Inondations dans le Pas-de-Calais, Soulèvements de la Terre et marche contre l'antisémitisme... le "8h30 franceinfo" de Christophe Béchu
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Christophe Béchut, l'angoisse continue de monter dans le Pas-de-Calais, certes la nuit a été moins pluvieuse que prévu, mais d'autres pluies sont attendues dans la matinée, il y a évidemment une vigilance rouge-crue-inondation, est-ce qu'on peut imaginer un début de décrue dans les prochaines heures ?
D'abord je veux avoir un mot pour ceux qui nous écoutent et qui sont dans ces 130 communes qui sont inondées, plus de 50 000 personnes qui vivent une forme d'enfer, y compris compte tenu de la répétition, avec des temps d'accalmie, des temps où il repleut, des moments où on lave sa maison, puis les moments où on revoit l'eau qui monte, pour avoir été avec Gérald Darmanin sur place, pour avoir rencontré des gens qui sont dans cet épuisement moral. Vous y étiez mercredi.
Exactement, je veux dire, et j'avais eu l'occasion de dire que malheureusement c'était pas derrière nous et qu'on allait repasser en vigilance rouge, et vous l'avez dit, on a eu une nuit pluvieuse, on a eu une matinée qui va être pluvieuse de manière intense, et on escompte pour 16 heures un début d'académie qui devrait durer tout le week-end, et qui devrait permettre de calmer une partie de la situation, mais avec quelques inquiétudes, à nouveau pour le début de la semaine prochaine. C'est-à-dire ?
C'est-à-dire que nous sortirons le département du Pas-de-Calais, et en particulier les trois bassins de la Liane, de l'A, de la Canche, qui sont concernés par cette vigilance, de la vigilance rouge, pluie-inondation à partir de 16 heures, mais on va les maintenir d'abord en vigilance crue, parce qu'on sait que quand il a beaucoup plu, on peut ensuite avoir dans les heures qui suivent la fin de ces pluies, de l'eau qui continue à monter, et à la minute où je vous parle, à partir de lundi, nous anticipons le fait qu'il pourrait à nouveau y avoir des précipitations, donc on va maintenir ce territoire sous vigilance, même si nous ne savons pas l'ampleur de ces précipitations, et donc ce n'est pas forcément des précipitations aussi fortes que celles qu'on a connues ces dernières heures, qui ont été exceptionnelles.
Juste pour se donner un ordre de grandeur, en 24 heures, ce sera entre 70 et 100 litres par mètre carré qui seront tombés sur les territoires dont nous parlons.
Est-ce que ça veut dire qu'on peut imaginer, dès le début de la semaine prochaine, de nouvelles, peut-être, fermetures préventives, comme on peut le voir aujourd'hui ?
Vous savez, la situation depuis le début, elle est suivie avec beaucoup d'attention, à la fois sur le plan national et sur le plan local. Je veux saluer le préfet, l'ensemble des équipes, les 700 pompiers qui ont été mobilisés toute la nuit, qui ont conduit, y compris une évacuation d'un EHPAD de manière préventive, c'est plus de 1000 interventions depuis le début de la semaine qui ont eu lieu sur le terrain. Donc, on continue à suivre cette situation et on prend les mesures qui sont appropriées.
L'envoi des SMS par l'application FR Alert, déjà deux fois dans le courant de cette semaine, les consignes au fur et à mesure, la mobilisation avec les maires que je salue qui sont en première ligne avec leurs services municipaux, mais de la même façon que je ne veux pas sombrer dans un discours qui soit trop rassurant, je ne veux pas non plus provoquer une forme de panique, nous suivons la situation et on prendra pour le début de la semaine les décisions qui s'imposeront compte tenu des prévisions météo de la journée de dimanche.
On évoquait ces derniers jours 60 communes touchées depuis lundi, 292 000 habitants concernés, ce bilan on l'imagine a augmenté ?
Alors, les chiffres que vous donnez, c'est tous ceux qui ont un titre ou un autre sont concernés depuis une semaine. Aujourd'hui, notre attention, elle se focalise sur les 50 000 habitants qui sont dans les 130 communes des trois bassins de la Liane, de l'Aa et de la Canche et qui, eux, sont particulièrement concernés par les épisodes de pluie très intenses que nous avons connus au cours de ces dernières heures qui l'ont été un peu moins, du côté de la M notamment, mais pour laquelle nous continuons à être extrêmement vigilants et c'est donc plus de 200 établissements scolaires fermés encore toute la journée d'aujourd'hui, 130 communes sur lesquelles notre attention se focalise.
Vous parliez du dialogue avec les collectivités locales. Beaucoup vont ou ont déjà peut-être déposé des dossiers en vue de reconnaissance de catastrophes naturelles. Est-ce que ça va venir rapidement ? C'est une inquiétude sur le terrain.
Ça va venir très rapidement. La catastrophe naturelle, elle est déclenchée, déclarée, reconnue par le ministre de l'Intérieur. Et mardi, le 14 novembre, il y aura, à Beauvau, au ministère de l'Intérieur, le temps qui sera consacré à examiner et à reconnaître la catastrophe naturelle.
Ça veut dire que vous pouvez peut-être rassurer ce matin les personnes sinistrées qui peut-être s'inquiètent. D'ailleurs, on les entend sur France Info. Le moral, c'est difficile, là, pour les personnes qui sont concernées. Elles vont pouvoir être remboursées dans des délais raisonnables ?
Il y a deux choses. Il y a cette reconnaissance de catastrophes naturelles et de calamités agricoles parce que je n'oublie pas les agriculteurs de l'ensemble de secteurs dont beaucoup sont évidemment extrêmement impactés dans les interventions de pompiers. Il y a, y compris des bovins qui conviennent d'évacuer dans certains endroits qui ont été piégés par les eaux. Il y a des quantités de situations qui sont effectivement terribles sur le terrain. Il y aura cette reconnaissance. Elle va arriver. Elle va arriver vite. Et il y a en parallèle le fait de mobiliser les assureurs de chacune et de chacun.
Et là, il y a un guichet unique monté à l'échelle de la préfecture du Pas-de-Calais parce que vous avez parfois des assureurs qui n'appliquent pas les mêmes principes. Certains qui le disent... On peut leur mettre un peu la pression aussi, tout de même. Je vous confirme. C'est à ça que sert, en fait, le guichet unique coordonné par le préfet du Pas-de-Calais. C'est assurer une forme de pression et éviter qu'on aille dire aux gens, ne touchez à rien. Oui, il faut faire des photos de la situation dans laquelle on est, mais on a besoin d'assurer, de réassurer ces populations. D'abord, d'un soutien immédiat, mais surtout qu'on va ensuite pouvoir les accompagner et les indemniser.
Sur l'état de catastrophe naturelle, c'est l'ensemble des communes que vous venez de citer, ce nombre qui sera concerné par cet état de catastrophe naturelle.
On évoque une cinquantaine de dossiers à ce stade. Alors, je pense que d'autres dossiers vont arriver parce que le nombre des communes qui ont été touchées à un moment ou à un autre de l'épisode, 50, c'est celles qui sont les plus durement touchées en ce moment et qui vivent, j'allais dire, à répétition, ces épisodes d'inondations. Mais celles qui devraient être concernées devraient être plus importantes. Les maires doivent continuer à envoyer les dossiers et on sera évidemment dans une exception large des critères permettant cette reconnaissance.
Se pose la question de l'entretien pour prévenir ce type de catastrophe, l'entretien des digues, l'entretien des cours d'eau. Quand on voit que certaines digues ont été débordées par les eaux, d'autres semblent avoir lâché. Ce qui n'a pas un manque d'anticipation, un manque d'entretien des collectivités ou même de l'État.
D'abord, vous faites bien d'aller sur ce point, y compris parce que dans la journée d'aujourd'hui, ce sont deux pompes supplémentaires de près de plus de 300 m3 heure de débit qu'on va ajouter à Arc pour soulager une digue existante et pour faire en sorte aussi d'accentuer l'évacuation des eaux. C'est le curatif et c'est un peu de préventif parce que grâce à ces pompes, on va soulager la pression énorme, exceptionnelle qui pèse sur ces digues. On est quand même en train de discuter sur l'ensemble de ces bassins de crues historiques, de niveaux que nous n'avons jamais atteints.
Il y a eu, il y a 20 ans, dans le même secteur, dans les mêmes secteurs, des inondations qui avaient concerné beaucoup plus de maisons avec un niveau pourtant des rivières qui était moins élevé. Entre temps, il y a eu des digues, il y a eu des PPRI, des plans de prévention des inondations, il y a eu des décisions pour interdire des constructions d'urbanisme. Et je veux dire que souvent, quand il n'y a pas de difficultés, on tape sur les normes environnementales, on tape sur les plans de protection, on tape sur la lutte contre l'étalement urbain, alors que tout ça s'est fait, y compris pour éviter qu'on se retrouve dans ce type de situation avec des difficultés aussi grandes.
Néanmoins, on aura à apprendre, on aura à apprendre en particulier sur le curage des rivières, pointé par certains maires, disant qu'on nous a empêché d'aller curer parce qu'on avait tel ou tel élément qui le justifiait dans certains endroits, est-ce qu'on ne devrait pas rehausser les niveaux des digues ? Moi, je suis pour faire les choses dans l'ordre.
Aujourd'hui, être aux côtés des populations, assurer l'ensemble des missions qui permettent de sécuriser les biens et les personnes, être aux côtés des collectivités qui se battent, être aux côtés des sapeurs-pompiers et des services municipaux qui sont en première ligne, demain, tirer le bilan complet de ce qui a fonctionné, en termes de prévention et d'alerte, de ce qui a moins bien fonctionné, et de ce que nous devons faire, parce que, je me permets juste de vous dire la chose suivante, nous n'allons pas vers une diminution de ce type de phénomène. Le 830 France Info, Adrien Bec, Jean-Rémi Baudot.
Et toujours avec Christophe Béchut, ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, ces intempéries dont on vient de parler nous feraient presque oublier la situation qu'a connue une grande partie de la France durant l'été, même, j'ai envie de dire, durant l'année précédente, celle de la sécheresse. Est-ce qu'avec les pluies abondantes qu'on a pu avoir à peu près sur tout le territoire, est-ce que c'est un souvenir un peu lointain, aujourd'hui, la sécheresse ?
La semaine prochaine, en milieu de semaine, on communiquera l'état des nappes phréatiques, comme on le fait tous les mois, et avec, aujourd'hui, une attention médiatique qui n'existait pas avant la grande sécheresse de 2022. Il y a un mois, encore une fois, ce sera au milieu de la semaine prochaine, et on a les chiffres seulement environ en milieu de mois, puisqu'il faut relever tous les piézomètres sur la totalité du territoire. Il va de soi qu'avec les pluies qu'on a connues, on a des secteurs dans lesquels nous n'avons plus les inquiétudes que nous avions il y a un mois. Mais la situation n'est pas homogène. On avait beaucoup de retard à l'issue de l'été 2022.
On avait encore du retard après un été qui a été moins catastrophique, mais qui a été très dur aussi sur le plan de la sécheresse dans beaucoup d'endroits. Et malgré les pluies qu'on a connues, il y a encore des secteurs dans lesquels on sera en dessous des niveaux pour une raison simple. C'est des pluies très rapides. Ce ne sont pas nécessairement le meilleur moyen d'aller recharger les nappes. Et il faut comprendre que dans la stratégie qui consiste à lutter contre la sécheresse, la question de faire respirer la terre, la question de déminéraliser des espaces, la question d'éviter de bétonner, d'étaler nos villes est un enjeu absolument crucial.
Quel secteur encore ? On peut imaginer peut-être les Pyrénées-Orientales, des endroits comme ça dont on parle.
Des endroits effectivement, en particulier dans le sud et dans la vallée du Rhône.
La sécheresse qui pose la question notamment des bassines. Si je vous parle des bassines, c'est parce que le dossier des soulèvements de la terre est passé devant le Conseil d'État. On sait qu'Emmanuel Macron l'a voulu, que le gouvernement a tenté de dissoudre le soulèvement de la terre. Mais donc le Conseil d'État a retoqué cette dissolution, malgré leurs actions violentes, notamment à Sainte-Solines au printemps. Pas proportionnée, dit le Conseil d'État. Est-ce qu'avec cette dissolution, tout simplement, vous n'êtes pas allé trop loin ?
Je ne le pense absolument pas. On est dans un état de droit, il y a un juge qui contrôle les décisions et c'est souhaitable. Mais il faut rappeler que le rapporteur du Conseil d'État, celui qui a analysé le dossier, a considéré que la dissolution était justifiée. Et si vous lisez la décision du Conseil d'État, ils ne disent pas, le gouvernement n'aurait pas dû faire ça, ils disent, ils n'ont pas totalement franchi la ligne rouge. Oui, il y a eu de la provocation, oui, il y a eu des agissements violents.
Et donc, je pense que ça a une vraie valeur, à la fois d'avertissement pour ce collectif, que tout n'est pas possible en démocratie, mais aussi une vraie valeur pour être capable d'expliquer qu'on peut manifester une opinion, on peut exprimer un désaccord sans recourir à la violence. Et il y a un avertissement très clair et un appel à la retenue dans cette décision.
C'est aussi un avertissement pour les effets d'annonce du gouvernement ?
Je ne crois pas. Encore une fois, quatre dissolutions, trois ont été validées par le Conseil d'État, et une dans les attendus, où le Conseil d'État dit, ils n'ont pas totalement franchi la ligne rouge. Quand vous lisez la décision, ce n'est pas...
Vous parlez, Christophe Béchut, de provocation. Précisément, le Conseil d'État dit, aucune provocation à la violence contre les personnes ne peut être imputée au soulèvement de la terre. Est-ce que vous êtes d'accord avec ça ?
Moi, je pense qu'encore une fois, la violence, elle n'est jamais justifiée. Et que quand vous commencez à dire, ça n'est que de la violence contre les biens, on a une motivation légitime pour le faire parce qu'il y aurait telle ou telle situation dans le pays. Vous quittez l'État de droit. Vous basculez dans autre chose. Et demain, ce sera la porte ouverte à ce que chacun puisse considérer que sa cause justifie pleinement de ne pas respecter les règles. On a besoin de lanceurs d'alerte. Mais la violence ne fait pas partie de la gamme de ce qui consiste à lancer des alertes.
Mais donc, pour bien comprendre, ce matin, vous nous dites, voilà, le gouvernement n'a plus de recours contre les soulèvements de la terre. Il faudra donc désormais composer avec leurs actions.
Non, le gouvernement, très clairement, a engagé une procédure qui a conduit le Conseil d'État à dire, ils n'ont pas complètement franchi la ligne rouge. Mais nous avons constaté qu'il y avait des motifs légitimes qui avaient poussé le gouvernement à engager cette procédure de dissolution. Pour autant, toutes les causes ne sont pas réunies pour qu'on valide cette dissolution. Ce n'est absolument pas un camouflet pour le gouvernement. C'est, au contraire, je le considère comme ça, une manière d'aller préciser qu'on est proche de ça. Et encore une fois, c'est un appel à la retenue et un avertissement à ceux qui pensent qu'on peut justifier la violence de n'importe quelle façon dans ce pays.
Alors, juste un dernier mot là-dessus. Vous parlez d'appel à la retenue. Mais de son côté, les soulèvements de la terre, eux, lancent des appels à multiplier les actions. Est-ce que vous craignez une reprise d'actions radicales, voire violentes ?
Je pense que c'est totalement contre-productif. Je pense que ça desserre les causes qu'on prétend utiliser. Et si on est vraiment attaché à la transition écologique et à une accélération dans ce domaine de nos actions collectives, la violence, la radicalité, la provocation, elles provoquent la sidération et le rejet d'une partie de la population.
Pardon, je reviens quand même sur les moyens d'action qui vous restent face au soulèvement de la terre. La dissolution, ça n'a donc pas fonctionné. Est-ce que vous pourriez envisager peut-être une loi pour renforcer, je ne sais pas, le droit de propriété ? Ou est-ce que, vous dites maintenant, le sujet est plus un sujet d'ordre public et de justice ?
Monsieur Becht. On va faire les choses par étapes. On a une décision qui a été prise il y a quelques heures par le Conseil d'État que le gouvernement évidemment respecte. Je ne préjuge pas de ce que seront d'autres actions à venir de ce collectif. Et je veux croire qu'il a entendu qu'il était passé très près de la dissolution et que ça sera suffisant pour éviter que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Les images de Sainte-Solene, les cocktails Molotov, les battes de baseball utilisées pour aller taper et blesser des dizaines de policiers et de gendarmes qui ne faisaient que leur travail, ça n'a pas sa place en démocratie.
Les Soulèvements de la Terre qui, notamment parmi d'autres ONG, dénoncent l'inaction climatique supposée du gouvernement. Il y a un sommet sur les pôles qui se tient aujourd'hui. Emmanuel Macron doit s'exprimer cet après-midi en clôture d'ailleurs de ce sommet sur les glaciers et les pôles. Sommet à Paris. Présence officielle de la Norvège, de la Chine, de l'Australie ou encore du Tadjikistan. Mais ni le Canada, ni les Etats-Unis, ni la Russie, à quoi ça sert ?
Alors attendez, le Canada est présent. J'étais hier soir avec l'ambassadrice canadienne qui représente son pays à cette occasion. Il n'y a qu'un pays qui n'y est pas, c'est la Russie pour des raisons que chacun comprend. Mais une seconde, parce que moi, il y a des choses qui m'exaspèrent vraiment. Et le disque rayé, utilisé par une partie de l'extrême gauche dans ce pays, de l'inaction climatique, il est absolument insupportable. De quoi on parle ? Où sont ces collectifs par rapport à des pays dont les émissions continuent ? Vous citez une liste de pays ? Où sont les Soulèvements de la Terre en Chine, en Inde, dans des pays qui continuent à ouvrir des mines de charbon ?
Ici, dans ce pays, les Français, vous, des quantités de gens et d'anonymes, ils ont changé leurs habitudes, fait en sorte de minorer une partie de leur consommation. Le gouvernement a pris des décisions, on est le premier pays au monde à avoir interdit la vaisselle jetable. On est sur un doublement du rythme de baisse des émissions dans le quinquennat d'Emmanuel Macron par rapport au temps où il y avait des écologies. Le premier semestre, on est à 4% de baisse.
Et vous continuez à avoir des gens qui sont dans un discours extrémiste parce qu'ils ont le sentiment qu'à la fin, si nous réussissons sur la question de la transition écologique, ça prouvera qu'il ne faut pas forcément être de gauche, voire d'ultra-gauche pour faire de la transition écologique. On est face à une réalité. Non, pardon. Pardon parce qu'à un moment, que ce soit toujours les mêmes qui répètent des choses qui ne correspondent pas à la réalité, sincèrement, ça n'est pas acceptable.
J'en reviens quand même d'un mot sur ce sommet sur l'épaule. En l'absence, Jean-Rémy l'a dit, de la Russie, qui est quand même l'un des pays qui a une grande surface au niveau notamment de l'Arctique, qui se prépare à faire transiter des hydrocarbures par l'Arctique, qui, selon certains, se prépare et en tout cas explore l'Antarctique pour y trouver des hydrocarbures. Bon, sans la Russie, on a du mal à voir à quoi ça sert.
On a aujourd'hui une situation au pôle qui nécessite que la communauté internationale se mobilise. Précisément parce que ce sont des lieux qui, à cause du recul de l'Arctique et de l'Antarctique, vont ouvrir des voies, suscitent des impétits et des convoitises et représentent des dangers d'un point de vue géopolitique. Bien sûr, je préférais qu'il y ait tout le monde autour de la table, mais c'est la première fois... Vous préférez que la Russie soit là ? C'est la première fois qu'on a un sommet consacré à ce sujet. Donc, qu'à un moment, on se dise qu'il y en a certains qui ne sont pas autour de la table.
C'est une chose, mais qu'on mesure que pour la première fois, et c'est bien la volonté du Président de la République s'il se met à lieu, on se met tous autour d'une table pour dire comment on mutualise les données de la science, comment on se mobilise pour éviter que la fonte des glaciers, qui sont des châteaux d'eau qui permettent à 20% de la population de notre planète d'avoir de l'eau douce, soit irréversible. Comment on renforce nos efforts collectifs pour baisser nos émissions, pour coopérer de manière plus efficace, pour partager des financements, pour poser des règles sur les espaces qui sont rendus vierges ? Honnêtement, on a besoin de ce sommet.
Et toujours avec Christophe Béchut, ministre de la Transition écologique et de la cohésion des territoires, M. Béchut, la marche de dimanche contre l'antisémitisme a tourné ces derniers jours à la polémique politique, en cause notamment, évidemment, à la présence du Rassemblement national. Le CRIF, le Conseil représentatif des institutions juives de France, ne souhaite pas que le RN y participe. Est-ce qu'ils ont raison ?
Moi, je veux dire, tout ça me désole. Je suis très honnête. Tout ça me désole parce que je suis, je pense, comme beaucoup de Français, sidéré, à la fois, bien sûr, par la violence des attaques terroristes du Hamas, par la souffrance que vivent certainement ceux qui sont dans la bande de Gaza, mais dans notre pays, par la multiplication des actes antisémites, par la façon dont, presque à visage découvert, on en vient à stigmatiser une partie de nos concitoyens qui ont vécu dans leur chair et dans leur histoire la Shoah et l'extermination, que dimanche, sur un sujet qui devrait rassembler absolument tout le monde, on ait une polémique sur qui vient. Honnêtement, ça me dépasse...
La polémique vient un petit peu de votre camp, c'est Olivier Véran qui a un peu allumé la mèche au Conseil des ministres, en disant, à mon sens, le RN n'a pas sa place dans cette manifestation. Qu'on ne soit pas dupe,
du fait que certains partis politiques ont comme héritage, comme socle, à la fois la haine de l'autre, qu'ils aient dans leurs agendas, le fait de stigmatiser, de monter les communautés les unes contre les autres, c'est une réalité. Et donc, je comprends qu'il y ait chez Olivier Véran la volonté d'aller dire ne soyons pas dupes. Mais pour autant, dimanche, ce n'est pas un temps de polémique.
Ça doit être un temps de cohésion, un temps dans lequel on se retrouve et un temps dans lequel nous disons à tous les républicains de ce pays, il y a des choses qu'on ne peut pas laisser passer et à tous nos concitoyens qui se sentent menacés aujourd'hui en France par la montée de ce climat de haine, nous sommes à vos côtés et nous nous tenons debout. Et la polémique, elle devrait être sur ce qui justifie de ne pas s'y rendre, pas sur le fait qu'on ait des gens qui ont envie d'y aller.
Pour bien comprendre votre position, ça ne vous choque donc pas que le RN participe à cette marche dimanche ? Ce qui me choque,
c'est que certains considèrent que se réunir contre l'antisémitisme, ce serait manifester un soutien à des massacres. Ça, ça me choque. En revanche, je ne suis pas du...
Ne répondez pas à ma question.
Je suis choqué par ceux qui n'y participent pas, je ne suis pas choqué par ceux qui y participent. Ça peut difficilement être plus clair. Quitte à ce que le rassage... Pour autant... Mais attendez, mais pour autant, je n'ai aucun doute de savoir qui sont mes adversaires et ceux qui vont profiter d'un moment de recueillement et d'unité républicaine pour essayer de se refaire une virginité sur les sujets.
C'est exactement ce que j'allais vous dire. Est-ce que le RN ne se refait pas une virginité sur cette...
Quand bien même ce serait le cas, c'est super parce que ça nous permet, nous, de le rappeler et de faire en sorte que ceux qui n'ont pas de mémoire se souviennent que, le point de détail, les fours crématoires et la Shoah, non seulement dans ce pays, ça a existé, mais ça correspond à la psyché, au socle idéologique du RN. Mais dimanche, est-ce qu'on peut, pendant quelques heures, faire cesser les polémiques et faire ensemble, nation, pendant quelques heures, en montrant collectivement, je le redis, à des milliers de nos concitoyens qui vivent aujourd'hui dans la peur, dans l'insulte, dans l'invective, que nous sommes là et que la République fait front.
C'est ce que je souhaite, qu'on ait d'abord cette image d'unité et pas un temps consacré à nouveau à des polémiques. Il y en avait hier, il y en aura lundi, et si on préservait ce moment pour faire front collectivement.
Alors à vous entendre, tout le monde peut donc participer à cette marche, est-ce que le président de la République aussi ?
Ça c'est un autre sujet. Il a prévu de s'exprimer pour, précisément sur le thème, sa parole, elle est utile, elle est attendue, elle sera forte, on est dans une situation que beaucoup de nos concitoyens ne pensaient pas vivre. Une espèce de libération de la parole et de la haine. Des VTC qui refusent de prendre des clients parce qu'ils n'ont pas le bon prénom. Des compatriotes de confession juive qui sont exclus de groupes d'amis ou de boucles parce que ça pourrait créer de la tension.
Précisément, peut-être que le chef de l'État vienne témoigner de son soutien à ces personnes. D'autres présidents l'ont fait par le passé ?
Vous savez, toute la France ne manifestera pas dimanche. Il y a beaucoup de gens qui pourront manifester leur soutien et leur lutte contre l'antisémitisme d'une autre manière qu'en se joignant ou au cortège parisien ou en très nombreux cortèges qui se tiendront en province comme à Angers, là où je serai moi pour manifester mon refus de cette montée de l'antisémitisme.
Mais vous souhaitez que le président, s'il le peut, y soit.
Ce qui est absolument indispensable, c'est que sa parole soit entendue et ce sera le cas.
Merci beaucoup Christophe Béchut, ministre de la Transition écologique et de la cohésion des territoires. Merci d'avoir répondu ce matin aux questions de France Info. Merci Adrien Bec de m'avoir accompagné. On se retrouve demain pour une nouvelle interview.
Christophe Béchu