Gouvernement / jeunesse : un introuvable dialogue ?
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 9 %Attaque 61 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 83 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 4:54OuverteRéponse directe
Comment vous les avez entendues, Anne Rosanchère ?
- 9:53OuverteRéponse directe
Comment vous comprenez la surprise des gouvernants face à une jeunesse qui se lève ?
- 10:29OuverteRéponse directe
Jérôme Jaffray, comment vous comprenez cette surprise ?
- 14:08OuverteRéponse directe
Est-ce que la multiplicité des jeunesses rend la réponse politique compliquée ?
- 21:21OuverteRéponse directe
La réponse policière, c'est une réponse politique aussi pour vous ?
- 23:20OuverteRéponse partielle
Traitement médiatique pour vous aussi, Jérôme Jaffray ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:57InvitéFait
« Des milliers de jeunes ne pensent, et ça ne sert à rien de me regarder avec un petit sourire, votre bilan est désastreux. »
- 2:21InvitéFait
« Vous êtes dans le pas de vagues, vous êtes le visage du laxisme. »
- 2:28InvitéFait
« Vous avez dit, tu casses, tu répares, tu défies l'autorité, on t'apprend à la respecter, c'est faux. »
- 2:32InvitéFait
« Votre PLF 2024, lorsque vous étiez ministre de l'éducation nationale, arrêtez de dire que c'est faux, les gens pourront regarder sur Internet, c'est vrai. »
- 3:25PrésentateurChiffre
« 3000 postes d'enseignants et un mouvement sur Parcoursup. »
- 5:37InvitéFait
« L'école française s'est en effet effondrée. »
- 5:57InvitéFait
« On a baissé le niveau. »
- 6:18InvitéFait
« La trahison de la méritocratie française. »
- 6:43InvitéChiffre
« Notre pays est désormais celui qui est reproduit, dans l'OCDE, parmi ceux, allez, avant-dernier ou avant-avant-dernier, qui reproduisent le plus des inégalités sociales dans le parcours scolaire. »
- 10:17PrésentateurChiffre
« Les absences de profs de longue durée, non remplacés, qui ont doublé depuis 2018. »
- 10:23PrésentateurChiffre
« Plus de 70% des classes qui ont plus de 30 élèves. »
- 10:27PrésentateurChiffre
« Parcoursup qui laisse sur le carreau 126 000 candidats mi-juillet. »
- 13:38InvitéChiffre
« 57% des 18-24 ans seraient très mécontents de la victoire de Marine Le Pen si elle survenait en 2027. »
- 30:33InvitéFait
« Transformer le service national universel en un service écologique proposé aux jeunes, ça, c'est une idée qui ne dépasse de beaucoup les métropoles. »
- 31:09InvitéFait
« Mélenchon, le problème, c'est que ça s'arrête à 35 ans. »
- 32:27InvitéFait
« François Mitterrand a préparé sa réélection de 1988 par le mouvement SOS Racisme. »
- 32:56InvitéFait
« Est-ce qu'on fait de la jeunesse une force en elle-même, la force de la jeunesse ? »
- 33:38InvitéFait
« Aujourd'hui, la jeunesse était un angle mort. »
- 33:42InvitéFait
« Les jeunesses, on veut les mettre au pas, on veut leur faire un service national universel et effectivement, ça ne marche pas. »
Temps de parole
- Invité26 %
- Invité 218 %
- Invité 317 %
- Présentateur16 %
- Invité 415 %
- Invité 52 %
- Invité 62 %
- ?2 %
≈ 7,8 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
France Culture,
l
'esprit public, Bérangère Bonte.
Bonjour
à toutes et à tous, bienvenue dans ce nouvel épisode de l'Esprit Public.
On
est ensemble jusqu'à midi avec deux sujets, gouvernement jeunesse, un introuvable dialogue, et la primaire socialiste, chance ou cauchemar pour la gauche et pour le processus lui-même.
Avec
cette semaine la journaliste Anne Rosanchère, le sociologue spécialiste de l'éducation Vincent Tibéry, et les politologues Jérôme Jaffray et Vincent Martigny. Une émission préparée avec Anne-Claire Bazin et Swad Bucorsa pour la réalisation et la mise en onde.
J
'aurai le temps une minute de m'énerver, juste de m'énerver et de paraître pour un petit merdeux, un petit jeune depuis la pagaille partout. Il n
'y a
jamais eu un jeune ministre
de
la jeunesse en France, il n'y
en
a jamais eu, c'est tous des vieux. Regardez M. Soissons, enfin, vous n'allez pas me dire que c'est un homme représentatif de la jeunesse. Regardez comment je suis habillé, ils sont plus souvent habillés comme moi les jeunes que comme M. Soissons. Il ne
faut
quand même pas rêver. Ce que je peux vous dire, c'est que la jeunesse se désespère, elle est profondément désespérée parce qu'elle n'a plus d'appui, elle ne croit plus en la politique française, et moi je pense qu'elle a en règle générale, en résumant un peu, bien raison. Ce que je peux vous dire, c'est que le désespoir est mobilisateur, et que lorsqu'il devient mobilisateur, il est dangereux. Et que ça entraîne le terrorisme, la bande abadère et des choses comme ça. Et ça, il faut que les grandes personnes qui dirigent le monde soient prévenues que les jeunes vont finir par virer du mauvais côté, parce qu
'ils
n'auront plus d'autres solutions. Votre bilan, il est désastreux. Je suis désolée de vous le dire, je suis honnête. Des milliers de jeunes ne pensent, et ça ne sert à rien de me regarder avec un petit sourire, votre bilan est désastreux. On peut parler du classement PISA, la chute du niveau scolaire, en français, en maths, la montée de la violence des lycéens, ou même juste des étudiants en général envers leurs professeurs. Vous êtes dans le pas de vagues, vous êtes le visage du laxisme. Vous avez dit, tu casses, tu répares, tu défies l'autorité, on t'apprend à la respecter, c'est faux.
Aujourd'hui, nous avons des milliers de lycéens, des milliers d'étudiants, qui n'ont aucun cadre, qui n'ont aucun cadre, qui n'ont aucune hiérarchie, qui ne respectent rien. Votre bilan, c'est la suppression de milliers de postes de professeurs, et vous osez nous sortir des vidéos Instagram, bien sûr que c'est M. Attal, votre PLF 2024, lorsque vous étiez ministre de l'éducation nationale, arrêtez de dire que c'est faux, les gens pourront regarder sur Internet, c'est vrai. Oui, oui, bien sûr.
Daniel Balavoine, vous l'aurez reconnu face au candidat socialiste François Mitterrand en 1980, en pleine manifestation contre les suppressions de postes dans l'éducation. Et ce mardi 6 octobre, Louise Montangon, militante de l'Uni, syndicat étudiant classé à droite, face au candidat Renaissance, Gabriel Attal, extrait de l'émission, vous avez la parole sur LCI. 1980-2026,
à
46 ans d'intervalle, le même sentiment d'incompréhension, le même sentiment de ne pas parler la même langue. Comme souvent, les lycéens ont surpris tout le monde, d'abord à Créteil, puis dans toute la France, les informations circulant très vite, via TikTok ou Instagram. Il aura fallu 10 jours de bâtiments bloqués et de poubelles incendiées, 10 jours d'une réponse policière critiquée pour sa violence, et près d'un mois pour qu'il sorte du chapeau, 3000 postes d'enseignants et un mouvement sur Parcoursup.
Pendant ce temps, les tribunaux croulent sous les déferments de jeunes interpellés, plus de 6000, et la répression policière inquiète jusqu'à l'ONU par la voix de son haut-commissaire aux droits de l'homme. Resurgissent alors les souvenirs douloureux, la mort de Malik Ousekine, 1986, certains convoquent mai 68, et à l'Assemblée nationale, le ton monte entre le gouvernement et l'opposition insoumise, accusée de souffler sur les braises. Nous avons intitulé cette première partie de l'Esprit public, Gouvernement Jeunesse, un introuvable dialogue. Et je salue Anne Rosencher, bonjour à vous. Bonjour Berger, bonjour à tous.
Journaliste, directrice déléguée à la rédaction de l'Express, votre podcast redémarre,
je
le signale une saison après demain, les grands entretiens d'Anne Rosencher. On peut savoir qui est le premier invité ? Ce sera Anastasia Colosimo sur la révolution des robots. Passionnant. Le politologue Jérôme Jaffray, bonjour à vous. Bonjour. Chercheur associé au Cévi-Pof de Sciences Po. À côté de vous, Vincent Martini, professeur de sciences politiques à l'université Côte d'Azur et à l'école Polytechnique. Bonjour à vous. Bonjour. Et vous êtes membre du comité de rédaction de l'Hebdo, le 1. Et en ligne avec nous, à distance, Vincent Thibéry. Bonjour à vous. Bonjour. Sociologue spécialiste de l'éducation. Vous êtes chercheur au Centre Emile Durkheim, prof à Sciences Po Bordeaux.
Auteur avec Laurent Lardeux de Génération Désenchantée, Jeunes et Démocratie. C'est à la Documentation Française 2021. Qui veut réagir peut-être pour commencer aux extraits sonores ? Balavoine face à Mitterrand 81, cette étudiante de l'Uni face à Gabriel Etal 2026. Comment vous les avez entendues, Anne Rosanchère
?
Balavoine montre qu'il y a toujours eu ce reproche de la jeunesse faite au gouvernement de ne pas les représenter assez bien. Et chaque génération de jeunes a eu ses angoisses. Celles qui taraudent la jeunesse d'aujourd'hui sont particulièrement angoissantes, il faut le dire. Mais entre-temps, ce qui m'intéresse finalement, c'est la politique. Et entre-temps, ce qui s'est passé, c'est que l'école française s'est en effet effondrée. On reviendra après sur le mouvement et tout ce qu'on peut en dire. Mais il y a eu une double trahison. La trahison du niveau. Et ça, on le voit que, voilà, par idéologie, pendant 40 ans, sous prétexte de soi-disant démocratiser l'éducation, on a baissé le niveau.
Ce qui fait que, dans PISA, en effet, en maths, en français, mais même sans PISA, les professeurs eux-mêmes peuvent dire qu'ils s'en rendent compte, le niveau a fortement baissé.
Ce qui a donné lieu à la deuxième trahison, et celle-là, elle est vraiment tout aussi impardonnable, qui est la trahison de la méritocratie française, puisque, à cause de cela, parce que désormais, si vous voulez, ceux qui ont des avantages peuvent le pousser au maximum, vu que l'école ne fait plus sa propre sélection, ne fait plus son propre travail de pousser devant tous les élèves méritants, quels que soient leurs niveaux, qui en ont les capacités et l'envie, eh bien, notre pays est désormais celui qui est reproduit, dans l'OCDE, parmi ceux, allez, avant-dernier ou avant-avant-dernier, qui reproduisent le plus des inégalités sociales dans le parcours scolaire.
C'est ça qui me marque, si vous voulez, si on fait un point 1980 aujourd'hui, malheureusement. Vincent Martigny
? Alors,
je prendrais le sujet sous un autre angle, probablement parce que je ne
suis
pas assez compétent pour vous parler du niveau éducatif des élèves. D'abord, je ne les fréquente pas assez, même si j'ai un enfant dans l'enseignement secondaire, ce serait insuffisant. Moi, je dirais plutôt qu'on assiste à une transformation. S'il y a effondrement, c'est plutôt celle du service public. C'est-à
-dire
qu'on assiste maintenant depuis, les archives vont vous parler,
dans
les années 80, déjà à la première manifestation de sentiments qui est dans le contexte d'une crise. En 80, c'est un an après le choc pétrolier. On est à la fin des Trente Glorieuses, le sentiment qu'une ère, celle aussi de l'État-providence, d'un service public qui fonctionne très bien, commence à manifester ses manques. Et 40 ou 50 ans plus tard, ces manques sont devenus des béances.
Et on a le sentiment, à la fin, d'un effondrement de l'État-providence, ou du sentiment, en tout cas, pour les gens qui bénéficient des services publics, comment dire, non seulement parfois d'une perte de sens de ceux qui les animent, mais aussi ceux qui en bénéficient ont le sentiment que ces services publics, ils sont beaucoup moins efficaces qu'ils n'ont été. Il y a une fuite du service public par une partie des classes sociales les plus aisées. Et il y a un service public qui est quand même dévasté.
Et tous les récits que font les lycéens sur les conditions d'usage de ce service public, c'est-à-dire pas de savon dans les toilettes, pas de papier, des conditions d'élabrement quand même que je trouve totalement inacceptables et qui leur paraît inacceptable. Parce que c
'est
des jeunes gens qui ne
se
rendent pas compte, en fait, qu'il y a un côté complètement de décalage. C'est la même chose pour les professeurs non remplacés de
l
'année du bac. Bon, toutes ces histoires, on en entend beaucoup parler. Mais je crois que ça dit cette dimension-là et ça dit aussi à quel point le fantôme de l'État est devenu un enjeu politique aujourd'hui. C'est-à-dire le sentiment que cet État-providence qui a été tellement fort et qui recule énormément, pour toute une série de raisons dont on parlera peut-être tout à l'heure, eh bien il donne le sentiment d'un fantôme. Pourquoi un fantôme ? Parce que même s'il décline, il a généré un certain nombre d'attentes. Et ces attentes, elles demeurent aussi élevées qu'auparavant. C'est-à
-dire
que les Français attendent, par leur niveau d'imposition, par leur conception de ce qu
'est
la culture de ce pays, un niveau de service public important. Et je ne crois pas du tout, moi, qu'au contraire, ils souhaitent des privatisations nombreuses.
Je
crois qu'au contraire, il
y a
une attente sur le service public. Cette attente sur le service public, elle fait l'objet, ensuite, d'un certain nombre de formes de politisation. C'est comme assez frappant que les deux seuls partis qui parlent de ce fantôme de l'État, c'est évidemment le Rassemblement National, qui, lui, a une sorte de baguette magique en disant « Ce qu'on va faire, c'est qu'on va priver les avantages du service public de tous les gens qui ne sont pas des nationaux, et ça réglera la situation financière.
» Moyennant quoi, je note que Mme Le Pen propose une cure d'austérité aussi de plusieurs centaines de milliards, enfin, cent et quelques milliards, ce qui est quand même assez considérable, et que les électeurs de la gauche radicale autour de la France insoumise, eux, espèrent que la taxation des plus fortunés va permettre de compenser ces failles du service public. Encore une fois, ce sont des réponses parcellaires, mais je constate aussi que dans l'espace central, puisque c'est de ça dont on parle les uns les autres de politique, eh bien, il y a une incapacité à répondre à ces attentes.
Si on reste sur la jeunesse à un moment, comment vous comprenez, encore une fois, quand on entend à 45 ans d'intervalle les attentes, la colère d'une jeunesse comme ça, comment vous comprenez la surprise, à chaque fois, quasiment, des gouvernants, finalement, de l'exécutif et des pouvoirs publics, quand une jeunesse se lève ?
Et
là, tout le monde savait, les absences de profs de longue durée, non remplacés, qui ont doublé depuis 2018, dans le public, plus de 70% des classes qui ont plus de 30 élèves, les bâtiments fournaises, on a tous eu chaud cet été, Parcoursup qui laisse sur le carreau 126 000 candidats mi-juillet. Jérôme Jaffray, comment vous comprenez cette surprise ?
Un
mouvement social surprend toujours. On l'attendait ailleurs, on l'attendait beaucoup plus sur les carburants, ce sont les lycéens qui
l'ont déclenché. Le
pays est une poudrière. Je ne pousserai pas exagérément la comparaison que vous avez faite entre Balavoine 1980 et la période 2026. Parce qu'en 1980, il y avait des attentes positives sur l'élection présidentielle, il y avait des attentes positives. On pensait que les choses pouvaient bouger, pouvaient s'améliorer. Et d'ailleurs, en 1981, François Mitterrand, il n
'est
pas président, quand Balavoine ça parle à lui. Il est simplement candidat. Et candidat depuis peu de temps. Et Mitterrand, du coup, écoute Balavoine avec plaisir. Il est content, car il promet, lui, des lendemains meilleurs. Le problème d'aujourd'hui, c'est l'absence de lendemains meilleurs. C'est des attentes qui ne sont pas positives vers la prochaine élection présidentielle, qui est un facteur d'inquiétude pour beaucoup de Français aujourd'hui. Alors, pour la jeunesse elle-même, l'un des soucis, c'est une chose nouvelle, c'est un manque de confiance dans l'avenir.
Dans
l'avenir immédiat, car c'est un parcours de combattants qui est promis aux jeunes globalement et qui comprennent qu'ils ont un parcours. Alors que la confiance dans l'avenir, c'est le moteur de la jeunesse depuis toujours. Et là, nous avons quelque autre chose. Une génération désenchantée, disiez-vous, le titre du livre de Vincent Tibéry dont il parlera, va dans ce sens. Nous avons donc une situation, par ailleurs inquiétude, sur l'avenir à terme. L'ensemble des problèmes,
c
'est angoissant. On définit souvent, si vous voulez, les périodes où il y a des mouvements par le mot génération. Génération 1968, génération 1981, génération 2002, avec la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle. Là, c'est plutôt génération canicule que je dirais pour 2026. C'est-à-dire, la société qu'on nous prépare avec l'été qu'on vient de vivre est une société de plus en plus dure, de plus en plus difficile et où la question de l'adaptation climatique et de la gestion climatique devient quelque chose de fondamental. Alors, j'ajoute deux éléments politiques, si vous me permettez, pour rester bref.
D
'une part,
pour
l'inquiétude des jeunes, c'est que la présidentielle se fasse sans eux, voire contre eux.
C
'est-à-dire, sans eux, on ne parlera pas de leurs problèmes. Ils seront à côté. Les candidats considéreront que c'est les vieux. Et les vieux, ça commence tôt pour les jeunes. Ça commence à 40 ans. Mais enfin, disons, les candidats ont tendance à s'intéresser au corps électoral le plus nombreux, aux tranches les plus intéressantes pour eux. Beaucoup de ces jeunes ne votent pas. Pour ceux qui ont le droit de vote, beaucoup s'abstiennent. On verra ce qu'il en est, évidemment, en 2027. Mais en plus,
ce
que dans les programmes des candidats, on ne donne pas beaucoup de place aux préoccupations des jeunes. Et enfin, dernière chose, pour beaucoup de jeunes, la crainte d'une victoire de Marine Le Pen à l'élection de 2027. C'est ça aussi qui compte. Je regardais dans les sondages, 57% des 18-24 ans seraient très mécontents de la victoire de Marine Le Pen si elle survenait en 2027. C'est un avertissement qui est donné un peu par beaucoup de jeunes dans le mouvement que nous venons d'assister.
On voit beaucoup de mots d'ordre contre le Rassemblement national qui, évidemment, cherche à échapper à tout ça en se disant que c'est la faute du gouvernement, c'est le problème du gouvernement, c'est la gestion qui vient de se passer. Mais on voit bien que derrière tout ça, il y a beaucoup, beaucoup de problèmes politiques.
Je note juste la présidentielle, vous dites, sans eux. Là, pour le coup, on revient à ce que disait Balavoine en quatre heures. C'est exactement le propos de Balavoine. On va voir ce qu'en dit le sociologue Vincent Tibéry. Cette génération désenchantée, effectivement, qui est le titre de votre livre. Comment vous expliquez qu'elle est surpris, à nouveau, visiblement, le gouvernement et tous les pouvoirs publics ?
Oui.
Alors, il y a plusieurs points, en fait, à développer. Le premier point, effectivement, on nous parle beaucoup de baisse de niveau, mais on oublie quand même que ce sont aussi des jeunesses qui s'informent, des jeunesses qui se forment, des jeunesses qui sont formées, qui apprennent énormément de choses. Et donc, n'oublions pas qu'on est quand même sur une génération dont 80% va arriver au bac. Alors, pas forcément que du bac général, mais le bac. 50% va fréquenter le supérieur. On est quand même dans des situations où, quand même, la formation se fait et en fait, les jeunes s'en emparent.
C'est-à-dire que, quelque part, on peut considérer qu'une partie du mouvement, ça tient aussi au fait qu'ils mettent en application ce qu'ils voient, ce qu'ils entendent, ce à quoi ils ont été confrontés, y compris dans leur scolarité. Un deuxième point qui me paraît essentiel, effectivement, c'est aussi de se souvenir qu'il
y a
des politiques de jeunesse qui posent problème, en fait. Et là, c'est même la place des jeunes dans la société qui devrait nous interroger. il y a des systèmes et je pense au travail de Tom Chevalier sur les politiques de jeunesse et notamment dans les pays scandinaves. Typiquement, au Danemark, en Suède, on laisse aux jeunes le soin de se construire. C'est-à
-dire
qu'ils peuvent partir sur le marché du travail s'ils le souhaitent, ils peuvent travailler dans une association s'ils le souhaitent, ils peuvent bénéficier, en Suède, notamment, d'un revenu minimal universel. Et puis,
ils
peuvent poursuivre des études ou pas. On leur fait confiance. Ici, et c'est probablement un des enjeux majeurs des dix dernières années, c'est qu
'on
se retrouve dans une situation où beaucoup de choses se jouent entre 18 et 21 ans. Et en fait, en termes d'accès à des grandes écoles, à des formations, à des diplômes, qui vont considérablement peser sur le reste de la vie. Et ça, beaucoup de jeunes en ont conscience. Dans un contexte où effectivement, et là, je vais rejoindre ce que disait Jérôme, Jaffray, on est dans une situation où, de fait,
on
leur met beaucoup de devoirs, on leur met beaucoup de pression, on leur donne finalement peu de droits, notamment de droits politiques. Il est très frappant de voir que la réponse d'un Bruno Rétaillot, c'est d'abaisser la majorité pénale sans pour autant qu'on réfléchisse en termes de droits civiques pour cette jeunesse ou même en termes de droits citoyens au sein des lycées. Et un des derniers points, effectivement, sur ce mouvement que je trouve particulièrement intéressant,
et
ça, ça renvoie effectivement à des préoccupations d'un rose en chair régulièrement, il y a des jeunesses. On a des jeunesses populaires, des jeunesses des milieux plutôt aisés, on a des jeunesses de centre-ville et des territoires relégués, voire de la ruralité. Ce qui est très frappant, c'est que ce mouvement part des lycées, mais pas de n'importe quel lycée, pas les lycées de centre-ville parisien très politisé, des lycées de banlieue. Et ce qui est très frappant, c'est que beaucoup de lycéens se sont retrouvés dans cette situation, et notamment des lycéens qui sont dans des endroits, dans des territoires très très différents.
Et en tant que Bordelais, je peux vous dire que du coup, ça a bougé à Marmande, ça a bougé à Laréole, ça a bougé à Libourne, ça a bougé à Sainte, dans des endroits qui sont très très très différents de la situation parisienne. Et donc derrière, effectivement, il faut bien faire attention à ce qu'il y a. Il y a bien sûr des revendications micro-locales qui peuvent effectivement être adressées dans un dialogue avec les proviseurs, le rectorat, etc. mais il y a des revendications plus nationales, des revendications même sociétales.
Il y a beaucoup de choses, Anne-Rose-Enchève, opinée du chef quand vous parliez des multiples jeunesses. Est-ce que c'est ça qui rend la réponse politique compliquée ? Et je voudrais votre regard sur la réponse politique qui a été apportée à ce stade.
En
fait,
je pense
que pour l'instant, le gouvernement a été surpris. On en parlait en tout début d'émission et notamment parce que il y a quelque chose de très composite et de multifacette dans cette mobilisation. Il y a bien sûr le blocage des lycées tel que certaines autres générations ont pu en connaître qui est un peu traditionnel en France. Il y a eu la question de la présence politique très forte, notamment au début du mouvement de LFI dans la contestation. Il y a eu les images de violences de certains en marge, pas toujours des lycéens d'ailleurs, mais qui s'en prennent à toute forme d'autorité et ces images ont beaucoup circulé.
En écho, les images de la riposte policière qui a fait des blessés parfois grièvement a suscité aussi beaucoup d'échos et tout ça dans des revendications extrêmement diverses. Depuis, se disait Jérôme sur une angoisse de se projeter dans le futur jusqu'à des choses du type savon dans les toilettes et remplacement des professeurs qui est quand même beaucoup plus important. Je ne les mets pas sur le même plan. Et le tout, je dirais,
ça
c'est quelque chose qui ne tient pas forcément aux lycéens et à cette manifestation, ce mouvement lui-même, mais
dans
un moment où les nouveaux médias jouent à fond.
C
'est-à-dire que d'abord, il y
a
un fonctionnement algorithmique qui fait que chacun est comme, non pas prisonnier, mais en tout cas très mobilisé dans une partie du récit. Si vous regardez des images de violences policières sur votre smartphone, tout d'un coup, l'algorithme va vous pousser toujours des images allant dans le sens et l'inverse est vrai. Ce qui fait que, et puis en plus, comme les gens s'informent de plus en plus par la vidéo et de moins en moins par la lecture, on sait que ça pousse les affects et l'émotion. Donc tout ça rend quelque chose de très...
C'est des nouveaux objets politiques, y compris pour le gouvernement, qui doit faire face là à quelque chose d'extrêmement éruptif, mais fondé sur des sous-bassements politiques dont je parlais au début, qui sont des sous-bassements extrêmement lourds de long terme. Comment ça se fait qu'on en arrive là sur le recrutement des professeurs ? Notamment, et Vincent Martigny en parlait au début, le service public, en effet, parce que nous sommes insincères dans le financement, notamment de l'école. Je suis désolée, mais quand vous regardez les dépenses publiques pour l'école, d'un point de vue théorique sur le papier, elles ont augmenté ou elles se sont maintenues.
Et quand vous regardez dans les détails, en vérité, 30% désormais part dans les pensions.
Dans
les pensions et pas forcément que pour les retraités de la fonction publique aussi, pour des retraités des PTT ou d'autres choses qui sont parties. Et donc, les dépenses de fonctionnement, celles pour éventuellement payer les professeurs, les recruter, etc., elles, elles baissent. Et compte tenu de la démographie des dernières décennies, eh bien, ça fait quelque chose qui craque
de toutes parts. Si on prend dans l'ordre, peut-être dans l'ordre, je veux dire, chronologique presque, on évoquera les réseaux sociaux parce que c'est effectivement passionnant et c'est sans doute propre à cette période. La réponse policière, j'ai envie de demander à Vincent Tibéry, après je viens vers vous, Jérôme Jaffray, mais la répression policière, c'est une réponse politique aussi pour vous, Vincent Tibéry
?
Alors, déjà, en fait, le problème, c'est qu'on est quand même face à un gouvernement qui a les maniers, c'est-à-dire, il
y
a une présidentielle dans très bientôt, il y a un processus de construction d'un budget et on voit très bien comment Sébastien Lecornu avait essayé de commencer à gérer une forme de compromis dans lequel les services publics, l'hôpital public, l'éducation nationale,
c
'était pas vraiment l'enjeu. On est effectivement dans une situation où ce gouvernement a énormément de mal à gérer, non pas simplement les lycéens, mais l'ensemble des mouvements sociaux. On avait vu pour les retraites, on avait vu également pour les gilets jaunes, on les a vus pour les manifs climat. En fait, il y a un vrai, vrai souci aujourd'hui dans cette capacité à créer un dialogue. Et enfin, effectivement, il y
a
la question de la police. Et là, on est dans quelque chose de très particulier, c'est-à-dire que le début des mouvements, c'est quand même d'abord essentiellement cadré sur une réponse policière, avec un Laurent Lugnès qui parle d'hémeute urbaine, avec effectivement une cellule de crise qui se déroule à Beauvau et pas à Matignon ni au ministère de l'Éducation nationale, avec effectivement une politique d'intervention policière qui s'est considérablement durcie. Et ça, les sociologues de la police le montrent très bien.
Je pense à Sébastien Rocher, à Filliol, à Jobard et d'autres, qui nous montrent effectivement que là où beaucoup de polices européennes apprennent la désescalade, en France, on est aujourd'hui dans une police qui a de plus en plus une logique d'intervention dure. Et ça, c'est assez terrible parce qu'effectivement la violence qui répond à la violence, au bout d'un moment, ça donne effectivement ce traitement médiatique qui pose réellement problème. Au final, quand vous avez ce travail d'Acrimey du week-end dernier qui vous montre que 75% du temps d'antenne était dévolu aux violences et 8% revendications de l'ICN, on passe à côté de quelque chose d'extrêmement important.
Traitement médiatique pour vous aussi, Jérôme Jaffray ? Moi,
je reviendrai sur la politique et
votre question initiale sur la réponse du gouvernement et les conséquences politiques. La réponse du gouvernement, il faut bien dire que l'allocution de Sébastien Lecornu par rapport au mouvement lycéen et à ce qui se passe était assez lunaire. C'est-à-dire que sur les lycées,
il
n'y
avait
en gros rien à dire et sa conclusion était plutôt le sens général de son allocution était plutôt une stratégie d'évitement. Sa crainte, ce n'était pas tant les lycées puisque les lycées, il y a un mouvement important et qui la couvre, c'est plutôt d'éviter la coagulation des luttes. C'était le sens de son intervention. C'est-à-dire sur les carburants, il ne
faut
surtout pas qu'on ait un mouvement gilet jaune important qui se greffe sur un mouvement lycéen parce qu'effectivement à ce moment-là, un gouvernement ne contrôle plus rien.
Éviter la coagulation, peut-être gagner un peu de temps dans
la perspective des vacances
? On lâche 15 centimes en gros annonce-t-il de baisse sur les carburants. Réponse immédiate sur l'affaire. Sur les lycéens, la logique eût été d'annoncer des états généraux lycéens.
Pourquoi il ne le fait pas ?
Pourquoi il ne
le fait pas ? Parce que si vous commencez à faire des états généraux lycéens, ce qui serait logique, vous avez raison, il y aurait tout de suite derrière des états généraux d'agriculteurs, des états généraux d'automobilistes, des états généraux etc. Dans un gouvernement qui, à ce moment-là, serait très vite débordé. Donc, c'est une stratégie d'évitement, de limitation qu'il a menée en espérant qu'elle fonctionne.
L'autre remarque politique que je fais, c'est une polarisation accrue du pays entre la France insoumise, d'un côté, qui domine sur le mouvement, sur le plan politique, et le parti de l'ordre qui se forme et qui est une tradition de notre vie politique, avec une bataille pour savoir qui mènera le parti de l'ordre. Sur la France insoumise, il y a un lien très fort avec la jeunesse. Jean-Luc Mélenchon, il fait des voix jusqu'à 35 ans tant qu'on regarde les sondages. Il n'en fait plus aucune au-dessus de 35 ans, pratiquement. C'est assez stupéfiant. Je n'ai jamais vu ça. Mais 42% d'intention de vote chez les 18-24 ans en sa faveur.
La France insoumise a joué un très grand rôle dans le mouvement, en le poussant au départ, et ensuite, en transformant ce rôle en rôle d'intermédiation. Et on a vu des députés LFI venir expliquer entre les lycéens et la police éviter que ce soit des affrontements, donc un rôle d'apaisement qui ne correspond pas à sa tradition. Et Jean-Luc Mélenchon vient de demander qu'il n'y ait pas de stratégie, que les lycéens adoptent une stratégie non-violente. Et enfin, le parti de l'ordre. Le parti de l'ordre, lui, ce qu'il regarde, c'est les violences, mais les violences pas à l'égard des lycéens, les violences que subissent les policiers et les saccages.
Les saccages ont un rôle fondamental dans le rapport d'une partie de l'opinion au mouvement. C'est quelque chose d'impardonnable. Vous réclamez de meilleurs lycées, meilleures tenues, et vous saccagez ou vous brûlez même des lycées. Alors, pour le coup, vous avez derrière une partie de l'opinion qui bascule vers le parti de l'ordre. Et la question, c'est effectivement où il commence, où il s'arrête, entre le Rassemblement National et les Républicains qui jouent ce jeu-là, et le bloc central qui hésite sur le rôle exact qu'il a à jouer. Comme c'est naturel chez le bloc central, un bloc central hésite toujours.
Vincent Martini faisait non de la tête quand
vous parlez de Jean-Luc Mélenchon et de la jeunesse.
Non,
c
'était une sorte de non qui voulait dire plutôt que j'étais beaucoup
d'accord
avec mon voisin.
C
'est-à-dire,
le rôle d'intermédiaire est
assez intéressant parce que là,
il
y a vraiment un décalage de cadrage médiatique. Vous avez une partie des chaînes d'information continue qui présentent ces mouvements comme totalement animés par l'ultra-gauche organisés, attisés par la France insoumise. En réalité, quand vous regardez les choses de près, ce n
'est
pas aussi simple que ça. La France insoumise, comme tous les mouvements politiques, essaie toujours de récupérer des mouvements lycéens dont une partie lui est favorable. On l'a vu dans ce jeune garçon, Erwan, du lycée de cœur à Paris qui manifestait son affection pour Jean-Luc Mélenchon. Et donc ça, c'est un peu normal. Et en même temps, je suis complètement d'accord avec le terme d'intermédiation. C'est ce que c'est plutôt de jouer la France insoumise, d'être un instrument de dialogue entre la jeunesse et les pouvoirs publics. Il y
a
cette image de Bali Bagayoko, le maire de Saint-Denis, qui s'interpose entre les lycéens et les policiers, qui est une image très forte.
Qui a été beaucoup
détournée d'ailleurs, parce que sectionnée,
c'est une des difficultés des
réseaux sociaux d'en parler à Anne
-Rodin Chardin. De la réponse
policière et de ce qu'on disait tout à l'heure sur l'État. Moi, j'ai tendance à penser que plus vous êtes attaqués dans votre fonctionnement étatique, plus vous vous recroquevillez sur les positions régaliennes. Et qu'est
-ce
que c'est que le régalien, si ce n'est le cœur de l'État, la capacité à manifester la défense de l'ordre ? Et vous avez là Sébastien Lecornu et le gouvernement qui sont pris dans une logique un peu infernale. D'un côté, ils sont obligés de défendre leur électorat qui craint les violences. Et donc, ils sont dans une logique qui est celui de leur cœur électoral, qui est un électorat beaucoup plus âgé et qui, lui, ne supporte pas la violence désordonnée, qui veut une forme de politique d'ordre. Et de l'autre, le fait d'entendre des mouvements sociaux dont ils comprennent bien
qu
'ils sont importants mais pour lesquels ils n'ont pas de réponse. Parce que c'est aussi ça.
Ils
n'ont aucune marge de manœuvre budgétaire. Juste un mot sur la France insoumise et les jeunes. D'abord, je ne
suis
pas sûre qu'ils ont toujours fait de l'intermédiation et je pense que parfois, je ne dis pas du tout qu'ils ont incité à la violence.
C'est deux. Ils sont passés d'une
politique visant à pousser le mouvement à une stratégie d'intermédiation. Il y a deux temps, si vous voulez.
Oui, c
'est ça. Parce qu'au début, on a vu des photos, des images qui montraient qu'ils agitaient, ils jouaient plutôt à potentialiser la colère. Mais ce n
'est
pas ça l'essentiel. C'est que je voulais juste dire quelque chose et Vincent Tibéry a été gentil de le rappeler tout à l'heure. C'est vrai qu'il ne faut pas oublier qu'il y a plusieurs jeunesses et que si Jean-Luc Mélenchon fait un carton auprès notamment de la jeunesse des grandes métropoles, et ça va être à mon avis spectaculaire à la prochaine présidentielle, le rapport s'inverse dès que vous êtes dans la France rurale. Il y a eu une très très bonne étude qui a été menée par l'Institut Terram pour Chemin d'Avenir avec l'IFOP où on montrait qu'à la dernière présidentielle, 40% des jeunes ruraux avaient voté Marine Le Pen et ça allait jusqu'à 46% en moyenne dans les hameaux,
c
'est-à-dire les villages les moins habités et souvent les plus isolés. Jérôme Jaffray n
'a pas
l'air tout à fait d'accord.
Il
y a une poussée du vote Mélenchon chez les jeunes d'intention de vote. Ce n'est pas encore évidemment le scrutin.
Mais le distinguo ruralité ou urbanité
? Bien sûr, cette distinction existe. D'accord. Mais si vous faites une moyenne nationale où vous êtes à 42% d'intention de vote, ça n'est pas que les métropoles. C'est quelque chose d'autre. La jeunesse se caractérise quand on essaye de comparer les différents mouvements, etc. Toujours. La jeunesse est contre l'ordre établi. Elle est contre les politiques en place. Et ça, Mélenchon le porte, par exemple, si vous voulez, ce qu'il propose sur l'écologie après la canicule. Il est pratiquement le seul candidat à avoir, pour le moment en tout cas, une politique sur ce sujet.
Transformer le service national universel en un service écologique proposé aux jeunes, ça, c'est une idée qui ne dépasse de beaucoup les métropoles. Parce que la canicule, figurez-vous, elle a touché aussi la France rurale et donc c'est un problème qui est devenu un problème collectif. Il y
a
un retard, me semble-t-il. Et là, je parle des candidats, pas du gouvernement qui fait ce qu'il peut dans les domaines où il le peut, peu, peu, sans doute. Mais en tout cas, on a une situation où il y
a
un retard des autres candidats sur tous ces sujets. Et pour le coup, ça peut aboutir, en tout cas, pour le vote... J'ai dit, Mélenchon, le problème, c'est que ça s'arrête à 35 ans.
C
'est ça, son problème principal, plus que la France rurale opposée à la France urbaine.
On
va s'arrêter là, juste d'un mot. Vincent Martini, vous vouliez réagir ? Non,
non,
mais encore une fois,
je
passe mon temps à être d'accord et j'en me jafferai comme souvent. Mais
on a le droit d'être d'accord. Mais il m'arrive
parfois de l'être avec vous. C'est pour dire que, en revanche, c'est sûr que ce mouvement lycéen, en un mot, il marque quand même une forme d'inadéquation fondamentale entre les demandes sociales d'une partie de la population et l'offre politique qui est quasiment inexistante. Encore une fois, Jean-Luc Tréanchon triomphe parce qu'il est dans un champ de ruines. Donc, personne n'a de proposition à faire sur la jeunesse, ni l'espace social-démocrate, ni l'espace central, ni la droite et l'extrême droite. Donc, d'une certaine manière, il apparaît aussi parce qu'au royaume des aveugles, les bandes sont rois.
Si je reprends juste la question de départ, et après on passe à la primaire social-démocrate, mais l'introuvable dialogue entre la jeunesse et un exécutif, finalement, on y est encore. Vous dites, il n
'y a
pas d'offre, personne n'a le fil. D'abord, parce qu'il
n'y a
pas
la
bonne ligne
téléphonique. Encore une fois,
le gouvernement n'a pas les moyens, même s'il voulait avoir des idées. Ils n
'en
ont pas les moyens. Ils sont complètement bloqués.
Mais aucun
n'en a eu par le passé.
Vous connaissez un gouvernement qui a trouvé
le fil
? Il y a eu des moyens.
Si vous
permettez, le problème, c'est de donner un rôle à la jeunesse. Ce n
'est
pas seulement une question d'argent
dans
cette affaire. Par exemple, François Mitterrand a préparé sa réélection de 1988 par le mouvement SOS Racisme.
Ça,
c'est-à-dire directement sur la jeunesse, lié à la montée de Jean-Marie Le Pen et du Front National à ce moment-là, le mouvement SOS Racisme, qui est le mouvement des jeunes par définition, et alors, pour le coup, des jeunes urbains, massivement, a été un moteur de réélection. Toute la question, c'est quel rôle on donne à la jeunesse. Est-ce qu'on fait de la jeunesse une force
en
elle-même, la force de la jeunesse ? Est-ce qu'elle fonctionne dans un système politique, social et sociétal ou est-ce qu'elle est considérée comme de futurs adultes ? Point final. C'est ça, le débat. Et le gouvernement ne saisit pas ces questions-là qui dépassent de beaucoup la question budgétaire. Je termine avant que Vincent Bartigny ne dise qu'il est d'accord avec vous.
Vincent Tibéry, juste d'un mot et après on passe à la primaire, mais le spécialiste de l'éducation, quand on regarde l'histoire, est
-ce
qu'il
y a
un gouvernement qui a trouvé le fil, qui a trouvé le truc avec la jeunesse pour
vous
? Attention, je suis un spécialiste de sciences politiques aussi.
Oui aussi, mais c'est pour ça que je
le dirai pour la deuxième partie.
Non,
non,
mais en fait, le souci quand on y réfléchit, c'est qu'effectivement, aujourd'hui, la jeunesse était un angle mort. Les jeunesses sont un angle mort. Les jeunesses, on veut les mettre au pas, on veut leur faire un service national universel et effectivement, ça ne marche pas. Derrière, en fait, c'est un souci de citoyenneté également. Et d'autant plus qu'on est quand même face à un mouvement social qui fait que, enfin, un mouvement sociétal qui fait que, de toute façon, aujourd'hui, les parents de ces jeunes sont également des citoyens de plus en plus assertifs, de plus en plus en capacité de l'ouvrir, de vouloir participer.
Ces jeunes, en fait, il faut leur donner des espaces également d'expression et pas simplement les questions diverses des conseils d'administration des lycées.
On ne saura pas si vous connaissez un gouvernement qui a trouvé la clé du dialogue dans l'histoire contemporaine. Mais manifestement, c'est un peu introuvable quand même. Oui, non, mais Jérôme Jaffray a répondu. La primaire.
France Culture,
L
'Esprit Public, Béranger Bonte.
Il
n'a jamais...