L'invité d'Apolline Matin : Mathieu Lefèvre - 22/06
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez RMC. Et plus de 30 000 euros passent à côté. 7h43 sur RMC. Monsieur le ministre, Manuel Bonparrière de LFI vous accuse, je cite, de redécouvrir le problème à chaque canicule. Bon, il n'a pas tort.
Écoutez, depuis 10 ans, le budget de l'écologie a été multiplié par 2. On a fait 3 plans d'adaptation au changement climatique. On maintient des niveaux de financement, par exemple, sur le fond chaleur pour développer des réseaux de chaud et de froid dans les villes. On maintient un haut niveau de dépense en matière de prévention des risques. On a rénové 3600 écoles depuis 2022. On a renaturé plus de 1000 hectares dans les villes depuis 2022. Et monsieur Bonpar, lui, depuis 2022, il propose de censurer tous ces budgets qui auraient permis tout cela.
Au passage, monsieur Bonpar, avec ses alliés du Rassemblement national, ont proposé de censurer la programmation pluriannuelle de l'énergie qu'a courageusement présenté le Premier ministre.
Ses alliés du RN ?
Ils sont alliés objectifs dans l'absence de souveraineté du pays. La France a besoin d'avoir une énergie décarbonée, de jouer sur ses deux jambes, sur le nucléaire, sur le renouvelable, de se donner de la visibilité. La France a également besoin d'un grand plan d'électrification comme le présente le Premier ministre.
Si je vous écoute, vous avez l'air de dire que bon, ça va, qu'on a fait ce qu'il fallait. Quand vous avez vu, j'imagine, comme nous tous, ces images de parents d'élèves qui se retrouvent à se coordonner pour essayer le matin d'arriver avec des scotches et des couvertures de survie, qu'ils scotchent eux-mêmes sur les fenêtres des classes de leurs enfants, franchement, est-ce que vous estimez que la France était prête ?
Je ne dis pas qu'on a tout bien fait et que tout est parfait. Il faut évidemment aller encore plus loin. On fait face à des vagues de chaleur qui sont absolument inédites dans leur précocité, dans leur intensité, à raison du dérèglement climatique que ni d'aucun. Donc il faut continuer à nous préparer. Ce que je dis simplement, c'est que le gouvernement ne découvre pas le problème. Ça fait depuis le début du quinquennat du Président de la République que nous jouons sur nos deux sujets qui sont d'abord atténuer le dérèglement climatique. Ça, c'est tout l'enjeu notamment du plan d'électrification et continuer à nous adapter en rénovant des bâtiments publics, en renaturant les villes.
Il y a deux choses. Quand vous parlez du fait de lutter contre le dérèglement climatique, il faut reconnaître que les chiffres de l'INSEE, à cet égard, sont extrêmement positifs. La France a réussi à faire baisser de 25% ses émissions de gaz à effet de serre. Et ça, il faut le dire parce qu'effectivement, quand ça marche et quand ça va dans le bon sens, ça baisse. Mais dans le même temps, il y a la question aussi de vivre ces étapes, ces moments de chaleur qui vont durer.
Jean-Marc Jancovici, qui était mon invité vendredi, disait que pendant encore plusieurs années, peut-être même dizaines d'années, ça allait continuer à monter parce qu'on ne dépend pas seulement de ce qu'on fait nous, mais aussi de ce que font le reste des pays. Le problème, c'est que pendant ce temps-là, comme on le disait, il y a quand même 4 personnes âgées déjà qui sont mortes. En tout cas, officiellement, peut-être davantage. Il n'y a toujours pas de clim pour tout le monde. Pourquoi vous ne proposez pas un vrai grand plan clim pour tout le monde ? Un jour, on est passé au chauffage. Pourquoi on ne passerait pas à la clim ?
D'abord, vous avez raison. Il faut lutter contre l'atténuation. Il faut atténuer le changement climatique, mais il faut aussi nous adapter. Et on ne peut pas faire l'un sans l'autre. Et on ne peut pas se dire qu'une fois que la France sera neutre en carbone à horizon 2050, on aura résolu tous nos problèmes. Il faut évidemment continuer à nous adapter. S'agissant de la climatisation, le débat n'est pas d'être pour ou contre la climatisation.
J'ai l'impression qu'il est en train d'être dépassé cette question-là, parce que d'abord, les clims se sont améliorés en termes d'énergie et de gaz, mais aussi parce qu'effectivement, à un moment, il va falloir faire face.
Bien sûr, il serait absurde de s'opposer à la climatisation par principe et par dogmatisme. Simplement, ça ne peut pas être l'alpha et l'oméga de la datation au changement climatique.
Sans être l'alpha et l'oméga, est-ce qu'on ne pourrait pas juste quand même commencer par le faire ?
Bien sûr, mais d'ailleurs, nous proposons par exemple une baisse de la TVA sur les pompes à chaleur réversibles, qui permettent à la fois du chaud et du froid en été. Ça, c'est dans le plan d'électrification prévu par le Premier ministre. Nous proposons également le développement de la géothermie, la géothermie qui permet de développer des réseaux de chaleur, mais aussi des réseaux de fraîcheur. Mais simplement, on ne peut pas dire comme Madame Le Pen, plan d'adaptation au changement climatique, c'est de la clim partout, tout le temps. Ça ne fonctionne pas comme ça.
Il faut d'abord privilégier les solutions passives, et évidemment, le cas échéant, et notamment pour les publics les plus fragiles, les plus vulnérables,
Mais est-ce que la clim n'est pas restée en France quelque chose qui serait pour les riches et les pollueurs ? Alors que quand on va, ne serait-ce qu'en Espagne, de l'autre côté des Pyrénées, la clim, c'est populaire, c'est pour tout le monde. Il n'y a pas cette idée que ce ne serait que les méchants riches qui auraient la clim.
En tout cas, ça ne doit pas être tabou. Et je veux dire, on a pareil un avantage exceptionnel en France, c'est qu'on a une énergie qui est majoritairement décarbonée grâce au nucléaire.
Mais pourquoi les plus modestes devraient souffrir davantage que les plus riches ?
Vous avez pleinement raison. Et d'ailleurs, en matière de changement climatique, ce sont en général les plus vulnérables qui trinquent. C'est la raison pour laquelle le gouvernement a défendu des mesures que le Rassemblement National et la France Insoumise ne défendent pas, comme par exemple les zones à faible émission. Mais profitons en effet de notre avantage compétitif en matière d'électricité pour développer ce type de solution. Mais ça ne peut pas être la seule réponse qu'on apporte en matière d'adaptation climatique.
Vous l'avez dit, il faut aussi, et bien sûr parallèlement, rénover les passoires thermiques et à l'inverse les bouilloires thermiques. MaPrimeRénov', parlons-en quand même, elle a vu son budget passer de 4 milliards à 2,5 milliards. Est-ce que vraiment ça suffit ?
D'abord, MaPrimeRénov', elle n'existait pas avant Emmanuel Macron. On a rénové 1,2 million de logements. Il faut certainement aller plus loin, faire plus. Mais Vincent Jambrun, la semaine passée, a annoncé des mesures très importantes en matière de rénovation d'ampleur pour que, par exemple, les brasseurs d'air, pour que les isolations puissent être prises en compte. Je vous parlais des pompes à chaleur. Ce sera évidemment le cas. Mais un mot plus général sur les comptes. Si on n'est pas sérieux sur les comptes comme le fait le Premier ministre, demain, on ne pourra plus du tout investir dans notre pays.
On ne pourra plus du tout se préparer à l'avenir parce que le monde qui nous attend, c'est malheureux, c'est ainsi. Mais le rôle des gouvernants, c'est de le prévoir. C'est plus 4 degrés à horizon 2100. Moi, je veux qu'on soit capable de continuer à investir avec les collectivités locales, avec les entreprises. Par exemple, dans la rénovation des écoles, la rénovation des EHPAD.
La question, c'est aussi pour les agriculteurs. Bruno, qui nous appelle au 3216 du Gard. Bonjour, Bruno. Bonjour, Apolline. Bruno, vous êtes sur le tracteur, là ? Oui, tout à fait. Alors, vous commencez plus tôt. Et comment vous faites pour lutter contre la chaleur ?
Là, j'ai un tracteur qui n'a pas de cabine. Donc, actuellement, on a adapté sur le tracteur support avec un parasol.
Ah, vous avez mis le parasol sur le... Oui, oui. Et si vous vouliez nous envoyer une photo, Bruno, ce serait sympa. Oui, oui, je voulais. Vous avez mis le parasol sur le tracteur. Vous ne roulez pas trop vite. Est-ce bon ? Ça tient ?
Ça tient nickel. On l'a adapté. On l'a accroché. Et là, ça ne bouge pas. Du moment qu'il n'y a pas de vin, il n'y a pas de souci.
Vous, vous avez adapté les horaires. Bruno, vous avez commencé à quelle heure ce matin ?
Oui, là, c'est une heure. Et je finis à 13 heures. Mais après, suivant la température qu'il y a à faire, avec l'outil que j'utilise sur le tracteur, je ne peux pas abîmer le raisin.
C'est le raisin et il ne souffre pas trop, le raisin ?
Pour l'instant, ça va. Mais bon, avec des chaleurs comme ça, ça risque de brûler le raisin. Et avec l'outil que je passe, ça va chauffer le raisin. Donc, on va éviter de travailler trop tard.
Donc, ne pas travailler trop tard, ça veut dire quoi ?
À 13 heures, vous êtes chez vous ? Oui, à 13 heures plus tard, peut-être même à midi, je vais arrêter. On va s'adapter avec le patron. Avant que le soleil soit vraiment au zénith. Voilà, tout à fait. Après, on s'adapte avec le patron. Le patron est très compréhensible, donc il n'y a pas de souci avec ça.
Merci beaucoup, Bruno. On est très heureux de vous accompagner sur le tracteur, sous le parasol qui est accroché sur le tracteur. Là aussi, une question, les écoles, les agriculteurs, un certain nombre de métiers où c'est particulièrement difficile. 845 écoles et collèges qui seront totalement fermés aujourd'hui. 1800 qui libèrent les élèves dans l'après-midi, les euros du bac reportés. Ça, quand même, c'est une vraie question. Pourquoi on n'a pas été capable de l'anticiper ?
Écoutez, le gouvernement fait le choix d'une gestion au plus près des territoires, d'une gestion par les préfets, par les élus locaux. Précisément, le Premier ministre a réuni une cellule interministérielle de crise samedi dernier. Il le fera de nouveau aujourd'hui. Le ministre de l'Éducation nationale n'est pas pris de cours par ce sujet. Des épreuves ont d'ores et déjà été reportées. Il faut évidemment que nous continuions notre logique d'adaptation. Et ça vaut pour toutes les politiques publiques.
Et je voudrais dire à ce monsieur à quel point son propos démontre qu'il est absurde d'opposer l'agriculture et l'écologie, puisque les agriculteurs sont évidemment les premières victimes du dérèglement climatique, comme on le voit.
Merci beaucoup d'avoir répondu à mes questions ce matin. Mathieu Lefebvre, ministre délégué à la Transition écologique.
Mathieu Lefèvre