, rien ne se passe.

Tout ce que nous entreprenons, tout échoue. Et notamment le rêve qui avait pris le relais de notre idée de la construction du socialisme dans un pays, qui est celui de 81, se dilue. Et on a proposé une autre stratégie, la construction d'une Europe qui serait le nouvel horizon du progrès social, de la paix et du bonheur et c'est le contraire qui se passe.

C'est-à-dire que de tout ce qu'on a prévu, là non plus, rien ne se passe comme prévu. On fait le traité de Maastricht, persuadé qu'on va unifier l'Europe par le marché unique, etc comme au XIXe siècle Zollverein avait fait l'Allemagne ou d'autres pays de cette nature. Et là encore, les choses se passent exactement à l'inverse de ce qu'on avait imaginé.

C'est-à-dire qu'au lieu d'aller vers l'Europe sociale, c'est une monstruosité qui oppose les peuples les uns aux autres, qui créent des divisions à l'intérieur des peuples. Et il nous restait comme ultime prétexte la paix ! Bon alors l'Europe c'était la paix.

C'est l'idée, la vieille idée. Pour ma famille idéologique c'était essentiel. On attribuait aux autres la responsabilité des guerres.

Et nous voilà maintenant embringués dans une Europe de la défense ! Donc le contraire aussi de ce qu'on voulait faire. Alors mon entreprise de reconstruction c'est d'abord par une vision globale et cohérente à l'idée ancienne d'après laquelle l'histoire était exclusivement la dynamique de la lutte de classes pour l'appropriation de la richesse, je substitue un autre contexte, un autre concept qui est : l'histoire est l'histoire de la fluctuation du nombre des êtres humains.

A l'intérieur de laquelle la lutte de classe est un des aspects. Et cette fluctuation du nombre des êtres humains augmente la prédation sur la nature. 200 000 ans pour atteindre le premier milliard d'êtres humains, à peine 100 ans pour atteindre le deuxième et nous voici partis pour être bientôt 11 milliards.

Donc la relation que nous avons eu avec la nature change. Et tout d'un coup nous nous apercevons de son importance. Là je vais faire bref.

Le concept à partir de là est le suivant : il n'y a qu'un seul écosystème compatible avec la vie humaine. Par conséquent est vérifié objectivement ce fait que nous sommes semblables. Non seulement par nos besoins, ce qui nous rend a priori égaux en droit.

Mais par le fait que, si nous devons périr, nous périrons tous. Parce que nous avons détruit l'écosystème dans lequel nous vivons. Donc une norme arrive de l'extérieur qui nous permet de savoir ce qu'il est juste de faire.

Là, c'est de la philo : qu'est-ce qu'il est juste de faire ? Grande question qui traverse toutes les sociétés, on y reviendra tout à l'heure sans doute. Ce qu'il est juste de faire, c'est ce qui est compatible avec l'harmonie non pas entre les êtres humains car c'est un rêve fou, qui n'aura jamais lieu.

Mais ce qui nous met en harmonie avec la nature et qui va être juste et bon POUR TOUS. J'ai fait une synthèse. Je pourrais la justifier par le passé dans l'histoire mais je préfère que vous me relanciez.

Je dirai à ce moment-là le reste de ma vision. Justement, merci beaucoup pour cette introduction philosophique. On sait justement que dans cette campagne vous essayez de prendre un peu de hauteur.

On l'a encore vérifié lors du débat de lundi. Justement, le symbole que vous avez choisi pour votre mouvement La France Insoumise c'est le symbole "φ", symbole de philosophie. Donc on sait exactement là où vous attendre.

Est-ce que c'est un choix en réalité, dans cette campagne, d'essayer de vous mettre un peu au-dessus des enjeux comptables pour essayer de vous démarquer et de séduire des gens qui peut-être n’adhèrent pas à tout votre programme mais qui trouvent votre démarche philosophiquement intéressante? Bon. Déjà, les mots sont un enjeu : je ne cherche pas à séduire, je m'en fous.

Je cherche à convaincre. Je fais appel à votre raison. Pas à autre chose qu'à votre raison, et évidemment à vos affects aussi, bien sûr.

Mais je ne suis pas à la recherche de parts de marché. Le drame que je vis, avec d'autres, est plus profond que ça. C'est le risque de disparition du courant universaliste et progressiste dans l'histoire humaine.

Parce finalement, ça s'est concentré en un tout petit endroit Bon. C'est les Lumières, c'est l'Europe, et puis pour le reste dans l'Asie immense, ce sont d'autres visions du monde. Et ainsi de suite.

Donc mon idée est que c'est dans l'action, dans le débat public, dans ce grand moment paroxystique qu'est une élection car pour moi une élection - je le dis parce que ça me met à distance de certains courants politiques notamment d'extrême gauche - pour moi l'élection c'est pas une tribune où l'on vient témoigner. L'acte électoral transforme les individus. Parce qu'ils réfléchissent, parce qu'ils lisent, parce qu'ils discutent, ils polémiquent.

Donc nous ne sommes plus les mêmes à la fin d'une élection que celui que nous étions ou celle que nous étions au début de l'élection. Donc prendre de la hauteur, c'était pas tant l'idée que d'agir, de penser aussi juste que possible et de présenter une vision cohérente du monde. C'est-à-dire ne pas se contenter des « y'a qu'à – faut qu'on ».

Déjà avoir une idée claire, globale, englobante de la réalité de la civilisation humaine à cette époque, en déduire un programme politique (on a essayé de faire, hein?) qui a une cohérence. Le phi, au départ c'est une blague, il faut que vous sachiez.

J'avais trouvé une idée géniale mais injouable : c'était une représentation du monde, bon. Le seul point fixe de l'univers, c'est l'est. Donc j'avais imaginé une planisphère, y avait les pôles aux deux bouts, on reconnaissait rien, c'était moche comme tout Et quelqu'un a dit bon, ben « phi » parce que France Insoumise, FI ça fait phi, on prend la lettre « phi ».

Ah génial ! C'est le mot grec, la Grèce c'est la démocratie, phi c'est la philosophie et puis c'est surtout l'idée d'harmonie. Et donc on a construit ça et l'action que je mène – y compris une qui n'est pas très regardée mais qui à mes yeux a une très grande importance - c'est la construction du mouvement La France Insoumise, qui est aujourd'hui certainement la première force politique organisée du pays.

Puisque nous sommes 350 000 et que nous sommes capables de démonstrations de force comme celle que vous avez pu voir samedi. Qui n'est pas une « foule », assemblée derrière je-ne-sais-quelle improbable rockstar, hein ? Mais qui est une cohérence profonde, un lien idéologique qui a été créé, qui a été bâti à travers le mouvement Le mot.

Ce bouquin-là La Vertu, c'est un livre ouvert, c'est ce que je voudrais vous dire. Autant celui-ci, je veux dire, c'est un programme. L’Ère du Peuple, c'est une mise en forme doctrinale.

Ça, c'est un livre ouvert. Je me suis demandé qu'est-ce qui pouvait nous rattacher, vous et moi, si nous ne sommes pas de la même opinion politique. Nous aimons notre patrie tous les 2, ou tous les 3 et nous tous ici.

La démocratie c'est nécessairement la divergence de point de vue. On doit être très inquiet quand tout le monde est d'accord. La démocratie c'est l'organisation de la différence des points de vue, d'une manière très simple : on vote.

Et on applique une règle absurde : 51 ont raison sur 49. Nous acceptons tous la règle du jeu. C'est une évolution très importante.

Mais nous avons besoin de la contradiction. Et pourtant nous sommes reliés les uns aux autres. A moins qu'on ait l'idée absurde que parce que vous êtes pas de mon point de vue, je vous parle pas et puis vous allez en prison.

Ou bien, vous êtes pas de ma religion et je vous supporte pas. Vous êtes pas de ma couleur de peau, rentrez chez vous ou je-ne-sais-quoi, ce qu'on a déjà entendu. Non.

Alors quelle peut être la nature de ce lien ? Pardon, je m'adresse à vous parce que vous êtes en face de moi. Je ne vous vise pas.

Mais … - Je le prends bien, pas de problème. ...au-delà même des programmes nous sentons que quelque chose nous est commun.

Ma réflexion à cet endroit, elle est ouverte. Au sens où je ne suis pas sûr de répondre bien à tous les aspects que soulève ma préoccupation. Qu'est-ce que nous avons en commun ?

Spontanément, nous pourrions dire « nous agissons de manière morale » parce que tous nous comprenons que nous devons avoir des actes, nous les posons, en relation avec le reste de la collectivité. Mais chacun d'entre nous va trouver des sources différentes à sa morale. Elle peut être dans la religion, elle peut être dans l'athéisme – c'est quand même la position majoritaire des français, ultra-majoritaire.

L'agnosticisme, l'athéisme. Les sources sont très différentes. Et je m'interdis d'aller vous dire ce que vous devez avoir comme morale.

De même, ferez-vous avec moi parce qu'on perdrait notre temps, par définition, elle est dogmatique Donc ce qu'on a en commun, ça peut être un principe, un mode d'action, une manière d'être en relation les uns avec les autres, dans le cadre de la société. Et c'est ce que j'ai appelé « la vertu ». La vertu que j'ai emprunté à la première grande révolution et à la Rome antique, comme principe d'organisation de nos relations mutuelles et la vertu, ça consiste à agir et à décider en fonction de ce qui est bon,non pas pour moi mais de ce qui est bon POUR TOUS.

C'est l'idéal républicain, après question : qu'est-ce qui est bon pour tous ? Cette définition que vous donnez de la vertu, elle, disons, permet de, elle traite de la société dans son ensemble. Si l'on se restreint à la sphère économique, vous savez que l'influence de la vertu dans la sphère économique est moins évidente, en particulier le libéralisme s'est fondé sur l'idée que l'introduction de décisions vertueuses, dans les décisions des agents, libéralisme hein ? ... pouvait polluer le libre jeu reconnu naturel du marché [ haussement de sourcil ] .

Ben oui, vous êtes d'accord sur ça. C'est l'histoire des idées. De la pensée cognitive.

Non, moi je crois à rien de naturel dans l'activité humaine. Alors voilà ma question : pourquoi être venu à l'ESSEC où on nous enseigne ces théories ? Pour parler de la vertu ?

D'abord, un principe d'auto-dérision et d'humour. [ rires ] Manifestement bien reconnu. [ applaudissements ] On peut pas être que...

J'aime...

C'est un petit défi ! Je vais à l'ESSEC, alors on m'a dit « c'est l'antre même du capitalisme ». Je l'avais déjà fait à Nantes.

Mais vous m'intéressez précisément parce que, par a priori, le plus grand nombre d'entre vous n'est pas de mon avis politique. Ça reste à prouver. Ça reste à prouver.

Non mais, vous avez raison de me le faire remarquer. Parce que, y a 10 ans ou y a ... j'ai toujours fait des conférences dans les grandes écoles, pour plusieurs raisons.

Dont la première c'est que je suis un incorrigible prof et que j'aime le contact avec l'intelligence qui s'ouvre, Parce que dans notre jeunesse, tous, nous traversons une phase où nous écoutons mieux, que les adultes faits et engagés, sur lesquels pèsent toutes sortes de pressions, d'intérêts, d'habitudes, de routines. Et je me dis que pour beaucoup de jeunes gens, de milieux qui ... sont sélectionnés par les grandes écoles de commerce, ça sera sans doute la seule fois de leur vie où ils verront un tribun de gauche de près. [ rires ] Et, en s'apercevant que, contrairement à la légende, nous ne mangeons pas d'enfants, nous n'avons pas de couteau entre les dents et ....

Pourquoi je vous dis ça ? Parce que la critique habituelle … On connaît l'iconographie, oui. On connaît l'homme au couteau entre les dents.

On voit très bien, le mangeur d'enfants. Oui, et ça a toujours été comme ça et ça continue. C'est-à-dire que dans l'iconographie de nos adversaires -c'est une vieille histoire, ça ne date pas d'aujourd'hui- nous avons toujours été bestialisés.

Parce que nous sommes ceux qui ne se contrôlent pas. Donc Jean Jaurès est représenté la barbe hirsute, la bouteille de vin dans la poche et un brandon à la main. Quand ce sont les femmes, c'est beaucoup plus infâme.

Bon, elles sont ramenées à leur corps et on les maltraite de cette façon. Si vous regardez le tableau de Delacroix, un jour amusez-vous à le regarder, c'est un hypocrite ce Delacroix. Il vous représente la Liberté Guidant le Peuple... - On va y revenir tout à l'heure. -Hé ? -On va y revenir tout à l'heure.

Bon, alors je laisse le Delacroix pour tout à l'heure. Gardez-le au chaud, gardez au chaud Delacroix. Gardez au chaud.

Alors là on est sur quoi ? Puisque j'étais d'une chose à l'autre. Alors pourquoi je viens ici ?

Voilà. Et j'ai pensé que ça avait un intérêt -y compris dans une campagne- que vous entendiez, parce que je pense que vous pouvez partager avec moi une partie du diagnostic. Et si nous faisons ça, nous avons avancé.

Par exemple, je suis certain que la plupart d'entre vous, contrairement aux générations qui vous ont précédés, vous avez un sentiment personnel de l'existence des biens communs, que vous ne le contestez pas même si vous êtes des libéraux. Vous pensez comme moi que l'air et l'eau sont des biens communs. La plupart d'entre vous souvent pensent qu'il ne faut pas breveter le vivant et ainsi de suite.

Donc nous nous apercevons nous comme français qui sommes les héritiers, je dis français pas pour exclure qui que ce soit dans cette salle mais en tant qu'héritiers d'une histoire. Moi-même, mes grands-pères n'étaient pas français. En tant qu'héritiers de cette Histoire, nous pouvons conserver en commun cette forme d'universalisme et c'est elle qui, à mon avis dans la bataille des idées, va favoriser mon travail.

Pour moi, y a pas de loi naturelle de l'économie. Ça n'existe pas. L'anthropologie nous apprend que les êtres humains sont capables de toutes sortes de formes d'organisation, que le mot même « marché » ne veut rien dire, car le troc c'est une économie de marché.

Aucun d'entre vous ne propose d'en revenir au troc. Même le Gosplan c'est une économie de marché parce que, à la fin c'est le mode d'expression du besoin qui change, mais pas le fait qu'il faille y répondre. Donc, le mot « économie de marché » a été une euphémisation du mot « capitalisme », de manière à rendre la chose plus acceptable dans une conversation entre gens de bons goûts où on ne met pas sur la table, puisque ça ne se fait pas, les questions d'argent et ainsi de suite.

Donc, le capitalisme, dans sa phase actuelle financiarisée est un système intrinsèquement immoral et mauvais. Mauvais, pourquoi ? Parce qu'il va détruire le sourire aux lèvres l'écosystème, persuadé que la main invisible va finir par trouver un point d'équilibre.

Deuxièmement, il est immoral parce qu'il ne met pas de limites à l'accumulation. Et on a des personnes de bons goûts, je pense à M. Macron, je pense que c'est un homme intelligent, cultivé, qui peut dire tranquillement : « Je propose aux jeunes de rêver d'être milliardaire ».

Or à mes yeux, c'est immoral, parce que l'accumulation de la richesse ne se fait pas d'une manière magique, elle se fait par l'exploitation du travail et l'accumulation au dépens de la détresse des autres. Donc voilà pourquoi ma vision du monde, fondamentalement et radicalement hostile à ce modèle, je préfère vous prévenir, s'est appuyée sur de nouveaux arguments avec l'écosocialisme et l'idée que ce qui est en cause, c'est l'écosystème. Mais il n'y a pas de loi naturelle.

Hélas pour nous! Nous sommes continuellement obligés de trouver une réponse et d'en changer en cours de route, parce que la réalité elle-même change. Effectivement dans ce livre, vous parlez beaucoup donc ça commence par une critique véhémente des forces de l'argent et de la corruption qui peut falsifier la démocratie, on a envie de vous demander si y a pas un soupçon plus profond qui pèse sur l'argent, qui doit peser sur l'argent dans le mode de production capitaliste où il n'est plus simplement intermédiaire des échanges mais où il permet l'accumulation que vous critiquez là.

Si vous voulez, est-ce-que l'argent peut être vertueux dans le mode de production capitaliste ? Évidemment, l'argent peut être vertueux, parce que ce n'est qu'un moyen d'échange, un équivalent, le signe monétaire est un équivalent entre 2 valeurs réelles produites. Bon, moi j'appartiens à la tradition du matérialisme philosophique : la monnaie est un intermédiaire et elle-même doit avoir une valeur intrinsèque.

C'est pourquoi, au départ on échange en or ou en argent parce que c'est une petite quantité de matière contenant une grande quantité de travail. A l'inverse d'une table, d'une chaise, de tout ce que vous voulez. Donc c'est juste un intermédiaire.

Bien sûr que l'argent peut faciliter considérablement l'échange, puisqu'on peut le transporter … Je vais pas vous faire la théorie de la monnaie. Donc ce n'est pas intrinsèquement l'argent qui est mauvais, c'est la manière avec laquelle sont organisés les rapports sociaux de production qui utilisent cet argent. Et surtout nous avons une nouveauté dans CE moment de la civilisation humaine.

Est-ce qu'on peut dire que c'est votre non remise en cause de l'argent en tant que tel et du salariat qui fait de vous plutôt un social-démocrate ? Non, je ne suis pas... je veux juste terminer sur... non je veux bien passer sur « social-démocrate », mais je vais vous saouler à force.

La social-démocratie a une définition extrêmement précise dans le mouvement socialiste mondial. La social-démocratie s'est construite, le parti s'est construit comme prolongement du syndicat, le syndicat crée le parti -c'est le Labour- ou bien c'était le parti qui créait le syndicat, comme ça a été le cas avec le SPD et la social-démocratie allemande. Seuls les français n'ont jamais fait ça.

Pour la raison que l'influence des anarchistes fait, qu'en 1905 il y a eu la charte dite d'Amiens qui fait me bien rigoler puisque je vois toutes sortes... -1906 ! -5!

La charte d'Amiens. -Est-ce-que Tweeter peut nous répondre ? [ rires ] -Bon, peu importe, laissez, on s'en fiche.

En 1906, c'est la période à laquelle l'église condamne le suffrage universel. Oui ben faut quand même se rappeler, on a 2-3 comptes à régler, quoi. [ rires ] Alors, donc, ça n'a jamais eu lieu en France parce que les anarchistes ont eu la possibilité de demander la séparation du syndicat du parti.

Donc tout ça, excusez-moi, c'est de l'histoire mais ça a compté dans l'histoire de nos idées et ça a abouti à ce résultat que, il n'y a jamais eu de parti organique en France, peut-être le Parti Communiste à un moment donné, très lié à l'époque à la CGT, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. Donc, je ne peux pas me dire « social-démocrate » dans la mesure où j'ai toujours été dans ma jeunesse, d'abord socialiste. Au sens radical du terme.

C'est-à-dire mettant, privilégiant et étudiant la nature du lien social pour le libérer de ce qui empêche l'émancipation des individus. Le mot-clé, c'est l'émancipation. Donc, cette émancipation, je l'ai pensée comme une libération des chaînes de l'argent, expression que vous retrouvez, ce que je critique, c'est l'Argent Roi.

Mais surtout ce que je voudrais vous dire, c'est que, il ne faut pas parler du capitalisme comme d'une entité immuable dans l'histoire. Y a plusieurs formes de capitalisme au fil de l'histoire. Il s'intègre à des modes de production très différents et à des rapports sociaux très différents.

Par exemple la naissance du capitalisme au XVIe siècle avec les grands commerces, les grands voyages etc, c'est une chose. Lorsque le capitalisme se mondialise... il s'est mondialisé à plusieurs reprises.

A un moment donné, il repose sur l'esclavagisme, qui va être un des secteurs d'accumulation. Mais celui de notre époque est devenu fou pour des raisons géopolitique et politique. Pourquoi ?

C'est la domination des États-Unis d'Amérique qui ont en main la monnaie mondiale et qui en impriment les quantités qu'ils veulent. Si bien qu'ils ont pratiqué une fuite en avant ininterrompue pendant 40-50 ans, puisque quand c'est vous qui avez la planche à billets, faut vraiment être drôlement à part si vous la faites pas marcher. Il l'ont fait marcher non-stop.

Et ils ont inondé le monde d'une quantité de dollars que les gens utilisent dans leurs transactions réelles. Bien sûr, parce que cette monnaie est protégée par la force de l'Empire, c'est-à-dire des bases sur tous les continents, 500 000 hommes de troupes et la puissance militaire dont les États-Unis font la démonstration régulière et empêchent d'autres monnaies de surgir, concurremment à la leur. Le résultat est le suivant : pour 40 milliards d'échanges réels, c'est-à-dire de marchandises qu'ont une valeur matérielle que vous voyez, un livre, une table, une chaise...

Y a 4 000 milliards qui circulent, qui ne représentent rien et ne reviendront jamais dans la production réelle. C'est cette bulle financière gigantesque qui domine le monde, réalise en son sein par un mécanisme que vous connaissez tous, qui est de formation de bulles qui éclatent à intervalle régulier, des taux de profits qui sont absolument impensables dans la production réelle. Tirer du 14 ou du 15 % à l'intérieur de la bulle et dans le service, on y arrive.

Mais tirer du 14 ou du 15 d'une production matérielle c'est impossible. Le maximum que vous puissiez tirer c'est du 3 ou du 4 % de retour. C'est un maximum !

Et dans ces conditions, on a une situation qui est fondamentalement malsaine. Pourquoi ? Parce que si le signe monétaire abonde alors que la valeur réelle n'y est pas, si tout le monde ramassait dans cette salle, tous les dollars en circulation dans le monde, immédiatement nous aurions une hyper-inflation.

Immédiatement ! Séance tenante. Et évidemment immédiatement les États-Unis d'Amérique s'effondreraient.

Donc ils sont o-bli-gés d'avoir une politique extrêmement agressive à l'échelle du monde pour empêcher le moment de la vérification de la valeur de ce dollars. Alors jusque-là, ils y arrivaient par des moyens politiques et militaires. Mais leur est arrivée une déconvenue à laquelle personne ne s'attendait.

C'est qu'en transformant la Chine en atelier du monde, par la force des choses, quand elle représente la puissance qui produit les choses, naturellement vous avez une pression pour échanger avec elle dans SA monnaie à elle. Pas en dollars. Si bien que le dollars est menacé par 2 endroits : l'euro d'un côté et la monnaie chinoise de l'autre.

Donc nous vivons dans cet état d'instabilité, c'est ça qui va vous expliquer -on en parlera peut-être tout à l'heure- M. Trump [interruption : on en parlera tout à l'heure] n'est pas un fou. C'est un homme au contraire extrêmement rationnel dans son comportement.

Même si la forme, mais la forme on s'en fiche, ce qui compte c'est le fond. Donc nous sommes dans ce moment. Mais ce qui m'importe moi, sur le plan philosophique et humain, c'est que ce système, pour continuer, pour durer, a besoin d'un ordre des relations sociales où tout est mis en concurrence continuellement les uns avec les autres Avec des logiques de management par la peur.

Avec des logiques de je-t-écrase et pousse-toi-de-là-c'est-moi-qui-passe-à-ta-place. Je suis jeune-fringant-dynamique-flexible et que sais-je encore, toutes ces sottises. Le dernier mot c'est « agile », hein ?

Parce qu'il fallait bien en trouver un de plus. Tout ça crée une société de violence, où la relation inter-personnelle est continuellement détruite par … Jacques Généreux, l'économiste et anthropologue, a fait un très beau livre là-dessus, ça s'appelle la Dissociété. Il dit pour la première fois depuis des millénaires, la société jusque-là s'étant construite en renforçant ses liens internes sociaux en sachant que le nombre d'êtres humains augmentaient- pour la première fois, la tendance s'est renversée.

La société produit des liens qui détruisent les relations entre les personnes, les relations de solidarité. Et donc voilà pourquoi, c'est en ça que mon point de vue est un point de vue radical. Il a un contenu philosophique, vous pouvez l'appeler idéologique, ça ne me dérange pas, et vous même vous pouvez en avoir un autre, ça ne me dérange pas non plus, du moment qu'on puisse en parler et qu'aucun prétende amener sur la table un dogme indiscutable, qui est la vérité révélée.

Mais oui, mon parti pris est un parti anticapitaliste d'une hostilité fondamentale radicale à ce système, à ces valeurs, à sa manière de fonctionner et de distribuer la pauvreté. Merci pour ce cadrage philosophique. C'est des thmes que vous abordez dans ce livre De La Vertu, et ce qui est intéressant dans l'ouvrage que vous publiez aujourd'hui c'est aussi que les ébauches philosophiques dont vous nous avez parlez rejoignent dans votre livre des propositions que vous avez formulé pour l'élection présidentielle.

Et votre programme pour l'élection présidentielle justement est axé sur l'idée d'insoumission. Donc si vous êtes d'accord avec nous, on va commencer par parler de ça : des 2 axes forts de l'idée d'insoumission. D'une part, l'idée du retour de la souveraineté du peuple qui s'émanciperait de l'oligarchie par la rédaction d'une nouvelle constitution et d'autre part, l'affranchissement de la France, de l'ordre européen, incarné par Angela Merkel et on veut vraiment vous parler de ces deux propositions qui sont structurantes parce qu'en fait, elles changent tout le cadre d'action tant à l'échelle européenne que sur le plan national.

Alors, sur le plan national, le moyen que vous proposez pour retrouver une souveraineté populaire c'est l'assemblée constituante, la création d'une assemblée constituante. Concrètement, vous êtes élu le 7 mai. Quelles sont les modalités immédiates de convocation et de constitution de l'assemblée ?

Les modalités de son travail d'écriture ? Et les modalités de l'adoption de la constitution ? Si vous le permettez, juste un mot sur l'idée elle-même, avec votre permission. - Permettez-vous.

Parce que l'insoumission ça ne vise pas... ce n'est pas un projet de société.

C'est LE moment, et je désigne sur quoi je m'appuie. Je m'appuie sur les insoumis, ces gens qui ont compris le sens de l'ordre social et qui ne s'y soumettent pas. Quelle que soit la forme de leur résistance, résistance syndicale, résistance morale personnelle, lanceurs d'alerte, j'ai dit le syndicalisme mais aussi la personne qui fait tout pour que sa vie continue à être digne alors que toutes les forces quotidiennes qui pèsent sur elle, cette personne, poussent à tout lâcher, à lâcher prise.

Bon. Donc on met bien ça au point, je ne suis pas... c'est une vision de bien des gens -dont c'est la vision du monde- je ne suis pas anarchiste au sens où ...

Non mais attendez, ça existe et c'est digne l'anarchie. Bon je serais plus libertaire qu'anarchiste mais je crois [ interruption : "ou collectiviste" ] à l'organisation de la société à travers des institutions. Je reconnais que c'est un point de vue.

Il y a un autre point de vue qui dit « non, tout ça est superfétatoire ». Deuxièmement, la stratégie de la Constituante, je veux pas vous cacher le cœur de l'affaire. C'est une stratégie révolutionnaire !

C'est pas juste un arrangement. [interruption : « par les urnes effectivement » ] Pourquoi ? Parce que dans le passé, vous l'avez bien senti dans la question que vous me posez, dans le passé, on faisait le mythe à gauche de la révolution socialiste, personne savait en quoi ça consistait, on avait quelques exemples mais tellement localisés dans l'histoire et tellement précis qu'on avait du mal à le généraliser.

Mais y avait toujours un moment de violence, d'écroulement automatique du système. J'entre pas dans la discussion sur les modèles révolutionnaires. Mais moi j'ai mis le mien sur la table, et quand je discute avec des gens que l'idée intéresse de passer d'un système social à un autre, je leur dis voilà ma stratégie.

C'est la stratégie de la Constituante. La vôtre, c'est quoi ? Alors si on ne me répond pas, ce n'est pas la peine de venir me chatouiller.

Ce n'est pas votre problème à l'ESSEC, je ne crois pas que j'ai ce genre de risque. Mais dans mes discussions avec mes amis d'extrême gauche la discussion est souvent un peu tendue. Parce qu'ils considèrent que ma manière de voir les choses est extrêmement formaliste, que je crois beaucoup au suffrage universel, en effet je ne crois QU' au suffrage universel.

Et pas parce que je serais seulement un gentil garçon, qui n'aime pas la violence -c'est le cas, je n'aime pas la violence- mais parce que je ne vois pas d'autre chemin, ayant eu l'occasion d'observer les autres méthodes. La guérilla urbaine, la militarisation de l'action, je pense à ce qui s'est passé au Chili, je pense à ce qui s'est passé en Bolivie, je connais la fin. La fin c'est nous les morts les premiers.

Et à la sortie y a rien d'autre qu'une société toujours plus violente et dictatoriale. Donc je mets ça de côté pour dire la stratégie c'est : le peuple se met en mouvement en décidant les droits qu'il se reconnaît, il se refonde lui-même car le peuple est une auto-création politique. Il est défini par des rapports sociaux de production mais aussi par des rapports subjectifs donc nous nous auto-définissons.

Par exemple, tous les 2, si vous me reconnaissez comme je vous reconnais le droit d'avoir une idée différente de la vôtre ben figurez-vous que ça n'a rien de naturel ! Y a toute une période où la légitimité du pouvoir c'était « amuse-toi, essaye d'être contre, tu verras bien ce qui t'arrive », c'est la force. Dans un régime démocratique, la légitimité du pouvoir repose sur le consentement à l'autorité, nous acceptons de nous soumettre aux lois MÊME quand nous ne sommes pas d'accord.

Ce qui veut dire que nous nous soumettons aux lois tout en continuant à les critiquer. Alors si les français se disent...

D'abord pourquoi se diraient-ils que j'ai raison ? Pas à cause de ma stratégie révolutionnaire. Le peuple dans sa masse ne fait pas d'idéologie.

Il travaille à l'économie, il fait ce qu'il y a de moins fatigant et de plus juste. Donc il voit que ça marche plus, il cherche pourquoi ça marche plus. Parce que la vieille constitution pyramidale avec la monarchie présidentielle à l'époque du pognon concentré, ça vous donne ce que vous avez sous les yeux : les pantoufflages, cette circulation des gens entre l’État et le secteur privé, la corruption qui petit à petit se généralise à un point que les gens vous donnent l'impression de se demander qu'est-ce qu'on leur reproche Ils ne se rendent même plus compte que ça n'est pas normal d'être parlementaire et d'être le dirigeant d'une société de conseil qui se fait payé par des grands groupes, parce qu'il trouve que c'est une activité comme une autre Bref je ne veux pas cibler quelqu'un en particulier, ça pourrirait notre discussion Fillon et le groupe Axa, pour ne pas le nommer.

Mais oui, mais il n'est pas le seul si vous voulez. Hélas ! et le nombre de ceux qui trouvent normal d'avoir de tels comportements est, hélas ! extrêmement étendu.

Donc. Comment on s'y prend ? Quand si les gens se disent "il a raison", "ça va tourner à un tel bazar".

Vous le savez que c'est la bazar ? Personne ne respecte plus rien. Ni les hommes et les femmes politiques, ni les institutions, ni les juges, ni les policiers, ni les journalistes ni RIEN.

Tout le monde, dans sa pensée personnelle se dit « tout ça c'est une comédie ». La mauvaise monnaie a partout dévoré la bonne. Tout le monde est regardé comme un menteur.

Comme quelqu'un qui est en train en douce de préparer autre chose.Les gens se disent : « allez, comment on s'en sort de ça ? » Si vous ne choisissez pas la voie démocratique que je vous propose, ça finira mal.

Surtout qu'en France, on est spécialiste de mal finir. On a été incapable de changer l'une quelconque de nos constitutions autrement qu'après des catastrophes. Alors c'est la IIIe République.

C'est la Ve République. Bon. La IVe venait de la guerre quand même faut s'en rappeler.

La Ve, c'est le Général De Gaulle, des circonstances exceptionnelles. Il s'agit de retrancher des départements français du Maghreb de la patrie Bon, c'est pas rien pour nous. Pour eux non plus, c'est pas rien.

C'est leur indépendance. Mais à chaque fois, il a fallu arriver au dernier point pour se décider à faire quelque chose. Donc moi je vous dis maintenant, je vous propose de le faire tranquillement.

Donc vous m'élisez et ensuite article 11 de la Constitution, je peux convoquer un référendum. Et dans ce référendum, je propose aux français « êtes-vous d'accord oui ou non pour réunir une assemblée constituante ? » Donc je m'appuie sur les formes prévues, y a pas de putsch, y a pas de forfaiture, y a pas de violence faite, on applique la Constitution, et les règles de l'actuelle Constitution pour passer à la suivante.

Donc cette Assemblée Constituante est convoquée. Là, il y a un débat. Personnellement je suis pour qu'elle soit faite d'élus, de délégués on va dire, mais moi je pose une condition -peut-être que je ne serai pas écouté- qui est il faut que ce soit des élus qui n'ont jamais été élus auparavant.

Pas parce que je veux les montrer du doigt ou les maudire, hein ? Ça s'est déjà fait dans notre vie nationale, à la Première République, à la Première Assemblée on n'avait pas le droit de venir de la précédente. Pourquoi ?

C'est pour pas reproduire les routines précédentes. Et deuxièmement, pour ma part, je suis partisan qu'il y ait une part de personnes tirées au sort. Le tirage au sort ne fait pas unanimité jusque dans ma propre famille.

Où on dit tout est politique et après tout les gens élisent des délégués pour une chose ou pour une autre. Mais comme nous sommes dans un monde neuf à construire, on peut utiliser cette méthode parce qu'on sait qu'elle nous donne aussi des résultats fiables. Je rappelle que les jurys d'Assises sont tirés au sort.

Il s'agit quand même de décider [ ... ] Et ce référendum, ce référendum au départ qui pourra aussi préciser le nombre de gens tirés au sort...

Oui, il faudra faire ça mais auparavant il faut qu'il y ait une décision de l'Assemblée qui aura été élue. J'ai regardé comment faisaient d'autres. En Équateur, le hasard là-bas c'est que les élections législatives avaient lieu avant les présidentielles.

Le président Rafael Correa qui était lui aussi comme moi sur la ligne « dégagez-les tous ! » a dit aux gens : « écoutez, moi je ne présente aucun candidat à aucune élection, rien du tout sauf moi, à la présidentielle, mais si vous m'élisez, je les fous tous dehors !» Et une fois qu'il a été élu, il a pas foutu tout le monde dehors.

Il a été voir l'Assemblée qui existait, il leur a dit : « écoutez, j'ai été élu, moi, pour convoquer une Constituante et cette Assemblée, qui lui était hostile, a dit « ben, c'est vrai, c'est vous qui avez été élu, vous aviez ce programme, donc nous sommes d'accord pour convoquer une Constituante ». Là, pour nous y aura l'élection présidentielle puis juste derrière l'Assemblée législative Si je suis élu, clairement, je pense que les français me donneront une majorité législative qui pourra convoquer cette Constituante dans de bonnes conditions en précisant les conditions dans lesquelles se fait cette Constituante. La Constituante se réunit, on définie les droits.

Vous savez c'est une discussion qui va durer, faut prendre le temps ! Oui voilà, en Tunisie, ça a duré plus de 2 ans. Certains me disent « ça dure 2 ans », d'autres me disent « on peut y arriver en 1 an- 1 an et demi » mais c'est pas moi qui pousserait « allez, allez, plus vite, plus vite, plus vite ».

Pourquoi ? Parce que pendant ce temps on appliquera notre programme. Mais le jour où la Constitution a été, un projet de Constitution a été élaboré par l'Assemblée Constituante on a une décision à prendre.

Soit on considère que cette Assemblée Constituante est suffisamment légitime et donc c'est sa Constitution qui s'applique, soit on considère qu'on va quand même demander au peuple s'il est d'accord ou pas avec ce texte. Personnellement, chaque fois qu'on retourne au peuple ça favorise mon projet politique. C'est-à-dire ça favorise la politisation de la société, sa réflexion.

Au moment où le peuple a décidé « Ah ben d'accord voilà la Constitution de la VIe République », je ne ferai pas ce que je serais en droit de faire. C'est-à-dire de dire « moi, mes amis, j'ai été élu pour 5 ans » ! Ce qu'a fait un président de la République quand on est passé au quinquennat « moi j'ai été élu pour 7 ans donc je reste le temps pour lequel vous m'avez élu » !

Moi je m'en irai séance tenante. Pour que la nouvelle Constitution se mette en place. -Voilà … puisque vous me posiez la question [ ...] -Très bien, c'est très clair. -Après faut parler du contenu parce qu [ ...] Justement sur le contenu, puisque vous expliquez que cette Constituante va définir les règles du fonctionnement de la nouvelle République mais aussi des rapports entre les gens dans cette nouvelle République, mais vous avez quand même donné quelques idées et en réalité quand vous appelez à cette nouvelle Constitution, vous reprenez l'idée simple de Jean-Jacques Rousseau selon laquelle le pacte social doit avoir pour principe fondamental la souveraineté de ce qu'il appelait déjà le peuple.

Mais pour que cette souveraineté soit pleinement exercée, Rousseau préconisait une sorte de démocratie directe. Il observait, je vais lire la citation parce qu'elle est belle que dans les anciennes républiques, jamais le peuple n'ait même pas imaginé qu'il puisse usurper les fonctions du p... !

Pardon, je me suis trompé. « Jamais le peuple n'eut de représentant, il est très singulier qu'à Rome où les tribuns étaient si sacrés, on n'ait même pas imaginé qu'ils puissent usurper les fonctions du peuple ». J'ai égratigné Rousseau, mais en suivant cette idée, envisagez-vous que la Vie République se rapproche d'une démocratie semi-directe, plus participative que réellement représentative ?

Je pense qu'il y aura la créativité pour ça. Rousseau se faisait une image … très sympathique des tribuns du peuple. Bon, les tribuns du peuple pour ceux qui visiteront Rome, allez au Forum, vous verrez les rostres des tribuns du peuple.

Bon, c'était Nuit Debout ! Là-dedans, hein ! Donc les gens se mettaient-là puis on discutait ...

Les tribuns avaient un droit de veto sur les lois du sénat à la suite de la grève de -494 où le peuple se retire sur l'Aventin et dit aux patriciens : « puisque vous êtes si malins, débrouillez-vous pour faire tourner la cité ! » Bon, je vais pas me lancer là-dedans parce que ça m'amène quand même à ma vision de la société qui sera TOUJOURS traversée par des contradictions et nous ne devons pas rêver d'une société où tout le monde est d'accord. Ce n'est pas un rêve, c'est un cauchemar !

Nous devons au contraire rêver d'une société où tous les points de vue divergents s'expriment parce que c'est comme ça qu'on est plus intelligent à la condition d'accepter la décision. Mais après vous me dîtes « démocratie directe ou démocratie représentative » ? Chaque fois qu'on peut pratiquer de la démocratie directe, il le vaut mieux.

Mais moi, je ne sais pas le faire, peut-être que les Constituants sauront. Peut-être que c'est moi qui manque d'imagination parce que je suis un homme daté par une histoire Par contre, je sais ce que moi je proposerai. J'ai essayé de réfléchir à l'idée.

Comment maintenir la stabilité des institutions qui est nécessaire parce qu'on ne fera croire à personne qu'on fait vivre une société en assemblée générale permanente. Bon, ça c'est un rêve, absurde en plus. Qui a envie de faire de la politique du matin au soir, tout le temps, toute la vie, enfin c'est fou cette histoire.

Non ! Donc on a besoin à la fois d'institutions qui garantissent la stabilité et une délégation. Mais on a besoin d'une intervention populaire TOUJOURS POSSIBLE.

Et c'est comme ça qu'est venue l'idée du référendum révocatoire qui s'applique dans 2 ou 3 états des États-Unis, qui s'applique au Venezuela, qui s'applique je sais plus où encore -Quelques cantons en Suisse. Oui voilà ! Ça se passe comme ça.

On fixe le nombre...Alors c'est vrai pour un élu local, un conseiller général, un maire ou le président de la République lui-même.

Et on dit ben, si y a 5% du corps électoral, ou je sais pas combien, je dis n'importe quoi, un million de signatures. Vous mettez votre signature, vous mettez votre numéro de carte d'électeur, et quand il y en a un million, il y a une commission qui suit ça, allez hop, le référendum a lieu. On demande aux gens « est-ce-que vous voulez garder Mélenchon ou bien est-ce-que vous le renvoyez à la maison ? » Ca c'est le référendum révocatoire.

Cette idée du référendum révocatoire nous permet de marier de manière rationnelle la possibilité d'intervention permanente du peuple ET la stabilité des institutions. Avec la pression aujourd'hui des lobbys, avec le poids d'internet dans la capacité à rassembler les gens, vous n'avez pas peur que ça rende la France ingouvernable ? Non parce que c'est toujours l'idée que le peuple serait une masse confuse et irresponsable.

Ce n'est pas vrai. Dans les formes de démocratie bien sûr que tout ça va changer beaucoup. Voyez-vous, la structure du mouvement que j'ai créé, nous sommes deux à avoir créé un mouvement plutôt qu'un parti : M.

Macron de son côté avec ses propres méthodes et moi du mien avec mes méthodes. Ce dont nous nous apercevons, c'est que lorsque le système se met en dynamique, c'est-à-dire lorsque le réseau se constitue, nous sommes 317 000. Les niveaux d'engagement des personnes varient suivant les moments et si vous laissez cette liberté se produire, vous avez en permanence un très haut niveau d'intervention très large.

Par exemple, dans le réseau de la plate-forme JLM2017, parmi tous ceux qui contribuent il y a un groupe qui s'appelle Discord Insoumis, qui ont pris l'application Discord et qui ont fait un outil qui participe d'une manière absolument spontanée à ma campagne, je dis ils font ce qu'ils veulent. Bon, on pourrait dire « ah la la mais où vous allez ? Ils font ce qu'ils veulent, vous donnez pas de consignes? » Ben, non.

Et, or je constate que nous n'avons jamais eu une divergence. Pourquoi ? Parce que nous partageons une culture.

Et le peuple français, ben c'est souvent la remarque que je fais à des copains qui n'arrivent pas à s'y faire, c'est qu'on peut pas parler du peuple français et de sa capacité d'intervention politique comme on le faisait au XIXe siècle ou même au XXe siècle. Quand j'étais au collège, à 14 ans les garçons et les filles partaient en apprentissage ou quittaient l'école. Parce que l'école obligatoire jusqu'à 16 ans c'est assez récent.

Moi je propose de le faire jusqu'à 18. Ils partaient en apprentissage. Aujourd'hui nous sommes à 80% d'une génération à peu près au niveau du bac.

Alors évidemment tous le monde est là en train de jeter des grosses larmes : « c'était toujours mieux avant », mais c'est pas vrai. « Alors c'était plus sérieux », non, c'était un truc de classe, beaucoup plus étroit. Mais le niveau général de culture du peuple français s'est considérablement développé, en plus y a une espèce de formation permanente par la télé.

D'accord, elle est pourrie, d'accord, c'est dégueulasse, c'est des spectacles de violence et c'est des mensonges partout. Mais y a aussi des très belles choses, et les gens sont capables aussi de faire le tri. Donc, moi je pars d'un parti pris de confiance.

La confiance, ça fonctionne si, quand vous formez la société, les valeurs que vous lui transmettez, c'est d'abord les valeurs culturelles et humanistes. Si je m'adresse à chaque jeune gens, comme le dit je-ne-sais-trop-qui qui veulent apprendre les valeurs de l'entreprise à l'école primaire, qu'est-ce que c'est que ce truc ? C'est quoi les valeurs de l'entreprise ?

Ou ceux qui disent « il faut aller en entreprise pour comprendre l'esprit de l'entreprise ». Mais c'est des gens qu'ont jamais foutu les pieds dans une entreprise, ils croient quoi ? Que ça suinte des murs ?

Une entreprise c'est un collectif de travail. Si vous savez faire marcher la machine, quelle qu'elle soit, ben vous avez besoin de sciences, vous avez besoin de, bref, vous savez tout ça. Mais moi je rajoute quelque chose, vous avez besoin de culture, de sport, vous avez besoin d'art.

C'est-à-dire vous perfectionner en tant qu'être humain. Pas en tant que pion dans un système ! Avoir bon cœur, alors il faut tout mettre en norme comptable aujourd'hui, mais c'est mieux d'avoir des gens qui ont bon cœur que des brutes qui s'occupent que d'eux.

Parce que si nous avons survécu pendant 200 000 ans, c'est que ceux qui étaient solidaires des autres ont survécu, les autres sont morts et on n'a plus leurs enfants dans les pattes. Donc on s'est transmis les gènes de « je m'occupe de l'autre ». Toute l'humanité, quel que soit le lieu dans le monde, si un enfant tombe, tout le monde s'avance pour l'empêcher de tomber.

TOUT le monde. Sauf un ou deux barjots peut-être qui ne s'en rendent pas compte. [rires ] Et à l'inverse, les rapports changent quand c'est un adulte.

C'est vous dire que nous sommes profondément matricés par des valeurs de solidarité. Et la nécessité de les introduire est la meilleure garantie politique qu'on a. Elle n'est pas seulement dans les institutions, elle est dans les êtres.

Et ça aujourd'hui on peut pas le dire parce que. Enfin si, on peut le dire, parce qu'en général, les gens sont d'accord avec moi, ils se demandent comment ils ont pu supporter un système aussi absurde. Pour finir, sur la question des institutions, après on pourra plus parler de l'humain si vous le souhaitez.

Pour finir, sur la question des institutions, après on pourra plus parler de l'humain si vous le souhaitez. On a bien compris que le premier axe de votre programme, est de redonner sa souveraineté au peuple pour qu'il s'affranchisse de ce que vous appelez une oligarchie. -Et le second axe de votre programme … -J'appelle ça l'oligarchie parce que ça existe, hein ! -Oui, oui.

Neuf milliardaires possèdent 90% des médias, c'est un fait, c'est pas un truc idéologique hein ? Enfin le résultat est idéologique, y a qu'à voir la télé. Et 8 personnes sur Terre posséderaient à peu près la même chose que la moitié de l'humanité, donc c'est vrai que y a beaucoup de choses à dire.

Mais pour revenir sur la question des institutions, le second axe de votre programme qui est toujours lié à l'insoumission c'est que la France s'affranchisse des règles de l'Union Européenne qui selon vous est trop germano-centrée Vous avez résumé votre position sur l'Europe en une formule choc : « l'Europe, on la change ou on la quitte ». Donc pourriez-vous pour ceux qui dans la salle ne connaissent peut-être pas le détail de cette proposition, nous rappeler rapidement, parce qu'après on aura un autre sujet à couvrir, votre stratégie en 2 temps, plan A ou plan B ? D'abord merci d'avoir dit « c'est une formule », hein.

Ça manque de nuance, on la change ou on la quitte. Mais je ne me positionne pas comme quelqu'un qui a un schéma abstrait dans la tête et qui le propose aux autres. Je m'exprime comme quelqu'un qui se dit « je vais être élu ».

Et donc je suis déjà entré dans la phase suivante, celle où il y a un rapport de force qui va s'établir. Évidemment avec la principale puissance, c'est l'Allemagne et en réalité avec le gouvernement allemand. Le gouvernement allemand se comporte d'une manière totalement rationnelle, c'est ça que je ne cesse de dire, parce que l'intérêt du gouvernement allemand actuel, c'est la droite CDU-CSU, elle est assise sur une population vieillissante qui se paye ses retraites par capitalisation, il s'en déduit des exigences à l'égard du système économique : Que les salaires ne soient pas trop élevés pour que les dividendes soient les plus élevées possibles pour payer les capitalisations.

Et que l'euro soit le plus fort possible pour acheter à moins cher possible ce qu'on importe. Donc c'est complètement rationnel et ça correspond à un type de société. Nous, on est dans une situation exactement inverse : on est un des peuples les plus jeunes d'Europe, et nous serons bientôt les plus nombreux.

Donc nous, nous nous avons besoin sans cesse de plus d'investissement, d'équipement public, à notre manière de vivre à nous qui est que, par exemple, les femmes comme les hommes participent totalement à l'emploi. C'est pas le cas en Allemagne, les proportions sont pas les mêmes et il y a une culpabilisation des femmes qui est faite en Allemagne. On les appelle les « mères-corbeaux » quand elles travaillent, parce qu'elles abandonnent leur enfant, ça donne des résultats absolument incroyables dans la psychologie collective.

Donc comment va-t-on faire ? D'abord il faut avoir un diagnostic sérieux. Le système est vicié, pas parce que c'est l'Europe, moi j'ai défendu l'Europe les 3 quarts de mon existence politique -en tant qu'idée.

J'ai même cru au traité de Maastricht. Avant de m'apercevoir que ça ne se passait pas comme prévu et que c'était l'inverse qui se produisait. Et j'ai donc voté « non » en 2005 en REFUSANT la constitutionnalisation, de quoi ?

De l'interdiction de l'harmonisation sociale et de l'interdiction de l'harmonisation fiscale. Je prend que ces 2 points-là. Je pourrais prendre le statut de la Banque Centrale Européenne qui ne s'occupe que de la stabilité de la monnaie, franchement quelle trouvaille ?

Ni de l'emploi ni du bien-être social. Mais si vous interdisez l'harmonisation sociale, vous organisez le dumping. C'est mécanique.

Et d'ailleurs, ça a été fait de manière cynique. Le précédent président de la commission, qui est maintenant un agent de la banque Duchmoll-là Goldman ? Barroso ?

Qu'on a reçu aux Mardis … Oui on disait « il parle 9 langues pour ne rien dire ». C'était extraordinaire à voir, le numéro de ce type. En attendant, ce Barroso a dit cyniquement « ils se paieront leur développement en attirant les capitaux et les usines ».

Donc on a organisé les délocalisations comme un moyen de développement des pays qui étaient en retard et ça vous donne qu'une délocalisation sur 2 a lieu en Europe. Et pareil quand vous faîtes, vous interdisez l'harmonisation fiscale, vous permettez à un bandit de grand chemin comme M. Junker pendant des années d'organiser son pays comme un paradis fiscal, négociant directement avec les grandes entreprises la contribution qu'ils paieraient aux impôts et qui s'est fait sur le dos de tous les autres.

De tout le reste de l'Europe. Donc c'est ça, c'est ce mécanisme mortifère que je voudrais briser. Donc je commence par dire, on change, j'explique pourquoi.

Mme Merkel, si c'est elle qui est élue va avoir la surprise de sa vie parce que pour la première fois elle verra un président de la République Française qui va lui dire autre chose que « oui Madame, où est-ce qu'on signe ? » [ rires ] Donc elle va tomber sur quelqu'un qui lui dira « ben non Madame, on peut pas continuer comme ça, c'est pas par méchanceté, mais on peut pas, voilà c'est tout, on est nombreux, il me faut tant de milliers d'écoles, il me faut tant de milliers de profs, il me faut tant de milliers de ceci et de cela, qu'est-ce que vous voulez, ça va me coûter tant et avec votre histoire de 3%...

Me dîtes pas à moi, un français, que 3% c'est sérieux, c'est nous qui l'avons inventé les français, un inspecteur des finances, M. Abeille, alors les allemands avaient dit 5%, alors nous on a dit -alors à l'époque ça marchait très bien pour nous- on a dit « ah ben non, ça sera 3% » pour faire les malins, les plus rigoureux que les autres. Résultat maintenant on est enfermé dans une boîte dont on peut plus sortir.

Donc plan A, on discute : 1 stop à l'interdiction d'harmonisation sociale, on organise l'harmonisation sociale Toutes les formes de compétition par dysharmonie sociale, nous les interrompons ! Par exemple, moi je donnerai l'exemple : plus un seul travailleur détaché en France ! Et alors cette discussion, elle se fait dans le cadre des actuelles institutions européennes, c'est la différence fondamentale avec le programme de Benoît Hamon, qui lui propose de faire les renégociations via une assemblée parlementaire de la zone euro qui serait [ JLM: "Oui" ] dédiée : pourquoi est-ce-que ça ne vous convient pas ?

Alors quelques uns de mes amis trouvent que c'est une bonne idée, moi je trouve que c'est pas une bonne idée et je vais vous dire pourquoi, ça n'a rien à voir avec M. Hamon parce qu'en réalité l'idée c'est M. Hollande qui l'a eue le premier en juillet de l'année 2015.

Il avait fait 2 propositions : un gouvernement de la zone euro et un parlement. Bon, l'un et l'autre oublient de dire pour quoi faire. C'est intéressant mais pour quoi faire ?

Quels seraient les domaines de compétences ? Je vous signale qu'on aurait donc un 2ième parlement européen, un 2ième président d'un parlement,et en plus un gouvernement de la zone économique. Uniquement pour la renégociation des traités et en particulier, lui il cible l'harmonisation fiscale et sociale, c'est tout Alors non, c'est pas tout à fait ça mais peu importe, admettons que ce soit ça.

Moi je trouve épouvantable comme idée qu'on aille faire une assemblée de la zone euro, déjà nous sommes 19 dans la zone euro, nous sommes 28 dans l'Union Européenne, que font les autres ? Ils attendent à la porte ? On peut dire, ils attendent à la porte, c'est tout , c'est comme ça.

Mais ce n'est pas tout à fait l'idée qu'on s'en faisait, fallait pas les faire rentrer si c'est pour les traiter comme ça. Personnellement j'étais pas pour qu'ils rentrent. Je trouve qu'avoir fait rentrer 10 pays d'un coup dans l'Union Européenne a été une erreur catastrophique puisqu'on n'a pas mis en même temps les institutions mais ceux qui l'ont fait savaient que comme il y en avait 10 d'un coup qui rentraient y aurait jamais d'institutions communes.

Donc premièrement c'est accepter l'idée d'une Europe avec ceux qui dominent -racontons pas d'histoire- on dit l'Europe à plusieurs vitesses -mon œil – ça existe déjà. Schengen c'est une Europe à plusieurs vitesses. L'euro c'est une Europe à plusieurs vitesses.

Là c'est clairement : il y a un dominion et les autres. Ensuite qu'est-ce qu'elle va faire ? Est-ce-qu'on change tout de suite le statut de la banque centrale européenne ou pas ?

Parce que sinon ça sert à rien tout ce cirque-là. Et enfin, il me semble que on est train d'installer l'idée que c'est l'Europe du fric. Et à côté on a en même temps l'Europe de la défense.

C'est pas la bonne méthode. La bonne méthode c'est de s'accorder en intergouvernementale pour dire on fait une autre proposition, sinon ce n'est pas la peine d'aller s'enfouir dans je-ne-sais-quelle assemblée où on va discuter pendant des heures pour ne rien faire. Moi j'ai pas de temps à perdre.

Il faut redresser la façon d'organiser notre pays et pas seulement redresser mais le faire complètement bifurquer sur un autre modèle économique qui est celui de la transition écologique. Donc pas de temps à perdre. Je pense que nous pouvons convaincre.

Alors ça, c'est moi Mélenchon qui vous dis ça. Plusieurs de mes copains, de mes amis, de mes conseillers disent « y a aucune chance qu'on arrive à convaincre qui que ce soit il faudra donc s'en aller ». Ah ah Oh oh oh On commence d'abord par essayer, hein ?

Non mais parce que je dis à tout le monde : j'ai pas peur. J'ai bien dis « sinon la quitte » ! Je vais vous dire maintenant comment on pourrait le faire, mais on commence d'abord par être responsable.

Ce n'est pas rien que de dire « on mettrait fin SANS retour à la situation actuelle ». Ce serait aussi un grand chaos européen. Parce qu'à chaque fois on parle du niveau de la dette en France, de ceci, de cela, non non mais moi je vous parle du continent !

Si nous fracassons tout, nous irons direct à la guerre, c'est inscrit dans l'histoire. Déjà que c'est très tendu dans le moment. Donc on essaye de régler le problème comme ça.

Mais sinon on va pas mourir pour je-sais-quoi, pour dire « ah ben oui, finalement laissons la France se vider de son industrie, les travailleurs détachés : mais pourquoi pas ! » Et ainsi de suite. Non.

Donc on devra s'en aller, mais la TACTIQUE a de l'importance. On part avec ceux qui sont d'accord avec nous, et on fait autre chose. La France n'est pas liée, pieds et poings liés, à l'Union Européenne, aux Pays Baltes, à la Lituanie, à l'Estonie et à la Lettonie.

Ce n'est pas vrai. Nous avons d'autres environnements possibles. L'Europe de la Méditerranée, c'est pas rien.

La francophonie politique, c'est pas rien. La France n'est pas le dos au mur, souvent dans son histoire, elle l'est, et puis nous sommes le bout du continent. On a intérêt à faire attention.

Depuis les Habsbourg, tout ça, on n'a jamais laissé faire, on a toujours fait des alliances de revers. Comme ça, ça crée une ambiance de travail. Et ça nous dés-encercle.

Vous me comprenez. Il ne faut pas avoir peur mais il faut s'appuyer sur la puissance de la France. Ma stratégie révolutionnaire elle est à 2 temps, et pour ça c'est bien que vous l'ayez fait apparaître dans vos questionnements.

Un : la Constituante. Deux : le poids de la France dans la relation européenne. Parce que nous sommes la 2ième économie du continent.

Et la première population, bientôt. Donc. Je suis pas mon camarade Tsipras, qui d'une part est pas bien malin, et d'autre part c'était 2% de l'économie européenne.

Nous : 18% ! On fait rien sans nous, tout le monde le sait. Si les français s'en vont, il n'y en a plus d'Europe.

Donc on est fort. On est en état de dire « écoutez, si vous voulez qu'on reste, rendez-nous la vie possible ! » Et à ce moment-là, on peut commencer à avoir une marge de manœuvre.

Donc dans mon esprit, je dis aux français, à ceux qui m'écoutent, à mes amis : Le monde c'est pas bisounours. C'est comme dans la société française, on vote, on tranche, mais on tranche entre des forces, entre des points de vue contraires. Faut pas avoir peur de ça.

Je termine en vous disant : ce qui est puéril, c'est de croire qu'il n'y a pas de conflit. Ce qui est puéril, c'est de croire que papa et maman sont des anges qui n'ont pas d'autre relation que des relations angéliques. Les enfants pensent ça.

Le monde est fait de rapports de force. Sont faits de tensions, de violence. Notre sujet c'est de transposer ces violences pour qu'elles se règlent pacifiquement.

Donc croire qu'elles n'existent pas, C'EST s'exposer à la violence. A l'heure actuelle c'est l'Allemagne qui domine le rapport de force, mais votre idée... qu'est-ce qui nous empêche de croire que c'est pas substituer une Europe gallo-centrée à une Europe germano-centrée ?

C'est pas remplacer une Europe centrée sur l'Allemagne par une Europe centrée sur la France ? Puisque vous voyez, vous l'avez dit … Oui ben , la différence c'est que c'est nous, quoi. [ rires ] Ben oui mais est-ce-que ça va convaincre l'Espagne, l'Italie ?

Non. Mais moi, c'est pas ça que je ferai. Mais vous avez raison, parce que c'est une question qui...

Un responsable politique est obligé de se poser la question que vous posez. Parce qu'avant de prendre une décision pareille, moi jusqu'à présent j'ai expliqué à mes conseillers, on discutait de tout ça. Mes conseillers : c'est un grand mot.

Des conseillers, c'est des professeurs donc on parle. Et moi je leur disais : les allemands, eux, discutent d'une alternative à l'Union Européenne. Schäuble, son directeur de cabinet, qui est un personnage considérable, a mis sur la table l'année 2010, une discussion pour savoir si ça valait la peine de continuer.

Et s'il fallait pas couper en 2, avec une Europe du sud et une Europe du nord. Plusieurs disaient : « ils n'oseront jamais faire ça ». Parce que bien sûr, ils ont préparé le terrain, il n'y a plus une industrie tchèque en Tchéquie.

Tout est allemand. Et ainsi de suite, je ne vous fais pas le tableau du tour de l'Europe. Donc bien sûr qu'ils ont une sorte d' interland qu'ils dominent et qu'ils dominaient déjà avant.

Mais s'ils venaient à se séparer des autres...

De leur fait à eux, hein ? Pas de notre fait à nous. S'ils le décidaient, ils auraient tout d'un coup une monnaie, le mark ou l'euro-mark, qui ferait un bond, qui serait réévaluée d'une manière telle, que ce serait asphyxiant pour l'économie allemande.

Donc pendant longtemps, je me suis dis : ils n'oseront pas le faire. J'en suis un peu moins sûr. Parce que la Suisse a déverrouillé son plancher entre le franc suisse et l'euro, et le franc suisse s'est envolé de 20 et puis 30%.

Et qu'est-ce qui s'est passé ? Rien. Donc j'ai pas encore compris pourquoi il s'était rien passé mais normalement ils auraient du crever sur pied.

C'est pas ce qui s'est passé. Donc oui, ce risque existe mais je vous demande d'y réfléchir dans l'autre sens. Est-ce-que, si vous supposez qu'ils sont en train de le faire, qu'est-ce qu'on fait ?

On reste comme ça et on attend qu'ils aient fini de nous dire ce qu'on doit planter, la quantité de patates qu'on aura, on a connu...

Y en a d'autres qu'ont essayé de nous faire faire ça. Oui, oui, oui, oui. Oui, non, mais c'est ça l'impérialisme, que voulez-vous.

Des fois vous êtes puissants, nous aussi , les français, on a envahi tout le monde, hein. Oui on n'a pas laissé que des bons souvenirs mais des fois, si. Bon.

C'est comme ça, l'Europe a toujours échoué sur la même chose : elle a été faite sans les peuples. Mais donc, si nous français, nous faisons une proposition, c'est nécessairement une proposition vertueuse. C'est-à-dire une proposition BONNE pour tout le monde.

Écoutez faut vous rendre compte. 500 000 jeunes sont partis de Grèce ! A cause du traitement qu'on a fait subir à la Grèce.

Vous avez 600 000 jeunes espagnols ! Parce qu'on parle tout le temps des immigrés qui rappliquent, on montre les images et tout, mais nous aussi on fout le camp de partout. Les allemands : 25 000 jeunes par an !

Qui quittent l'Allemagne qui parait-il est un paradis. Et encore chez nous, on n'a pas trop de statistiques mais faut aussi qu'on se pose la question. Donc ça ne peut plus durer comme ça.

Alors je pense que mon modèle...

Moi ce que je veux qu'on sache quand on a affaire à moi, c'est que j'ai la tête pleine de notre histoire. On l'a bien compris. -J'ai peur de rien. -On l'a vérifié.

Non mais d'accord, attendez, tout le bassin méditerranéen c'est notre affaire. Et là dedans il y a 100 millions de personnes qui parlent français. La francophonie politique ça peut aussi être un objectif.

A bon entendeur salut, pour ceux qui m'écoutent. En tout cas , merci. On a bien compris votre vision sur l'Union européenne et le fait que le plan B devait être compris dans la dynamique du rapport de force.

On a abordé des sujets primordiaux avant de passer au reste des thématiques, évoquées notamment dans votre livre, on va prendre quelques minutes de respiration. Il fait chaud ici. Avec le traditionnel « petit jeu des mardis ».

Donc le principe est simple : plusieurs questions sur le principe d'un portrait chinois, des réponses rapides, rien de bien compliqué. Est-ce-qu'on y va ? C'est très simple, par exemple, je vais vous poser une petite question -il faudrait qu'on ait un retour écran.

Là on voit rien. On voit rien. Bon, je vais vous poser une petite question pour que vous compreniez le principe.

Si vous étiez une couleur vous seriez plutôt : le rouge, couleur du courage, de l'honneur et de toutes les luttes révolutionnaires ? Le vert, sa couleur complémentaire, symbole de vie, de nature mais aussi d'espoir ? Ou le marron, qui est un mélange des 2, mais pas très heureux ? [ rires ] Oh c'est pas vraiment un grand choix,là.

On va dire « rouge » [ tap tap sur le micro ] mais j'aimerais bien « terre de Sienne ». -Le micro. -Donc dans l'éco-socialisme, vous tendez vers le rouge. -Le micro M.

Mélenchon. -Ah pardon, oui. -Si vous étiez, si vous étiez un écrivain du Xxe siècle. -J'ai dit le rouge terre de Sienne, c'est la couleur de la France Insoumise. -Parfait. -Bleu azur... -C'est plutôt jaune la terre de Sienne. -Ah non !

Jeune homme. -Ah ben... -Ah ben non, terre de Sienne c'est pas jaune. -Venez voir, je vous montrerai de l'ocre... -Vous avez jamais été en Toscane... -...vous verrez. -...ma parole. -ben écoutez je vous en enverrai, un petit sac de terre de Sienne. -D'accord.

Alors, si vous étiez un écrivain du XXe siècle : est-ce-que vous préféreriez être Louis-Ferdinand Céline ? Qui est un brillant rénovateur du style romanesque [ rires ] Mais un homme controversé, on a bien compris. Marguerite Duras ?

Pour son exploration des avant-gardes littéraires et cinématographiques. -Ou Romain Gary ? Ah oui... -Marguerite Duras.

Sans hésitation. -Romain Gary...héros de guerre, diplomate... -Et c'est moi qui aurait écrit les mémoires d'Adrien, comme ça … -Ah très bienµ. -...ce serait réglé pour toujours.

Ah non, excusez-moi. -Marguerite Yourcenar... -non, non, je l'ai confondue avec l'académicienne, non non, recommencez la liste.

Non, non, recommencez. -Duras, Céline... -J'ai confondu avec Marguerite... -ou Gary. -Yourcenar. -Yourcenar, c'est intéressant aussi. -Non pas Duras, ça va … c'est qui les autres ? -Romain Gary. -Plutôt, hein ? -Pas mal, hein ?

Maintenant, si vous étiez un dirigeant d'Amérique latine, vous seriez plutôt [ brouhaha rires ] Vous n'avez même pas entendu la question. Je suis sûr que vous serez surpris par la première option. Est-ce que vous seriez plutôt José dit Pepe Mujica ?

Ex guerillero emprisonné et torturé parce qu'il luttait contre la dictature et qui, quand il a été élu à la tête de l'Uruguay, a renoncé à son salaire présidentiel et a mis en place des réformes sociétales. Est-ce-que vous seriez plutôt Lula ? Leader charismatique du mouvement ouvrier, figure de la gauche qui a réussi à arracher, vous l'écrivez dans votre livre, des millions de brésiliens de la pauvreté.

Pas exempt toutefois de soupçon de corruption. Ou est-ce-que vous seriez plutôt Hugo Chavez ? Qui a mené la révolution bolivarienne par les urnes, promulgué une nouvelle constitution, mené des programmes sociaux avec des pétrodollars et bon, même s'il laisse le Venezuela aujourd'hui dans une situation économique critique, vous y faites souvent référence. -La difficulté c'est que je les connais tous les 3... -Et vous les aimez tous.

Ben j'ai été lié personnellement, alors y a des gens y a rien qui les impressionne. Mais moi si ! Bien sûr que j'ai de l'affection pour eux...

Bon Lula, j'ai quand même un problème avec lui, il est tout le temps flanqué là de son confesseur, moi ça me saoule. Mais bon, la théologie de la libération a joué un très grand rôle, le christianisme, la théologie de la libération, a joué un très grand rôle dans l'unification du mouvement révolutionnaire au Brésil. Alors après Chavez, c'était une situation tellement hors du commun.

Le personnage était tellement... lui aussi hors du commun.

Évidemment la fascination... en plus ça va me porter chance, il m'a fait s'asseoir dans le fauteuil où il a fait asseoir tous les autres qui avaient été élus.

Donc je pense que c'est bon, là. Il me manquait l'ESSEC parce qu'il paraît que tous ceux qui sont élus passent ici. J'ai moi-même touché le trône de Saint Pierre, j'ai toute la panoplie ce coup-là.

Mais je crois que j'aime Mujica parce que -c'est le président de l'Uruguay- juste un mot pour lui. La première fois que j'ai rencontré cet homme, l'ambassadeur qui était très frivole me dit : « ah c'est formidable, il a discuté toute la soirée. Parce que vous savez que des fois, il écoute plus rien ni personne, il est ailleurs. » Je dis ben oui quand même, il vaut mieux. « Ah bon, pourquoi ? » Ben vous savez ce qu'il a vécu. « Oui vous avez raison ».

Qu'est-ce qu'il a vécu ? Je ne sais pas si vous savez. C'était un guérilleros donc, honnêtement il a pas distribué des bonbons hein ? [ rires ] Donc euh c'était l'époque.

Les Tupamaros, c'était les guerillero urbains d'un genre...tout à fait extraordinaire.

Et Pepe a été capturé, il s'est pris 6 balles dans le corps, il en encore 3 et ils ont mis 12 types dans des puits. Et Pepe est resté 6 ans dans un puits. Et la moitié du temps, la flotte...montait.

Donc ce type a une force, les autres sont devenus fous. Il y en a 2 qui sont sortis à peu près sains d'esprit. Dont Pepe.

Et il est ressorti de là-dedans, et pour moi... c'est un homme de … je ne sais pas vous dire ce que c'est.

Comment on survit à un truc pareil et comment après on reste assez ouvert et altruiste, pour continuer le combat. Et il l'a continué, et dans quelles conditions. Il a fini par être réélu et il y a une image magnifique de lui : il est élu et il passe en revue un bataillon de militaires, qui devait autant avoir envie de lui tirer dessus pour régler les comptes du passé que lui-même.

Et tous ces gens ont dominé la violence qu'il y avait dans la société pour passer à autre chose. Et lui est devenu une sorte de philosophe que moi je suis en train de devenir c'est-à-dire il vient à une réunion, raconte ce qui lui passe par la tête, vous essayez de lui faire un plan ça sert à rien, et ainsi de suite. -Et aujourd'hui il vit tranquillement... -...je l'admire... -...dans la campagne de Montevideo.

J'aimerais être comme lui. J'aimerais être comme lui. Une fois, il avait la moitié de la figure toute noire.

Je lui dis : mais qu'est-ce qui vous est arrivé ? Alors il me dit « ben comme j'habite chez moi, y avait du vent, je suis allé aidé mon voisin et j'ai pris une tuile dans la figure ». Bon.

C'est le président de la République qui aide son voisin à refaire son toit. J'aimerais être cet homme-là. - Voyez, vous êtes surpris tous ceux qui ont dit « Chavez ».

Alors si vous étiez une œuvre d'art. C'est le moment de venir à La Liberté guidant le Peuple. Donc, vous seriez La Liberté guidant le Peuple ?

A priori non. Le Penseur de Rodin ? Pour la réflexion philosophique poussée, peut-être un petit peu, au détriment de l'action.

Ou Guernica de Picasso ? Qui représente l'indignation nécessaire, devant le malheur. - JLM: Oh !

Guernica c'est terrifiant. Pauvres gens, bombardés comme ça, tués, assassinés en masse. Pouh ! - JLM: Non, déjà pas ça, c'est trop sinistre.

Après j'ai le choix entre … - Delacroix et Rodin. Delacroix on a compris que c'était pas votre favori. - JLM: Non mais parce que j'ai fait une critique de Delacroix : tout le monde était comme ça, disant « c'est un progressiste ».

Mais pardon, La Liberté guidant le Peuple, elle est à moitié dépoitraillée : expliquez-moi pourquoi une femme doit être à moitié nue pour guider le peuple. Et en cheveux. Et ensuite y a un gamin à côté... [ applaudissements ] -C'est un symbole, une figure de l'Antiquité... -Y a un gamin à côté avec 2 revolvers... [ applaudissements ] -... la statuaire de l'Antiquité. -Vous avez vu le gamin avec les 2 revolvers ? -Une espèce de Gavroche à côté, là. -Sauf que Gavroche existe pas au moment où il fait la toile, parce que Victor Hugo la raconte après.

Et puis au 1er plan, vous avez un type... -C'est quand même un mythe de la barricade récurrent... le petit garçon... -Oui d'accord mais ça c'est le mythe de nos ennemis... -...indépendamment de Victor Hugo. -... vous allez voir.

Au premier plan, vous avez un type qui a perdu son pantalon. On voit ses poils. Qu'est-ce qu'il était en train de faire pour être à poil et se prendre une balle?

Donc clairement, il y a une manière de montrer le peuple dans sa bestialité. Et puis au 2ème plan, alors là, vous avez un type avec son haut-de-forme...

Il a son petit sabre, il est tout propret : tiens, voilà le bourgeois qu'est là. Et en réalité, la Liberté elle guide le peuple mais c'est le bourgeois qui commande. Pas question ! -Donc il me reste quoi comme truc ? -Il vous reste Rodin.

Alors bon, on va faire Rodin mais franchement : pour réfléchir comme ça... [ rires ] C'est le tour de rein garanti.

Bon, on va faire Rodin. [ applaudissements ] - Alors une question un peu plus triviale. -On va parler de sport puisque, quand on parle... -De quoi ? -On va parler de sport ! [ rires ] -Qu'est-ce qui a sur l'écran ? -Quand on part -je vais y venir- quand on part à la retraite à 60 ans et qu'on travaille que 32 h par semaine, on va faire beaucoup de sport.

Et notre question est simple : si vous étiez un sport de droite. Vous seriez plutôt le golf ? Ça détend même si c'est pas très écolo.

J'ai un prof frère de golf -pardon : un frère, prof de golf. [ rires ] Excusez-moi, la fatigue commence à... passer sur le bonhomme.

Ce que vous ne voyez pas, c'est qu'on a mis les propositions avec 3 photos. Donc associée au golf, il y a une photo de Trump qui joue au golf. Le 2ième sport que vous pourriez être, c'est l'équitation.

Là, y a une jolie photo de Sarkozy sur son canasson. C'est quand même un des rares sports où les hommes et les femmes concourent à égalité. Et le 3ièmet, c'est la chasse.

Loisir royal par excellence, il faut parfois savoir être dur pour guider son peuple. Et Poutine la pratique. Non, la chasse je pourrais pas.

Bon, le golf, j'ai vu souvent des gens qui s'estropiaient en faisant ça. Je suis pas sportif, mon sport à moi, c'est la course à pied dans les escaliers du métro. Mais le cheval, ça me plaît.

J'en ai eu fait donc, je pourrai en plus me balader avec M. Sarkozy et si Mme Bruni est là, ce sera parfait. [ rires ] [ applaudissements ] (on va rater la blague) - Dernière question, dernière question, on termine.

Si vous étiez un film, vous seriez Hôtel du Nord de Marcel Carné ? Un film sur le petit peuple de Paris et sa langue merveilleuse. Vous seriez La Guerre des Étoiles ?

Parce que Hollywood c'est quand même pas mal, vous appréciez la science-fiction. -Ouais mais je supporte pas l'aspirateur-là. -R2D2 ? [ rires ] -Il m'exaspère.

Et la blonde-là... -Ou est-ce que vous seriez... -On dirait le type de l'Ukraine, là, ça me... -D'accord. -...révulse !

Ou vous seriez, dernière possibilité, Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? Film assez récent, à succès, qui se joue un peu grossièrement de clichés racistes. Non, ben non, c'est exclu.

Là, Hôtel du Nord. Moi, j'aimerais mieux être Blade Runner, vous l'avez déjà vu ? -Non, malheureusement. -Whouaouh !

D'abord c'est du K. Dick, c'est un génie de la science-fiction, enfin on met ça dans la science-fiction mais c'est un génie tout simplement ! Et puis on met du temps à comprendre que c'est une allégorie.

Les beaux robots veulent arriver à arranger leur plan pour vivre plus longtemps. Et leur créateur dit « pourquoi vous voulez savoir ça, tout le monde meurt ». Non, c'est superbe, allez voir ce film si vous avez encore la possibilité de le voir, c'est de Ridley Scott.

Ce serait plutôt mon film fétiche. - Parfait. Merci beaucoup d'avoir participé à notre petit jeu, ça fait une respiration. - Je veux bien qu'on continue, ça m'amuse, je suis pas obligé de faire des efforts intellectuels. - On pourrait continuer comme ça longtemps... alors une autre question, puisque vous l'avez demandé.

Mais attention parce que si on vous pose d'autres questions, c'est risqué. On sait pas ce qu'il y a derrière. - C'est quoi celle-là ? -Alors si la droite française était un jeu de société ? -Le Monopoly ! - Pas mal, on y avait pas pensé. [ rires applaudissements ] Bon dans ce cas-là je continue.

C'est la dernière. Selon vous, la gauche française en chanson, c'est plutôt : Brassens ? Mourir pour des Idées.

Dalida ? Paroles, Paroles, Paroles [ rires ] Ou la Fouine ? Je L'Aime Quand Même. [ rires ] Hin, hin, hin.

Oh attends, ça s'appelle une injonction paradoxale. Quoi que tu dises c'est une connerie. Pardon. [ rires ] Je sais pas vous dire, moi.

Mourir Pour des Idées, fait partie de ces registres de chansons de Brassens -que j'adore, hein ? Mais qui quand même hein ? Mourir Pour Des Idées, d'accord mais de mort lente.

Juste un truc qui me plaît, un vers dedans qui dit... ( chanté ) « le sage en soupirant tourne autour du tombeau ».

Etc etc. Ça ça me plaît. Le gars, il a des tas de grandes idées mais une fois qu'on doit mourir... - Et est-ce que vous êtes d'accord avec cette phrase de la chanson « en rendant l'âme à Dieu, c'est bien de constater, qu'on a fait fausse route, qu'on s'est trompé d'idée » ? - Ben c'est justement ce avec quoi je suis pas d'accord chez Brassens. -Vous savez, il a aussi fait l'Oncle Jim et l'Oncle je-sais-pas-quoi... -Les Deux Oncles. - Il y a des très belles choses de Brassens mais celles-là, c'est pas les plus belles.

Il était très anar, très libertaire, donc il voulait rien savoir de rien, « le pluriel ne vaut rien à l'homme » et j'adore la réponse de Ferrat, qui est « quand on est seul et con, on le reste ». J'ai adoré la réponse de Ferrat et pourtant j'adorais Brassens aussi. -Parfait ! -Tant mieux je m'en suis sorti, j'ai pas répondu.

Si on avait su, on aurait fait tout le débat sur ce format, ça a l'air de vous plaire. La transition va être un peu rude, après cette petite respiration on avait prévu de parler quand même d'un sujet grave, donc si vous le permettez on va revenir sur les questions de sécurité, avant de parler de ce dont on voulait vous parler tout à l'heure, c'était de l'avenir de la gauche et du contexte international. Donc en terme de sécurité, il y a quand même urgence toujours à protéger les français, dans un contexte inédit de menace terroriste.

Depuis les attentats du siège de Charlie Hebdo, de l'hyper casher, c'est 238 morts de l'islamisme terroriste, des centaines de blessés et la menace ne faiblit pas. Donc dans votre programme vous proposez comme de nombreux candidats, d'augmenter les moyens de la justice anti-terroriste, d'auditer les lois sécuritaires, de renforcer le renseignement territorial et humain, ou encore de lutter contre l'embrigadement et le financement du terrorisme. Mais surtout, vous proposez de sortir de l'état d'urgence et de sortir progressivement de l'opération Sentinelle.

La question est simple : est-ce- que vous pensez que ces 2 réponses précises, qui avaient été apportées par le gouvernement après les attentats de 2015 et de 2016 ont été des erreurs ? Ou elles ont simplement, après un an pour l'état d'urgence, épuisé leurs effets utiles ? - C'est plutôt ça.

D'abord j'ai un principe : si on dit qu'on est en guerre, on ne se comporte pas comme si on était dans une élection. Il s'agit pas de jouer au plus malin. Donc on ne donne pas la victoire à l'ennemi.

Et la première victoire qu'il attend c'est qu'on se divise. Donc moi, chaque fois qu'il y a un attentat, je ne fais rien d'autre que d'apporter ma parole -parce qu'elle a une importance pour des gens- je vais au devant de ce qui peut nous rassembler et surtout de la réparation du traumatisme. Parce qu'il faut bien se rendre compte que les attentats ne traumatisent pas que ceux qui sont morts et blessés et leur famille, mais des gens partout.

Une fois qu'on a dit ça, c'est ma règle à moi, je ne critique pas et je ne divise pas au moment où y a l'attentat et ni même après. Je pars de l'idée que tout le monde fait pour le mieux. Qu'y a pas un militaire, pas un agent du service de renseignement qu'a pas tout fait ce qui était en son pouvoir, pour savoir et arrêter.

Donc ça sert à RIEN de laisser croire aux gens que si on avait fait ci, si on avait fait là : c'est pas vrai. Ils font tout ce qu'ils peuvent. Donc c'est l'ennemi qu'il faut traiter.

C'est pourquoi c'est de la géo-politique. D'abord, on ne fait pas la guerre au « terrorisme », on fait la guerre à des « actes » terroristes. Et les actes terroristes sont le fait , aujourd'hui, pour l'essentiel, de l'islamisme politique.

Mais l'islamisme politique, c'est l'habillage, c'est la méthode de guerre de nations qui se disputent le pétrole, du gaz et des territoires. Mais essentiellement du pétrole et du gaz. Donc toute la question qui s'étend dans toute ...la Syrie, l'Irak, la Turquie et on descend : le Yémen, et ainsi de suite : c'est « suivez le pipeline et vous avez les causes de guerre».

Donc, c'est là où il faut...Déjà, on commence par poser une chose : la religion est un prétexte !

Un prétexte ! Donc n'allez pas...

N'allons pas tirer des conclusions qui nous amèneraient au contraire de ce qu'on essaye de faire. - Et au bout du pipeline, quelles sont les nations qui sont justement à la manœuvre ? Au bout du pipeline, vous avez des gens qui se disputent des territoires : la Turquie, l'Arabie Saoudite, le Qatar et quelques autres qui sont là.

Donc, pour nous ... c'est d'abord ça qu'il faut régler.

Alors vous avez plusieurs manières de faire. D'abord on tape. On a essayé de le faire.

Dans des conditions qui sont spécifiquement liées à la magnifique Constitution de la Ve République vous déclenchez une guerre et puis 4 mois après vous demandez au parlement s'il est d'accord. Évidemment qu'une fois que la guerre est commencée, ce ne sont plus les conditions du départ. Moi je me suis prononcé depuis le début, en disant on ne peut pas faire autrement qu'une coalition universelle.

Car je suis pour faire la guerre aux bandes armées... qui vont envoyer des spadassins ici.

Mais après faut discuter. Parce que la guerre peut durer interminablement et augmenter son terreau. Ma position, au départ, a été … Vous savez la première victime en guerre, c'est la vérité.

Donc chacun y va de sa propagande et diabolise l'autre. A un moment donné, d'ailleurs, les malheureux qui commentaient n'y comprenaient plus rien, parce que celui qui était gentil un jour, devenait méchant le lendemain. Al-Qaïda qui était l'ennemi jusque-là, tout d'un coup est repeint en rebelle modéré et puis quelque temps après dépeint en ennemi.

Al-Nosra pareil, a subi la même trajectoire. Les turcs étaient tantôt les amis, les alliés, tantôt les tireurs dans le dos. D'ailleurs ils ont été beaucoup... -C'est la difficulté qu'on a quand on parle du conflit syrien aujourd'hui. -Bien sûr.

Donc à la fin, ma position a passé pour irréaliste. Ou alors, je vous passe la caricature : c'est pro-Poutine. Tout ça n'a pas de sens.

Moi je m'occupe que des intérêts des français. Voilà. Et de la paix.

D'accord ? Je ne veux pas de la guerre et il faut l'arrêter. Donc j'ai développé des positions.

Mais comme ces positions n'étaient pas celles de la propagande officielle parce que -vous vous en rendez peut-être compte, j'espère- mais ça fonctionne, hein, la propagande. Dans chaque camp. Je ne dis pas qu'il y a un camp qui l'utilise et pas l'autre.

Mais à la fin je suis partisan de la résolution adoptée à l'unanimité par l'ONU. Parce que c'est ma position de départ. C'est-à-dire : coalition universelle.

Sous commandement de l'ONU, parce qu'il y a une organisation pour ça à l'ONU... -Pas de l'OTAN ? -Deuxièmement, tous le monde...

Dans la résolution de l'ONU, tous le monde est mis dans le même sac. C'est-à-dire qu'ils trient pas. Ils mettent dans le même sac les soi-disant « rebelles modérés » qui sont modérés ...ils étaient peut-être modérés les 8 premiers jours mais au 200ième coup de canon, y a plus de modérés, hein.

Et elle dit : on doit faire une conférence de paix -elle est en train de se réunir- et des élections. Au début, on me riait au nez. J'ai dit : mais vous connaissez quoi d'autre que les élections pour passer d'une situation A à une situation B ?

Vous comptez quoi faire ? Occuper le pays, interminablement ? Vous prenez les syriens pour quoi ?

Pour des gamins, des enfants ? C'est un pays très développé. Avec une intelligence collective.

Enfin bref. -Dans un climat de guerre civile, c'est quand même difficile d'organiser des élections. -Oui mais hé ! -Quand le territoire est pas... délimité -Y a rien d'autre.

Si vous ne le faites pas. Si vous ne le faites pas, qu'est-ce que vous faites ? Vous êtes obligé de mettre un occupant.

L'occupant, il est sympathique 8 jours et après c'est fini. Et ça vous donne ce que ça a donné en Irak. Quelle grande trouvaille d'aller intervenir là-bas au nom d'armes de destruction massive qui n'existaient pas.

Et pour combattre -bon on va pas rentrer dans les détails de cette guerre. Mais enfin le résultat, ça a été exactement l'inverse de ce qui avait été prévu au début. Le pays est une pétaudière sans nom.

Et ceux qui se sont emparé du pouvoir ont commencé à réprimer les autres avec une telle violence. Avec une fois de plus un feu vert des nord-américains. Tel que la situation est devenue ingérable.

Donc moi je recommande toujours qu'on parte d'un point de vue qui n'est pas un point de vue abstrait dans les nuages. Mais dire quel est notre intérêt à nous. Notre intérêt à nous c'est pfuitt la paix.

Et je pense que c'est aussi l'intérêt des gens du coin. Moi je ne me résigne pas à la mort. Il n'y a que des esprits superficiels pour dire, oui, allez hop, on fait une bonne guerre, on tourne la page.

On tourne zéro page avec la guerre. Jamais, nulle part. Je dis ça parce que c'est souvent dans les réunions de politiques et de militaires -c'est pas les militaires les plus violents, c'est souvent eux qui ont dit les choses les plus intelligentes sur ce qu'il y avait lieu de faire.

Par exemple, le Chef d'état-major général des Armées, le général Pierre de Villiers, qui a expliqué que la guerre au Mali, c'était bien mais surtout si on avait une idée pour la suite. Au Mali, ça a plutôt bien fonctionné la transition démocratique, les élections se sont tenues. C'est un exemple d'intervention militaire critiquable dans la manière dont elle a été déclenchée mais qui s'est plutôt bien soldé.

Non, la manière dont elle a été déclenchée. Mais là je vais pas me livrer, je sais pas qui est dans la salle et combien il y a de gens qui vont prendre des notes. -Bon, la décision... -On pourra en reparler plus tard si vous voulez.

Non mais, j'ai pas envie d'entrer dans LE détail, si tout le monde est content, tout le monde est content. Le point de départ sur le plan technique est absolument extraordinaire puisque on a réussi... [ interviewer : Une lettre du président malien...] ...que je préfère pas connaître...A convaincre des gens qui sont quand même des crétins de se mettre en file avec 400 voitures Toyota avec chacune un beau bidon d'essence dessus, comme ça on est sûr du résultat et comme ils se sont bien mis en rang, là pour aller attaquer la capitale, nous on est passé une fois dans un sens, une fois dans l'autre et il y avait plus personne.

Donc sur le plan technique une réussite extraordinaire. Après on doit pas, nous, SE GRISER. La violence a quelque chose de grisant.

Et l'arme a quelque chose de grisant, vous avez l'impression que vous REGLEZ une situation. Non. Après faut voir aussi comment on s'en sort.

Bon Donc la question qui nous est posée pour ce théâtre d'opération la guerre peut se généraliser les amis, faut quand même voir ça. Le pilonnage qui a lieu en ce moment au Yémen va laisser des traces terribles. On s'est pas apaisé dans ce coin-là.

Et puis après elle se généralise parce que les américains ont changé leurs batteries. Jusqu'à présent, la tactique des américains c'était -pour la raison que j'ai évoquée tout à l'heure- on est avec les chinois contre les russes, à l 'époque où les russes étaient le cœur d'un empire, que c'était la période de la guerre froide et tout ça Et il s'est passé tout ce que je vous ai raconté tout à l'heure : la montée en puissance d'une Chine qu'a pas de volonté impériale, c'est une vue européenne de croire que les chinois ont un complexe impérial, ça ne correspond pas à leur tradition, ils pensent qu'ils sont le monde. Ils s'appellent pas pour rien l'Empire du Milieu, ils SONT le monde.

Les américains sont en train de tourner leurs batteries mais ils discutent entre eux, ils s'engueulent. Il y a 19 agences de sécurité aux États-Unis, c'est une bureaucratie où chacun se bat pour ses zones, ses subventions, ses machins. Donc vous avez toute une branche qui est sur la ligne "on continue contre les russes", parce qu'il faut les tenir et puis en même temps c'est une manière de tenir les européens et de les mettre en rang.

Et puis les autres disent « qu'est-ce qu'on perd notre temps : les russes ne SONT PAS nos concurrents », disent-ils. « C'est pas nos concurrents, ils produisent du gaz, du pétrole, y a moyen de s'entendre avec eux. Pour le reste ils vendent rien d'autres, des armes ».

Tandis que les chinois, Ah la la, c'est une autre paire de manches. Donc les gens comme Trump sont parfaitement rationnels, ils disent le véritable challenger, le véritable concurrent c'est la Chine. Donc c'est à elle qui faut ré-appliquer des méthodes d'encerclement, et bon : d'encerclement.

Et le gars, il commence tout de suite. Il est à peine élu, coup de téléphone . Taïwan.

Je sais pas si vous suivez ces affaires internationales mais quand vous êtes le président des États-Unis et que la première chose que vous faites c'est de téléphoner à Taïwan, c'est une manière de dire à la Chine continentale : [ pied de nez ] il y a 2 Chines, il n'y en a pas qu'une donc vous créez une ambiance de violence INSTANTANEE. Tout monte au paroxysme. Donc voilà le monde dans lequel on est.

Et nous les français là-dedans on doit tirer notre épingle du jeu. Quand tout le monde se cherche, quand l'ordre se défait, ben, vous avez intérêt à être là, en position pour reconstruire l'ordre suivant. Donc nous, surtout pas dans l'OTAN !

On va se retrouver embarqué dans les guerres américaines. A nous de créer une autre alliance, c'est ce que je dis. Une alliance altermondialiste, avec des pays émergents, et sous commandement de l'ONU.

Parce que nous français, nous sommes au conseil de sécurité de l'ONU. Il y en a qui disent on va donner notre siège à l'Europe : ça va pas ! A qui ?

Pour quoi faire ? Nous y sommes. Donc nous sommes capables de dire les positions de l'Europe et aussi capables de dire les nôtres.

Donc nous SOMMES une puissance. Faut arrêter de regarder la pointe de ses chaussures. Se dire, on est un petit pays, on sait pas quoi faire.

Mais non, ça c'est une vue de l'esprit. Nous sommes la 5ième puissance du monde et militairement nous sommes dans les premières. Alors militaire, c'est pas une raison, je vais pas m'amener dans les réunions internationales en disant « vous-là, attention, je vous ai à l’œil ».

Il n'y a pas besoin de le dire, ils le savent. Donc Hollande a commis une erreur terrible : à peine élu, il s'en va, il y avait le sommet de l'OTAN et il signe. On installe des batteries anti-missiles en Pologne, ça veut donc dire que le mécanisme de la dissuasion : au revoir.

Parce que le mécanisme de la dissuasion, c'est horrible, mes amis, mais la dissuasion c'est : on défend notre pays et y a pas de guerre intermédiaire, y a pas de guerre DU TOUT. Parce que si jamais vous en déclenchez une, on vous détruit. Ça vaut ce que ça vaut mais c'est la dissuasion.

Si vous acceptez qu'il y ait des batteries anti-missiles en Pologne, soit-disant pour contrer les missiles iraniens alors qu'en réalité vous menacez 75% d'installations militaires des russes, clairement prenez pas les russes pour des imbéciles. Ils ont bien compris que c'est eux qui étaient visés. Donc maintenant qu'est-ce qu'ils font, à leur tour ils amènent des missiles.

Nous les français, non, on veut pas de guerre en Europe. Et on a déjà fait le coup dans le passé de refuser de mettre des instruments de mort intermédiaires. Vous êtes trop jeunes pour vous rappeler de cette engueulade sur les missiles à roulette.

Ils roulaient et ils tiraient à 450 km. Ben vous prenez un compas, vous regardez qui c'est qui était dans les 450 km. Ça voulait dire qu'on acceptait qu'il y ait une guerre en Europe.

Moi je suis sur une position intraitable : je reste sur la dissuasion, une autre alliance militaire et pas de guerre en Europe. Je finis là-dessus, j'ai proposé l'autre soir à la télé, j'ai attendu un bon moment pour faire ma proposition : une conférence de sécurité, j'ai dit de l'Atlantique à l'Oural, si vous voulez on parle de ça mais je veux pas vous saouler avec la géopolitique. Alors comme vous voulez, soit on parle, on va bientôt arriver aux questions du public, je suis sûr qu'il a plein de questions dans la salle pour vous.

Ça s'arrête quand votre truc ? [ rires ] C'est pire que la télé. -Je crois que c'est imminent mais on va pas vous tenir 3H30 comme le débat de lundi.

Soit on vous … -Trois heures et demie l'autre soir. -Et debout. -Trois heures et demie. -Soit on vous pose une question sur la politique étrangère, soit on vous pose une question... -Je raffole, je peux parler toute la nuit. -...sur l'évolution un peu de la gauche... -Et l'avenir de la gauche. -Et l'avenir de la gauche. -L'avenir du monde ou l'avenir de la gauche ? -Euh pardon...l'avenir du monde ? -Non, une question de politique étrangère.

Ou une question sur la gauche. -Je préfère la politique étrangère, la gauche est une notion très confuse aujourd'hui. Non mais je la résume, si j'ai gagné : le problème est tranché. [ rires ] Et si vous perdez, qu'est-ce qui se passe ? [ applaudissements ] C'est tout voilà.

Non mais, attendez c'est comme ça. Je pourrais vous raconter les autres grandes catastrophes de la gauche. Quand la première guerre mondiale éclate, c'est un désastre.

Parce qu'on avait prévu que nous, la gauche, on allait empêcher la guerre. On allait empêcher la guerre en faisant la grève générale. Taratata.

Congrès du parti social-démocrate allemand : oui on est contre la guerre mais pas la grève générale. Résultat ça voulait dire qu'on aurait la guerre, on a eu la guerre. La social-démocratie s'est effondrée !

Qu'est-ce qui a tranché la question, ben la victoire de la révolution russe. C'est un autre sujet de savoir si c'était une bonne idée, mais voilà comment ça s'est passé. Là on est dans un état de détresse totale.

La social-démocratie européenne est complètement effondrée. Et moi je ne veux pas vous raconter d'histoire, il reste les français, il reste les espagnols pour la gauche, qui n'est pas l'extrême gauche et qui n'est pas, comme ils disent, la gauche RADICALE. Il faut à chaque fois qu'ils nous rajoutent des adjectifs.

Puis la notion de gauche est devenue tellement confuse en France. Vous distribuez pas de tract mais moi oui. Si je vais dans la rue, ils disent « c'est pour la gauche ?

Ah Hollande ça va on l'a vu ». Et moi, non non, c'est pas Hollande. On comprend rien.

Donc c'est pour ça faut passer à autre chose, à des contenus, à un programme. Vous êtes pour la retraite à 60 ans, oui ou non ? Ah plutôt oui mais comment vous payez, M.

Mélenchon ? Ça c'est positif. Donc j'ai pas envie de parler de la gauche.

L'ordre du monde est en grande-grande-grande instabilité. -Alors une dernière question sur la … -Vous allez avoir bientôt, vous autres l'ESSEC vous ferez bien de vous y intéresser, à nouveau une bulle financière qui va éclater. Vous regardez où en est le niveau des actions, c'est pas normal.

C'est une situation pré-catastrophe. Si vous regardez les niveaux d'endettement privés -pas publics, c'est rien la dette publique, c'est que dalle, ce qui compte c'est la dette privée parce qu'elle est immiscée, elle glisse partout dans tous les compartiments de la société et là vous avez aussi une bulle. Donc nous sommes en grand danger, plus une bande de barjots qui se disputent entre eux alors qu'ils sont la première puissance du monde pour savoir de quel côté il faut aller et être en offensive.

Voilà pourquoi on a intérêt nous, plus que jamais, à pas réciter des catéchismes absurdes : alors l'OTAN, l'Europe de la défense. Alors la défense contre qui ? Ben : la défense !

D'accord, ça veut rien dire. Et puis vous avez tous ces candidats qui disent tous : « je propose qu'on fasse 2% du PIB dans le budget des armées ». Bravo, hourra ça tombe bien, c'est exactement ce qu'a demandé Trump.

Alors ils sont tous d'accord, ils sont tous d'accord pour qu'on continue comme avant. Et ben non ! Pas moi !

Donc nous, nous sortirons de l'OTAN parce que c'est dangereux pour nous et c'est tout, c'est tout ce qui m'intéresse... et c'est tout ce qui m'intéresse.

Je veux pas que ça soit dangereux pour nous et comme nous sommes une grande puissance, ben nous aurons le dernier mot. Alors dernier mot pendant que le public prépare ses questions. Il y a un sujet que vous évoquez souvent c'est les bruits de guerre qui se font entendre en Europe.

Dont, selon vous, on ne parle pas assez. Pourriez-vous en 2 mots, avant qu'on donne la parole au public, nous dire où sont les menaces qui pèsent actuellement sur la paix, sur notre continent ? Parce qu'on a parfois du mal à comprendre ce que vous voulez dire quand vous évoquez ces bruits de guerre.

Toutes les cicatrices dans les Balkans sont encore très fraîches. -C'est une question de frontières ? -C'est partout les frontières, le problème.

Maintenant si vous allez vers l'est, alors-là la situation est encore plus tendue. Pour une raison très simple, quand l'empire soviétique s'est effondré, on n'a pas négocié la suite. Alors dans le passé, on a toujours négocié la fin des empires, de manière catastrophique, Traité de Versaille ça a été un désastre mais au moins on savait qui commande.

Les européens -on va dire les européens plus les américains- ont juré, croix-de-bois-croix-de-fer-si-je-mens-je-vais-en-enfer : on touchera pas aux frontières et ceux qui viennent avec nous ne seront pas dans l'OTAN. C'est ça qui a été promis à Gorbatchev – y compris l'Allemagne de l'Est, c'est vous dire ! Quand on a fait la réunification.

Or les dirigeants « entre comillas », entre guillemets « occidentaux » ont passé leur temps à mentir aux russes. Mettez-vous. Oubliez Poutine.

Mettez-vous dans la ...Une nation, ce serait nous les français, on nous dirait : « ne vous inquiétez pas les français, on va pas vous embêter » et puis d'un coup, vous découvrez des batteries anti-missiles, d'un coup vous découvrez qu'on vous a amené une alliance.

Vous diriez : Eh eh eh, on va rétablir l'équilibre. Donc sur la frontière de l'est, il y a le problème d'abord entre la Russie et l'Ukraine, qui est un problème apparu au cours des 10 dernières années. Sur le tracé de la frontière, pas seulement celle de Crimée.

Y a les 2 enclaves russophones. L'affaire de la Crimée puisque c'est venu au débat de TF1 l'autre soir. On veut me faire dire : « alors on touche pas aux frontières », ouais ouais d'accord on touche pas aux frontières.

Tout le monde est d'accord mais on y a touché ! Alors qu'est-ce qu'on fait maintenant. Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?

On y va avec nos chars et on dit allez faut rentrer chez vous. Non. Donc on est bien obligés de discuter mais choisissez : vous discutez ou vous tapez ?

Mais arrêtez par pitié ces gesticulations et le parlement européen qui fait toutes sortes de grandioses déclarations, on croirait qu'on va partir en guerre la semaine prochaine. C'est pas raisonnable de faire ça. D'autant que si vous vous accrochez au char des autres, vous aurez perdu d'avance parce que les baltes, ça fait 1000 ans qu'ils ont un problème à régler avec les russes.

C'est pas d'hier. Quand à l'Ukraine elle-même : pour des russes, faut comprendre que leur pays est né là. Donc il vaut mieux parler que de se tirer dessus.

Voilà ma position. -D'où l'idée d'une grande conférence... -Attendez... -...pour la paix. -...pour l'instant y a ce que vous voyez.

Oui c'est l'idée. Une conférence de la sécurité en Europe. Et on y implique les russes parce que c'est avec eux qu'on a un problème aujourd'hui.

Mais pour l'instant vous voyez que ça, mais attendez que les Polonais commencent à s'énerver à propos de leur frontière avec l'Ukraine. Que les hongrois commencent à s'énerver eux-aussi à propos de leur frontière avec l'Ukraine. Tout ça est instable.

Je dis c'est les français, au lieu d'aller gesticuler, l'OTAN je-sais-pas-quoi 2% du budget et puis alors après moi je connais le reste. C'est 2 % du budget, M. Trump vient en mai.

Qui vous envoyez là-bas ? Un béni oui-oui ou moi ? Parce que lui je sais ce qu'il va dire, Trump, il va dire « maintenant, tout le monde passe à la caisse : 2% » Et en plus vous achetez -ça a toujours des beaux noms- la « smart defense ».

C'est-à-dire que c'est intelligent, parce qu'avant on avait une défense d'imbécile, maintenant elle est intelligente. Alors la « smart defense » vous achetez le matériel, c'est beau l'expression, « sur étagère ». Avant on produisait notre matériel militaire, maintenant on va l'acheter « sur étagère ».

C'est-à-dire du matériel américain et on est assez bête pour aller mettre Microsoft à notre quartier général. Et on est assez stupide pour aller mettre aussi du Microsoft dans nos missiles. Parce qu'on en est là.

On en est à se dire : oui c'est pas un problème, c'est nos amis. Ben si c'est un problème, ou alors on le dit, on le dit aux gens : « Écoutez on a changé d'avis, la défense indépendante c'est plus notre truc. » Je le comprend.

Mais dîtes-le, racontez pas de salades aux gens. Dîtes pas aux gens : « Non, non on est indépendant mais en même temps on a mis des batteries, mais en même temps on a mis Microsoft, etc » Parce que c'est un mensonge gigantesque qui nous met en danger. Qu'est-ce que je fais, moi, demain ?

Si c'est moi qui ai le problème à régler ? Je vais dire ah ben on va faire si et ça, « Ah tu peux pas, parce que dedans y a un matériel Microsoft embarqué et l'oncle Sam veut pas ». Mais oui mais c'est comme ça que ça se passe.

Si vous croyez que dans les questions militaires c'est : « Attendez on va faire un colloque autour du tapis vert. » Ça s'est jamais passé comme ça. -[ interviewer ] C'est surtout des questions économiques. -Donc, moi je suis pour qu'en Europe, ça c'est la proposition : une conférence de sécurité de l'Atlantique à l'Oural.

Pour nous les français ça rappellera le Général De Gaulle, comme ça ça met tout le monde d'accord, faut espérer. Et puis pour les russes, ça leur donnera une bonne idée. Ils diront : « Bon, peut-être que celui-là, on peut parler avec. » Alors après me repeindre en poutinien, alors ça c'est une absurdité totale, mais je vais vous provoquer pendant que j'y suis.

Les Français ne s'occupent JAMAIS du régime politique des russes. La 3e République laïcarde s'est entendue avec ce bigot de tsar Nicolas II, d'accord ? Tout le monde disait : « Mais comment vous pouvez être avec un tyran et un bigot ?

C'est la IIIe république, faut voir c'est la république des Jules. -« Empereur, tyran et bigot » ça fait beaucoup. Le roi François Ier s'est accordé avec le sultan, à l'époque de l'Europe chrétienne.

Nous avons toujours fait comme ça. Nous les français nous devons nous entendre avec comme partenaires les russes. Le général De Gaulle a reconnu non seulement la Russie DE Staline mais la Chine DE Mao Tse Toung.

Et alors maintenant je vois les effarouchés à l'idée de parler avec M. Poutine. De quoi ?

C'est celui qui est là, c'est tout. Et nous on a nos intérêts à défendre. Voilà.

Point ! On s'occupe de nos intérêts et vous verrez que les gens réalistes, ils comprennent les autres gens réalistes. Après tout c'est vous qui êtes dans les affaires, non ?

Vous faites pas ça à coup de bisous. Merci M. Mélenchon. [ applaudissements ] [ applaudissements ] On va donc maintenant passer aux questions du public. [ applaudissements ] Deux questions puisque malheureusement le temps presse.

Alors s'il vous plaît, veuillez bien vous lever, vous présenter et poser une question la plus concise possible. Merci. Et en articulant.

Et en parlant fort. Bonjour Jean-Luc. Je suis très content de te voir.

Je suis ici. Tourne, sur ta droite. Et pourquoi vous avez mis un truc rouge là ?

C'est votre couleur ? -Ici Jean-Luc tourne sur ta droite, s'il te plaît. -Ah pardon.

Ok Jean-Luc. Je dis bonjour à l'ESSEC, je suis très content d'être là. Ce qui se passe c'est qu'actuellement, on parle que de matérialisme en fait et il y a une prédiction que je peux dire ici, c'est que nous sommes tous milliardaires.

Milliardaires en quoi ? C'est-à-dire que nous sommes tous des êtres spirituels c'est-à-dire j'ai fait une découverte fondamentale qui se résume à une formule c'est « l'inconscient : le dieu laïc ». Ce qui fait que dans la spiritualité par hypnose, on peut trouver au fond de soi-même toute sa puissance et sa force.

Premier élément. Deuxième élément, je vais faire court [ applaudissements ] Je vais faire court. Vous savez que nous sommes une civilisation involutive parce que la civilisation des aborigènes qui a plus de 100 000 ans est plus évoluée que la nôtre parce que c'est une civilisation télépathe, lisez le livre « messages des hommes vrais au monde mutant ».

Et maintenant je vais poser une question très très dynamique. Et très rapide. Vous savez qu'actuellement la dette française est une dette complètement fictive au niveau comptable.

C'est très simple. 83 milliards d'évasion fiscale par an. Sur 10 ans ça fait 830 milliards.

Un : on les récupère. Deuxièmement : il y a une chose qui est fondamentale, à ce niveau-là, par rapport à cet argent [ brouhaha ] On va faire court. Quel est le moyen que vous avez au niveau de ces banques qui font actuellement la pyramide de Ponzi qui sont dans l'illégalité totale.

Elles ont 28 milliards d'actif, elles prêtent essentiellement 150 milliards, c'est pire que Madoff. Que faites-vous et comment faites-vous pour nationaliser les banques et retourner l'argent à la France pour qu'enfin la France n'ait plus de dette parce que la dette est adossée à la loi de 1973 de Rothschild c'est-à-dire 1800 milliards c'est-à-dire … -Merci. -...et si c'était le trésor public c'est 23 milliards où sont les 1000 milliards plus 1000 milliards, ça fait 2000 milliards, ce que la France n'a plus de dette aujourd'hui. -Merci beaucoup [ applaudissements ] M.

Mélenchon ? Je me demande dans quel registre je vais répondre. [ rires ] C'est vous l'homme politique.

Non mais faut se faire des petits plaisirs aussi. [ rires ] Moi, sur les aborigènes naturellement... non mais je respecte tout à fait, mais j'observe qu'en 60 000 ans ils en sont au même point que le premier jour. -Non j'arrête avec ça parce que vous allez mal le prendre et ça va me faire des histoires avec tout le monde. -Il y a des aborigènes dans la salle, ce soir vous pensez ?

C'est pour dire que hélas, si seulement y avait un groupe d'êtres humains quelque part qui avaient trouvé la solution du bonheur, comme on serait content. Bon. Moi, la coutume qui consiste à briser les genoux des filles pour pas qu'elles se sauvent...disons que ça me laisse sceptique. [ rires ] Je veux dire que moi je crois au droit universel partout et pour tout le monde.

Alors après c'est quoi ? La dette ? -La légitimité de la dette. -Je vais être bref, la dette personne la paiera.

Jamais. D'ailleurs à ce niveau c'est plus jouable. Alors il y a plusieurs solutions.

Qu'est-ce qu'on fait avec ce stock ? Ou alors on vous annonce à vous tous les plus jeunes, que le sens, le but de votre vie ça va être de rembourser la dette. Et préparez vos enfants à continuer parce que pour rembourser la dette, faut emprunter etc etc Vous ne pouvez pas rembourser 2000 milliards de dette, c'est impossible.

Les espagnols ne rembourseront pas, les portugais non plus et les grecs non plus. Et si on avait écouté au début la position qu'on défendait, à toute une série d'européens, on n'en serait pas là. Mon ami Tsipras a eu la naïveté de croire qu'en faisant le bon élève, les choses allaient s'arranger, pas du tout c'est pire qu'avant.

Et on est rendu exactement au même point de départ en Grèce. Comment on fait pour se débarrasser de la dette. Je vais pas entrer sur le sujet des nationalisations et tout ça parce qu'il faudrait que je vienne sur qu'est-ce qui nous intéresse par rapport au circuit bancaire, c'est le fait qu'il assure ou non la circulation monétaire qui permet l'investissement dans l'économie réelle.

Moi je ne demande plus qu'une chose, de trouver mes 100 milliards, je sais où, pour faire la relance de l'activité dans la transition écologique. Je vais les trouver auprès de la Banque Française d'Investissement qui elle-même ira les chercher à la Banque Centrale Européenne qui pourra pas lui dire non. C'est pour vous dire que c'est ça qui m'intéresse c'est la démarche concrète mais maintenant comment on fait avec la dette.

Une fois j'étais en réunion avec M. Minc qui en avait assez que tout le monde l'énerve et il a fini par s'énerver lui-même, et il a dit de toute façon c'est Mélenchon qui a raison, personne paiera la dette ou plus exactement vous avez les solutions suivantes : 1 : payer, vous remboursez. Absurde, ça n'aura pas lieu. 2 : l'inflation c'est-à-dire vous vous arrangez pour mettre du signe monétaire et pfuitt la dette fond.

C'est pas mal, l'inflation. Bon alors à chaque fois on vous dit "oui mais ça ruine les plus pauvres". Mon œil, bien sûr que a ruine les plus pauvres mais ça ruine aussi la rente. -Ça ruine les petits épargnants. -Oui oui les petits épargnants, ils ont bon dos, on les ramènent au bon moment.

C'est comme les petits paysans ils marchent devant les gros paysans et ainsi de suite. Bon ben, ça ruine les épargnants mais j'ai connu un Keynes qui disait qu'il voulait euthanasier les rentiers donc euh..

L'épargne c'est pas pour le plaisir d'épargner c'est parce qu'on a un projet. Donc on pourrait discuter de ces projets. Mais l'inflation -y a des gens ici, il doit bien en rester un ou deux de ma génération ?

L'inflation à 10% oui c'était la lutte de classe parce que comme il fallait sans cesse rattraper le niveau des salaires sur les prix y avait une activité du feu de dieu. Mais surtout vos dettes fondaient parce qu'à 10% d'inflation en 10 ans pfuitt plus de dette. Faut pas non plus maintenant faire les accablés comme si on avait vécu en enfer parce que c'est pas vrai.

Résultat tout le monde a accumulé un patrimoine que nos enfants sont incapables d'accumuler dans les mêmes conditions. D'abord parce qu'on prêtait facilement et deuzio parce qu'il y avait une belle inflation. Donc deuxième solution pour effondrer la dette, l'inflation.

Troisième solution, la guerre. Très pratique, on casse tout et on reconstruit derrière. On change la monnaie, on la dévalue d'un coup au moment où la guerre est finie On dévalue la monnaie et puis on reconstruit tout, ça donne de l'activité, au revoir les dettes.

C'est comme ça qu'on a réglé la dernière fois. Il y a la phase intermédiaire à la "nazi", c'est-à-dire on rentre chez les voisins, on prend tout ce qu'ils ont et comme ça on donne de la valeur à sa monnaie. Mais enfin la guerre .

C'est la 3ième solution. Et puis la dernière, c'est les ruses techniques. Moi j'aime les ruses techniques.

Je préfère...Non mais je suis comme tout le monde, j'aime mieux quand ça fait pas mal et j'aime mieux si on a un peu bricolé mais on s'en sort.

Ça consiste pour la Banque Centrale Européenne à racheter tous les titres de dette des banques des états et on appelle ça « dette perpétuelle », on les met dans un coffre et au revoir c'est fini. [ rires ] Alors ça représente quoi ? Est-ce-que ça va créer de l'inflation ?

Parce que ça revient à dire qu'on va créer du signe monétaire. -Ben non. -Qu'est-ce que ça ferait ?

J'ai posé la question, on a discuté, à 5 ou 6 et on m'a dit. Sapir, Jacques Généreux, Lim et quelques autres qui sont ici, moins célèbres mais souvent plus efficaces qui sont dans mon équipe. Ils m'ont dit ça fait 5-6% maximum d'inflation.

Hé ben donnez-moi 6% d'inflation et on vivra tous. On pourra avoir des projets, on pourra faire des emprunts, on pourra passer sa vie à AUTRE chose qu'à payer la dette de l'état. Et faites attention à une chose, c'est que vous avez la dette privée : en Europe, elle est GIGANTESQUE.

Là aussi on va avoir un problème. Par exemple vous pouvez pas débarrasser la paysannerie, passer du point où on est à une autre paysannerie, une autre paysannerie non-chimique, ce qu'elle devrait être, avec les 400 000 emplois qu'il y a à créer mais si vous libérez pas les paysans de la dette vous provoquerez une concentration, qui va venir, par la destruction d'actifs qui va être monstrueuse. Donc faut arrêter d'être fasciné par des chiffres qu'on vous jette à la tête qu'ont pas de sens.

Parce que, par exemple l'évaluation de la dette. 2000 milliards qui représentent presque 100% du PIB mon dieu tout le monde se cache. Ça a aucun sens.

La dette française est étalée sur 7 ans. Si vous rapportez la dette à ces 7 ans ça veut dire qu'elle représente 12% de la richesse qu'on va produire en 7 ans. C'est rien du tout.

Vous aimeriez devoir 12% ! Si je vous -n'importe le quel d'entre vous- je prend vos dettes pour racheter votre voiture, votre maison et au lieu de le rapporter sur la durée de la dette -vous êtes endetté pour 10 ans ou pour 15 ans- je vous dis ah ben tiens je vous la recalcule sur une année, vous êtes mort , séance tenante. Arrêt du cœur, hein.

Ben oui car ça n'a pas de sens. Or les états on leur inflige ça. Les sociétés elles, elles travaillent pas comme ça même les sociétés privées.

C'est juste aux états. Sur la base d'un dogme, d'un mythe qui était que si l'état captait la masse disponible, il ferait renchérir et rendrait moins d'argent disponible pour être alloué au bon endroit dans l'économie. Bla bla bla bla Ça n'a jamais marché Ce sont des sujets qui mériteraient beaucoup de développement.

Est-ce-que vous voulez prendre une dernière question du public avant qu'on termine ce débat? -Et pourquoi y a pas de femmes qui posent des questions ici? -Alors une femme. -Ben ouais. -Bonsoir M.

Jean-Luc Mélenchon. Je vous félicite d'abord pour votre sincérité et votre authenticité, ce que j'aime beaucoup chez vous... -Vous fiez pas aux apparences, Madame, jamais.

Bon mais en fait j'aimerais vous poser une question par rapport aux jeunes qui font des études, de longues études qui demandent beaucoup d'efforts, à la fin pour qu'ils .. par exemple le développement durable, on entend beaucoup parler de ce domaine, comme quoi c'est un domaine qui recrute mais au final pour que le jeune se retrouve bloqué.

Ni la fonction publique veut l'accepter ni les entreprises. On demande tout le temps des, excusez-moi, de l'expérience. Du coup le temps passe, la personne décide de faire des stages.

On refuse les stages, soi-disant il faut des conventions. Il pense aux alternances, les alternances sont limitées à l'âge de 26 ans, moins de 26 ans donc comment résoudre ce problème ? Est-ce-que ces jeunes-là doivent jeter leur diplôme pour se retrouver des employés, travailler par exemple la f... ...comment ça s'appelle ?

Par exemple travailler chez Auchan à temps partiel . A quoi sert de faire des études si l'état est incapable de recruter ces gens ? Dans des domaines soi-disant prometteurs mais bloqués.

Voilà. -Bravo! -Ben merci parce que... [ applaudissements ] Ça c'est un des aspects cachés du drame du moment.

La surqualification. Et vous retrouvez des gens en train de faire des activités qui correspondent en rien à leur très haut niveau de qualification. Mais qui par contre bloquent les cases qui pourraient être occupées par des gens qui ont moins de qualification et qui ont aussi le droit de bosser, qui ont envie de bosser et de bien travailler.

Vous -alors ça c'est idéologique, c'est politique- vous ne réglerez pas -pas vous Madame- le problème avec la politique de l'offre. Je vous mets au défi d'y arriver. Vous n'y arriverez JAMAIS.

Pourquoi ? La politique de l'offre c'est produire n'importe quoi, n'importe comment du moment que c'est pas cher et vous finirez par trouver des clients. Et si par hasard y a pas de client, y a qu'à mettre de la pub comme ça on leur fabrique les désirs.

Ça c'est le système dont maintenant le président Hollande se réclame. La politique de ma famille politique, c'est la demande. Pendant des générations.

Vous n'y arriverez pas. Mettons qu'on ait pu y arriver. Où ça s'est produit ?

Nulle part ! Et quand on vous a saoulé avec le modèle allemand qui était..

Je vous signale un de mes excellents livres, qui s'est très bien vendu aussi qui s'appelle Le Hareng de Bismark où j'ai pris un par un tous les poncifs de l'admiration pour l 'économie allemande. Je me suis fait repeindre instantanément en germanophobe, parce que vous le savez dans ce pays ça va vite pour les caricatures. J'étais juste en train de dire que leur truc marchait pas et le premier chapitre, devinez ce que c'est, c'était sur les pollutions automobiles.

On m'a dit t'exagère. [ rires ] Depuis qui avait raison ? Bon.

Ma politique c'est que nous allons relancer l'activité, c'est un mécanisme keynésien que je propose. On relance l'activité par un bout. Les nord-américains relancent à intervalle REGULIER l'activité de l'économie de leur pays par l'armement.

Reagan -BONZE du libéralisme- a commencé par mettre les plus gros programmes militaires et de recherche que le pays avait connu depuis des années. Trump est en train de recommencer en disant « ah la la ça va pas faut faire monter le niveau de notre armement et tout ». Y en a déjà pour 600 MILLIARDS de dollars d'investissement par AN.

L'économie de guerre des États-Unis d'Amérique. Avec un dangereux concurrent la Russie avec 60 milliards, d'accord ? Qui dépense moins en arme que l'Arabie Saoudite.

Alors comment on s'y prend ? J'ai proposé un modèle : on met 100 milliards dans la relance de l'activité. Ces 100 milliards sont pour l'essentiel concentré sur la transition écologique.

A partir de là, en grappe, TOUS les métiers qui ont avoir avec ça repartent de l'avant. Parce qu'à ce moment-là le problème se sera qu'on aura besoin de vous et on vous courra derrière. Pourquoi je dis ça.

J'ai assisté à une période de croissance sous le gouvernement Jospin, j'étais ministre. Et on avait une croissance plus forte que la moyenne pour x raisons et à l'époque j'allais dans les endroits où il y avait des bassins d'emploi en tension. On a oublié que ça existe, ça.

C'est-à-dire que vous avez les chantiers navals et y a personne pour venir bosser, il vous en manque plein. Il vous manque plein de monde. Un chantier naval faut pas que vous croyiez que c'est seulement des gens en train de taper sur de la tôle, hein.

C'est tout le second œuvre du bâtiment, c'est des dizaines de métiers. Donc nous quand on...

A l'époque on ne trouvait pas le monde, on était à 2% de croissance. Donc ce que je vous dis avec la relance avec 100 milliards. 100 milliards plus la relance de la dépense publique à 173 milliards.

A la fin, ce circuit économique fait rentrer en taxe et impôts 190 milliards. C'est ce qu'on appelle un cercle vertueux. Encore faut-il le mettre en place.

Ce qu'il faut voir, c'est que ça va changer la géographie des métiers. Et que les métiers de l'avenir vont être sollicités et on a absolument besoin que les gens qui se sont formés en faisant ce pari, soient sur le terrain et on va en avoir besoin de beaucoup. Parce que, pour prendre l'exemple de l'économie de la mer, ça inclut aussi bien la métallurgie pour la cause que quand vous faites une éolienne, vous pouvez pas la construire à Singapour, vous êtes obligé de la monter aux alentours de l'endroit où vous allez la poser.

Une pale c'est 90 mètres de long. Si vous faites des hydroliennes, pareil. Si vous faites de l'algoculture, pareil.

On peut en faire partout de l'algoculture, il suffit d'amener de l'eau salée. De l'eau salée, de la ferraille et hop ça pousse dessus. Et vous avez comme ça des milliards, des centaines de tonnes de protéines végétales qui sont à notre portée.

Bref. Mon affaire c'est que c'est comme ça qu'on va dénouer les situations que vous créez. Tous ceux qui viennent vous dire qu' ils vont relancer l'économie par la compétitivité bla-bla-bla-bla la flexibilité racontent des histoires.

C'est impossible, ça ne marchera jamais ! Ce sont des marchands d'illusion. Moi ce que je vous raconte c'est 100 milliards qui vont dans l'économie réelle et à la sortie il y a des choses réelles qui existent.

D'accord ? Et donc des gens qui bossent. Des centaines, des milliers de gens qui bossent.

J'ai même dis que la meilleure idée pour développer les salons de coiffure c'est l'économie de la mer. Pourquoi ? Parce que la première chose que vous vous payez plus, c'est le coiffeur, quand vous avez pas de paye.

Et si vous avez une paye, tout le reste vit. Vous allez au restaurant, vous allez au cinéma, et vous commencez à consommer toutes sortes de choses et vous le faites de manière responsable, SI vous êtes bien payé. Si vous êtes mal payé, vous allez manger du mauvais manger.

Et vous avez l'épidémie d'obésité. Etc etc. Et le chômage, la déprime : 14 000 personnes qui en meurent.

Ça compte pas ? Tout à l'heure on a parlé des morts du terrorisme, je veux pas faire de ...mais il y a quand même 1200 personnes par an qui meurent au travail.

Soit sur le poste de travail, 565, soit d'une maladie qui a fini d'en venir à bout et tout ça c'est comme si ça existait pas. Il faut , surtout vous-autres qui êtes dans cette école, vous pouvez pas vous contenter de dire comment vous allez vous en sortir vous. Peut-être que vous allez vous en sortir, c'est même pas sûr.

Parce que comme vous l'avez bien raconté, vous faites le parcours du combattant, l'alternance je connais : alors vous êtes obligé de faire en alternance mais les boîtes sont pas obligées de vous prendre. C'est comme ça c'est sûr que ça va marcher...

Vous pouvez pas vous contenter de ça. Le pays a besoin que... ses jeunes les plus formés, -vous êtes quand même dedans, vous êtes à bac + je-sais-pas-quoi etc- commencent à se poser des questions sur l'intérêt général, pas seulement votre tête, pas seulement vous, les autres !

Le type de monde qu'on veut faire vivre ! Et là vous avez une responsabilité ! [ applaudissements ] Laissez tomber.

C'est pour vous dire : chacun de nous PEUT quelque chose à la transformation du monde. Et c'est pas qu'une...je vous demande pas de dire « c'est formidable la gauche ».

Oui moi je suis un homme de gauche,je viens de là, c'est ma famille, c'est ma vie. Mais c'est pas ça le sujet. Le sujet c'est comment on fait alors qu'on a cette chance incroyable d'avoir un grand pays formé, riche.

J'ai vu des copains gouverner des pays / et à se demander par quel bout ils allaient empoigner le problème. Quand je parlais avec mes amis boliviens, c'était terrifiant alors ils ont redressé leur pays mais ils me disaient « moi j'ai pas d'état , le peu qui reste je préférerais pas l'avoir parce que c'est des voyous». Je lui disais mais comment tu vas faire pour la justice : « ben je sais pas.

Je préfère qu'il y ait une justice coutumière parce que la justice de l'état on est incapables de la faire fonctionner ». Maintenant ils ont arrangé les choses : ils ont ramassé 3 millions de personnes qui n'avaient pas de carte d'identité, les gens savaient même pas qui c'étaient. Ils me disaient « l'état oh dans la jungle -parce que la Bolivie c'est l'Amazonie surtout- on y passe, c'est l'armée qui passe tous les 2 ou 3 ans, alors on ramasse du monde, c'est des esclaves ».

Des esclaves ? Oui alors on les libère. Ils se prenaient la tête parce qu'après qu'est-ce qu'on en fait parce qu'on n'a pas de maison pour eux, on n'a pas de travail.

Donc vous vous rendez compte quand on a une politique qui veut améliorer la société et qu'on part de si bas. Mais nous on n'a AUCUNE excuse, aucune excuse. On est un pays riche, on est un pays instruit, on est un pays équipé.

Et si on partageait un petit peu plus justement. D'accord, c'est-à-dire si on essayait de reprendre les 10 points qui sont passés des poches du travail à celles du capital depuis les années 80. Vous voyez, les années 80, c'était pas le communisme hein ?

Faut pas avoir peur tout le temps. Ben si on reprenait ça, c'est 196 milliards par an ! Le pays est FABULEUSEMENT riche.

Mais le curseur du partage c'est lui qui vous remet dans l'organisme du sang pour la vie, de l'air, de la vie, de la respiration. C'est ça le sens du partage ! Bon ben allez, faites ce que vous pouvez ! [ applaudissements ] [ applaudissements ] Merci beaucoup M.

Mélenchon d'avoir participé à notre débat. [ applaudissements ] Je suis heureux qu'on ait conclu sur une touche de philosophie comme on a commencé. [ applaudissements ] Merci au public d'avoir été aussi nombreux avec nous ce soir. [ applaudissements ] On n'a pas pu aborder tous les sujets.

Le débat aurait pu durer des heures. J'espère que ça vous aura donner envie de poursuivre la réflexion et bonne soirée à tous. [ musique ]