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interviewRadio Classique — L'invité de la matinale· 1 mars 2021 14 min

Yannick Jadot

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Radio Classique, l'invité de Guillaume Durand avec le Figaro. Il est à la fois, vous le savez, député d'Europe Écologie et Vert et en même temps le leader de ce mouvement. Yannick Jadot, est-ce que ce que vient de souffler, donc Libération, et le commentaire de Guillaume Tabard qui vient de suivre, est-ce que tout ça vous paraît inquiétant ? Est-ce que vous vous mettez dans une situation d'arbitrage ou de refus d'arbitrage ?

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Yannick Jadot

Je me mets surtout dans une situation de gagner l'élection présidentielle de 2022 avec les écologistes, avec les progressistes et qu'on offre à ce pays une belle alternative politique. Je pense qu'il y a dans notre pays, comme dans tous les pays, dans toutes les démocraties, il y a une part de xénophobie, de repli identitaire, mais c'est 10-15% de l'électorat maximum. Le fait de passer à 25-30 et d'être en situation de gagner, c'est beaucoup de colère sociale, c'est beaucoup de sentiments d'abandon, c'est beaucoup de résignation, de peur de l'avenir.

Et notre responsabilité politique n'est pas d'instrumentaliser ses peurs, ça c'est ce que fait Marine Le Pen, ou d'autres qui veulent être les porte-voix des colères. Non, notre responsabilité politique est de faire nôtre ses colères, mais pour y apporter des réponses. Quand depuis des années, nous nous battons pour relocaliser une partie de l'économie, pour que l'agriculture, l'alimentation soient de proximité, pour qu'on lutte contre le dérèglement climatique et contre un modèle économique, on voit qu'il produit des pandémies qui vont continuer à arriver si on ne change pas de modèle économique.

Nous retrouvons le contrôle de notre destin collectif, et nous sommes de nouveau ouverts sur le monde.

1:45
Présentateur

Ce matin, Jacques Julliard, dans le Figaro, situe les tiages de la gauche à 35%, et François Mitterrand, il revient évidemment au parcours de la gauche qui fut la victoire de 80, disait qu'il faut partir de 42 pour y arriver. Donc au fond, le problème de l'électeur de gauche de bas, c'est qu'il se dit, pardonnez-moi, ce n'est pas une offense qui vous est adressée, mais il n'y a pas de grand leader de la gauche, et l'étiage est très bas. Donc de toute façon, on va se retrouver confronté à ce choix-là. Non, parce que... Ça fait deux questions quand même qui sont problématiques.

2:14
Yannick Jadot

Oui, mais... Vous n'avez même pas de draghi comme en Italie. Ni Emmanuel Macron, ni Marine Le Pen sont au niveau des tiages que vous avez mentionnés. Donc on est aujourd'hui effectivement dans une fracturation, division du paysage politique, avec une perte de repères qui est gigantesque, et qui... La responsabilité d'Emmanuel Macron à partir du moment où il est président de la République, elle existe, mais ça fait 20 ans qu'une bonne partie de l'électorat... Imaginez-vous, vous aviez 20 ans en 2002. Depuis 2002, à chaque élection, on parle du front républicain, on parle de faire barrage à l'extrême droite.

C'est quand même extrêmement déprimant pour une bonne partie de l'électorat, d'où la nécessité absolue. C'est pour ça que j'ai mis en place une plateforme d'idées 2022, l'écologie.fr, justement pour avoir des réponses aux problèmes concrets de vie quotidienne des Françaises et des Français, comme de perspectives collectives d'amnés.

3:14
Présentateur

Qui est un leader de la gauche et qui est un programme accepté par tout le monde, ça urge, vous savez très bien que vous n'êtes pas un naïf. Attendez, je termine. Dans votre camp, vous avez Éric Pio, vous avez parfois Mélenchon qui n'a pas l'intention de bouger d'un iotam, Alain Hidalgo qui essaie de faire un tour de France pour essayer de tester sa capacité à la présidentielle. Donc en fait, c'est une gauche désunie qui existe actuellement. Et il reste quoi ? Un peu plus d'un an.

3:39
Yannick Jadot

Guillaume Durand, il y aura pour l'élection présidentielle de 2022 une candidature commune entre Mélenchon et Emmanuel Macron. Une candidature qui se fera sur un projet autour de l'écologie. C'est notre responsabilité. Si nous n'arrivons pas à assumer cette responsabilité, ce sera une faute politique extrêmement lourde.

Et cet espace politique entre Mélenchon et Macron qui fera venir les humanistes, qui fera venir toutes celles et tous ceux qui ont cru en 2017 qu'Emmanuel Macron allait avoir un vrai projet pour la France, allait la projeter de nouveau vers un avenir bienveillant, allait s'occuper à la fois d'apaiser la société, de la réconcilier, que ce soit sur les territoires, que ce soit socialement, que ce soit culturellement. Et on voit bien à quel point aujourd'hui ce pays est tendu. Ce pays est plein de détresse, de tristesse. Et moi, je suis convaincu qu'un beau projet autour de l'écologie,

4:37
Présentateur

encore une fois, qui nous réconcilie avec notre terroir et le global, qui nous réconcilie avec l'avenir... Je vais les socialistes dans leur ensemble, y compris Mme Hidalgo, à vous rejoindre dans ce projet commun. Parce que si ce n'est pas ça, ça ne sera rien.

4:48
Yannick Jadot

Parce que ce sera cet espace politique-là, vous avez raison. Bien sûr.

4:51
Présentateur

Mais est-ce que vous les appelez ce matin à ça ? Est-ce que vous leur demandez tous ? Dirigeants du Parti Socialiste ?

4:56
Yannick Jadot

Mais je n'arrête pas de le dire. Je n'arrête pas de le dire. Depuis des mois, nous devons travailler sur le projet. Il va y avoir les élections régionales. De toute façon, nous serons ensemble au second tour. Et notre responsabilité, il est autour de cette écologie, de l'innovation industrielle, de la relocalisation de l'économie, de la justice sociale, de la culture, de la jeunesse. Eh bien, nous aurons une candidature commune. En tout cas, moi, j'y travaille.

5:24
Présentateur

C'est vrai qu'on écoute Jordan Bardella. Il était, il y a quelques instants, donc l'invité de nos confrères pour savoir, effectivement, ce qu'ils pensent de la situation que vous venez de commenter, qui a été décrite par Guillaume Tabard. Oui, je crois qu'il y a beaucoup d'électeurs de gauche qui sont attachés à la laïcité, qui sont attachés aux principes républicains. Et aujourd'hui, toute une partie de la gauche qui baigne, c'est le débat qu'on a pu avoir la semaine dernière dans l'islamo-gauchisme, puisqu'il y a toute une partie de la gauche, aujourd'hui, qui est main dans la main avec les islamistes, on le voit dans les facs.

Et je crois qu'il y a toute une partie de la gauche qui partage, en tout cas, le discours républicain, laïc, que nous défendons. Beaucoup d'électeurs de gauche, comme de droite déçus par leurs partis respectifs, pourront se retrouver dans le discours de Marine Le Pen. En tout cas, nous les appelons à nous rejoindre pour battre Emmanuel Macron en 2022. Voilà, vous entendez le ton, il est tranquille. Rejoignez-nous. Ça a déjà été une partie de la classe ouvrière. Là, il s'agit donc...

6:14
Yannick Jadot

À nous, à nous de travailler, travailler, travailler. À nous de proposer. Vous savez, quand on propose, par exemple, de mettre en place, au niveau des populations les plus vulnérables de notre pays, un bouclier de services publics, la rénovation de leurs logements. J'ai proposé, regardez ce que fait Biden aux Etats-Unis. Moi, j'ai proposé ça depuis des mois. Qu'on mette 30 milliards sur la table pour aider les ménages les plus en difficulté. Ils ont déjà mis 30 milliards sur l'écologie. C'est dans le plan de Macron. C'est 30 milliards. Il n'y a rien qui a été dépensé, M. Durand. Il n'y a rien qui a été dépensé aujourd'hui.

6:46
Présentateur

Donc, ces 30 milliards qui sont annoncés dans le plan de relance, c'est du bidon.

6:49
Yannick Jadot

Mais non, mais oui, parce qu'en pour l'instant, il n'y a rien qui est sur la table. La question, ce n'est pas de savoir combien on met sur la table. La question, c'est qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'on est à la hauteur des enjeux socialement, écologiquement ? Quand je propose un revenu citoyen pour que toute personne qui se trouve aujourd'hui en difficulté ait au moins 655 euros par mois pour vivre, notamment les jeunes. C'est redonné. Pas de l'espoir, parce que le RSA n'est pas le revenu citoyen que je propose, qui est le RSA plus 100 euros. Ce n'est pas une perspective de vie. Mais ça vous évite de faire la queue pour l'aide alimentaire.

Ça vous évite de vous retrouver à dormir dans la rue. Quand je rencontre des jeunes, que ce soit ceux qui participent à des programmes de garantie jeunes, que ce soit dans les facs, que ce soit dans les quartiers, ils ont tous incroyablement envie d'une perspective. Des fois, on voit l'expression génération sacrifiée souvent apparaître pour les jeunes. Mais quand je les écoute, je me dis que ce n'est pas une génération sacrifiée. C'est une génération qui est dans le dur. C'est une génération à qui on laisse le dérèglement climatique, à qui on laisse peut-être la dette Covid, la précarité. Mais c'est une génération qui a des convictions. C'est une génération qui se bat pour en sortir.

Et ma, s'il doit y avoir un truc pour 2022, c'est qu'on offre un avenir à cette jeunesse. Parce que cette jeunesse, si elle a un avenir, c'est que notre société retrouve confiance en elle et se projette de nouveau. Et une société qui retrouve confiance en elle, elle ne vote pas extrême droite.

8:20
Présentateur

Question, est-ce que vous êtes pour un durcissement du confinement dans les régions qui sont en difficulté ?

8:25
Yannick Jadot

Si on l'avait fait comme l'avait demandé une grande partie de la Moselle, notamment les élus de Metz, peut-être qu'on ne se retrouverait pas dans cette situation compliquée avec l'Allemagne. Je crois qu'il faut écouter les élus locaux quand ils sont confrontés à des situations extrêmement difficiles et surtout quand les élus locaux travaillent entre eux, quelle que soit, au fond, leur affinité politique, à essayer de trouver une déclinaison locale, territoriale, des mesures sanitaires.

8:56
Présentateur

Est-ce que vous avez l'impression qu'il existe actuellement au gouvernement une sorte de bataille politique autour du projet de loi climat ? On voit bien, par exemple, à propos de ce qui s'est fait à Lyon, chez un de vos confrères, puisque M. Grégory Doucet est un élu des Verts, il propose un menu végane. Le ministre de l'Intérieur dit que c'est un scandale et Mme Pompili dit que je le comprends parfaitement.

9:17
Yannick Jadot

Ce n'est pas un menu végane. Quand vous mettez des œufs et du poisson, quand vous essayez, c'est ça le pragmatisme écologique. Il y a un protocole sanitaire. Vous savez comment les gens dans les cantines, comment tous les personnels d'éducation sont soumis à des protocoles sanitaires qui changent en permanence ? Franchement, il faut leur rendre hommage. Quand vous avez un maire avec 29 000 enfants qui dit, pour appliquer ce protocole sanitaire, qui met deux mètres de distance entre les enfants, je fais un menu qui n'est pas un menu végane, ni même végétarien. Il y a des œufs, il y a du poisson, c'est ce qu'avait fait Gérard Collomb. Est-ce qu'on peut sortir de l'idéologie ?

Vous savez, ce sont les écologistes. Pour les cantines,

9:55
Présentateur

les Pompili ne sont pas d'accord.

9:58
Yannick Jadot

Oui, qu'ils aillent vers Blanquer pour savoir quel est le protocole sanitaire qui est appliqué dans les écoles. Ce que je veux dire, c'est que ce sont les écologistes qui font en sorte que dans les cantines, on prenne de la viande locale, de paysans locaux. Moi, je suis au Parlement européen. Je me bats contre les accords de libre-échange qui font venir la viande de bœuf du Canada ou du Mercosur qui sont élevés dans des conditions absolument abominables et qui participent de la déforestation. Donc, les paysans, ce sont les écologistes qui les défendent.

Moi, je ne me satisfais pas d'avoir des éleveurs de porcs aujourd'hui en France qui sont en train de crever parce qu'ils ne peuvent plus exporter en Chine et qu'ils n'alimentent pas les cantines, les restaurants, les marchés avec des produits de qualité. Je ne me satisfais pas de cette mondialisation.

10:45
Présentateur

À l'une des journaux ce matin, la Convention citoyenne sur le climat qui n'est pas d'accord avec les mesures qui ont été adoptées par le gouvernement. Je rappelle le calendrier parce qu'il faut être pressé pour ceux qui nous écoutent. C'est le projet de loi climat qui agite beaucoup la Macronie et le monde politique. 5 mars, ce sont les amendements. Et puis, la discussion parlementaire s'ouvrira le 29 mars. Quelle est, si je puis dire, la grande décision que vous attendez pour considérer qu'une partie de ce qui a été voulu, souhaité par la Convention citoyenne soit reprise par le Président de la République qui n'aurait pas été reprise.

11:18
Yannick Jadot

On a un objectif européen qui est de baisser nos émissions de gaz à effet de serre d'au moins 55%, 60% d'ici 2030. Ça, c'est si on va à un avenir sans chaos climatique. Ça veut dire que toutes les lois climat aujourd'hui doivent répondre à cet objectif. L'objectif, ce n'est pas de répondre à la Convention citoyenne. La Convention citoyenne, elle essaie d'avoir un mandat. Je pose la question à vous. Il y a dans ce gouvernement et avec Emmanuel Macron un déni de l'urgence climatique et on le voit un mépris de l'engagement citoyen. Mais ce que veulent les conventionnels, ce que veulent, c'est simplement qu'on agisse.

Donc, par exemple, la rénovation thermique des logements, j'en parlais tout à l'heure, c'est un enjeu de centaines de milliers d'emplois sur tous nos territoires d'artisans. C'est un enjeu de pouvoir d'achat. C'est un enjeu évidemment de consommation d'énergie et de dérèglement climatique. Donc, vous diriez que rien n'est fait. Écoutez, là, vous nous avez dit... Non, je ne dis pas rien.

12:15
Présentateur

Simplement, quand vous avez... Ils ne sont pas sur la table et pour l'instant, rien n'est fait, vraiment.

12:18
Yannick Jadot

Mais ça, c'est sûr que, si vous voulez, les décisions d'Emmanuel Macron en matière de climat, c'est deux choses. C'est la convention citoyenne dont il a considéré qu'il pouvait s'affranchir des conclusions. Et c'est le Haut Conseil pour le climat qui est un Haut Conseil d'experts et de scientifiques qui dit qu'avec les propositions gouvernementales, on est à 10% du chemin pour être dans l'accord de Paris. Moi, ce que je vois, je vois Biden investir des centaines de milliards de dollars sur les énergies renouvelables, sur l'automobile et la mobilité moins polluante.

12:53
Présentateur

Ils polluent plus que la France. Vous savez très bien que la France du nucléaire n'est 1% du CO2 dans le monde. D'accord. Ce que je veux dire, c'est que vous avez

13:01
Yannick Jadot

plein de pays qui sont en train de se dire que cette économie sans carbone, c'est une économie de l'innovation et de l'emploi. J'aimerais qu'on fasse le même pari. Qu'on innove, qu'on emploie et qu'en plus, on sauve la planète et la nature.

13:15
Présentateur

Yannick Jadot est en direct avec nous. La dernière question sera franche. Ne dites pas merci tout de suite. Est-ce que vous serez définitivement candidat à cette présidentielle ? Je m'y prépare.

13:22
Yannick Jadot

Les Français se foutent de savoir qui sont les candidats aujourd'hui. Ce qu'ils veulent, c'est des réponses.

13:26
Présentateur

C'est vous que j'en fasse de moi ce matin.

13:29
Yannick Jadot

Je vous répondrai quand le moment sera venu. Ce que je sais, c'est que la seule alternative pour éviter Le Pen et pour ne pas recommencer 5 ans de Macron, c'est un projet autour de l'écologie avec une candidature écologiste qui réunit très largement tous les progressistes, les humanistes de ce pays.

13:47
Présentateur

Merci beaucoup. Yannick Jadot, 8h29 sur l'antenne de Radio Classique. Sous-titrage Société Radio-Canada