Procès des attentats du 13-Novembre, menace terroriste, Afghanistan... Le "8h30 franceinfo" de François Hollande
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Bonjour François Hollande. Bonjour. Historique, hors normes, gigantesque, c'est le procès de tous les superlatifs qui va débuter tout à l'heure à Paris pour juger les responsables présumés des attentats du 13 novembre 2015. Vous irez témoigner vous-même dans deux mois à la demande d'une association de victimes. Est-ce que vous avez hésité avant de leur répondre oui ?
J'ai attendu parce que c'était une décision qui devait s'inscrire dans le cadre d'un procès et qu'il ne fallait pas qu'il y ait une forme d'interférence d'une personnalité politique, en l'occurrence la personne qui était à la tête de l'État. Et dès lors que j'ai eu cette certitude que c'était une volonté des victimes, parce que moi ce qui m'a importé toujours c'est d'être aux côtés des victimes, celles qui ont souffert, celles qui aujourd'hui demandent justice, parce que c'est le procès qui est organisé pour les victimes, bien sûr, pour juger des accusés. Vous irez dans quel état d'esprit témoigner au procès ?
Pour répondre à toutes les questions qui me seront posées, à la fois sur ce qu'était la situation internationale et notamment ce qui se produisait en Syrie et en Irak, quelle était l'action de la France et pourquoi avait-elle lancé des opérations contre les terroristes islamistes dans cette région, comme d'ailleurs avant au Sahel. Je répondrai à toutes les questions sur ce qu'ont été mes décisions pendant cette nuit terrible. Je répondrai aussi aux questions, si elles me sont posées, sur ce qu'étaient nos informations, pourquoi tel ou tel individu, si je peux donner cette réponse.
Sur les failles éventuelles ?
Sur tout ce que les victimes, tout ce que ceux qui ont souffert et continuent de souffrir demanderont.
Vous avez vous-même, est-ce qu'aujourd'hui vous vous dites, j'ai moi-même sous-estimé la menace à l'époque ?
Non. Si j'avais sous-estimé la menace, je n'aurais pas décidé de l'intervention de la France au Mali dès le début de l'année 2013. Si j'avais sous-estimé la menace, je n'aurais pas agi comme je l'ai fait pour que la France soit membre de la coalition internationale contre Daesh en Irak et en Syrie. Et en plus, si j'avais sous-estimé la menace avec les gouvernements de l'époque, je n'aurais pas fait voter un certain nombre de lois, sur le renseignement notamment, puisqu'il y avait là beaucoup de retard qui avait été pris.
Est-ce que les questions des failles des renseignements français sont soulevées aujourd'hui avec ce procès ? On rappelle que tous les membres français des commandos étaient fichés. François Hollande ?
Vous savez, quand un attentat est déjoué, personne ne vient féliciter les services de renseignement. Et durant mon mandat, nous avons déjoué beaucoup d'attentats. Encore avant celui des terrasses du Stade de France et du Bataclan, il y a eu l'attaque du Thalys, par exemple. Et on sait maintenant que c'était un membre de ce réseau. Oui, alors quand un attentat se produit, et celui-là, d'une telle gravité, d'une telle ampleur, la question est légitime. Est-ce que les services ne sont pas passés à côté ? Non, ils ne sont pas passés à côté. Abaoud, notamment, était identifié comme celui qui préparait en Syrie...
Et recherché par toutes les polices, ce qui ne l'a pas empêché d'arriver.
Alors, Abaoud était identifié comme celui qui, notamment en Syrie, préparait les attentats, formait les opérateurs monstrueux de ces attentats. C'est vrai qu'il est arrivé en Europe, et ça, les services de toute l'Europe sont passés à côté.
Il y a un homme qui sera scruté, surveillé plus particulièrement pendant ce procès, c'est Salah Abdeslam, le seul survivant des commandos terroristes. On ne sait pas si ce soir-là, il a finalement renoncé à faire exploser sa ceinture ou si elle n'a pas fonctionné. Ce sera l'un des enjeux, en quelque sorte, de ce procès. Est-ce que vous souhaitez que cet homme soit jugé en sa présence, sachant qu'il a la possibilité de ne pas quitter sa cellule ? On ne le verra peut-être pas, on ne l'entendra peut-être pas, puisqu'il ne parle pas depuis deux ans et demi. Et s'il vient, est-ce que vous souhaitez le regarder au fond des yeux ?
D'abord, un procès, je l'ai dit, il sert à ce que les victimes puissent s'exprimer, poser des questions à tous les témoins, et bien sûr aux accusés, par le biais de leurs avocats. Un procès, dans un pays démocratique comme le nôtre, c'est la seule réponse qui vaille, y compris face à des terroristes de cette envergure et à des personnes qui ont commis l'irréparable et qui sont apparues comme des barbares. Et donc, notre réponse, elle doit se tenir dans le cadre démocratique. Abdeslam, il a un avocat, il pourra s'exprimer. Et c'est de sa responsabilité de le faire.
Il y aurait une forme de lâcheté pour lui à ne pas venir ?
Parce qu'il doit parler aux victimes. Et s'il ne parle pas, ce n'est pas la faute du procès, ce n'est pas la faute des juges, ce n'est pas la faute des victimes qui ne font aucune pression. Mais il doit dire pourquoi il a commis ses actes, s'il a des regrets, quelle était sa participation. Et s'il ne dit rien, eh bien sa lâcheté sera encore plus grande que celle que l'on connaît aujourd'hui.
Sauf qu'on sait, François Hollande, lors des procès pour terrorisme, les auteurs ne s'expliquent jamais. Est-ce qu'il va être de toute manière décevant, ce procès pour les familles des victimes et les victimes elles-mêmes ?
Ce qui aurait été décevant, c'est qu'il n'y ait pas de procès. Aux Etats-Unis, il n'y a pas de procès aujourd'hui organisé par rapport à ceux qui ont commis ou été complices des attentats du 11 septembre. En France, nous avons voulu qu'il y ait un procès. Les victimes voulaient qu'il y ait un procès. Et dans le box des accusés, il n'y a pas des, si je puis dire, simplement des complices. Il y a des hommes qui ont été directement partie prenante de la préparation et de l'organisation de ces attentats.
Donc c'est très important qu'il y ait ce procès, à la fois pour que toutes les informations soient connues, pour que la vérité soit établie, pour qu'on comprenne mieux, et j'y contribuerai, ce qu'est l'enchaînement du processus terroriste. Qu'est-ce que c'était que Daesh en Syrie et en Irak ? Et pourquoi on a été frappés ? Pas simplement nous, la France, mais des pays d'Europe. Et comme je le dis souvent, Daesh frappe d'abord des pays où il y a des musulmans. Les premières victimes du terrorisme, ce sont les musulmans. Donc il faut comprendre ce qu'est cette organisation, qui a été éradiquée pour une grande part, mais qui continue d'agir. On en a eu encore une illustration en Afghanistan.
On va revenir dans quelques instants, si vous voulez bien, François Hollande, sur cette soirée, sur cette nuit du 13 novembre 2015. Les premiers instants après les premières déflagrations au Stade de France, où vous étiez, puis la très longue nuit au Bataclan, l'assaut qui est donné pour libérer les derniers des spectateurs qui étaient encore entre les mains des terroristes. On s'interrompt un tout petit instant à 8h40 pour le Filinfo, avec Mélanie Delaunay.
La justice se plonge pendant neuf mois dans la nuit d'horreur des attentats du 13 novembre 2015. L'audience s'ouvre à midi et demi à Paris, et Paris qui est placée sous haute surveillance. Des policiers filtrent les accès à proximité du palais de justice sur l'île de la Cité. La menace terroriste était encore plus élevée pendant cette période, pendant ce procès, souligne sur France Inter ce matin le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin. Dans les Hauts-de-Pyrénées, l'Isère, la Loire ou le Barin, ce n'est plus nécessaire de vous munir d'un pass sanitaire pour faire des courses dans les grands centres commerciaux. La mesure est levée dans 18 départements.
Elle est maintenue en revanche dans neuf autres, principalement autour de la Méditerranée. En Provence-Alpes-Côte d'Azur, la SNCF sur le point de perdre une première ligne TER, l'opérateur Transdef proposé par la région pour les trains entre Marseille et Nice. Les élus doivent le confirmer fin octobre. On a retrouvé la confiance, se réjouit Didier Deschamps, le sélectionneur après la première victoire des Bleus, après cinq matchs sans succès, 2-0 contre la Finlande hier soir, en qualification pour le Mondial de foot 2022.
François Hollande, si vous le voulez bien, on va revenir dans le passé.
Le 13 novembre au soir, vous assistez au match France-Allemagne dans les tribunes du Stade de France. Une première détonation résonne, un quart d'heure après le début du match. A quel moment, vous, sur place, vous savez ce qui se passe ?
Lors de la première détonation, j'ai la même interrogation que celles et ceux qui m'entourent. Est-ce que c'est un pétard ? Est-ce que c'est une bombe agricole ? Ou est-ce que c'est plus grave ? Lors de la deuxième détonation, je n'ai plus de doute. Il y a un acte terroriste, sans doute, qui vient de se produire. La chef de la sécurité me dit qu'il y a déjà un mort. Donc, je pense à ce moment-là que nous sommes devant une attaque localisée par rapport au Stade de France pour créer la panique. Mais très rapidement, je sors de la tribune officielle, je me rends dans le lieu où toute la sécurité est rassemblée.
Je suis informé par Bernard Cazeneuve et Emmanuel Valls des attaques qui se font sur les terrasses. Donc, je comprends qu'à ce moment-là, nous ne sommes plus devant un acte isolé d'un terroriste qui serait venu créer la panique, mais devant un acte qui va bientôt être un acte de guerre.
Et là, vous dites concernant les spectateurs du Stade de France, il faut à tout prix que la rencontre continue. Il faut que les spectateurs ne se rendent compte de rien. Parce que le risque, à ce moment précis, c'est qu'il y a un mouvement de foule, de panique, avec un bilan qui aurait pu être encore plus lourd. Il y a eu un mort dans l'explosion du kamikaze au Stade de France. Vous prenez la décision de brouiller les communications, les liaisons téléphones, Internet de l'ensemble des spectateurs du Stade pour ne pas qu'ils soient au courant de ce qui se passe à côté ?
Oui, parce que j'essaye d'interpréter, si c'est possible, ce qu'est l'intention du groupe terroriste. C'est de créer une panique puisqu'ils ne sont pas parvenus à rentrer dans le Stade. A partir de là, si les spectateurs voient que la tribune officielle se dégarnit rapidement, s'ils comprennent que le match va être interrompu, ils vont se poser la question par rapport aux détonations qui ont déjà été entendues. Donc je fais passer la consigne d'abord de brouiller les ondes et ensuite de faire en sorte que le match continue. La meilleure preuve, c'est que les joueurs ne seront pas informés de ce qui se passe et à l'extérieur du Stade et à Paris.
Et enfin, je demande à la mi-temps, à tous ceux qui sont dans la tribune officielle, de rester. Comme si de rien n'était. Comme si de rien n'était. Et de comprendre d'ailleurs qu'en restant dans le Stade de France, c'est la meilleure façon d'être en sécurité. Parce que j'avais une autre inquiétude. Il y avait votre fils dans les tribunes, il y avait l'un de vos enfants. Donc je lui dis, reste là, c'est là que tu es en lieu sûr. Parce que mon interrogation aussi, c'était de savoir s'il n'y avait pas un groupe terroriste qui attendait la fin du match ou... A la sortie. A la sortie.
Vous quittez le Stade de France dans la foulée, direction la cellule de crise du ministère de l'Intérieur. Où vous retrouvez donc le Premier ministre Manuel Valls et le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve. Comment vous procédez à ce moment-là pour gérer la situation ? Puisque c'est des attaques multiples.
Oui, il y a ce qui se passe au Bataclan, puisque c'est là qu'il y a encore des terroristes qui sont, hélas, en train de décimer et de frapper et de massacrer. Donc ce sont des décisions pour les neutraliser. Et puis il y a les secours qu'il faut organiser. Je dois saluer les services de secours. Nous savons maintenant qu'ils ont sauvé des vies, parce que tous ceux qui avaient été blessés ont pu, sauf deux, trois cas individuels, s'en sortir. Et puis je fais en sorte que nous puissions être sûrs qu'il n'y a pas d'autres terroristes, et il y en avait, qui puissent répéter des actes et des opérations.
J'ai aussi à prendre une décision sur l'état d'urgence, puisque la déclaration doit être prise en Conseil des ministres, et de fermer les frontières. Donc c'est une suite de décisions qui concernent à la fois la mise en sécurité, la prévention d'autres actes terroristes, et bien sûr les secours qui doivent être apportés.
Il y a ensuite François Hollande, une image qu'on a encore tous en tête de cette nuit-là, il est un peu plus de minuit, l'assaut vient tout juste d'être donné au Bataclan, et vous décidez de vous rendre sur place, dans la rue du Bataclan, vous la descendez avec vous, une partie du gouvernement, avec si j'ai bonne mémoire, Anne Hidalgo également, qui était là. A aucun moment vous ne vous êtes dit, il y a peut-être encore des terroristes dans le quartier, et je prends un risque absolument incroyable.
Les services de sécurité... Parce que c'est peut-être ce que veulent les terroristes. Les services de sécurité m'ont prévenu, m'ont dit, nous ne sommes pas sûrs qu'il n'y ait pas de terroristes qui soient encore dans les quartiers concernés, et notamment dans celui du Bataclan. C'était d'ailleurs la même précaution qui m'avait été donnée lorsque je m'étais rendu sur le site de Charlie Hebdo, quand la rédaction avait été décimée. Donc vous leur avez désobéi en quelque sorte ? Non, je n'aurais pas désobéi.
Je leur ai dit, nous devons donc prendre toutes les vigilances nécessaires, fermer un certain nombre d'accès, mais il ne faut surtout pas que nous puissions gêner par notre présence l'évacuation des victimes du Bataclan. C'était ma seule garantie que cette visite avait un sens. Mais si je n'étais pas venu, si le chef de l'État, au moment où il y avait ces images qui venaient, au moment où des journalistes faisaient leur travail, au moment où les services de secours évacuaient les blessés, si je n'étais pas venu avec les membres du gouvernement, la maire de Paris, les autorités administratives et judiciaires, qu'aurait-on dit ? Donc j'avais absolument besoin d'être là.
Et ces images, ces images resteront gravées toute ma vie dans ma mémoire. Quand j'ai vu ces femmes et ces hommes qui sortaient encore du Bataclan, les yeux agarres, entrelacés les uns les autres, qui me voyaient, j'allais dire, sans comprendre, ou plus exactement, effarés par ce qu'ils avaient vu, sidérés, il fallait que je les voie. Je n'avais pas besoin de rentrer dans le Bataclan. Ce n'était pas mon rôle. Vous avez hésité à le faire ? Non, on m'a proposé, on m'a dit, est-ce que vous... Non. J'ai dit ça, c'est le travail des services de secours. C'est le travail de la police de faire en sorte qu'il puisse y avoir la certitude qu'il n'y a pas d'autre risque.
Mais moi, je ne suis pas dans l'examen, dans la vision de scène d'horreur, même si j'ai prononcé ce mot. C'est une horreur. Ce qui s'est produit est une horreur. Et c'est pour ça que ce procès est si important pour les victimes.
Quand on voit l'horreur, M. le Président, on se dit surtout, quand on est président, on ne pleure pas.
On se dit qu'on ne pleure pas, mais l'émotion, elle est là. Et on essaye de la retenir parce que ça serait peut-être céder à ce que les terroristes veulent faire.
Mais quand les caméras ne sont plus là.
Mais quand les caméras sont éteintes et qu'on revient dans la solitude, parce qu'il y a aussi une part de solitude, vers 4h, 5h du matin à l'Elysée, on se pose une question, qu'est-ce que je peux faire encore ? Est-ce que je dois même dormir ? Et puis, est-ce que ce que nous venons de vivre change une société ? C'était ça ma crainte. Au-delà de l'émotion qui m'étreignait, au-delà de ce que j'avais vu des images de ces catastrophes et de ces tragédies, est-ce que la société française allait faire bloc ? Est-ce que nous allions être pris dans les surenchères ? Est-ce que nous allions nous diviser ? Est-ce qu'on allait stigmatiser une population ? Vous avez eu peur que ça craque ?
Oui, c'était ça ma crainte, à ce moment-là, au-delà de ce que nous devions faire immédiatement pour neutraliser les terroristes, et ce fut le cas quelques jours après. C'est-à-dire, qu'est-ce qui aurait pu se passer ? Ce qui aurait pu se passer, c'est une partie de la société qui appelle à la haine, qui vit vengeance, demande des mesures d'exception, que les politiques eux-mêmes se déchirent, et que nous ayons une fracture qui aurait été au plus grand bénéfice des terroristes. Qu'est-ce que cherchent les terroristes ?
Si on veut avoir une explication de leur, bien sûr, atteindre notre mode de vie, bien sûr, nous frapper parce que nous leur faisons la guerre, nous aussi, mais ce qu'ils veulent, c'est nous diviser. Et c'est pour ça que je suis fier, fier des Français, qui ne se sont pas divisés après les attentats contre Charlie, qui ne se sont pas divisés non plus après le 13 novembre.
La mesure d'exception, François Hollande, vous y avez quand même pensé, vous y avez pensé avec la déchéance de nationalité. C'était une erreur, vous le regrettez aujourd'hui ?
Au lendemain de ces attentats, ma volonté, c'était d'unir les Français. J'avais réuni les formations politiques, certaines demandaient à droite la déchéance de nationalité, qui existe dans notre droit, pour qu'elle soit élargie.
C'est pour les binationaux.
Aux binationaux, nés en France, puisque les binationaux sont déjà soumis à, lorsqu'il y a des délits terroristes, pas des crimes, pas seulement des crimes, des délits terroristes, à des déchéances de nationalité. Je voulais unir, et puis quelques semaines après, je constatais qu'à gauche, il y avait l'idée qu'on ne pouvait pas faire une distinction entre les Français binationaux et les autres, et qu'à droite, on ne voulait pas faire la révision constitutionnelle, parce qu'on souhaitait élargir, en définitive, la déchéance de nationalité. J'ai préféré retirer la mesure, parce que moi, ce que je voulais toujours, c'est l'unité.
Vous vous êtes piégé tout seul avec cette mesure ?
Non, je pense qu'elle a été, lorsqu'il y a eu ce congrès à Versailles, une des mesures qui ont permis que ça fasse bloc, à ce moment-là, dans la société politique. Mais un mois plus tard, ça n'était plus ce qui pouvait produire le consensus. Au contraire, ça a dégénéré en dissensus, et donc ça n'avait plus de sens. Ce n'était pas d'ailleurs une mesure qui était destinée à effrayer les terroristes. Pensez bien qu'on est le cas d'Abdeslam, que son sujet, ce n'est pas de savoir s'il va être déchu de la nationalité, alors qu'il est franco-marocain.
8h51, François Hollande est l'invité de France Info ce matin. Le Fil Info, Mélanie Delaunay.
C'est une épreuve nécessaire et terrible, disent les associations de victimes ce matin sur France Info. Le procès des attentats du 13 novembre 2015 s'ouvre à la mi-journée à Paris. 20 accusés sont jugés pour leur implication dans ces tueries, dont Salah Abdeslam, le seul membre des commandos encore en vie. Il doit parler aux victimes. S'il ne dit rien, sa lâcheté sera encore plus grande que celle qu'on connaît aujourd'hui, souligne François Hollande, l'ancien président de la République, invité du 830 France Info. À Marseille, deux morts dans des fusillades pendant la nuit. Un jeune homme tué par balle dans le premier arrondissement.
Un autre dans le 13e, où une trentaine de coups de feu ont été entendus. Le dépistage du sida en baisse de 22% à travers le monde, conséquence de l'épidémie de Covid, qui a un impact dévastateur, déplore le Fonds mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose. À l'US Open de tennis, le russe Daniel Melvedev, numéro 2 mondial, dans le dernier carré l'affrontera le canadien Félix Auger-Aliassime. Et puis 32 départements en vigilance orange aux orages, de l'Occitanie jusqu'à l'Île-de-France. Les orages qui ont déjà commencé à arriver par l'Ouest. France Info
Le 830 France Info, Salia Brakia, Marc Fauvel.
François Hollande, il y a 20 ans, les Etats-Unis faisaient face aussi à une attaque terroriste coordonnée, qui a provoqué la mort de près de 3000 personnes. C'était le 11 septembre 2001. 20 ans plus tard, les talibans ont repris le contrôle de l'Afghanistan. En France, c'est Nicolas Sarkozy qui a pris la décision du retrait progressif des troupes françaises en 2011. Mais c'est sous votre présidence qu'elles ont définitivement quitté le pays en 2014. Est-ce qu'on a eu tort, nous, Français, de laisser le sale boulot aux Américains ?
D'abord, on a eu raison d'être avec les Américains et les forces de l'OTAN dans l'intervention en Afghanistan pour chasser les talibans et surtout pour permettre qu'il n'y ait plus le financement ou l'accueil de terroristes puisque Ben Laden était accueilli en Afghanistan. Nous avons eu raison de rester un certain temps pour nous assurer qu'il y avait une transition. Mais il fallait partir. Partir dans de bonnes conditions. C'est ce que j'ai dit dans la campagne de 2012, vous vous en souvenez, puisqu'il y avait un calendrier qui ne me paraissait pas le bon puisqu'il était trop long.
J'ai dit non, il faut qu'il y ait un retrait progressif et une transition qui puisse être accélérée et un dialogue politique qui puisse être engagé. Donc, j'ai décidé de retirer les troupes françaises d'Afghanistan fin 2012, ce qui a été le cas, les quelques effectifs restants sont partis en 2014. J'ai dit au président Obama, voilà, vous ne pouvez pas penser que vous allez créer un état-nation de toutes pièces avec des institutions qui d'ailleurs sont occupées par des personnalités souvent corrompues, avec un trafic de drogue qui demeure. Vous devez assurer une transition beaucoup plus rapide et mettre chacun devant sa responsabilité.
Le pire ayant été de partir comme Donald Trump l'a signé à Doha, c'est-à-dire avec des talibans qui sont arrivés en quelques jours au pouvoir sans qu'il y ait là encore les conditions qui puissent permettre un gouvernement d'union. Donc, tout ça est une débâcle, une débâcle qui ne frappe pas simplement les États-Unis, mais d'une certaine façon, toutes les forces occidentales qui ont à un moment agi en Afghanistan.
Il nous reste un peu plus de deux minutes, François Hollande, pour aborder quelques questions de politique française. Il ne vous aura pas échappé que le quinquennat de votre successeur Emmanuel Macron arrive bientôt à son terme, dans sept mois. Est-ce que vous diriez qu'il a été, au vu de sa popularité aujourd'hui, un meilleur président que vous ?
Alors, je ne suis pas venu ce matin pour parler, même deux minutes, de l'élection présidentielle. Tout président affronte des crises. Je n'ai pas été élu en 2012 pour affronter une crise terroriste, même si, déjà, il y avait eu, pendant la campagne présidentielle de 2012, les attentats commis par Mérard. Emmanuel Macron a vécu un quinquennat qui a été marqué pendant près de deux ans par une crise sanitaire, et donc, j'allais dire, par esprit de responsabilité, je considère que lorsqu'il y a des crises, il faut faire bloc.
Je vous pose la question différemment, parce qu'au début du quinquennat, vous l'aviez qualifié de président des très riches. Vous diriez la même chose aujourd'hui ?
Les mesures qui avaient permis à des très riches de rester très riches, voire même de devenir encore plus riches, n'ont pas été rapportées. Et on peut même penser que pendant la période de crise que nous avons traversée, il y a eu un enrichissement d'une toute petite minorité, pas simplement en France, mais hélas, dans les pays industrialisés, les crises aggravent généralement les inégalités.
Pourtant, il y a des milliards qui ont été déboursés pour soutenir les Français pendant cette crise. Ce n'est pas suffisant ?
Ah si, je pense que les mesures qui ont été prises pour soutenir l'économie ont été des mesures tout à fait opportunes et nécessaires.
Une dernière question sur la campagne présidentielle, puisque vous le savez, Anne Hidalgo devrait annoncer sa candidature à la fin de la semaine. Vous voterez pour elle, c'est votre candidate, Anne Hidalgo ?
J'attends qu'Anne Hidalgo se prononce, et je reviendrai vers vous pour vous dire ce que je pense, mais vous savez que je suis socialiste. Vous avez toujours votre carte ?
J'ai toujours ma carte, oui. Donc vous voterez pour le ou la candidate soutenue par le Parti socialiste, a priori ? J'ai toujours, dans toutes les élections de toute ma vie, voté socialiste.
Il n'y a pas de raison que ça s'arrête ? Non, mais il y a des raisons que ça change. Ça veut dire que ça puisse avoir un effet sur la vie des Français.
Si elle était candidate, elle serait une bonne candidate, Anne Hidalgo ?
Je vous ai dit ce que j'en pensais. Je crois qu'aujourd'hui, si je parle d'autres sujets que celui qui est l'ouverture du procès, je ne serais pas dans la conception que j'ai de l'action politique. C'est-à-dire, à un moment, il faut savoir qu'il y a des sujets qui l'emportent sur tous les autres. Et aujourd'hui, je n'ai qu'une pensée. Ce n'est pas pour la politique française, c'est pour les victimes des attentats. Merci à vous, François Hollande. Merci d'être venu ce matin. Bonne journée à vous.
François Hollande