Christian Jacob : "La réponse ne sera pas dans les combines et dans les magouilles"
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Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le président du parti Les Républicains. Question, réaction, amis auditeurs, au 01 45 24 7000 et sur l'application de France Inter. Christian Jacob, bonjour. Bonjour. Et merci d'être à notre micro ce matin. On le répète depuis dimanche soir, le résultat de ces législatives a été un séisme politique qui débouche sur un paysage parlementaire totalement inédit. Trois blocs, une majorité présidentielle introuvable, une percée historique du RN et à gauche, une nupe en force. Diriez-vous, Christian Jacob, ce matin, que le pays est tout simplement ingouvernable ?
On est effectivement dans un contexte, comme vous l'avez dit à juste titre, qu'on n'a jamais connu. La responsabilité entière est celle du président de la République.
Entière ? La responsabilité entière ?
Oui, oui, parce que moi je considère que c'était un quinquennat pour rien. Bien sûr, il y a eu la crise du Covid, avec toutes les difficultés que ça a pu générer, mais il y a eu l'avant-Covid. Il y a eu trois ans, aucune réforme de fait, que des choix tactiques, mais aucune ligne politique. Et puis ensuite, à chaque fois, un président dans la tactique qui a instrumentalisé les extrêmes. Il a instrumentalisé Marine Le Pen pour la présidentielle, sur le thème « C'est moi ou le chaos ». Il a instrumentalisé Jean-Luc Mélenchon sur le même registre, et il se trouve effectivement face à cette difficulté. « Ingouvernable » ? C'est au président de la République de trouver les réponses.
C'est lui qui a mis le pays dans cette situation. C'est lui qui porte la responsabilité. C'est à lui de mettre quelque chose sur la table, s'il souhaite le faire.
A lui, avec vous ou sans vous ?
Nous, nous avons une ligne très claire. Nous sommes dans l'opposition. Nous avons fait campagne dans l'opposition à Emmanuel Macron, parce que ce quinquennat, où il a été incapable de porter aucune réforme, où il y a eu une gabegie sur la gestion des dépenses publiques en début de quinquennat, a conduit le pays dans cette situation. C'est pour ça que nous sommes dans l'opposition à Emmanuel Macron. Nous avons fait campagne sur ce registre, et nous y restons. Ça ne veut pas dire... Quand je dis dans l'opposition, nous l'avons fait pendant 5 ans, en mettant systématiquement des propositions sur la table.
Nous n'avons jamais été, comme l'est Jean-Luc Mélenchon et ses amis, pour le blocage des institutions, pour la révolution permanente. Nous n'avons jamais été dans ce registre, ni dans celui du Front National.
Mais pour qu'on comprenne bien, certains dans votre parti, comme Jean-François Copé, comme Christelle Morancet, comme ce matin le maire de Saint-Etienne, vous appellent à faire un pacte de gouvernement avec Emmanuel Macron. Vous dites que c'est non, non et non ? Pas de pacte de gouvernement ?
Non, parce que ce n'est pas les combines. La réponse, ce ne sera pas dans les combines et dans les magouilles. La dernière fois, le président de la République l'a fait. Lorsqu'il a été chercher quelques âmes fragiles pour les faire rentrer dans son gouvernement, quel a été le résultat de l'arrivée d'Edouard Philippe ? Ça a été une gestion calamiteuse des finances publiques. Je pense que, sans doute, qu'il détient le record de la plus mauvaise gestion des dépenses publiques. Pire que Hollande. C'était ça, le début du quinquennat. Donc, ce n'est pas ça, la réponse. J'entends bien qu'un certain nombre d'amis sont en attente de postes ou de nominations, peut-être.
Vous pensez que c'est que ça ? Pour Copé, Morancet, tout ça, ils veulent juste être ministre ?
Écoutez, en tout cas, ça n'est pas la ligne que nous avons retenue. Et ça n'est pas la ligne que je défendrais. Parce que je considère qu'on ne peut pas être dans une double trahison. De trahir nos électeurs. Ceux qui nous ont fait confiance ne nous ont pas élus pour siéger et pour être dans le gouvernement d'Emmanuel Macron. Ils nous ont élus sur un projet qui était le nôtre. Maintenant, charge à Emmanuel Macron de venir sur nos propositions.
Donc, pas de contrat de gouvernement, on l'a entendu, mais vous ferez du cas par cas. Vous voterez les textes du gouvernement. Parfois oui, parfois non. C'est ça la ligne, qu'on la comprenne ?
Non, mais c'est que le cas par cas, les textes viennent les uns après les autres dans l'hémicycle. À chaque fois, nous serons force de propositions. Dans un travail étroit entre le groupe parlementaire du Sénat et le groupe parlementaire de l'Assemblée nationale, il y aura à chaque fois des propositions qui seront faites. Charge au gouvernement et à sa majorité, ou ce qu'il en reste, de les accepter ou pas. Nous, nous resterons sur la ligne qui est la nôtre, sur celle où nous avons fait campagne. C'est-à-dire, on ne va pas avoir dit quelque chose pendant deux mois de campagne et expliquer le contraire aujourd'hui. C'est-à-dire que ça n'a pas de sens.
Même si le pays est ingouvernable ? C'est ça que vous disent vos amis, vous dites, ils cherchent peut-être des postes, mais ce qu'ils vous disent, c'est qu'aujourd'hui, le pays est ingouvernable, que face aux extrêmes, ce sont les mots de Jean-François Copé, Est-ce qu'il n'y a pas un principe de responsabilité ? Non mais attendez, on ne va pas pleurer sur le l'air inversé,
que M. Macron mette des propositions sur la table. Qui nous a conduits dans cette situation ? C'est lui. Moi, je ne vais pas... Enfin, je ne suis plus député aujourd'hui, mais on ne va pas à tous mes collègues qui le sont. On ne va pas avoir expliqué à nos électeurs, voilà notre projet, et maintenant qu'on est élu, on va faire autre chose. On n'a pas vocation de béquille ou de roue de secours.
Oui, mais pendant la campagne présidentielle, vous aviez, vous vous en souvenez évidemment, qualifié Emmanuel Macron d'homme photocopieuse. Vous aviez dit qu'il plagiait votre programme sur le conditionnement du RSA, une activité, sur la baisse des impôts de production, sur la relance du nucléaire,
sur la retraite à 65 ans.
Sur la retraite à 65 ans. Vous allez l'empêcher de mettre tout ça en place aujourd'hui ?
Elle n'est pas là, la cohérence ? Je ne crois pas un instant qu'il le fera. Est-ce que vous avez déjà vu une fois Emmanuel Macron faire ce qu'il avait dit ? Moi pas. Tant qu'on est dans les discours, tout va bien. Regardez sur la retraite.
La loi travail, il l'a fait. Il l'avait promis, l'ISF, il l'a fait.
Enfin, on est très loin. L'ISF, il a taxé les propriétaires. C'est totalement différent. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, ceux qui paient la note, ce sont ceux qui ont investi parfois toute une vie pour acheter un appartement, pour acheter de la pierre ou de la terre, ceux-là sont effectivement dans la cible.
D'accord, mais si il vous dit, là tout à l'heure, vous allez le voir à 10h. À 10h, vous avez un rendez-vous puisqu'il reçoit les chefs de tous les partis politiques. C'est vous qui ouvrez le bal à 10h avec Emmanuel Macron. Vous allez lui dire quoi ? Vous allez lui dire si vous faites la retraite à 65 ans, si vous faites le RSA sous condition, si vous faites un certain nombre de mesures avec lesquelles on est d'accord, on vous suit ? C'est ça que vous allez lui dire ? Vous allez lui dire quoi ?
D'abord, c'est lui qui, je pense à quelque chose à me dire. C'est lui qui est à l'initiative. Moi, je n'ai pas demandé à recevoir une manière républicaine. Le président de la République me propose un rendez-vous. Bien évidemment, je m'y rends. Mais je pense que s'il demande à me voir, j'ose espérer que c'est parce qu'il a quelque chose à dire. Donc je vais l'écouter, bien entendu. D'accord, mais je vous repose la question.
Si jamais il vous dit on fait la retraite à 65 ans ensemble, est-ce que je peux compter sur vous ? Vous répondez quoi ?
On lui dira, on lui mettra les propositions que nous avons faites depuis toujours. Et nous, effectivement, si ce projet est le nôtre, on ne va pas voter contre, à condition qu'il soit le nôtre.
Donc c'est soit le vote, soit pas, c'est ça ? C'est ça votre manière de... Le compromis, on est loin de l'allemande là.
Oui, oui, mais enfin, je n'ai pas une vocation d'allemand non plus. On a un système politique qui est différent. Vous savez, l'élection en Allemagne, on est dans un régime parlementaire.
J'entends bien, mais vous avez 64 députés, il en a 245. Et vous dites, soit c'est mes propositions, soit c'est pas.
Mais non, mais attendez, mais qui a été d'une arrogance et d'une suffisance permanente ? Qui n'a eu qu'une idée de nous détruire en permanence ? C'est bien le président de la République. Qui a fait monter les extrêmes ? C'est bien le président de la République. Alors maintenant, il vient appeler au secours. Il fallait qu'il y pense avant aussi. Mais là, vous jouissez de votre position de pivot, en fait. Non, non, moi, j'essaye d'être pragmatique et réaliste. Et de ne pas tromper les électeurs. Nous, nous avons fait campagne sur un thème. Nous avons 62 députés.
Ça vous fait plaisir, quand même.
Nous avons 62 députés. Vous pouvez l'admettre, Christian Jacob. Non, non, on nous en a annoncé 30. On en a 62. Bien évidemment, j'aurais espéré qu'on en ait davantage. Mais la situation est celle-là. Et je ne me vois pas revenir devant les électeurs qui nous ont fait confiance en disant, non, non, attendez, finalement, ça ne va pas vraiment se passer comme ça. Elisabeth Borne peut-elle rester première ministre ? C'est le choix du président de la République. Ce qui aurait été cohérent, c'est qu'après les élections législatives, vous savez que le premier ministre en France a une double légitimité. Celle du président de la République qui le nomme et celle des responsables devant le Parlement.
Compte tenu de la composition du Parlement, je pense qu'il aurait été sain qu'elle dépose sa démission au président de la République. Après, charge au président de la République de la renommer ou pas. Mais ça relève de son choix. Ce n'est pas nous qui nommons les ministres.
Mais appelez-vous ce matin la nomination à ce poste d'une personnalité qui serait issue de la droite, comme Catherine Vautrin, par exemple.
Non, écoutez, ça, c'est au président de la République de décider. Ça, c'est la manip, c'est les combines, c'est les magouilles. Ça, on a vu ce que ça a donné pendant 5 ans. On a vu le résultat sur la gestion des finances publiques. On a vu le résultat en matière de sécurité. On a vu le résultat sur la politique économique qui a été menée. Donc ça, on n'en est pas.
Oui, on a vu les résultats de votre parti aussi aux élections législatives, Christian Jacob, et à la présidentielle. Désormais, ça peut sembler stupéfiant, le Rassemblement National a plus de députés que vous. Comment vous réagissez à ça ?
Écoutez, c'est le choix des électeurs. Je vous dis, le choix, d'abord, le président de la République, ça a été celui d'instrumentaliser les extrêmes. Nous, nous avons été pris dans cet étau et nous n'avons pas eu la bonne réaction. Vous savez, quand on perd une élection, c'est pas par hasard. Si on la perd, c'est qu'on n'a pas été bon. Quand on la gagne, on peut gagner par hasard. On peut gagner sur un coup de poker. Quand on perd, c'est qu'on n'a pas été bon. Et on a, au mois de décembre, six mois avant l'élection présidentielle, notre candidate était à 19% dans les sondages. C'était même la seule qui avait des sondages qui lui permettaient de pouvoir battre Emmanuel Macron.
et ensuite, collectivement, on n'a pas su desserrer l'étau entre le Rassemblement National et Emmanuel Macron.
C'était quoi ? La faute à quoi ? La faute à votre candidate ? La faute au manque de soutien du parti ? La faute à quoi ?
Non, c'est toujours collectif. Vous savez, dans ce genre de choses, c'est toujours facile de désigner telle ou telle la réalité. C'est collectivement... Voilà, on n'a pas su trouver l'espace. Alors après, on peut se trouver un certain nombre d'excuses. D'ailleurs, dont certaines sont réelles. Le contexte de guerre en Ukraine, la sortie du Covid. Mais la réalité, c'est qu'on a... Voilà, on n'a pas été compris de nos électeurs. On n'a pas été identifiés.
Les électeurs, justement, ce qui explique en partie cette percée du RN, c'est l'effondrement du Front Républicain. Brice Tinturier nous disait hier que les transferts de voix des électeurs LR vers le RN ont été bien plus importants que dans les scrutins précédents. La frontière entre la droite traditionnelle et le RN s'effrite toujours plus. C'est un constat, si j'ose dire, que vous constatez et que vous admettez que ça se passe aussi par le bas, dans les urnes.
Ce qui s'est passé aussi beaucoup, c'est les transferts, au-delà de ce que peuvent dire les leaders, mais on le voit électoralement, les transferts des électeurs de l'extrême gauche vers l'extrême droite et inversement. D'ailleurs, c'est le même programme économique. Si vous regardez le programme économique de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon, c'est rigoureusement le même.
Il y a eu aussi des transferts de voix de chez vous.
Et on voit bien, non mais bien évidemment, mais enfin, moi je l'ai vu dans ma circonscription, et on le voit partout en France. Il y a eu un transfert, parce que leur programme économique est le même, c'est un programme qui n'a rien de sérieux, mais qui a séduit au moment où il a été prononcé. Et il faut leur reconnaître ça. Expliquer aujourd'hui qu'on revient à la retraite à 60 ans, c'est se moquer du monde. C'est se moquer du monde. On ne peut pas dire ça et dire qu'on va augmenter les pensions. Il faut arrêter de prendre les gens pour des imbéciles.
Si on veut, effectivement, est-ce que nous souhaitons relever les pensions de retraite, ça ne peut se faire qu'avec un allongement de la durée de cotisation.
Christian Jacob, encore une question. Depuis dimanche soir, on entend certains ministres macronistes, certains députés macronistes dire, qu'il va falloir travailler avec le Rassemblement National, il va falloir s'ouvrir au Rassemblement National, pour avoir la majorité, on n'exclut pas d'aller chercher les voies du Rassemblement National. Ça vous semble normal ? Ou est-ce qu'ils sont en train de passer une ligne rouge ?
Je ne sais plus où sont les lignes avec la Macronie. Ce sera à eux de prendre leur responsabilité. Nous, nous avons été...
Pardon, vous posez la question, ça vous choque ou ça ne vous choque pas qu'ils disent on va aller chercher toutes les voies possibles pour avoir des majorités, même le Rassemblement National ?
Écoutez, on l'a vu avec Emmanuel Macron, toutes les combines sont bonnes. Il n'a jamais renoncé à rien. Il n'a toujours été que dans la tactique. D'ailleurs, reconnaissons-lui un certain talent, tacticien. En revanche, sur la vision politique, regardez, sur le nucléaire, il faut diminuer le nucléaire, passer la part du nucléaire de 75% à 50% dans notre énergie. Il faut fermer 14 réacteurs. Ensuite, il faut relancer le nucléaire. On s'oppose au biocarburant. Maintenant, il faut développer les biocarburants.
D'accord, mais dire il y a 8 semaines, dire il y a 2 mois pendant la présidentielle, c'est le Front Républicain. C'est moi où il faut le Front Républicain, il faut faire barrage à Marine Le Pen et ensuite dire on n'exclue pas d'aller chercher leur voie.
Il est prêt à tout. Allez, on file au standard où nous attend Laurent. Laurent, bonjour. Bonjour, merci de prendre mon appel. Je vous en prie, on vous écoute.
Comme beaucoup d'électeurs de droite, je ne vote plus républicain et je voulais juste dire à M. Jacob qu'on est nombreux à préférer la droite qui sert comme M. Le Maire et Darmanin à la droite qui se sert et se nourrit sur la bête comme M. Ciotti et tous les apparatchiks du parti.
Donc, ancien électeur LR, passé du côté LREM. Merci pour cette intervention, Laurent, que je transmets à Christian Jacob. Il y a un certain nombre d'auditeurs sur cette ligne ce matin au standard. Christian Jacob.
Écoutez, traiter des élus d'apparatchiks, vous savez, Eric Ciotti s'est fait élire, réélire sur son nom. Vous faites référence à d'autres comme Bruno Le Maire ou Édouard Philippe. Je vous donne juste si vous êtes et si réellement vous avez été un électeur de droite. La gestion des finances publiques, vous voyez, sur les trois premières années du quinquennat, on a été sur une augmentation de 2,6% par an des dépenses publiques. Avant, sous François Hollande, qui dans ma bouche n'est vraiment pas une référence, on était à 1,4%. C'est-à-dire que l'arrivée d'Édouard Philippe et Emmanuel Macron, on a doublé le niveau d'augmentation des dépenses publiques, et cela avant la crise du Covid.
Bien entendu, après le Covid, c'est autre chose. Donc, écoutez, voilà, on a les élus qui sont élus aujourd'hui députés, je le dis d'autant plus facilement que je n'étais pas moi-même candidat à ma réélection, l'ont été sur leur nom et avec la confiance dans leurs électeurs.
Retour au standard où nous attend Andréas. Bonjour.
Oui, bonjour, France Inter.
Bonjour, vous êtes Allemand et on me dit que vous vivez en France depuis 30 ans.
C'est exactement ça, oui. Allez, on vous écoute. Merci. Je vis à Lyon et donc, effectivement, je suis Allemand et ça fait 30 ans que je vis en France et parfois, je suis quand même très étonné de la réaction de certains hommes et femmes politiques en France. Quand il y a M. Jacob qui dit que c'est son programme qui doit être quelque part, c'est son programme que le président de la République doit adopter, les Républicains, ils ont fait 4% aux élections présidentielles. Donc, pour moi, c'est quand même ahurissant d'imposer maintenant le programme des Républicains en France. Et quand on parle de consensus, la responsabilité que vous avez aujourd'hui, M.
Jacob, avec les Républicains pour justement construire un consensus, peut-être pas tout à fait à l'allemande, mais un tout petit peu dans ce sens-là, c'est quand même très important et je pense que c'est une responsabilité que vous avez pour les Français et pour la France et pas uniquement pour les Républicains et pour les électeurs des Républicains.
Voilà. Merci Andréas. Invitation à créer du consensus. Voilà ce que nous dit Andréas. Close nous dit la même chose sur l'application. Christian Jacob ne peut-il pas se comporter en politique responsable et faire comme les responsables allemands qui sont capables de travailler ensemble ?
Christian Jacob, réponse. D'abord, comme je le disais tout à l'heure, notre système électoral n'a rien à voir avec celui qui existe en Allemagne. En Allemagne, d'abord, ils sont dans un régime parlementaire, avec les collectivités, notamment les landers, qui ont un pouvoir très important. Le chancelier ne peut pas prendre une position sans venir consulter systématiquement le Parlement. Pour avoir suivi beaucoup de négociations européennes, vous voyez les allers-retours à chaque fois du chancelier. Un moment de chancelier allemand bloque les choses en disant « Je dois aller consulter le Bundestag et les responsables politiques ». En France, mais... Là, c'est sur le jeu des partis. Oui, voilà.
Là, c'est sur le jeu des partis. Oui, mais bien sûr. Mais simplement, le jeu des partis ne tombe pas du ciel. C'est parce qu'il y a une cohérence institutionnelle qui est différente en France. Mais jamais, le président de la République n'a considéré à aucun moment l'opposition. Ça n'était que mépris, arrogance. Moi, je n'ai jamais été consulté par le président de la République sur quoi que ce soit, sauf sur une pseudo-réforme constitutionnelle qu'il n'a jamais fait. Parce que le Sénat bloqué. C'est lui qui veut nous rencontrer. Donc, peut-être qu'il a quelque chose d'important à nous dire. On va voir. Moi, je vais l'écouter.
Un mot sur Nicolas Sarkozy. Beaucoup de leaders de votre parti ont dit leur déception, leur tristesse devant ce qu'ils appellent la trahison. Nicolas Sarkozy, pour votre famille politique, pendant la présidentielle et puis pendant les législatives, notamment quand il a reçu l'opposante à Brigitte Custer qui avait été proche de lui et l'opposante macroniste. Brigitte Custer qui a dit « J'ai honte pour lui devant une telle trahison ». Vous parlez aussi, vous, de trahison, Nicolas Sarkozy ?
Non, j'ai des relations différentes, enfin anciennes, ce qui est le cas de Brigitte Custer. Oui, c'est pour ça qu'elle s'est émue. Brigitte Custer a eu beaucoup d'amertume, ce que je comprends, parce qu'elle était la présidente du comité de soutien de Nicolas Sarkozy et elle a été blessée, elle l'a très mal vécue. Je pense que personne ne l'aurait bien vécue. C'est pas une trahison, c'est quoi ? Moi j'ai un immense respect pour Nicolas Sarkozy, pour le quinquennat qui a été le sien. Je pense que c'était un bon quinquennat. Je pense qu'il a été un bon président pour la France. Et ensuite, j'ai des liens d'affection et d'amitié avec lui.
Maintenant, on l'a vu dans les discussions politiques qui nous animent aujourd'hui. Nous sommes sur des visions différentes.
Le Rassemblement National Fort de ses 89 députés réclame la Commission des Finances de l'Assemblée. La NUP réclame aussi cette commission. Qu'en pensez-vous, Christian Jacob, à qui doit-elle revenir ?
Ceux qui seront élus, vous savez, on est dans une démocratie. Ils sont élus, là. Non, non, mais pour être président de commission. Président de commission, c'est pas on réclame et on nomme.
Non, c'est les partis d'opposition qui votent.
La Commission des Finances, grâce à la réforme qui avait été portée d'ailleurs de Nicolas Sarkozy, fait qu'elle revient à un groupe d'opposition. Et donc, nous, nous aurons aussi un candidat à la Commission des Finances. Après, ce sont les députés de la Commission des Finances qui élisent leur président.
La première réunion du Conseil National de la Refondation devait avoir lieu demain, mais elle a été annulée. Pensez-vous que ce projet sera enterré, Christian Jacob, ou que c'était une bonne idée ?
C'est un gadget total, un outil de com', un de plus. Encore une phrase annoncée par le président de la République, qui ne fera pas, comme à chaque fois. Mais là, pour le coup, il a raison de ne pas le faire. Ce truc était ridicule.
Christian Jacob, c'est peut-être votre dernière matinale, ce matin ?
Peut-être.
Parce que vous ne vous êtes pas représenté à la députation. Vous allez quitter la présidence du Parti Les Républicains. Vous allez travailler dans le privé. Vous allez faire quoi demain, après les vacances ? Je vais d'abord prendre des vacances.
Oui, ça je sais, mais après. Je vais d'abord prendre des vacances, m'occuper de ma famille. Et puis après, oui, je reprendrai une activité sans doute professionnelle. Mais pour le moment, je n'en suis pas là.
Qui, pour vous remplacer, Laurent Wauquiez à l'issue de ces élections législatives, ou par exemple dans la région Rhône-Alpes, il a fait très fort. Vous vous faites très fort. Est-ce que Laurent Wauquiez s'impose naturellement après vous ?
Moi, je vais arrêter dans quelques jours. Ensuite, notre processus électoral fait que les élections auront lieu fin octobre ou début novembre. J'ai toujours considéré que Laurent Wauquiez avait toutes les qualités pour reprendre la présidence du parti. Maintenant, c'est un choix, d'abord un choix personnel pour lui. Il hésite apparemment. Est-ce qu'il est candidat ou pas ? Ensuite, ce sera le choix de nos militants. Mais si la question est sur le fait, est-ce qu'il a toutes les qualités ? Oui, il les a. Pour vous, c'est lui. Parce qu'il a l'expérience de gestion d'une grande collectivité. Il a une expérience ministérielle. Il a déjà dirigé le parti.
Après, il y a aussi, Dieu merci, nous avons aussi de la ressource. Il y a aussi d'autres gens qui ont beaucoup de qualités. Je ne sais pas, parce que là, si je commence à les citer et que j'en oublie un...
Et la nouvelle génération ?
Oui, oui, bien sûr. Écoutez, je pense les avoir largement aidés et soutenus, toute cette équipe de jeunes. J'ai eu à cœur, en arrivant à la présidence du mouvement, de leur confier beaucoup de responsabilités. Et ils l'ont fait pour beaucoup d'entre eux, avec beaucoup de talent.
Merci, Président. Merci, Président Jacob, puisqu'on peut vous appeler comme ça encore pendant quelques mois. Profitez-en, profitez-en. Christian Jacob au micro d'Inter ce matin. Merci encore.
Christian Jacob