Sylvain Maillard - Le Barbier du matin du 13/03/24
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
David Maillard, bonjour. Bonjour Christophe Barbier. Et bienvenue. Commençons par ce grave incident qui est intervenu hier à Sciences Po à Paris, un amphithéâtre envahi par un groupe activiste pro-palestinien qui a refusé l'accès et la parole à des étudiants, notamment membres de l'UEJF, au prétexte qu'ils étaient sionistes. Est-ce un incident isolé, une minorité, ou le signe de quelque chose de plus grave ?
C'est très grave et ce n'est pas un incident, c'est un délit, Christophe Barbier. En France, l'antisémitisme est un délit, ce n'est pas une opinion. C'est condamné jusqu'à un an d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende. Je préfère le rappeler parce qu'on a l'impression que, ce soit à Sciences Po ou ailleurs, ou dans les universités, au fond, les étudiants ne sont plus pas des citoyens, ils sont des étudiants, que ce jeunesse se fasse. C'est extrêmement grave ce qui s'est passé à Sciences Po, extrêmement grave. Je saisirai aujourd'hui, je vais en parler avec la ministre Sylvie Retailleau, parce qu'il faut trouver une solution.
On voit bien que cette école a des vraies difficultés de gestion, de management, probablement avec une direction fragilisée. D'ailleurs, le communiqué de presse est juste lunaire. Oui, il dénonce ce qui s'est passé, mais sans faire allusion aucunement à ce qui était là. C'est bien ce que je dis, il ne correspond pas à la situation, et donc il est lunaire, et donc il faut absolument qu'il y ait une reprise en main.
Je le dis, mais j'ai des députés de mon groupe Renaissance, en délégation, qui iront ce matin à Sciences Po, d'abord pour témoigner de notre soutien plein et entier aux étudiants qui ont été visés, et puis de rappeler que c'est de l'antisémitisme, et que ces étudiants de Sciences Po qui ont commis ces actes doivent être poursuivis.
Qu'est-ce que ça veut dire une reprise en main ? Il faut changer la direction ? Il faut mettre l'école en tutelle sous le ministère ? Ce n'est pas simple ? Il y a l'autonomie des universités ?
Oui, enfin, quand on voit que les incidences multiplient, on entend beaucoup de choses sur Sciences Po aussi, avec des étudiants, quelle que soit leur opinion politique, qui sont poursuivis, harcelés par d'autres. On ne peut pas accepter ce qu'il est en train de se passer, de s'installer durablement à Sciences Po. Donc on voit qu'il y a une direction qui nous semble fragilisée. Moi, je demande à la ministre de reprendre les choses en main.
Hier, à l'Assemblée nationale, les parlementaires ont voté pour l'aide militaire à l'Ukraine, 372. 99 ont voté non. Que leur dites-vous à ces 99 ?
Ce qu'on leur a dit pendant les débats, j'ai pris la parole. Je pense qu'il y a deux visions. D'abord, il y a une vision d'extrême-gauche, les communistes et la France insoumise, des pacifistes, qui au fond voudraient se livrer à Poutine. Ils refusent toute autre chose que négociation. Et quand on leur explique et réexplique que de toute façon, il ne peut pas y avoir de négociation avec un dictateur qui ne peut, et qui l'a dit très clairement dans son discours à l'Union, devant l'ensemble des cadres de la fédération de Russie, la Russie impériale, la Russie éternelle, ne peut vivre sans guerre.
Et d'ailleurs, depuis que Poutine est au pouvoir, depuis 20 ans, il ne fait la guerre tout le temps. en Géorgie, Syrie, Tchétchénie, Crimée, puis maintenant Ukraine, il se nourrit de la guerre. Et donc, le pacifisme de LFI, en fait, est une reddition. Et puis, quant au Rassemblement national, qui s'est abstenu, imaginez le Rassemblement national au pouvoir. Quand il y a une guerre, ils s'abstiennent. C'est ça, le Rassemblement national. En fait, il n'y a rien. C'est que de l'opportunisme en fonction de la perception de l'opinion publique.
D'ailleurs, c'est une grosse différence entre l'extrême-droite française et l'extrême-droite qu'on a en Italie, en Pologne ou ailleurs en Europe, qui a une doctrine extrêmement forte qu'on combat. Mais ici, le Rassemblement national, c'est que de l'opportunisme. D'ailleurs, on ne sait jamais ce qu'ils vont voter avant un vote. C'est quand même assez étonnant.
Comme sur la loi immigration où ils ont changé la dernière minute.
Exactement, d'inverser leur vote. En fait, ils ne se basent que sur l'opinion perçue de la population française. Et donc, ça montre bien à quel point, d'abord, ce mouvement, au-delà des idées politiques qu'il porte, en fait, n'est pas prêt. Il n'est pas prêt. C'est un mouvement d'opinion.
Les arguments mis en avant par Marine Le Pen comportaient un autre volet. C'était de dire, il y a eu des déclarations, va-t'en guerre d'Emmanuel Macron, on ne peut pas exclure l'envoi de troupes, etc. Donc, nous ne voulons pas rentrer dans cette logique, nous nous abstenons.
Nous sommes dans un rapport de force avec Vladimir Poutine. Vladimir Poutine ne comprend que la force. Si nous disons nos limites, nous avons déjà perdu. Nous continuerons à soutenir sans limite le peuple ukrainien qui se bat pour sa liberté.
Point.
Est-ce que cette stratégie n'aurait pas été plus efficace si elle avait été d'abord concertée au niveau européen et si elle avait fait l'objet d'une déclaration collective des 27 ?
Je crois que la France est leader en Europe. Je crois que la voix du président de la République est extrêmement forte et que l'histoire que nous avons avec l'Ukraine et ses récentes années montre qu'à chaque fois que nous avons un peu hésité, je vous rappelle qu'au début on a dit qu'on envoie un peu de matériel, puis beaucoup plus de matériel, puis des avions, puis des chars, montrer que nous sommes dans une guerre qui peut durer longtemps, mais qui est une guerre européenne, qui est une guerre pour nos valeurs. Et les conséquences, Gabriel Attal l'a parfaitement dites, les conséquences pour chaque Français, si la Russie gagne, ce seront des conséquences extrêmement fortes.
Sur l'énergie, le prix des céréales et la sécurité.
Exactement, ce serait pour nous une déstabilisation forte et profonde du continent européen et de la France.
Autre argument mis en avant par ceux qui ont voté non, il y a dans ce texte un soutien à la candidature de l'Ukraine, à l'Union Européenne et à l'OTAN, et il refuse cette logique-là. Vous l'entendez ça ?
Oui, j'entends tout simplement un personnel politique d'extrême droite ou d'extrême gauche qui, au fond, a déjà capitulé devant Vladimir Poutine. Il demande, on ne doit pas rentrer dans l'OTAN pour donner des gages à la Russie. Mais qu'est-ce que la Russie nous donne comme gages ? Aucun. Je sens cet esprit, j'ai entendu des mots, il faut faire toujours attention, mais cet esprit de Munich, qui, au fond, ont tellement peur de la guerre, ont tellement peur de Vladimir Poutine.
Et on espère qu'en lui laissant le don basse, on sera tranquille, c'est ça leur arrière-pensée ?
Exactement, on achète du temps. Nous, on a toujours dit, Vladimir Poutine est un adversaire, est un ennemi de l'Europe. Il faut lui montrer tout le temps que nous sommes prêts à combattre, et combattre aux côtés des Ukrainiens. Quand je dis combattre, c'est accompagner, évidemment, les Ukrainiens, avec des supports militaires, tout le support militaire dont ils ont besoin, parce que c'est eux qui défendront, c'est eux qui libéreront leur pays.
Jean-Luc Mélenchon a ajouté un argument, hors du discours de Gabriel Attal, sur X, il a déclaré que cette sévérité à l'égard de la Russie, il en attendait l'équivalent sur Israël, et qu'il reprochait au gouvernement de ne rien dire sur Israël et ce qui se passe à Gaza.
Le gouvernement parle, moi je ne suis pas le porte-parole du gouvernement. Il parle, il agit sur la situation au Proche-Orient, en rappelant tout le contexte. D'ailleurs, il y a eu une prise de parole assez forte hier, de Stéphane Séjourné, au moment des questions au gouvernement, en rappelant pourquoi nous étions dans cette situation.
Que le Hamas, une question évidemment de la France insoumise, que le Hamas est un mouvement terroriste, et qu'Israël combat le Hamas, et que nous soutenons Israël dans son combat avec le Hamas, mais qu'il faut aussi trouver les moyens, que les souffrances du peuple de Gaza, qui est dans une situation extrêmement difficile, qu'on puisse trouver les moyens de les accompagner. Et c'est cet équilibre qu'il faut trouver, tout en disant qu'on a une direction tous ensemble, détruire le Hamas.
Le Président de la République parle demain soir aux Français, à la télévision. C'est pour essayer de renverser l'opinion, qu'il devient sceptique sur notre soutien à l'Ukraine, qu'il se décourage ?
C'est important que le Président de la République explique ce qu'il se passe en Ukraine. Nous avons le sentiment, peut-être vous me contredirez, mais que les Français n'ont pas tous le sentiment à quel point ça pourrait déstabiliser si Poutine gagnait en Ukraine. Parce qu'il continuerait derrière les États-lutés, les États-Baltes. Et donc on a besoin, je crois, de rappeler pourquoi nous soutenons l'Ukraine et à quel point une victoire de Vladimir Poutine serait impactante dans la vie des Français. C'est ça qu'il va dire demain.
Voter RN ou voter LFI aux Européennes le 9 juin, c'est voter Poutine ?
Oui, très clairement, avec des déclinaisons diverses. Mais au fond, c'est voter pour un Frexit, c'est voter pour sortir de l'Europe, c'est voter pour un rabougrissement de la France. Nous, nous pensons, nous sommes la seule, avec Valérie Ayet, nous sommes la seule liste qui porte l'Europe forte. Avec Glucksmann, peut-être aussi ? Glucksmann, vous savez, il est soutenu par le Parti Socialiste, c'est-à-dire que le Parti Socialiste, qui est Mélenchon à Paris, et Glucksmann à Bruxelles. Vous voyez, ça ne correspond à rien.
On voit bien que c'est uniquement du slogan idéologique, on a besoin d'une Europe forte, dans une France puissante ou une France puissante dans une Europe forte, et ça, ça va ensemble. Et il n'y a qu'une liste qui porte ça, le 9 juin, c'est la liste de la majorité présidentielle de Valérie Ayet.
Le Rassemblement National, mais d'autres aussi, vous reprochent d'avoir changé le calendrier parlementaire pour que la fin de vie vienne troubler, justement, ce vote des Européennes. On sait que François-Rézalier Bellamy, le LR, par exemple, n'y est pas favorable. Est-ce que c'est vrai ? Est-ce que vous avez agité le débat ?
En fait, Christophe Barbier, tous ceux qui sont contre le texte de fin de vie, disent ça, tous les autres. Et c'est-à-dire qu'en plus, c'est un texte, honnêtement, transpartisan, où il y aura une liberté de vote dans mon groupe, évidemment. C'est en amé conscience. Évidemment, on amé conscience. C'est un débat que nous attendons tous depuis longtemps. Il a été repoussé, d'ailleurs, plusieurs fois. Exactement. Si Christophe Barbier, vous savez, c'est de la loi bioéthique, si nous voulons qu'il soit adopté avant la fin du quinquennat, il faut le lancer maintenant. Parce qu'il y a des délais extrêmement longs, d'un passage à l'Assemblée et au Sénat à chaque fois.
Et donc, nous voulons absolument qu'il soit adopté, que nous ayons trouvé un équilibre avant la fin du quinquennat. Donc, il faut le lancer. Vous savez, les Français qui attendent ce débat, on peut peu à faire de savoir si ça se fera au mois de mai ou dans six mois, parce qu'il y a des élections européennes. Ils veulent ce débat, donc nous le faisons.
Vous savez, vous, ce que vous voterez déjà, ou vous êtes encore en réflexion ?
Moi, je pense qu'il faut avancer. Je fais partie de ceux qui avaient des vrais doutes, il y a quelques années déjà. J'ai assisté à beaucoup d'auditions, entendu beaucoup de témoignages, et je fais partie de ceux qui me disent qu'il faut avancer. Après, j'attends beaucoup de choses de ce débat. J'attends aussi d'être convaincu sur certains points, mais je pense que même dans le texte que proposera le président de la République, il faudra qu'il y ait des avancées un peu plus fortes, et nous les porterons avec les députés Renaissance.
Le débat sur l'autonomie de la Corse aussi, enflamme la vie politique, ça a avancé, il y a un préaccord avec le gouvernement. Mais déjà, la Bretagne réclame la même chose. Est-ce qu'on n'est pas en train de défaire la République indivisible ?
Je crois qu'il y a une vraie spécificité Corse, ne serait-ce que dans son statut insulaire. J'entends évidemment, j'ai la même chose, vous savez que les députés alsaciens qui viennent faire le pied de grue dans mon bureau et que je salue. La France est une et indivisible. Il faut sûrement un peu plus d'autonomie dans les décisions, pour les territoires qui sont plus éloignés de la métropole. Une super décentralisation. Une super décentralisation.
Mais on n'aura pas des lois faites en Corse
et qui s'appliqueront à tous ceux qui viendront là-bas. Évidemment, la République est une et indivisible. Les lois, elles sont faites à l'Assemblée nationale et au Sénat.
Et vous craignez la reprise d'un nationalisme virulent ?
Est-ce que je crains ou est-ce qu'il est déjà là ? Il est déjà là. Et c'est pour lutter contre lui qu'on fait ça ? Alors, en Corse, vous voyez bien qu'ils ont la plupart des postes de décision et localement, c'est eux la majorité. Mais d'une façon plus générale, je pense qu'en Europe, les nationalismes reviennent extrêmement fort. C'est pour ça que nous, nous nous battons pour une Europe forte parce que nous combattons ce mouvement profond qui, à la fin, ne fera qu'une seule chose, nous affaiblir tous. Nous avons besoin de nous unir en Européens et de combattre, vous savez, des enjeux qui sont maintenant mondiaux face à des États-Unis extrêmement forts.
Et si Trump revient, ce sera encore pire. Et face à une Chine qui a un impérialisme qui ne fait que croître partout dans le monde.
Sylvain Maillard, merci. Bonne journée.
Merci beaucoup, Christophe Barbien. On vous retrouve demain à 7h45. Votre invité sera Eleonore Carrois, député des Français de l'étranger.
Sylvain Maillard