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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 5 novembre 2017 12 min

Yannick Jadot : "En matière d'écologie, la société est en avance sur la politique"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Le 6-9 du week-end, Éric Delvaux, sur France Inter. Bonjour Yannick Jadot, député européen Europe Écologie-Les Verts, ancien candidat qui a finalement retiré sa candidature écologiste à la dernière élection présidentielle. Demain donc débutera la COP 23 à Bonn, 200 pays réunis, deux ans après l'euphorie de l'accord de Paris. Désormais les rapports d'experts disent que les objectifs de la COP 21 sont déjà dans les choux. Quelles ambitions attendez-vous Yannick Jadot de ce grand rout international à partir de demain en Allemagne ?

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Yannick Jadot

C'est une COP intermédiaire au sens où, après l'accord de Paris qui a fixé un objectif ambitieux, sérieux, de limiter le dérèglement climatique à moins de 2 degrés, On doit mettre en place aussi les méthodes pour faire en sorte que toutes les politiques climatiques des États membres des Nations Unies soient comparables, compatibles, qu'on puisse les évaluer.

1:00
Présentateur

Aujourd'hui elles ne sont pas compatibles les différentes politiques écologistes ?

1:03
Yannick Jadot

Vous n'avez pas de méthode commune pour évaluer et les politiques climatiques qui sont mises en place et leurs effets. Mais l'accord de Paris c'est deux choses. C'est un objectif ambitieux de réduire à moins de 2 degrés le réchauffement climatique. Avec un calendrier ? Avec un calendrier, surtout avant la fin du siècle. C'est ça le calendrier, donc ça laisse quand même beaucoup de marge. Mais la deuxième chose qui commence à réapparaître enfin, c'est que l'accord de Paris, ce sont des engagements des États, mais des engagements des États sur des politiques climatiques qui sont totalement insuffisantes.

Les engagements qui ont été posés par les différents pays à Paris il y a deux ans nous amènent à un réchauffement climatique de 3 voire 4 degrés. On est dans l'emballement climatique le plus dévastateur et donc là on est dans le système des Nations Unies à faire de la diplomatie climatique, des grands discours, des méthodes communes, un processus onusien forcément lourd. Mais l'enjeu réel c'est l'action climatique que mettent en œuvre les États. On a des citoyens qui sont aujourd'hui conscientisés, qui veulent agir. On a des entreprises qui innovent, qui sur tous nos territoires essayent de créer l'économie climatique de demain.

On a, y compris en lien avec des fonderies, de la plasturgie, toute l'économie de l'énergie renouvelable, c'est passionnant et c'est très large. On a des villes, on a des États, mais globalement, les États sont encore prisonniers des lobbies qui sont là depuis des décennies. Les lobbies du pétrole, les lobbies du gaz, les lobbies du charbon, le lobby du nucléaire. Le lobby du diesel, le lobby des pesticides. Et tout ça ralentit terriblement l'action des États.

2:48
Présentateur

Vous accusez justement le gouvernement français de mener une opération de sabotage pour ne pas atteindre des objectifs européens de 27% d'énergie renouvelable en 2030. Où est le sabotage du gouvernement français là-dedans ?

3:02
Yannick Jadot

Typiquement, la France qui, depuis très longtemps, défend son nucléaire, qui est aujourd'hui quand même terriblement en faillite, la réduction du déficit de l'État, c'est 15 milliards. C'est à peu près ce qu'on a mis dans le nucléaire en termes d'argent public. Certains disent pour sauver le nucléaire. Non, parce que là, il est en faillite totale. Vous ne sauvez pas, vous mettez ça dans un puissant fond. C'est l'équivalent d'argent public que les contribuables ont mis dans le nucléaire.

Et finalement, la France, au niveau européen, en dépit de ses discours, s'allie avec la Pologne du charbon, une Pologne quasiment climato-sceptique, pour faire reculer au maximum notre ambition collective en matière d'énergie renouvelable, justement, nous, pour sauver le nucléaire, les Polonais, pour sauver le charbon. Et ça, ça ne peut pas être à la hauteur. Vous avez une France, aujourd'hui, qui se bat pour réduire cette ambition-là, plutôt que de rattraper son retard.

3:55
Présentateur

Ce que propose la France, c'est d'établir un calendrier des étapes intermédiaires pour ne pas attendre 2030 et se rendre compte un peu tard qu'on n'a pas rempli les objectifs. Ça vous pose un souci, ces étapes intermédiaires ?

4:05
Yannick Jadot

Non, les étapes intermédiaires, évidemment, il faut des étapes de suivi de ces engagements. Le problème, c'est qu'il y a encore quelques semaines, la France voulait que ces étapes intermédiaires, ce soit 2027, donc juste avant la fin, quasiment, de la période sur laquelle on doit s'engager.

Encore une fois, s'il devait y avoir, par exemple, un beau projet européen que devrait porter Emmanuel Macron, c'est ce que j'appelle, moi, la Communauté Européenne de la Transition Énergétique, où on construirait la COMET, Communauté Européenne de la Transition Énergétique, où on construirait avec nos partenaires européens des partenariats industriels, partenariats des collectivités, partenariats des citoyens, partenariats de recherche, autour de cette transition énergétique. Parce que cette transition énergétique, c'est évidemment lutter contre un désastre possible de l'emballement climatique, mais c'est des emplois sur tous nos territoires.

La transition énergétique, c'est des artisans, des ingénieurs, des architectes, du bâtiment sur tous nos territoires. Ce sont des PME sur tous nos territoires. Et c'est dépendre, pardonnez-moi, c'est dépendre du vent, du soleil, de la mer, de la géothermie, toute énergie gratuite, plutôt que de dépendre de Poutine, ou des pétro-monarchies du Golfe, qui, de fait de notre addiction au pétrole, exportent une vision fascisante de la religion. C'est quand même vachement mieux de dépendre du soleil que de dépendre de Poutine.

5:25
Présentateur

Quand vous parlez de l'écologie au quotidien, vous avez le sentiment que, finalement, les citoyens sont en avance sur les politiques ?

5:30
Yannick Jadot

La société, aujourd'hui, est incroyablement en avance sur la politique. Ça, c'est vrai, et particulièrement sur les gouvernements. Et c'est aussi pour ça qu'il faut une force de l'écologie politique. Il y a 10-15 ans, on attendait des gouvernements qui prennent le leadership de la société sur ces sujets-là. Aujourd'hui, la société a avancé. Les villes ont des programmes, parfois passionnants, de transition énergétique, de réduction de la pollution de l'air, de remettre de la nature dans les villes, d'avoir des transports collectifs qui, aussi, font société en ville.

Mais c'est vrai que les gouvernements, trop souvent, sont encore dans le vieux monde parce qu'à Bercy, à Matignon, à l'Elysée, ce ne sont pas les PME qui viennent faire du lobby, ce ne sont pas les coopératives de citoyens, ce ne sont pas les villes, c'est Engie, c'est Total, c'est EDF, c'est Areva, c'est PSA ou Renault, encore une fois sur le diesel.

6:20
Présentateur

Yannick Jadot, sur le dossier écologiste du glyphosate, vous avez jugé scandaleuse la proposition de la Commission européenne de renouveler ce glyphosate herbicide hautement contesté. Aujourd'hui, dans le dossier qui patine, qu'attendez-vous du gouvernement français ?

6:35
Yannick Jadot

Le gouvernement français, depuis le début, a une mauvaise position qui consiste, finalement, à jouer d'un renouvellement de l'autorisation du glyphosate alors que des études indépendantes, y compris liées à l'OMS, disent que c'est un cancer hygiène probable, que des milliers d'agriculteurs européens portent plainte contre Monsanto parce qu'ils ont développé des cancers du sang, que ça met l'agriculture dans une impasse extraordinaire. La position du gouvernement qui va vers le renouvellement, ce qui veut dire que le bazar qu'on a eu ces derniers mois, on recommence dans 3 ans, dans 5 ans, dans 7 ans, est une mauvaise position.

7:10
Présentateur

Sauf que Nicolas Hulot, il propose de renouveler assez peu, 2 ou 3 ans, le temps que les agriculteurs se retournent, alors que le ministre de l'agriculture va beaucoup plus loin.

7:18
Yannick Jadot

Sauf que, pardonnez-moi, vous renouvelez pour 3 ans, et dans 3 ans, de nouveau, on a le débat sur un processus d'autorisation avec les mêmes lobbies. 80% des Français ne veulent plus du glyphosate. Vous avez Monsanto qui a été pris en flagrant délit de fraude scientifique. C'est eux qui ont inventé le glyphosate, ils sont en flagrant délit de fraude scientifique. Mais aujourd'hui, la position du gouvernement français, et on l'appuie avec une étude du cabinet Lepage, une étude juridique, doit renvoyer aussi la responsabilité à la Commission européenne. Parce que la Commission européenne se lave les mains en disant « Responsabilité aux États, débrouillez-vous ».

Les États, aujourd'hui, ne sont pas à la hauteur. Mais la Commission européenne a la responsabilité de protéger la santé des Européens. Et la seule position valable de la Commission européenne, c'est l'interdiction du glyphosate dans un mois et demi. Il y a toujours une période de grâce pour gérer les stocks, utiliser ce qu'il y a de 18 mois. C'est un enjeu majeur de santé publique. On ne peut pas continuer à polluer nos organismes, qui sont rongés par le glyphosate, polluer l'environnement, mettre l'agriculture dans une impasse extraordinaire de cette perfusion de la chimie. Et voilà, c'est ça qu'on attend de Nicolas Hulot et du gouvernement.

C'est pour ça aussi que, moi j'attends de Nicolas Hulot qui pose un peu plus les choses durement sur la table. Ce n'est pas possible que sur ce dossier-là, ce soit Stéphane Travers, qui est une sorte de collaborateur de la FNSEA dans ce dossier depuis qu'il est arrivé au gouvernement, gagner sur le glyphosate. C'est notre santé qui est en jeu. C'est la survie de nos paysans. C'est la protection de la planète. On attend quelque chose de beaucoup plus radical quand il s'agit de notre santé.

8:59
Présentateur

Et sur quel argument se fonde le cabinet d'études Lepage pour conclure à l'obligation d'interdire le glyphosate ?

9:06
Yannick Jadot

Les règlements européens font que, un, la Commission européenne doit, quand il y a des risques avérés pour la santé, appliquer le principe de précaution, protéger notre santé. La Commission européenne, vous savez, le Parlement européen a fermé ses portes à Monsanto. Interdiction pour tout lobbyiste de Monsanto de venir au Parlement européen. À la Commission européenne, ses portes ouvertes tous les jours et open bar. Ils ont laissé Monsanto pourrir les décisions européennes, gangréner nos agences de sécurité alimentaire. La Commission européenne est en faute à chaque étape de cette autorisation.

Donc, que la France impose à la Commission européenne, avec leurs collègues européens, de dire que la seule chose qu'on attend, c'est un plan de sortie du glyphosate. Pas de renouvellement, plan de sortie, interdiction. Vous avez été témoin, vous-même, du lobbying de Monsanto au Parlement européen ? Mais ils invitent en permanence les parlementaires européens ? Si vous avez envie de bien manger à Bruxelles ou à Strasbourg, mais répondez aux invitations de Monsanto. Ils sont là en permanence, en train à la fois de menacer, quand il s'agit des intérêts industriels allemands notamment, puisque Monsanto est racheté par Bayer.

Ils sont là à faire sponsoriser beaucoup d'experts partout, qu'on retrouve dans les agences dites publiques de sécurité alimentaire. Donc il y a tellement de fautes de la part de Monsanto, tellement de fautes de la part de la Commission européenne, qu'il n'y a qu'une solution aujourd'hui pour redonner confiance entre les citoyens européens et l'Europe, c'est l'interdiction du glyphosate.

10:39
Présentateur

Yannick Jadot, on va reprendre cette interview après la revue de presse de Stéphane Le Neuf, et puis nous serons rejoints ensuite par l'explorateur scientifique Jean-Louis Etienne, pour parler de son projet de navire océanographique autour de l'Antarctique. Polarpod, on en reparle dans un instant. Sans oublier donc les questions des auditeurs, vous pouvez appeler les auditeurs dès maintenant, nos deux invités ce matin. Yannick Jadot, Jean-Louis Etienne, vous appelez le 01 45 24 7000. A tout de suite. Sous-titrage Société Radio-Canada