Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewC à vous· 28 septembre 2023 11 min

Planification écologique : des mesures suffisantes ? - Yannick Jadot - C à vous - 28/09/2023

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Invité

Emmanuel Macron a pris son temps aussi pour présenter son plan de planification écologique. Il y a eu plusieurs records.

0:05
Yannick Jadot

Je serais moins positif.

0:07
Invité

Voilà. Mais il l'a fait avec notamment la volonté d'inciter l'achat de véhicules électriques. Mais tout ça sans se mettre à dos les automobilistes. Voilà donc comment il a présenté les choses dimanche soir dans son interview en direct de l'Elysée.

0:19
Présentateur

Ce qui est très important pour nos Français, c'est qu'on est attaché à la bagnole. On aime la bagnole. Et moi, je l'adore. Mais la voiture dans notre pays, il faut le dire, ça a été de la restructuration industrielle ces 20 dernières années. On a perdu beaucoup d'emplois. Ce que nous avons fait ces dernières années, c'est qu'on a relocalisé grâce à l'écologie.

0:39
Invité

On sent bien qu'il y a le souci d'opérer la transition dans une certaine douceur. Pour embarquer les Français, il faut leur dire j'adore la bagnole. Vous comprenez ça, qu'on les ménage ? Non ? Il faut les brusquer plus.

0:52
Yannick Jadot

Non, non, la question, ce n'est pas de ménager ou de brusquer les Françaises et les Français. Aujourd'hui, les Français sont brusqués par le dérèglement climatique. C'est ça qui nous frappe aujourd'hui.

1:03
Invité

C'est davantage que par la hausse de l'essence ? Voilà, j'allais dire, par l'inflation des prix des carburants. Mais non, mais écoutez, on n'a pas eu les gilets jaunes il n'y a pas si longtemps.

1:12
Yannick Jadot

On va y venir.

1:13
Invité

C'est d'un même mouvement.

1:14
Yannick Jadot

C'est une réalité, le dérèglement climatique. Je veux dire, on voit ce qui s'est passé en Libye, on voit ce qui s'est passé en France, les canicules. On va avoir encore un week-end où il va faire plus de 30 dans certaines régions en France. Et on sait que ce n'est même pas binaire. Ce n'est pas « Ah, avant, on espérait y échapper, maintenant on est dedans, il faut qu'on s'y habitue ». C'est comme la température humaine. Chaque dixième de degré, quand vous êtes au-dessus de 39 degrés, crée des dommages dramatiques et potentiellement irréversibles sur les engrais.

1:45
Invité

Donc c'est ce discours-là qu'on doit avoir Emmanuel Macron, pas dire « j'adore la bagnole ».

1:46
Yannick Jadot

Le problème, c'est qu'aujourd'hui, on a, parce que la catastrophe climatique est là, parce qu'on entre dans la mise en œuvre des politiques climatiques, pas simplement dans le discours, dans la mise en œuvre, on a une société et nos sociétés, pas simplement la société française, il y a une forme de refus d'obstacle, parce qu'on doit changer nos habitudes.

2:07
Invité

C'est ce qu'il fait, Emmanuel Macron, un refus d'obstacle ?

2:08
Yannick Jadot

Ah oui, là, il fait un refus d'obstacle, parce qu'on doit changer nos habitudes et on doit enfin s'attaquer à un certain nombre de rentes industrielles qui, aujourd'hui, nous empêchent d'avancer. Le problème que j'ai avec le discours d'Emmanuel Macron, c'est qu'au fond, il nous dit quoi ? Il nous dit « tout va bien se passer ». Il nous dit « on ne va pas être obligés de changer nos modes de vie, on a un problème de mobilité sur l'avion, vous inquiétez pas, on va pouvoir continuer à augmenter l'avion, mais il y aura l'avion vert dans 20 ans ou dans 30 ans.

On va avoir besoin d'électricité et effectivement, on va avoir besoin de plus d'électricité, vous inquiétez pas, je vais faire des nouveaux réacteurs nucléaires dans 20 ans. On a un problème avec la voiture ? Pas dans 20 ans. On a un problème avec la voiture, ne vous inquiétez pas, on va changer les moteurs thermiques pour des véhicules électriques qui coûtent encore plus cher que les moteurs thermiques parce qu'ils sont plus lourds, parce qu'ils sont plus équipés. Et s'il y a une guerre, on mettra des cols roulés.

Le problème, c'est qu'au fond, ce que nous dit le président de la République, c'est qu'on n'a pas à agir maintenant que les solutions technologiques dans 20 ans répondront à l'urgence d'aujourd'hui. Et ça, c'est une faute politique très grave.

3:22
Invité

Mais on voit bien aussi qu'il y a la volonté d'éviter que les angoisses ou les colères des Français face à cette transition deviennent le carburant de l'extrême droite. Parce que c'est ce qui se passe en Allemagne, c'est ce qui se passe en pays, dans les Pays-Bas.

3:33
Yannick Jadot

Mais c'est ce qui se passe partout. Aujourd'hui, vous avez trois types de nouveaux climato-scepticisme. Vous avez le climato-scepticisme de l'extrême droite, rejoint par la droite qui est de dire au fond, comme l'avenir est terrifiant, angoissant, le présent aussi très inquiétant. Au fond, on va fantasmer le passé. Donc on a toujours l'arabe, le noir, le juif, le bouc émissaire, l'étranger, qu'il faut purger de la société. Ça, c'est l'extrême droite depuis que l'histoire est histoire. Mais il y a deux nouveaux adversaires à l'extrême droite, l'écologiste et la féministe.

Parce qu'au fond, c'est les grands mouvements de la société, comme on veut replonger dans le passé de manière nationaliste, accepter les défis de l'humanité à l'échelle de l'humanité. Le deuxième climato-scepticisme, c'est ce que je disais, c'est de dire au fond, bon ben voilà, on aurait aimé qu'il n'y ait pas le dérèglement climatique, mais il est là, il faut s'y habituer. Non, on n'est qu'au début du chaos. Chaque dixième de degré, chaque année, chaque mois pris en retard, nous amène vers le chaos. Qui dit il faut s'y habituer ?

Vous voyez dans certaines sociétés, vous voyez par exemple la droite, la droite en Suisse, il commence à attaquer les instituts de météorologie qui annoncent les canicules. Non mais en France, en France, il y a des gens qui... Il n'est pas climato-sceptique Emmanuel Macron là quand même. Une partie du gouvernement, on est beaucoup sur les 4 degrés par exemple. Vous voyez, c'est au fond l'idée, moi je suis pour, qu'on intègre l'adaptation. Mais on parle beaucoup plus aujourd'hui de la façon dont on va s'adapter au dérèglement climatique, de la façon dont on lutte contre le dérèglement climatique. Vous dites qu'ils sont climato-sceptiques.

Et puis enfin, c'est la vision du président de la République qui au fond nous fait un exercice, il fait un peu comme si... Il fait un peu semblant, il pense qu'il peut filouter avec le dérèglement climatique et qu'en s'y attaquant dans 20 ans, ça va marcher.

5:23
Invité

Il fait semblant avec des paquets de milliards quand même. Attendez, il fait semblant avec...

5:27
Yannick Jadot

Non, non, il recycle beaucoup de choses. Il recycle ? On a, on a, vous avez, on peut ne pas écouter les écolos. C'est dommage parce qu'on ne serait pas dans la tête dans une telle panade. Mais quand vous avez l'ancien rédacteur du programme d'Emmanuel Macron, Jean Pizani-Ferry, qui, avec Mme Mafouz, font un rapport qui dit qu'il faut mettre le paquet sur le bâtiment. On a des millions de Français qui ont froid l'hiver. Maintenant, on a encore plus de Français qui suffoquent l'été.

5:54
Invité

S'il y a un grand chantier... Avec les parmi les passoires thermiques.

5:56
Yannick Jadot

Et puis enfin, si vous me permettez, Patrick, parce que vous êtes sensibles à ça.

5:59
Invité

La hausse est historique, la hausse des crédits contre les passoires thermiques.

6:03
Yannick Jadot

4 milliards, il faut 10 de plus. Non, non, c'est plus de 4 milliards. Non, non, c'est 2,6 et 1,4. Mais, si vous voulez, on est... Ce que je regrette dans le discours du président de la République, au fond, c'est qu'on a une société qui est à l'arrêt. Et on sait qu'une société à l'arrêt, elle va mal. Elle va aller de pire en pire. C'est tous les replis identitaires, c'est tous les trucs, les haines, machin. Donc, il faut remettre la société en mouvement. Et plutôt qu'un président de la République qui dit, dans son discours, ni déni, ni cure, eh bien, au fond, ce n'est pas un projet positif.

Moi, j'aurais aimé qu'ils disent, voilà, on a ce grand défi, qui est peut-être le plus grand défi de l'humanité. On va se mettre ensemble. Les entreprises, les syndicats, les consommateurs, les citoyennes et les citoyens, ça va être notre grand projet de société, parce que c'est un défi qu'il faut affronter, et qu'on a besoin d'une société plus juste, plus libre, plus démocratique. Et au lieu de ça, il dit, en fait, vous inquiétez pas, les solutions de dans 20 ans nous permettront de ne pas changer un mode de vie qui ne va pas avec les limites de la planète.

7:09
Invité

Il y a une crise climatique, il y a aussi une crise immobilière, qui, on vient d'évoquer la question des passoires thermiques, le ministre de l'économie s'interroge sur le calendrier qui doit conduire au 1er janvier prochain un certain nombre de maisons ou d'appartements à être interdites à la location par les propriétaires s'ils ne les rénovent pas. La réduction a commencé pour les logements G+, à partir du 1er janvier 2023. Moi, j'appelle juste à ce que ces mesures, leur application, soient soutenables pour les gens. Donc je vois que dans les copropriétés, ça pose problème. On ne peut pas dire, écoutez, débrouillez-vous.

Si vous avez un propriétaire qui veut faire cette rénovation et d'autres qui disent non, les solutions sont encore beaucoup trop complexes. On ne peut pas aller chez les gens sans solution. Comme citoyen, j'écoute ce que me disent mes compatriotes. Et quand ils me disent que c'est trop difficile, trop compliqué, qu'il faut de meilleurs accompagnements, plus de clarté, plus de simplicité, je leur dis qu'ils ont raison.

8:08
Yannick Jadot

Est-ce qu'il faut de la souplesse dans ce calendrier ? C'est sidérant ce que dit un ministre, qui parle en tant que citoyen d'ailleurs. Il n'est plus ministre là. Dès qu'il s'agit d'agir, il n'est plus ministre. On a quand même... Vous avez cité les gilets jaunes tout à l'heure. Moi, j'étais à la négociation avec le président Sarkozy à l'époque de la taxe carbone. Qu'est-ce qu'on a dit immédiatement ? Il faut de l'accompagnement social. Sinon, pour celles et ceux qui sont contraints avec leur automobile, ce sera une catastrophe. Ce qu'ont choisi tous les gouvernements, c'est de faire du rendement fiscal et de ne pas accompagner socialement celles et ceux qui sont dépendants de leur bagnole.

On a, sur le logement, je l'ai dit tout à l'heure, on a quand même des millions de Français qui, encore une fois, sont en situation de précarité énergétique. C'est absolument dramatique pour leur santé. C'est la santé des enfants, c'est leur santé à eux, c'est leur confort. Et ça fait tant d'années qu'on demande à accompagner. Je veux dire, pour celles et ceux qui sont en situation de vulnérabilité sociale, c'est évidemment la prise en charge à 100% de leur rénovation thermique. Pour celles et ceux qui ont un peu de moyens, on peut imaginer sur la cession du logement récupérer l'investissement public de l'État.

Et on va avoir des Françaises et des Français qui sont locataires, qui ont du mal à payer leur loyer et qui vont avoir des factures parce qu'ils sont dans un logement F ou G, ils vont avoir des factures qui vont exploser. Ce n'est pas possible. Vous voyez, le président de la République, vous disiez, il agit. Qu'est-ce qu'il nous annonce ? Il nous annonce que son objectif de fermer les centrales charbon est reculé de 5 ans. Sur le glyphosate, il avait annoncé qu'il allait interdire le glyphosate. Il est en train de reculer de 5 ans ou 10 ans. Et là, sur un sujet essentiel pour les Françaises et les Français, le logement, c'est le premier poste de dépense. C'est une inquiétude profonde.

Il y a eu, vous vous souvenez, le CNR du logement. Vous savez, la réunion avec tous les acteurs du logement. Ils sont sortis de là effondrés parce qu'ils se sont sentis méprisés. Depuis la fondation Abbé Pierre jusqu'à la Fédération française du bâtiment, ils sont sortis de là méprisés parce qu'au fond, le gouvernement n'a rien repris. Donc le sujet, pardon, ce n'est pas d'arrêter les règles. Le sujet, c'est d'accompagner socialement nos concitoyens. C'est d'accompagner nos entreprises et l'industrie et pas de baisser notre niveau d'ambition.

Planification écologique : des mesures suffisantes ? - Yannick Jadot - C à vous - 28/09/2023 — Yannick Jadot · Pourquijevote