Il faut préciser que cette nationalisation que vous proposez, c'est une nationalisation qui est uniquement partielle. Ça concerne quoi exactement ?
Réponse directeTout à fait. Alors, peut-être d'abord pour que tout le monde saisisse bien l'intérêt Total et l'industrie pétrolière en France. Ce sont des milliers de salariés hautement qualifiés à tous les postes de travail qui se lèvent le matin parce qu'ils veulent fournir de l'énergie. D'ailleurs, pour une bonne partie, ils travaillent aussi pour décarboner. Cette énergie. Donc ça, c'est ce que font les gens qui travaillent dedans. Maintenant, ils ont deux obstacles importants. Le premier obstacle, c'est le caractère de rente de cette industrie, notamment le cas de Total. Vous voyez que Total, si vous prenez l'évolution de son taux de marge, de son bénéfice net, c'est uniquement lorsqu'il y a une cris…
« Tout à fait. Alors, peut-être d'abord pour que tout le monde saisisse bien l'intérêt Total et l'industrie pétrolière en France. Ce sont des milliers de salariés hautement qualifiés à tous les postes de travail qui se lèvent le matin parce qu'ils veulent fournir de l'énergie. D'ailleurs, pour une bonne partie, ils travaillent aussi pour décarboner. Cette énergie. Donc ça, c'est ce que font les gens qui travaillent dedans. Maintenant, ils ont deux obstacles importants. Le premier obstacle, c'est le caractère de rente de cette industrie, notamment le cas de Total. Vous voyez que Total, si vous prenez l'évolution de son taux de marge, de son bénéfice net, c'est uniquement lorsqu'il y a une crise que la spéculation est possible, que le taux de marge explose. Ce n'est pas parce qu'il y a une innovation, parce qu'il y a une percée technologique. C'est parce qu'ils se positionnent sur des moments de crise que du coup, ils peuvent spéculer. C'est ce qu'a dit Aurélie à l'instant. C'est un problème. Et ce problème, il est d'autant plus vif que l'argent qui en est tiré est utilisé au bénéfice des actionnaires, essentiellement. L'année dernière, c'était 16 milliards qui sont allés aux actionnaires sous forme soit de dividendes, soit de rachats d'actions, 15 milliards dans l'investissement. C'est-à-dire que cette entreprise qui profite des crises par effet de rente redistribue aux actionnaires plus qu'elle investit dans l'outil productif. Donc c'est un double problème. Face à ça, il nous semble qu'il faut reprendre la main. Et reprendre la main, ça nécessite de placer sous contrôle public les deux piliers industriels qu'on crée aujourd'hui de la production. D'une part, ce qui concerne le transport entre les raffineries et les dépôts. Il y a des infrastructures qui existent aujourd'hui. C'est notamment les différentes sociétés, la STPP, la société de Pipeline Méditerranée-Rhône et la compagnie industrielle maritime. Ces trois entreprises font le transfert, en fait, raffiner les défauts et transportent les essences. Et la difficulté qu'on a là-dessus, c'est qu'elles font des prix discriminatoires entre les stations de service. Et donc, en fait, c'est elles qui pilotent la variation des prix d'une station à une autre. Donc il faut les placer sous le contrôle public. Et l'avantage, c'est qu'une fois que c'est sous le contrôle public, comme pour l'électricité, par exemple, vous pouvez avoir une marge maximum. Au lieu d'avoir trois acteurs qui se répartissent le marché entre eux et qui font la marge la plus haute, vous avez une marge publique qui dit qu'au-delà d'un tel niveau de bénéfice, vous reversez tout à un fonds public ou au budget de l'État. Donc, premièrement... Ça serait fixé par l'État, du coup. Exactement. Comme on a, par exemple, pour les commissions sur l'énergie. Vous savez, il y a des tarifs maximum, il y a un plafond. On doit faire pareil sur le transport, sur les essences. Et puis, si on remonte plus haut, il faut arriver évidemment à la raffinerie. Aujourd'hui, il en reste six sur le territoire hexagonal des raffineries. Alors, on pourrait toutes les citer. Gonfreville, Donge, Faisin, Lavera, Fosse-sur-Mer, Port-Jérôme, Gravenchon. Ces six raffineries, aujourd'hui, ont le même défaut que Total en général. Mais elles ne sont pas toutes de Total, attention. Mais elles ont le même défaut, c'est-à-dire qu'elles ont des bénéfices qui explosent dans les périodes de crise, où elles peuvent créer une pénurie et, en fait, utiliser leur pouvoir sur le marché pour prendre captifs les consommateurs, les consommatrices, les conducteurs et les conductrices. Donc, face à cela, on a une difficulté. C'est qu'ils profitent de leur pouvoir de marché contre nous toutes et nous tous. Donc, il faut en reprendre le contrôle public à la fois pour pouvoir alimenter le pays par rapport à ses besoins, effectivement. Et puis, et même peut-être surtout, pour pouvoir réorienter la production carbonée. Parce qu'on voit bien que le privé, aujourd'hui, ferme des raffineries en France. On a perdu un tiers des raffineries depuis 2008. On ferme des raffineries tous les ans en France. Enfin, tous les ans. On ferme des raffineries, on va dire, depuis 20 ans en France. Et, en fait, sans aucune espèce de reconversion de l'outil productif vers la question des énergies renouvelables. Alors, pourtant, il y a eu un ensemble de tentatives. Je pense, par exemple, à ce qui a pu se faire à Grand-Puit. Alors, on souffre, évidemment, que ce ne soit pas sous contrôle salarié et que ce ne soit pas dans un cadre public intégral. Mais enfin, à Grand-Puit, il y a un projet solaire. Il y a des projets de recyclage. Il y a des projets biochimiques. Bref, une tentative de faire autrement de l'énergie en utilisant toute l'infrastructure concrète, physique, qui est déjà disponible, mais qui, aujourd'hui, ne sert que les actionnaires et pas le grand public. »
