Conflit Israël-Hamas : "Israël est en train de mener une guerre d'hier", estime Dominique de Villepin
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Dominique de Villepin. Bonjour. Voilà un mois, jour pour jour, que la guerre entre Israël et le Hamas a commencé. De chaque côté, on compte les morts. 1400 côtés israéliens, plus de 10 000 côtés palestiniens selon le Hamas. Et l'info de la nuit, c'est que Benjamin Netanyahou souhaite prendre le contrôle général de la sécurité à Gaza après la guerre. C'est une annexion de la bande de Gaza sans le dire ?
Oui, c'est surtout une incapacité à tirer les leçons de l'histoire. C'est la cinquième guerre de Gaza. Et avec Karel Zuta. Avec à chaque fois plus de violence, à chaque fois plus de danger pour Israël. Il est temps que le gouvernement israélien ouvre les yeux. Et pour cela, il faut partir du point de départ. Le gouvernement israélien de Benjamin Netanyahou a échoué le 7 octobre. Et il a échoué doublement. Dans la capacité à assurer la protection du peuple israélien. En laissant faire des massacres qui sont une abomination. Et il porte une responsabilité directe dans ce qui s'est passé. Et il a aussi un autre échec.
C'est d'avoir encouragé une politique d'occupation et de colonisation qui continue à cette heure en Cisjordanie. Et qui constitue une autre menace pour Israël si un deuxième front en Cisjordanie venait à s'ouvrir.
Il faut juste préciser, Dominique de Villepin, parce qu'on est un mois pile après cette attaque, ce que vous entendez par la responsabilité du gouvernement israélien dans l'attaque.
Mais tout simplement, l'incapacité à assurer la protection d'Israël. C'est ça le pacte de sécurité entre le gouvernement israélien et le peuple israélien. Mais l'attaque, elle vient du Hamas. Non mais il n'y a aucun doute là-dessus. Et nous l'avons dit et redit. Ça c'est clair. Mais le gouvernement israélien a failli. Et pourquoi je le dis si fortement ? Parce que c'était justement l'engagement de Benjamin Netanyahou. Et s'il a failli, et ça il faut le comprendre, c'est bien parce que la politique de sécurité ne s'obtient pas par la force. Donc ça veut dire que quand il dit qu'on va assurer la sécurité à Gaza...
La force, c'est le sésame du gouvernement et des gouvernements israéliens successifs. Or, la force ne permet pas d'assurer la sécurité d'un peuple. C'est ça que tous les israéliens doivent comprendre aujourd'hui.
Mais quand il dit Benjamin Netanyahou...
Permettez-moi de terminer. Et ce qui est important, c'est que le choix du gouvernement israélien, justement depuis le 7 octobre, c'est de surenchérir dans la force. Vous savez, ni la force, ni la vengeance n'assurent la paix et la sécurité. Ce qui assure la paix et la sécurité, c'est la justice. La justice n'est pas au rendez-vous. Et le choix du gouvernement Netanyahou de mener une politique de bombardement. Trois guerres en même temps. Une guerre de bombardement massif sur les populations civiles, bien sûr avec l'objectif d'éliminer le Hamas.
Une deuxième guerre, qui est une guerre de siège, qui pose beaucoup de problèmes en droit international, en termes de possibilités de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité. Et il y a une troisième guerre, qui est celle qui va se dérouler sans doute plus intensément, qui est une guerre de raide, une guerre au sol, et qui, elle, permet sans doute beaucoup plus de ciblage et de proportionnalité.
Mais alors, qu'est-ce qui reste comme option à Israël, qui veut éradiquer le Hamas, comme vous dites, et quand le Hamas se sert de la population palestinienne comme bouclier ?
D'abord, il faut constater que le raisonnement du gouvernement israélien dans les bombardements qui ont lieu aujourd'hui est un raisonnement erroné. Et toute la communauté internationale peut le voir. Le principe, c'est nous ciblons des terroristes. Et malheureusement, il se trouve qu'il y a aussi des populations civiles, ce qu'on appelle pudiquement, en langage militaire, des dommages collatéraux. Il faut bien voir que ces dommages collatéraux ne sont pas des dommages accidentels. C'est-à-dire qu'ils sont parfaitement prévisibles et parfaitement assurés, assumés.
Mais là encore, la responsabilité, elle n'est pas seulement israélienne.
Mais une fois de plus, arrêtons de poser la question de la responsabilité. Voyons la réalité de ce qui se passe sur le terrain. La faute, une fois de plus, permettez-moi de vous le dire, nous la laisserons aux historiens. Ce que nous voulons, c'est arrêter ces violences, arrêter ces massacres. Et ce que nous voulons aussi, c'est permettre véritablement à Israël de vivre en paix et en sécurité. Aujourd'hui, la guerre qui est menée, c'est une illusion d'une paix possible qui, avec plus de force, pourrait alors assurer la sécurité d'Israël. Je vous le dis solennellement, cela n'arrivera pas. Israël se met en danger encore plus aujourd'hui avec ce type de guerre et ce type de frappe.
Vous diriez que la réponse d'Israël à l'attaque du 7 octobre est devenue...
...ni ciblée, ni proportionnée.
C'est une vengeance sur les Palestiniens ?
Nous sommes essentiellement aujourd'hui, de la part du gouvernement Netanyahou, dans une politique de vengeance. Israël a droit à sa légitime défense. Mais une légitime défense, ce n'est pas un droit indiscriminé à tuer des populations civiles.
Et là, on est dans la réponse indiscriminée.
Mais vous le voyez bien. Quand on cible une ambulance, on peut toujours imaginer que dans une des ambulances, il y avait un terroriste ou pas. Mais le résultat, c'est qu'il y a des enfants, des femmes qui meurent. Et ce résultat, il est vu par la communauté internationale tout entière. Et pourquoi ça ne réagit pas ? Et qu'est-ce qui se passe ? C'est que dans ce contexte, chaque enfant, chaque femme tuée, ce sont plus de terroristes. Donc l'objectif d'Israël, ce qu'il atteint, c'est exactement l'inverse de ce qu'il souhaite. Donc il est essentiel aujourd'hui de changer cette logique et de revenir à une stratégie qui soit fondée. Mais c'est pour ça...
La question que posait Salia, quelles sont les options aujourd'hui d'Israël ?
Eh bien, aujourd'hui, la communauté internationale propose qui a cessé le feu, qui a une pause humanitaire, qui a une trêve humanitaire. Je crois qu'il faut effectivement prendre en compte cette situation humanitaire et sous une forme ou une autre. Pause, trêve, cesser le feu, permettre de venir au secours à des populations civiles qui, aujourd'hui, ne l'oublions pas. Parce que nous avons connu beaucoup de bombardements dans des villes. Rarement une situation où une ville en plus était assiégée. Là, c'est double peine pour la population palestinienne. Personne ne peut sortir.
Donc, l'argument du gouvernement et de l'armée israélienne, qui est de dire qu'on ne peut pas arrêter les combats parce que sinon ça permettrait au Hamas de se refaire, ne tient pas véritablement dans la mesure où personne ne peut sortir. Ils ont bouclé Gaza. Ils assiègent l'ensemble de ce territoire.
Pas de cesser le feu, dit Benjamin Netanyahou, tant que les otages sont encore détenus par le Hamas.
Alors, venons-en à cette question difficile des otages. Les otages, tout doit être fait pour obtenir leur libération. Mais ne l'oublions pas, le peuple palestinien est lui aussi pris en otage par le Hamas et par Israël. Et le Hamas, nous le savons tous, n'a que peu à faire du peuple palestinien. Donc, dire au Hamas, on ne libérera pas, on ne lèvera pas le siège, on n'aura pas de trêve humanitaire tant que les otages ne seront pas libérés, c'est un dialogue de sourds. Et c'est pour ça qu'Israël doit commencer à faire ce qu'elle a peu fait dans son histoire.
Elle doit commencer à écouter la communauté internationale, à ne pas penser une stratégie qui est toujours la même, une stratégie qui est toujours la même, qui est une stratégie sécuritaire, dont nous avons vu le 7 octobre qu'elle était un échec et qu'elle ne donnerait pas plus de sécurité. Mais Israël n'écoute même pas son premier allié, les Américains. Justement, le peuple israélien, lui, il n'est pas sourd et il voit bien qu'à partir du 7 octobre, rien ne sera plus jamais comme avant. Si on veut casser ce cycle de violence et de vengeance, il n'y a qu'une réponse au terrorisme, c'est la justice. Et la justice, elle passe par l'ouverture d'une solution politique aux Palestiniens.
Donc, permettez-moi de dire qu'à partir d'une pause humanitaire, qui serait une formidable occasion pour Israël de revoir ses objectifs de guerre. Les objectifs de guerre aujourd'hui d'Israël ne sont pas réalistes. C'est éliminer, éradiquer l'ensemble du proto-État du Hamas. Fixer les objectifs réalistes. Qu'est-ce que serait un objectif réaliste ? Un objectif réaliste, ce serait d'éliminer les responsables du Hamas, ceux qui sont responsables de la tuerie du 7 octobre. À partir de ce moment-là...
C'est ce qui est fait depuis quelques semaines. Il y a quelques responsables qui ont déjà été éliminés.
Et des milliers d'enfants, de femmes, de personnes de la population civile. Permettez-moi de répondre et de dérouler ce qu'il serait possible de faire. À partir de cette nouvelle stratégie qu'Israël pourrait adopter, qui serait une stratégie d'une riposte, ciblée et proportionnée, qui permettrait donc de faire prendre conscience à la communauté internationale qu'effectivement Israël exerce sa légitime défense. Alors qu'aujourd'hui nous sommes dans une logique qui conduit la communauté internationale et y compris en Europe et y compris aux Etats-Unis à ne pas comprendre ce que fait Israël.
À partir de ce moment-là, nous pourrions enclencher un processus qui serait totalement différent et qui permettrait alors, une fois ces responsables éliminés, d'engager une autre phase qui est celle d'une administration temporaire du territoire. Je ne crois pas que la solution de Benjamin Netanyahou soit la bonne. Parce que nous l'avons déjà connue, ils l'ont déjà fait et cela a échoué. Il faut donc que ce soit une administration temporaire internationale. Et la quatrième étape, c'est celle d'un véritable plan de paix qui permettra aux Palestiniens d'avoir un territoire. Et aujourd'hui nous voyons clairement que l'intérêt d'Israël, c'est d'avoir un État responsable à ses côtés.
Et cet État responsable, il faut arrêter de couper les cheveux en quatre. Il doit clairement être la Cisjordanie, toute la Cisjordanie. Il doit être Gaza avec un accès entre les deux territoires et Jérusalem-Est. Le problème, et c'est tout le sens de la surenchère de Benjamin Netanyahou, c'est que Benjamin Netanyahou n'en veut pas. Et que Benjamin Netanyahou mène une guerre pour tout faire, pour que la solution politique ne vienne pas sur la table. Et c'est là où la communauté internationale, l'Europe, les États-Unis, doivent dire à Benjamin Netanyahou que cette guerre n'est pas acceptable. Elle n'est pas acceptable car elle nous conduit tout de suite.
Parce qu'on voit bien, du Hamas, on va passer à l'Iran. De l'Iran, on passera à d'autres cibles. Et nous rentrons alors dans la logique de guerre des civilisations. Quand M. Benjamin Netanyahou dit qu'il y a d'un côté le peuple de la lumière et de l'autre le peuple des ténèbres, on voit bien dans quel engrenage nous nous situons.
Je vous coupe, Dominique Villepin, parce qu'on a encore beaucoup de questions à vous poser. Vous êtes avec nous jusqu'à 9h. On vous retrouve juste après le fil info, 8h43. Maureen Suignard.
La vigilance rouge est en cours dans le Pas-de-Calais à cause des crues. Il n'y a donc pas d'école dans 36 communes du bassin de la A. Pas de cours non plus dans une trentaine de communes du bassin de la Liane, cette fois à partir de midi. Le ministre du Logement annonce en exclusivité sur France Info le recrutement de 500 personnes en plus au SAMU social pour renforcer le 115, les maraudes et l'accueil de jour. Près de 5 millions d'euros aussi débloqués pour des augmentations de salaires. Tant qu'il y aura des otages, il n'y aura pas de cesser le feu à Gaza. Le Premier ministre israélien l'affirme malgré la situation humanitaire catastrophique dans la bande de Gaza.
Benyamin Netanyahou évoque tout de même de possibles pauses tactiques pour acheminer de l'aide aux civils. Quatre finalistes espèrent décrocher le prix Goncourt, le prix littéraire le plus prestigieux de France. Annonce du lauréat un peu avant 13h aujourd'hui. Trois hommes en lice et une femme, Neige Sino, qui a décroché hier le prix féminin avec Triste Tigre. France Info Le 8.30 France Info, Jérôme Chapuis, Salia Braclia. Dominique De Villepin, juste avant le fil info, vous appeliez un cessez-le-feu au Proche-Orient. La France, par exemple, membre permanent de l'ONU, n'a pas présenté de résolution pour un cessez-le-feu. Elle se prononce pour une trêve humanitaire seulement.
C'est le cas aussi de tous les autres pays occidentaux. Comment vous expliquez cette réserve ?
À ce stade de la guerre qui se déroule, l'essentiel, effectivement, c'est la prise en compte de l'humanitaire. Donc, une fois de plus, cessez-le-feu, trêve humanitaire, pause humanitaire. L'important, c'est de pouvoir répondre à la souffrance des populations civiles. Et je le dis également, l'important, c'est de pouvoir faire comprendre à Israël qu'une guerre contre un territoire, contre des populations civiles, même si l'objectif affiché est celui des terroristes du Hamas, ce n'est pas possible au XXIe siècle. Il faut comprendre qu'Israël...
Je crois que ce message, on ne l'entend pas aussi fort.
Israël est en train de mener une guerre d'hier. C'est la guerre d'avant. Cette guerre, elle est dépassée. Cette guerre, elle est perdue d'avance. Pourquoi ? Toutes les guerres qui se déroulent depuis une vingtaine d'années sont des guerres qui commencent et qui ne se terminent pas. Ce sont des conflits gelés. On sait comment c'est une guerre. On ne sait pas la terminer. Et M. Benjamin Netanyahou pourra diriger le Gaza. Cela ne changera rien. Il continuera à avoir des attaques terroristes. Les Israéliens continueront à vivre dans la peur. Il faut sortir de cela. La deuxième raison pour laquelle c'est la guerre d'hier. C'est que la guerre contre le terrorisme n'a jamais été gagnée nulle part.
Et quand Joe Biden, avec courage, dit à Benjamin Netanyahou qu'il faut tirer les leçons de l'expérience et que les Américains se sont trompés à partir de 2001 en rentrant dans cet engrenage de la force, la force n'est pas la réponse, une fois de plus. La vengeance n'est pas la réponse. La réponse, c'est la justice. Et ça, tous les peuples du monde, tous ceux qui aujourd'hui regardent ce qui se passe en appellent à la justice. Et nous sommes nous également en train de perdre cette guerre. Car ne négligeons pas le fait que ce qui se passe en Ukraine, Ukraine va payer les conséquences aussi de ce qui se passe en Choréan. Mais permettez-moi de terminer ce que je dis. Pourquoi ?
Parce que le deux poids de mesure trouve sa parfaite illustration aujourd'hui entre ce que défend l'Occident et ce que nous faisons aujourd'hui au Proche-Orient.
C'est-à-dire ?
Non-respect du droit international. Non-mobilisation face au massacre des populations civiles. Aujourd'hui, c'est un devoir. Et c'est aussi notre intérêt. Comme c'est le devoir d'Israël et comme c'est l'intérêt d'Israël. Un État démocratique, permettez-moi de le dire. Albert Camus disait « Un homme, ça s'empêche de commettre l'irréparable. » Eh bien, un État, ça s'empêche aussi. Et un État démocratique, ça s'empêche encore plus. Donc, ce serait un service à rendre aux Israéliens que je veux dire fermement aujourd'hui. Benjamin Netanyahou est engagé dans une politique qui n'a pas pour but de mettre fin à ce conflit et qui provoquera encore plus d'insécurité pour les Israéliens.
Vous savez, permettez-moi de dire d'où je parle. En 2003, quand j'ai parlé à la tribune des Nations Unies, quand je me suis engagé avec Jacques Chirac, pour défendre une position contre la guerre parce qu'il y avait une autre solution. Qui était, en 2003, l'ami des Américains ? Est-ce que c'était Tony Blair ? Est-ce que c'était le dirigeant portugais, le dirigeant italien, le dirigeant espagnol ? C'était la France. Aujourd'hui, quand je dis ça, je le dis en tant qu'ami d'Israël. Et vous savez, il faut un certain courage aujourd'hui pour aller contre cet esprit moutonnier qui est incapable de regarder la réalité du terrain.
Vous dites que ce n'est pas la même chose qu'en 2003. La géopolitique a changé depuis.
Mais justement, elle a changé en pire.
Et Israël se sent en danger.
Eh bien, pourquoi elle a... Eh bien, vous venez de parler et de démontrer ce que je veux dire. Après 2003, qu'est-ce qui s'est passé ? Quel est le grand vainqueur des interventions américaines au Proche-Orient ? C'est l'Iran. Et vous voulez, là, Israël fait la politique aujourd'hui qui sert les intérêts les plus destructeurs de cette région. Et c'est ce qui peut conduire à l'extension du conflit. La politique de force appelle une réponse de force.
Mais le chef du Hezbollah a pris la parole vendredi. Et lui, il n'a pas appelé à prendre les armes.
Ça, c'est plutôt rassurant dans le contexte ou pas ? Parce que Nasrallah, Hassan Nasrallah, regarde aujourd'hui ce qui se passe. Et que chacun dose. Et que l'Iran a parfaitement compris qu'il ne devait pas franchir une certaine ligne rouge au risque de mettre en péril la situation de son État, sachant que sa population ne veut pas de la guerre. Et sachant qu'il conduit un programme nucléaire qui va sans doute tout changer dans cette région. Parce qu'une des conséquences de ce qui se passe depuis 2003, c'est que la prolifération va redoubler dans cette région.
La première leçon que vous tirez quand vous êtes un chef d'État du Moyen-Orient, c'est qu'on est bien mieux protégé quand on a la bombe atomique. Et donc, ils vont tous suivre. Si nous voulons arrêter cela, il faut reprendre les choses là où nous les avons laissées. Il faut arrêter cet engrenage de la force et de la vengeance. Il faut travailler pour apporter une réponse de justice. et il faut faire en sorte que justement chacun de ces États puisse se développer. Il y a eu l'illusion des accords d'Abraham. On a cru qu'il suffisait de nouer des accords économiques et technologiques pour que tout le monde dans la région oublie la question palestinienne.
C'est l'accord effectivement avec le Maroc, Bahreïn, etc. Mais les peuples ont de la mémoire. Et les États peuvent se moquer de l'injustice. Pas les peuples. Et c'est donc là où nous devons faire en sorte de rétablir l'ordre des choses. Et croyez-moi, croyez-moi, je pense à cet instant à tous ces Israéliens qui vivent dans la peur. Et je pense de la même façon à la communauté juive de France qui vit dans la peur et pour qui le 7 octobre tout a changé, ramenant ce risque existentiel qu'ils ont connu tout au long de notre histoire au quotidien. Eh bien, si l'on veut prendre en compte les choses, il faut avoir le courage de se coltiner avec l'histoire.
Il ne faut pas être simplement un dirigeant.
Il y a aussi une psychologie dans les peuples et beaucoup de choses de ce que vous dites, notamment le fait que vous parlez en ami des Israéliens. Il y a beaucoup d'Israéliens qui ne considèrent pas, quand vous tenez le discours que vous tenez aujourd'hui,
que vous êtes un ami. en 2003 ne considérez pas que j'étais un ami des Etats-Unis. Et pourtant, nous étions les meilleurs amis des Etats-Unis en 2003. Et aujourd'hui, je le dis aux Israéliens, ce que je dis, d'où je le dis, je le dis en amitié. Et malheureusement, si nous continuons comme ça, dans deux ans, dans trois ans, vous me réinviterez pour me dire « Ah, vous aviez raison ! » En 2023 comme en 2003. Pourquoi ? Parce que c'est la dynamique des forces. C'est la dynamique des forces historiques. Et qu'à certains moments, il faut du courage. Rabin a eu ce courage. La France manque de courage en ce moment, quand elle n'appelle pas Osef. Je ne dis pas ça. La France a pris des initiatives.
Elle a eu une réunion le 9 octobre. La France essaye de gérer ce dossier d'une extrême complexité en se positionnant. Moi, je parle avec plus de liberté que ne peut le faire la France sur la scène internationale aujourd'hui. Mais je vous dis qu'aujourd'hui, la direction qu'il faut suivre, c'est d'empêcher Benjamin Netanyahou de continuer sa logique suicidaire qui fera d'Israël un État assiégé. Ils peuvent assiéger Gaza. Ils seront assiégés. Et il ne faut pas croire que demain, on reprendra avec l'Arabie saoudite, avec les États arabes, une petite parole tranquille qui normalisera la situation. Non. Les blessures de l'histoire se réveillent.
Dominique de Villepin est avec nous jusqu'à 9h. On vous retrouve dans une minute, juste après le Filinfo. 8h52, Maureen Suignard.
Face à la vigilance rouge en cours dans le Pas-de-Calais pour des risques de crues, la préfecture décide de fermer les écoles dans une trentaine de communes en plus. Et cela dès midi, dans une zone autour de Boulogne-sur-Mer. Pas d'école non plus dans 36 communes du bassin de l'Aha. La pluie va reprendre dans l'après-midi, indique Météo France. Israël prendra la responsabilité générale de la sécurité à Gaza après la guerre. Voici les mots de Benjamin Netanyahou dans un entretien télévisé. Le chef du gouvernement israélien rejette de possible cessez-le-feu général à Gaza et cela tant que les otages ne seront pas libérés. Elle réclamait 2,5 millions d'euros.
Florence Ardoin retire sa plainte contre Noël Legrette, l'ancienne directrice générale de la Fédération française de foot, accusait l'ancien président de harcèlement moral et sexuel. Un accord financier a été trouvé, mais on ne connaît pas le montant. L'enquête pénale se poursuit tout de même. Le trafic SNCF très perturbé entre Dijon et Paris et cela pour une bonne partie de la journée, annonce la SNCF. La compagnie ferroviaire précise que cela fait suite à un vol de câbles.
Dominique de Villepin, on essaie de comprendre avec vous quelle serait la meilleure des solutions pour qu'Israël se sente en sécurité et que les Palestiniens puissent retrouver un État palestinien, puissent trouver un État palestinien. La solution aux deux États, c'est ce que vous souhaitenez, c'est la position historique de la France. Vous avez parlé tout à l'heure d'une administration temporaire internationale pour Gaza, ça veut dire quoi ?
C'est quoi ? Dans un plan, cela pourrait être la troisième étape avant que l'on discute d'une solution durable pour les Palestiniens. La administration temporaire de Gaza, une fois les dirigeants du Hamas éliminés, c'est ce qui permet justement, avec des garants, d'arriver à gérer ce territoire du Hamas le jour d'après. Le jour d'après, on va se retrouver avec un territoire de Gaza qui sera complètement détruit, sans aucune forme d'administration civile, sans personne pour le gérer.
Je pense que la meilleure stratégie, c'est d'avoir une administration internationale qui peut être arabe ou en partie arabe et en partie des membres de la communauté internationale, sous l'égide de l'ONU, qui fera quoi ? Qui fera deux choses. D'abord, remettre en état de marche et répondre aux besoins de la population civile. Deuxièmement, faire en sorte d'éliminer, de démilitariser ce territoire. Faire en sorte éventuellement d'exfiltrer un certain nombre de membres du Hamas sous l'égide de pays comme l'Iran, comme la Russie, tous les soutiens aujourd'hui d'Hamas, de façon à pouvoir rentrer dans une logique de paix civile dans ce territoire.
Mais il y en a plein parmi ceux qui nous écoutent qui doivent se dire mais sa solution est totalement utopique. Quand on voit comment les pays occidentaux comme arabes réagissent aujourd'hui avec frilosité,
Mais vous avez raison. Mais la paix est toujours utopique. Mais je le dis aujourd'hui, il y a une raison d'y croire. C'est que tant que nous n'aurons pas fait cela, qui est difficile, eh bien Israël ne vivra pas en sécurité. Et nous ne vivrons pas non plus en sécurité. Il faut bien voir que ce conflit accélère cette guerre menée aujourd'hui par Israël là-bas en réponse au 7 octobre. elle accélère la polarisation du monde. Elle accélère l'antagonisme entre l'Occident et les restes du monde. Et nous avons besoin aujourd'hui de bâtir des passerelles. C'est pour ça qu'il faut travailler avec tous les États.
Aujourd'hui, nous avons besoin de la Chine qui émet un certain nombre de propositions en matière de paix. Nous avons besoin de tous les pays du Sud global pour essayer...
Le risque, c'est quoi pour l'Occident ?
Le risque aujourd'hui, c'est de nous retrouver en accusation sur l'international un peu plus et avec de nouveaux fronts qui vont s'ouvrir. Y compris chez nous, avec une importation de conflit. Quand nous étions au milieu de la guerre d'Ukraine il y a un an, j'ai levé le doigt en disant mais que fera-t-on quand un deuxième front s'ouvrira ? Et aujourd'hui, je vous le dis, et que fera-t-on s'il y a un troisième front ? Malheureusement, dans le gouvernement extrémiste de Benjamin Netanyahou, il y en a qui souhaitent aujourd'hui l'élargissement de cette guerre.
Et nous nous retrouverons alors non seulement avec un Moyen-Orient enflammé, mais avec d'autres conflits qui dépasseront et de loin toutes les capacités que nous aurons à apporter des réponses. Et ce qui m'inquiète aussi, c'est la montée de l'antisémitisme en France. Et c'est pour cela qu'il faut que nous mesurions la mémoire douloureuse que nous avons à la fois pour la communauté juive, bien sûr, et la façon dont la politique de collaboration de Vichy a été menée, la mémoire douloureuse du côté de la communauté arabe et musulmane à partir de l'expérience de la colonisation et de la guerre d'Algérie. Nous savons qu'il faut aujourd'hui rapprocher. Nous devons trouver les moyens de nous unir.
Et notre chance, c'est d'avoir justement une diplomatie qui nous rassemble sur un objectif à deux têtes. Travailler pour la paix, travailler pour la justice, ceci nous rassemble. Et ceci doit faire en sorte que tous en France, juifs, membres de la communauté arabe ou musulmane, tous, nous nous rassemblions pour essayer d'apporter notre contribution en donnant l'exemple sur notre propre territoire que nous pouvons vivre ensemble. C'est cela qu'il faut montrer. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, tous les Israéliens l'ont compris, ils ne peuvent plus vivre avec les Palestiniens. Il faut donc une politique de séparation.
Et la politique de séparation, elle doit être digne, c'est-à-dire qu'elle doit conférer aux Palestiniens un État où ils pourront vivre et pas un État en forme de polyopard comme aujourd'hui la Cisjordanie, un État viable, un État véritable qui pourra se construire et qui sera d'autant plus en paix.
Ça veut dire que les colonies en Cisjordanie doivent être retirées ?
Quand nous avons quitté l'Algérie, il y a un million de Français qui sont partis d'Algérie. Aujourd'hui, il y a 500 000 Israéliens qui colonisent la Cisjordanie et il y en a 200 000 qui sont à Jérusalem. Ils doivent quitter la Cisjordanie ? Eh oui, c'est l'histoire, c'est la responsabilité, c'est le prix, je vous le dis solennellement, c'est le prix de la sécurité pour Israël. Et tous ceux qui, aujourd'hui, considèrent que ce ne sera jamais suffisant, eh bien, font la politique du pire.
Merci beaucoup, Dominique de Villepin. On a entendu vos mots très forts ce matin sur France Info. Merci.
Merci.
Dominique de Villepin