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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 22 mars 2017 7 minComplaisantActualité / polémiqueInstitutions & électionsImmigration & asileSécurité

Philippe Pujol : "Les nationalistes du FN attendent que Marine Le Pen prenne le pouvoir pour s'en débarrasser ensuite"

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Chapitres

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:50OuverteRéponse directe

    Cette obsession repose sur quoi ?

  • 1:35OuverteRéponse directe

    Qui est derrière cette révolution conservatrice ?

  • 2:40OuverteRéponse directe

    Ce déclassement, c'est quoi ?

  • 3:06OuverteRéponse directe

    Comment il a reçu le livre, lui ?

  • 4:05OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'il fait une hiérarchie des races ?

  • 4:43OuverteRéponse directe

    Et le point commun, c'est qu'ils aiment bien jouer des muscles.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:24Invité politiqueFait
    « Yvan Benedetti, idéologue de l'extrême droite, fondateur du PNF, parti nationaliste français, ex-dirigeant de l'œuvre française, ce mouvement qui a été dissous en 2013 après l'assassinat de Clément Méric. »
  • 0:38Invité politiqueFait
    « Votre cousin a également été exclu du Front National pour cause de dédiabolisation. »
  • 1:43PrésentateurFait
    « Ce qui se passe en ce moment ressemble beaucoup aux années 30 à 36, qui était le résultat d'une révolution conservatrice. »
  • 2:41PrésentateurFait
    « Le déclassement, c'est tout simplement la peur d'être moins bien que ses parents. »
  • 2:44PrésentateurFait
    « C'est d'être rattrapé par les derniers immigrés qui sont arrivés. »
  • 4:11PrésentateurFait
    « Si, on va mettre le problème et le juif. Ensuite, il y a une différenciation qui se fait. »
  • 4:51PrésentateurFait
    « Eux, ils ne veulent pas d'un président. Ils veulent d'un héros. »
  • 6:52PrésentateurFait
    « Elle a des liens assumés avec les identitaires, c'est sûr, puisqu'on a autour d'elle des identitaires. »
  • 7:04PrésentateurFait
    « C'est un noyau dur du Front National qui sont dans l'attente que Marine Le Pen prenne le pouvoir pour mieux s'en débarrasser derrière. »

Temps de parole

  • Présentateur64 %
  • Philippe Pujol28 %
  • Présentateur 28 %

2,7 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:01
Présentateur

France Inter, Catherine Boulay, Éric Delvaux, le 5-7. Votre invité ce matin, Éric Delvaux, c'est le grand reporter Philippe Pujol pour son livre « Mon cousin, le fasciste » qui paraît aux éditions du Seuil.

0:18
Philippe Pujol

Oui, reportage sur la fachosphère à travers les idées, le parcours de votre cousin de 10 ans, votre aîné, Yvan Benedetti, idéologue de l'extrême droite, fondateur du PNF, parti nationaliste français, ex-dirigeant de l'œuvre française, ce mouvement qui a été dissous en 2013 après l'assassinat de Clément Méric. Bonjour Philippe Pujol. Bonjour. Votre cousin a également été exclu du Front National pour cause de dédiabolisation. C'est un adepte du négationniste Robert Fourisson. Il est obsédé, dites-vous, par le judaïsme politique. Cette obsession repose sur quoi ?

0:53
Présentateur

En fait, c'est là qu'on voit la différence entre les identitaires et les nationalistes. Lui, il est nationaliste. Donc en fait, il n'est pas islamophobe, comme c'est le cas de la plupart des identitaires, ceux qui vont ensuite aller avec le Front National. Lui, pour lui, la cause générale de tous les maux mondiaux vient d'un judaïsme politique. Alors c'est peut-être qu'un système rhétorique pour dire les juifs, tout simplement, et pour rester dans le cadre de la loi. C'est-à-dire que ça serait une conspiration politique tenue par Israël. Et donc, derrière ce mot judaïsme politique, il a le grand méchant, le grand coupable de tous nos problèmes.

1:25
Philippe Pujol

Mais ce prétendu complot juif, c'est vieux comme le monde. Et pourtant, vous parlez d'une nouvelle révolution conservatrice dans la France du début des années 90. Qui est derrière ce que vous appelez cette nouvelle révolution conservatrice ?

1:39
Présentateur

En fait, ce qui se passe en ce moment ressemble beaucoup aux années 30 à 36, qui était le résultat d'une révolution conservatrice. C'est-à-dire qu'on voulait revenir à la situation d'avant, celle qui était rêvée, comme c'est le cas maintenant, même on va le trouver aujourd'hui au Fonds National, on voudrait revenir à l'époque des villages, à la France des villages, quelque part. Et la révolution conservatrice, c'est le retour à cette période-là, mais c'est une période fantasmée. Et là, aujourd'hui, on a tous les symptômes d'une révolution conservatrice. Et donc, est-ce qu'on va aboutir à ça ? Je n'irai pas jusque-là. Mais en tout cas, on a dans les symptômes d'une révolution conservatrice.

2:16
Philippe Pujol

Ça repose aussi, écrivez-vous, on parle des nationalistes et aussi des identitaires, sur la crainte, la peur du déclassement.

2:23
Présentateur

Pour moi, c'est la chose principale. On dit souvent que c'est la peur qui fait voter extrême droite, qui fait aller, enfin voter, qui fait avoir... Parce que du côté de mon cousin, on ne vote pas. Ce sont des fascistes revendiqués, ce ne sont pas des démocrates du tout. Il n'y a pas de vote.

2:40
Philippe Pujol

Ce déclassement, c'est quoi ?

2:41
Présentateur

Le déclassement, c'est tout simplement la peur d'être moins bien que ses parents. C'est d'être rattrapé par les derniers immigrés qui sont arrivés. Ce qui explique que certains immigrés, notamment maghrébins par exemple, vont voter Front National ou vont voter extrême droite, vont avoir des idées d'extrême droite parce qu'on s'intègre par le racisme. Quoi de plus français que d'être de l'extrême droite ? Quoi de plus français que d'être raciste ? Donc en fait, cette intégration par le racisme, c'est la peur du déclassement. Pour écrire ce livre, vous avez vécu au plus près de votre cousin. Vous avez même vécu des soirées cocasses, souvent drôles. Comment il a reçu le livre, lui ?

Lui, de toute façon, il est pour la liberté d'expression la plus totale puisqu'il veut avoir lui-même une liberté d'expression totale. Donc il me laisse totalement écrire ce que j'ai envie d'écrire. Il ne vous en a pas voulu de ce portrait qui n'est pas toujours à son avantage ? Non, je lui ai fait lire même avant de publier et il n'a rien fait changer. Pour ça, il est cohérent par rapport à son envie de liberté d'expression. Après, je ne pense pas qu'il est accueilli au fond de lui particulièrement bien. Mais vous êtes toujours en bons termes ? Oui, on est toujours dans les mêmes termes.

3:49
Philippe Pujol

Parce que vous y allez fort. Enfin, vous décrivez avec cette honnêteté les mots, le champ lexical de votre cousin. Ça tourne autour de nègre, négresse, sodomite. Nègre, négresse, dans la bouche de votre cousin, on est loin de la négritude d'Aimé Césaire. Est-ce qu'il fait une hiérarchie des races ?

4:08
Présentateur

Il y a une forme de hiérarchie. Alors, je ne connais pas la sienne précisément puisque ça change. Si, on va mettre le problème et le juif. Ensuite, il y a une différenciation qui se fait. Mais c'est quelque chose qui m'a surpris. C'est que quand on est parmi les nationalistes et identitaires, on se rend compte qu'aucun n'est d'accord sur qui est l'ennemi. Et ils sont en désaccord permanents sur qui est le pire. Alors voilà, il y a le nègre qui est pire que le PD, qui est pire que le... etc. Il y a toute une série de choses et derrière, il y a toutes ces frustrations. Et c'est en ça que leur structure est assez faible aussi.

C'est parce qu'eux-mêmes sont en guerre permanente pour savoir qui est le grand méchant.

4:43
Philippe Pujol

Et le point commun, c'est qu'ils aiment bien jouer des muscles. Ils sont assez offensifs. Ils aiment impressionner pour faire passer leur discours.

4:51
Présentateur

Eux, ils ne veulent pas d'un président. Ils veulent d'un héros. Et pour avoir un héros, c'est sur des critères qui sont des critères héroïques, justement. Des critères romantiques, je dirais presque. Donc, c'est presque l'homme fort. Vous voyez bien l'imagerie fasciste comme elle est. C'est toujours quelqu'un qui va de l'avant, une arme à la main et qui marche. Ça marche beaucoup, un fasciste, ça ne fait que ça. Et il marche. Et pour être héroïque, il faut être fort. Donc, il faut se battre. Après, il y en a pour qui la bagarre est un objectif. Il y en a pour qui la bagarre est un moyen. Yvan ne se bat pas pour se battre. Absolument pas, mon cousin. Vous venez de la même famille.

Vous avez à peu près le même âge. Vous avez eu sensiblement les mêmes ressources pour avancer dans la vie. Comment expliquer que lui ait pris cette direction fasciste et pas vous ? Alors, je n'explique pas du tout. Après, il a un cas unique en plus dans la famille. Donc, ça ne s'explique pas. Il a dû faire des rencontres, tout simplement. Il s'est retrouvé Europe Jeunesse. Europe Jeunesse, ce sont des fascistes qui se disent de scouts. Mais ce ne sont pas vraiment des scouts. En tout cas, c'est du scoutisme politique qui recrute des gamins vers 12-13 ans. Et quand il était petit, il l'appelait le gros patapouf. Oui, ça s'est déçu.

6:04
Philippe Pujol

Ça commence assez mal de ce profil. Et vous, Philippe Pujol. Je ne suis pas très bien Albert Londres, mais bon. Vous êtes pris Albert Londres 2014 pour votre série de reportages sur les quartiers nord de Marseille. Au final, qu'est-ce que vous avez cherché à démontrer à travers le portrait de ce cousin ?

6:19
Présentateur

Déjà que les fascistes ont un côté humain qu'il est nécessaire de montrer. Alors, ce n'est pas pour les rendre humains. C'est pour montrer que si on veut lutter contre cette idéologie, il faut les connaître. Forcément. Et ensuite, je voulais montrer aussi que pratiquement tous ceux qui sont autour de Yvan, mon cousin, sont presque tous au Front National. Ce n'est pas son cas, lui. Donc, la dédiabolisation du Front National, pour moi, n'est qu'un leurre.

6:45
Philippe Pujol

Avez-vous une idée précise des liens qu'entretient aujourd'hui Marine Le Pen avec les mouvements nationalistes et identitaires ?

6:52
Présentateur

Elle a des liens assumés avec les identitaires, c'est sûr, puisqu'on a autour d'elle des identitaires. Et elle a des liens conflictuels avec les nationalistes. Mais les nationalistes, pour autant, sont quand même puissants au sein du Front National. C'est un noyau dur du Front National qui sont dans l'attente que Marine Le Pen prenne le pouvoir pour mieux s'en débarrasser derrière.

7:10
Philippe Pujol

Tout ça est raconté dans ce livre « Mon cousin, le fasciste », signé de ce grand reporter qui est venu ce matin dans le 5-7, Philippe Pujol, prix Albert Land 2014. Et le livre est sorti aux éditions du Seuil. Merci, Philippe Pujol. Merci beaucoup. Et bonne journée. Merci.

Philippe Pujol : "Les nationalistes du FN attendent que Marine Le Pen prenne le pouvoir pour s'en débarrasser ensuite" — Philippe Pujol · Pourquijevote