Loïc Hervé : « Il faut mettre un terme aux campements illicites des gens du voyage »
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation. Vous êtes sénateur union centriste de la Haute-Savoie, vice-président du Sénat. On va revenir avec vous sur deux actualités. Aujourd'hui au Sénat, le vote du texte sur les polices municipales et puis l'examen de votre texte sur les campements illicites des gens du voyage. Mais d'abord, on regarde les unes de la presse régionale. Et justement, les polices municipales sont à la une de nos quotidiens régionaux. C'est la une de Ouest-Rance, jusqu'où étendent l'émission des policiers municipaux.
Le Sénat qui vote ce mardi sur l'élargissement des pouvoirs des policiers municipaux qui pourraient réprimer de nouvelles infractions. Il ne s'est pas sans poser des questions financières et juridiques. La deuxième une, c'est celle du Dauphiné. Ces milliards que l'État va récupérer avec la fin des concessions d'autoroutes prévues entre 2031 et 2036. L'État espère pouvoir empocher plusieurs milliards de plus par an. Une manne qui pourrait servir à d'autres infrastructures de transport. Et puis la dernière une, celle de Presse-Océan. Un exercice de guerre à Saint-Nazaire.
Dans le cadre de l'opération Orion qui a commencé dimanche, une coalition internationale s'entraîne à résister à une agression. De quelle une avez-vous envie de nous parler ?
Je vais choisir non pas par chauvinisme, mais celle du Dauphiné. C'est votre presse locale. C'est mon quotidien favori. Cette question des autoroutes, elle est très importante et depuis longtemps. La manière dont l'État a concédé à les opérateurs privés la gestion des autoroutes est à certains égards quelque chose de purement scandaleux. Ça a été dénoncé il y a quelques années par François Bayrou, il y a une vingtaine d'années, au moment où Dominique de Villepin a choisi ce mode de gestion. Vincent Delahaye dans mon groupe a beaucoup travaillé sur ce sujet.
Et donc il est utile de regarder évidemment les milliards que l'État va récupérer, mais surtout de mettre à jour la manière dont l'État concède les autoroutes françaises. On a la chance d'avoir des autoroutes qui sont en bon état, entretenues par des sociétés qui sont des sociétés tout à fait honorables. Le problème, c'est la manière dont on contractualise et dont l'État vérifie la manière dont les choses sont faites. Et puis il y a, pardon, mais il y a quand même la question des tarifs qui est une question aussi qui doit être interrogée quand on voit que dans d'autres pays d'Europe, le fait d'emprunter une autoroute est quand même beaucoup moins cher.
On va parler de l'actualité au Sénat. Double actualité, on commence par les polices municipales. Le texte qui renforce les pouvoirs de ces polices municipales sera donc soumis au vote cet après-midi. Il a été quelque peu modifié par le Sénat. Est-ce qu'il en sort un bon texte, selon vous ?
Oui, il en sort un bon texte parce que c'est un équilibre qui est toujours recherché par le Sénat entre l'objectif qui est celui du gouvernement, qui est porté par le ministre Nunez, et aussi la réalité du terrain. Les polices municipales, dans le continuum de sécurité, pour reprendre une expression chère à Gérald Darmanin, à l'époque, quand il était ministre de l'Intérieur, les polices municipales jouent un rôle absolument important, beaucoup plus important qu'il y a 10 ou 20 ans. Et donc il faut reconnaître et adapter le mode d'intervention des polices municipales, sans en faire les adjoints du procureur de la République, sans en faire forcément une troisième force de sécurité intérieure.
C'est bien une police municipale, c'est la police du maire, c'est le bras armé de la politique qui est voulue par les élus locaux. Il faut bien garder cette spécificité-là, cette caractéristique propre, mais il faut l'adapter à l'évolution de la délinquance aujourd'hui.
– Mais est-ce que ce n'est pas le risque, justement, que l'État, avec ce texte, se décharge trop sur les mers pour assurer la sécurité ?
– Mais on ne peut pas en même temps vouloir la sécurité des Français au quotidien et ne pas donner des pouvoirs à ceux qui en ont la charge. La gendarmerie et la police sont en charge, sous l'autorité, notamment en matière judiciaire, des parquets de faire un certain nombre de missions, puis il y a des missions du quotidien, de sécurité, qui doivent être, dans un certain nombre de secteurs urbains, j'entends, d'avoir une mission qui est une mission importante.
– La sécurité, ça reste le rôle de l'État. Est-ce que là, ça ne va pas mettre trop de pression sur les mers ?
– Mais en matière de police, vous savez que le maire est un agent de l'État et que les polices municipales, sous l'autorité du maire, ce sont bien des personnes qui concourent à la sécurité des Français. Il ne faut pas forcément opposer. Moi, je suis très vigilant à ce qu'on n'aille pas trop loin et que ce ne soit pas, évidemment, l'État qui prenne la main sur les polices municipales, mais au travers du maire, on va avoir des municipales dans quelques semaines, c'est bien aux équipes municipales et en particulier aux maires de définir les politiques qu'ils entendent mener sur leur territoire.
– Autre question de ce texte, c'est la question de l'armement des policiers. Est-ce que là aussi, il faut s'inquiéter d'un problème de formation ?
– Moi, j'étais maire il y a 18 ans d'une police municipale armée. Je pense que c'est un outil de protection des agents et d'intervention, malheureusement, qui est en leur possession. la question de la formation est fondamentale. Et la question notamment du tir d'entraînement, c'est une question très importante parce que ce n'est pas n'importe quoi que d'avoir un revolver dans votre poche, sur votre flanc. Et donc, oui, la question est centrale. Mais moi, je ne remets pas du tout en cause la question de l'armement des policiers. Je pense que c'est quelque chose de très important.
– Mais est-ce que ce texte, il encadre suffisamment la formation ? Est-ce qu'il rassure forcément ?
– Il contribue à développer la formation des agents de police municipales, y compris quand ils sont armés. Donc, il va dans le bon sens.
– Autre question, il y a beaucoup de pouvoirs qui sont laissés à la main du maire dans ce texte. Est-ce que du coup, il y a des risques d'inégalité territoriale ?
– Mais il y a des inégalités territoriales dans le domaine de la délinquance. Vous avez des territoires français qui sont plus ou moins sûrs. Et pour faire face à cette insécurité, je parlais de l'urbain, mais je peux aussi parler du rural, dans lequel il y a aussi des incivilités que l'on connaît, eh bien, il faut adapter les choses. Donc, vous savez, cette espèce d'idée de jardin à la française, très rectiligne, dans laquelle on aurait des mesures nationales. Moi, je trouve que c'est bien qu'il y ait une boîte à outils à la main des maires et que les maires puissent choisir ce dont ils ont besoin.
D'avoir une police municipale, de ne pas en avoir, de l'armée, de ne pas l'armée, ou de doter ces polices municipales de prérogatives spéciales pour répondre à cette question centrale. Vous avez commencé votre émission là-dessus, Oriane. Est-ce que la sécurité priorité des Français ? Eh bien, répondons-y. Et le Sénat, avec cette proposition de loi, et aussi avec la suivante, sur les gens du voyage, essayera d'y répondre.
Et justement, on va en parler de la suivante, puisque c'est un autre texte examiné cet après-midi dans l'hémicycle du Sénat. Comment lutter contre les installations illicites de gens du voyage ? La proposition de loi transpartisane que vous avez co-signée est examinée donc cet après-midi. Les signataires de ce texte font plusieurs constats, notamment que le besoin de terrain aménagé est de plus en plus important, mais que cette charge financière est lourde pour les communes dans un contexte budgétaire déjà tendu. Et enfin, que les mesures existantes ne sont pas suffisantes pour lutter contre les installations illicites. Du coup, pour répondre à ces observations,
quelles sont les mesures que propose ce texte ? Alors, tout d'abord, le texte affirme vouloir renforcer les possibilités d'accueil. Et pour cela, il assouplit les obligations des communes et facilite les possibilités de financement. Par exemple, il allonge de 2 à 5 ans le délai dont disposent les communes pour se conformer à leurs obligations. Il leur permet aussi de comptabiliser les aires d'accueil permanentes dans les quotas de logements sociaux. Alors, monsieur le sénateur, ce sont des mesures présentées comme renforçant les possibilités d'accueil, mais les opposants au texte vont vous accuser, au contraire, de les diminuer, puisqu'elles diminuent les obligations des communes.
Il y a 25 ans, 26 ans, ce pays se dotait de la loi Besson, loi qui était censée équiper le pays, permettre l'accueil des gens du voyage. On peut constater, sans faire de politique politicienne aucunement, que cette politique publique ne fonctionne pas ou dysfonctionne de manière très importante. Aujourd'hui, les stationnements illicites des gens du voyage dans nos territoires sont légions et posent des problèmes énormes aux populations, aux habitants, parce que c'est très compliqué de vivre à côté d'un campement illicite des gens du voyage, et aussi aux maires.
Donc, l'idée, c'est d'assouplir suffisamment les mesures pour que les obligations des communes soient remplies, au mieux, on pourrait revenir d'ailleurs sur la loi Besson, et aussi de renforcer les pouvoirs de coercition pour mettre un terme à ces installations illicites qui révèlent…
– Oui, mais ce n'est pas la question, là, c'est présenté comme une mesure en faveur des aires d'accueil, au contraire, ça les réduit plutôt.
– Non, ça permet aux collectivités de les réaliser. C'est bien ça le sujet, c'est comment est-ce que, dans un schéma départemental, vous créez des obligations aux collectivités, et comment vous donnez aux collectivités le pouvoir de les réaliser, dans une période où l'argent public se fait quand même rare, et où ces investissements sont extrêmement, extrêmement lourds. Donc, c'est plutôt favorable aux collectivités pour qu'elles puissent faire face à leurs obligations. Ça, c'est l'article premier.
– Oui, allez.
– Autre question ? Non, on enchaîne. Il est question aussi du financement de ces aires d'accueil.
– Oui, le dossier législatif annonce la possibilité pour les collectivités d'instituer une taxe, un peu sur le principe de la taxe de séjour, dont s'acquittent les touristes et vacanciers quand ils vont notamment à l'hôtel, et cette taxe financera l'entretien et la gestion de ces aires d'accueil.
Et puis surtout, le texte renforce les sanctions en cas de non-paiement de la redevance, dont les gens du voyage doivent s'acquitter lorsqu'ils occupent les aires d'accueil, et désormais, en cas de non-paiement de celles-ci, le comptable public de la commune bloquera le transfert de l'immatriculation du véhicule concerné, et ça, en fait, c'est une mesure en clair qui va empêcher la revente des véhicules concernés, et c'est une mesure qui est présentée comme très efficace. Alors, pourquoi cette mesure ? Est-ce qu'aujourd'hui, le non-paiement des redevances était significatif ?
– Quand vous vendez votre voiture, on va vous demander un certificat de non-gage qui va prouver que vous avez honoré l'ensemble des amendes dont vous seriez redevable sur l'immatriculation du véhicule. – Oui. – C'est-à-dire que si vous allez occuper une aire d'accueil qui est dévolue aux gens du voyage, avec votre caravane, si vous êtes vous-même de la communauté des gens du voyage, et que vous ne payez pas ce que vous devez à la collectivité, eh bien, effectivement, l'immatriculation de votre véhicule sera engagée,
vous ne pourrez pas le vendre. – Mais c'était significatif, le non-paiement des redevances ? – Bien sûr. – C'était vraiment… – Bien sûr.
Alors, pas partout, fort heureusement.
– Vous avez les chiffres à vous créer ?
– Je n'ai pas de chiffres en tête, mais de mémoire, puisque j'ai été en charge de la gestion de plusieurs aires de gens du voyage dans mes fonctions précédentes. C'est régulier que vous avez des personnes qui partent de leur stationnement. Là, on est sur le stationnement licite, on est dans les aires d'accueil, et qui partent sans parler d'ailleurs des dégradations des aires d'accueil, qui sont aussi un phénomène extrêmement préoccupant.
– Et la proposition de loi, elle prévaut aussi plusieurs mesures pour stopper ces installations illicites.
– Justement, notamment en les anticipant davantage. Alors, jusqu'ici, la loi prévoyait que seuls les groupes de plus de 150 caravanes notifient leur arrivée auprès du préfet. Désormais, cette obligation, vous le voyez, s'applique aussi aux groupes plus petits à partir de 100 caravanes. Puis ensuite, il s'agit de rendre les mesures déjà existantes plus efficaces, par exemple, en faisant en sorte que l'interdiction de stationner entraîne automatiquement le déclenchement de la procédure d'évacuation. Il est aussi prévu que cette procédure d'évacuation soit plus rapide. Elle sera désormais fixée, vous allez le voir, à 24 heures.
En cas de recours, le délai de réponse de la part du juge est lui aussi raccourci, à 24 heures au lieu de 48. Et puis, la durée d'applicabilité de la mise en demeure est-elle allongée de 7 jours, ce qui l'apporte à deux semaines. Certaines amendes sont également augmentées. Et enfin, vous l'avez dit plus tôt, en cas d'atteinte à l'environnement dans une zone protégée, les évacuations pourront être déclenchées sans mise en demeure. Monsieur le sénateur, cet après-midi, les sénateurs LR vont proposer de durcir les sanctions jusqu'à 5 ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende si des dégradations notamment sont commises. Est-ce que vous, vous êtes en faveur de ces mesures ?
Je suis d'abord en faveur des mesures de la proposition de loi puisque j'en suis l'un des auteurs. Je suis aussi favorable à ce que l'on renforce la coercition sur les installations illicites tant je suis persuadé que les manquements sont tels qu'ils mettent en évidence l'incapacité des préfets, des forces de sécurité intérieure, voire des élus, de faire cesser le trouble à l'ordre public.
Et donc c'est vraiment, s'il y a du vote RN dans ce pays et dans un certain nombre de nos territoires, c'est en partie dû au fait que nous n'arrivons pas à juguler cette question des stationnements illicites des gens du voyage et que nous plongeons des territoires entiers dans des difficultés considérables. Moi dans mon département, c'est l'été de 2 000 à 3 000 caravanes en stationnement illicite. C'est considérable. J'ai des zones industrielles qui ne peuvent plus fonctionner pendant des semaines. Et donc il y a une urgence dans ce pays à constater que la loi Besson est arrivée au terme de ce qu'elle pouvait faire, donc il faut trouver des solutions.
Et d'ailleurs il y a beaucoup d'articles qui modifient la loi Besson. Je pense qu'il faudrait même aller beaucoup plus loin. Et d'autre part, il faut donner les capacités au pouvoir public d'interrompre ce trouble qui est un trouble absolument scandaleux et qui est révoltant. Et de voir les parlementaires comme nous, texte après texte, revenir sur ce sujet, c'est un marronnier du Parlement, le sujet des gens du voyage, ça montre quand même que dans notre pays où nous n'arrivons pas à faire face à cette question des stationnements illicites.
Moi c'est un sujet sur lequel je travaille depuis des années et je pense qu'il serait temps maintenant d'avoir une politique pénale pour dire que c'est impossible que ça arrive. C'est bizarre parce que nous on a comme voisins les Suisses qui n'ont pas cette difficulté-là. Donc on a un problème franco-français de gestion du stationnement des gens du voyage et de faire cesser ces stationnements illicites qui sont un vrai scandale républicain partout dans le pays. Donc c'est urgent que nous arrivions à des solutions pratiques.
– Mais du coup vous voterez le durcissement des sanctions ?
– Oui, je voterai le durcissement des sanctions au maximum. On est dans la navette, donc l'avantage est d'envoyer un texte le plus, non pas répressif, mais le plus dur possible à l'Assemblée nationale et qu'on ait avec les députés une discussion sur l'adaptation. Mais vous ne pouvez pas avoir des récidives extrêmement fréquentes de la part des gens du voyage, de la part de personnes que l'on connaît et aucune réponse pénale. Ce n'est pas possible. En termes d'équité républicaine et en termes d'ordre public, il faut vous mettre un terme à ça.
– Et le texte sera donc examiné en fin d'après-midi dans l'hémicycle du Sénat. – Un mot sur un autre texte, puisque Sébastien Lecornu, dans une interview à la presse quotidienne régionale dimanche, a annoncé quelques mesures, dont certaines concernent la loi de décentralisation. Il y aura finalement trois textes, un texte de simplification, un texte de réforme de l'État et de clarification des compétences. Est-ce que vous y croyez à une vraie loi de décentralisation avant 2027 ?
– Le Président de la République a parlé de réforme radicale, le 31 décembre, dans son discours des voeux. Le Premier ministre annonce un certain nombre de choses. J'ai l'impression qu'il y a une incohérence entre la volonté initiale d'un grand texte de décentralisation, tel qu'on a pu le connaître, sous Gaston Deferre, Jean-Pierre Raffarin. Et je pense vraiment que le pays a besoin d'un texte de décentralisation extrêmement fort. J'ai peur qu'on soit plus sur un paquet de mesures paramétriques où on va aller déplacer une compétence d'une collectivité à l'autre sans toucher le fond.
– Donc c'est une loi 3DS bis.
– 3DS, engagement et proximité, voilà.
– Mais pas une réforme de fond.
– Il faut une réforme de fond.
– Elle n'aura pas lieu, sous Emmanuel Macron.
– Elle n'aura pas lieu pour une simple raison, c'est que vous voyez bien la balkanisation de l'Assemblée nationale et la difficulté qu'ils ont à se mettre d'accord sur le moindre texte. Vous imaginez qu'ils vont se mettre d'accord à l'unanimité, ou en tout cas à la majorité, sur des textes comme ça. C'est totalement illusoire. Par contre, ce dont le pays a besoin, et je reprends les déclarations prophétiques à mes yeux de Jean-Louis Borloo, ce pays a besoin d'être provincialisé. Je ne vais pas dire fédéralisé parce que ça déclencherait une polémique inutile, mais provincialisé.
C'est-à-dire avoir des collectivités plus grosses que les départements, moins grosses que ces immenses régions, capables d'assumer des compétences de proximité pour les Français et capables d'assumer simplement de moderniser le pays. Et cette idée de modernisation du pays, il faut qu'on l'ait vraiment en tête. Et cette idée d'un texte de décentralisation est une bonne idée. C'est plutôt une idée pour un début de mandat que pour une fin de mandat.
– Et on va continuer à parler des élus dans moins de cinq semaines. Maintenant, ce sera le premier tour des municipales, le 15 mars. Et en Loire-Atlantique, une commune n'a pas un maire, mais deux. Alors, pas juridiquement, mais dans le quotidien. Ça se passe comme ça, à Teillet, on va retrouver Arnaud Pajot. Bonjour, vous êtes le maire de la commune de Teillet. Jérôme Squelard, bonjour, merci également d'être avec nous. Vous êtes, vous, le deuxième adjoint de la ville. Comment vous organisez au quotidien pour être de maire ? Arnaud Pajot. Pardon, monsieur le maire, on ne vous entend pas, monsieur Pajot.
Je vais passer la parole à Jérôme Squelard, le temps qu'on règle le petit problème de son. Jérôme Squelard, vous êtes, vous, le deuxième adjoint de la ville. Ça, c'est sur le papier, ça, c'est juridiquement. Dans le quotidien, vous êtes aussi maire.
– Vous m'entendez, moi ? – On vous entend. – Vous m'entendez ? – Bonjour. Alors, c'est très simple. En fait, en 2019, on était tous les deux adjoints à l'ancien mandat. Et personne ne se présentait. On s'est dit, bon, on va y aller tous les deux. On va créer un bureau. Et ça s'écrit très naturellement le binôme. En fait, on s'est dit, on est vraiment là pour l'intérêt collectif. Et il faut que les gens aient une réponse au quotidien. Donc, il y a toujours l'un ou l'autre ou les deux qui sont présents en mairie.
– Et comment vous fonctionnez au quotidien ? Il n'y a pas le bureau du maire, il y a le bureau des maires. Comment ça se passe pour nos habitants ?
– Oui, on a un bureau. On a un bureau en face de l'autre. Et on travaille… Alors, en fait, il n'y a pas de répartition de tâches. C'est un point important. C'est vraiment… On est sur tous les dossiers chacun pour savoir de quoi on parle. C'est-à-dire qu'on croise quelqu'un dans la rue. On sait de quoi on va parler. Et les habitants de Taillers ont pris le pli. Ils nous appellent tous les deux M. le maire. Alors, pour qui, pourquoi, ça s'est fait très naturellement. Et on est vraiment là pour l'intérêt collectif. Et je rajoute le fait qu'on a aussi une super équipe municipale, une super équipe d'agents. Ce qui fait vraiment un tout qui permet un fonctionnement en mino.
Vous en êtes arrivés à décider ça. C'est aussi une manière de lutter contre l'épuisement des élus. On sait que la tâche est ardue.
Tout à fait. On se rencontre le soir. Souvent, on est tous les deux à 21h en mairie. On se dit, c'est vraiment bien d'être à deux pour prendre des décisions. Et on se rend compte que le fait, on rencontre des maires qui sont souvent tout seuls. On en a rencontré un, une réunion une fois. Il était à son quatrième burn-out sur six ans. C'est vrai que des fois, c'est pas simple d'être tout seul. Donc, c'est vraiment un confort d'être à deux.
Louis Carvey, est-ce que c'est une bonne solution ?
Moi, je suis très touché par cette expérience. Parce que le maire français, c'est vraiment l'héritage napoléonien. C'est-à-dire la concentration du pouvoir entre les mains d'une seule personne qui est à la fois le patron de l'exécutif, le président du délibératif et qui, en ses mains, concentre l'essentiel du pouvoir. Et moi, je trouve que ce genre d'initiative est tout à fait à saluer parce que plus il y a de collectif et plus il y a de partage possible, mieux ça se passe, en fait, dans la réalité. Dans beaucoup de communes, il y a un tandem maire-premier adjoint. Moi, je suis toujours élu municipal dans ma commune et Chantal qui est maire, Pierre qui est premier adjoint. Créer un binôme.
Après, il y a le bureau municipal avec les adjoints, le conseil municipal où nous sommes 29. Mais c'est touchant parce que c'est une réponse aussi au fait que les compétences du maire ont énormément évolué ces dernières années et qu'il faut pouvoir répondre aux souhaits des habitants. Donc, je pense que c'est une manière aussi, sans surcharger une seule personne qui pourrait aller jusqu'au burn-out, le fait de partager le pouvoir, c'est important.
Après, en droit, il n'y a qu'un maire dans une commune, bien évidemment, mais ça, ils le savent, je ne vais pas leur rappeler, mais la pratique quotidienne du pouvoir, c'est quelque chose d'important et le fait de le partager, ça ne peut rendre que plus intelligent.
Arnaud Pajot, on vous a retrouvé, on vous entend. Alors, officiellement, vous êtes le maire de la commune, mais ça aide d'avoir plus qu'un adjoint, d'avoir un co-maire, finalement ?
Oui, on a organisé les choses pour simplifier, pour être pragmatique, opérationnel le plus rapidement possible. Et ça va au-delà de la fonction des maires, c'est véritablement aussi l'organisation qu'on a essayé de créer depuis le début du mandat avec l'ensemble de l'équipe, des adjoints, et comment on communique les informations pour être encore une fois le plus près possible de la réalité et du besoin des administrés. On est dans une dynamique qui nous permet de gérer mieux le stress au quotidien parce qu'en fait, la réalité, c'est que c'est effectivement devenu de plus en plus compliqué.
On a un petit peu d'expérience puisque Jérôme et moi, on était déjà adjoints et on a bien vu que sur ce mandat, ça s'est complexifié. J'entendais tout à l'heure des propos sur la simplification. Effectivement, nous, on est tout à fait prêts à simplifier plein de choses parce que le quotidien est devenu très lourd et notre binôme permet de pallier dans une certaine mesure à simplifier un certain nombre de démarches et en tout cas être au plus près de la réglementation, des normes qui arrivent sans cesse et essayer de comprendre comment tout ça marche.
Merci beaucoup. Merci à tous les deux d'avoir été avec nous, Arnaud Pajot, maire de Thaillet. Jérôme Scola, qui est deuxième adjoint, mais qui est également maire, on l'aura compris. Merci beaucoup d'avoir été avec nous pour nous parler de votre expérience. On termine avec l'actualité dans votre département, dans votre région, Loïc Hervé. D'abord, on va parler des JO, puisqu'on est en pleine période des JO à Milan-Cortina. Les prochains seront organisés dans les Alpes françaises et on voit des problèmes, notamment au sein du comité d'organisation, avec plusieurs démissions. Est-ce qu'il faut s'inquiéter de cette crise ?
Un, pour l'image de la France et deux, pour l'organisation des JO de 2030. Est-ce qu'on sera prêts ?
Alors la France est un pays d'organisation de grandes compétitions sportives. Inutile de rappeler la Coupe du monde de rugby, les JO à Paris il y a deux ans. Et nous serons évidemment au rendez-vous, parce que c'est le choix qui a été fait d'être sur différents sites de compétition et avec des collectivités qui ont l'habitude, elles aussi, communes, départements, d'accueillir des grandes compétitions internationales.
C'est ce qui se passe, Juste Timot, c'est ce qui se passe à Milan aussi, ce concept éclaté avec plusieurs sites.
Oui, avec Cortina qui est dans les Dolomites. Donc c'est vraiment…
J'imagine que vous regardez ce qui se passe. Du coup, ça vous rassure pour 2030 ?
Et je vois aussi nos amis italiens de l'autre côté des Alpes faire face et être capables d'organiser cette belle compétition avec une magnifique cérémonie d'ouverture et puis le monde qui est là et des belles compétitions et déjà des médailles françaises. Donc, enfin, 2030, c'est un horizon qui est tout à fait atteignable. Sur les questions de gouvernance, parce qu'elles sont importantes, il appartient à la ministre de mettre de l'ordre là-dedans. Parce que la compétition est accueillie par la France et donc le comité d'organisation doit être en ordre de marche.
Donc, tu peux taper du poing sur la table ?
Absolument. L'espèce de feuilleton qui consiste à avoir toutes les semaines une démission et quelqu'un qui, en plus, se répand dans la presse en expliquant ce qui ne va pas. Moi, je pense qu'il est du rôle de l'exécutif de Mme Ferrari d'être absolument… La ministre des Sports. Oui, la ministre des Sports, d'être absolument… Plus ferme. Non, mais non seulement plus ferme, mais si nécessaire, de reprendre la main pour que les choses soient faites. Edgar Gopiron est le patron de cette organisation. Il faut que ça avance maintenant. On ne va pas passer l'hiver.
Au moment, d'ailleurs, où on a les yeux braqués sur Milan et Cortina, encore cette capacité franco-française d'avoir des polémiques de l'ordre, de l'ordre, de l'ordre.
Un dernier mot plus politique. Il y avait une législative partielle chez vous en Haute-Savoie il y a dix jours. C'est le candidat d'Éric Ciotti qui l'a emporté face au candidat…
Avec le soutien du Rassemblement national.
Avec le soutien du Rassemblement national face au candidat soutenu par les LR et les centristes. Qu'est-ce qu'il faut y voir ? Un déplacement de votre électorat vers l'extrême droite ?
La première chose qu'il faut y voir, c'est 70% des électeurs qui ne sont pas allés voter. Alors c'est le propre des législatives partielles, mais quand même. Ça veut dire qu'une très grande partie de l'électorat décide de ne pas aller voter. Et ça, c'est préoccupant. La deuxième des choses, c'est qu'effectivement, Antoine Valentin remporte cette élection avec un score important, 60% des voix, et il annonce que c'est la consécration de l'Union des droites. Alors moi, dans la question de l'Union des droites, comme homme du centre-droit, je pose deux questions. La première des questions, c'est qui est de droite ?
Et moi, je regarde les votes du groupe RN et UDR à l'Assemblée nationale, notamment dans la période budgétaire. Et je n'ai pas vraiment l'impression qu'on ait une compatibilité sur les thèmes, notamment d'économie libérale et de soutien à l'activité économique, avec les votes qui ont été les leurs. Et deuxièmement, dans une prétendue Union des droites, qui est le patron ? Qui est le patron ? Si c'est pour faire l'Union des droites avec le patron, qui est le Rassemblement national, non merci.
C'est ce qu'ils disent, que ça doit s'être derrière eux.
Ça ne m'intéresse pas. Et je ferai partie de ceux qui s'opposeront le plus systématiquement possible.
Est-ce que si le patron est un LR ou un centriste, ça vous intéresse plus ?
Non, je dis simplement qu'à partir du moment où c'est le RN et que le RN n'est pas clair ni sur les retraites, ni sur les impôts, ni sur le soutien à l'économie, et que c'est un parti qui, aujourd'hui, puise ses origines dans un certain nombre d'idées... Je ne parle pas du reste. On pourrait parler de bien d'autres choses en matière de liberté publique, d'immigration, de sécurité. Je parle de la question économique. Ce parti n'est pas un parti compatible avec moi qui suis un libéral économiquement, qui veut que mon pays avance, que mon pays redevienne une puissance économique telle qu'elle doit l'être, telle que le pays doit l'être. Et donc ça, c'est vraiment une question centrale.
Et la question économique doit revenir au premier plan.
Merci Louis Carvey. Merci beaucoup d'avoir été notre invité pendant cette première demi-heure.