Sénat 360 : Vague de froid / Manuel Valls chahuté / Outre-Mer : Réduire les inégalités (18/01/2017)
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 35 %Défensif 35 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 4:06OuverteRéponse directe
Sur les 250 signatures, les trois quarts proviennent d'élus écologistes. Les dernières défaites électorales privent Europe Écologie d'élus locaux.
- 5:20OuverteRéponse directe
Manuel Valls peine à faire décoller sa campagne pour la primaire de la gauche. Hier à Lamballe, il a été giflé par un jeune homme de 18 ans.
- 7:23OuverteRéponse directe
Celui qui aujourd'hui peut faire gagner le camp progressiste, c'est Emmanuel Macron.
- 8:31RelanceRéponse partielle
On va parler de votre étude dans un instant, l'étude qui concerne les Français qui réclament de nouvelles pratiques politiques. Simplement, je voudrais m'arrêter un tout petit peu sur ce qui s'est passé hier, notamment dans les Côtes d'Armor, avec cette image d'Emmanuel Valls qui reçoit une gifle.
- 20:19OuverteRéponse directe
Où en est-on dans l'examen de ce projet de loi ?
- 41:40OuverteRéponse directe
Éric Pliès, quelle est votre définition de la situation des sans-abri aujourd'hui ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 5:48Invité politiqueFait
« Un geste au nom de la Bretagne a lancé l'individu avant d'être immobilisé. »
- 6:01Invité politiqueFait
« Je veux incarner ce pays, donc c'est pas ma personne là qui est en cause. »
- 7:23Invité politiqueFait
« Celui qui aujourd'hui peut faire gagner le camp progressiste, c'est Emmanuel Macron. »
- 43:43Locuteur 2Chiffre
« L'an passé, il y a eu 400 morts dans la rue. »
Temps de parole
- Présentateur67 %
- Locuteur 26 %
- Locuteur 44 %
- Locuteur 34 %
- Locuteur 83 %
- Locuteur 63 %
- ?3 %
- Manuel Valls3 %
- Locuteur 12 %
≈ 25,7 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Bonjour
à tous, ravis de vous retrouver en direct sur Public Sénat. Voici les titres de cette édition. La France submergée par une vague de froid, des mesures exceptionnelles d'accueil des sans-abri ont été annoncées ce matin à l'issue d'une réunion interministérielle sur le suivi du plan Grand Froid déclenché lundi. Alors que la situation des SDF inquiète les associations, reportage et débat à suivre. Coup de froid aussi sur la primaire de la gauche. Hier, Manuel Valls a été giflé lors d'un déplacement en Bretagne. Il porte plainte. La campagne se révèle compliquée pour l'ancien Premier ministre.
D'autant que Gérard Collomb demande aux gagnants de la primaire de se retirer au profit d'Emmanuel Macron. Analyse dans un instant. Erika Barreit promet de faire voter le projet loi égalité réelle pour les Outre-mer avant la fin du quinquennat. Ce dernier texte phare pour François Hollande entend réduire les inégalités entre la métropole et les collectivités ultramarines. Examiné en ce moment au Sénat, il ne fait pas l'unanimité. On en parle dans cette édition. Et je vous rappelle que vous pouvez réagir à tous nos débats sur Twitter, hashtag Sénat360. Pour nous accompagner cet après-midi, Saveria Rojek en direct de l'hémicycle. Le multiplex, c'est tout de suite.
Et on commence par cette question des investitures à droite. François Fillon doit faire face à des dissensions en interne. En pleine investiture pour les législatives et les sénatoriales de 2017, les tensions se multiplient, notamment avec les centristes qui s'estiment lésés dans l'attribution des circonscriptions. Le détail avec Jérôme Rabier.
Pas
question pour les centristes de se voir imposer les choix des républicains pour les prochaines législatives. Alors que le parti de François Fillon a investi ses candidats ce week-end lors de la commission nationale, les centristes veulent bien plus que les 50 circonscriptions gagnables qui leur ont été réservées.
Il y a grosso modo entre 250 et 300 sièges que nous pouvons espérer l'emporter. Il est normal et il serait normal que le centre représente entre 90 et 100 sièges dans ces circonscriptions qui sont basculables.
Le patron de l'UDI l'a répété à François Fillon hier lors d'une rencontre. Et dans certains départements comme les Hauts
-de
-Seine, l'UDI a investi officiellement ses candidats, parfois face à des républicains. Une étape de plus dans ce rapport de force, mais pas de quoi inquiéter le secrétaire général.
Mais ce ne sont pas ces personnalités qui pourraient me faire peur. De toute manière, une négociation c'est toujours une négociation. On en demande beaucoup plus que la raison et puis on atterrit sur un équilibre qui finalement est accepté. Les
centristes n'entendent pourtant pas revoir leurs ambitions à la baisse et veulent aussi peser dans la construction du projet, rappelant que lors des dernières élections, seule l'unité a permis de l'emporter. Moi, je suis, comme tous mes collègues, déterminée à ce qu'on se retrousse les manches pour gagner cette élection. Encore faut-il que les fondamentaux y soient. Les fondamentaux, c'est que nous soyons reconnus à notre juste place sur le projet, sur l'enrichissement des idées que nous pouvons apporter au projet, mais aussi sur la place et les investitures dans des territoires où nous sommes extrêmement présents.
Alors que les discussions étaient au point mort, Jean-Christophe Lagarde et François Fillon ont convenu de rouvrir ce dossier afin d'éviter toute candidature dissidente qui affaiblirait une éventuelle majorité. Inquiétude sur la candidature de Yannick Jadot, le vainqueur de la primaire écologiste peine à rassembler les 500 parrainages nécessaires pour se présenter à la présidentielle avant fin mars. Selon nos informations, le compteur s'est arrêté à 135. Fabien Réquer.
Ce
serait une première depuis 1974, une élection présidentielle sans candidat écologiste. Yannick Jadot peine à recueillir les 500 parrainages de maires, synonyme de qualification pour le premier tour. Son entourage l'admet, la candidature est en danger. Pour l'ordre, dans la campagne de Yannick Jadot, on est à la moitié des 500 parrainages requis pour se présenter à l'élection présidentielle. L'alarme est lancée, le mouvement est
100% tourné vers cette question. Malheureusement aussi, ça prend énormément de temps et de ressources humaines. J'espère qu
'on
va y arriver, je suis certain qu'on va y arriver, mais c'est dur.
Sur les 250 signatures, les trois quarts proviennent d'élus écologistes. Les dernières défaites électorales privent Europe Écologie d'élus locaux. Ils sont 200 de moins que lors de la candidature d'Eva Jolie en 2012. Dans ces conditions, compliqué de mobiliser les maires. Mais certains verts dénoncent aussi des règles du jeu défavorables aux petits candidats.
Je pense qu'au moment où les gens ont 500 signatures fermes,
ils devraient s'arrêter. Et on se rend compte que les grandes formations ou les candidats les plus visibles essayent d'avoir 1000, 2000, 3000 précisément pour assécher. Et puis le phénomène qu'on a aujourd'hui de communauté de communes fait que des petits maires qui étaient sans étiquette,
qui
étaient très indépendants, subissent de plus en plus de pression. Quand vous êtes dans une communauté de communes, que vous êtes un petit maire, que vous êtes tenté de soutenir un petit candidat, entre guillemets, vous avez les pressions financières de cette agglomération qui dit « Attends, tu ne
vas
pas commencer à faire ça ». Les délégations du parti ont jusqu'au 17 mars pour aller chercher les parrainages manquants et sauver la candidature de Yannick Jadot. Ils tenteront de s'appuyer sur la bonne volonté de petits maires sans étiquette, mais sensibles à l'écologie.
Alors
que Manuel Valls peine à faire décoller sa campagne pour la primaire de la gauche, voilà un incident qui ne va rien arranger pour le candidat PS. Hier à Lamballe, il a été giflé par un jeune homme de 18 ans. Il avait déjà été enfariné à Strasbourg il y a moins d'un mois. Explication Jérôme Bonnard.
C
'était hier à Lamballe, petite ville des Côtes d'Armor. Manuel Valls est en déplacement quand un jeune homme de 18 ans fait mine de lui serrer la main,
puis
le gifle.
Un geste au nom de la Bretagne a lancé l'individu avant d'être immobilisé.
L
'ancien Premier ministre a repris sa visite comme si de rien n'était, mais il en a profité pour rappeler à ses détracteurs qu'il assume ses idées. Je veux incarner ce pays, donc c'est pas ma personne là qui est en cause. Donc je vais au contact des Français, je n'ai pas peur, vous savez, moi je suis courageux. Un acte majoritairement condamné par la classe politique.
La violence, en toutes circonstances, doit être condamnée, je condamne ce geste.
Pourtant, le style et les idées Valls, souvent perçues comme trop
tranchées, ne semblent pas avantager sa campagne. La scène de la gifle fait écho à un autre événement le mois dernier à Strasbourg, où le candidat à la primaire de la gauche est enfariné par un opposant à la loi travail.
A
quelques jours du premier tour, en tête des sondages, Manuel Valls cherche plus que jamais à se distinguer face à ses
six adversaires, mais sur le terrain, cela ne se passe pas vraiment comme prévu. Des moments difficiles qui rappellent ceux d'un autre homme, au style lui aussi très singulier. En 2012, Nicolas Sarkozy avait été hué à Bayonne, deux mois avant l'élection présidentielle. La tension était montée d'un cran obligeant le candidat à se
réfugier
dans un bar et faire appel aux forces de l'ordre. Pas de gifle ce jour-là, mais peut-être la fin de tout espoir d'être réélu.
Et
l'ancien premier ministre doit aussi faire face à la fronte des soutiens d'Emmanuel Macron. Une cinquantaine d'élus lyonnais appellent à boycotter la primaire. Et Jard Collomb, le sénateur maire de Lyon, plaide pour un désistement en faveur du leader d'En Marche. On l'écoute.
Celui qui aujourd'hui peut faire gagner le camp progressiste, c'est Emmanuel Macron. Et je pense que forcément, si on continue à avoir la même dynamique autour d'Emmanuel Macron, que le candidat qui sortira de la primaire sera à un moment donné obligé de constater que
celui qui peut gagner la présidentielle, qui peut déjà être au deuxième tour, il n'y en a qu'un, c'est Emmanuel Macron. Donc se retirer ? Oui, je pense. Oui ? Oui.
Et
dans ce contexte, je vous propose d'écouter Bernard Cazeneuve, le premier ministre qui s'est exprimé à l'occasion de ses voeux.
Il
a parlé fidélité et politique. On l'écoute. En attendant, Bruno Cotteres, chercheur au CNRS, au Cevipof, est notre invité. Il répond tout de suite aux questions de Mickaël Zamès dans le Face à Face.
Bonjour Bruno Cotteres. Bonjour. Alors on va parler de votre étude dans un instant, l'étude qui concerne les Français qui réclament de nouvelles pratiques politiques. Simplement, je voudrais m'arrêter un tout petit peu sur ce qui s'est passé hier, notamment dans les Côtes d'Armor, avec cette image d'Emmanuel Valls qui reçoit une gifle. Quand vous avez vu cette image,
qu'est-ce que vous vous êtes dit tout de suite en regardant
? La
première chose que je me suis dite, c'est que ça venait en écho quand même des résultats de notre enquête, le barmé de la confiance politique, et que ça traduisait à la fois, sans doute, une évolution dans la manière dont les Français regardent les hommes politiques. Il ne faut bien sûr pas exagérer, puisque de tout temps, des hommes politiques se sont fait invectiver, ont reçu des menaces, etc. Mais on est quand même là.
Là,
quand même,
il y a un geste. On est dans
quelque chose qui est très symbolique, puisqu'il s'agit quand même de l'ancien Premier ministre. Et en plus, ce n
'est
pas n'importe quel ancien Premier ministre, puisqu'il a été ministre de
l
'Intérieur, même avant. Donc on a là vraiment un représentant du pouvoir exécutif au sens fort du terme. Et ça vient en écho de nos résultats. Dans l'enquête dont nous allons parler,
il
y
a
un indicateur qui est... On leur demande, est-ce que les Français considèrent que les hommes politiques méritent le respect ? Il n'y a même pas 40% de Français qui, au fond, disent aujourd'hui, oui, fondamentalement, ils méritent le respect. Donc là, il y a
vraiment quelque chose... Qu'est-ce qui se passe avec Manuel
Valls, par exemple ? Parce que c'est quand même quelque chose qui a cristallisé un petit peu. Il a été enfariné il y a quelque temps, empêché de tenir un meeting. Maintenant, c'est une gifle. C
'est
quoi ? C'est le bilan
qui ne passe plus auprès des Français ? On va le montrer dans cette étude, justement.
Je
pense qu'il
y a
deux éléments.
Il
y
a
à la fois le bilan, et puis un petit peu comme Nicolas Sarkozy,
d
'une certaine manière, Manuel Valls souffre aussi un peu de son image, de la stature qu'il a voulu incarner, c'est-à-dire quelqu'un qui exerce l'autorité, qui est dans le registre de la responsabilité de l'autorité, qui va
incarner l'ordre
public. Non, bien sûr, les Français continuent de souhaiter un pouvoir qui est dans le domaine de l'incarnation, du pouvoir exécutif, dans l'incarnation de l'autorité. Mais Manuel Valls, il cristallise, comme aujourd'hui tous ceux qui vont exercer le pouvoir, il cristallise sur sa personne le sentiment qu'il ne répond pas aux aspirations, qu'il ne répond pas aux motifs qui avaient amené des électeurs à voter pour son camp. Donc ça, ça concerne tous les responsables politiques, quels qu'ils soient aujourd'hui, s'ils se retrouvent au pouvoir.
Donc
ça, c'est le rejet des personnalités politiques dans leur ensemble. Oui, bien sûr. C'est ce que vous démontrez, notamment dans cette étude pour le Cévi-Pof, c'est que les Français réclament des nouvelles pratiques politiques, on est d'accord, les Français affichent une forme de défiance vis-à-vis du politique, et en même temps, on n'a jamais vu autant de monde devant le petit écran ou à la radio pour écouter les débats. Il
y a
quelque chose qui ne va pas, là.
Non, c'est un apparent paradoxe. Au fond,
il
y a aujourd'hui, dans le rapport des Français à la politique en général, mais même à la démocratie, de manière encore plus générale, il y
a
une sorte de phénomène en deux dimensions. Il y a une première dimension qui est cette couche très résistante d'attachement des Français à la question de la représentation, de la démocratie représentative. Ils savent qu'il faut des élus, que des spécialistes, des experts de la politique accomplissent cette tâche qui est de les représenter.
Ils
s'intéressent toujours beaucoup à l'élection présidentielle. On parle de la présidentielle lors des deux
dernières... C'est surtout ça
qui intéresse,
c'est l'élection présidentielle. Lors
des deux dernières présidentielles,
on est
à 80%, même plus de 80%.
L'élection municipale, le maire,
c'est quelque chose d'extrêmement important. Mais même aux élections municipales, on n'a vu pas autant de participation que ça n'était le cas au début de la Vème République. Et on a aujourd'hui des élections présidentielles qui continuent de mobiliser. Mais en dehors de l'élection présidentielle, tout se passe comme si les Français disaient qu'on n'y croit plus comme avant. Même quand on élit notre président, et même si on se rend aux urnes pour élire notre président, on ne pense plus qu'il est le porteur de toutes les solutions. Et il y a dans notre enquête véritablement ce paradoxe. On continue de s'intéresser, on a envie de participer, de dire son mot.
On est prêt à manifester pour défendre ses idées. On trouve que le référendum,
c
'est une bonne chose. Donc il y a tout un tas d'indicateurs qui montrent que le rapport des Français à la politique, il est à la fois un rapport de grand intérêt pour la chose publique. Et en même temps, on trouve que ceux qui servent la chose publique ne méritent pas la considération, le respect. Même ils éprouvent, nous disent-ils, du dégoût pour l'activité politique.
C'est la réponse majoritaire. 28
% des personnes que vous avez interrogées, c'est que 28% estiment qu'il y a du dégoût.
Ils
ont du dégoût vis-à-vis des politiques.
Est-ce que c'est un chiffre qui montre ou est-ce qu'il est plutôt stable ? Il est assez stable. On observe toujours comme première réponse, lorsque nous les interrogeons depuis quelques années, sur ce que la politique leur inspire, arrive toujours en tête la question du dégoût. Mais du dégoût,
pourquoi ? Parce qu'on ne s'occupe pas d'eux ?
Quel est l'écho qu'on veut donner à ce mot dégoût ? À la fois le sentiment qu'il ne se préoccupe pas des problèmes. Le sentiment dominant des Français aujourd'hui vis-à-vis des hommes politiques, c'est un sentiment d'abandon. Comme si les Français avaient été quelque part, à un moment donné, abandonnés par les hommes politiques face à un monde qui est en train de bouger. Ils voient bien tous les jours des indicateurs, des signes que ce monde est en train d'évoluer fortement. Ils ont le sentiment qu'il
n'y a
pas de boussole, qu'on les a abandonnés un jour au milieu de la forêt, que les hommes politiques ne sont au fond tournés que vers eux-mêmes, qu'ils sont corrompus, qu'ils ne sont pas empathiques. Mais ce sont des généralités ? Alors c'est bien sûr, bien sûr comme dans toute expression d'une opinion, elle traduit au fond à la surface quelque chose de beaucoup plus profond. Ce qui est là de beaucoup plus profond, c'est que de tout temps, bien sûr, dans le régime démocratique, on a eu un sentiment d'écart entre le temps des promesses, le temps de la campagne électorale, et puis le temps du gouvernement, lorsque le gouvernement dit « on ne
peut
pas tout faire ». De tout temps,
ça
a existé, c'est même un des fondements, je pense, de l'ordre démocratique.
Ce quinquennat l'a
montré d'autant plus ? Mais voilà, mais depuis 15 à 20 ans, peut-être même un tout petit peu plus, moi je date ça du début des années 90, lorsqu'au même moment, il y a le traité de Maastricht, au même moment, il y a des bouleversements politiques dans le monde, la chute du mur de Berlin, il y
a
un moment donné aussi, au début des années 90, où la France connaît un contexte économique extrêmement difficile, et tout se passe comme s'il y a eu un bombardement d'informations à la fois négatives, et qui ont montré, ou qui ont semblé montrer aux Français, que les hommes politiques avaient perdu le contrôle de la situation. Bonne
en
compte, on a l'impression que, quand on lit cette étude, que tout est négatif, est-ce que vous voyez quelque chose de positif qui en ressort ? Oui, il y
a
des dimensions qui sont positives. Dans l'enquête, nous avons pris soin, bien sûr, de proposer aux personnes qui répondaient, à la fois des situations, des items assez négatifs, mais aussi positifs.
Ah, rassurez-nous, alors dites-nous que...
C'est un des paradoxes, c'est qu'à la fois, on trouve qu'il faudrait que les hommes politiques arrêtent de parler, et agissent sur les problèmes, et en même temps, on souhaite que les hommes politiques, lorsqu'ils prennent des décisions, le fassent une fois qu'ils ont délibéré, qu'ils ont posé sur la table des arguments, et il y
a
une aspiration également à la prise de parole, et en tout cas, il
y a
une aspiration à construire un nouveau dialogue dans les deux sens, c'est-à-dire que les hommes politiques s'adressent d'une autre manière, qu'ils donnent une autre exemplarité aux citoyens, et dans l'autre sens, il y a une demande qu'aussi ces citoyens expriment quelque chose,
que
des opportunités leur soient données de s'exprimer. Finalement, c
'est
ce qui remonte de la base, on est d'accord ? Dans les deux sens.
C'est-à-dire qu'il
y a
une fois
ce qui marche aujourd'hui,
aller chercher
au plus profond de ce qu'il y a en France.
Bien sûr, il y
a une demande de proximité, on voit par exemple la confiance dans les institutions, ce sont les institutions qui sont dans le registre de la proximité, collectivité locale plus qu'instance gouvernementale, les institutions qui incarnent la protection, la police, la sécurité sociale, les hôpitaux, donc tout ce qui est dans le registre de la proximité et dans le registre de la protection inspire beaucoup plus confiance que ce qui est dans le registre de la politique au sens classique du terme et au sens national du terme. Et si on se projette un petit
peu sur la future élection qui arrive, il y a deux personnalités en ce moment qui montent dans les sondages, c'est Emmanuel Macron d'un côté, Jean-Luc Mélenchon de l'autre, deux personnes qui se disent presque anti-système, est-ce que c
'est ça qui plaît aujourd'hui, c'est ça qui explique leur succès ? En tout cas, ce qui explique une partie de leur succès, c'est qu'ils s'inscrivent dans ce registre qui est un registre qui est à la fois « je ne suis pas comme les autres
» et
« si je suis issu du système, j'ai su rompre les amarres
».
Jean-Luc Mélenchon, je suis sorti du Parti Socialiste, j'ai créé mon propre parti et puis même d'une certaine manière, je me suis même libéré du parti que j'avais créé. Et Emmanuel Macron qui passe le message « eh bien moi, je suis l'élément perturbateur, celui qui va dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, c'est-à-dire ce système doit être profondément repensé ». Emmanuel Macron, l'un de ses points forts, c'est qu'au fond, il a montré dans sa vie professionnelle qu'il n'avait pas eu besoin de la politique pour devenir riche, célèbre, puissant.
Et donc c'est un peu comme le portrait inverse de ce que pensent beaucoup de Français des hommes politiques, qu'ils voient comme des puissants, des riches, qui doivent tout à la politique.
Et
du coup, pour cette élection présidentielle, vous avez un pressentiment de quelque chose qui pourrait être encore bouleversé aujourd'hui ? Ça
commence à se
cristalliser ? Je pense que rarement on aura eu dans la vie politique française récente une élection comme celle-ci, qui est une sorte de point de bascule. On est vraiment à un point de bascule, c'est-à-dire qu'on voit que plusieurs éléments traduisent que les fondamentaux de la Ve République, ils sont toujours là, mais ces fondamentaux commencent à... Il
y
a un phénomène un peu d'érosion maintenant qui atteint ces piliers fondamentaux, c'est-à-dire qu
'il
y a des forces politiques, il
y
a des candidats qui disent « Ben oui, il faut renverser la table, il faut tout recomposer ». Cette
étude
le montre aujourd'hui ?
Cette étude vient en écho. Les candidats s'en saisissent
également ?
Bien sûr. Vous avez eu des échos, notamment de candidats qui commencent à s'intéresser à ce genre
?
Oui, évidemment. Évidemment, évidemment.
Ils sont
très intéressés dans ce rapport paradoxal.
Et du tout,
qui ? Dans ce rapport paradoxal qui consiste à regarder l'opinion un peu... C'est un peu un coup de massue en même temps pour ces hommes politiques qui sont dévoués à la chose publique et qui ont le sentiment que ça ne marche pas, qu'ils ont beau essayer de renouveler leur communication, on continue de leur dire « Mais non, vous êtes des corrompus, vous n'agissez pas sur le réel ». Donc il y
a
un chantier qui est considérable. Et je pense que pour le prochain président, l'un des chantiers les plus prioritaires, les plus essentiels, c'est ce chantier de ressourcer, de renouveler notre modèle démocratique. Il
y a
un besoin en France, comme l'ont fait d'autres démocraties. Je pense au Royaume-Uni, qui s'est engagé assez courageusement dans cette direction depuis quelques années, d'une sorte de gigantesque audite démocratique. Qu'est-ce qui marche ? Qu'est-ce qui ne marche pas ? Où sont les points de blocage ? Il faut que la France s'engage dans cette logique d'un vaste bilan démocratique. Merci beaucoup Bruno Cotteret. Je rappelle que vous êtes chercheur au CNRS, chercheur au CEMIPOF. Merci d'avoir répondu à notre invitation. Merci beaucoup Mickaël.
L'Assemblée des départements de France entend interpeller les candidats à la présidentielle sur leurs propositions concrètes sur l'avenir des collectivités. Dans un contexte de décentralisation, des rencontres seront organisées le 2 février au Sénat, en partenariat notamment avec Public Sénat, annonce ce matin de Dominique Bussereau, c'est le président de l'ADF, à l'occasion de ses voeux. On l'écoute au micro de Rianne Mancini avec Quentin Calmet.
Écoutez, d'abord on a choisi le Sénat, parce que c'est la chambre des collectivités locales. On a pensé que ce débat serait le bienvenu au Sénat. Et on attend de tous les candidats, sérieux, on n
'a
pas
invité les candidats fantômes ou simplement connus de leur famille et de leurs voisins de palier. Mais on attend qu
'ils
nous disent ce qu
'ils
pensent. Des départements, bien sûr, puisque c'est l'Assemblée
des départements de France qui invite, mais aussi de la décentralisation. Est-ce qu
'ils
veulent une République centralisée, avec des préfets qui font tout, avec des ministres qui décident, y compris sur le terrain, ou est-ce qu'ils acceptent, comme tous les élus de gauche, de centre et de droite le souhaitent, que les régions, les départements, les intercommunautés, les communes assurent la présence du service public et que l'État soit dans ses missions régaliennes. Donc c'est les questions
que
nous poserons avec vous, Public Sénat, avec la Gazette des communes, au candidat le 2 février.
On
en vient à présent à l'actualité du Sénat, avec la suite de l'examen en séance du projet de loi égalité réelle pour les Outre-mer. Ce texte a pour ambition de réduire les inégalités entre la métropole et les collectivités ultramarines. Avant de voir avec mes invités s'il peut atteindre cet objectif ambitieux, on voit tout de suite les enjeux avec Jérôme Rabier. L'égalité s'affiche dans les Outre-mer comme en métropole au fronton des bâtiments publics, mais le retard des territoires ultramarins persiste dans bien des domaines. La loi égalité réelle Outre-mer vise à bâtir des plans de convergence pour combler ce retard à moyen et long terme.
Ce qui va le moins bien, c
'est le niveau de développement économique, d'où la nécessité peut-être de rattraper ce retard en priorité. Mais ensuite, en allant un petit peu plus dans les détails, on s'aperçoit aussi que, dans certaines géographies notamment, le niveau d'éducation est en retard par rapport à la métropole et présente des signes de faiblesse un petit peu inquiétants.
L
'objectif
est de soutenir les entreprises locales, de développer le pouvoir d'achat Outre-mer, ou encore, même si cela a été supprimé par la commission des lois du Sénat, de réserver une partie des commandes publiques aux TPE et PME locales.
Il faut que l'Outre-mer change son modèle économique, ce n
'est
pas simple, de façon à réaliser des gains de productivité, de faire en sorte de créer plus de richesses à partir des bras et du capital déjà installés.
Qui
dit gain de productivité, dit formation de meilleure qualité. Un défi dans ces territoires où tous les cursus ne sont pas forcément accessibles. Le gouvernement souhaiterait passer des contrats avec des candidats pour qu'ils s'engagent à revenir dans ces territoires après leur formation dans d'autres régions.
On a beaucoup trop d'échecs scolaires, on a beaucoup trop de jeunes qui quittent le système éducatif. Et en plus, vous le souvenez très justement, on a un autre souci Outre-mer, c'est que je dirais les jeunes qui poursuivent des études supérieures vont le faire en métropole et bien peu
reviennent au pays. Autant de mesures qui devront ensuite être adaptées à chaque territoire ultramarin, avec pour objectif de combler ce creuset qui persiste d'ici 20 à 25 ans.
Et
on retrouve tout de suite Saveria Rojek, qui nous attend en direct de la tribune de presse de l'hémicycle. Saveria, vous avez suivi pour nous la reprise des discussions. Où en est-on dans l'examen de ce projet de loi
? Eh
bien Delphine, les
sénateurs
ont adopté il y a quelques instants un amendement, et c'est une surprise, un amendement de la sénatrice écologiste Aline Archimbault, un amendement pour lutter contre le suicide des jeunes en Guyane. Alors il faut savoir que les jeunes Guyanais, et notamment les jeunes Amérindiens, ont un taux de suicide 10 à 20 fois plus important que le taux national. Le groupe écologiste a donc proposé
d
'étudier la création d'un observatoire régional du suicide en Guyane. Je vous propose d'écouter justement la sénatrice Aline Archimbault.
C
'est un problème tellement douloureux, et c'est un problème qui aussi philosophiquement pose beaucoup de questions. Ça veut dire que ces populations, elles sont là, dans une situation d'autodestruction. Est-ce qu'on laisse ces peuples, par absence de perspectives, sentiments, et notamment chez les jeunes, qu'il n
'y a
pas d'avenir, est-ce qu'on les laisse se détruire ? Enfin, ça pose un problème, je vais employer des grands mots, ça pose un problème pour l'humanité. Enfin, est-ce qu'on laisse ces cultures disparaître ? Je pense réellement, encore une fois, qui peut le plus, peut le moins, donc je propose qu'on vote ce rapport, et on a bien entendu que Madame la Ministre, énergiquement, poussera beaucoup plus loin, mais elle pourra aussi s'appuyer sur ce rapport.
Voilà
donc Aline Archimbault, qui avait déjà rédigé en 2015 un rapport parlementaire qui soulignait déjà le mal-être des Amérindiens en Guyane. Cet amendement qui a donc été voté contre l'avis du gouvernement et contre l'avis de la Commission des lois. En juin, le gouvernement a remettré au Parlement un rapport d'ici six mois sur cet observatoire régional du suicide. Une telle structure permettrait, selon la sénatrice, de donner les moyens et l'attention nécessaires pour lutter contre ce phénomène inquiétant. Voilà donc pour cet amendement, Delphine. Merci beaucoup, Saveria.
Autre temps fort de l'actualité aujourd'hui au Sénat, ce sont les auditions des ambassadeurs d'Israël et de Palestine par la Commission des affaires étrangères du Sénat. Ils ont parlé de la Conférence de Paris, c'est une initiative française en faveur de la paix au Proche-Orient, pour en parler. Tam Trani nous a rejoint sur ce plateau. Bonjour Tam. On parlait de cette Conférence de Paris. Le bilan est plutôt en demi-teinte. Et oui, dimanche dernier, la Conférence de Paris a abouti à un communiqué âprement négocié dans lequel 70 pays en ont appelé à une solution à deux États, Israéliens et Palestiniens.
Mais vous le disiez, le bilan est bien interne puisque les deux principaux protagonistes, que ce soit les Palestiniens ou les Israéliens, étaient absents de la Conférence. Et justement, vous le disiez ce matin, les ambassadeurs, l'ambassadeur d'Israël et le chef de la mission de la Palestine se sont donc exprimés devant les sénateurs de la Commission des affaires étrangères. L'occasion pour l'un et l'autre de revenir sur l'une des principales pommes de discorde dans le conflit israélo-palestinien, la question des colonies. Un terme d'ailleurs, Khaliza Binoun, ambassadeur d'Israël, réfute, préférant parler d'implantation.
On
ne peut pas aussi ignorer le fait que pour beaucoup d'Israéliens, les endroits où ces implantations ont été établies ont une signification historique.
C
'est notre patrimoine qui était là-bas. Et dans le temps biblique, ce n'est pas
des
colonies. Il ne s'agit pas d'un endroit qui n'a jamais eu rien avec le peuple juif, avec l'histoire juive, avec la religion juive, avec tout cela. Pourquoi ils refusent systématiquement de reconnaître la nationalité juive de l'État d'Israël
? Parce
que peut-être le problème n'est pas les implantations. Peut-être le problème est Tel Aviv, Jérusalem, Tzfat, Haïfa et Israël. Ils ont un problème avec le pays Israël
que
vous tous reconnaissez. Il ne s'agit pas ici des implantations.
Il
y a 70 ans que notre peuple
était
déraciné
de
sa terre.
Il
y a 50 ans
d
'occupation de la Cisjordanie et de Gaza
et
de Jérusalem-Est. Tout ce temps-là, notre travail
c
'est de chercher la paix.
La
paix avec qui
? Avec
celui qui nous occupe.
Et
on a fait
des
concessions énormes.
Il
n
'y
a aucun
pays
dans le monde
qui
renonce à 78%
de
ces territoires
et
d'accepter 22%
et
de pourvivre en paix que le peuple palestinien.
Vous,
les Français,
quand
vous étiez envahis par les Allemands, vous n'avez pas compromis
à
aucun pouce de votre terrain. hors nous pour la paix.
Parce
que c'est une terre sainte
qu
'on voulait vivre en paix.
Que
nous comprenons la souffrance des autres
et
en premier lieu
la
souffrance
des
Juifs en Europe.
Si
les Juifs étaient persécutés, ce n
'était
pas par les Palestiniens.
C
'est par ici, en Europe.
Et
nous, qu'on a payé le prix.
En
clair, vous l'avez entendu, Israël justifie les, je cite, implantations israéliennes par un lien biblique, patrimonial avec le territoire, en particulier la Cisjordanie. Et puis par le fait qu'aujourd'hui, ça représente tout de même 100 000 personnes installées là-bas depuis des décennies, plus précisément depuis 1967. Et la guerre des 6 jours, Alisa Abinoun, qui estime aussi que ces implantations, elles ne sont pas au cœur du problème que les Palestiniens refusent l'existence même d'Israël et de sa nationalité. juive,
je
cite encore ces mots, tandis que son homologue palestinien fait valoir les immenses concessions faites par le peuple palestinien depuis 50 ans. Un peuple déraciné, a-t-il dit. Il a fait donc allusion, vous l'avez entendu, à la France occupée, Salman El Erfi, qui estime que la société israélienne, elle, est kidnappée par les extrémistes qui refusent toute concession. D'ailleurs, lors de son audition, il a également fait allusion à l'assassinat à Ditzhak Rabin. Pour lui, il n'a pas été tué par un palestinien, il l'a rappelé,
est
israélien. J'imagine, Tam, aussi qu'on a parlé des conséquences de l'investiture de Donald Trump sur la diplomatie internationale. C'est une nouvelle donne, en effet, dans ce conflit israélo-palestinien. Oui, on a entendu le passé très douloureux. Peut-être que l'avenir est tout aussi compliqué puisque Donald Trump l'a annoncé.
Il
a pour projet de déplacer l'ambassade américaine en Israël de Tel Aviv à Jérusalem. On ne sait pas si c'est une simple provocation, mais en tout cas, ça serait une provocation énorme quand on considère que le statut Jérusalem, c'est l'un des autres points très épineux dans le conflit israélo-palestinien pour Israël. C'est sa capitale indivisible, Jérusalem-Est comprise, partie justement revendiquée par les Palestiniens comme la capitale de leur État. Écoutez.
Donald
Trump a dit hier, je pense, que les Palestiniens ont reçu trop de la communauté internationale et il faut faire
un
plus grand effort pour montrer qu'ils vont vraiment la paix avec Israël. Exactement ce que j'ai dit.
Il
a dit ça, je pense, hier.
Et
il a dit aussi qu'il va transférer l'ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem. Et il a répété il y a récemment.
Et
nous, oui, nous attendons que la communauté internationale et aussi la politique américaine et il ne faut pas oublier que les relations entre Israël et les États-Unis sont des relations stratégiques. Quoi que ce soit le président, ils sont l'allié numéro un d'Israël. De
transférer
l'ambassade
des
États-Unis de Tel Aviv
à
Jérusalem-Est, ça veut dire mettre fin
à
la solution de deux États. Ça veut dire clair et net.
Ça
veut dire une reconnaissance de l'annexation
de
la Cisjordanie à Israël. Il fait sauter tout un processus de paix que le monde entier a travaillé.
Nous
n'oublions pas jamais
des
dirigeants,
le
général de Gaulle,
le
président Métirant, le président Chirac, tout le monde ils ont travaillé pour... On arrive
à
ça, d'accepter la solution de deux États. La solution de deux États, ce n
'est
pas un cadeau.
C
'est un fouroui d'un travail énorme de la communauté internationale. Et si je
n'ai
pas un amateur qui se plaît d'être président dans ça et qu'il veut sauter en l'air
l
'histoire d'un peuple,
ça
fait cinq ans
qu
'on lutte pour recouvrir notre indépendance.
Vous
l'aurez compris, l'administration Trump est vue d'un oeil plus que bienveillant par Israël, tandis qu'au contraire, les Palestiniens fustigent l'amateurisme qui pourrait éloigner un peu plus les perspectives d'une relance du processus de paix. Merci beaucoup Tam pour toutes ces explications. C'est le nouveau visage de l'Europe. Antonio Tajani, cet Italien proche de Berlusconi, a été élu hier à la tête du Parlement européen. Il succède ainsi à Martin Schulz, son portrait signé Géraldine Babolo. Voici le nouveau président du Parlement européen.
L
'Italien Antonio Tajani est le candidat du Parti Populaire européen, le PPE.
Il
a été élu avec 351 voix contre 282 pour le socialiste Gianni Pitella.
La
bataille a été rude. Il a fallu quatre tours de scrutin pour le désigné vainqueur et il doit sa victoire à une fragile alliance entre les libéraux-démocrates
et
le groupe des conservateurs-réformistes.
Il
y a au moins un mérite à cette élection, c'est qu'il y
a
une clarification politique. On a d'un côté une droite qui est une droite dure, soutenue par les conservateurs et aussi les euros-sceptiques, avec une alliance un peu bizarre où les libéraux ont soutenu les euros-sceptiques et puis d'un autre côté une gauche qui s'est plutôt rassemblée autour de la candidature de M. Pitella et ça, ça rouvre un peu d'espace pour faire de la politique au Parlement européen. C'en est fini de la grande coalition, c'en est fini des conciliabules feutrées où on décidait du sort de l'Europe pas au grand jour. Là au moins, on a une opportunité formidable à saisir, mais encore faut-il la saisir, c'est celle de faire de la politique au Parlement européen.
C'est plutôt pas mal ça.
Antonio Tajani, 63 ans, a été élu pour la première fois à Strasbourg en 1994.
D
'abord député européen et ensuite commissaire européen au transport, puis à l'industrie. Ancien journaliste et membre fondateur de Forza Italia, Antonio Tajani est aussi connu pour être un proche de Silvio Berlusconi dont il a même été le porte-parole dans les années 90. Parmi ses soutiens, la députée Françoise Grostet. Quand on le connaît, c'est quelqu'un qui est très humaniste, qui est très proche des autres et d'ailleurs, le résultat qu'il a obtenu montre bien qu'il est apprécié par bon nombre de nos collègues, y compris dans d'autres groupes politiques.
Le
nouveau président reste une figure controversée. On lui reproche sa proximité avec les lobbies, mais aussi son implication dans le dieselgate. Son élection est loin de faire l'unanimité.
Rien sur la vision européenne, donc très mauvaise nouvelle. Il faut reconstruire un projet. Après, c'est d'autant plus facile et nécessaire qu'il y a Trump, il y a Poutine, il y a Erdogan en Turquie et il
y
a le Brexit en Angleterre. Donc si tout ça n'arrive pas à fédérer l'Europe autour de ses valeurs et du projet qu'elle veut porter, alors là, c'est à désespérer.
Cette élection marque un glissement vers la droite du Parlement européen. La droite conservatrice détient désormais tous les pouvoirs de l'Union européenne. Et Noura Hamadi, notre spécialiste des questions européennes, a suivi pour nous cette élection depuis Strasbourg.
de
nouveaux défis. On écoute son analyse.
Avec
la présidence d'Antonio Tajani,
c
'est bien une nouvelle ère qui s'ouvre ici au Parlement européen. Le jeu des alliances et des coalitions a été bel et bien bouleversé. Après plusieurs vaudevilles, une alliance quelque peu contre nature a été scellée entre la droite, les libéraux pro-européens et les conservateurs réformistes clairement europhobes. Ce vote, s'il a le mérite de clarifier les positions politiques de chaque camp et de sortir des grandes coalitions gauche-droite, peu lisibles pour les électeurs et souvent utilisées par l'extrême droite, pour discréditer l'Union européenne, va avoir un prix, celui des valeurs. D'une part, comment concilier l'Europe des libéraux et des
centres-droits, le plus d'Europe, l'Europe fédérale et l'euroscepticisme de ces mêmes conservateurs ? Comment concilier les attaques répétées des membres polonais de ce groupe conservateur, membres du PIS, le parti au pouvoir en Pologne, sur les droits de l'homme,
l'égalité, le droit à l'avortement, l'indépendance de la justice ou encore la liberté de la presse ? Mais ce sera également au prix d'une difficulté à gouverner certainement. Dans les prochains mois, la rupture entre le groupe socialiste et la
droite
dans les deux plus gros groupes du Parlement va mettre à mal l'activité législative, notamment sur des gros
textes. Plusieurs textes et rapports parlementaires vont être soumis au vote, notamment le CETA dès février prochain, en session plénière ici à Strasbourg, ou le rapport sur le travail détaché. Pas sûr que ces textes
de fait passent vu que la majorité n'est aujourd'hui plus la même à moins que, comme souvent, au Parlement européen, nous soyons dans des postures et qu'après les élections françaises et après les élections générales en
Allemagne en septembre prochain, la grande coalition ressurgisse peut-être.
On
en vient à présent à notre premier débat dans Sénat 360, alors que c'était ce matin une réunion interministérielle sur le suivi du plan Grandfroid. Le gouvernement va débloquer de nouvelles places d'hébergement d'urgence pour les sans-abri. Audrey Vuittaz.
La
France grelotte presque partout dans l'Hexagone des températures de 5 à 10 degrés en dessous des normales de saison. Une situation préoccupante pour les sans-abri qui dorment dehors. Ce matin, Bernard Cazeneuve a indiqué que 130 000 places d'hébergement étaient mobilisées pour les mettre à l'abri, soit 10 000 places de plus que le mois dernier, mais pas question de provisoire. Notre objectif, c'est dès lors que nous avons créé les places, de faire
en
sorte que ceux qui sont mis à l'abri rentrent dans un dispositif pérenne d'insertion. Et nous ne voulons pas, comme cela a pu être le cas pendant longtemps, que ceux qui sont mis à l'abri ressortent le lendemain alors que le froid demeure.
Pour
anticiper les besoins dans chaque département, le gouvernement mobilise les préfets depuis samedi. Le Premier ministre compte aussi sur les maraudes pour repérer les sans-abri.
Ces maraudes sont importantes parce que les places, c'est une chose, mais si ceux qui sont dehors ne vont pas vers ces places, il y aura, bien entendu, des morts.
Le gouvernement affiche sa vigilance envers les plus démunis, vigilance aussi en ce qui concerne l'approvisionnement des foyers en électricité. Ségolène Royal l
'a
assuré, la vague de froid n'entraînera pas de coupure. Malgré l'indisponibilité de six réacteurs nucléaires, il n'y aura pas de coupure d'électricité parce que j'ai une bonne nouvelle à vous annoncer, c'est qu'aujourd'hui, avec les très bonnes conditions météorologiques, les énergies renouvelables, l'éolien et le solaire vont produire l'équivalent de huit réacteurs nucléaires, huit gigawatts. Mais la prudence reste de mise. La journée de demain est annoncée comme la plus froide de l'année. Et sur le terrain, les maraudes se multiplient malgré le manque de structures d'accueil.
Les bénévoles quadrillent Paris pour proposer des solutions d'hébergement aux plus démunis qui dorment dans la rue par des températures glaciales. Reportage de Samia Deschir qui a suivi Médecins du Monde.
Ils
sont médecins, logisticiens, travailleurs sociaux, salariés ou bénévoles. Plusieurs soirs par semaine, les équipes de Médecins du Monde arpentent les rues de Paris à la rencontre des sans-abri.
On
va aller voir une dame qu'on connaît, qu'on va voir régulièrement, qui est isolée sur une bouche de chaleur avec juste une couverture. Enfin, elle est habillée, mais elle a juste une couverture sur elle. Quelques couvertures, des thermos, mais pas de matériel médical. Médecins du Monde viennent surtout discuter pour maintenir le contact avec ceux qui sont en rupture.
Et
ils sont de plus en plus nombreux. Ces dernières années, l'équipe a vu le monde de la rue changer de visage.
Il
y
a
une frange de la population qui a de plus en plus du mal à vivre
avec le peu d'argent qu'ils peuvent gagner par leur travail. Notamment,
quand
il y
a
eu la crise, on l'a très nettement vu. Il y a une certaine population qu'on ne voyait pas dans la rue qui tout d'un coup s'est retrouvée sur le trottoir. Notamment, les femmes
et les familles avec des enfants.
Ce soir, les températures sont négatives.
L
'urgence, c'est d'abord de trouver un toit à ceux qui le veulent. On va appeler le salut social. Rue de Beaubourg. Sous les Arches. Alors, monsieur souhaitera un hébergement si possible en chambre individuelle. Face à la vague de froid, une centaine de places a été débloquées ce soir en hébergement d'urgence. Mais tout au long de l'année, les lits manquent. Et surtout, il faut quitter les lieux à 8h le lendemain matin. C'est une réponse de court terme qui vraiment correspond à, encore une fois, un phénomène climatique et aussi un climat social.
C
'est-à-dire qu'on est dans une pré-campagne présidentielle et qu'effectivement, il faut pouvoir montrer aussi qu'on essaye de faire des choses pour ces personnes. On a l'habitude de dire que les personnes sans-abri sont prises en charge au moment de Noël, au moment des vagues de froid et avant les élections présidentielles. C'est ce qui se passe actuellement. Depuis le slogan Zéro SDF de Lionel Jospin en 2002, les associatifs ont vu les promesses se succéder et le nombre de sans-abri augmenter. Il serait aujourd'hui 140 000 en France. C'est deux fois plus qu'il y a dix ans.
On
ouvre le premier débat.
Et
on ouvre le premier débat de Sénat 360 avec mes invités sur ce plateau. Agnès Canaillé, bonjour. Vous êtes sénatrice à Les Républicains de la Seine-Maritime. Vous êtes membre du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale. Merci d'être sur ce plateau. J'accueille également Charlotte Girard. Bonjour. Vous êtes responsable du programme L'Avenir en Commun de Jean-Luc Mélenchon. On sait que le candidat à la présidentielle a redit sa volonté d'avoir pour objectif zéro SDF. On va en parler dans un instant. Également sur ce plateau Éric Pliès. Bonjour. Vous êtes le président du SAMU Social à Paris. Merci d'être avec nous.
Et
Yannick Vaugrenard, vous êtes sénateur socialiste de Loire-Atlantique. auteur d'un rapport en 2014 sur la façon d'enrayer la pauvreté. On va y venir dans un instant sur ce plateau. Première question pour vous peut-être. Éric Pliès, on a vu ce reportage de Samia Deschires avec Médecins du Monde. On sait que le SAMU Social qui gère le 115 en ce moment est particulièrement sollicité. Quelle est un peu votre définition ? Comment pouvez-vous qualifier aujourd'hui la situation des sans-abri qui se tournent vers vos services
?
On a clairement une évolution des publics qui s'adressent à nous.
Ça
a été dit dans le reportage. Beaucoup de familles et on est clairement en tension permanente pour un dispositif qui n'est pas fluide.
C
'est-à-dire que les gens rentrent dans un dispositif de manière assez constante malgré tout, mais ne sortent pas assez rapidement du dispositif. Donc il y
a
d'emblée un problème de sortie des dispositifs, donc un problème de logement très social accessible qui se pose à Paris. ensuite, et ça a été dit, la question pour nous c'est la pérennité. C'est-à
-dire
aujourd'hui, après un automne très difficile, on est aujourd'hui en mesure de répondre ce soir à toutes les demandes des personnes qui s'adressent à nous. Ça soulève deux questions, ceux qui ne s'adressent pas à nous, ceux qui refusent de venir dans les centres et puis la question de la durée, la question de la pérennité.
C
'est-à-dire que nous estimons que les places qui ont été mises en place pour cet hiver doivent être pérennisées à la fin de l'hiver si on veut à un moment donné trouver une stabilité dans ces accueils.
Yannick Vaugrenard, on entendait dans ce reportage les associatifs se dire un petit peu agacés. Finalement, on parle beaucoup de cette question des sans-abri en période de grand froid mais c'est une question qui est là, qui nous entoure de façon permanente. On rappelait l'objectif 0SDF de Jean-Luc Mélenchon, c'était déjà celui de Lionel Jospin en 2002. Quel regard portez-vous sur cette situation ?
Tout d'abord, je suis très satisfait du reportage que vous venez de montrer. Je souhaiterais par contre qu'il y
en
a beaucoup plus souvent, beaucoup plus fréquemment.
C
'est vrai que l'ensemble de l'opinion et nous-mêmes en tant que simples citoyens nous sommes alertés par ce problème de grand froid parce que nous-mêmes en sortant dans la rue on voit bien qu'il fait beaucoup plus froid que d'ordinaire et on s'imagine si nous étions obligés de dormir dans la rue. Et donc nous sommes conscients de cela sauf que indépendamment de la période de grand froid l'an passé il
y a
eu 400 morts dans la rue. Il y a de plus en plus d'enfants également, des familles, souvent des femmes seules avec enfants.
Et
donc sur cette question des enfants, vous parliez du rapport que j'avais laboré en 2014, j'avais suggéré qu'il y ait un 115, un numéro spécial lorsqu'on voit un enfant dans la rue et ça, ça concerne le secteur associatif, les associations qui font un travail absolument formidable mais également chacun d'entre nous d'avoir le réflexe d'intervenir auprès de ceux qui sont sans abri et surtout lorsqu'il y a un enfant. Et parfois on n'a pas ce réflexe-là.
J'avais été frappé dans différentes auditions sur le fait que les personnes que nous rencontrons qui sont sans abri sont en difficulté financière, certes, mais ce qu'elles demandent aussi indépendamment des finances et du respect, c'est qu'on leur parle, c'est qu'on s'adresse à eux comme on peut s'adresser à n'importe qui. Et donc ce sont des hommes et des femmes, des enfants, des êtres humains, il faut que nous leur parlions, que nous prenions le temps de discuter parce que ce qu'ils souhaitent également indépendamment des questions financières et d'hébergement qui sont considérablement importants, c'est aussi le respect.
On
leur doit le respect quelle que soit la situation déficit dans laquelle ils se trouvent, c'est ce qu'ils demandent.
Agnès Kénaï, malgré les engagements répétés des politiques, plus de 140 000 personnes restent toujours sans domicile, c'est un chiffre en constante augmentation, plus de 44% ces dernières années. On a dit que ce problème est mis en lumière par cette vague de froid qui frappe la France mais pour les associations ce n'est pas le froid qui tue, c'est bien la rue. Vous évoquiez le chiffre de 400 morts, certaines associations ont recensé en 2015 510 morts. Est-ce que ce problème n
'est
pas suffisamment pris en compte par justement les politiques et notamment à l'approche de l'élection présidentielle
?
Effectivement, on voit aujourd'hui qu'avec la vague de froid intense qui s'abat sur notre pays, il y a une agitation un peu autour de cette question des sans-domicile fixe et de l'accueil d'urgence des sans-domicile fixe. Cependant, quand on connaît bien ce sujet-là et qu'on s'en occupe quotidiennement, on se rend compte que c'est une question qui ne relève pas simplement des grands moments et des pics de grand froid.
Les personnes sans-domicile fixe, elles sont souvent sans-domicile fixe toute l'année et elles souffrent de ces situations tout au long de l'année même si effectivement c'est accentué au moment des très grands froids et que la prise en charge doit être à ce moment-là absolue pour faire en sorte que personne ne soit laissé à la porte et ne soit laissé dehors. Donc aujourd'hui, on voit bien que ce qu'il est essentiel de mettre en place, ce n
'est
pas une action et une réaction au moment de l'urgence, au moment des grands froids, mais c'est bien une prise en charge plus pérenne, plus continue, plus cohorte. c
'est que je suis
la alternative,
Manuel Valls