Depuis la chute du mur de Berlin, est-ce que l'Europe s'était endormie en pensant que l'histoire et la démocratie étaient acquises ?
Réponse directeBien sûr. D'ailleurs, cela va bien au-delà. C'est-à-dire qu'en fait, ce rapport au tragique dans notre continent européen grâce à l'effort de tous ceux qui ont voulu empêcher cette guerre fait que depuis maintenant quatre générations, il n'y a plus la perception du tragique, c'est-à-dire de la guerre. Et on le voit bien, y compris au quotidien. On a tous des enfants qui nous disent parfois « Ouh là là, papa, c'est tragique, ah bon, que se passe-t-il ? Mon portable ne marche plus. » Non, non, le tragique, ce n'est pas ça. Le tragique, c'est en réalité le rapport à la guerre, ce que nos grands-parents, arrière-grands-parents, ont vécu dans leur quotidien parce que depuis des siècles, tous les…
« Bien sûr. D'ailleurs, cela va bien au-delà. C'est-à-dire qu'en fait, ce rapport au tragique dans notre continent européen grâce à l'effort de tous ceux qui ont voulu empêcher cette guerre fait que depuis maintenant quatre générations, il n'y a plus la perception du tragique, c'est-à-dire de la guerre. Et on le voit bien, y compris au quotidien. On a tous des enfants qui nous disent parfois « Ouh là là, papa, c'est tragique, ah bon, que se passe-t-il ? Mon portable ne marche plus. » Non, non, le tragique, ce n'est pas ça. Le tragique, c'est en réalité le rapport à la guerre, ce que nos grands-parents, arrière-grands-parents, ont vécu dans leur quotidien parce que depuis des siècles, tous les 25 à 30 ans, il y avait des fils qui mouraient pour la patrie, des pères qui mouraient pour la patrie, et donc toute l'histoire de l'Europe s'est articulée autour de ça. C'est pour ça d'ailleurs que vous y faites allusion le musée de la grande guerre du Pays de Meaux que j'ai fait construire, qui accueille la collection privée la plus importante au monde d'objets de 14-18. Vous ne ressortez pas de ce musée comme vous y êtes entrés parce que vous percevez concrètement ce que cela voulait dire, l'horreur absolue de cette guerre et nous avons d'ailleurs accueilli depuis son ouverture 1,2 million de visiteurs, y compris des scolaires, ce qui en dit long sur la volonté de transmettre ce devoir de mémoire. Donc oui, ce rapport au tragique, il disparaît au fil du temps et c'est tant mieux, mais la responsabilité des dirigeants politiques d'Europe, c'est d'y penser matin, midi et soir. »
