Prisca Thevenot - L'interview politique du 30/09/25
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Les électeurs.
Sur Radio-J, bon réveil, place à l'invité politique du jour, la députée Renaissance des Hauts-de-Seine et ancienne porte-parole du gouvernement, Prisca Thévenot, est au micro de David Rovodallone. Bonjour à tous les deux.
Bonjour, Prisca Thévenot, vous êtes, Rudy le disait, député des Hauts-de-Seine. Vous avez été également secrétaire d'État à la jeunesse, puis porte-parole du gouvernement Attal, et également porte-parole de Renaissance, le parti présidentiel. Alors, l'heure de vérité se rapproche. Pour Sébastien Lecornu, nomination du gouvernement en fin de semaine ou ce week-end, déclaration politique générale lundi prochain à l'Assemblée. La vraie question, est-ce qu'il peut passer l'automne, Sébastien Lecornu, ou est-ce qu'il est déjà condamné ?
C'est vrai qu'on regarde beaucoup du côté de Matignon, du côté de la composition du gouvernement, et c'est normal. C'est, j'ai envie de même vous dire, traditionnel et de bon sens. Sauf que, vous le voyez aujourd'hui, le débat politique se passe beaucoup plus à l'Assemblée nationale.
C'est ce qu'il a dit d'ailleurs, dans son interview au Parisien.
Et je le plussoie, je suis complètement d'accord. Et donc, la question qu'il faudra se poser, c'est pas est-ce que Sébastien Lecornu va dire ceci ou cela ? Bien sûr, ça sera scruté, regardé et commenté. Mais c'est plutôt quelle va être l'attitude de l'ensemble des 577 députés à l'Assemblée nationale ? La balle est dans notre camp aujourd'hui. Jamais au grand jamais, dans notre histoire politique, le Parlement a une place aussi importante. Et bien que chacun des députés se saisissent de cette responsabilité, et peut-être, peut-être, quitte enfin le confort de l'opposition radicale pour se mettre dans le courage du compromis. Je pense qu'il est peut-être temps.
Alors, la balle est dans notre camp, disiez-vous, mais elle est surtout dans le camp du Premier ministre, qui doit faire des propositions, notamment au Parti Socialiste, pour savoir s'il obtient un accord de non-censure. Et hier matin, à votre place, nous recevions Emmanuel Grégoire, le député PS de Paris, qui nous affirmait, je cite, « nous nous préparons à censurer le gouvernement ».
Super. Moi, j'aimerais plutôt qu'Emmanuel Grégoire nous explique qu'il est prêt et qu'ils sont prêts à se mettre à travailler à l'Assemblée nationale. Enfin, je veux dire, à un moment, le travail parlementaire ne peut pas, ne doit pas se résumer à simplement expliquer comment ils vont faire tomber un gouvernement, comment ils vont créer de l'instabilité. Il ne s'agit pas simplement de soutenir Michel Barnier ou de soutenir François Bayrou ou de soutenir aujourd'hui Sébastien Lecornu, mais il s'agit de faire tenir le pays. Nous avons besoin d'un budget. Et quand j'entends, effectivement, M.
Grégoire et peut-être ses amis nous expliquer en long, en large, en travers, à raison qu'il faut travailler pour l'éducation nationale, il faut travailler pour la santé, qu'il faut faire en sorte que nos services publics soient efficaces, bien, excusez-moi, ça, ça a un rôle et un nom, ça s'appelle la responsabilité parlementaire.
Prisca Thévenot, on ne peut pas demander au Parti Socialiste de vous signer un chèque en blanc, s'agissant du déficit et du budget, mais il est normal qu'ils aient des revendications et qu'ils demandent à ce qu'elles soient, je dirais, accordées pour pouvoir soutenir ou ne pas censurer le gouvernement.
Vous avez tout à fait raison. Et donc, ces revendications, ils vont les faire entendre comment ? S'ils censurent le gouvernement et que du coup, on ne peut plus siéger ? Les revendications, quand on est député, je le dis assez simplement, elles se font entendre dans le cadre d'un débat, aussi bien en commission qu'à l'Assemblée nationale. Or, aujourd'hui, ils sont en train de transformer le débat politique simplement en des injonctions dans un débat médiatique. C'est important d'aller pouvoir contester un certain nombre de sujets et de créer du débat sur les plateaux télé.
Mais le rôle d'un député, le premier rôle d'un député, c'est de prendre son courage à deux mains et d'aller affronter l'Assemblée nationale.
Alors, il y a quand même eu une première réunion des responsables PS. C'était il y a une dizaine de jours. Les socialistes étaient un petit peu perplexes. Je crois qu'il y en a une deuxième vendredi. Et la première grande interview de Lecornu aux Parisiens, c'était samedi, il ne les a pas rassurés. Il l'a dit, il n'y aura pas de suspension de la réforme des retraites. C'était une des revendications du PS. Pas de taxation des plus riches au-delà de la taxe Zuckman. C'était aussi une revendication. Il va quand même bien falloir leur lâcher quelque chose, non ? Sinon, sans concession, c'est sûr qu'ils vont censurer.
Mais je le redis encore une fois, l'enjeu, c'est est-ce qu'ils sont prêts, enfin, à se mettre à travailler à l'Assemblée nationale, en commission et dans l'hémicycle ? Et nous, nous y sommes prêts. Les deux vice-présidents de notre groupe politique à l'Assemblée nationale, Stéphanie Hériste et Mathieu Lefebvre, ont d'ailleurs fait une tribune dans ce sens. On a signé à leur côté pour leur dire que nous étions prêts, nous, à nous mettre à travailler. Aujourd'hui, le Parlement doit enfin pouvoir se réunir.
Non pas pour aller se ruer sur les plateaux télé pour expliquer au grand pourquoi il y aurait des totems, des tabous, des lignes rouges dans tous les sens, mais comment on peut donner un budget à notre pays ?
Alors, puisque vous parlez de totems et de tabous, il y en a un qui est très fort du côté de l'Elysée, du côté du président Emmanuel Macron, c'est la fiscalité, notamment la fiscalité des plus riches. On parle beaucoup de taxer les plus hauts revenus. On a beaucoup parlé, je le disais, de la taxe Zuckmann. Et on dit même que le président se serait un peu résolu à cette idée qu'on traite forcée. Qu'est-ce que vous en pensez, vous, de cette opportunité, de cette possibilité ?
Alors, je ne sais pas si c'est une opportunité de dire qu'on va taxer un peu plus ou créer une nouvelle taxe. Je crois peut-être le rappeler que le pays, notre pays n'est absolument pas un paradis fiscal. Donc, moi, ce que je dois dire simplement, c'est que le budget ne peut pas se résumer à quelle nouvelle taxe en plus ou quelle augmentation de taxe supplémentaire. Un débat budgétaire, c'est aussi dans quelle dynamique économique, de croissance, de perspective, on met notre pays pour pouvoir continuer à créer de l'emploi, pour pouvoir créer de la croissance pour effectivement la redistribuer. Bref, c'est ça un débat budgétaire.
Et c'est vrai qu'avec le sujet de la taxe Zuckmann qui a été mise sur le devant de la scène pendant l'été, on a l'impression que ça se résume simplement à quelle taxe en plus ou quelle nouvelle taxe. Ça ne peut pas être que ça.
D'accord. On parlait tout à l'heure du gouvernement et du casting. Est-ce que vous avez des infos, des pistes ? Est-ce qu'on va prendre les mêmes ministres, recommencer ? On parle beaucoup, comme d'habitude, d'un gouvernement resserré qui, comme d'habitude, n'arrivera jamais. Est-ce que vous avez des infos, des scoops à nous livrer, Priscate Evenot ?
Non, je n'ai pas d'infos spécifiques à livrer. Moi, ce que je dis simplement, c'est que quand j'étais, par exemple, sur ma circonscription ce week-end, que ce soit à Meudon ou Sèvres ou Ville d'Avray, les gens m'interrogent très peu sur la composition du gouvernement. Eux, ce qu'ils veulent, c'est dans quel cadre et dans quel contexte va pouvoir se dérouler le débat budgétaire. Pas simplement pour regarder les petites phrases et les petites punchlines des uns des autres, mais pour pouvoir se dire est-ce qu'on va avoir un budget à la fin de l'année ? Et c'est ça qui compte aujourd'hui.
Alors, on a l'impression que dans ce contexte, il ne va pas pouvoir faire grand-chose, pardon Sébastien Lecornu. Déjà, vous le disiez, il faut un budget, il faut faire passer ce budget. Ça sera déjà un exploit. Mais si c'est le cas, on sent qu'il n'y aura pas vraiment de grande réforme d'ici 2027. Non, le pays sera un peu à l'arrêt. D'ailleurs, c'est Édouard Philippe qui l'avait dit dans une interview il y a quelques mois, jusqu'à 2027, c'est le statu quo.
Je pense que déjà, de pouvoir permettre au pays de se doter d'un budget, ça sera déjà une grande réussite. Et c'est ce sur quoi le Premier ministre est en train de travailler en ce moment. Et nous aussi, au sein du groupe Ensemble pour la République, avec Gabriel Attal. Ensuite, on ne va pas se mentir. Oui, ce n'est pas sur les prochains mois et jusqu'en 2027 qu'on va pouvoir mener des grandes réformes dans le pays. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, l'Assemblée nationale, qui ne s'est pas fonctionné sans fait majoritaire, est en tripartite. Et donc, c'est très compliqué. Donc, je pense qu'il faut avoir du bon sens, repasser jour après jour les étapes. Et la première étape, c'est un budget.
Alors, première étape, un budget. Mais il y a aussi, cette semaine, le jour de Kippour, la mobilisation des membres de l'intersyndical, journée de grève et de mobilisation. Comment vous sentez le pays ? Parce qu'on a déjà eu plusieurs journées depuis le début. Il y a eu le mouvement Bloquons-Tout. Il y a eu une première journée de manifestation. Le pays, il est un peu à cran. Les Français sont un peu en colère.
Il y a une colère dans le pays. Et effectivement, depuis un an, ça s'accélère. Il faut l'entendre. Des revendications, encore une fois, je l'ai dit, je ne suis pas là pour les commenter ou expliquer qu'elles ne devraient pas pouvoir s'exprimer. Au contraire. Moi, je suis là pour dire que ces revendications doivent pouvoir les entendre. Et en tant que politique, notre responsabilité, c'est de les mettre en pratique dans un débat parlementaire. Et donc, c'est ça qui est important aujourd'hui, que les revendications puissent être débattues pleinement, là où elles doivent l'être, à l'Assemblée nationale.
Sur la colère, un mot sur la violence en politique, puisque vous-même, en juin 2014, pendant la campagne des législatives anticipées qui avait suivi la dissolution, vous aviez été agressé avec votre équipe sur le terrain. Qu'est-ce que vous jugez, vous l'état de tension qui entoure notre vie politique, les agressions contre les élus, mais aussi, parfois, entre les personnalités politiques, on le voit toutes les semaines à l'Assemblée nationale ?
Est-ce que le débat à l'Assemblée nationale est très dense, très complexe, très bruyant ? Oui. Est-ce que c'est un fait nouveau ? Non. En revanche, ce qui est un fait nouveau aujourd'hui, c'est qu'on a un certain nombre de parlementaires, on va le dire assez simplement, qui sont assis au même endroit dans l'Assemblée nationale, la LFI, je n'ai pas peur de le dire, qui effectivement veulent semer le chaos. Et par le chaos du bruit, ils veulent créer le chaos dans la rue et entre les politiques et les citoyens, voire même entre les citoyens eux-mêmes. Est-ce que ce que je suis en train de dire est un fait nouveau qui vous choque ? Non.
On le sait, c'est théorisé d'ailleurs par leur leader absolu, Jean-Luc Mélenchon, théorise le chaos. C'est que comme ça qu'ils voient le fait politique.
Est-ce que dans ce contexte, vous parliez de vos visites sur le terrain, comment vous sentez le pays à l'approche des municipales, c'est dans quelques mois, dans six mois, est-ce que ça ne s'annonce pas difficile pour votre parti et pour Renaissance ?
Je ne sais pas si ça s'annonce difficile plus particulièrement pour nous ou pour un autre. Moi, ce que je dis pour l'instant, c'est que les Français sont très inquiets sur le sujet du budget. Ensuite, ça n'enlève en rien les échéances municipales qui arrivent et c'est tout à fait normal. Maintenant, nous, notre enjeu en tant que parlementaires, ce n'est pas de nous ruer sur une prochaine élection mais plutôt de faire ce sur quoi nous avons été élus, c'est-à-dire faire en sorte de créer les conditions pour un débat budgétaire. Et c'est ça. Et j'aimerais bien qu'on ne soit pas la seule famille politique à le faire.
Ne pas se ruer sur les prochaines élections mais ça va peut-être être le cas. Mais les préparer. Il va peut-être y avoir une dissolution si jamais Sébastien Lecornu tombe. Le président sera obligé de réagir politiquement. Est-ce que c'est possible ? Est-ce qu'il y a une solution pour vous la dissolution ?
Moi, je vais vous le dire assez simplement. Est-ce que je pensais possible la dissolution de 2024 ? Non, parce que pour moi, il n'y avait pas de blocage du pays. Il y avait effectivement une majorité relative qui faisait que c'était par moments un peu compliqué mais ça passait. On a réussi à passer un certain nombre de réformes, un certain nombre de lois. On a réussi à passer des budgets sans que les gouvernements tombent. Maintenant, effectivement, c'est vrai qu'une dissolution, si elle devait encore arriver, ce n'est pas ce que nous souhaitons, vous imaginez bien. Je pense que ça n'apporterait aucune clarification au sein de l'échiquier politique à l'Assemblée nationale.
On serait toujours en tripartition.
Est-ce que, un mot sur la situation internationale, comment vous avez reçu la proposition du plan de Donald Trump hier en 20 points pour une paix entre Israël et le Hamas à Gaza ? Proposition acceptée par le Premier ministre Netanyahou sous certaines conditions. Le Hamas réserve encore sa réponse. Est-ce que vous pensez que c'est un bon plan ?
C'est un plan qui a d'ailleurs été salué par notre président de la République, Emmanuel Macron, par le ministre des Affaires étrangères. Maintenant, j'ai envie de vous dire, il faut libérer les otages. Il faut qu'un cessez-le-feu arrive et j'en profite aussi pour cette semaine pour avoir un mot pour les familles des otages qui attendent encore d'avoir des nouvelles. Donc maintenant, à un moment, il faut vraiment avancer. Et moi, ce que je vois qui est un peu triste, je regardais ce matin en faisant mon petit fil X Twitter, ces députés, ces personnalités qui sont sur une flottille pour aller à Gaza, je ne les entends jamais parler du Hamas.
Dont certains députés assoumis que vous citiez sur la violence à l'Assemblée.
Oui, je dis assez simplement, je ne les entends jamais parler du Hamas. Est-ce qu'il y a une condamnation, une injonction vis-à-vis du Hamas ? Jamais. Et je suis assez étonnée que personne ne pose cette question-là.
Posons la question clairement. L'antisémitisme est en explosion dans notre pays depuis le 7 octobre. Est-ce que LFI a une responsabilité dans cette situation ?
Si vous posez la question, la réponse est évidente. Je veux dire, à un moment, et oui, il y a une explosion d'antisémitisme depuis le 7 octobre, mais c'était déjà présent avant et il y a eu une explosion et une recrudescence depuis le 7 octobre. Mais moi, je suis assez étonnée qu'on en soit encore aujourd'hui à se poser cette question. Oui, la LFI porte une lourde responsabilité et n'apaise jamais, jamais, jamais, jamais. donc à un moment, il faudra aussi qu'on puisse prendre ça en acte, mais ne pas oublier que la plupart des députés LFI ont été élus au premier tour en 2024.
Et notamment à Paris. Très rapidement, pour conclure en quelques secondes, est-ce que le président Macron a eu raison de reconnaître lundi dernier, c'était il y a 10 jours, l'état de Palestine à l'occasion de l'Assemblée Générale de l'ONU ?
Vous savez, sur ça, je vais le dire assez simplement, c'est une position historique de la France qui donc a été respectée par le président de la République. Maintenant, pour que cette reconnaissance soit pleinement effective, il faut que des conditions soient réunies, la libération des otages, et je le redis encore une fois, la libération des otages, un cessez-le-feu immédiat et la démitérialisation du Hamas.
Merci Prisca Thévenot et à très bientôt sur Radio-J.
Merci à tous les deux. Demain, 7h45, à David, vous recevrez David Lissnard, le maire de Cannes et président de l'Association des maires de France. Dans un instant, un nouveau journal sur Radio-J.
Prisca Thevenot