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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous ! (sur Podcast)· 23 février 2026 26 min

Vincent Louault : « La Politique Agricole Commune de l’Europe est à bout de souffle »

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Vincent Loup, bonjour. Merci d'être notre invité. Vous êtes sénateur Les Indépendants d'André Loire. C'est le groupe des Sénateurs Horizon. Vous êtes vous-même agriculteur. On va évidemment longuement revenir sur tous les sujets qui concernent l'agriculture et les multiples crises. Mais d'abord, on va regarder ensemble les unes de la presse régionale. On a sélectionné trois titres. D'abord, la une du Dauphiné. Ciao, 2026, bonjour, 2030. Le compte à rebours qui est donc officiellement lancé après des JO historiques pour les Bleus. Milan-Cortina a passé hier soir le drapeau olympique aux Alpes françaises qui sera de retour.

Ce drapeau aujourd'hui à Albertville, 34 ans après l'Olympiade de 1992. Mais il y a quand même encore de nombreuses étapes à franchir pour les Alpes 2030. La deuxième une, c'est celle de la DPS. Quatre ans de guerre en Ukraine. Quatre ans après le début de l'invasion russe. L'Ukraine qui est aussi entre espoir de paix et crainte de l'enlisement. Et puis la dernière une, c'est celle de Corse Matin. Sur les municipales, une campagne qui coûte. Confrontée à des règles strictes, à des impératifs budgétaires, les candidats aux municipales mènent une campagne régie par la nécessité de faire continuellement des choix.

Une contrainte que certains vivent comme une forme d'attente à la démocratie locale. De quelle une avez-vous envie de nous parler, Vincent Lou ?

1:24
Vincent Louault

Écoutez, la campagne qui coûte, parce que la démocratie est importante dans ces temps électoraux. L'élection municipale, c'est l'élection préférée avec la présidentielle pour les Français. On a eu tout un débat au Sénat sur justement le fait du changement de scrutin pour les petites communes, mise en application. Et on voit toujours la différence entre un législateur qui paramètre une volonté et une administration qui refait un peu le jeu avec une complexité qui est quand même un peu là et dont certaines choses, comme le financement, embêtent un peu les candidats.

Donc il faut faire attention à ne pas tout complexifier et à professionnaliser tellement l'élection que dans les petites communes, nos habitants qui y allaient avec leur petit cœur aient des difficultés pour s'investir.

2:14
Présentateur

– On va, avant de parler longuement du Salon de l'Agriculture, un mot sur l'actualité de politique de ce week-end. On l'a vu dans le journal, c'est la France insoumise qui est toujours sous pression après le meurtre de Quentin Derand qui a eu une marche samedi à Lyon. Comment vous la qualifiez, cette marche ?

2:30
Vincent Louault

– Écoutez, c'est une marche qui a eu lieu, qui s'est à peu près bien passée, qui a été encadrée. Donc on voit bien que quand on encadre les choses, c'est quand même mieux que de les interdire. Et c'est toujours un choix, un équilibre à trouver pour le gouvernement entre l'interdiction qui va créer des choses interdites. J'ai envie de dire aujourd'hui, le débat se déplace sur le côté politique des choses, où les insoumis doivent prendre un peu leur responsabilité dans aussi les élections municipales.

On a tous des cas locaux où on ne comprend pas très bien ce parti socialiste coincé entre des alliances de second tour qui doivent se clarifier, entre un double discours qui commence à être un peu dérangeant, que nous on connaît bien au Sénat, où en fait on s'aperçoit qu'il se passe beaucoup de choses et à la fin on se réunit quand même.

3:22
Présentateur

– Vous dites que ça pourrait bien passer, il y a eu des saluts nazis, il y a eu des chambophobes également qui ont été entendus, la préfecture du Rhône qui a dit qu'elle allait saisir la justice, mais vous dites que Laurent Lunez a eu raison de ne pas l'interdire.

3:36
Vincent Louault

– Clairement, si vous interdisez, automatiquement vous ouvrez la porte à tous les dérapages. Donc non, il a eu clairement raison d'accompagner et quant à tout ce qui peut se passer en marge ou au sein des manifestations, quand vous faites des choses qui doivent être condamnées et qui sont répréhensibles, écoutez, la justice va faire son travail et les sanctions seront données parce qu'aujourd'hui on ne peut plus rien tolérer de tous ces excès qui viennent parasiter le débat politique qui mérite un peu mieux.

4:01
Présentateur

– Il y avait peu de politique dans cette marche, Jordan Bardella avait notamment demandé à ses troupes de ne pas y aller, il y avait un sénateur néanmoins, le sénateur LR, Étienne Blanc, vous comprenez sa présence ?

4:13
Vincent Louault

– Écoutez, chacun fait toujours comme il veut, après, il ne faut pas oublier le local, votre implication locale, votre implication sur le territoire peut faire que vous avez besoin d'aller…

4:25
Présentateur

– L'éfinateur du Rhône.

4:25
Vincent Louault

– Voilà, vous avez besoin de vous déplacer, la population ne l'aurait pas forcément compris et on peut faire les choses discrètement, ce qui a été le cas.

4:34
Présentateur

– On va parler du salon de l'agriculture qui a donc été inauguré samedi par Emmanuel Macron, est-ce que c'est un salon de crise ?

4:43
Vincent Louault

– Oula ! – Très bonne question, parce que la crise, les crises, parce que l'agriculture est multiple, donc on n'a jamais un salon où on peut dire les planètes s'alignent complètement. Vous savez, quand vous êtes agriculteur, vous faites du blé, vous prenez une bonne année sur du blé, mais le colza ou le tournesol ou le maïs, ça ne va pas bien. Donc c'est toujours un peu… Donc les années où toutes les planètes s'alignent, de veau, vache, cochon en passant par les céréales et toutes les cultures, n'existent que très peu en fait. Il y a toujours quelque chose en crise, nous avons les aléas climatiques qui en permanence nous rappellent que la nature est plus forte que nous.

Le changement climatique qui est réellement là et qu'on subit déjà depuis une vingtaine d'années, une trentaine d'années, parce qu'on a vu l'évolution du climat durement. Donc un salon en crise, surtout une crise non résolue, j'ai envie de dire. Aujourd'hui, les agriculteurs, vous les voyez plus calmes d'apparence, parce qu'ils sont résignés en fait. Ils se disent, non mais, ils n'arrivent pas à faire la simplification, ils n'arrivent pas à faire augmenter un peu les prix. On n'arrive pas à trouver des solutions structurelles ni conjoncturelles, même si, par exemple, pour la dermatose, on a été au rendez-vous, où le gouvernement a été au rendez-vous.

5:57
Présentateur

– Et on va en parler, mais vous êtes aussi agriculteur, vous Vincent Lowe, comment vous vivez ce qui se passe en ce moment ? Est-ce que vous dites, c'est plus dur que jamais ? Ou est-ce qu'effectivement, il y a toujours des crises pour l'agriculture et c'est une crise parmi d'autres ?

6:11
Vincent Louault

– Non, là c'est plus dur. On a la politique agricole commune qui est à bout de souffle, mise en place en 1992, vous avez une politique agricole commune qui clairement n'est plus adaptée aux enjeux. On ne peut pas avoir une politique agricole commune qui gère pour toute l'Europe le même montant de la politique agricole commune. Vous avez des distorsions déjà entre pays, ça on en parle souvent au Sénat, au sein de l'Union européenne. Et puis après, vous avez les zonages au sein de la France où vous ne pouvez pas traiter le nord de la France avec le sud de la France, le centre et les zones intermédiaires où là, on voit bien qu'il y a des différences entre les schémas d'agriculture.

6:49
Présentateur

– Juste un mot sur cette politique agricole commune qui est en cours de renégociation à Bruxelles. Est-ce qu'Emmanuel Macron va réussir à peser pour qu'elle soit favorable à la France ?

6:57
Vincent Louault

– Vous savez, c'est toujours la même histoire. La Commission fait une proposition assez trash, ce qu'elle voudrait, mais ce qu'elle ne voudrait même pas, c'est plus une question budgétaire, c'est toujours réduire l'impact budgétaire de la politique agricole commune. Pourquoi ? Parce qu'on a d'autres ambitions au niveau européen, notamment sur la défense et sur tout un tas de sujets. Donc, on a ce jeu de démarrage où on met très fort, moins 23% de volonté de baisse du budget de la politique agricole commune qui n'a jamais été revalorisée depuis 1992, ce qui fait une perte de 53-56% des aides pour les agriculteurs, ce qui aujourd'hui pose la difficulté économique de nos fermes.

– Mais il va réussir, Emmanuel Macron ?

7:38
Présentateur

Il a échoué sur le Mercosur, vous pensez que sur la PAC, il peut peser ?

7:40
Vincent Louault

– Oui, bien sûr qu'il peut peser. Pourquoi ? Parce que personne n'a intérêt à révolutionner la PAC. En ce moment, la PAC est à bout de souffle, donc on sait très bien que le jeu est dans plutôt 5, 6, 7 ans. Donc aujourd'hui, vous savez, vous êtes sur une reconduction, on va chicoonner sur 2-3 ajustements, on dira, ah, on a eu une victoire. Bon, aujourd'hui, les agriculteurs demandent un peu plus que ces petits ajustements de fin de négociation. Vous savez, la politique agricole commune, c'est un consensus entre les pays, ce qui fait que ce n'est pas la grande révolution.

Vous êtes sur un paquebot où vous infléchissez de quelques degrés la direction, mais ce n'est pas le grand soir de la politique agricole commune.

8:19
Présentateur

– Ils sont rompus aujourd'hui les liens entre Emmanuel Macron et les agriculteurs. Est-ce que vous, en tant qu'agriculteur, vous attendez encore des choses d'Emmanuel Macron ?

8:27
Vincent Louault

– Moi, je soupire parce qu'en fait, la problématique n'est pas forcément du président de la République. Il y a eu des erreurs qui ont été faites, c'est-à-dire que sur les mers Cossures, ça a quand même flanché entre un non-franc, qui aujourd'hui est un non-franc, à un moment où, quand on se déplace, on ne dit pas tout à fait la même chose. Les agriculteurs le sentent. Vous savez, quand vous avez… on a un côté très animal et quand on sent que de façon très animale, l'obstacle n'est pas clair, bon, il n'a pas été clair. Sur le reste, il a toujours été à peu près là. Les agriculteurs, en fait, attendent de l'exécutif aussi beaucoup plus d'action et les premiers ministres…

9:13
Présentateur

– Mais est-ce que vous avez été déçu ? Parce qu'en 2017, Emmanuel Macron, il a assez vite fait de l'agriculture sa priorité. Il y a eu les états généraux de l'alimentation, il s'est adressé à vous. Est-ce que vous dites, il y a eu des mots, mais ça n'a pas été suivi des faits ?

9:27
Vincent Louault

– Mais c'est comme toujours. En fait, la difficulté, et je connais bien le sujet, c'est entre… il faut faire très attention avec les mots et l'ambition qu'on veut mettre sur l'agriculture, sur des difficultés à gérer, à mettre en place, cette ambition. Donc les politiques devraient faire très attention à ce qu'ils disent. Moi, les agriculteurs, ce qu'ils me disent aujourd'hui, on n'attend plus rien de vous, en fait. On est un peu, beaucoup grillés. et les agriculteurs nous disent, la simplification, on l'attend toujours.

Oui, vous êtes là comme la dermatose, vous avez été là, même si certains couinent un peu, mais la réalité, c'est que l'État était là et la ministre de l'Agriculture a été, même avec deux, trois cafouillages, a été à la hauteur. Donc aujourd'hui, c'est une défiance des agriculteurs envers le pouvoir politique, mais j'ai envie de dire, comme tous les Français.

10:12
Présentateur

Et un salon marqué par l'absence de bovins, ça n'était jamais arrivé en 60 ans d'édition, en 132 ans de concours général. Alors comment les agriculteurs vivent cette situation inédite ? On va retourner dans les allées du salon. Stéphane Duguay, vous êtes en compagnie d'Emmanuel Bernard. Il est éleveur de Charolaise dans la Nièvre et président de la section bovine de la filière Interbev.

10:35
Invité

Bonjour Emmanuel Bernard. Bonjour. On le disait, c'est une première pour ce salon. Derrière nous, il n'y a que des moutons, il n'y a pas de vaches cette année, pas de bovins. Ça fait deux jours que le salon est ouvert. Quel regard vous portez sur ce salon sans vache, sans bœuf, sans veau cette année ?

10:47
Locuteur non identifié

C'est un regard vraiment particulier. D'abord, il n'y a pas de bovins, mais les éleveurs évidemment sont dans leur ferme aussi de bovins. Donc effectivement, on est dans un contexte très particulier, mais qu'il faut assumer, puisqu'on connaît les raisons pour lesquelles ils ne sont pas là. Donc on doit s'adapter, on doit conserver le lien avec les visiteurs surtout, et ça nous laisse plus de temps pour échanger avec les visiteurs en tout cas.

11:12
Invité

Justement, vous le disiez, cette raison, c'est la dermatose nodulaire contagieuse qui a conduit l'organisation du salon à dire pas de bovins cette année. Le gouvernement justement lui dit, pas de cas depuis le 2 janvier, ça veut dire que le protocole a été le bon. Le protocole, on le rappelle, c'était le vaccination et abattage des troupeaux qui étaient contaminés. Est-ce que vous partagez cet avis ? Le gouvernement a eu raison, c'était le bon protocole ?

11:34
Locuteur non identifié

D'abord, ce sont les éleveurs qui ont fait l'effort, évidemment, de sacrifier une partie de leurs animaux quand ils étaient touchés. Donc déjà, une pensée pour eux, parce que c'est quand même grâce à ça qu'on a protégé le reste du troupeau français. Parce qu'aujourd'hui, s'il n'y a plus de cas, c'est parce que, évidemment que le protocole a fonctionné, mais c'est un protocole qui était basé aussi sur l'absence de mouvements. Et c'est ça qui fait qu'on n'a pas regroupé d'animaux ici. Vous avez besoin d'une préparation sanitaire longue pour amener des animaux, pour les mélanger. Et ensuite, il faut les ramener chez soi.

Donc le risque était trop grand au moment où on devait prendre la décision. Et effectivement, on peut refaire le match. Mais le protocole a marché jusqu'à maintenant.

12:15
Invité

Une autre des crises que les éleveurs comme vous connaissez encore, on en parle encore au présent, c'est le traité de libre-échange avec le Mercosur qui permet en tout cas l'importation de volailles d'Amérique du Sud, de bœuf d'Amérique du Sud, de bovins. Quelles conséquences ça va avoir pour la profession et pour vous en tant qu'éleveur de charoles dans l'année ?

12:35
Locuteur non identifié

Alors d'abord, c'est un accord nocif parce qu'ils ne respectent aucune des règles équitables du commerce. La façon de produire n'est pas du tout la même. Après, ils assument leur mode de production. C'est leur choix. Mais en tout cas, cette viande-là n'a rien à faire dans les assiettes des consommateurs français. Ensuite, on a gagné une bataille puisque les députés européens ont saisi la Cour de justice et le président de la République a dit lui-même sur ce stand samedi qu'en gros, c'était une jurisprudence. C'est-à-dire qu'on a à la fois cet accord nocif mais aussi on a la façon d'amener cet accord un peu en force dans lequel on ne demande pas l'avis au Parlement français.

Et donc ça, c'est assez grave. Donc nous, pour l'instant, nous restons contre cela. Et ensuite, là aussi, le président de la République a dit qu'on contrôle plus les agriculteurs français que ceux qui rentrent en Europe. Et là, il faut aussi qu'on revoie, qu'on rebatte les cartes. Vous lui faites confiance en un mot ? Je fais d'abord confiance à la Cour de justice pour traiter le sujet. Et ensuite, on fait confiance aux pouvoirs publics dans leur ensemble parce que le président de la République, il va passer simplement derrière l'accord, lui, cet accord nocif. Il faudra de toute façon qu'on le repousse par tous les moyens.

13:55
Invité

Merci beaucoup, Emmanuel Bernard. Merci.

13:58
Présentateur

Merci beaucoup. Merci Stéphane. Et on vous retrouve bien sûr dans quelques instants avec de nouveaux agriculteurs à votre micro. Un mot sur la dermatose, Vincent Louot. Plus de cas depuis le 2 janvier. Est-ce que vous dites que le gouvernement a bien géré ?

14:12
Vincent Louault

Le gouvernement a appliqué les règles européennes de gestion. Un peu de mal au démarrage et un peu de sanctions un peu fortes pour les agriculteurs qui étaient dépistés positifs avec l'envoyé des chars et puis d'autant de gendarmes. Mais hormis ce cafouillage, en fait, ça a été bien géré. Et aujourd'hui, il faut reconnaître que aussi le climat, parce que quand ça gèle, automatiquement, il y a moins de vecteurs que sont les mouches qui piquent les vaches. Donc un espoir aussi pour les agriculteurs de se dire j'espère que cette page est tournée. Il va falloir être très, très, très vigilant.

Et bien sûr, une pensée pour tous les éleveurs qui ont perdu leurs vaches et par solidarité pour le reste de l'agriculture bovine française. Donc ça, c'est une réalité aussi. Vous tuez des animaux, beaucoup d'animaux, parce qu'enlever tous les animaux d'une ferme, ce n'est pas une chose facile. Et aujourd'hui, c'est grâce à eux qu'on en est sortis.

15:08
Présentateur

– Sébastien Lecornu sera présent demain et jeudi au Salon. Deux visites pour échanger, notamment, afin de construire la loi d'urgence agricole. Qu'est-ce que vous attendez, vous, de cette loi ?

15:20
Vincent Louault

– Écoutez, on a été reçus par la ministre de l'Agriculture, les sénateurs impliqués, et les députés impliqués sur l'agriculture. Déjà, je voulais la remercier, parce que ce n'est pas chose habituelle qui nous consulte avant. Déjà, premier point. Deuxième point, par contre, c'est le manque d'ambition. Clairement, on a un gouvernement qui a peur de son ombre, qui dit, ah oui, mais si on parle de la loi Duplon 2, ah ben non, on ne peut pas. Si on parle de l'eau, on veut bien parler stockage, mais on ne veut pas parler de certains sujets de l'eau. On ne veut pas parler des zones humides, on ne veut pas parler de la qualification des cours d'eau. Donc, tout ce qui gratte, on l'oublie.

Donc, moi, j'ai envie de vous dire, laissez les parlementaires parlementés, foutez-nous la paix. On est capable d'enlever des articles dans un projet de loi. Par contre, on ne peut pas facilement en rajouter. Et il ne faut pas nous faire croire que nous, les parlementaires, on peut rajouter des articles qui manquent. Ça s'appelle l'article 45, qui sont un cavalier. On nous a déjà fait le coup. Donc, laissez-nous parlementer et on va faire le job pour une vraie loi d'ambition d'urgence.

16:15
Présentateur

Et en attendant la loi d'urgence agricole, vous le disiez, la majorité sénatoriale a déposé une proposition de loi Duplon 2 sur les pesticides, après la première loi Duplon, qui avait fait beaucoup de bruit l'an dernier, Alexandre.

16:26
Invité

Oui, souvenez-vous, la loi Duplon 1, votée l'an dernier par le Parlement, autorisait l'utilisation de l'acétamipride, un pesticide néonicotinoïde interdit en France. Autorisation pour certaines cultures seulement, qui n'auraient pas d'autres alternatives, comme la betterave. Cette loi Duplon, elle avait suscité un vive débat dans l'opinion publique. Une pétition contre ce texte a récolté plus de 2 millions de signatures l'été dernier. Et puis, en août dernier, le Conseil constitutionnel a retoqué partiellement cette loi Duplon, et précisément l'autorisation de l'acétamipride, considérant, je cite, qu'elle portait atteinte à la charte de l'environnement.

Mais malgré cette censure, les sénateurs de droite et du centre ont persévéré et déposé en février une deuxième proposition de loi autorisant à certains néonicotinoïdes.

17:08
Présentateur

Et concrètement, Alexandre, que prévoit cette loi Duplon 2 ?

17:11
Invité

Eh bien, cette proposition de loi Duplon 2 autorise deux substances néonicotinoïdes, l'acétamipride et le flux pyradifurone. Alors, dans plusieurs cas de figure... C'est bon, je l'ai dit, j'ai réussi. Le flux pyradifurone. Alors, dans certains cas de figure seulement, d'abord pour l'enrobage des semences de betterave et puis pour la pulvérisation de certains arbres fruitiers et notamment les cerisiers et les noisetiers. Un retour de la loi Duplon qui met forcément en colère les sénateurs écologistes. Mais la loi Duplon 2, pour moi, c'est un crachat à la figure des 2,1 millions de personnes qui ont signé cette pétition.

C'est un crachat à la figure du Conseil constitutionnel qui lui a dit que la réautorisation des néonicotinoïdes concernés était contraire à la charte de l'environnement. Les néonicotinoïdes sont des neurotoxiques. Ils passent la barrière placentaire. Et on a des études qui s'accumulent pour démontrer le lien entre les néonicotinoïdes et toute une série de maladies, la maladie de Parkinson, etc. Alors, le gouvernement ne souhaite pas intégrer les mesures de cette loi Duplon 2 dans le projet de loi d'urgence agricole. Mais les défenseurs de ces mesures pro-pesticides espèrent le faire en votant des amendements à ce projet de loi. Vincent Louau, 2 millions de personnes contre la loi Duplon.

Une censure du Conseil constitutionnel. Pourquoi persister et redéposer une nouvelle loi Duplon ?

18:28
Vincent Louault

Écoutez, déjà 2 millions de personnes qui signent une pétition. Est-ce que c'est plus fort que les parlements ? Est-ce qu'on gère notre pays à coup de pétition et à coup d'effervescence médiatique ? Créée de toutes pièces, quand même, par des gens qui transforment la science. Et je voulais remercier enfin les oncologues et les médecins qui viennent à notre secours pour dire la vérité sur, justement, les assertions et les mensonges qui sont dits comme à l'instant par la sénatrice où on réécrit l'histoire sur le fait que ces molécules portent atteinte à la santé humaine et donneraient le cancer à tout le monde. Donc, on est...

19:04
Invité

Juste déjà sur la pétition, deux millions de personnes qui signent pour s'opposer à ce texte, c'est pas significatif.

19:09
Vincent Louault

C'est pas que c'est pas significatif, ça fait partie des éléments et des paramètres qu'on prend en compte. Vous croyez que nous, on est les gros lourds de sénateurs et on dit deux millions de personnes, on s'en fiche. Vous croyez que mes collègues qui passent aux élections dans quelques mois s'en fichent ? Non, on s'en fiche pas. Par contre, la réalité, il faut être parfaitement clair, soit on écoute les scientifiques, les vrais scientifiques et le consensus scientifique de l'EFSA et tout un tas de scientifiques. Soit on écoute... Ça, c'est l'Agence sanitaire européenne. Voilà.

Soit on écoute le docteur Raoult du cancer qui trouve des cancers partout, des cancers pour les enfants dans cette partie de la France et l'ANSES nous a dit c'est totalement faux. Donc, soit on se focalise sur la réalité des choses et nous, on essaie d'avoir une action bonne dans le Parlement. Aujourd'hui, les agriculteurs, vous pouvez leur dire ce que vous voulez, ils ne peuvent pas comprendre comme le restant des Français et des industriels qu'en France, on n'applique pas ce qui est autorisé partout en Europe. Je ne vous parle même pas du restant du monde. Personne ne peut conceptuellement comprendre pourquoi l'acétamépride est autorisé partout en Europe sauf en France.

Vous m'excusez, moi je ne sais plus faire de la politique, on pousse les gens vers le populisme et la révolte parce qu'ils se disent c'est injuste. Quand on fait de la politique, le plus important pour un homme politique c'est d'être juste dans les décisions qu'il prend. Donc aujourd'hui, elle est où la justice pour les agriculteurs ? Il n'y en a aucune. Donc on a un brouhaha médiatique, mainstream qui organise le fait de mettre en avant des fake news sur l'eau, sur les inondations, sur tout ce qu'on entend à longueur de journée sur les plateaux et encore une fois, je remercie les oncologues, les médecins, les chercheurs qui nous expliquent les choses qui sont vraies du faux.

20:48
Invité

Vous dites effectivement que l'acétamépride est autorisé dans les autres pays de l'Union Européenne. Ça a été autorisé par l'Agence Sanitaire Européenne mais avec quand on lit les rapports, il y a aussi cette question de faute de preuve. Sans parler des études scientifiques qui disent que l'acétamépride est un neurotoxique, est-ce que vous pouvez dire qu'on est sûr que ce n'est pas un neurotoxique ? Est-ce qu'on est sûr ? Est-ce qu'il n'y a pas un principe de précaution

21:07
Vincent Louault

d'utiliser ? Rien que dans vos mots utilisés, vous n'utilisez pas les bons mots, vous nous embourbez dans quelque chose qui fait peur. Donc aujourd'hui, encore une fois, le consensus sur l'EFSA est parfaitement clair. Ils ont fait une vingtaine d'études, ils ont refait les études. Marc Fénaud avait demandé la réévaluation de l'acétamépride, chose qui a été faite. Dans le rapport de l'EFSA, ils disent écoutez, les Français, vous êtes gentils, vous avez surtransposé et vous voulez qu'on surtranspose aussi et on vous dit non. Donc soit on continue l'excellence française…

21:37
Invité

Ce n'est pas un neurotoxique.

21:39
Vincent Louault

Non. C'est aujourd'hui, aujourd'hui, soit on continue à se comporter comme une île et à faire que de la surtransposition en France, on va tous se faire virer pour ça. Et après, vous serez les premiers à faire oin-ouin, il y a les populistes qui sont arrivés. Donc moi, je vous dis aujourd'hui, on se met au travail, on désurtranspose, on améliore la vie des Français et on sauvegarde aussi nos entreprises et on va à la vitesse…

22:04
Invité

Donc on désurtranspose, ça veut dire on arrête de faire des règles plus contraignantes que l'Union Européenne ?

22:07
Vincent Louault

Des règles purement franco-françaises qui ne sont pas adaptées. Nos entreprises sont en train de fermer, nos agricultures sont en train de la perdre. On l'a dit matin, midi et soir, on est passé de 12 milliards à 200 millions de balances commerciales positives et au même moment, l'Europe qui était à zéro est passée à plus de 50 milliards. Les idiots utiles qui veulent tout interdire en France pour tout importer à côté, moi je vous dis, c'est quoi l'histoire, c'est quoi la belle histoire ? Vincent Loup ! Vous m'avez mis en forme dès le matin.

22:33
Présentateur

Je m'envoie à autre difficulté des agriculteurs, les aléas climatiques et l'ouest de la France qui est sous l'eau, c'est notamment le cas du Maine-et-Loire où on va se rendre. Bonjour Thierry Lardeux, merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes journaliste à Angers-Télé, le Maine-et-Loire qui reste ce matin en vigilance rouge, cru. Alors le pic est passé à Angers dans le département, est-ce qu'on peut parler d'une lueur d'espoir ?

22:57
Locuteur non identifié

Oui, bien sûr qu'on peut parler d'une lueur d'espoir. Le pic atteint à 6,39 m, quasiment au plus haut jamais connu, 6,66 m, c'était la cote de la crue du siècle en 1995. Donc oui, la décrue est amorcée depuis hier, ça va aller lentement, très lentement, une dizaine, vingtaine de centimètres par jour en espérant qu'il n'y ait pas d'autres précipitations cette semaine, en espérant également que la Vienne soit également en décrue, que la Loire aussi puisse faire sauter ce fameux bouchon.

Mais vous le voyez sur les images, il y a 5 à 6 000 en juin quand même qui continuent à avoir les pieds dans l'eau depuis plusieurs jours avec des difficultés de circulation, une résidence autonomie qui a dû être évacuée et puis d'autres perturbations en dehors d'Angers, à proximité. On pense notamment à la commune de Cheffes-sur-Sarthe qui a dû être totalement évacuée puisqu'elle aussi elle a connu une crue centenale. Donc l'espoir est là, la décrue a commencé mais voilà, tout le monde reste prudent. Il y a des vigilances notamment sur des digues de Loire qui ont souffert mais qui tiennent le coup pour le moment. Mais l'espoir de la décrue enfin arrive après une semaine de tension.

24:02
Présentateur

Thierry, vous le dites, la décrue elle est là mais elle est lente, du coup il est encore un peu tôt pour faire le bilan mais quelles sont les perspectives pour les indemnisations ?

24:11
Locuteur non identifié

Alors les indemnisations, on peut parler, le sénateur évidemment a parlé des agriculteurs. Beaucoup d'agriculteurs sont touchés, des maraîchers également qui vont perdre beaucoup de leur production notamment de poireaux, de salades et puis des particuliers des communes. Françoise Gattel, la ministre de l'aménagement du territoire est venue s'est déplacée à Angers jeudi dernier. Elle a assuré le maire d'Angers mais également les maires des différentes communes touchées que l'état de catastrophe naturelle serait déclenché rapidement pour que les assurances puissent prendre en charge les communes mais également tous les particuliers qui vont devoir constater des dégâts.

On pense aux commerçants, on pense aux particuliers qui ont des maisons envahies encore aujourd'hui par l'eau avec un état de catastrophe naturelle qui devrait être déclenché selon la ministre dès le début du mois de mars pour que tout ça puisse aller vite. Donc l'heure est à la décrue, encore à l'inquiétude et avec l'espoir enfin de retrouver des conditions normales mais ça sera lent évidemment une décrue, c'est toujours très lent.

25:04
Présentateur

Merci beaucoup, Thierry Lardeux, journaliste à Angers Télé d'avoir été avec nous pour nous parler de ces inondations. Un mot Vincent Lour, comment ça se passe vous dans votre département ? Est-ce que vous arrivez déjà à mesurer les conséquences pour les agriculteurs ?

25:18
Vincent Louault

Les conséquences, vous savez, quand vous avez 1 mètre ou voire 1 mètre 50 d'eau sur des cultures pendant 15 jours, 3 semaines, c'est réglé, c'est réglé. il faut vraiment imaginer, en fait, on a beaucoup construit n'importe où avec la hausse de la population en France, donc déjà la population et bien sûr toutes les activités économiques qui en découlent, les agriculteurs en premier. L'état de catastrophe naturelle, c'est le point de départ qui doit être fait rapidement. L'État a déjà prouvé qu'ils n'étaient pas capables de le faire rapidement, donc là, aujourd'hui, on attend beaucoup de ce classement en catastrophe naturelle que ça soit fait rapidement.

25:50
Présentateur

Merci Vincent Louau. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.