Christophe Béchu - Le Barbier du matin du 11/09/24
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Christophe Béchut, bonjour et bienvenue. Vous êtes aussi secrétaire général d'Horizon, le mouvement d'Edouard Philippe et bien sûr nous allons en parler parce que la rentrée politique d'Horizon se fait aujourd'hui à Reims. Vous allez partir tout à l'heure retrouver vos camarades et vous aurez un visiteur au déjeuner je crois, Michel Barnier, Premier ministre. Qu'allez-vous lui dire ?
D'abord, lui a certainement des choses à nous dire. Ça va être un moment d'échange, à la fois par rapport à sa ligne, par rapport à ses priorités.
Il y a déjà eu un certain nombre de contacts, notamment entre Edouard Philippe et Michel Barnier, mais au moment où il constitue son gouvernement, il prépare ses déclarations de politique générale, c'est utile et précieux pour Horizon qui a vocation à soutenir l'action du Premier ministre parce que Horizon a une obsession, c'est que notre pays réussisse et qu'on ne se retrouve pas dans trois ans devant ce qui a l'air de plaire à une partie des citérialistes ou des commentateurs, c'est-à-dire cette idée qu'on pourrait se retrouver avec un Mélenchon-Le Pen dans une élection présidentielle en évacuant les modérés. Nous souhaitons la réussite du gouvernement.
On souhaite clairement que les frustrations, les attentes, les espérances exprimées par les Français lors des dernières élections puissent trouver des réponses maintenant et pas en n'ayant qu'une obsession qui serait la prochaine élection présidentielle.
Alors avez-vous préparé une sorte de cahier des charges, de contrats ? La droite a son pacte législatif, les élus d'Ensemble pour la République Renaissance ont mis hier leur ligne rouge, comme ils disent. Qu'allez-vous faire ?
Edouard Philippe a très vite dit que le sujet, ce n'était pas de mettre des lignes rouges parce que ça empêche la discussion. C'était de poser des marqueurs sur les sujets qui pour nous étaient absolument cruciaux et ils ont été évoqués lors de cet entretien qui s'est tenu dimanche à Matignon. 1. L'attention aux comptes. Ce n'est pas sexy. Le déficit, la dette, on a l'impression que c'est un sujet accessoire.
Ça y est, c'est les jupéistes qui reviennent.
Non, le sujet c'est comme en un moment, ce n'est pas ce sujet-là qui nous rattrape tous. Et si on ne fait pas attention à nos comptes, on est sous une forme de menace par rapport à la souveraineté. Et être sérieux et remettre de l'ordre dans les comptes, ce n'est pas un sujet de comptable, c'est un sujet qui est éminemment politique. 2. De l'ordre dans nos rues. Et dans tout ça, dans les sujets qui ont été évoqués dimanche, il y a la question de la Nouvelle-Calédonie. On n'en parle plus. Mais avec une situation là-bas extrêmement complexe.
Avec des compatriotes, des entreprises qui sont là-bas, avec presque un sentiment d'abandon parfois, quand ils voient que la métropole est passée à autre chose. Il faut reprendre le dossier. Et il y a une nécessité absolue sur ce sujet, de reprendre le dossier avec d'abord des sujets qui concernent nos concitoyens là-bas, mais avec des enjeux politiques, géopolitiques, qui sont extrêmement importants. Ensuite, bien entendu, les questions de sécurité. On ne peut pas ignorer, encore une fois, les votes qui se sont exprimés en juin et en juillet.
Et sur ces thèmes là, il y a une nécessité absolue de bien mettre les curseurs et d'avoir, d'un point de vue régalien, des réformes qui permettent de répondre aux aspirations des Français. On ne fait pas de chichi, on n'a pas fait semblant au cours de ces dernières semaines d'aller expliquer que oui, peut-être, non. On est un parti de droite qui se fixe comme objectif d'être utile au pays, qui l'a été avec Elisabeth Borne et Gabriel Attal et qui le sera avec Michel Barnier.
Alors le soutenir, l'aider à réussir, est-ce que ça veut dire aussi monter sur le bateau pour ramer avec lui, c'est-à-dire avoir des membres du gouvernement ? Est-ce que vous avez tranché ce soutien avec participation ?
Ce sera évidemment une question qui sera au cœur de nos journées parlementaires, mais je n'imagine pas qu'il en soit autrement. Précisément quand vous avez une mer démontée, une telle houle de telles difficultés, refuser de monter sur le bateau, ce serait manquer, entre guillemets, de courage à un moment où on sait que la tâche va être compliquée. Vous, ministre Horizon, êtes-vous candidat à rester ministre ? Moi j'ai dit très clairement, au mois de juillet, qu'à la fin du mois de septembre, je retrouverai ma mairie à Angers, qu'après deux ans et demi au gouvernement, mon souhait était de retrouver les reines de ma ville. Et encore une fois, le sujet n'est pas personnel.
Le sujet c'est comment notre parti, avec ses dizaines de députés et de sénateurs, peut être utile à Michel Barnier, peut l'accompagner là-dedans. Je voudrais qu'on redise les choses. On est dans un espèce de temps suspendu. On a passé des jours et des jours à se poser la question potentielle du casting. Mais si on s'arrête et qu'on regarde ce qui s'est passé, qu'est-ce que les Français ont dit ? Ils n'ont pas dit qu'on veut plus d'insécurité, plus d'immigration et plus d'impôts. Le pays a voté massivement à droite. La tentative de M.
Mélenchon et certains de ses amis d'aller nous faire croire que, alors qu'ils avaient été les principaux bénéficiaires d'un front républicain, dans lequel les Français ont dit qu'on ne veut pas du RN, ils n'ont pas dit qu'on veut du nouveau front populaire, aurait été de nommer Lucie Casté à Matignon. C'est une fable, c'est une invention, cette histoire d'élections volées, c'est un mépris profond pour le sens des élections et pour la réalité. La vérité, c'est qu'on a aujourd'hui deux parties extrêmes qui s'alimentent. Et les outrances de Mélenchon, elles font le jeu de Mme Le Pen.
Moi, ma crainte, ma hantise, c'est de me dire qu'à un moment, ce sont ces deux extrêmes qui vont se retrouver l'un à l'autre. Deux extrêmes qui, en plus, utilisent, surfent la haine de l'autre pour faire en sorte d'aller faire le buzz, créer ou alimenter un front de commerce. Et donc, dans ce contexte-là, le moment politique que nous traversons, il nécessite que les Républicains, de la manière la plus large possible, soutiennent l'action d'un Premier ministre qui n'est pas venu pour faire carrière, mais pour essayer d'être utile au pays.
C'est la logique dans laquelle nous sommes. Alors, est-ce que ce moment politique, tel que vous le décrivez, avait vraiment besoin d'une déclaration de candidature à la présidentielle d'Edouard Philippe ? Qui donne l'impression qu'il joue seul, alors que là, vous nous faites l'éloge du collectif des Républicains ?
Vous savez, on n'a pas organisé une kermesse avec des flonflons et des ballons et des militants qui applaudissent en disant « ça alors, quelle surprise, Edouard Philippe, et quand on dit à l'élection présidentielle ! » Edouard Philippe, quand il était Premier ministre, sa marque de fabrique, c'était de dire la vérité. De dire aux Français, non pas ce qu'ils avaient envie d'entendre, mais ce qui leur semblait juste. C'est un secret de polichinelle, depuis des semaines, depuis des mois, qu'Edouard Philippe se prépare à la prochaine élection. Continuer à dire dans des interviews « je me prépare, peut-être, on verra, c'est pas le moment », je ne pense pas que ce soit respecté des Français.
Que dans un temps comme celui-là, il ait choisi, sans chichi, de manière franche, finalement, dans une façon qui lui ressemble, de prendre les Français à témoin, que ce pour quoi il se préparait, ce pour quoi il avait créé Horizon, c'était pour pouvoir proposer une candidature à l'élection présidentielle, je considère que c'est une marque de respect, au contraire, c'est une manière de s'ancrer dans le temps long, et ça ne nuit pas dans le contexte dans lequel nous sommes.
Le Édouard Philippe qu'on va entendre ce soir à la télévision, il va sur BFM, ça sera un Édouard Philippe en campagne, ça sera son programme, son premier meeting ?
Non, le Édouard Philippe que vous allez entendre, il est, aujourd'hui, c'est celui qui, comme hier, comme avant-hier, a une obsession, l'intérêt de notre pays, les raisons pour lesquelles il s'est engagé en politique, la manière dont il a pu travailler, vous avez cité Alain Juppé, mais dont il a pu devenir le premier ministre du premier quinquennat, la manière dont il a fondé son parti, c'est avec l'amour de la France et la volonté de pouvoir lui proposer un chemin apaisé, ambitieux, et de pouvoir l'exprimer. Simplement, la clarté ne nuit pas.
Je pense même que dans les théâtres de faux-semblants dont nous sortons, où on a vu des partis politiques dézinguer les candidats de leur propre famille pour faire la fine bouche sur le fait que ça pourrait être l'un d'entre eux, avoir quelqu'un qui dit les choses telles qu'elles sont, et qui n'est pas dans des calculs à trois bandes, je pense que c'est souhaitable.
Une phrase à troubler dans cette interview, c'est quand il se déclare candidat, bien sûr, mais aussi en cas de présidentielle anticipée, comme s'il le pressentait, voire ce qu'il le souhaitait.
Non, il n'y a aucun souhait d'une présidentielle anticipée. Nous avons des institutions, nous avons un calendrier. Il y a un président de la République qui a été élu pour cinq ans. La République, elle repose sur un calendrier solide et sur des rendez-vous qui sont prévus à l'avance. En revanche, avec la même franchise dont je vous parlais il y a un instant, il a une question directe, il y répond de manière franche. Il ne serait pas responsable de ne pas se préparer à toutes les hypothèses parce qu'on peut quand même se dire, Christophe Barbier, que tout ce que nous vivons aujourd'hui, ce n'était pas dans le manuel. On vit des choses qui sont inédites.
Donc, on n'est peut-être pas à une chose inédite prête et se préparer à toutes les éventualités, ce n'est pas du machiavélisme, c'est juste de la prudence et l'intérêt du pays.
Ce qui semblait être dans le manuel de savoir-vivre d'Edouard Philippe, c'était libre et loyal. On a l'impression que c'est surtout libre maintenant.
Moi, j'avais bien dit que ces deux mots, libre et loyaux, plus le quinquennat avancerait, plus l'accent tonique serait mis sur le mot libre. Et la dissolution a catalysé, la dissolution a accéléré le temps et elle a conduit forcément à passer à une autre étape dans laquelle cette liberté s'est manifestée. D'abord dans le fait que nos candidats sont partis à cette élection sur leur propre bannière. Et puis, vous le voyez, on accueillera deux nouveaux députés aujourd'hui qui nous ont rejoints.
Après quelques-uns qui l'ont déjà fait il y a quelques semaines, on sent qu'il y a aussi pour une partie de la classe politique, des élus locaux, des parlementaires, aujourd'hui, des questions qui commencent à se poser par rapport à la suite. On est évidemment, là aussi, très libres pour faire en sorte de les évoquer avec ceux qui se mettent.
Parlons de ces deux députés transfuges qui passent d'Ensemble pour la République à horizon. C'est quoi ? C'est la zizanie chez les macronistes ? C'est des gens qui se préparent pour le futur ? Pourquoi ces transferts ?
Je crois que c'est deux choses, en tout cas dans ce que j'ai pu lire. La première, c'est qu'ils reconnaissent à notre parti le fait d'avoir sans doute un ancrage local beaucoup plus réel. Il y a près de 500 maires qui appartiennent au parti horizon, là où aujourd'hui, au sein de Renaissance ou d'Ensemble pour la République... Ça manque d'élus locaux. Ça manque cruellement d'élus locaux, avec très peu de mairies dans lesquelles on retrouve des élus qui viennent de cette famille politique. Et donc cet ancrage local, les réalités, les expériences qui vont avec, le fait que quand vous êtes maire, vous n'êtes pas dans la politique théorique, vous êtes confrontés de manière très concrète.
C'est quoi le vivre ensemble ? C'est quoi les réponses qu'il faut apporter ? Et j'ajoute, Christophe Barbier, que c'est un échelon dans lequel, de façon assez spontanée, il faut forcément faire des coalitions avec des gens qui ne pensent pas la même chose que vous.
Alors, vous ne serez plus ministre, vous nous l'avez confirmé dans quelques semaines. Vous préférez la douceur enjevine à l'air marin. C'est une grande tradition poétique de votre ville. Mais qu'allez-vous laisser en héritage ? On attendait, pour le début de l'été, votre plan d'adaptation au changement climatique. Visez la résistance au plus 4 degrés. L'avez-vous préparé pour Michel Barbier ?
Alors, d'abord, retrouver ma mairie, ce n'est pas me replier sur un aventin. Je vais évidemment continuer à m'engager sur le plan politique, comme secrétaire général d'horizon, mais pas seulement. En particulier aussi sur ces jugés environnementaux. Ce qui est terrible, c'est que, dans beaucoup de cas, il faut de la constance dans les réponses qu'on apporte. Et la politique environnementale, elle se nourrit mal de zigzags dans lesquels vous partez dans une direction, vous aidez, par exemple, à ce qu'il y ait des formations dans le domaine de l'isolation, vous lancez des batteries pour les voitures électriques.
Si vous avez des changements de pieds qui sont brutaux, vous vous retrouvez à perdre une partie du bénéfice. Ces deux années, elles ont été historiques sur les baisses d'émissions, elles ont été historiques sur les accords qui ont pu être passés sur la biodiversité, pas seulement les chats et les chiens qui se partagent les cuisines et les salons des champs, mais plus largement la totalité des espèces. Et il y a devant nous des rendez-vous pour passer à l'acte. Ma frustration, vous avez raison, c'est que le début du mois de juillet aurait dû coïncider avec la mise en consultation d'un document très complet qui propose une cinquantaine de mesures sur comment on s'adapte.
Pour faire simple, l'écologie, c'est évidemment comment on limite les émissions, mais parce que depuis les années 90, on a déjà relâché beaucoup de méthane, beaucoup de CO2 dans l'atmosphère, on a une nécessité absolue. C'est de s'adapter à des températures qui sont déjà plus élevées. Et ce plan d'adaptation, c'est une cinquantaine de mesures. C'est gérer différemment, par exemple, les chantiers quand on a des vagues de chaleur. C'est faire en sorte qu'il y ait des pièces fraîches dans les crèches et pas seulement dans les EHPAD compte tenu des montées en température. C'est se préoccuper de l'érosion du trait de côte et des 20% du littoral français qui vont être concernés.
C'est penser qu'un tiers des stations de montagne n'auront plus de neige et qu'on va se retrouver dans une situation où il va falloir penser des évolutions de notre modèle, de notre aménagement du territoire. Et ça, ça nécessite un changement de logiciel. Dans beaucoup de cas, ça nécessite des évolutions sur nos règles de catastrophe naturelle, de ce point de vue, avec un monsieur comme Michel Barnier, qui a donné son nom au fond Barnier, qui est un des principaux outils de lutte contre les catastrophes naturelles. Je n'ai pas de doute sur le fait qu'il y aura une oreille attentive à ce dossier volumineux qui est sur mon bureau. Vous lui avez laissé, vous avez transmis cette note.
Ça fait partie des sujets que je vais évoquer avec lui dans les prochaines heures.
Avec une dimension budgétaire, est-ce qu'on peut payer la transition écologique ? Bien entendu.
Vous savez, il y a deux choses. Si on parle d'argent, on parle toujours de ce que ça coûte. Il faudrait qu'on prenne l'habitude de parler de ce que ça coûte de ne rien faire. Le coût de l'inaction en matière écologique, il est supérieur au coût de l'action. Et donc, ne rien faire, ne pas aujourd'hui assumer un certain nombre de dépenses de prévention, c'est se retrouver avec des dépenses de catastrophes naturelles le moment venu qui seront supérieures à ce que nous coûterait aujourd'hui un certain nombre d'aménagements simples. C'est particulièrement vrai sur les questions d'érosion du trait de côte dont je parlais.
Quand vous avez des prévisions qui vous expliquent que si vous ne faites rien, c'est plusieurs centaines de milliers de maisons qui pourraient être mangées par la mer, vous mesurez l'intérêt qu'il y a à prendre des devants et à regarder comment on évite de se retrouver dans cette situation.
Christophe Béchut, qui ne sera non plus ministre dans quelques temps, mais de retour à Angers. Merci, bonne journée, bonne rentrée parlementaire. Merci à tous.
Merci beaucoup Christophe. On vous retrouve demain à 7h45. Votre invité sera Pierre Jouvet, député européen, secrétaire général du PS. Sous-titrage ST' 501 P7
Sous-titrage ST' 501 P7
Christophe Béchu