Eva Joly
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %
Questions et réponses
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- 0:09OuverteRéponse partielle
Pourquoi Eva Joly avoir terminé cette campagne présidentielle avec la tenue, les accents du procureur portant non pas des accusations mais des jugements parfois sur des affaires qui sont en cours d'instruction ?
- 1:58RelanceRéponse directe
Dans les lettres mortes, dites-vous, il y a des juges qui poursuivent cette enquête à Bordeaux.
- 2:23FerméeRéponse directe
Vous continuez d'affirmer que la présidence de Nicolas Sarkozy était illégitime, Eva Jolie ?
- 2:50FerméeRéponse directe
Les revenus et la fortune de Nicolas Sarkozy sont suspects à vos yeux ?
- 3:11RelanceÉludée
Formuler telles accusations sans preuve vous semble admissible.
- 3:47OuverteRéponse partielle
Et donc, pour les faits que vous décrivez, Nicolas Sarkozy peut être soupçonné de quel délit en particulier ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:25Invité politiqueFait
« L'exigence de transparence de notre démocratie est telle aujourd'hui que lorsque vous briguez le plus haut mandat du pays, lorsque vous prétendez un nouveau mandat, vous devez répondre aux questions de l'origine de votre fortune et de vos revenus. »
- 1:04Invité politiqueFait
« Les enquêtes démontrent parce que depuis les écoutes effectuées chez Bettencourt, les éléments que cela nous a fait connaître, lorsque tous ces éléments sont confirmés les unes après les autres par des témoignages et par des mouvements de fonds, cela pose question et nécessite que Nicolas Sarkozy s'explique. »
- 1:28Invité politiqueFait
« Il ne peut pas se cacher derrière le statut de chef d'État alors qu'il est candidat. »
- 2:40Invité politiqueFait
« J'ai dit qu'avec les suspensions qu'il y avait sur l'achat de l'appartement ailleurs, dans la démocratie exigeante et transparente, il n'aurait pas été élu. »
- 2:54Invité politiqueFait
« Il était dans une situation de conflit d'intérêt absolu, lorsqu'il achetait l'appartement Île-de-la-Jatte. »
- 3:24Invité politiqueChiffre
« Et aujourd'hui, nous savons que ces déclarations sont fausses. Parce qu'il avait prétendu avoir eu 3 millions de francs de prêts de l'Assemblée nationale, alors qu'il n'était possible pour lui d'obtenir un prêt qui est de 1,6 million. »
- 3:37Invité politiqueFait
« Cela a été confirmé par le président de l'Assemblée nationale. »
- 4:28Invité politiqueFait
« C'est le respect dû à la résistance civile et civique. Nous sommes malades des pesticides. Nous sommes malades des OGM. »
- 5:14Invité politiqueFait
« Est-ce que nous devons attendre des décisions de justice avant de dire que c'est complètement anormal que les agences de sécurité sanitaire n'ont pas réagi plus tôt ? »
- 6:54Invité politiqueFait
« Mais c'est l'ensemble de la carrière de Total. Vous n'ignorez pas qu'ils sont mis en cause dans l'affaire pétrole contre nourriture, pour l'Irak par exemple. »
- 7:15Invité politiqueFait
« Vous n'ignorez pas leur rôle en Birmanie, vous n'ignorez pas leur rôle dans beaucoup de pays africains, les faits qu'ils ont utilisé la corruption par exemple. »
- 7:35Invité politiqueFait
« Ce que je veux dire, c'est que les crimes contre l'environnement aujourd'hui sont très largement impunis. »
- 7:54Invité politiqueFait
« et qu'on a décidé qu'il s'était responsable du préjudice écologique, la dignité, ce qui aurait été bien et digne, c'était d'accepter cette décision construite par des très bons magistrats de la Cour d'appel de Paris. »
- 8:35Invité politiqueFait
« Et ça fait maintenant 30 ans que les grandes compagnies, que ce soit chimiques ou pétroliers, utilisent des bateaux immatriculés dans les paradis fiscaux, qui sont des trous noirs de la réglementation, qui ne respectent rien. »
- 11:17Invité politiqueFait
« Je pense que le partage des richesses entre le Nord et le Sud est très inégalitaire. »
Temps de parole
- Eva Joly80 %
- Présentateur19 %
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Élection présidentielle. Premier tour, J-2. Le prochain président de la République vous répond sur France Inter.
Eva Jolie est donc l'invité de France Inter jusqu'à 9h. Pourquoi Eva Jolie avoir terminé cette campagne présidentielle avec la tenue, les accents du procureur portant non pas des accusations mais des jugements parfois sur des affaires qui sont en cours d'instruction ?
Je fais ça en tant que femme politique et en tant que citoyenne. L'exigence de transparence de notre démocratie est telle aujourd'hui que lorsque vous briguez le plus haut mandat du pays, lorsque vous prétendez un nouveau mandat, vous devez répondre aux questions de l'origine de votre fortune et de vos revenus. C'est une obligation. Et lorsque il est sur la table le fait qu'il y a des mensonges et des erreurs et des omissions, lorsqu'il y a des enquêtes en cours qui démontrent avec des éléments précis et concordants, qui démontrent.
Les enquêtes démontrent parce que depuis les écoutes effectuées chez Bettencourt, les éléments que cela nous a fait connaître, lorsque tous ces éléments sont confirmés les unes après les autres par des témoignages et par des mouvements de fonds, cela pose question et nécessite que Nicolas Sarkozy s'explique. Il ne peut pas se cacher derrière le statut de chef d'État alors qu'il est candidat. Vous êtes allé plus loin, Eva Jolie, vous êtes allé plus loin que la demande d'explication. Je suis la seule à le faire et c'est ça qui est étonnant. C'est étonnant que toute l'enquête qui avait été faite par Mediapart, qui est accessible à tout le monde, restait en lettres mortes.
Et lorsque Nicolas Sarkozy était interrogé sur ces questions, il pouvait s'en tirer avec une pirouette, il refusait de répondre.
Dans les lettres mortes, dites-vous, il y a des juges qui poursuivent cette enquête à Bordeaux.
Oui, mais vous savez bien que le statut pénal du chef d'État fait que si Nicolas Sarkozy a un deuxième mandat, il y a l'immunité totale. Cela ferait que les enquêtes ne pourront aboutir que d'un très long temps. Et donc là, il y a une exigence politique, une exigence démocratique. Nous devons évoluer sur ce point-là.
Vous continuez d'affirmer que la présidence de Nicolas Sarkozy était illégitime, Eva Jolie ?
Avec ce que nous savons aujourd'hui, et moi, je voudrais souligner que je l'ai dit dès 2007, je l'ai dit dans un interview Novelops, que vous pouvez voir sur Dailymotion. J'ai dit qu'avec les suspensions qu'il y avait sur l'achat de l'appartement ailleurs, dans la démocratie exigeante et transparente, il n'aurait pas été élu.
Les revenus et la fortune de Nicolas Sarkozy sont suspects à vos yeux ?
Il était dans une situation de conflit d'intérêt absolu, lorsqu'il achetait l'appartement Île-de-la-Jatte. Parce qu'il l'a acheté au développeur de Neuilly, dont il était le maire depuis très longtemps. Donc une situation dangereuse, qui nécessite une très grande transparence.
Formuler telles accusations sans preuve vous semble admissible.
Mais ce n'est pas sans preuve.
Où sont-elles les preuves ?
Ce n'est pas sans preuve. Mais parce que notre système est tel qu'il doit déclarer comment il a financé cet appartement. Et aujourd'hui, nous savons que ces déclarations sont fausses. Parce qu'il avait prétendu avoir eu 3 millions de francs de prêts de l'Assemblée nationale, alors qu'il n'était possible pour lui d'obtenir un prêt qui est de 1,6 million. Cela a été confirmé par le président de l'Assemblée nationale. Donc aujourd'hui, ces éléments sont sur la table et elles impressionnent l'intelligence des citoyens.
Et donc, pour les faits que vous décrivez, Nicolas Sarkozy peut être soupçonné de quel délit en particulier ?
Mais ce n'est pas moi de qualifier. Moi, je dis que ces éléments-là sont tels qu'il doit, avant la fin de la campagne, dire exactement comment il a financé l'appartement lorsqu'il l'a acheté. C'est une exigence minimale démocratique.
Servir la justice ou l'idée d'une république irréprochable, est-ce que ce n'est pas d'abord aussi respecter les décisions de justice quand vous affirmez par exemple que José Bové et les faucheurs volontaires sont injustement condamnés ? Où est la logique ?
C'est le respect dû à la résistance civile et civique. Nous sommes malades des pesticides. Nous sommes malades des OGM. Il y a de telles pressions des lobbies et les questions de santé publique, la question de la qualité de notre alimentation n'est pas au centre des débats. Et lorsque José Bové prend des risques pour lui, pour sa santé et pour sa liberté, c'est admirable.
Bon, donc la justice c'est quand les décisions vous plaisent et quand ça ne vous plaît pas, la justice passe derrière ?
Écoutez, prenez le cas de Servier, laboratoire implanté à NUI, membres du premier cercle et les médiateurs. Est-ce que nous devons attendre des décisions de justice avant de dire que c'est complètement anormal que les agences de sécurité sanitaire n'ont pas réagi plus tôt ? Moi je pense que nos voix, les voix des écologistes qui exigent la transparence, qui exigent d'aller au-delà de l'apparence, nous sommes extraordinairement importantes pour la qualité de la santé et de la vie publique de notre pays.
Pardon, mais j'y reviens, quand une décision ne vous plaît pas comme celle de la cour d'appel de Poitiers qui condamne José Bové et les faucheurs volontaires, vous dites quoi ? Vous dites que c'est une décision politique, que la justice n'a pas été rendue ?
Pas du tout, je ne dis pas que c'est une décision politique. Nous avons la chance en France d'avoir des juges de siège qui ne sont pas corrompus, qui sont techniquement bons. simplement les textes et le fait que José Bové ait eu recours à des actions spectaculaires pour attirer l'attention sur un problème de santé publique fondamental qui est noyé sous la pression des lobbies, mais c'est remarquable. Et bon, il a fait aussi, du fait d'aller en prison, de servir sa peine, il a fait des atouts, et si aujourd'hui nous avons un moratoire sur les OGM, c'est beaucoup grâce à José Bové, à son action. Donc il faut lui dire merci.
Autre dossier, autre cible, le groupe pétrolier Total. Qu'est-ce qui vous permet, Eva Jolie, d'affirmer que Total est une entreprise criminelle, que son directeur Christophe de Margerie est un criminel, vous le traitez de Madov de l'environnement, et qu'il mérite la Cour pénale internationale ?
Mais c'est l'ensemble de la carrière de Total. Vous n'ignorez pas qu'ils sont mis en cause dans l'affaire pétrole contre nourriture, pour l'Irak par exemple.
Oui, c'est une mise en examen qui est toujours là.
Mais qui résulte de l'enquête de l'ONU à l'époque. Vous n'ignorez pas leur rôle en Birmanie, vous n'ignorez pas leur rôle dans beaucoup de pays africains, les faits qu'ils ont utilisé la corruption par exemple, ce n'est pas une surprise.
Ça suffit pour dire que c'est une entreprise criminelle ?
Ce que je veux dire, c'est que les crimes contre l'environnement aujourd'hui sont très largement impunis. Et c'est cette impunité-là contre laquelle je me bats.
Et lorsque Total a été condamné par la Cour d'appel de Paris
à dédommager, et qu'on a décidé qu'il s'était responsable du préjudice écologique, la dignité, ce qui aurait été bien et digne, c'était d'accepter cette décision construite par des très bons magistrats de la Cour d'appel de Paris.
Ils ont accepté les indemnisations, qui ne sont pas mises en cause.
Mais c'est justement, c'est ça qui est extraordinairement pervers. Parce que du coup, devant la Cour de cassation, il n'y a plus de parti civil. Mais pour l'avenir, c'est tellement important. Parce que si la Cour de cassation revient sur la responsabilité de Total, ça veut dire qu'ils reviennent sur la responsabilité de tous les affraiteurs de la Terre.
Et ça fait maintenant 30 ans que les grandes compagnies, que ce soit chimiques ou pétroliers, utilisent des bateaux immatriculés dans les paradis fiscaux, qui sont des trous noirs de la réglementation, qui ne respectent rien, qui ne respectent pas la sécurité de l'équipage, et donc qui s'échouent régulièrement parce que ce sont des bateaux poubelles. Donc il faut bien comprendre l'enjeu. L'accord de cassation ne s'est pas encore prononcé.
C'est l'avocat général qui a pris des réquisitions.
Il faut bien comprendre qu'il y a là un enjeu fondamental pour l'écologie. Et que si la cour de cassation cède aux sirènes qui leur est proposées par l'avocat général, c'est une régression colossale. Ça veut dire que tous les affraiteurs sont de nouveau irresponsables et peuvent continuer à utiliser les bateaux poubelles immatriculés dans les paradis fiscaux. Les sirènes, vous voulez dire quoi ? Qu'il est sous influence l'avocat général ? Que je ne veux pas. Je veux que nous gardions la décision de la cour d'appel de Paris qui est excellente et qui préserve nos intérêts collectifs.
Si cette décision était maintenue, ça veut dire que tous les affraiteurs de la terre, lorsqu'ils passent près de nos côtes, savent qu'ils sont responsables. Et ça veut dire qu'ils feront attention, qu'ils utiliseraient des bateaux à double corps.
Qui règne de l'avocat général ? Ça veut dire qu'il est sous influence, cet avocat général, Eva Jolie ?
La cour de cassation est construite avec un procureur général et avec des avocats généraux. Dans le texte, ces avocats généraux sont indépendants. Mais dans ce cas-là, pourquoi est-ce que nous avons un procureur général qui a autorité sur toute la cour de cassation ? Il y a d'autres juridictions...
Il a fait savoir qu'il n'avait absolument aucune instruction à l'avocat général, Jean-Claude Marat.
Absolument, il l'a fait savoir, il a rappelé la règle. Mais on ne peut pas oublier qui il est, le procureur général de la cour de cassation. C'est l'homme qui est monté à l'audience pour Claire Stream contre Dominique de Villepin dans une petite affaire, si je peux dire, judiciairement. Il n'est pas monté sur l'affaire Erika. Donc, on ne peut pas oublier qui il est. On parle de Jean-Claude Marat. On ne peut pas oublier que cela fait 5 ans que les nominations de la justice ne sont pas nécessairement faites uniquement en fonction de la qualité professionnelle des magistrats.
Pour Total, un mot sur Total encore, pardon Eva Jolie.
Un vrai enjeu, et qu'on voit bien dans cette situation-là combien l'impunité est dangereuse pour l'environnement.
Un mot sur Total encore. Vous parlez dans cette tribune publiée dans Le Monde il y a une semaine de pillage des matières premières. C'est-à-dire que vous pensez que Total devrait payer son pétrole plus cher ?
Je pense que le partage des richesses entre le Nord et le Sud est très inégalitaire.
Ils comprennent sur le pétrole ?
Moins sur le pétrole que pour d'autres matières premières. Mais il y a le fait qu'on ne donne pas aux pays qui possèdent la ressource, la matière première, leur juste part dans les ressources naturelles.
Eva Jolie, invitée de France Inter jusqu'à 9h. On vous retrouve dans quelques minutes avec les questions des auditeurs de France Inter. Il est 8h31 et c'est l'heure de la revue de presse.
Eva Joly