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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous !· 30 juin 2026 22 min

François Patriat : "Pas d’interdiction de pesticides sans remplacement"

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour François Patria. Merci beaucoup d'être notre invité, sénateur de la Côte d'Or, président du groupe RDPI Renaissance au Sénat. Vous allez quitter le Sénat dans quelques semaines après près de 20 ans. Ici dans la Chambre haute, on va revenir sur vos 20 ans. Vous avez choisi de ne pas vous présenter aux prochaines sénatoriales. Et s'il ne devait rester qu'un macroniste, ce serait sûrement vous, François Patria. Non, il y a un groupe encore. Oui, toujours en marche, après deux quinquennats, on va en parler. Une interview en partenariat avec la presse régionale, représentée par Christelle Bertrand du groupe La Dépêche.

Bonjour Christelle. Bonjour Fabienne, bonjour François Patria. Bonjour. D'abord, on va revenir sur l'actualité de cette nuit au Sénat. François Patria et le retour de la loi Duplomb. Les sénateurs qui ont voté la réintroduction de pesticides interdits en France depuis plusieurs années, mais autorisés ailleurs en Europe, je dis retour de la loi Duplomb, parce qu'elles étaient contenues dans cette loi. Et le Sénat les a réintroduits dans le projet de loi d'urgence agricole qui est examiné en ce moment au Sénat. Est-ce que c'est un vote qui fait fi de toute considération écologique ?

1:05
François Patriat

Pas du tout. Je pense que d'abord, ce texte aujourd'hui va porter… On ne va bien parler que de cet article-là. J'entends. Il n'y a pas que ça dans ce texte. Il y a beaucoup de choses que défend, je crois, avec beaucoup de talent, madame la ministre de l'Agriculture. Je pense que les agriculteurs, moi, je les vois tous les jours, je les connais, j'habite parmi eux. Il n'y a pas seulement un principe de ras-le-bol face aux normes, mais aussi face à toutes les déclarations qu'ils ont à faire. Et c'est vraiment, pour eux, la complexité est une réalité quotidienne.

1:37
Invité

Mais là, sur les pesticides… Chaque agriculteur passe une semaine dans son bureau.

1:39
Présentateur

Sur les pesticides, on sort d'une canicule qui a remis les questions écologiques sur le devant de la Seine. Et durement, il y a des morts, il y a des hôpitaux saturés. Pourquoi avoir voté la réintroduction des pesticides ? Est-ce que vous n'êtes pas un peu à rebours de ce que doit être l'avenir ?

1:54
François Patriat

Je crois que c'est pour marquer un coup d'arrêt à des interdictions sans remplacement. Je crois que le chef de l'État l'avait dit. Pas d'interdiction sans remplacement. Or, ils arrivaient sur certaines cultures. Oui, d'accord. Tant qu'il n'y en a pas, les autres le feront. Les autres le feront. Et peut-être que tant qu'il n'y a pas d'interdiction, il n'y a pas de solution de remplacement. C'est peut-être aussi cette logique là qui est en oeuvre. Alors, s'il n'y a pas de solution de remplacement, faisons disparaître le colza des zones intermédiaires, il n'y en aura plus. Et on apportera du colza d'Europe de l'Est totalement traité. Voilà, il n'y en aura plus.

Aujourd'hui, il faut un minima, ce sera comme ça. Pour beaucoup de productions, j'ai vu des agriculteurs, des céréaliers me dire, je ne vais plus pouvoir cultiver. Je ne vais plus pouvoir cultiver. On va arrêter. Et bientôt, on retrouvera de la jachère sur ces terres-là. Donc, je pense que, dans le domaine, je crois qu'ils sont utilisés avec beaucoup de précautions. Et qu'ils ne l'utilisent pas quand ils n'en ont pas besoin. Si aujourd'hui, le besoin se fait sentir parce qu'il y a une attaque d'altise sur le colza, je pense ça. Mais c'est vrai pour les noistiers, c'est vrai pour les cerisiers. Regardez, pour les cerisiers, on est interdit.

Qu'est-ce qu'on fabrique comme cerises en France aujourd'hui ? Toutes les cerises viennent d'Europe de l'Est, toutes traitées. Avec le produit interdit en France. Est-ce que c'est plus intelligent ? Est-ce que c'est mieux à même pour le territoire que ça ?

3:04
Invité

– Excusez-moi, mais là, c'est à mi-pris, une pétition qui a réuni plus de 2 millions de signatures. Ça veut dire qu'on s'assoit dessus. On fait comme si cette pétition n'avait pas existé.

3:13
François Patriat

– Les 2 millions qu'on citait, sont-ils des ruraux ? Sont-ils des agriculteurs ? – Mais c'est quoi ? C'est un clivage urbain-reau pour vous ? – Comment ? – Pour vous, c'est un clivage urbain-reau ? – Non, mais bien sûr, en l'occurrence, beaucoup. Je pense que, allez regarder où est le vote écologiste aujourd'hui, il est en ville, je ne suis pas anti-écologie, il est défendu bien des mesures, je l'ai fait avec responsabilité, je suis scientifique de formation, je l'entends bien, mais regardez, c'est un vote…

3:34
Invité

– Mais en admettant que ce soit un vote urbain, ce qui n'est pas du tout prouvé, ce n'est pas pour ça que les gens ne sont pas intéressés par ce qu'ils mangent et la manière dont c'est cultivé. Ils ont aussi le droit de donner…

3:42
François Patriat

– Alors, ils ne sont pas à une contradiction près, les gens voudraient manger le plus sain possible, le plus noble possible, ils ne mangent pas cher. Ils ne mangent pas cher, c'est trop cher. Bon, alors on fait comment ? On fait comment ? – Donc oui, il y a une responsabilité du consommateur en fait. Il y a une responsabilité du consommateur pour vous ? – Bien sûr qu'il y a une responsabilité de tous. Je crois qu'on a supprimé beaucoup de molécules aujourd'hui. Il y a un sujet sur lequel je suis très inquiet aujourd'hui, c'est le cadmium. Oui, sur le cadmium, il faudra intervenir dessus.

Parce que je pense qu'il y a dedans des arguments qui plaident en faveur vraiment d'un traitement des solutions.

4:14
Présentateur

– Est-ce que vous craignez que ce vote et cette réintroduction des pesticides cette nuit bloquent l'avenir du projet de loi d'urgence agricole ? – Ça va retarder l'adoption du projet ?

4:21
François Patriat

– Il y aura une commission mixte paritaire.

4:23
Présentateur

– Mais c'est une ligne rouge pour vous, la réintroduction des pesticides ?

4:26
François Patriat

– Non, je pense que le Sénat… – Parce que ça fait débat,

4:29
Présentateur

ça va peut-être pas recueillir la majorité.

4:30
François Patriat

– On va sortir des politiques bloquées et stériles. Le Sénat a une position autour de la loi du plomb. Je ne suis pas d'accord avec l'ensemble de la loi du plomb, du tout. Je pense qu'il a des coups de colère, parfois il est réactionnaire, mais il y a une forme de bon sens malgré tout dans ce que vivent aujourd'hui le monde agricole, ce que vivent les paysans face à leur complexité. Le problème des mégabaccines est le même. Regardez, aujourd'hui, on a du mal à faire des légumes en France. Qu'est-ce qu'a fait l'Espagne ? L'Espagne a fait des mégabaccines. Elle en a fait. Et sans les considérations qu'on a en France, sans les oppositions. Et qu'est-ce qui nous fournit aujourd'hui ? L'Espagne.

Voilà.

5:04
Invité

– Christelle, sur les mégabaccines ? – Sur les mégabaccines quand même, justement. Là, on sort d'une canicule, on en annonce une pour la semaine prochaine. Les sols sont complètement asséchés. Alors, les mégabaccines, tout l'hiver, vont les pomper dans les nappes phréatiques, les vider.

5:17
François Patriat

– Les mégabaccines, elles sont remplies avec le surplus d'eau qui coule trop vite et par abondance. Elles sont remplies comme ça. Les mégabaccines ne vont rien chercher dans les nappes. Jamais, jamais, jamais. Et jusqu'au début, jamais. Les mégabaccines, on récolte l'eau qui ruisselle, qui ruisselle maintenant, de façon anachronique, violemment, violemment, trop violemment, et elle est perdue. L'eau s'en va, elle ruisselle, elle va à la mer. Donc, aujourd'hui, on la stocke à ce moment-là. Les retenues collinaires, je suis favorable aussi parce que je vois bien, vous savez, le monde de l'élevage. Je vis dans le monde de l'élevage aujourd'hui.

Je vois des éleveurs qui, du matin au soir, vont porter de l'eau à leurs animaux dans les prés. Porter de l'eau à leurs animaux dans les prés. S'il n'y a pas de réserve en eau, parce qu'il y a des territoires où il n'y a pas de réserve d'eau, vous voyez bien, ils font des dizaines de kilomètres pour alimenter leur bête. Il faut demain avoir des retenues collinaires et des mégabaccines.

5:59
Invité

– Les mégabaccines suscitent aussi une opposition même de la part du MEDEF qui craint une appropriation de l'eau par les seuls agriculteurs. Est-ce qu'il ne faudrait pas un grand débat en France sur l'eau, comme la ministre de l'Environnement l'a proposé, pour savoir comment se répartit l'eau et puis surtout comment on préserve les réserves d'eau ? – Je ne vois pas vraiment l'idée des grands débats.

6:18
François Patriat

J'en ai connu beaucoup. – Mais est-ce qu'il est normal que l'eau, c'est que les agriculteurs… – Non, mais je ne parle pas de celui-là. – C'est pas celui-là, ce grand débat-là. Et c'était un débat de fond. – Oui, il n'y en a pas eu qu'un. – Sur l'ensemble de l'avis. Enfin, c'est vraiment celui-là. Mais je parle des débats thématiques qu'on organise comme ça aujourd'hui, même ceux qu'on conseille, ceux que j'ai siégé aussi au Conseil économique et social. Je l'ai vu. Non, je pense qu'en l'occurrence, il y a besoin de stocker l'eau quand elle coule, parce que le problème des nappes cette année n'était pas un problème. Pas un problème. Il n'est pas un problème.

C'est que tu as réglé l'eau pour pouvoir la réutiliser.

6:49
Invité

– Mais c'est normal que les agriculteurs s'approprient l'eau de cette manière qu'il y a les mégabaccines.

6:56
François Patriat

L'eau dont ils ont besoin, l'eau, elle ne va pas tout à l'agriculture. Il me semble que sur les milliards de mégabaccines. – Mais pourquoi le MEDEF s'inquiète alors dans ces cas-là ? – Je ne sais pas, je découvre que le MEDEF aujourd'hui s'inquiète, c'est bien.

7:07
Présentateur

– François Patrice ?

7:07
François Patriat

– Les entreprises qu'il faisait, ils ne s'inquièteraient pas.

7:09
Présentateur

– Ça veut dire quoi ? Qu'eux, ils s'intéressent à l'économie et pas à l'écologie ?

7:13
François Patriat

– Non, pas du tout. Mais chaque syndicat s'intéresse à ses adhérents.

7:19
Présentateur

– Ce projet de voie, il est censé répondre à la colère du monde agricole qu'on voit et que le gouvernement, les gouvernements successifs n'arrivent pas à enrayer. D'où ce texte d'urgence agricole. Est-ce qu'il répond vraiment aux difficultés des agriculteurs

7:31
François Patriat

ou est-ce que c'est un texte de lever des contraintes ? – Non, c'est un texte supplémentaire, il y en a eu plusieurs, il y en a eu l'année dernière déjà. C'est un texte, à mon avis, qui apporte des solutions, quelques solutions, des choses intéressantes, pour voir autour du foncier encore ce qui pourrait être fait aujourd'hui. Je pense qu'il faut surtout, alors là, ce n'est pas vraiment un grand débat, c'est une réflexion sur l'avenir de l'agriculture dans notre pays. Est-ce que le modèle d'agriculture familiale, tel qu'il était conçu dans les années 70, Pisani, sans suite sous Jacques Chirac, est encore viable aujourd'hui ?

Est-ce que la mécanisation, est-ce qu'aujourd'hui, les modes de production sont changés ? On parle du climat. Pourquoi aujourd'hui la difficulté existe sur les céréales ? La Russie va produire 100 millions de tonnes, 100 millions de tonnes de blé. Vous vous rendez compte ? Avant, elle en produisait, elle importait du blé de l'Europe. Maintenant, elle va en exporter partout. Et elle fait baisser les prix. Eux, ils bénéficient du changement climatique. Parce qu'aujourd'hui, ils n'ont plus le gène, ils n'ont pas autre chose.

Donc aujourd'hui, nous, si eux bénéficient de ce lutte-là, et que nous, on n'est pas capables de lutter intelligemment contre, et contre les risques sanitaires, sur les risques sanitaires, alors l'agriculture est en danger.

8:37
Présentateur

François Patria, on sort d'une canicule terrible qui a affecté aussi les cultures, qui a affecté les agriculteurs. Est-ce que vous souhaitez que le gouvernement aide ces agriculteurs où on n'a pas les moyens de le faire ?

8:47
François Patriat

Je pense que le gouvernement, quel qu'il soit, a toujours aidé les agriculteurs.

8:51
Présentateur

Mais là, est-ce qu'il faut des mesures spécifiques, post-canicule ?

8:55
François Patriat

Écoutez, il y aura sans doute des mesures, si il faut par exemple donner de la nourriture au bétail. Beaucoup. Si aujourd'hui… Par contre, je pense que là, il faudra sans doute, pour les éleveurs, je le dis, s'il y a des mesures spécifiques à prendre, il faudra les prendre. Elles seront prises, le gouvernement les prendra. Je suis plus inquiet par le végétal. Le végétal aujourd'hui, où les contraintes ajoutées au changement climatique mettent en péril des céréales en France. C'est ça. Et là, ce n'est pas des aides qu'il faut. C'est de trouver aujourd'hui quelles sont les solutions de remplacement.

On voit bien que la vigne monte maintenant dans le territoire français à côté, qu'elle ne montera plus haut demain, que l'Angleterre se pose, qu'elle va en faire demain. Donc, c'est plutôt sur l'avenir pérenne.

9:43
Invité

– Ça veut dire qu'il faut une réflexion globale sur les types de cultures qui vont être plantées en France.

9:48
François Patriat

– Et sur les structures, et sur les structures aujourd'hui. On ne peut pas installer un agriculteur demain sur une petite surface sur 30-40 hectares. Il n'aura jamais les moyens de la mécanisation, des investissements. – Il faut agrandir les structures. – Et on en fera un agrédif à vie.

10:01
Présentateur

– François Patria, on est à 10 mois de la présidentielle. Qui vous soutenez ?

10:05
François Patriat

– Moi, je soutiens une stratégie. Je pense qu'aujourd'hui, ce que je soutiens, c'est que la prise de conscience doit se faire. Et je vois que certaines personnes politiques, la présidente du FMI aujourd'hui va le faire, voudraient faire prendre conscience en français. Les Français sont-ils prêts à élire un président d'extrême-gauche ou d'extrême-droite ? Sont-ils prêts ? Se rendent-ils compte du danger aujourd'hui ? Des dangers, j'allais dire, pour l'économie ? Des dangers pour la vie quotidienne ? Est-ce qu'ils sont prêts ? Je n'ai pas le sentiment qu'aujourd'hui, ils ont pris vraiment conscience. – Parce que dans votre camp, on est conscient ?

10:42
Présentateur

– Parce que vous parlez du président de votre famille politique, Gabriel Attal, à part ajouter un nom à la liste des candidats. Vous avez l'impression qu'il a pris conscience ?

10:48
François Patriat

– Je ne vais pas poser la question suivante. Je reste sur ma question. Moi, je pense qu'il fallait qu'aujourd'hui, qu'il faudrait que les gens qui appartiennent au parti républicain classique, ici, dans cet hémicycle, je m'exprime depuis 10 ans à faire en sorte qu'on sorte du vieux combat gauche-droite. Le combat n'est plus gauche-droite aujourd'hui. Le combat, il est extrême-droite, extrême-gauche. Et dans cet hémicycle, et dans les partis politiques classiques, on fait comme s'il y avait un climat gauche-droite socialiste contre républicain. – Mais ce n'est pas le résultat du « en même temps » tout ça ?

11:20
Présentateur

Est-ce que ce n'est pas Emmanuel Macron qui est en même temps qui a renforcé l'économie ?

11:24
François Patriat

– Laissez-moi répondre, non, pas du tout, pas du tout. Moi, j'étais toujours pour, vous savez, il y a longtemps que je suis pour le « en même temps », pas « en même temps », que je suis pour le dépassement. J'ai voté dans ma vie, parce que je pensais que les hommes comptaient plus que d'autres, pour des gens qui n'étaient pas de mon camp politique, pour les faire élire. Le dépassement politique, pour moi, c'est une règle saine aujourd'hui. Et même Gisard d'Estaing avait raison, il disait deux Français sur trois. Je pense que vouloir rester dans son couloir clannique, en disant, allez, on va rétablir le combat gauche-droite, c'est fini. – Ça veut dire… – Allez-y, allez-y.

– Non mais, je voulais finir. Donc, je pensais que, pour faire ce débat, il faut déjà que les partis républicains puissent s'entendre sur une plateforme commune, je ne dis pas un programme, une plateforme commune, et qu'à l'automne, on verra, septembre, octobre, c'est la bonne date à mon avis, on choisit celui qui serait le mieux à même de le porter. Ça n'est pas la méthode qui a été suivie. Chacun des candidats aujourd'hui est dans son couloir de gauche.

12:15
Invité

– Si vous comprenne bien ce que vous dites, quand vous dites une plateforme commune, ce serait DLR au Parti Socialiste,

12:21
François Patriat

inclus ces deux partis. – De la partie DLR qui n'est pas tentée par l'Union des droites, à la partie…

12:28
Présentateur

– Non mais pardon, c'est expliqué.

12:29
François Patriat

– Jusqu'à la gauche qui n'est pas tentée par l'Union des droites.

12:30
Présentateur

– C'est avec Bruno Retailleau ou c'est sans Bruno Retailleau ?

12:32
François Patriat

– Ça peut être Bruno Retailleau, mais ça peut être… – Ça s'appelle de Bruno Retailleau à Bernard Cazeneuve, voilà. – Donc, il faudrait un candidat unique pour tout ce socle-là. – Je pense que c'est la condition pour qu'on n'ait pas demain un président et surtout…

12:47
Présentateur

– Mais est-ce que vous regrettez que Gabriel Attal se soit lancé dans la course ? Est-ce qu'il aurait dû attendre ?

12:51
François Patriat

– Je ne regrette pas, je le comprends. Je veux dire par là qu'à partir du moment où d'autres candidats sont partis, partis de très loin, sans programme mais uniquement sur leur image, dire que le parti auquel j'appartiens n'existe pas, qu'on allait laisser les autres débattre autour, c'est compliqué aujourd'hui. Ce que je crois, c'est qu'il ne faut pas s'enfermer aujourd'hui dans une démarche préconçue. Je ne vois pas très bien d'abord comment se fera l'alliance au bout. Je ne vois pas comment elle se fera très bien. Imaginez que demain, ils soient 17-17 tous les deux. Comment on fait ? Comment on fait ? – On peut espérer que ce n'est pas égalité.

– Qu'ils soient à deux points, avec la marge d'erreur, qu'ils soient à trois points, que quelqu'un qui serait à 18 et quelqu'un à 16, il dira « attendez, je n'ai aucune chance ». Non, il faut considérer aujourd'hui que M. Mélenchon est capable de faire élire deux fois Mme Le Pen. Première fois en étant en tête, à gauche, puisqu'aujourd'hui il a un programme, un parti, des militants, etc. et puis il rassemble à gauche. Donc au premier tour, il élimine les partis républicains traditionnels et au deuxième tour, il fait passer Mme Le Pen ou M. Bardella.

Donc si les Français ne sont pas conscients de ça, si les Français ne sont pas, ils disent qu'ils n'en veulent pas, ils disent « on ne veut pas d'un combat, Le Pen, Mélenchon ». On n'en veut pas. Mais en même temps, ils ne se prononcent pas pour faire en sorte autrement. Donc moi je crois que tout cet été…

14:01
Invité

– Mais quand vous dites un candidat commun des ALR OPS, ça veut dire qu'il y a des discussions qui existent aujourd'hui entre tous ces partis politiques pour qu'il n'y ait qu'un seul candidat ?

14:10
François Patriat

– Aujourd'hui il n'y a qu'un comité de liaison entre les partis… – Non mais au-delà du comité de liaison… – Ça ne suffit pas, aujourd'hui on est là pour ne pas donner trop de coups et pour éviter les débordements. J'espère qu'on les évitera, mais ça ne suffit pas.

14:23
Invité

– Mais ça veut dire qu'il y a des discussions par exemple entre un Laurent Wauquiez et un Bernard Cazeneuve pour essayer de dégager une candidature commune à tout ce monde-là.

14:31
François Patriat

– Je crois que Laurent Wauquiez avait mis en voie plus large que ça. – Oui, ça allait plus à droite. – Non, je pense que vu le danger, vu la pérennité des sondages, vu la menace qui pèse sur ce pays dans les conditions où nous sommes aujourd'hui, accroître la fragilité de la France…

14:50
Présentateur

– Mais quand vous entendez Maud Bréjon par exemple, qui est dans votre camp et qui dit qu'elle soutient Édouard Philippe, comment vous réagissez ?

14:57
François Patriat

– Je pense que ce n'est pas un candidat qu'il faut soutenir aujourd'hui, c'est une démarche, je vous le dis, voilà.

15:02
Présentateur

– D'accord, donc vous soutenez à l'heure actuelle ni Gabriel Attal, ni Édouard Philippe.

15:09
François Patriat

– Si demain il faut voter Édouard Philippe ou Gabriel Attal, Gabriel Attal bien entendu d'abord, mais Édouard Philippe ensuite ou quelqu'un d'autre, pour éliminer l'extrême au deuxième tour, je voterai pour lui bien entendu.

15:22
Présentateur

– Est-ce que pour vous le macronisme va s'arrêter en mai 2027 ou est-ce qu'il peut y avoir un retour d'Emmanuel Macron ?

15:28
François Patriat

– Moi je pense qu'il ne faudra pas deux ans pour que le retour en grâce d'Emmanuel soit réel, Emmanuel Macron, je le dis. Je le dis parce que, interrogez les Français autour de vous, dans les difficultés extrêmes actuelles internationales, au G7 ou ailleurs, dans les problèmes avec l'Ukraine, qui voyez-vous à la place d'Emmanuel Macron aujourd'hui ? – Ah bah oui, ah oui ? – Donc pour lui il va revenir ? – Je n'entends pas répondre Édouard Philippe, quand il dit ça aux gens. – Vous entendez répondre Emmanuel Macron ?

– Et deux, je ne vous l'ai pas apporté aujourd'hui, un jour j'ai dit au président de la République, ce n'est pas les grandes lois qui changent l'épinion des Français, c'est le quotidien. Les Français sont exaspérés par leur quotidien, parlant par la sécurité, par les difficultés, par la complexité, par l'humanité, etc. – Ça c'est les conséquences des gouvernements, enfin les différents gouvernements d'Emmanuel Macron ? – Non, non, attendez, justement, j'ai relevé, je ne l'ai pas apporté aujourd'hui, mais je le ferai si vous m'invitez, les 100 mesures qui ont totalement changé la vie des Français. On n'a fait que du quotidien tout le temps.

Je parle du prélèvement à la source, je parle des écoles de diminution des élèves, je parle du versement de la pension alimentaire, je parle du fauteuil rouleur, tout ce qui est avalé est oublié. – Mais pour être clair. – Et 100 mesures qui ont vraiment changé la vie des Français. Point dernier, le fauteuil, un million, le fauteuil gratuit, ça ne change pas la vie d'un million de personnes en France ? – Mais vous dites qu'il ne faudra pas deux ans

16:48
Présentateur

pour son retour en grâce, est-ce que concrètement vous souhaitez son retour en 2032 ? Est-ce que vous souhaitez qu'il soit en 2032 ?

16:53
François Patriat

– Je l'ai dit en présentant, j'ai dit l'autre jour sur un plateau que sur mon écran il y a marqué « hashtag Macron 2032 ». Oui, voilà, je l'ai dit, et je le souhaite d'ailleurs, je vous le dis franchement, comme tel. – Mais vous en avez parlé avec lui, est-ce que lui le souhaite ? – Si on regarde les choses en face, est-ce que vous pensez que les difficultés de la santé, que les difficultés de la justice, que les difficultés de la sécurité, que les difficultés de l'environnement, elles datent d'Emmanuel Macron ? Or qui est-ce qui a le plus répondu fortement qu'Emmanuel Macron ces dernières années ?

Quand on a doublé le budget des armées, quand on a mis plus de 30 milliards de la santé dans les hôpitaux, quand on a doublé le nombre de magistrats, quand on a trois plans climatiques, quand on a pris les mesures contre les gaz à effet de serre comme lui, est-ce qu'on n'a pas changé les choses ?

17:36
Présentateur

– Est-ce que lui se prépare à revenir en 2032 ? Vous êtes un de ses confidents, vous parlez beaucoup avec lui. Est-ce qu'il vous en a déjà parlé ?

17:41
François Patriat

– Un, le président ne se confie pas. – Il ne vous dit rien ? – Non, il écoute, il essaie, mais il ne se confie pas. Et c'est très bien comme ça. Deux, qu'il y pense ou pas, je ne sais pas s'il y pense. En tout cas, j'ai vu que c'est la tentation de tous les présidents de revenir, une fois qu'ils ont été… Surtout, j'ai vu Sarkozy, je vois François Hollande aujourd'hui. Et puis, moi je pense… – Il y a peu nombreux à avoir réussi. – On est d'accord, mais enfin, personne n'avait réussi à se faire élire deux fois hors cohabitation. Personne. Donc, c'est cela aussi à mettre à l'actif d'Emmanuel Macron, qui je pense a voulu protéger les Français. Il a répondu aux crises, il y a eu des crises.

Et puis en plus, avouez que le Covid, la guerre, l'inflation, la crise énergétique qui sont venues ici se succéder, jamais un président, jamais un président en 10 ans n'a eu six crises successives.

18:35
Présentateur

– On va parler de vous pour terminer. François Patria, vous êtes sénateur depuis près de 20 ans, vous ne vous représenterez pas, pourquoi ?

18:41
François Patriat

– Je l'ai dit, par lucidité, par sagesse et par responsabilité. Par lucidité, comme on le sait, j'ai plus de 83 ans. Plus de 83 ans, vous savez, j'ai trop vu d'hommes politiques vouloir faire le mandat de trop, s'accrocher, s'ouvrir aux critiques. Ils disaient, le mandat doit être bien, la place doit être bonne, ça doit bien payer, etc. Donc, je suis lucide sur mon âge, même si je suis en forme, même si les choses vont plutôt bien et ça peut ne pas durer, bien entendu. Quand on part pour un mandat de 7 ans, 84 ans, 91 ans, non. Lucidement, ce n'est pas bien. Deux, la sagesse.

La sagesse, c'est de faire en sorte que, je peux considérer aujourd'hui, je ne suis pas de ceux qui regardent dans le rétroviseur, jamais, mais 15 ans à l'Assemblée, 4 ans au Conseil économique et social, 3 ans au gouvernement, 16 ans au président de Résion, 18 ans au Sénat, je vois bien ce qu'on dit sur les réseaux sociaux. Aujourd'hui, il est temps qu'il dégage, voilà ce que j'entends. Il va bientôt partir, qu'est-ce qu'il fait encore là ? Donc, c'est plutôt sage de répondre et de dire, voilà, je pense avoir tenté de faire ce que j'ai pu, j'ai eu des échecs, j'ai peut-être deux fois battu dans ma vie politique, puis j'ai gagné 23 élections.

Et la responsabilité, c'est de faire en sorte que le groupe, que je préside avec fierté depuis 9 ans, puisse perdurer aujourd'hui. Il y aura toujours un groupe, vous en doutez, ça vous inquiète ? Est-ce que les macronistes auront encore un groupe au Sénat en octobre ? Aujourd'hui, il y a suffisamment de sénateurs non réligibles pour que le groupe persiste. Je pense qu'on en réalisera les 4-5ème. Donc voilà, le groupe persistera.

20:08
Invité

En revanche, vous craignez une constitution d'un groupe ARN ?

20:14
François Patriat

– Alors ça, je ne le crains pas, c'est sûr. Il y aura demain, je pense, entre 11 et 15 membres pour faire un groupe ARN, comptant ou ne comptant pas, ceux de la droite sociétique, ils les rejoindront.

20:28
Invité

– Ça peut changer les discussions et l'atmosphère au sein de l'initiative ?

20:33
François Patriat

– Ça changera totalement l'atmosphère au sein de l'Europe, parce qu'il nous arrive d'avoir des réunions de présidents entre nous, avec Mme Kukerman, avec M. Retaillou, avec Mathieu Darnot aujourd'hui, d'autres, les choses se passent plutôt bien, même quand on n'est pas d'accord du tout sur certains points. – Je pense que la présence demain va changer les choses. Et d'ailleurs, il y a une remarque que je voudrais faire sur vous, c'est que depuis 50 ans de vie politique, je vois le niveau des assemblées baisser terriblement, que ce soit dans les communes, que ce soit dans les départements, que ce soit dans les régions, que ce soit ici au Sénat.

– Pensez qu'il y a 250 ans, c'est Victor Hugo qui siégeait, c'était Lamartine ailleurs, aujourd'hui vous voyez le niveau. Non pas au Sénat, parce que le Sénat, le niveau est plutôt encore bon, parce que le mode de désignation…

21:18
Présentateur

– On va laisser les députés apprécier ça.

21:20
François Patriat

– L'Assemblée nationale, je vous assure que le niveau de l'Assemblée nationale, regardez les débats il y a 20 ans, même en 80 quand j'ai été élu, les débats à l'Assemblée nationale en 80 et aujourd'hui, il y a de quoi désespérer les Français.

21:32
Présentateur

– Merci François Patria, du coup vous aurez le temps de regarder le foot ce soir, c'est la une de la dépêche.

21:37
François Patriat

– Bien sûr, bien sûr. – Que la fête continue, le 16e de finale. – J'ai même remarqué la finale hier soir, du match Allemagne contre Paraguay, l'Allemagne qui a été éliminé hier soir. Et le Japon qui a fait un match formidable. – On sera tous dans les écrits.

21:51
Présentateur

– Mais qui s'est fait rembourser par le Brésil. – Contre le Brésil. – Merci François Patria, merci beaucoup d'avoir été notre invité. Bonne route pour la suite. – Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat. – Sénat.

François Patriat : "Pas d’interdiction de pesticides sans remplacement" — François Patriat · Pourquijevote