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interviewLCI — L'invité d'Adrien Gindre· 16 décembre 2024 10 min

Face aux experts du lundi 16 décembre 2024

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Éric Coquerel est avec nous, député LFI-MFP de Seine-Saint-Denis, président également de la Commission des Finances à l'Assemblée Nationale. Merci d'être avec nous ce matin, avant d'aborder l'actualité politique évidemment, avec le début des consultations aujourd'hui et François Bayrou. L'actualité à Mayotte, vous l'avez entendu dans le journal. Jean-Luc Mélenchon, le leader de la France Insoumise, a tweeté hier sur X, je le cite, « Le pouvoir méprisant et incapable, occupé par son nombril, n'a rien prévu, ni organisé ». Fin de citation.

Estelle Youssoufa, députée Liotte de la première circonscription de Mayotte, lui a répondu « Honte à vous, Jean-Luc Mélenchon, qu'il n'avait pas un mot de compassion sincère pour la population ». Que pensez-vous des deux sorties du leader, de votre leader de la France Insoumise et celle d'Estelle Youssoufa ?

0:40
Éric Coquerel

On peut avoir des mots de compassion, je les ai moi-même, parce que je n'ai pas été amené pour l'instant à m'exprimer sur le sujet, dans la situation des habitantes et habitants de Mayotte, mais aussi avoir une analyse de ce qui se passe. L'un n'implique pas l'autre. Est-ce le moment de tweeter ce genre de choses, Éric Coquerel, de la part de Jean-Luc Mélenchon ? Et c'est le moment de dire à un moment donné, parce que si on ne le dira jamais, c'est-à-dire qu'il y aura le cyclone, il y aura la situation, puis dans une semaine on passera à autre chose, et on ne reviendra pas sur les causes d'autant de dégâts causés par cyclone, ni même pourquoi ce cyclone...

Mais celle Youssoufa parle de récupération politique à ce moment-là. Oui, j'ai compris, mais vous me laissez répondre. D'accord ? On n'en reparlera pas. Donc je pense que ce moment est venu, justement, de pointer, comme à chaque catastrophe climatique, excusez-moi, ce qui a été fait ou ce qui n'a pas été fait.

1:26
Invité

Qu'est-ce qui n'a pas été fait, selon vous ?

1:27
Éric Coquerel

Alors, il y a un problème déjà global. Ce cyclone, il est d'une intensité exceptionnelle, parce que tout le monde sait que, du fait du réchauffement de la planète, les eaux se chargent en chaleur, et font en sorte que ces cyclones deviennent des véritables bombes thermiques. C'est vrai ? Ça a été vrai en Indonésie, c'est vrai à Mayotte, c'est même vrai en Mitterrandie.

1:47
Auditeur

Oui, mais c'est pas ce que dit Jean-Luc Mélenchon, il dit que rien n'a été...

1:50
Éric Coquerel

Est-ce que vous voulez mon avis ou pas ?

1:52
Auditeur

Non, mais je voulais vous interroger précisément sur ce qu'il a dit, parce qu'on ne peut être que d'accord avec vous sur la chambre.

1:57
Éric Coquerel

Mais si c'est ce qu'il dit, c'est ce qu'il a répété hier soir sur une autre chaîne concurrente à la vôtre, c'est exactement ce qu'il dit, il dit exactement les mêmes points que je vais vous dire, je vais pouvoir dire si vous me laissez parler, c'est qu'il y a déjà un problème en termes de tout ce qui est faisable par rapport à l'environnement. Et ça, ça pose par exemple les budgets dont on va discuter dans quelques semaines à nouveau, où on prévoit 16% de moins de budgets liés aux questions environnementales. C'est vrai, Eric Cotter, mais la France est plutôt vertueuse dans ce domaine. Non, non, la France n'est pas vertueuse par rapport aux autres. Ah non, si.

Mais non, la France n'est pas vertueuse. Ah si. Bon, alors d'accord, si.

2:33
Invité

Ah non, là vous racontez des fracs, pardon de vous le dire. Non, mais non.

2:35
Éric Coquerel

Mais c'est 4,5% d'émissions de gaz à effet de serre en moins. Sauf que la France, ça fait deux ans, où les budgets liés à la question environnementale n'augmentent plus.

2:45
Invité

Ça n'a rien à voir avec les budgets, c'est les ménages et l'industrie.

2:48
Éric Coquerel

Mais bien sûr que si, ça vient des budgets. On a le nucléaire, heureusement, vous vous rendez compte ? Non, ça vient des budgets. Laissez-moi conclure. Il y a deux ans, il y a eu un rapport de Pisani-Ferry, ma france, d'accord, qui conclut sur le fait que s'il n'y a pas 37 milliards d'investissements publics d'ici 2030, on ne respectera pas les objectifs climatiques. Non, laissez-moi finir, parce que sinon je ne vais pas pouvoir en plus. Allez-y. Là, maintenant, c'est un rapport de I4C, qui est un... I4Climate. Voilà, I4C. Excusez-moi, je prononce mal l'anglais. C'est un de mes défauts. Qui prévoit que maintenant, c'est 50 milliards.

Parce que chaque année, on ne met pas l'argent nécessaire, ça augmente. D'accord ? Donc, premier problème, c'est pas vrai. Mais nos émissions de gaz à effet de serre en moins. La question n'est pas là. Premier problème, on ne met pas l'argent nécessaire pour faire face aux propres objectifs qu'on s'est fixés. Ça, c'est un premier point. Deuxièmement, on ne met pas l'argent nécessaire sur tout ce qui est anticipation et réparation. C'est absolument pas prévu. Moi, ça fait deux ans que je pointe que dans le budget de l'État, il n'y a pas un milliard qui est mis sur la table, alors qu'on sait que chaque année maintenant, il va falloir anticiper et prévoir. Et là, j'en viens à Mayotte.

Parce que Mayotte se rajoute un troisième problème. C'est que Mayotte, vous savez comme moi, qu'il y a 70% des habitants de Mayotte qui sont en dessous du seuil de pauvreté, des conditions qui sont totalement insalubres d'habitat pour beaucoup, et que ce n'est pas acceptable que la France traite ainsi... En conclusion, on a trois problèmes environnementaux de prévision et en plus de traitement des Outre-mer en général et de Mayotte en particulier. Et il était évident qu'à partir de là, quand un cyclone allait passer avec cette intensité et ça allait finir par venir à jour, eh bien, on allait se retrouver dans cette situation.

C'est pour ça qu'on peut effectivement, parce qu'il y a des gens qui le disent, parler d'impréparation et parler de non-anticipation sur les questions environnementales.

4:28
Invité

L'essentiel des victimes vit dans un bidonville qui s'appelle Kawény. On a montré ce matin. Non, il n'y a pas que l'essentiel. L'essentiel des victimes, à mon avis, je m'avance un peu parce que je connais très bien ce territoire, c'est mortel. Vous savez, les plaques de tour qui volent à 220 km heure, vous allez voir que le bilan va être terrible. Il y a beaucoup de gens qui vivent là en situation irrégulière qui viennent des Comores. Est-ce qu'on doit expulser la moitié de la population qui vit à Mayotte et qui n'est pas en situation régulière ? Vous voyez, c'est très intéressant ce que vous dites.

4:58
Éric Coquerel

Madame Youssoufa réagit notamment parce que nous avions demandé que ces bidonvilles ne soient pas entièrement détruits quand il s'agissait de les détruire, non pas pour faire en sorte que les habitants de ces bidonvilles puissent aller dans des habitats plus sécurisés, plus solides, mais en fait, en réalité, les expulser parce qu'on considérait que c'était ça la priorité. C'était de lutter contre l'immigration irrégulière venant de Mayotte, de Comores, pardon, dans un problème géopolitique qui est complexe. Je vous rappelle que même l'ONU ne considère que le fait que Mayotte soit un département français pose quelques soucis. Donc, dans ce contexte, voilà qui a été la priorité.

Moi, je dis que la priorité, si on voulait détruire ces bidonvilles, c'était de reloger ces logements, ces personnes dans des logements durs. On n'a pas la même approche et du coup, il y a les dégâts dont nous parlons.

5:40
Présentateur

Pascal, on va avancer notamment sur le début des consultations aujourd'hui. Éric Coquerel pour François Bayrou, Marine Le Pen et Jordan Bardella vont être reçus dans les minutes qui arrivent. Elle a fini par s'y s'y sera pas. Mathilde Panot ne sera pas là. Quel est votre objectif ? Est-ce que vous voulez... Certains vous taxent de vouloir un blocage institutionnel.

5:57
Éric Coquerel

Non, mais c'est assez simple, nos objectifs. J'entendais votre journaliste qui était sur place en parlant des négociations qu'elle allait ouvrir. Et le Premier ministre a clairement dit que ces consultations étaient en lien soit avec une coalition, soit au moins un pacte de non-censure. Nous, on dit qu'on n'a rien à négocier. Ce que nous disons à M. Bayrou, je crois qu'il a eu hier Mathilde Panot, il a bien compris notre position. Ça lui évite de perdre du temps et nous aussi. C'est de lui dire... Nous, ce qu'on vous demande, c'est d'engager le vote de confiance devant l'Assemblée nationale, comme ça se faisait régulièrement. Et sinon, il y aura motion de censure.

Parce que nous estimons que ce gouvernement n'est pas plus légitime que le précédent, puisqu'il est minoritaire, et qu'en plus, vraisemblablement, il va appliquer la même politique. Voilà, c'est une position... Ce n'est pas une position de blocage. Et j'ai cru comprendre que le groupe communiste a exactement la même position que nous et qu'aujourd'hui, le groupe écologiste est sur l'idée de dire qu'a priori, il sera plutôt sur la censure. Donc vous voyez, de ce point de vue-là, on n'est pas seul.

6:50
Invité

Ce qui est intéressant, particulièrement dans ce que vous dites, c'est le vraisemblablement. Parce que pour l'instant, il n'a pas du tout parlé du fond, François Bayrou. Alors on sait, vous allez me dire, c'est un macroniste soutenu Emmanuel Macron, mais en même temps, c'est quelqu'un qui a une identité politique, qui a été trois fois candidat à la présidentielle. Ce n'est pas n'importe qui, François Bayrou. Notamment, son groupe, sur la taxation des hauts profits, a eu des positions qui rejoignaient les vôtres. Il n'y a aucun moyen de discuter avec eux ?

7:16
Éric Coquerel

Je vous réponds. Je ne parle pas de l'homme. Il est tout à fait respectable, et ce n'est pas le sujet. Mais oui, comme vous l'avez dit, ça a été un pilier de la Macronie pendant sept ans. Deuxièmement, ne confondez pas les positions de Jean-Paul Matéi avec celles de tout le groupe Modem. Je dis ça, puisque c'est lui qui a amené l'idée qu'on pouvait, et nous a appuyé parfois, sur l'idée de taxation.

Moi, ce que j'observe, par exemple, c'est que c'est des députés du Modem qui ont déposé le plus d'amendements d'obstruction sur la proposition-loi sur la brogation de la réforme des retraites que nous avions mis dans notre niche, et qui, du coup, n'a pas pu être examiné, elle aurait été votée sinon, parce qu'on a dépassé leurs limites. Donc, je n'ai pas vu spécialement de la part de tout le Modem comme ça, une appétence pour une politique très différente. Au marge, oui, mais pas très différente. Donc, aujourd'hui, il y a toutes les raisons de croire que M. Bayrou est là pour appliquer le même type de politique que M. Macron. Et d'ailleurs, sinon, si ça n'avait pas été le cas, je pense que M.

Macron respectait le suffrage universel et proposait au nouveau Front Populaire de gouverner le pays. Donc, j'en conclue que l'idée, à mon avis, ne va pas être d'aller vers autre chose que la politique qu'on a subi depuis des années.

8:21
Présentateur

Il nous reste peu de temps, Éric Coqueret, la loi spéciale sera examinée aujourd'hui à l'Assemblée nationale avec le soutien du Rassemblement national. Vous avez proposé un amendement visant à indexer l'impôt sur le revenu, sur l'inflation. Cet amendement est qualifié d'anticonstitutionnel par le Conseil d'État. Vous êtes taxé d'être anticonstitutionnel ? Non, c'est un avis

8:37
Éric Coquerel

du Conseil d'État, je vous rappelle. Ce ne sont pas les juges du Conseil d'État. Très, très rapidement, on a une loi totalement inédite qui n'a aucune jurisprudence. Sécurité sociale dans un projet de loi de finances, ce qui, normalement, n'est jamais fait. Sur le financement de la Sécurité sociale.

8:55
Invité

Voilà, ce qui n'est jamais fait.

8:56
Éric Coquerel

Et comme le dit le rapporteur général, ça se tente. Moi, je trouve que ça se tente aussi d'indexer le barème des impôts à l'inflation, tout simplement parce que ça permettrait que ce soit le même périmètre de contribuables qui soient touchés en 2024-2025. Voilà, c'est une cohérence. J'admets que c'est un avis. Je pense qu'il pourrait se tenter. Ça réglerait les problèmes, même si, nous, on a dit « Criez pas au loup ! » Si le projet de loi est de finances et voté dans les trois mois, il n'y aura pas d'incidence pour les Français, mais ça sécurise. J'en profite pour donner une chose très rapidement.

J'ai fait une proposition avec Charles de Courson à François Béroux et je reposerai cet après-midi. C'est qu'on lui a proposé que dès le 13 janvier, au moment où les techs reviennent en discussion, toutes les mesures qui étaient consensuelles à l'Assemblée ou les Sénats, on les vote très vite. Les mesures qui n'obligent pas à décaissement de l'État, mais plutôt les crédits d'impôts par exemple pour les agriculteurs. Voilà, je pense que ça, ça pourrait être de nature à apaiser les choses.

9:50
Présentateur

Merci Eric Coquerel

9:51
Éric Coquerel

d'être venu ce matin dans le 6-9.