Panthéonisation de Robert Badinter : "Le discours d'Emmanuel Macron était totalement décalé"
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Questions et réponses
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Est-ce que vous avez regardé cette cérémonie déjà, Raphaël Stainville ?
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Et vous êtes allé jusqu'au bout du discours d'Emmanuel Macron ?
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J. William Golnadel, vous avez regardé cette cérémonie ?
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Pour toutes les cérémonies ou celle-là en particulier ?
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Pour Elisabeth Badinter, donc ?
- 3:45ComplaisanteÉludée
Je pense que ce que Jacques Attali a dit va vous plaire, écoutez, c'était...
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« j'ai trouvé ça presque obscène lorsqu'il... »
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« j'ai l'impression qu'il nageait en plein révisionnisme historique. »
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« pour certains, en tout cas je pense à Jean-Jacques Rousseau, admettait la possibilité de la peine de mort pour les criminels qui s'étaient mis, finalement, qui s'étaient exclus de la société. »
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« En tous les cas, sa lutte contre l'antisémitisme, et notamment quand il s'est aperçu que l'antisémitisme avait changé, qu'il était d'extrême gauche, et je dois dire que j'ai encore plus d'admiration sur ce point-là pour son épouse. »
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« Moi, j'avais une conception peut-être un peu surannée par rapport à d'autres avocats, de la conception d'avocats, je voulais défendre la veuve et l'orphelin. »
- 4:02InvitéFait
« Il a joué un rôle dans l'abolition de la peine de mort, mais n'importe qui, garde des Sceaux, aurait fait abolir la peine de mort. »
- 4:07InvitéFait
« Celui qui fait abolir la peine de mort, c'est François Mitterrand. »
- 4:20InvitéFait
« il n'a été garde des Sceaux que par hasard. François Mitterrand ne voulait pas qu'il le soit à ce moment-là. »
- 5:14InvitéChiffre
« Aux Etats-Unis, il y en a qui en prennent pour 400 ans. »
- 5:21InvitéFait
« on nous a expliqué que la prison à vie, ce n'est pas possible, vous comprenez, même les matons, ils ne pourraient pas. »
- 5:57InvitéFait
« les membres d'Action Directe ont été amnistiés par M. Badinter en 1981, avec 250 autres terroristes, qu'on appelait à cette époque-là des combattants de la liberté »
- 6:13InvitéFait
« ils ont assassiné le patron de la régie Renault, Georges Bess, et le lieutenant général de la direction de l'armement. »
- 6:35InvitéFait
« supprimer la loi sécurité-liberté, sans même une autre loi, et ouvrir les portes des prisons, y compris à des gens dangereux. »
- 7:08InvitéChiffre
« il y a eu presque 40 000 gens qui ont été libérés des geôles de la République »
- 7:25InvitéFait
« il a installé le syndicat de la magistrature place Vendôme, il a donné les clés de l'école de la magistrature au syndicat de la magistrature »
- 7:47InvitéFait
« il a contribué finalement à empêcher le politique de reprendre la main sur la magistrature. »
- 8:59InvitéFait
« M. Macron a osé dire que ceux qui traitaient M. Badinter de laxiste, en vérité, lui donnaient un brevet d'humanisme. »
Temps de parole
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On va revenir sur le plan de paix à Gaza, il est entré en vigueur ce matin à 9h. Juste avant quand même, j'aimerais revenir sur cette cérémonie de panthéonisation qui a eu lieu hier, Robert Badinter, qui entre au Panthéon. Est-ce que vous avez regardé cette cérémonie déjà, Raphaël Stainville ?
Je me suis contenté d'écouter le discours d'Emmanuel Macron, mais je n'ai pas eu le courage et la force d'aller jusqu'au bout de la cérémonie.
Et vous êtes allé jusqu'au bout du discours d'Emmanuel Macron ?
Oui, parce que ça m'intéressait de voir une fois de plus ce numéro d'acteur du président qui me semblait tellement décalé dans sa grandiloquence. J'ai trouvé ça presque obscène lorsqu'il... Ah bon ? Obscène ? Oui, parce que je pense qu'il y avait un immense malentendu. En même temps qu'Emmanuel Macron voulait célébrer un homme Badinter et la République, j'ai l'impression qu'il nageait en plein révisionnisme historique. Il célébrait les Lumières, mais même les philosophes des Lumières, pour certains, en tout cas je pense à Jean-Jacques Rousseau, admettait la possibilité de la peine de mort pour les criminels qui s'étaient mis, finalement, qui s'étaient exclus de la société.
Mais je pense qu'on ne peut pas s'exonérer de faire le bilan de la politique et de la philosophie pénale qu'a porté Robert Badinter.
Ah, on va y venir.
Et donc, moi j'ai trouvé que c'était décalé, que c'était oublié les victimes, les vraies victimes. Et oui, ça m'a dérangé, ça m'a dérangé.
J. William Golnadel, vous avez regardé cette cérémonie ?
Ah non, pas du tout. Non, pas du tout. J'en ai eu le courage de Ravelle, j'en suis incapable. Non mais j'en suis totalement incapable, je vous le dis, c'est presque physique.
Pour toutes les cérémonies ou celle-là en particulier ?
Non, celle-là en particulier. Non, mais pour dire les choses clairement, j'ai beaucoup de respect pour une partie de l'œuvre de M. Badinter. En tous les cas, sa lutte contre l'antisémitisme, et notamment quand il s'est aperçu que l'antisémitisme avait changé, qu'il était d'extrême gauche, et je dois dire que j'ai encore plus d'admiration sur ce point-là pour son épouse.
Pour Elisabeth Badinter, donc ?
Oui, très clairement. Maintenant, pour le dire franchement, quand je suis arrivé au palais, confusément, M. Badinter, qui avait évidemment une très belle voix, un très grand avocat, mais il était exactement ce que je ne voulais pas être sur le fond. Moi, j'avais une conception peut-être un peu surannée par rapport à d'autres avocats, de la conception d'avocats, je voulais défendre la veuve et l'orphelin. Et je sentais très bien qu'on était déjà dans la culture de l'excuse, et qu'on faisait passer, d'une certaine manière, l'intérêt des criminels au-dessus de l'intérêt des victimes. C'est tout à fait au contraire.
Donc moi, à la limite, si vous dire quelque chose, je ne vois pas d'inconvénients à ce que M. Badinter soit au Panthéon, qu'on a même décidé de mettre Mme Alimi, alors j'ai encore beaucoup plus de réserve, pour des tas de raisons, au Panthéon. Mais alors, dans ce cas-là, moi, quand j'étais au palais, il y avait un grand avocat, un grand ténor, qui s'appelait Henri-René Garraud, mais qui avait aussi beaucoup de verve, mais une verve un peu de gouaille, mais qui était méprisée par une partie du barreau et des magistrats, qui était déjà dans la bande d'intégralisation. C'était parce qu'il avait fondé Légitime Défense. Il défendait, il défendait les victimes.
Je peux vous dire que c'était l'avocat des francs jouillards, d'une certaine manière. Eh bien, pourquoi on ne mettrait pas aussi M. Henri-René Garraud au Panthéon ? Il a tout autant sa place que M. Badinter.
Je pense que ce que Jacques Attali a dit va vous plaire, écoutez, c'était... Ah oui, non, non, écoutez...
Ça serait bien la première fois.
Eh bien, justement, aujourd'hui, vous avez vu, vous avez été d'accord avec Jean-Luc Mélenchon, et certainement avec Jacques Attali. Je file un mauvais coton, moi je vous le dis. Eh bien, écoutez-le, on en reparle.
Vous avez raison de dire qu'il a joué un rôle dans l'abolition de la peine de mort, mais n'importe qui, garde des Sceaux, aurait fait abolir la peine de mort. Il n'y est pour rien. Celui qui fait abolir la peine de mort, c'est François Mitterrand. J'ai souvent dit qu'une chaise, garde des Sceaux, aurait fait abolir la peine de mort, puisque les parlementaires l'auraient voté. Mais il a joué un rôle majeur dans le combat contre la peine de mort avant l'élection, et, comme on en dira peut-être tout à l'heure, il n'a été garde des Sceaux que par hasard. François Mitterrand ne voulait pas qu'il le soit à ce moment-là.
Il n'est pas très sympathique quand il dit qu'une chaise aurait fait voler la... Très sincèrement, je donne quand même... Mais est-ce que vous êtes d'accord avec...
Je donne plus quand même de talent à M. Badinter qu'à M. Attali.
Alors, ça, peut-être, mais est-ce que vous êtes d'accord avec ce qu'il dit, en tout cas ?
Non, même pas. Non, même pas factuellement, parce que c'est quand même aussi sa plaidoirie, où il a sauvé les têtes, etc., qu'il lui donnait dans son combat une légitimité. De vous à moi, je ne suis pas contre du tout l'abolition. Ça ne m'empêcherait pas de dormir si Eichmann devant moi était pendu. Ça ne me dérange pas. Ceux qui m'imaginaient davantage, c'est... Notamment, on a vendu, comme argument, aux plus réticents pour la peine de mort, c'était qu'il y avait encore plus sévère que la peine de mort, c'était d'enfermer quelqu'un criminel toute sa vie. Et c'est vrai. Aux Etats-Unis, il y en a qui en prennent pour 400 ans.
Sauf qu'il y a quelques mois ensuite, on nous a expliqué que la prison à vie, ce n'est pas possible, vous comprenez, même les matons, ils ne pourraient pas. Et peu à peu, on a fait disparaître la prison à vie. On a aboli de fait la prison à vie, et en réalité aussi, d'une certaine manière, il n'y a plus de peine capitale du tout. Au-delà de 20 ans, c'est très rare qu'un type encore soit en prison. Je pense que ça n'est ni dissuasif, ni convenable, si j'ose dire, par rapport aux familles des victimes.
Alors, puisqu'on est sur l'héritage de Robert Badinter, écoutez ce qu'on dit également, Georges Fenech.
Si vous m'autorisez à faire une critique, ce qui n'enlève en rien à la grandeur de cet homme, les membres d'Action Directe ont été amnistiés par M. Badinter en 1981, avec 250 autres terroristes, qu'on appelait à cette époque-là des combattants de la liberté, et une fois remis en liberté, 3, 4, 5 ans plus tard, ils ont assassiné le patron de la régie Renault, Georges Bess, et le lieutenant général de la direction de l'armement. Voilà. Donc il y a ces deux familles qui ne sont pas venues, qui n'ont pas été invitées aujourd'hui. Et il y a 40 ans. Alors, c'est dur de dire cela comme ça.
Mais si vous voulez, c'est cette espèce d'angélisme, de cette culture que le criminel est d'abord lui-même la victime, d'un trait de plume, supprimer la loi sécurité-liberté, sans même une autre loi, et ouvrir les portes des prisons, y compris à des gens dangereux. Donc, je veux dire, il y a cet épisode sombre.
Alors là, Gilles-William-Golnadel, Georges Fenech, va dans le sens de ce que vous disiez.
Il a tellement raison, mon cher Georges. Vous savez, c'est notre combat comment ? On a créé droit à la sécurité ensemble, et quand nous avons créé droit à la sécurité, le non-droit à la sécurité, je vous assure que nous sentions le souffre, rien que le mot en question. Donc, bien entendu, il a raison pour le pauvre Georges Bess, il a entièrement raison, mais il y a eu presque 40 000 gens qui ont été libérés des geôles de la République, et ça a entraîné, vous ne pouvez pas imaginer, le nombre de victimes en plus. Il a raison. Raphaël Stainville.
Oui, même pour aller plus loin, parce qu'on en paye encore aujourd'hui les conséquences, c'est qu'il a installé le syndicat de la magistrature place Vendôme, il a donné les clés de l'école de la magistrature au syndicat de la magistrature, et lorsqu'il a été président du conseil constitutionnel, il a fait en sorte, de manière presque systématique, d'empêcher toutes les lois sécuritaires, notamment les lois pasqua, de pouvoir se déployer dans ce qu'elles avaient de radical. Donc, il a contribué finalement à empêcher le politique de reprendre la main sur la magistrature.
Il a donné une impulsion et un écho finalement au syndicat de la magistrature dont on paye aujourd'hui très largement les conséquences.
Il est très rare quand même qu'un homme fasse entièrement un consensus dans toute sa vie, toute son œuvre. Mais là, est-ce que vous ne pensez pas que Robert Badinter au Panthéon, c'est surtout pour ce symbole de l'abolition de la peine de mort ?
Vous avez entièrement raison. C'est d'abord pour cela qu'il a eu cette cérémonie hier, qui l'est au Panthéon aujourd'hui. Mais dans le discours d'Emmanuel Macron, c'était un hommage et un éloge beaucoup plus large. C'était finalement un éloge du socialisme dans toute sa pureté. Et c'est là où c'était peut-être plus problématique. Parce qu'on peut discuter de l'héritage de Badinter à l'aune de ce que nous connaissons aujourd'hui. M. Macron a osé dire que ceux qui traitaient M. Badinter de laxiste, en vérité, lui donnaient un brevet d'humanisme. Je suis désolé de vous dire que pour moi, les premiers humanistes, ce sont ceux qui sont derrière, à côté, les victimes, pas à côté des coupables.