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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 4 août 2023 18 min

L'avenir du SNU, les relations entre la jeunesse et la police... Le "8h30 franceinfo" de Prisca Thevenot

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Prisca Thévenot. Bonjour. Le policier qui a reconnu un tir de LBD dans l'affaire Eddy reste en détention provisoire. Vu les tensions de ces derniers jours, comment accueillez-vous cette décision de la Cour d'appel d'Aix-en-Provence ?

0:16
Prisca Thevenot

De façon très claire et évidente, vous vous en doutez, il ne m'appartient pas de commenter une décision de justice, mais plutôt de la respecter et de l'entendre. Ce qu'on peut dire sur cette affaire, c'est déjà effectivement entendre peut-être les paroles d'Eddy. Il a eu des paroles très responsables, avec beaucoup d'humilité, mais de responsabilité. Il nous dit de façon très claire qu'il n'en veut pas à l'ensemble de la police, il n'en veut pas à l'institution policière et qu'il fait confiance en la justice. Ces paroles de ce jeune homme, nous devons être capables de les faire nôtres et de les respecter.

0:51
Présentateur

Votre collègue Gérald Darmanin lui avait soutenu sans réserve les forces de l'ordre la semaine dernière. Il a eu tort, Gérald Darmanin, d'apporter ce net soutien aux policiers ?

1:00
Prisca Thevenot

Soutenir les policiers, soutenir l'institution que représente l'ensemble de ces femmes et hommes et hommes qui nous protègent au quotidien, qui servent notre nation au quotidien, je ne vois pas en quoi cela est un sujet. En revanche, pouvoir aussi dire, quand il y a des soupçons d'actes violents qui sont commis, d'actes répréhensibles qui sont commis, il n'y a pas de sujet sur ces deux pendants-là.

1:24
Invité

Prisca Thévenot, vous le disiez, Eddy, il fait aussi part de son profond respect pour l'institution, pour la police, les hommes et l'institution. Olivier Véran a tardé à l'appeler, le porte-parole du gouvernement. Pourquoi ?

1:39
Prisca Thevenot

Il n'a pas tardé à l'appeler. Je pense qu'il y a aussi un moment pour respecter le temps de ce jeune homme. Et il a été appelé. Je pense qu'aujourd'hui, l'enjeu n'est pas de chercher à quel moment, à quel temps, à quel tempo il y a eu un contact avec ce jeune homme.

1:54
Invité

Vous auriez pu le faire, vous, puisque vous êtes chargée de l'institution ?

1:57
Prisca Thevenot

Vous savez ? Alors, effectivement, peut-être que j'aurais pu le faire il y a deux semaines, dès l'instant où j'ai été nommée. Peut-être, vous avez raison. Le plus important aujourd'hui, et de façon certaine et déterminée, c'est que nous respections le temps de la justice. C'est d'ailleurs ce que nous demandons, et c'est d'ailleurs ce que Eddy lui-même demande. Ensuite, bien évidemment, je me tiens à son entière disposition, effectivement, pour l'appeler, mais également pour le recevoir, ou aller le voir, tout simplement.

2:21
Invité

Il y a quelque chose à réparer dans le lien entre la police et la jeunesse, aujourd'hui ?

2:27
Prisca Thevenot

Il y a quelque chose à ne pas oublier. C'est qu'encore une fois, on peut venir pointer du doigt, regarder, juger, et sanctionner, au regard des lois qui sont les nôtres, au regard de l'indépendance de la justice, les actes d'un homme, d'un policier. Mais en aucun cas, en aucun cas, parce qu'un policier serait reconnu coupable d'actes répréhensibles, alors cela servirait de prétexte à pointer du doigt l'entièreté d'une institution qui est la police. Et donc c'est ça que nous devons aujourd'hui pouvoir regarder. Sans totem ni tabou, tout doit pouvoir être regardé, mais avec des lignes rouges.

Celle de ne pas remettre en cause une institution qui, je le rappelle encore, est là pour nous protéger au quotidien et assurer notre liberté. Mais comment on fait alors pour établir ce lien de confiance entre la police et la jeunesse ? Eh bien déjà, tout simplement, en arrêtant les amalgames. On entend beaucoup de choses sur la police, les policiers, l'institution. Il est question d'un homme qui, effectivement, a un uniforme, mais d'un homme et pas de l'entièreté de la police. Et encore une fois, je tiens à le répéter, écoutons Eddy, lui-même le dit.

Je pense qu'aujourd'hui, nous devons aussi être capables d'avancer de façon sereine, déterminée et certaine, en faisant confiance à notre justice.

3:41
Invité

Prisket-Evnaud, les syndicats de police prennent acte de cette décision, mais ils disent aussi, suite à ce maintien en détention, qu'une insécurité pèse, juridique pèse sur les policiers, et que cette insécurité-là doit les mener à de la prudence dans leur mission,

4:00
Prisca Thevenot

c'est-à-dire à s'engager moins, pour être clair. C'est du chantage, ça ? Il n'y a pas de chantage. Je pense qu'on doit aussi pouvoir entendre la parole de nos forces de l'ordre. Pour une fois, ce sont des femmes et des hommes qui, au quotidien, risquent leur vie pour protéger la nôtre. Et les années qui viennent de passer, les mois qui viennent de passer, les semaines que nous avons vécues, montrent qu'ils n'ont jamais démérité et qu'ils se sont toujours tenus debout pour nous protéger au quotidien. Que ce soit les hommes et les femmes de notre pays, mais également nos institutions et les bâtiments publics. On se souvient de ces nuits d'émeute, mais également de la période précédente.

Donc, encore une fois, entendons la voix des uns et des autres, respectons le cadre dans lequel nous sommes et ne tombons pas trop vite ou dans la précipitation de l'émotion. Tout doit pouvoir être gardé. Des textes peuvent arriver à l'Assemblée, des discussions peuvent avoir lieu avec le gouvernement. Entendons tout cela en respectant les lignes roches qui sont les nôtres dans un État démocratique.

4:54
Présentateur

Alors, justement, sur les émeutes, Emmanuel Macron a commencé à s'exprimer, livré un peu son analyse avec cet entretien au Figaro Magazine cette semaine. Là où la droite y a vu un problème avec l'immigration, lui, soutient que c'est un problème d'intégration. Ça veut dire quoi ? Ça vise qui, d'ailleurs ? C'est quoi un problème d'intégration ?

5:10
Prisca Thevenot

Déjà, rappelons effectivement, comme vous me parlez d'immigration, que n'attendez pas de moi une parole qui viendrait vous expliquer que l'immigration est un problème. Première chose. Ensuite, est-ce que nous pouvons regarder l'entièreté des sujets liés au thème de l'immigration de façon pleine et entière sans avoir peur de radresser un certain nombre de sujets ? Oui, nous devons pouvoir le faire.

5:30
Invité

Mais la question, Priscatrice Théveno, c'est est-ce que ces émeutiers sont des jeunes mal intégrés ? C'est ce que laisse-on rendre le Président de la République ?

5:37
Prisca Thevenot

Est-ce que ces émeutiers, qui étaient pour 90% des Français, ont été pillés des institutions publiques, ont été saccagés ? Mais c'est le Président qui dit qu'il y a un problème d'intégration. Je vous réponds, je vous réponds. Ont été saccagés des magasins, ont été menacés des élus, oui. Est-ce que faire ce genre, être responsable de ce genre d'actes, c'est respecter les valeurs de notre pays ? Non. Donc encore une fois, oui, nous avons un sujet d'intégration, mais qui n'est pas lié à qui nous sommes, mais à ce que nous faisons.

Et attention, c'est pour ça que je le dis encore une fois, parler d'intégration, ce n'est pas en permanence pointer du doigt l'immigration, les personnes qui ne sont pas depuis 5, 6 générations françaises. Et cet amalgame-là, il faut arrêter de le faire.

6:18
Invité

C'est-à-dire que Kévin et Mathéo, pour reprendre les termes de Gérald Darmanin, ont eu le même problème d'intégration.

6:24
Prisca Thevenot

Déjà, j'ai envie de vous dire, Kévin et Mathéo, je vais vous le dire franchement, je suis une enfant d'immigrés, mes enfants s'appellent Paul et Basile. Qu'est-ce qu'on dit là ? Paul et Basile. Français, pas français, français depuis 5 générations. Non, mais c'est pour ça que vous pouvez avoir réagi à Gérald Darmanin. Je vous le dis vraiment très tranquillement avec tout le respect. Pourquoi Emmanuel Macron va sur ce terrain de l'intégration ? Ce n'est pas un sujet de prénom. Et encore une fois, nous ne sommes pas là pour juger les gens au regard de qui ils sont, mais de ce qu'ils font.

Et oui, aujourd'hui, nous avons une jeunesse, pas toute la jeunesse, mais une partie de la jeunesse infime, mais qu'il faut quand même pouvoir regarder, qui ne respectent pas les valeurs de notre République, qui peut-être ne comprennent pas les valeurs de notre République. Et ça n'a rien à voir avec d'où viennent leurs parents ou sont nés leurs arrière-grands-parents. Et ça, nous devons pouvoir le regarder. Donc Emmanuel Macron a tort d'engager le débat sur l'intégration. Non, au contraire, l'intégration, elle est pour tout le monde. L'intégration est pour tout le monde. Et c'est bien ce que je suis en train de vous dire.

7:18
Présentateur

Des jeunes émeutiers qui étaient très souvent mineurs, Emmanuel Macron veut sanctionner leurs parents, il le redit, mais pas supprimer les allocations familiales. Ça peut être quoi, ces sanctions ?

7:28
Prisca Thevenot

Déjà, rappelons que les parents sont responsables, civilement, des actes commis par leurs enfants. La justice est déjà là, le cadre législatif est déjà là. Déjà, regardons ce qui existe. Donc on ne prend pas de nouvelles mesures ? Déjà, regardons ce qui existe. Voyons comment c'est appliqué. Est-ce que c'est bien appliqué ? Pourquoi ce n'est pas appliqué si ce ne l'est pas dans certains cas ? Et ensuite, voyons s'il faut effectivement moderniser les règles qui sont les nôtres aujourd'hui. De façon très simple, je pense que le Parlement pourra se saisir de ces sujets.

7:56
Présentateur

Priska Thévenot, secrétaire d'État chargée de la Jeunesse et du Service National Universel. On va en parler d'ailleurs dans un petit instant. Ce sera juste après le Fil Info à 8h40 avec Elia Bergel. La Cour d'appel d'Aix-en-Provence rejette la demande de remise en liberté du policier qui a reconnu un tir de LBD le soir où Eddy a été gravement blessé pendant les émeutes à Marseille. Les juges veulent notamment prévenir toute concertation avec trois collègues également mis en cause. L'avenir des 1500 soldats français au Niger semble compromis. Les poutchistes au pouvoir révoquent les accords militaires avec Paris.

Par ailleurs, il n'y a même mes fins aux fonctions d'ambassadeurs du Niger dans quatre pays dont la France. Il va falloir prendre votre mal en patience sur les routes. Aujourd'hui, la journée est rouge dans le sens des départs. Nous dit Bison Futé. Demain, ça sera même noir dans tout le pays dans le sens des départs. Patience aussi à l'aéroport d'Orlich hier à cause d'une panne informatique inédite de plus de 12 heures. Le système de traitement des bagages ne marchent les plus. 10 000 passagers, 40 vols ont été affectés. Une dernière formalité pour Ousmane Dembélé. Avant de rejoindre le PSG, l'attaquant de 26 ans doit passer sa visite médicale aujourd'hui.

Il arrive du FC Barcelone pour 50 millions d'euros.

9:14
Invité

France Info

9:14
Présentateur

Le 8.30 France Info Julie Marie Lecomte, Agathe Mahouet

9:21
Invité

Et nous sommes toujours avec Priska Thévenot, secrétaire d'Etat à la jeunesse et au service national universel. Le service national universel, le SNU. Est-ce que ce n'est pas justement une réponse, une des réponses possibles aux émeutes de juin ?

9:38
Prisca Thevenot

Le service national universel, effectivement le SNU, c'est une promesse de campagne d'Emmanuel Macron. Et c'est bien plus que ça, effectivement. C'est avant tout et surtout une promesse d'engagement pour une nation, pour apprendre à faire nation. Parce qu'aujourd'hui, c'est effectivement bien de rappeler les valeurs qui sont les nôtres en tant que pays. Mais plus que de les apprendre dans les livres, nous devons aussi les faire vivre au quotidien. Et le SNU est un des outils qui permet de le faire, pour rappeler ce qui fait aujourd'hui que nous faisons collectif, avec une histoire qui est la nôtre et un destin commun sur un certain nombre de choses.

L'urgence climatique, sur l'importance de la culture et du sport, mais aussi sur l'importance de nos valeurs républicaines.

10:18
Invité

Vous voulez en faire un passage républicain pour toute une génération ?

10:22
Prisca Thevenot

Ça veut dire que le SNU va devenir obligatoire ? Alors, on pourrait jouer sur les mots. Devenir obligatoire, moi je fais quand même attention. Je pense qu'il faut déjà le généraliser en ayant une progressivité qui répond aussi aux attentes de nos jeunes et de leurs familles. Il n'y aurait rien de pire que de forcer un jeune à aller faire le service national universel. Ça serait, je pense, même contre-productif. Donc la montée en puissance se fait depuis 2019. 2 000 jeunes en 2019. En 2020, il n'y a eu que des séjours en Nouvelle-Calédonie. En 2021, 15 000. En 2022, 32 000 jeunes. Et cette année, 40 000 jeunes. Donc on voit une progression et une montée en puissance.

Mais cette montée en puissance, elle ne doit pas se faire simplement... Une génération, c'est 600 000 jeunes. Oui, mais faisons-le. Mais encore une fois, je ne suis pas en train de vous donner un calendrier en vous disant 2024, 600 000 jeunes vont faire le service national universel. Il faut pouvoir le faire en cohérence. On parle de jeunesse et d'engagement. Donc mettons en place tous les moyens pour que ce soit quelque chose de volontaire et de voulu. Donc il y a forcément le service national universel, hors temps scolaire. Et il y a aussi, et ça a été initié par ma prédécesseur Sarah Elahiri, lycée et classe engagée.

C'est-à-dire qu'on permet de mettre à la disposition des enseignants qui le souhaitent, donc sur la base du volontariat, eu un plan d'engagement tout au long de l'année sur le principe d'un projet pédagogique annuel.

11:38
Invité

Pourquoi est-ce que vous répugnez à le rendre obligatoire ? Après tout, la promesse de campagne en 2017 d'Emmanuel Macron, c'était un service militaire d'un mois pour tout le monde entre 18 et 21 ans.

11:49
Prisca Thevenot

Je ne suis pas en train de répugner. Je suis en train de justement vous dire que parce que j'y crois profondément, je veux lui donner toutes les chances d'exister. Et donc... C'est un passage obligé, pas obligatoire. C'est ça ? Ça doit l'être. Ça doit devenir un passage républicain de façon très simple pour l'ensemble d'une génération. Mais encore une fois, si vous attendez de moi de vous dire à partir de telle date, il sera obligatoire, ça ne fonctionne pas comme ça. Ça ne peut pas fonctionner comme ça. Donc nous allons continuer la montée en puissance, de plus en plus forte. Et d'ailleurs, elle l'est depuis le début, depuis 2019.

Mais je ne pense pas que l'enjeu, ce soit de dire à partir de telle date, tous les jeunes le font.

12:24
Présentateur

Mais on sent que sa généralisation tarde quand même. C'était une promesse de campagne forte d'Emmanuel Macron. Qu'est-ce qui bloque ?

12:29
Prisca Thevenot

La généralisation tarde. Je viens de vous rappeler les chiffres. Depuis 2019, 2000 jeunes en 2019. En 2021, 15 000. L'année d'après, 32 000. Cette année, 40 000. C'est quand même un dispositif qui monte en puissance. Mais attention, ce n'est pas simplement une affaire de chiffres. C'est une affaire de jeunesse, de jeunes qui doivent s'engager. Et donc, moi, je pourrais vous dire, mon objectif, c'est X nombre de jeunes. Non, mon objectif, c'est que tous les jeunes qui s'y engagent puissent en ressortir en étant motivés, le sourire aux lèvres et en comprenant ce que c'est que de faire collectif et de jouer collectif. Et pour le moment, c'est à 100% de réalisation.

13:05
Présentateur

Un séjour de deux semaines en dehors de son département, c'est les quelques éléments que l'on a. Ça va ressembler à quoi exactement ?

13:10
Prisca Thevenot

Alors, ce n'est pas ça va ressembler à quoi, c'est ça ressemble à quoi, puisque le SNU est une réalité. Pour un certain nombre de jeunes.

13:16
Invité

Deux semaines en classe, deux secondes, ça ne s'est pas encore mis en place.

13:18
Prisca Thevenot

Non, mais ça, ça va commencer à partir, effectivement, de l'année scolaire qui arrive. Donc, effectivement, à partir de mars. Donc, ça, effectivement, je serai à votre disposition pour revenir en parler, après avoir vu comment ça a été opéré dans les classes. Mais de façon très claire, c'est, effectivement, apprendre à s'organiser, se réunir autour de projets communs, aussi bien culturels, sportifs, mais également le rappel de nos valeurs républicaines.

Je pense qu'aujourd'hui, plus que jamais, alors qu'on vient de commencer sur le sujet de nos valeurs, ce qui fait qu'on fait commun, ce qui fait qu'on fait nation, et que c'est souvent remis en cause aujourd'hui, je ne vois pas pourquoi on devra avoir les esprits chagrins à se rappeler que notre jeunesse doit pouvoir aussi s'en rappeler. On fait quoi, concrètement, pendant ce voyage scolaire de deux semaines ? Différents sujets, je viens de vous le dire, encore une fois.

14:02
Invité

C'est quoi ? C'est des cours ?

14:04
Prisca Thevenot

C'est des temps aussi bien, effectivement, comme on peut dire, assis entre des murs, mais c'est aussi des épreuves sportives, des épreuves culturelles. Tout ça, ce n'est pas, encore une fois, ce n'est pas lettre pour lettre, point pour point, exactement la même chose de centre en centre. Tout s'adapte aussi aux réalités du terrain et du territoire. Avec quel type d'intervenants ? Avec des intervenants, effectivement, recrutés sur la filière animation, mais également des intervenants venus du côté du ministère des Armées, puisque mon secrétaire d'État a une double tutelle, aussi bien l'éducation nationale avec Gabriel Attal que le ministère des Armées avec Sébastien Lecornu.

14:38
Invité

Si vous ne parlez pas de SNU obligatoire, est-ce que c'est possible ? Est-ce que vous avez le sentiment que, finalement, les jeunes sont assez perméables aux arguments, par exemple, des insoumis, qui disent que c'est une tentative d'embrigadement ?

14:49
Prisca Thevenot

Écoutez, moi, encore une fois, on pourrait parler des insoumis, je préférais parler des jeunes, mais je ne suis pas convaincue. Moi, je vous le dis de façon très claire, au lendemain des émeutes, alors que j'étais encore parlementaire, j'ai réuni plus de 80 jeunes à l'Assemblée nationale, qui venaient de tout horizon, qui avaient entre 10 et 19 ans. Et je n'ai pas entendu une fois un rapport aux insoumis ou au Rassemblement national, ou même, d'ailleurs, à la Macronie ou aux Républicains. Je les ai entendus me parler d'une seule et unime voix en me disant, aujourd'hui, nous avons envie de nous engager, certains sur le climat, d'autres sur la lutte contre les discriminations.

15:21
Présentateur

Dans des associations ?

15:22
Prisca Thevenot

Dans des associations. Mais la plupart ne savent pas comment faire ou ne savent pas auprès de qui s'adresser.

15:27
Présentateur

Leur priorité, ce n'est pas plutôt de gagner leur vie et de travailler pour tenter d'élever leur niveau de vie ?

15:31
Prisca Thevenot

Et ça, c'est ce que vous me dites, c'est ce que j'aurais pu penser aussi. Mais effectivement, ces jeunes que j'avais réunis entre 10 et 18 ans me disaient qu'ils avaient envie de s'engager au quotidien, notamment pendant cette période estivale. Ensuite, bien évidemment, il est sujet de l'emploi et de gagner sa vie. Mais plutôt que de gagner sa vie, d'être heureux dans sa vie, et effectivement d'avoir un travail qui permet de s'émanciper. Mais moi, je vous rapporte la parole qu'ils m'ont donnée. Et cette parole, c'est on a envie de s'engager. Prisket et Venot, parlons-en quand même des insoumis.

15:55
Invité

Pourquoi est-ce qu'Emmanuel Macron refuse de les associer à cette initiative politique qu'il annonce vouloir lancer fin août pour réunir toutes les forces politiques qu'autour d'un projet simple et clair ?

16:06
Prisca Thevenot

Justement, simple et clair. Je pense qu'il faut peut-être regarder le sujet dans l'autre sens. Aujourd'hui, que font les insoumis ? De façon honnête, claire et transparente. Que font les insoumis ? J'ai été parlementaire pendant un an, donc je les ai côtoyés dans l'exercice politique qui est la sienne pendant plus d'un an. Ils passent leur temps à faire tout et leur contraire. Ils nous disent en permanence qu'ils veulent un débat, du débat. Et que font-ils à l'Assemblée nationale, qui est quand même l'institution par excellence du débat démocratique ? Ils refusent ce débat, allant jusqu'à l'obstruer et s'en targuer fièrement dans les micros. Je continue.

Ils nous disent en permanence qu'ils veulent passer de statut de militant à ceux qui font la loi pour ensuite nous dire dans l'hémicycle qu'il faut enfreindre cette même loi. Et ensuite, ils nous disent qu'il faut écouter la voix de chaque homme et chaque femme en France. Très bien, je suis d'accord. Vous avez vu ? Je suis d'accord aussi avec les insoumis. Mais finalement, ils n'entendent qu'une seule voix, ils ne respectent qu'une seule voix. C'est celle d'un homme qui n'est plus élu. Donc à un moment, moi je veux bien, mais quand Mathilde Panot peut-être cherche son invitation, elle veut tout le temps des invitations. Pourquoi ? Non pas pour y aller, mais pour la déchirer.

Elle le fait en permanence. À chaque fois qu'il y a eu des moments où l'ensemble des représentants politiques étaient invités, que ce soit Matignon à l'Elysée, elle venait pour claquer la porte. Je veux dire, à un moment, prenons tous nos responsabilités.

17:26
Présentateur

Prisca Thévenot, secrétaire d'État à la Jeunesse et au Service National, l'Universel. Merci beaucoup d'avoir accepté l'invitation de France Info ce matin.