Nicolas Forissier : « C’est du jamais vu pour la Ve République, le Parlement fait le budget »
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour Nicolas Faurissier. Bonjour. Vous êtes ministre délégué chargé du commerce extérieur et de l'attractivité. Soyez le bienvenu dans cette émission. On va bien évidemment parler du budget, de l'impact sur notre économie. Mais d'abord, peut-être faisons les présentations. J'aimerais savoir à qui je m'adresse aujourd'hui. Devant moi, est-ce que j'ai un ministre LR ou pas ? Très concrètement, pour que les téléspectateurs comprennent, je rappelle que votre parti a choisi de vous suspendre à cause de votre participation au gouvernement. Est-ce qu'aujourd'hui, vous êtes un ministre LR ?
Au fond de moi-même, je me sens LR. Je le suis depuis 40 ans, au sens des différentes familles qui ont fini par constituer le rassemblement qui était l'UMP et ensuite LR. Après, je me suis moi-même, comme d'ailleurs mes autres collègues, mis en retrait parce que je considérais que le fait de participer au gouvernement ne correspondait pas directement à ce qui a été décidé au bureau politique, même si on peut noter quand même qu'il continue à y avoir des positions différentes au sein de la famille. On s'est mis en retrait. Je crois que tout ça n'est vraiment pas important.
Moi, pas un de mes concitoyens à la châtre dans mon territoire de l'Inde où je vais et où je continue à aller le plus possible au-delà de mes fonctions ne m'a parlé de ça.
C'est pas du tout la possibilité. Comment vous expliquez quand même cette décision de votre parti qui sanctionne des ministres LR qui siègent au gouvernement Le Cornu alors que le parti soutient ce gouvernement, soutient la participation au gouvernement depuis plus d'un an et notamment même au gouvernement Le Cornu 1 ? Comment vous expliquez cette décision ?
Je pense qu'il y a un débat, une période de tension comme ça arrive dans les familles politiques. Je pense aussi que tout le monde, Gérard Larcher l'a dit très clairement, souhaite qu'on apaise les choses. Je rappelle quand même que la quasi-totalité des députés du groupe LR, 50 députés à l'Assemblée qui sont en première ligne, a souhaité avec force, et l'a dit et redit, rester au gouvernement, soutenir la participation au gouvernement, et pas simplement un soutien sans participation. Et même les 4-5 qui n'étaient pas trop sur cette ligne ont joué le jeu et sont solidaires. Donc, vous voyez, il y a deux analyses.
Je crois que le plus important, c'est de calmer le jeu, de resserrer les rangs de la famille, parce que ce n'est pas bon pour nous, ce n'est pas bon pour notre message et ce qu'on veut porter, et de se consacrer à ce qu'attendent les Françaises et les Français.
Alors, précisément, on va parler du budget, des débats budgétaires sur le volet recettes qui se poursuivent à l'Assemblée nationale. Dans ce contexte, les socialistes, vous l'avez remarqué, sont à l'offensive. Je vous soumets cette déclaration du socialiste Philippe Brun, c'était hier. Si l'Assemblée nationale ne trouve pas un accord d'ici mardi sur le budget, tout va s'effondrer et le gouvernement tombera. Les socialistes, ils vous mènent actuellement par le bout du nez ?
Non, je pense que tout le monde, parce que les Républicains, et c'est bien normal, posent aussi leurs limites et leurs souhaits. Tout le monde essaye d'apporter sa pierre et d'avoir satisfaction pour un certain nombre de lignes politiques qu'ils portent. Et c'est le cas des socialistes, ils le font évidemment en se servant de leurs moyens.
Mais vous n'avez pas marre, vous, ministre Allaire, du coup, d'être menacé de chantage tout le temps, comme ça, par les socialistes ?
Pour l'instant, je ne suis pas dans cet état d'esprit. Pour l'instant, moi, je me consacre de manière accélérée à la mission qui est la mienne. Je crois que tous les membres du gouvernement aux côtés de Sébastien Lecornu le font. Il y a un débat au Parlement. Le Premier ministre a été extrêmement clair. Il a d'ailleurs annoncé qu'il n'utiliserait pas l'arme fatale, comme on dit, qui est le 49-3. Il y a d'autres outils dans la Constitution qui permettent d'avancer. Mais il a dit ça, pourquoi ?
Parce qu'au fond, dans une assemblée nationale qui n'a pas de majorité, il y a un moment où il faut que tout le monde se mette autour de la table et qu'on essaye, les uns et les autres, de faire les compromis nécessaires pour trouver une solution. Qu'est-ce qui est important aujourd'hui ? Que nous demandent les habitants du Béry, par exemple, chez moi, ou de tous nos territoires, de toute la France, que ce soit dans le monde urbain ou dans le monde rural ? Entendez-vous. Mettez-vous autour de la table. Vous n'avez pas de ligne rouge.
Pour vous, vous n'avez pas de ligne rouge.
Ce n'est pas qu'on n'a pas de ligne rouge. C'est qu'on sait très bien, les uns comme les autres, que le budget ne correspondra pas à 100% à ce qu'on souhaiterait. Ce qui voudrait qu'il sera un votable.
Le vote est prévu sur la première partie recette la semaine prochaine.
Oui, mais le sujet, c'est quoi ? C'est de stabiliser la situation, de donner un budget au pays. Et nous aurons un débat en 2027 que les Français trancheront. La présidentielle. Absolument. Et les législatives. Et donc ce que je pense, c'est qu'au fond, derrière l'idée de stabiliser la situation, d'avoir un budget, il y a évidemment le court et le moyen de termes pour les Françaises et les Français, pour les entrepreneurs, pour les commerçants qui ne vendent plus rien ou pas beaucoup parce qu'ils voient bien que le consommateur est très inquiet et parle plus que jamais. Je pourrais continuer la description, on la connaît.
Donc il faut stabiliser la situation, donner un budget au pays et derrière, et on ne le dit pas assez, se permettre enfin d'avoir un débat apaisé sur les sujets. Et quand on parle des retraites, par exemple, moi j'ai voté la réforme des retraites, mais j'entends qu'il y a des analyses très différentes, qu'il y a une grande crainte d'une partie, il y a un rejet, disons les choses, d'une bonne partie de l'opinion. Peut-être est-ce aussi parce que le débat n'a pas été assez clair, assez transparent. Alors puisque vous parlez des retraites, effectivement… Et donc il faut se permettre ce débat.
Non mais c'est intéressant, puisque depuis hier, effectivement, les députés examinent en commission le budget de la Sécu qui contient effectivement cette fameuse suspension de la réforme des retraites. Est-ce que vous appelez, du coup, vos camarades LR à voter cette suspension de la réforme des retraites ?
Je pense que tout le monde, à gauche comme à droite, en tout cas dans le grand rassemblement, si je puis dire, des partis qui souhaitent être au gouvernement et qui se disent de gouvernement, je pense qu'il faut qu'à un moment les choses soient posées. Elles sont dites, il y a des batailles parlementaires, ça n'a jamais été comme ça dans la Ve République, c'est le Parlement qui fait le budget, le gouvernement a déposé une proposition, cette proposition, le Premier ministre l'a dit depuis le début, elle va évoluer, il est très dit très clairement, ce ne sera pas le budget le cornu au final, c'est vous qui devez prendre vos responsabilités.
Donc en fait, vous dites, c'est à vous de voter, moi je ne prends pas mes responsabilités.
Non, ce n'est pas ça, c'est que tout le monde est dans un dialogue, le gouvernement a pris ses responsabilités en proposant une version de base, cette version de base va évoluer parce qu'il y a un débat parlementaire qui, pour la première fois, n'est pas sous le coup d'un éventuel 49-3, mais ça veut dire aussi qu'à un moment, tout le monde doit prendre sa responsabilité, caler les choses, les poser, donner un budget, personne ne sera content de ce budget, mais l'important c'est de stabiliser la situation.
J'imagine que ce n'est pas facile pour vous, votre parti a proposé un report du départ à la retraite à deux reprises, à 65 ans. Deux dernières présidentielles, c'était 65 ans, je crois, proposés par Valérie Précresse, et François Fillon, c'était même à un moment, on parlait de 67 ans.
On continue à penser qu'on ne pourra pas, dans ce pays, faire différemment de tous les autres pays de l'Union Européenne. Quand vous prenez le tableau des âges de départ à la retraite et des durées de travail, de cotisation, on est, entre guillemets, ceux qui travaillons le moins et le moins longtemps. Je schématise un peu, il y a des nuances, il y a des régimes de retraite qui ne sont pas les mêmes, etc. La comparaison n'est pas toujours simple, mais c'est quand même, grosso modo, ce qui se passe.
Donc ça veut dire qu'il faut dire la vérité à nos concitoyens et nos concitoyennes, en même temps, ça ne doit pas nous empêcher d'avoir un débat qui porte sur la justice de ce système, les évolutions nécessaires. On a d'ailleurs parlé de la pénibilité où on doit encore avancer, de la carrière dite « hachée » des femmes, je n'aime pas cette expression, mais c'est une réalité. Il y a un certain nombre de choses qui doivent évoluer. Et ça, ça ne peut se faire que dans un débat apaisé où on pose des choses.
Peut-être que communément, ensemble, le pays décidera que ce n'est plus tellement le problème de l'âge légal de départ qui est important, mais plus la durée de cotisation, il faudra trouver un système juste. Et pour ça, il faut poser les choses, il faut calmer, il faut stabiliser. On suspend et on verra ensuite en 2027. 2027 tranchera.
Hier, l'Assemblée nationale a adopté une mesure alourdissant la contribution exceptionnelle des grandes entreprises. C'est une mesure qui devrait rapporter 6 milliards d'euros dans les caisses de l'État. Est-ce que ça risque de plomber la compétitivité de la France, comme l'a dit le président du MEDEF, Patrick Martin ?
On est clairement dans un pays où la fiscalité est au maximum. Je l'ai toujours dit. C'est-à-dire que je reste attaché aux valeurs de ma famille politique. Après, nous sommes dans une situation exceptionnelle, où il faut trouver des mesures exceptionnelles, temporaires, pour contribuer à redresser la situation des finances publiques.
Parce que le plus grand danger, ce n'est pas tant les 6,5 milliards sur les grandes entreprises et la contribution, quelque part, un peu exceptionnelle sur 2 ou 3 ans des grandes entreprises, c'est que nous n'ayons pas de budget, que nous ayons un shutdown, comme disent les Américains, que nous ayons un blocage, et ça nous coûtera extrêmement cher, et notamment en termes d'augmentation des intérêts à dette. Mais vous qui êtes ministre en charge de ce dossier,
Oui, vous êtes ministre en charge de ce dossier. Est-ce que ça risque de dissuader certains investisseurs, entrepreneurs, de venir en France ?
Je pense que les investisseurs, on les a encore rencontrés, beaucoup de fonds internationaux qui étaient à Paris la semaine dernière, ils regardent les choses dans la durée. Évidemment, ils souhaitent que la stabilité revienne. C'est d'ailleurs le principal critère. Et encore une fois, c'est plus important, à mon sens, que les mesures ponctuelles qui peuvent être prises dans ce budget pour essayer de passer le cap. Ils veulent la durée. Ils regardent le fait aussi que la France est un pays où il y a des équipements de très haut niveau, une formation de très haut niveau, des ingénieurs remarquables. Donc les taxes, ça compte moins. Des innovations, c'est un ensemble.
Ce n'est pas pour rien que nous sommes, pour la sixième année, les premiers destinataires en Europe, et de loin devant, en nombre de projets, des investissements directs étrangers.
Donc vous ne dites pas aux députés aujourd'hui, bon, allez-y un peu plus mollo sur la taxation.
Oui, bien sûr, il faut trouver encore, je l'ai dit depuis le début, un équilibre entre les désirs des uns et des autres. Le plus important, c'est que cet équilibre permet de stabiliser la situation. Je me répète, vous savez, il n'y a pas que les grandes entreprises. Encore une fois, tous mes concitoyens, dans tous les déplacements que je fais, et évidemment dans mon territoire, sont totalement attachés à ça.
Nicolas Faurissier, demain, il sera question de la taxe Zucman. Vous êtes quelle équipe ? Vous êtes taxe Zucman, taxe Zucman allégée vers son socialiste,
pas de Zucman du tout. Je pense qu'il y a un certain nombre de contribuables qui, proportionnellement à tous les autres contribuables, la tranche la plus élevée en termes de revenus, c'est quelques milliers de personnes, qui, contrairement à tous les autres contribuables, finalement, par le biais, notamment des holdings qui permettent de stocker, entre guillemets, ces quasi-revenus, payent moins, et ce n'est pas juste.
Donc, si je traduis pour les téléspectateurs, vous êtes pour la taxe Zucman ?
Je ne suis pas pour la taxe Zucman, parce que la taxe Zucman, dans sa conception, touche, intègre dans la base taxable, l'outil de travail. Et ça, c'est une catastrophe, pour le coup, en termes de compétitivité. Je pense qu'il ne faut absolument pas le faire. Et j'ai plutôt le sentiment, d'ailleurs, que beaucoup d'élus socialistes, y compris l'Assemblée, le savent. Donc, il faut trouver une solution qui permette d'avoir une solidarité avec un rétablissement de la justice fiscale, proportionnellement à ce que les autres payent, pour un certain nombre de ménages. Mais ça ne va pas résoudre tout. C'est important, symboliquement. C'est une question de justice fiscale.
Mais il faut qu'on voit bien qu'il y a d'autres besoins et qu'on ne peut pas rentrer dans une dérive fiscale non plus.
– Si je vous comprends bien, vous dites OK pour la taxe Zucman, allégée dans la version socialiste.
– Je dis OK, comme le propose le gouvernement, dans la version de son texte qui porte sur les holdings, à l'exception de ce qui concerne la productivité, l'investissement dans l'outil professionnel, il dit, le gouvernement, écoutez, je vous propose de rétablir la justice fiscale pour un certain nombre de contribuables qui, au fond, parce que c'est comme ça que ça marche, font remonter leurs dividendes dans la holding sans payer d'impôts personnels.
– Certains secteurs créent de nouvelles taxes, notamment le secteur du tourisme, ça vous intéresse directement. Vous leur dites quoi pour les rassurer ? C'est pour votre bien, c'est pour le bien de la France ?
– Non, je pense que tout le monde, à tous les étages, doit faire un petit effort, et c'est comme ça qu'on y arrivera. Encore une fois, ce serait bien pire de ne pas trouver une solution de rééquilibrage financier et de stabilisation par un budget. – Parmi les pistes en discussion, il y a l'alourdissement
de la fiscalité sur les chèques vacances, ou encore le changement du taux de TVA pour la restauration.
– Le gouvernement, écoutez, on est vraiment dans le cours de la distribution parlementaire, et je vous rappelle quand même, puisque je suis un public Sénat quand même, que le Sénat va avoir aussi un rôle extrêmement important, avec sa propre expérience, son propre regard, pour équilibrer là aussi un certain nombre de choses qui ont été décidées ou votées à l'Assemblée nationale. On est au tout début, en fait, d'un processus qui passionne, y compris les médias, la preuve, mais qui n'est pas terminé. L'objectif, encore une chose, c'est que chacun, à un moment, arrive à un résultat, se pose, et stabilise la situation.
C'est ce que demande encore ce matin, dans une étude du CESSE, j'ai vu ça être publié ce matin, 80% des Français, qui partent où…
– Vous dites, on est au début du parcours législatif, mais on est peut-être aussi, c'est peut-être le début de la fin, puisque c'est mardi prochain, mardi prochain est prévu le vote solennel sur la partie recette du budget, sur le premier volet. Vous inquiétez d'un éventuel rejet de l'Assemblée nationale, qu'est-ce qui se passe ensuite ?
– Le texte va au Sénat, qu'il soit rejeté ou pas.
– Vous pensez qu'on va rester dans les 70 jours prévus par la Constitution pour l'examen du budget ?
– Pour l'instant, on est dedans, c'est très serré. Je pense que si tout le monde fait les efforts nécessaires, après les premières postures et les premières tentatives, comment dire, de dire très fort un certain nombre de choses pour essayer d'imposer ces idées, je pense qu'à un moment, encore une fois, le bon sens et la raison reviendra. Personne n'a intérêt, dans les familles politiques, à porter la croix d'un échec qui conduirait à une crise politique et financière et économique majeure. – Vous appelez la responsabilité, c'est ça ? – Évidemment.
– On parle beaucoup du déficit de notre commerce extérieur et de notre balance commerciale. Vous avez des prévisions pour les mois qui viennent ? Je regardais, on accuse un trou de 43 milliards d'euros sur le premier semestre 2025, en ce qui concerne notre balance commerciale. Qu'est-ce qui va se passer dans les semaines et les mois qui viennent ?
– Ça dépend des contrats qui sortent, qui sont inscrits. On est à peu près dans la moyenne de l'année dernière. Il est clair que la France est en déficit de sa balance commerciale, mais pas globale, parce que je rappelle que la balance des services, elle est extrêmement déficière.
– La balance courante, c'est ça ?
– Oui, là, le déficit commercial, c'est la balance des biens, consommation industrielle, etc. Mais quand vous rajoutez les services, par exemple le tourisme dont vous parliez, en fait, la France est plutôt excédentaire globalement. Ce qui est clair, c'est que sur la balance des biens, la balance commerciale, on est en déficit depuis des années. C'est un problème lié à la compétitivité de nos entreprises, c'est aussi lié au fait que nous sommes dépendants d'un certain nombre de produits, et je pense notamment à l'énergie.
Moi, il y a un sujet qui me préoccupe parmi d'autres, y compris au regard de ma vie politique et de mes engagements, y compris locaux, c'est la balance agricole et agroalimentaire, qui aujourd'hui, l'excédent qui était traditionnel, qui était important, devient un déficit ou risque de l'être de façon durable si on ne fait rien. Donc, on va mettre l'accent sur ce secteur.
On ne vous sent pas particulièrement inquiet, notamment par rapport aux conséquences de ce budget. La France, vous dites que la France, aujourd'hui, va bien et elle ira encore mieux demain ? Malgré tout ce qu'on peut en attendre dans les médias et les politiques ces dernières semaines ?
Quand on se déplace beaucoup, ce qui est mon cas, et je le faisais avant d'être au gouvernement, dans le cadre de mes fonctions, on s'aperçoit quand même que la France n'est pas un pays qui va si mal que ça. Alors, évidemment, on a de gros défauts. Évidemment, il y a une tension sociale, un débat qui est assez vif. Il y a une très forte inquiétude dans l'opinion qui, du coup, aboutit à augmenter cette tension. Mais la France, c'est un pays qui, néanmoins, reste attractif, je l'ai dit, pour les investisseurs, qui est moderne, qui est regardé à l'étranger avec une forme d'admiration. Aujourd'hui, cette admiration à l'étranger, elle se double d'étonnement.
Très souvent, on entend, mais pourquoi ils sont comme ça ? Ils ont tellement d'atouts dans ce pays. Donc moi, je crois que ce que veut faire, d'ailleurs, Sébastien Lecornu, et la mission qu'il nous a donnée, c'est de redire un peu plus de vérité, de les mettre sur la table, d'apaiser le débat, de stabiliser les choses, et de continuer le boulot.
Moi, c'est ma mission en matière de commerce extérieur ou d'attractivité, c'est-à-dire aider les entreprises à aller plus dans le monde, à vendre plus, parce que c'est de l'emploi, après, dans nos territoires, et dans le même temps, essayer de trouver plus de projets qui sont des investissements, notamment industriels, et donc de l'emploi dans nos territoires.
– Autre sujet d'actualité, monsieur le ministre, ça fait une semaine maintenant que Nicolas Sarkozy dort à la prison de la Santé, c'est quelqu'un que vous connaissez bien. Est-ce que c'est normal que le garde des Sceaux, Gérald Narmanin, aille lui rendre visite, comme ça a été annoncé ?
– Moi, ça ne me choque absolument pas, je veux dire, le garde des Sceaux va voir ce qu'il veut.
– Il n'y a pas un mélange des genres un peu particulier ?
– Pourquoi s'il y a un mélange des genres ?
– Parce qu'il est le chef des magistrats, en quelque sorte, puisqu'il est le garde des Sceaux, ministre de la Justice,
et qu'il y a un appel qui a été formulé. – Dans le cadre actuel, parce qu'en plus, c'est un ami, ne me paraît pas remettre en cause quoi que ce soit.
– L'indépendance de la justice, ça a beaucoup fait réagir les magistrats.
– Oui, mais enfin, écoutez, là encore, il faut qu'on apaise les choses. Franchement, je suis assez étonné qu'on se perde dans ce genre de discussion. Je comprends bien qu'il y a des principes, en l'occurrence, je ne crois pas une seule seconde, que les principes de séparation des pouvoirs avaient été remis en cause par Gérald Darmanin.
– Ce n'est pas une manière d'influencer la décision des juges en appel ?
– Parce que vous croyez que le fait qu'il y aille influencerait la décision des juges, je ne crois pas une seconde. La preuve, ce qui s'est passé, malgré toutes les interventions et les débats médiatiques qu'on a pu avoir sur ces affaires ou sur d'autres, n'a pas modifié le jugement des juges, si je puis dire. – Donc pas de problème. – Encore une fois, moi je suis assez frappé, parce qu'au fond, chaque sujet est hystérisé dans le débat français.
C'est aussi ça. – Ce n'est pas banal de voir un ancien président en prison, monsieur le ministre. – C'est sûr que ce n'est pas banal,
et ça me rend personnellement très triste.
– Les députés insoumis, Daniel Obono et Hugo Bernalissi, ont demandé au nom de leur droit parlementaire à rencontrer le prisonnier Sarkozy. C'est là une demande qui a été refusée par l'administration pénitentiaire. Ça a été refusé à raison, selon vous ?
– Je ne connais pas les détails de cette histoire, c'est quand même de la provocation. Vraiment de la provoque. Franchement, bon. Après, les parlementaires peuvent se présenter devant une prison et demander à visiter, mais ils ne viennent pas pour voir les prisonniers, ou les personnes qui sont détenues, ils viennent pour vérifier les conditions de détention. Ce n'est pas du tout la même chose.
– Donc, provocation, vous dites. Autre sujet, les élections municipales auront lieu l'année prochaine, au mois de mars. Est-ce que vous serez candidat ? Et si oui, allez-vous quitter votre ministère ? Quand allez-vous quitter votre ministère ?
– Je serai candidat parce que je l'avais déjà dit avant, mon idée a toujours été, au fond, de passer la main au Parlement. Et parce qu'à un moment, il faut s'arrêter, il faut faire monter des jeunes, c'est vraiment ce que je voulais faire. Et j'ai toujours dit que je reviendrai à la mairie de la Châte si les électeurs le souhaitent, parce que c'est le cœur de mon engagement politique, c'est là où je vis. Et le territoire de la Châte, du Béry, est pour moi la cause d'un attachement profond. C'est vraiment ce qui m'a nourri intellectuellement et culturellement depuis toujours. Après, si je suis élu maire, ce n'est pas encore fait, le Premier ministre me dira ce que je dois faire.
Mais évidemment, si je suis élu maire et qu'il me demande de me mettre en retrait le temps de mon passage au gouvernement, je le ferai. – Renaissance… – C'est une mission au gouvernement, je peux vous dire que je la conduirai vraiment jusqu'au bout.
– Renaissance va acter aujourd'hui son soutien à l'élu horizon Pierre-Yves Bournazel à la mairie de Paris, au détriment de Rachida Dati. C'est un sale coup qui est fait à votre collègue ministre ?
– Je ne peux pas m'immiscer dans le débat des municipales de Paris, c'est d'ailleurs vraiment autre chose. Moi, j'aime beaucoup Rachida Dati, je pense qu'elle a le talent et l'abattage, l'énergie pour conduire et remettre en état une ville de Paris qui a quand même été très abîmée, d'ailleurs elle le dit depuis longtemps. Après, c'est le jeu normal de la vie politique, on n'est pas au bout, vous savez. À un moment, là aussi, tout le monde doit se poser. Si on veut que la droite, le centre, le bloc central, le socle commun regagne Paris puisse enfin redresser cette ville de ses dérives liées à la période Hidalgo, eh bien il faudra que tout le monde se mette d'accord.
C'est vrai pour les municipales, dans n'importe quelle ville, ce sera vrai pour le présidentiel, disons les choses.
– Merci beaucoup, merci Nicolas Fauressier d'avoir répondu à mes questions. Merci ministre LR, malgré eux, donc si j'ai bien compris…
– Je suis suspendu, je suis dans les airs, mais je suis donc LR.
– Merci beaucoup d'avoir répondu aux questions de Public Sénat. – Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat. – Sous-titrage Société Radio-Canada
Nicolas Forissier