L’Interview Politique – Alexis Corbière, député de Seine-Saint-Denis LFI (NUPES), vice-Président du groupe parlementaire La France Insoumise, invité de Marie Chantrait dans Les Matins LCI
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Bonjour Alexis Corbière, et merci beaucoup d'être avec nous ce matin sur LCI. Je le rappelle donc, député de la France Insoumise de Seine-Saint-Denis, beaucoup de sujets à évoquer avec vous ce matin. La dette justement, on y reviendra, et cette note probablement dégradée annoncée ce soir de Standard & Poor's. Mais d'abord ce rapport parlementaire qui fait beaucoup parler ce matin, le Rassemblement National, le parti de Marine Le Pen, accusé d'être une courroie de transmission de la Russie en France. C'est le Rassemblement National qui avait lancé cette commission d'enquête parlementaire sur le sujet, censée un peu désamorcer les accusations régulières sur le sujet.
C'est l'arroseur arrosé finalement, ils ont tendu le bâton pour se faire battre.
Oui, vous me volez un peu la formule. Mais d'abord, je vais répondre, mais pas de diversion. Le sujet c'est ce qui se passera le 8 sur la fente des retraites. Absolument, et on y en a un rallongement. Non, non, mais parce que ça c'est fondamental, c'est le sujet. Après il y a ça, et c'est piquant, parce que c'est M. Tanguy qui est un des hommes qui a un certain poids à l'Assemblée, qui est un député du Rassemblement National, qui a fait cette commission en disant on va laver l'honneur, et manque de chance, il a plutôt éclaboussé sur le costume du Rassemblement National que laver quoi que ce soit. Qu'est-ce que c'est qui a lieu ?
C'est qu'on s'aperçoit, ce qui était assez connu en vérité, c'est pour ça que ce rapport, il dit peu de choses, il enfonce des portes ouvertes, et je ne pense pas que vous-même qui êtes une journaliste qui suivait tout ça et a appris grand-chose, mais c'est vrai que des prêts accordés par des établissements bancaires russes, dont on sait très bien que comme le régime est tenu, il y a le pouvoir politique qui est derrière, bon, ben voilà, il est clair qu'il y a une certaine faveur ou complaisance de la part du régime russe en direction de Mme Le Pen.
Rédigé par la députée Renaissance Constance Legrèque, qui a aussi son importance, qui revient, je me permets de le citer, sur l'alignement du parti de Marine Le Pen, sur le discours russe au moment notamment de l'annexion illégale de la Crimée en 2014. Est-ce qu'il y a une forme de clarification pour vous, ou vous dites procès politique, comme l'argument utilisé par Marine Le Pen hier ?
Non, il y a des choses, voilà, c'est la carte d'identité politique du Rassemblement National indiscutablement, ce nationalisme russe, ça lui plaît, parce que c'est aussi une nationaliste, donc très bien, ces régimes-là, ces gens-là sont plutôt en proximité politique, c'est pas un scoop, si je puis dire, ce rapport y revient.
Toutefois aussi, vous l'avez pointé, il y a un aspect politicien, moi je défends pas Madame Le Pen, loin de là, mais c'est que l'ingérence, c'est pas seulement la Russie, c'est que quand on sait qu'il y a de l'espionnage, par exemple, de la part des Etats-Unis d'Amérique, sur la France, tout ça n'est pas abordé du tout, pour ça que le rapport, alors c'est piquant, moi ça m'amuse, parce que le Rassemblement National croyait laver son honneur, et boum, ça lui revient au visage, mais là où le rapport, il est faiblard, c'est que faire croire que dans ce pays, le problème d'ingérence étrangère viendrait uniquement des prêts contractés par le Rassemblement National, alors qu'on ferme les yeux sur toute une série d'interventions, y compris de pays amis, comme les Etats-Unis, qui ont espionné, etc., là, pas un mot, bon, le rapport, il est déséquilibré, c'est pour ça qu'on s'est abstenus, nous.
Absolument, j'en viens à cette question, parce que là, elle est fille, c'est abstenu.
Voilà, c'est abstenu par rapport à ça, même si c'est mon collègue Aurélien Saint-Toul, il a secoué Madame Le Pen quand elle était là, et je crois qu'il a aidé à poser des questions pertinentes, à la fois par ce qu'il lui a fait dire et ce qu'elle n'a pas dit, mais après, nous, on a trouvé que le rapport, il était quand même, une fois de plus, il y avait beaucoup d'angles morts, je le répète, il y a un travail d'influence d'autres puissances qui existent en France, et ça ne se limite pas uniquement à la manière dont Madame Le Pen obtient des prêts de la part d'établissements bancaires russes avec la faveur du régime en place.
Mais votre collègue, notamment Julien Bayou, ne compte pas en rester là, il dit notamment qu'il a proposé à la Commission de saisir la justice pour possible faux témoignages s'agissant de Marine Le Pen, il faut aller devant la justice, selon vous, il faut aller plus loin ?
Si c'est nécessaire, alors je fais confiance à mes collègues, s'ils considèrent qu'il y a eu des faux témoignages, c'est-à-dire que c'est grave, devant une commission parlementaire, il faut apporter des réponses, si ça n'a pas eu lieu, effectivement, ça nécessiterait de le faire. Là, je fais confiance à Julien Bayou, je ne suis pas allé si loin dans les choses, mais j'imagine que ceux qui ont participé à toutes ces auditions vont avoir de bons arguments pour ça. Mais il me semble, là encore, pardon, je ne veux pas guider le sujet, ce qui se passe à l'Assemblée nationale, qui est grave du point de vue des citoyens, ces débats sur les retraites.
Et on va y revenir. Mais d'abord, le Rassemblement national qui a été l'objet, finalement, de dissension entre le couple exécutif, Emmanuel Macron et Elisabeth Borne. On a tous retenu les propos qu'a tenus la Première Ministre en disant que le RN était l'héritier de Pétain. Est-ce que vous êtes d'accord avec le Président quand il dit qu'il faut combattre le RN sur ses idées plutôt que sur son passé, ce qui a été vu par certains comme une forme de recadrage de la part du Président de la République ?
Oui, c'est assez scandaleux, minable et peu élégant que le Président Macron fasse fuiter le fait qu'il avait fait ce genre de réflexion auprès de Mme Borne. Ça montre comme le personnage, c'est-à-dire que lui est parfait, il se permet de faire savoir ça. En gros, tous des nuls à part moi, c'est assez peu élégant.
C'est ce qu'il dit, vous...
Il y a un peu de ça. Deuxièmement, factuellement, il est vrai qu'il y a une continuité historique sur le terrain des idées entre l'extrême droite qui naît en octobre 1972, fondée notamment, déposée en préfecture par des gens qui ont été des collaborateurs, qui ont été des gens qui, durant le régime de Vichy, ont joué un rôle important.
Quand vous dites et redites que le RN, aujourd'hui, est héritier de Pétain ?
Politiquement, oui. Héritier de cette extrême droite qui, notamment, collabore et qui est, à la Libération, ostracisée, marginalisée et qui est renaît en 1972 par une confluence de différents réseaux. Il y a aussi ceux qui étaient favorables à l'Algérie française, des réseaux de l'OAS. Il y avait aussi des catholiques intégristes, mais il y avait indiscutablement des personnages qui même avaient subi des sanctions judiciaires à la Libération, qui, après avoir une marginalité politique de 1945 jusqu'à 1972, sont à l'initiative du Rassemblement du Front National.
Donc, vous contestez les propos du chef de l'État ? Pour vous, ce n'est pas la bonne manière ?
Oui, et là où il est dangereux... Attendez, il y a deux choses. C'est que là où il est dangereux, c'est qu'à partir du moment où il veut, en quelque sorte, dire que le Rassemblement National, ce n'est plus la continuité de cette extrême droite, il banalise le RN et il cherche à clore, peut-être...
Ce n'est pas exactement ce qu'il dit. Il ne dit que ce n'est pas sur ce terrain-là qu'il faut les attaquer.
Vous savez ce qu'il se dit au Conseil des ministres quand ça fuite ? C'est un message politique envoyé au pays. Le message, vous savez, les gens, c'est des gens simples, intelligents, mais qui entendent une chose, ce n'est plus l'héritier, il ne faut pas dire ça. S'il ne faut pas dire ça, et je sais très bien ce qu'ils sont en train de faire, parce que ces gens-là aussi ont voté pour qu'il y ait des vice-présidents RN à l'Assemblée Nationale. La même présidente de l'Assemblée Nationale, qui est l'ami de M. Macron, dit que le vice-président RN à l'Assemblée Nationale n'est pas un bon vice-président, c'est un très bon vice-président.
Je vois bien ce travail de banalisation, qui vise en plus à combattre le RN, non plus sur le terrain, en plus de ce qu'il représente comme extrême-droite, comme danger xénophobe, parce qu'y compris M. Darmanin court parfois derrière le discours du Rassemblement National, mais c'est-à-dire qu'ils sont incohérents, ce qui ne veut rien dire du point de vue des idées, parce que M. Macron aussi est un homme incohérent. M. Macron, par exemple, se fait élire au second tour en disant « barrage contre l'extrême-droite », notamment en activant le fait que c'est très dangereux l'extrême-droite, en activant la mémoire du pays à juste raison, et après vient nous dire « c'est pas ça qu'il faut faire ».
Et M. Macron, par exemple, je le répète sur nombre de sujets, le fait qu'il ait été élu au second tour en disant « je sais bien que je n'ai pas été élu sur mon programme, mais pour faire barrage à l'extrême-droite », s'empresse de dire quelques mois plus tard « c'est mon programme et c'est la retraite à 65 ans », même en affrontant le pays. » Donc cet homme est autoritaire et est incohérent dans son discours. Donc le problème n'est pas celui-là.
Mais tout ça, c'est des polémiques que je n'ai pas eu le temps de les terminer, mais qui, à mon avis, sont dangereuses sur l'idée que si on banalise trop le Front National et qu'on dit que le fil historique est rompu avec l'extrême-droite, qui, à juste raison, a été marginalisé, notamment en raison de sa responsabilité durant la Seconde Guerre mondiale, eh bien on peut s'allier avec elle.
Ce qui n'est pas le discours de la Première Ministre. Est-ce que vous avez dit...
Ah non, mais c'est pour ça que je suis plutôt du côté... Enfin, je veux dire, j'ai des milliards de désaccords avec Mme Borne. Quand elle dit « héritier de Pétain », c'est pas un programme politique pour lutter contre l'ORN. C'est pas ça le sujet. Mais oui, il faut le dire. Il faut le dire. Il faut instruire les Français. Il faut avoir le courage de le dire.
Est-ce que vous y voyez dans ces mots et ce recadrage, encore une fois, ça a été interprété par les uns et les autres de manière différente, mais une forme de dissension. Certains disent que Mme Borne à Matignon pourrait, dans les prochaines semaines, être changée. Est-ce que vous vous appelez...
Je vais le dire en termes crus. C'est que M. Macron est un lâche, en vérité. Et il s'essuie les pieds sur Mme Borne. Mais elle le veut bien. C'est-à-dire que c'est lui qui est autoritaire. C'est lui qui affronte le pays.
Un lâche, c'est des mots qui vous appartiennent.
Oui, volontairement. Mais parce que ces mots qui m'appartiennent, il n'y a que moi qui les dit, d'ailleurs. Mais ce que je trouve peu élégant, c'est en quelque sorte de dire si le pays est sans dessus-dessous, c'est parce que Mme Borne ne ferait pas bien le travail, qu'elle n'a pas bien consulté les organisations syndicales. Il ne défend pas.
Il a redit sa confiance en sa première ministre.
D'accord, il dit sa confiance. Mais chaque fois qu'il fait fuiter... Et elle dit l'air que tout va bien. Chaque fois qu'il fait fuiter les choses, c'est pour dire en quelque sorte qu'elle est maladroite. Alors que le problème, c'est lui. Notre problème, c'est la Ve République, c'est le présidentialisme qui méprise le Parlement et qui fait de Mme Borne, finalement, une forme de personnage second qui, elle, elle veut bien. Sa responsabilité est totale. Et qui, après, arrive, débarque devant l'Assemblée nationale et nous dit 49-3 parce qu'une heure auparavant, le président de la République a décidé que c'était le 49-3.
On reviendra sur les retraités.
Non, mais c'est le fond du sujet. Donc, en plus, si M. Macron, à l'occasion du Conseil des ministres, se permet de faire fuiter des petites phrases pour plaire au monde médiatique, pour dire, regardez comme elle est nulle.
Est-ce que ça a un futur remaniement ? Mais sans doute, mais Mme Borne... Vous qui connaissez ce jeu politique par cœur.
Mais Mme Borne, elle est condamnée. De toute manière, c'est terminé. Je veux dire... Mais ce que je ne voudrais pas, qu'on me comprenne bien et si je m'exprime mal, c'est que le problème de ce pays n'est pas Mme Borne. Mme Borne est une exécutante. Mme Borne n'a aucune assise réelle dans le pays. Ça n'existe pas. Politiquement, Mme Borne est ce qu'elle est. Je respecte...
Chef de la majorité qui, quand même...
Elle n'a jamais été vraiment chef de la majorité. On l'a même présentée quand elle est arrivée comme étant une femme de gauche. Personne ne considère que... Il n'y a personne qui est borniste dans le pays d'un point de vue idéologique.
Mais on comprend mal votre point de vue. Est-ce que vous souhaitez qu'elle reste ? Est-ce que vous...
Mais non, mais non, mais qu'elle reste, qu'elle parte. Mais celui qui doit partir, je le dis, c'est le président de la République.
Pas avant 2027.
Mais pourquoi pas ? Mais pourquoi il ne partirait pas ? Celui qui doit démissionner, en vérité. J'entends parfois des idées de dissolution. Mais c'est le président de la République qui devrait, lui... Il faudrait qu'il y ait une élection. L'élection centrale, c'est autour du président de la République. Le problème de ce pays n'est pas le Parlement. Il faut défendre le Parlement. Le Parlement est une image, certes, un peu déformée, mais moins déformée que ce qu'est aujourd'hui le président de la République.
Il se passe énormément de choses. Et bien entendu.
Pourquoi pas un référendum, par exemple ? Je dis à monsieur... C'est pour ça que je dis qu'il est lâche. Je reprends le mot. Je mesure qu'il soit piquant. Monsieur le président de la République, puisque vous donnez la leçon d'être si fort, soumettez à référendum votre réforme des retraites. Et si c'est le nom qu'il emporte à votre réforme, faites comme le général de Gaulle, démissionnez.
Le conseil constitutionnel sur le sujet tranché.
Non, non, attendez, je ne parle pas du conseil constitutionnel, je parle du rapport au peuple. Le souverain, c'est le peuple. Il faut qu'il soit consulté. Et si monsieur Macron avait du courage, du courage politique, s'il respectait la souveraineté populaire, il s'adresserait au peuple pour lui dire voilà ce que je propose, dites oui ou non. Voilà, c'est pourquoi j'en ai assez, pardon, et je le dis avec passion comme toujours, et à tort peut-être, c'est que monsieur Macron, qui a affaibli sa première ministre, qui joue au plus malin, qui fait savoir à la presse, qui lui a dit, pour en quelque sorte dire elle n'est pas bonne, elle ne s'exprime pas bien, elle ne comprend pas bien.
Mais moi, je suis supérieur. Jupiter a complètement décollé. C'est ce qui nous rend fous. Nous sommes un peuple adulte. Nous ne sommes pas des enfants. Nous n'avons pas besoin d'un papa omniscient qui sait tout. Nous avons besoin de représentants qui respectent notre volonté. Et ce qui se passe dans la réforme des retraites, c'est le fond du problème. Et on arrive au sujet qui m'importe,
si je peux dire. Absolument, mais avant cela, la note attendue ce soir de la France qui pourrait être dégradée de Standard & Bourse, Fitch a déjà dégradé la note française il y a quelques semaines. Ça serait quelque chose de grave, selon vous, si ce soir, une nouvelle fois...
Pascal Péry disait tout à l'heure que de toute façon, on continuera à emprunter en France et on prêtera des établissements bancaires prêtant à la France. Moi, j'en ai assez de ces agences qui se permettent de faire la leçon. La question, c'est politiquement...
Ces agences font uniquement la leçon ? Si on dirigeait,
il ne faudrait pas se faire impressionner par les marchés qui décident. Mon sujet qui m'amuse là-dedans, c'est que pour l'instant, de ce que j'ai vu la dernière fois, quand déjà nous avons perdu un petit peu, c'est que le commentaire qui est fait, c'est que le mouvement des retraites, en quelque sorte, a plus affaibli le gouvernement que tout ça et beaucoup de mouvements, d'affaiblissements...
Les mots étaient l'effet délétère de la réforme et de la contestation sociale sur la capacité du gouvernement à poursuivre les réformes économiques.
Tout est dit. C'est-à-dire qu'ils nous font, là aussi, soi-disant, il faut faire une réforme des retraites pour retrouver des marges financières, du sérieux, etc., et que même leurs propres agences qu'eux prennent très au sérieux leur disent « vous n'êtes pas très... »
Donc finalement, il y a à prendre et à laisser, selon vous, dans le commentaire des agences.
Non, mais ça m'amuse, tout ça. Mais bon, ce qui doit guider une politique économique, ce n'est pas une agence libérale qui veille à... Cela pourrait avoir
des conséquences réelles sur l'endettement et la possibilité aujourd'hui d'emprunter d'affaires.
Vous savez, si vous voulez de l'endettement, déjà, cessons d'affaiblir l'État dans toute une série d'allègements de cotisations vis-à-vis de grands groupes qui, après, reversent à leurs actionnaires et ne réinvestissent pas dans l'économie. Il n'y a pas de problème. Vous savez, c'est des milliards, c'est près de 150 milliards d'euros chaque année que les gouvernements précédents ont désarmé l'État en faisant payer moins de cotisations vis-à-vis de groupes en ne conditionnant pas toutes ces aides publiques. Vous savez, ces grands groupes sont gorgés d'argent public. Ça nous coûte cher, ce capitalisme de plus en plus financier. Et c'est ça qui est scandaleux.
On en vient au sujet des retraites.
Absolument, Alexis Corbière. Ce fut électrique. Mais en effet, les députés ont rejet mercredi en commission l'article qui prévoyait d'abroger la réforme des retraites. Dites-vous aujourd'hui que la bataille est désormais perdue. À vous entendre, on comprend que non.
Merci. Déjà, je veux défendre l'honneur du président Coquerel qui était calomnié encore ce matin.
Qui a été mis en cause par ce soir.
Pas mis en cause. Insulté depuis quelques temps. Il est de bon ton.
Disant qu'il n'avait finalement pas tenu sa commission.
Il a fait exactement son travail. Avec courage, mais il l'a fait dans la continuité des autres présidents de la commission des finances. C'est-à-dire qu'il n'a pas activé l'article 40 parce que ce dont il s'agit de cet article, c'est que si...
Très compliqué.
Oui, c'est compliqué. Mais si... Dernièrement, il y avait un texte sur la question de la vieillesse à l'initiative de je ne sais plus qui d'ailleurs de la majorité qui lui aussi avait des coûts financiers et à juste raison, l'article 40 n'a pas été activé parce que sinon, on ne peut plus avoir d'initiative parlementaire. On en revient à ce qu'on disait. Je ne veux pas être trop technique. C'est-à-dire que l'essentiel, les projets de loi, ça vient du gouvernement et il y a un peu de proposition de loi qui vient d'initiatives parlementaires. Et la tradition, la tradition de tout le monde depuis des années, c'est qu'il y a une application bienveillante de l'article 40.
C'est celui qui amène à ce qu'il soit quand même comblé, que les textes soient comblés financièrement. Sinon, on ne peut plus discuter de rien. Bref, le bureau de l'Assemblée nationale dans un premier temps, dont la majorité avait dit OK, on n'active pas l'article 40. Et puis, il y a eu M. Macron qui est revenu, qui a mis la pression sur la présidence de l'Assemblée nationale et elle qui a dit bon, mais il faut absolument...
Pour vous, tout est à l'initiative du président.
Tout est à l'initiative.
Après, il y a...
Je vais vous dire une chose. M. Macron, quand il a pris la parole, il avait dit qu'il voulait 100 jours d'apaisement. On assiste actuellement à 100 jours d'abaissement. D'abaissement de la démocratie, d'abaissement des droits du Parlement, d'abaissement des droits de l'opposition. Mais pardonnez-moi, j'arrête d'être technique parce que ceux qui nous regardent...
Au moment du débat des retraites, pardonnez-moi ce jeu-là, vous dénoncez aujourd'hui l'obstruction. Ce n'est pas ce que vous avez fait dans le passé. Où est la montre de l'obstruction parlementaire ? Vous l'avez fait aussi dans les mises.
Déjà, ça n'a rien à voir. Que les gens comprennent que ce qui est en train d'avoir lieu, et je sonne le clairon, c'est qu'il est possible que le 8 juin, on ne pourra pas voter pour savoir si, oui ou non, il faut appliquer la réforme de la retraite à 64 ans. C'est-à-dire ce texte à l'initiative du groupe IOP de nous soutenons qui permettrait enfin que le Parlement se prononce, il est possible que par des manœuvres, nous ne puissions pas le faire. C'est scandaleux. D'accord ?
Deuxièmement, ce que vous évoquez, qui m'est répété chaque fois, oui, mais au mois de février, je ne sais plus, ou au mois de mars, à l'Assemblée nationale, dans le cadre d'une procédure exceptionnelle, très contrainte, mais déjà, je termine, déjà scandaleuse, qui limitait le débat à 10 jours, alors que nous avions demandé qu'il y ait plus de jours. De toute manière, le texte, dans sa totalité, ne pouvait pas être débattu. Il y avait 22 articles. Donc, la discussion... Pas assez de temps, selon vous. Mais bien sûr. Donc, qu'est-ce que nous avons fait à ce moment-là, Madame Chantré ? Oui, effectivement, parce que le pays se mobilisait.
Nous avons montré que aussi, cette protestation populaire, elle était aussi dans l'hémicycle. Ça s'appelle de la bataille parlementaire, par des amendements. Que personne ne s'évanouisse...
Et le gouvernement vous répond qu'il use aussi de la Constitution, que le 49-3 est constitutionnel. Non, mais attendez,
que personne ne s'évanouisse quand la droite, à l'époque, des gens qui m'ont fait la leçon étaient contre le mariage pour tous. Ils ont déposé milliers d'amendements. Très bien. C'est l'avis parlementaire. Deuxièmement, vous dites, des gens, et vous avez raison, mais légalement, cette Constitution permet de vous piétiner. Légalement, cette Constitution permet d'appliquer le 49-3.
Ils ne disent pas de vous piétiner.
Le 49-3, c'est quoi ? C'est que vous êtes une assemblée qui représente le peuple.
Et que ça fait partie des armes législatives.
Non, Madame Chantré, le 49-3, c'est que vous êtes une assemblée qui représente le peuple et une personne dit 49-3 et vous n'avez plus le droit de voter. Alors, je termine. Si ça, c'est légal, c'est la preuve. Et ça, ça m'intéresse que cette Constitution, elle est autoritaire et il faut en changer parce qu'il faut arrêter les 49-3. Il faut arrêter le présidentialisme. Il faut plus de pouvoir au Parlement, plus de pouvoir aux citoyens pour éventuellement faire valoir leur opinion entre deux rendez-vous électoraux. Ça, c'est heureux. J'ai envie de dire, félicitons-nous que le sujet de la 6e République, d'une nouvelle Constitution est enfin sur la table.
Avançons un peu. Quelle est la stratégie aujourd'hui des Insoumis ? Juste ce chiffre qui interpelle aussi sur l'effet de votre stratégie politique. Vous n'êtes pas le parti qui a le plus engrangé sur cette réforme des retraites. Une étude en libération dit que finalement, l'ANUPS a engorgé 19% et qu'elle a répondu finalement aux attentes des Français à 19%. Le RN à plus de 33%. Est-ce que ça a été la bonne stratégie ? Est-ce que finalement, tourner la page, je sais bien que c'est un gros mot, mais en tout cas, s'intéresser à d'autres sujets désormais et dire que finalement, la loi est abrogée et passer à d'autres textes et passer à autre chose ?
Écoutez, ça c'est ce que voudrait le gouvernement, changeons de sujet, arrêtons d'en parler. C'est-à-dire, ok, bah non, moi je pense qu'il faut continuer à en parler parce qu'il faut que le 8 on puisse voter, que les choses soient claires, on est allé vite dans l'argumentation, mais on peut voter le 8. On va voir si Mme Broun-Pivet active et interdit le vote du 8.
Je dis aux Français, regardez ça, déjà manifester le 6, nombreux, si nous sommes des millions, le 6, à l'appel de toutes les organisations syndicales, toutes, que nous retrouvons à nouveau nombreux et que, je peux espérer, je ne suis pas naïf, mais je peux espérer que Mme Broun-Pivet se dise, mais il faut que le vote ait lieu, il faut prendre le risque d'être battu en démocratie.
Certains le clèdent d'ailleurs en la majorité.
Alors peut-être qu'après, vous m'évoquez le Rassemblement National, le Rassemblement National ne s'est pas battu à l'Assemblée National. Je dis aux Françaises et aux Français, si vous voulez des gens qui vous représentent, qui, quand vous vous mettez en grève, critiquent la grève. C'est le cas du Rassemblement National. Critiquent les syndicats qui ont été si utiles pendant la bagarre. Ne veulent pas l'augmentation des salaires en réalité. Considèrent finalement que se battre à l'Assemblée Nationale, c'est une perte de temps. Moi, je dis, vous allez vous faire marcher dessus. Si vous vous comportez comme des moutons, ne soyez pas étonnés d'être tendus à l'arrivée. C'est tout.
Si vous pensez qu'un parti réactionnaire comme le Rassemblement National, qui n'est pas social, qui ne veut pas les partages des richesses, qui ne veut pas une réforme fiscale qui permet véritablement que, dans ce pays, les plus fortunés participent davantage à l'effort collectif, qui ne veut pas l'augmentation des salaires. Bon, ça, c'est une lutte politique que nous menons. Mais en attendant, je ne participe pas à l'opération de gouvernement qui consiste à dire allez, restons-en là, on passe à autre chose.
Mais vous appelez à aller dans la rue le 6 juin à l'appel de la reprise syndicale. Manifestons le 6,
votons le 8. Malheur à ceux qui voudraient nous empêcher la représentation nationale de voter, ce serait coup de force antidémocratique, quelle que soit, après, c'est la conclusion du propos. Quand même, même le gouvernement, en utilisant tout ce qu'il y a de pire dans la Ve République, remporterait une victoire pour imposer ce texte, il a perdu politiquement de toute manière. Parce que dans ce pays, tout le monde voit bien qu'ils sont autoritaires, qu'ils sont minoritaires, qu'ils utilisent... On l'a bien entendu. Et qu'il faut changer... Non, mais ça, c'est important.
Alexis Corbière, j'aimerais vous entendre sur ce fait d'actualité de cette jeune collégienne de 13 ans qui a mis fin à ses jours après un harcèlement scolaire en ligne, notamment. Le ministre de l'Éducation nationale, hier, a reconnu un échec collectif. Quatre plaintes ont été déposées par la famille. Peut-on faire mieux ? Peut-on faire plus ? Doit-on faire mieux ? Au vu de ces situations qui ne sont pas isolées et qui sont récurrentes ? Vous plaidez pour plus de contrôles en ligne ? Vous plaidez pour plus d'accompagnement ?
Plus de contrôles en ligne ? Je ne connais pas tous les détails. Moi, je sais qu'en Seine-Saint-Denis, on n'a quasiment plus de médecins scolaires. Il n'y a plus d'accompagnement dans l'établissement scolaire. Je ne connais pas bien la situation de l'INSEE. Moi, ça me touche. Vous savez, j'ai trois filles. Je vois très bien la mécanique infernale aujourd'hui, de quelle manière nos enfants sont sur les réseaux sociaux. Là, en plus, ce qui ne sait pas si c'est que les parents avaient déjà vu monter le drame. Et il est terrible de se dire que malgré toutes les interpellations qui ont eu lieu, l'institution, de manière générale, est scolaire, judiciaire, n'a pas pu faire face.
Donc là, il y a un raté terrible. Il y a des responsabilités qui sont engagées. C'est un de nos fléaux à l'heure actuelle qui existait déjà auparavant, le harcèlement scolaire.
Oui, c'est un fait d'actualité en effet qui ressort.
Mais amplifié, il y a une caisse de résonance aujourd'hui en raison des réseaux sociaux qui ont des aspects positifs parce que nos enfants ont aussi... Voilà, ça c'est un sujet.
Il n'y a pas un constat d'incapacité finalement à agir. Dans le dossier manique. Les parents disent aussi qu'une fois elle est enterrée, l'enterrement a lieu, elle est encore harcelée en ligne.
C'est ignoble, j'ai vu ça, c'est ignoble. Non, non, mais là il y a eu un raté, il y a des outils législatifs peut-être à renforcer. Mais moi, de ce que je vois à ma petite fenêtre, dans nos établissements scolaires, il manque de lieu d'écoute pour les enfants et de capacité d'intervention là aussi. Il faudrait davantage de psychologues, psychologues scolaires pour que cette souffrance ne soit pas sans réponse.
Ce soit plus entendu en effet. Merci beaucoup Alexis Corbière d'être avec nous ce matin sur LCI.
Alexis Corbière