Je veux éradiquer la pauvreté - Mélenchon face à BFM
Jean-Luc Mélenchon Au micro : Laurent Neumann, Bruce Toussaint, Emmanuel Lechypre, Ruth ElkriefSource d'origineTranscription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 42 %Attaque 43 %Défensif 15 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 87 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:00OuverteRéponse directe
Vous êtes officiellement candidat à la présidentielle 2022 ?
- 4:00OuverteRéponse directe
Sur votre déclaration de candidature et l'union de la gauche ?
- 6:00OuverteRéponse directe
Être candidat c'est se soumettre au jugement des Français ?
- 8:00OuverteRéponse directe
Sur la dictature sanitaire, l'islamo-gauchisme et la sécurité ?
- 10:00RelanceRéponse partielle
Votre programme économique : travailler moins et dépenser plus est-il raisonnable ?
- 12:00OuverteRéponse directe
Sur votre stratégie numérique et votre défiance envers les médias ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:00Jean-Luc MélenchonChiffre
« Si on trouve 3 milliards pour Air France, on peut en trouver autant pour tous les Français et que leurs masques leur soient donnés gratuitement. »
- 26:00Jean-Luc MélenchonFait
« La crise du Covid ne soulève pas de question militaire. »
- 46:00Jean-Luc MélenchonPromesse
« Le djihadisme terroriste doit être éradiqué. »
- 50:00Jean-Luc MélenchonPromesse
« L’État doit être de retour et pour ça il faut qu'il ait des droits. »
- 56:00Jean-Luc MélenchonChiffre
« La Banque centrale européenne a déversé 85 milliards d'euros par mois dans les banques privées. »
- 0:45Jean-Luc MélenchonFait
« les sommes qui sont données sont insuffisantes »
- 1:15Jean-Luc MélenchonFait
« le commissariat au plan, ça ne va pas être un casting de colloque et de conférences »
- 2:15Jean-Luc MélenchonFait
« il faut arriver au niveau européen, d'abord en France, il faut faire remonter vers une caisse centrale toutes les dettes qui se trouvent aujourd'hui dans le secteur privé »
- 3:15Jean-Luc MélenchonChiffre
« 100 milliards, même Emmanuel Macron est capable de les dépenser »
- 3:45Jean-Luc MélenchonChiffre
« il y a plus de 14 tranches d'impôt, pour qu'on étale »
- 4:15Jean-Luc MélenchonFait
« si vous faites une retraite à points, vous devrez cotiser davantage, par conséquent, tous les salaires baisseront »
- 4:45Jean-Luc MélenchonFait
« la France était souveraine alimentairement »
- 5:15Jean-Luc MélenchonFait
« les traités nous empêchent d'être efficaces »
- 5:45Jean-Luc MélenchonChiffre
« 9 personnes possèdent 90% des médias »
- 6:45Jean-Luc MélenchonChiffre
« les médias français, c'est 9 milliardaires qui les possèdent »
- 7:15Jean-Luc MélenchonPromesse
« je veux que tous ceux qui étudient aient un revenu et que ceux qui étudient et qui bénéficient d'un revenu, s'engagent ensuite à l'égard de la collectivité »
- 7:45Jean-Luc MélenchonFait
« j'ai commencé à 16 ans alors ça fait un moment »
- 8:45Jean-Luc MélenchonChiffre
« autoritaire pour 73% des personnes interrogées »
- 2:00Jean-Luc MélenchonFait
« On ne se demande pas pourquoi je criais. Ça dure 3-4 minutes, et ma vie politique entière semble pour certains, se résume à ces 3-4 minutes. »
- 4:00Jean-Luc MélenchonFait
« La matérialité des faits est établie. »
- 6:00Jean-Luc MélenchonFait
« Je suis condamné pour rébellion, et bien oui, je suis rebelle. »
- 10:00Jean-Luc MélenchonFait
« Tous les français comprennent qu'il y a une crise du système sanitaire, je l'avais annoncée en 2017. »
- 12:00Jean-Luc MélenchonPromesse
« Nous avons des ministres des Finances, des ministres de la Santé, nous avons des ministres de la Culture, nous avons tout ce qu'il faut pour faire un gouvernement. »
- 14:00Jean-Luc MélenchonChiffre
« En 2012, dans les sondages, je faisais bravement 3,5%, nous terminons à 11%. »
- 18:00Jean-Luc MélenchonChiffre
« 50% des gens m'a-t-on dit, qui signent aujourd'hui, n'étaient pas autrefois dans les signataires insoumis. »
- 20:00Jean-Luc MélenchonPromesse
« Je ferai des campagnes présidentielles tant que je pourrai. »
- 22:00Jean-Luc MélenchonChiffre
« Sous son autorité que 32 personnes ont été éborgnées, que 5 personnes ont perdu une main. »
- 24:00Jean-Luc MélenchonChiffre
« Il y a 565 morts par an au travail. »
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– Bonsoir à toutes et à tous, bienvenue sur le plateau de "Face à BFM". Vous connaissez le principe, toute l'équipe est prête, celles et ceux qui vont interroger notre invité ce soir, je vous rappelle le principe : un invité, une personnalité face à plusieurs figures de la rédaction, des rédactions de BFM Business et de BFM TV, et effectivement ce soir, celui qui s'avance face à BFM, c'est donc le député La France insoumise des Bouches-du-Rhône : Jean-Luc Mélenchon. [Générique] – Écoutez, vous tous, cette clameur qui monte de nos rangs !
Si on trouve 3 milliards pour Air France, on peut en trouver autant pour tous les Français et que leurs masques leur soient donnés gratuitement. Le problème ça serait les musulmans dans ce pays, ben ce n'est pas mon avis, ce n'est pas mon avis ! Ça ne peut pas être le Conseil de défense qui gouverne la France, la démocratie est plus efficace que le secret et l'autoritarisme.
Quelqu'un a-t-il une question formulée en français ? Moi, votre niveau me dépasse. Je serait candidat définitivement si et seulement si j'ai recueilli 150 000 signatures de parrainages. – Bonsoir Jean-Luc Mélenchon – Bonsoir. – Merci d'avoir accepté notre invitation ce soir, d'autant qu'on y est, vous avez dépassé ce soir, juste avant le début de l'émission, les 150 000 signatures.
On a le compteur, vous ne le saviez pas ? – Non non, parce venant ici, je préparais donc… Mais tant mieux, je suis très content. – On va en reparler, on a vu que certaines des images qu'on vient de voir vous ont fait sourire, on a effectivement le compteur.
Avant de démarrer je vous présente celles et ceux qui vont vous interroger ce soir. Il est éditorialiste sur BFM TV, à l'antenne d'RMC tous les jours entre 12 heures et 15 heures, bonsoir Laurent Neumann. – Bonsoir, bonsoir Jean-Luc Mélenchon.
Je vous interrogerai ce soir évidemment sur votre déclaration de candidature pour 2022, la campagne que vous souhaitez mener, puis sur une vielle lune, quelque chose que naguère on appelait : l'union de la gauche. – Le Live Toussaint, 9 heures midi sur BFM TV, Bruce Toussaint bonsoir. – Bonsoir Jean-Luc Mélenchon.
Être candidat à la Présidentielle c'est se soumettre au jugement des Français, alors avant de savoir s'ils vont voter pour vous, on va vous dire ce que les Français pensent de vous, – Oh oh ! – Notamment, à travers un sondage ELABE pour BFM TV. – Vous la retrouvez tous les samedis à 13 heures pour son rendez-vous, bonsoir Ruth Elkrief. – Bonsoir Max, Bonsoir Jean-Luc Mélenchon. – Bonsoir madame.
Ce soir j'aurai 3 thèmes : la dictature sanitaire que vous dénoncez, les accusations contre vous sur l'islamo-gauchisme, et vos propositions sur la sécurité. – Il est sur RMC avec Laurent Neumann et sur BFM Business, Bonsoir Emmanuel Lechipre. – Bonsoir Jean-Luc Mélenchon.
Et bien moi je vais vous interroger sur votre programme économique pour 2022, je vous demanderai s'il est bien raisonnable de vouloir travailler moins et dépenser plus, au sortir d'une crise comme celle qu'on vient de traverser. – Quelle surprise ! Je suis ravi. – Elle est l'une des figures du service politique de BFM TV, et peut-être celle en plateau qui vous connaît le mieux Jean-Luc Mélenchon, bonsoir Anne Saurat Dubois ! – Bonsoir madame. – Bonsoir Jean-Luc Mélenchon, ce soir on va parler de votre stratégie numérique et ses limites, on va parler de votre défiance bien connue envers les médias, on parlera aussi des moments où vous rappez sur Tik Tok. – Jean-Luc Mélenchon, je le disais, vous avez dépassé, il y a quelques minutes, les 150 000 signatures de sympathisants c'était LA condition pour que vous soyez candidat, ce soir ça y est, vous êtes donc officiellement candidat à l'élection présidentielle de 2022 ? – Je m'y étais engagé, je le fais, le chiffre de 150 000 a été abondamment commenté pendant toute la semaine, parfois pour me moquer, d'autres fois avec surprise, ça m'a beaucoup réjoui, parce que c'était le but que je recherchais, faire parler, et là, il s'agit si vous voulez, d'une campagne qui commence d'entrée de jeu comme une campagne qui veut servir à quelque chose, qui veut être utile, pas seulement à la cause que je défends, je veux dire ma candidature, mais à l'idée qu'on peut se faire dans ce pays de la manière de vivre la politique.
Au mois de mai prochain, dans la niche parlementaire des Insoumis, une proposition de loi sera déposée pour que les citoyens eux-mêmes puissent parrainer une candidature à l'élection présidentielle, alors qu'aujourd'hui, ce droit est réservé à 500 élus. Le chiffre de 150 000, nous l'avons emprunté à un rapport de Lionel Jospin, qui avait été mandaté pour faire des propositions pour moderniser cette élection et qui l'avait calculé comme une proportion de la population inscrite sur les listes électorales, par conséquent, les premières 150 000 personnes qui ont signé, sont les défricheurs d'un droit nouveau que nous allons essayer de construire dans ce pays. Alors, je vais vous rassurer sur un point : le compteur n'est pas bloqué, et j'invite ceux qui m'écoutent à cet instant de m'aider à mettre la deuxième couche, c'est à dire les 150 000 suivantes. – Et donc vous le dites ce soir, très clairement face à BFM, "je suis candidat à la présidentielle" ? – Oui, bien sûr, je vous l'ai dit, je m'étais engagé, dès lors que cette investiture populaire serait réunie, à le faire, Eh bien je le suis. – Juste une petite chose sur le chiffre de 150 000, vous ne regrettez pas d'avoir placé la barre aussi bas, finalement ? – Non, mais d'abord le compteur ne va pas s'arrêter, c'est à dire que demain, vous aurez 152 000… et je vous le dis, j'espère que ça se passera aussi bien que je l'imagine, la vérité c'est que je pensais que j'avais au moins un moi et demi, 2 mois devant moi, ça s'est fait plus vite, mais tout au long de la campagne, les signatures vont continuer à venir.
Alors il faut bien comprendre que, ce n'est pas une affaire, si vous voulez, de montrer ses muscles, j'ai vu ça, certain me disaient : "pourquoi pas un million ? ", ben pourquoi pas ? Nous verrons si il y a un million à la fin de la campagne. – Mais le 150 000 pile avant l'émission, on a eu du bol. – Heu oui, moi j'étais pas trop, j'aurais aimé que non.
Ben non parce que tout le monde à dit : "c'est très facile", ben non, ça ne se trouve pas sous le pas d'un cheval ! Vous n'avez qu'à regarder les pétitions des autres et je ne veux pas être trop cruel dans ce domaine, mais y compris certains de vos confrères, mais non, c'est bien, je suis content, on sent qu'il y a une poussée et ça dément ceux qui disaient : "c'est pas le bon moment", je vais leur donner au moins une leçon en communication, c'est que le bon moment, c'est celui qui porte ses fruits, eh bien le fruit est là. – C'est le bon moment, au moment ou les Français essayent de se débrouiller face au Covid, face à la menace terroriste, face au chômage qui explose, vous, vous dites : "c'est le bon moment de déclarer sa candidature à la présidentielle, qui est dans 1 ans et demi" ? – Oui, 18 mois, alors oui, il y a une illusion, on peut avoir des points de vue différents, j'attends qu'on me dise quel serait le bon moment, ça m'intéresserait parce que, peut-être que j'aurais pris d'autres dispositions, mais quand on regarde et croyez-moi qu'on l'a fait, il n'y a pas de bon moment dans une période de crise, mais ce n'est pas le plus important, le plus important est psychologique et politique.
Je commence par la politique, il y a des gens qui pensent que quand c'est une crise, l'esprit s'éteint, les gens ne réfléchissent plus, et terrorisés, serrés les uns contre les autres, ils ne pensent plus à rien, moi je crois le contraire, je crois au contraire que les Français n'ont jamais fait autant de politique que maintenant, mais c'est de la vraie politique, c'est à dire, ils disent : "Bon qu'est-ce qui se passe à l'hôpital ? Il faudrait qu'il y ait plus de lits", d'autres disent : "ben d'accord, mais avec quoi on va le payer ? " et puis quelqu'un d'autre va venir derrière et dire : "ben oui, mais si on réduisait le temps de travail, on pourrait faire… etc.
C'est à dire que maintenant, on parle de politique, de vrais sujets politiques. – On va parler de tout ça ce soir. – Pas la couleur de la cravate du candidat ou est-ce que monsieur Machin s'est fâché avec madame Bidule, etc… Toute cette politique politicienne. – Et on va parler de tout ça ce soir. – Oui, et c'est pourquoi je suis venu, mais puisque vous m'avez posé la question, j'y réponds, le deuxième aspect est psychologique, je vous demande d'y accorder de l'intérêt, en ce moment on fait comme si les gens étaient seulement des producteurs, des consommateurs, mais nous sommes des êtres humains, les humains, crise ou pas, ils aiment, je suis sûr que vous-même, vous ressentez de l'amour pour au moins une personne ou deux… – Je vous le confirme. – Nous continuons à être des êtres humains, les êtres humains c'est tout ça, les êtres humains ont besoin de pouvoir se projeter sur l'avenir.
Alors moi, je suis un homme politique, je prétends avoir des solutions pour mon pays, et bien dans ce moment, je les propose et j'aide les gens, en quelque sorte à se projeter sur l'avenir et vous voyez, je vois aux réactions des personnes qui ont commencé à signer, pourquoi ils signent, ils ont envie de faire quelque chose, de se rendre utiles à leur pays, de réfléchir, voilà ce qui est important. – Mais si je résume, en 2022 la France insoumise aura le même candidat qu'en 2017, vous, un candidat qui a fait la même déclaration de candidature qu'en 2017, qui s'appuie sur le même programme qu'en 2017, disons que ça ne transpire pas la nouveauté. – Est-ce que le but d'une action politique est de faire de l'agitation pour séduire, tout à l'heure quelqu'un a dit : "Vous vous soumettez au jugement des Français", mais pas du tout, nous ne sommes pas sur un divan, nous ne sommes pas en train de faire de la psychologie, nous sommes en train de demander aux Français ce qu'il leur paraît utile de faire pour la suite des événements, nous venons de vivre une commotion immense, enfin, il n'y a encore même pas 3 mois, on entendait même monsieur Macron dire qu'il fallait retirer la santé du secteur du marché, alors moi je vous dis avec fierté : "J'ai un programme qui a fonctionné, qui fonctionne, alors évidemment il faut le mettre à jour, on l'a fait pendant la dernière période de confinement, on a enlevé tout ce qui était dépassé, et puis là, nous l'avons remis en ligne, donc la discussion va se ré-ouvrir, on va y ajouter des choses, mais vous savez, honnêtement, je suis fier de la résistance de ce projet, parce qu'il tient la route. – On va vérifier ça ce soir parce que l'actualité… – Et je vous signale que j'ai eu quelques occasions de rigoler parce que la dernière fois on m'a dit : "Ah monsieur Mélenchon veut mettre", vous là, "il veut mettre 100 milliards, mais où vous allez les trouver ? " Quand je venais vous voir monsieur Lechipre, "Où vous allez trouver ça, vous êtes fou, c'est la ruine", bon ben maintenant c'est monsieur Macron qui les met, les 100 milliards, et ça ne fait pas assez. – Vous parlerez tout à l'heure de chiffres – Et tous les économistes le disent, comme quoi tout arrive et ce programme a une force et je le dis aux gens, c'est le programme qui est candidat autant que moi et peut-être sans doute plus, parce qu'il durera plus que moi. – Alors, l'actualité ce soir nous permet Jean-Luc Mélenchon de vous demander ce que vous feriez si vous étiez aux manettes aujourd'hui, de voir à quel point votre programme est adapté, et l'actualité c'est d'abord la toute dernière conférence de presse, ce soir, de Jean Castex. – Il serait irresponsable de lever ou même d'alléger le dispositif dès maintenant, avec le Président de la République, nous avons donc décidé ce matin, de maintenir inchangé, au moins pour les 15 prochains jours, les règles du confinement. – Jean-Luc Mélenchon, vous aux manettes, vous allégez le confinement aujourd'hui, vous rouvrez par exemple les petits commerces. – Je ne me hasarderai pas à, si peu que se soit, inciter à relâcher la discipline sanitaire, je sais ce que je pense, mais je ne veux pas, pourtant une parole publique, ayant le privilège de m'exprimer devant beaucoup de monde, avoir autre chose qu'une attitude en responsabilité.
Ceci dit, j'ai voté contre le plan d'urgence sanitaire et j'ai voté contre la déclaration du Premier Ministre, pourquoi ? Parce que le déconfinement a été raté, je sais bien que le microbe a ré-attaqué partout, mais nous avions dit qu'il y aurait une deuxième vague, et pas parce que je suis un scientifique, je ne le suis pas, je ne suis pas médecin, mais je m'appuyais sur ce que j'avais lu, des rapports de l'organisation mondiale de la santé qui disait que ce type d'épidémie venait en 2 vagues. Il n'y a eu aucune leçon de tirée du premier épisode, alors maintenant nous sommes dans le deuxième, quasiment dans le même état de détresse que le premier, et avec plus de monde, de malades et en réanimation, donc il faut être prudent dans ce qu'on dit, alors je me permets de prendre un pan d'avance en disant à monsieur Castex, comme je l'avais dit la première fois en disant : "Il faut penser à un plan de déconfinement", on m'avait dit : "Monsieur Mélenchon, vous êtes un tireur dans le dos", et bien non, j'avais juste un peu de prémonition.
Là je lui dis : "Il faut imaginer des alternatives au confinement puisque qu'on nous annonce qu'il y aura une troisième vague et peut-être une quatrième, vous ne pouvez pas, monsieur Castex, penser que ce pays va rester confiné des mois et des mois parce que psychologiquement les Français vont craquer, économiquement nous pouvons nous effondrer, et c'est ça qui est le sujet du moment. Le commerce, puisque vous m'avez interrogé sur un point bien précis. – Vous avez, hier demandé la réouverture des petits commerces non-essentiels. – Oui, alors je pense que nous pouvons, pour le commerce, et de même, je m'empresse de le dire parce que sinon, personne ne le dit, les activités culturelles, je pense que si on applique un protocole sanitaire un tant soit peu rigoureux et bien détaillé, il est possible d'ouvrir le petit commerce, après tout on permet aux gens d'aller dans les grandes surfaces, ne me dites pas que quand on y met plusieurs milliers de personnes, c'est moins dangereux que quand on fait la file dans la rue, pour ensuite entrer par le nombre prévu dans une boutique pour y faire ses courses. – Mais pardon, Jean-Luc Mélenchon, plus vous donnez aux gens des raisons de sortir de chez eux, plus vous faites circuler le virus, c'est pour ça qu'on ferme un certain nombre de commerces. – Je vous remercie de me l'expliquer, mais moi je voudrais vous expliquer qu'il y a une limite à des méthodes, vous savez, le confinement, je n'ai rien à dire contre mais sauf que, franchement, depuis le Moyen-âge, on aurait pu faire mieux, parce que le confinement c'est une méthode qui date du Moyen-âge, la léproserie, bon, on faisait comme ça. – Votre alternative ? – Il y a des pays qui sont arrivés à produire des résultats que je trouve intéressants, notamment en Asie, alors on dit que c'est parce qu'ils sont très disciplinés, mais les Français sont disciplinés !
Il faut arrêter de toujours se mal-juger, prenons un exemple : on dit il faut dépister, isoler, soigner, bien. Dépister, walou, on a tellement mis de temps qu'à un moment donné, pour trouver les gens, entre le test et le moment où on avait le résultat, il fallait tout recommencer. Je voudrais rappeler, assez solennellement, que monsieur Véran refusait de me répondre au premier confinement à l'Assemblée nationale, quand je lui disais "l'OMS dit qu'il faut tester massivement.
Pourquoi ne le faites-vous pas ? " Ils m'ont répondu à l'époque que ça ne servait à rien ! – Et aujourd'hui, on est à 2 millions de tests par semaine. – Ah ben oui, d'accord, mais il en faut plus que ça, il en faut presque 5 ou 6 millions.
Une fois que vous dépistez, qu'est-ce que vous faites ? Si vous laissez la personne malade à l'endroit où elle se trouve, alors évidemment, si vous habitez dans une grande villa avec un espace ouvert… mais ce n'est pas la condition de vie de la majorité des Français, c'est tout le foyer qui est infecté. J'ai vu qu'au Vietnam, ils procèdent de la manière suivante : quand quelqu'un est malade, on teste tout l'immeuble et ceux qui sont malades sont en accueil hôtelier, en quelques sortes, à l'isolement et le reste de la… alors, c'est dur, hein !
On est bien d'accord. Mais, c'est quand même moins dur que d'isoler tout un pays et de regarder l'économie s'effondrer. – Mais vous êtes pour qu'on isole obligatoirement les personnes testées positives, par exemple dans les hôtels.
Vous êtes pour, Jean-Luc Mélenchon ? – Je pense que la proposition doit être faite aux gens et vous verrez que beaucoup diront, par amour pour leur famille, "oui, je vais m'isoler, je n'ai pas envie de rendre toute ma famille malade". Alors, je prends cet exemple, puis après il y a d'autres méthodes !
Le roulement, le roulement, ça doit être la grande idée du fonctionnement. Prenons l'exemple de l'école : il y a des tas de pays où on va à l'école par roulement, ce n'est pas l'idéal, mais quand on est en période de crise, peut-être peut-on faire des roulements, c'est-à-dire que des effectifs par demi-groupes sont constitués et ceux qui ne sont pas dans le demi-groupe vont en études surveillées. Il y a souvent des locaux qui le permettent, ou bien il faut les réquisitionner.
Je dis bien des "études surveillées" car je ne suis pas partisan du fait que les enfants restent à la maison. Les enfants, pour se constituer comme personnes, ont besoin du lien social, c'est un moment vital de leur existence, d'ailleurs, si vous le leur demandez, beaucoup n'ont pas envie d'être confinés. Ils ont besoin de retrouver leurs petits camarades à l'école, de discuter entre eux, ceux qui sont en pleine mutation ont besoin de ce lien social pour se construire comme personnes.
Voilà un deuxième exemple. – On va continuer de parler de tout ça pendant toute la soirée, Jean-Luc Mélenchon, je vous le promets… – Ah ben, vous m'avez demandé ce que je ferais, je vous réponds. – Ah ben voilà, vous aurez répondu.
Mais on a plein d'autres questions à vous poser, sur le coronavirus et d'autres sujets et la première à s'avancer face à vous, Jean-Luc Mélenchon, ce soir, c'est donc Ruth Elkrief. [musique] – Bonsoir Monsieur Mélenchon. – On n'a pas parlé du vaccin, vous ne voulez pas me parler du vaccin ? – On en parlera… – On va en parler, mais d'abord, c'est vrai que depuis quelques jours, même on l'a entendu dans le teasing tout à l'heure, dans la bande-annonce, vous accusez Emmanuel Macron d'autoritarisme, quasiment de totalitarisme, parce qu'il réunit trop souvent le Conseil de Défense. – Ah non, je n'ai pas dit totalitarisme, parce que je connais le poids des mots, madame Elkrief… – Alors autoritarisme. – Donc autoritarisme et totalitarisme, ce n'est pas pareil, – Si nous étions dans un état totalitaire, je serais en prison et vous, vous ne seriez pas entrain de parler et de poser des questions. – On est bien d'accord.
Donc vous considérez que la réunion trop fréquente du Conseil de Défense est une atteinte aux libertés, mais c'est une réunion qui est prévue par la Constitution, par l'article 15, qu'on va voir apparaître sur cet écran, et par le Code de la Défense. Dans cet article 15 de la Constitution, on voit que le Conseil de Défense et de Sécurité nationale traite de "l'ensemble des questions de défense et de sécurité, notamment les orientations en matière de programmation militaire, de dissuasion, etc. de renseignement, mais aussi de planification des réponses aux crises majeures." Donc ma question est : est-ce qu'on peut considérer que la pandémie est une crise majeure ? – C'est une crise majeure, et vous faites très bien de projeter sur l'écran parce que j'étais entrain de me faire le reproche de ne pas être venu avec l'article qui organise le Conseil de Défense.
Madame Elkrief, sans jouer sur les mots, un conseil qui est constitué par le Chef des Armées, Président de la République, le Chef d'État Major des Armées, le Chef du Renseignement Intérieur etc, c'est-à-dire sur huit personnes, qui est la composition ordinaire de ce conseil, il y en a sept qui sont des militaires. C'est normal, ça s'appelle Conseil de Défense et il est prévu pour ça. On peut voir : sécurité nationale, programmation militaire, dissuasion, ce sont des questions militaires.
La crise du covid ne soulève pas de question militaire. Et au demeurant, puisqu'on est sur le mot, entre sanitaire et militaire, il y a de grosses différences. Il n'y a pas un seul spécialiste de la santé dans cette réunion et puis… – Attendez, pardon, je reviens sur ma question : il y a dans cet article la planification des réponses aux crises majeures !
Or, vous avez reconnu que la pandémie était une crise majeure, vous savez bien que le plan de réponse aux pandémies qu'on a préparé, qui existe, qui n'a peut-être pas été suffisamment utilisé, mais enfin il existe, il a été rédigé, préparé par le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale. En fait, une pandémie est une crise majeure et aussi, a une relation avec la sécurité nationale, avec la sécurité des citoyens. – Mais je ne suis pas de cet avis, vous me permettez d'en avoir le droit ? – Bien sûr. – Je pense que le conseil de défense doit s'occuper de la défense, et en ce moment il a des sujets à traiter, comme par exemple notre présence au Mali, la présence de 5 000 militaires français là-bas, dans un contexte extrêmement tendu, ou se qu'il reste en Afghanistan ou les autres engagements de la France, mais c'est essentiellement le Mali où nous perdons du monde et où apparemment, nous ne sommes pas aussi bienvenus que nous l'étions au début, donc, le Conseil de défense a de quoi s'occuper, et je ne suis pas d'accord pour qu'un Conseil de défense, qui fonctionne sur le régime du secret-défense, vous le savez, Madame Elkrief. – Bien sûr. – Je ne suis pas en train de raconter des histoires. – Non non, pas du tout. – C'est le régime du secret défense, décide de ce qu'on va faire, comment on va le faire, et c'est au point que le Conseil des ministres n'en débat pas.
Je vous donne un exemple : si on faisait, en Conseil des ministres, après tout on pourrait réunir le Conseil des ministres 2 fois par semaine, comme le Conseil de défense, ces gens sont là pour ça, ils ont du temps, on aurait discuté par exemple de la situation actuelle et puis, peut-être que le ministre de la Culture aurait dit : "ben écoutez, moi j'ai un problème, si ça continue comme ça… – Elle le dit, elle l'a dit. – Bon, écoutez, d'accord mais c'est en Conseil des ministres que les choses se décident, on n'est pas une bande de copains à la tête de l’État, il y a une constitution qui organise les pouvoirs, la constitution dit, à l'article 20 : "c'est le Premier Ministre qui conduit et détermine la politique de la nation", le Conseil des ministres est un endroit où on discute, j'ai participé à un Conseil des ministres, c'est vrai qu'on ne discute pas beaucoup, c'est un peu formel, mais on pourrait, en période de crise, discuter, on l'a fait dans le passé, quand c'était la grande guerre de 1914-1918, il y avait un comité militaire auquel participaient les parlementaires, et pourtant c'était secret. Personne n'a dit à cette époque que c'était une espèce de réunion d'anarchistes qui se mêlaient de la conduite de la guerre. – Vous êtes allé très loin, bon, moi je vous dis : "c'est légal", vous avez tout à fait le droit de considérer que c'est une atteinte aux libertés et c'est un débat démocratique tout à fait légitime, c'est légal en tous cas puisque c'est considéré comme une crise majeure. – Mais ce n'est pas mon avis, Madame Elkrief, ce n'est pas parce que c'est le vôtre, non mais crise majeure dans le texte signifie crise majeure… qui concerne la sécurité nationale, enfin, si on met crise majeure dans un conseil médical, on dirait que ça doit concerner la santé, c'est vous qui faites une interprétation. – Mais en tous cas, on peut le considérer, on connaît la liste des ministres. – Vous trouvez normal qu'ils se réunissent pour parler d'écologie aussi ?
Pourtant ils l'ont fait. – Ils l'ont fait. – Ben oui, après la convention citoyenne. – Tout à fait. – Ben alors, à quoi bon un Conseil des ministres, faisons l'économie d'une des 2 instances.
On en aurait une qui se réunirait en secret, le Président de la République vient à la télévision, annonce des mesures, le lendemain, le Premier Ministre qui nous avait dit la veille : "je ne sais pas de quoi il va parler", arrive à l'Assemblée nationale et nous dit : "est-ce que vous m'approuvez ? " voilà, article 50-1 de la constitution, j'ai voté non. Comment est-ce que je vous approuve ?
Est-ce que je peux changer quelque chose ? Est-ce que je peux amender ? C'est un régime parlementaire aussi, la France, ce n'est pas qu'une monarchie. – Justement, est-ce que vous avez le sentiment qu'on est sous une forme de dictature sanitaire ?
C'est une phrase qui a été souvent prononcée, et qu'est-ce que vous proposez ? est-ce que vous proposez une forme de consultation des citoyens, une forme de participation ? – Ne m'attribuez pas un vocabulaire qui n'est pas le mien, je ne parle pas de dictature sanitaire, précisément parce que j'estime qu'une crise sanitaire, nécessite une mobilisation sanitaire, pas militaire, les militaires ont d'autres choses à faire, bon, et la mobilisation impliquant la discipline sanitaire, nous sommes dans un pays développé, avec des gens cultivés, la moyenne de ce pays a progressé en diplômes, donc, les gens ne consentent à l'autorité, comme tous les grands peuples libres, que s'ils l'admettent, ils l'acceptent et ils la comprennent, donc l'essentiel de la tâche à accomplir, consiste à prouver aux gens que ce qu'on leur dit est cohérent.
Or Madame Elkrief, permettez-moi de vous dire, que les gens trouvent que tout ça est très incohérent et par conséquent, la discipline tend à se relâcher, si bien que c'est à la trique qu'on veut obliger les gens à faire les choses. – Vous dites en fait, il nous faut un cap clair ? – Pardon ? – Il nous faut un cap, il nous faut une vision, il nous faut une vision claire ? – Il faut d'abord des mesures cohérentes, ce soir je m'efforce d'être mesuré sur le sujet, mais comme parlementaire, j'aime mieux vous dire que, on a des fois les cheveux qui se dressent sur la tête, de voir comment on décide dans ce pays, de quoi.
L'autre soir nous avons eu un projet de loi rectificatif de finance, c'est le quatrième qu'on fait comme ça, on a débattu jusqu'à 5 heures du matin, comme vous le savez tous, vers 4 heures du matin, c'est là qu'on pétille, bon. Et à 3 heures de même, tout est fait comme ça, vous apprenez que le Conseil de défense s'est réuni, vous avez monsieur Castex qui arrive à la télévision, il dit : "j'ai décidé avec le Président de la République. Vous avez décidé ça où ?
Il y a un Conseil des Ministres pour décider. – Monsieur Mélenchon, dans la foulée, il y a des décrets qui sont pris, il y a des textes qui sont pris, qui peuvent eux, être attaqués, dans la foulée du Conseil de défense ? – Oui, ben, encore heureux. – En plus ils sont repris en Conseil des ministres. – Le Conseil des ministres, ils sont au garde à vous, pardon, mais je veux vous dire, je ne suis pas d'accord Madame Elkrief, je ne suis pas d'accord avec ça.
Il y a une évolution dont vous n'avez pas l'air de vous rendre compte, depuis 2015, nous vivons en permanence dans l'état d'urgence, il y a eu l'état d'urgence décrété une première fois, et monsieur Macron, qui a un art consommé d'entortiller les gens a dit : "Ah, ça ne peut pas durer, tout ce temps en état d'exception" l'exception ça ne peut pas être la règle, alors il n'y a qu'à le mettre dans la règle, donc l'état d'exception est devenu la règle, avec tous les abus de pouvoir qu'un état d'exception qui a été imaginé pour faire face à la guerre d'Algérie, là-dessus pardon, on rajoute l'état d'exception sanitaire et nous vivons en état d'exception, et la semaine prochaine arrive une loi qui prétend qu'on va flouter le visage des policiers, qu'on va utiliser les drones, qu'on va utiliser la reconnaissance faciale, mais tout ça vous paraît normal, pourquoi pas hein, comme on dit : "Vous n'avez rien à vous reprocher monsieur ? Bon ben, allez, déshabillez-vous ! ", voilà. – Je vous en prie – Et ben oui, et bien ça, moi je ne suis pas d'accord, je pense que la France ne peut pas vivre comme ça, dans une ambiance pareille.
C'est le contraire, on ne peut pas miser sur la peur, il faut sur l'intelligence et le dévouement, les gens sont prêts à le faire. – Alors, il y a une autre question, comme candidat déclaré et confirmé ce soir sur BFM TV. – Qui aurait dit que j'allais faire ça sur BFM TV ?
C'est la vie, voilà. – Voyez, tout arrive, on en est très contents. – Merci, je le note, vous savez où signer. – Pour rassembler la gauche, parce que c'est votre objectif, vous avez peut-être essayé de prendre de vitesse d'autres candidats et vous essayez, attendez ! – Mais non, vous me prêtez des pensées tordues. – Laissez-moi finir ma question s'il vous plaît, et vous essayez certainement de rassembler derrière vous la gauche, il y a une question qui est complexe, c'est la laïcité, et je vais vous demander, sur ce sujet, qui a dit : "je conteste le terme d'islamophobie, on a le droit de ne pas aimer l'Islam comme on a le droit de ne pas aimer le Catholicisme ? " – Moi. – Oui, quand ? – Mais c'est assez censé hein ! – Le 21 novembre 2015, on a votre tweet, il date de ce moment-là, sur le plateau de notre confrère Thierry Ardisson, est-ce que vous le répétez ce soir, 12 novembre 2020 et est-ce que vous le répéterez pendant votre campagne présidentielle ? – Moi, je vis avec mon temps, et je ne suis pas un dogmatique, ce n'est pas parce que j'ai dit une chose, que dorénavant il faut la graver dans le marbre avec un burin comme vous le proposez, au moment où ce mot apparaissait, il me paraissait inapproprié, j'avais l'impression que par un biais ou par un autre, on avait l'intention d'empêcher que l'on critique l'Islam, le Judaïsme, le Catholicisme ou ce que vous voudrez. – Les idées quoi. – J'appartiens à cette tradition des Lumières en France, la philosophie des Lumières, qui a des fois, conduit à des exagérations qu'on a pu constater dans l'Histoire, que ce soit pendant la grande Révolution de 1789 ou même quand la loi de 1905 a été discutée, il y avait des collègues députés qui disaient : "C'est terminé, plus personne n'a le droit de porter une soutane", etc… – Donc vous avez changé d'avis. – Non, je n'ai pas changé d'avis, je vais maintenant vous expliquer, et je donnais à ce mot une signification qui n'était pas ressentie comme ça par les musulmans, et les musulmans avaient… – Les Français musulmans. – Oui oui, bien sûr. – C'est important, les Français musulmans, ils ne sont pas seulement musulmans, ils sont Français. – Mais attendez, on parle des musulmans, moi je ne demande pas, quand quelqu'un me dit je suis musulman, montrez-moi votre carte d'identité. – C'est parce qu'ils sont Français. – Vous, je ne sais pas ce que vous êtes. – Mais ils sont Français. – Mais très bien, je n'ai pas de problème avec ça moi, ce n'est pas moi qui ai un problème avec ça, – Justement c'est pour ça. – Non mais ne nous trompons pas, moi je n'ai pas de problème avec ça. – Moi non plus. – Bon, alors, l'islamophobie, il y a quelque chose qui est quand même fort dans le mot, c'est la phobie, la phobie ce n'est pas rationnel, vous avez la phobie des araignées, vous avez des gens, ça les rend fous de voir une araignée, la phobie c'est ce qui arrive à des gens qui deviennent fous quand ils voient des musulmans, quand ils voient une mosquée, ça les rend fous, donc le mot n'est pas si inadapté que ça.
Mais pour ma part, ce n'est pas le mot que j'utilise, je parle de haine des musulmans, parce que c'est bien de cela dont il est question, il y a dans ce pays, fabriqué, alimenté, par tout un courant d'idées, une haine des musulmans déguisée en laïcité, la laïcité, ce n'est pas la haine d'une religion, l’État laïc, ce n'est pas un athéisme d’État, alors oui, il y a une haine des musulmans, et je suis opposé à cette haine et je vais vous dire, au-delà des questions de religions, la France a une longue histoire des guerres de religions, trois siècles ça a duré d'accord, on a tout fait, on s'est tout fait, on s'est massacré, on s'est arrêté, bref, donc pas de guerre de religions, il faut faire France de tout bois, les religions peuvent vivre en paix et d'ailleurs, je vous ferais remarquer, Ruth Elkrief, que la déclaration des deux grandes mosquées, celles de Paris et de Nice, il faudra des événements pareils pour qu'un homme tel que moi cite les propos des religieux. – Vous parlez beaucoup de religion ces derniers temps. – Ben forcément, tout le monde en parle eh bien moi aussi, et puis j'ai un avis sur tout ça, je suis un peu connaisseur. – Oui mais vous le laïc. – Je suis né en terre d'Islam, donc j'ai toujours vécu avec des musulmans, c'est pas un fantasme pour moi. – Vous avez aussi un passé et une histoire de laïcité pure et dure en quelque sorte, de républicain attaché aux valeurs de liberté, d'égalité, homme-femme notamment, j'imagine que vous y tenez toujours. – Bien sûr. – Et que dans cette campagne qui s'annonce ce sera toujours ça ? – Quand on discute du contenu des religions, chère Madame Elkrief, je suis obligé de vous dire que la plupart sont réactionnaires. – Absolument. – Mais dans le moment, ce n'est pas à moi d'aller jeter de l'huile sur le feu et puis je tire les leçons des erreurs de ma famille politique dans le passé, parce que la déchristianisation organisée par la grande Révolution de 89, elle avait ses raisons, mais ça a été une catastrophe pour nous, de même, la loi de 1905… – Je voudrais que vous écoutiez les conclusions que tirent un certain nombre de personnalités politiques, de gauche, de droite, de ces déclarations que vous venez de faire, c'est-à-dire que le mot islamophobie n'est plus utilisable et qu'il y aurait une haine des musulmans aujourd'hui. – Ça revient au même, mais attendez Madame Elkrief… – On les écoute et vous réagissez juste après. – D'accord. – Le terrorisme vise à semer la terreur mais à disloquer la société par nos divisions, je pourrais ajouter, parfois par nos lâchetés ou nos ambiguïtés, en tous cas celles d'un certain nombre de personnes et à gauche, cette gauche-là, politique, la France insoumise, la gauche journalistique, Edwy Plenel, la gauche syndicale bien sûr, l'UNEF. – Je ne m'explique pas qu'un parti comme le vôtre, qui a dénoncé pendant longtemps l'opium du peuple, en soit désormais lié avec un islamo-gauchisme qui détruit la République, voilà la réalité Monsieur Corbière. – Voilà, Bernard Caseneuve aussi vous a accusé de "regarder avec les yeux de Chimène certaines organisations communautaristes qui ont une forme de haine de la République" parce que ce n'est pas la question… – Vous n'avez pas l'impression que c'est un peu excessif ? – Mais bien sûr, c'est pour ça que je vous demande de répondre, c'est pour ça que je vous pose la question. – Ces gens-là sont des hypocrites, et ils espèrent faire un commerce que moi, je juge hautement condamnable sur le plan moral, quand on est Français, on sait quand on fait France de tout bois, d'accord, c'est à dire que nous sommes un peuple très divers par ses religions, ses couleurs de peau, et tout ce que vous voulez, ce n'est ni la couleur de peau, ni la religion, ni même des fois la langue qui définit le Français, c'est son accord et son appartenance à une communauté, la seule qui ait un sens en république, la communauté légale, c'est donc le droit de vote, alors, Madame, ces gens sont des hypocrites, je vais vous dire pourquoi, le monsieur-là, Valls, fauteur de guerre, comme maire il était un peu moins intransigeant, et puis, je l'ai vu assister à une canonisation, c'est à dire qu'il est allé à Rome assister à une cérémonie religieuse où il n'avait rien à faire, parce que en république, les dirigeants politiques, et un Premier Ministre en particulier, ne vont pas assister à des canonisations. – Donc, séparation totale de l'Église et de l’État et qu'on le répète et on le répète bien et ça veut dire respect des valeurs républicaines par les religions. – Mais qu'est-ce que vous dites là ? – Ces gens-là, ils vous reprochent une forme de complaisance, pas à vous personnellement d'ailleurs, plutôt à des membres de votre groupe, à des élus, vous connaissez bien les exemples, Danièle Obono, pour laquelle, un chauffeur de bus qui refuse de conduire après une femme, elle n'y voit pas un signe de radicalisation, Taha Bouhafs le journaliste, qui traite les républicains d'origine maghrébine de "collabeurs", je cite, Madjid Messaoudene, pro-voile, pro-burkini, qui est sur une liste LFI. – Mais qu'est-ce que j'ai à voir avec Messaoudene moi, Je ne sais même pas qui c'est. – Ben elle est sur une liste LFI. – Taha Bouhafs, je le connais, les autres oui, mais elle, je ne sais pas qui c'est. – La question, est-ce que vous allez remettre clairement les valeurs républicaines, notamment l'égalité homme-femme, de façon claire au cœur de votre campagne. – Je suis très patient comme vous pouvez le voir, nous n'avons rien à remettre, c'est vous qui devriez vous remettre à votre place, et être moins souvent à cran et ne pas colporter le vocabulaire de l'extrême droite, parce que islamo-gauchiste, c'est directement tiré de la propagande de l'extrême droite. – Ce sont des gens de gauche qui le disent, les gens de gauche aussi le disent. – La génération précédente était judéobolchévique, et moi, on me traite aussi de troskopapiste, parce que j'ai trouvé intéressante la dernière encyclique du Pape et je l'ai écrit.
Non, il faut savoir raison garder, et surtout ne pas commencer par mépriser les autres, d'abord, je vais vous résumer en une phrase que j'aime bien, je l'ai dit tout à l'heure, je ne l'ai pas dit mais j'aurais dû le dire, la philosophie de mon programme : "Harmonie des êtres humains entre eux et avec la nature". Là, avec la question que vous me posez, voici la réponse sur le fond : 1, le djihadisme terroriste doit être éradiqué, et par conséquent, il faut que l'organisation de la sécurité soit faite différemment, 2, les musulmans de France doivent être respectés, il y en a assez de les traiter comme des suspects et de les montrer du doigt sans arrêt, c'est insupportable, je le dis avec force, et tant pis si ça déplaît à quelques-uns qui aimeraient bien que je les maudisse, ce ne sera pas le cas, nous sommes en train de construire la France Madame Elkrief, parce que la France, c'est 67 millions d'habitants, quand on a fait la constitution de la 5ème République, on était à peine 50 millions, on ne devait même pas y être, et cette France a été brassée, bousculée, poussée à hue et à dia, et le moment est venu de la rassembler mais comment ? Pas avec, comment dire, des propos angéliques et bêlants ou l'inverse, en montrant les gens du doigt, en la politisant, c'est pourquoi je pense que, quand on va passer à la 6ème République, quand on va faire une nouvelle constitution, le peuple français va se reconstituer comme peuple un et indivisible, voilà mon projet politique et ma stratégie révolutionnaire, le peuple uni, la France ne doit pas s'en aller en morceaux, et ceux qui la dirigent, en particulier monsieur Macron et son équipe-là, ne doit pas jeter de l'huile sur le feu en permanence, il faut mettre un terme à la tentation de la guerre de religion qui aujourd'hui parcourt les milieux extrémistes, voilà, moi je suis un modéré là-dessus Madame, il faut comprendre hein, mon parti c'est Montaigne. – Les dirigeants de la mosquée de Paris, des mosquées du CFCM sont tout à fait pour faire bien la différence entre l'Islam et l'islamisme radical et les valeurs de la République et le non-respect. – Que les dirigeants des mosquées fassent la différence est une bonne chose, mais il faudrait que les autres aussi le fassent. – C'est aussi aux autres d'avoir des paroles de fraternité, je parle entre religions, moi je n'appartiens à aucune religion, je ne donnerai jamais à savoir quelle est ma conviction personnelle, car je suis l'élu de tout le monde, dans mes électeurs et dans ceux que je représente il y a de toutes les religions et puis surtout, pardon Madame Elkrief, on fait une petite parenthèse pour eux, il y a quand même 60% de gens dans ce pays qui n'ont pas de religion et que tout ça commence à souler aussi un peu. – Vous êtes athée vous personnellement ? – Pardon ? – Vous êtes athée ? – Ça ne vous regarde pas ! – Je posais la question, vous auriez pu répondre. – Oui, j'aurais pu. – D'autres candidats auraient répondu. – Mais oui, mais moi je réponds, pardon, je ne veux pas vous offenser. – Mais non, il n'y a aucun problème. – Vous êtes fâché là. – Ah pas du tout ! – Vous êtes vexé. – Pas du tout, je prenais le risque, je prenais mon risque, Jean-Luc Mélenchon. – Je savais qu'il y avait une possibilité d'avoir cette réponse-là. – Absolument, et je pense que les élus ne doivent pas répondre à ce type de question, et lorsque je serai élu, jamais aucun ministre, aucun préfet n'ira mettre les pieds dans une réunion religieuse, on peut y aller à titre personnel, pour honorer quelqu'un mais pas dans sa fonction, la religion d'un côté, elle n'a rien à faire dans la politique, quoi que les religieux, pardon, je fais une nuance, ont le droit de donner un avis sur le contenu des lois, tout le monde a le droit de donner son avis, mais à la fin, il y a une séparation.
Écoutez bien ce mot : "La République ne reconnaît aucun culte", il y en a que ça scandalise, ils disent : "Non, le République traite tout le monde de la même manière", non, erreur, la République ne reconnaît aucun culte, elle est indifférente aux cultes, mais elle protège la liberté de conscience et la liberté du culte. – Évidemment. – J'insiste, la liberté du culte et c'est pourquoi vous m'avez retrouvé à l'Assemblée nationale. – Vous avez volontairement détourné la question que je vous posais en essayant de faire croire que je remettais en question la liberté de culte. – Non, pas du tout, je vous connais. – Ce n'est pas grave. – Non mais je vous connais, je sais bien que ce n'est pas votre idée, mais vous m'avez posé une question à laquelle je n'ai pas répondu, c'est à propos de mes amis. – Oui, c'est ça. – Mais vous n'écoutez rien, c'est ça le problème. – Vous ne répondez pas donc heu… – Je ne le dis pas à vous. – Comme il reste quelques minutes, je vais en profiter hein. – Pardon madame Elkrief, c'est un vous collectif, bon, Madame Obono… – Vos amis en général, en un mot parce que je voudrais qu'on parle de sécurité. – Je sais que la misogynie est féroce, mais madame Obono est une intellectuelle, donc madame Obono croit à un certain nombre d'idées concernant la façon avec laquelle se superposent les discriminations, c'est une ligne intersectionnelle, c'est une discipline de sociologie. – C'est votre ligne ? – Mais vous vous rendez compte de ce que vous dites ? – Mais c'est ce que je vous pose comme question. – Prenons un exemple Madame Elkrief : Est-ce que la loi de la gravitation est votre ligne ?
Ben, il vaut mieux pour vous parce que sinon, vous tomberez dans l'escalier. C'est une discipline universitaire, donc des gens travaillent pour essayer d'analyser comment se combinent les différents niveaux de discrimination, alors évidement, vous et moi, alors on est bien blancs, on n'a pas de problème, en gros, on est bien assimilés à la société mais ce n'est pas le cas de millions de gens qui voient se superposer le fait d'être femme, par exemple noire, par exemple pauvre, et comment ça se superpose, c'est ce qu'étudient les sociologues, ce n'est pas une ligne politique, c'est comme quand ces gens avaient dit : "La théorie du genre", il n'y a pas de théorie du genre. – On va conclure parce qu'on va parler de sécurité. – Permettez-moi de délivrer mon… – Il faut qu'on avance Jean-Luc Mélenchon. – C'est important parce que vous êtes candidat à la présidentielle, on voudrait savoir, sur la sécurité, il y aura une discussion sur la proposition de loi qui parle de flouter, d'interdire la diffusion et la publication d'images des forces de l'ordre, vous avez dit que vous étiez contre, que vous considériez, j'imagine que c'est un droit fondamental de filmer une intervention de la part des policiers, mais je m'interroge, est-ce que protéger les policiers individuellement dans l'exercice de leur travail puisqu'ils sont aux ordres de l'État, est-ce que ce n'est pas aussi un devoir de l'État ?
Un policier qui personnellement est reconnu sur un réseau social, harcelé avec sa famille quand il rentre chez lui le soir parce qu'il a été vu sur Twitter, est-ce que ce n'est pas normal que l'État s'en soucie et dise : "Non, il ne faut pas qu'on puisse le voir ? – C'est très difficile, la situation d'exercer un métier dans lequel, l'État vous délègue sa fonction de violence et d'autorité, la même question se pose pour les militaires, bien, si le métier paraît trop dur, il faut en faire un autre, mais le métier de policier comporte en effet le risque que vous évoquez et on ne répond pas à la difficulté en en créant une nouvelle, car l'impossibilité d’identifier les auteurs de certains actes, minoritaires, nous voulons tous le croire, est un problème pour la démocratie, jamais l'affaire Floyd, aux États-Unis n'aurait pu être connue si on n'avait pas pu identifier, alors je sais que c'est dur pour le policier, mais c'est le métier qui veut ça, il y a d'autres métiers qui ont d'autres formes de danger. Donc, je n'accepte pas le chantage qui aboutit à la fin à encore une réduction des libertés et de la capacité de la société à contrôler, que voulez vous ?
Quel autre moyen avez-vous pour contrôler que de faire ça ? – Que feriez-vous si vous êtes élu pour éviter que des manifestations ne dégénèrent, soient perturbées par des violences, très concrètement comme ça a été le cas, en un mot puisqu'on n'a plus le temps. – En un mot ce n'est pas possible alors il faudra en supporter deux, et bien écoutez, déjà je ferais en sorte que ça n'ait plus lieu, parce que voilà des années qu'on vote des lois sur le terrorisme, le désordre et tout le reste et la pagaille ne fait que s'amplifier.
Est-ce que vous pouvez m'expliquer pourquoi autant de manifestations ont connu autant de débordements sur des publics extrêmement ciblés sans qu'il ne se passe rien ? – Qu'est-ce que vous feriez ? – Je réorganiserais la police de fond en comble, de fond en comble !
Et ouh là là, et vous allez voir, et je pense en particulier que dans la lutte contre le terrorisme il faut complétement changer de méthode, il faut plus de monde, pas 28 personnes pour surveiller les réseaux, plus que ça, il n'y a pas besoin de 7 000 personnes à la BAC, on a besoin de gens qui parle plusieurs langues pour repérer les choses à temps, on a besoin d'infiltration, ça c'est du travail sérieux, pas la gesticulation, où on a des gens armés jusqu'aux dents dans les manifestations, et quand je me risque à dire : "Mais écoutez, à quoi ça sert tout ça, résultat il y a des éborgnés et des mutilés ? ", on me dit : "Monsieur Mélenchon, vous voulez désarmer la police." Dans les manifestations je veux désarmer la police et le reste du temps quand elle est armée, figurez-vous qu'il y a des unités spéciales de la police pour faire face, les 40 policiers de Dijon qui sont restés au commissariat, ils ont bien fait d'y rester, ils étaient armés mais ils n'étaient que 40 et des gens se sont déchaînés dans les rues, on a donc dû faire venir des forces de police spécialisées, parce que ce n'est pas parce que vous avez un revolver que vous êtes capable de faire face à toutes les situations, un peu de bon sens ! – Merci. – Vous avez répondu, merci Jean-Luc Mélenchon, merci Ruth Elkrief, avant des passer aux questions économiques, Jean-Luc Mélenchon, une petite colle : est-ce que vous vous souvenez, est-ce que vous connaissez par cœur votre score de 2017 ? – Non, je sais qu'il n'était pas suffisant, voilà ce qui m'en est resté. – 19,58%, à l'époque, on se souvient que votre objectif était évidemment d'être au deuxième tour, et même de remporter la présidentielle, qu'est-ce qu'il vous reste, intimement, physiquement de cet échec-là ? – Mais vous avez une tendance à psychologiser, moi je suis un homme comme tout le monde, quand je suis content, alors je suis un méridional en plus, donc ça se voit, et quand je ne suis pas content, ça se voit aussi, et on en a déduit que j'avais une dépression, rien de tout ça !
Je mène un combat politique, j'ai été heureux aussi de ce résultat et puis aussitôt, j'ai dû assumer la difficulté de ce résultat qui faisait de moi, en quelque sorte, la référence de toute une famille politique que personne n'avait jamais vue avant, alors voilà, il me manquait 600 000 voix. – Les fameuses 600 000 voix, qu'avaient de plus que vous Marine Le Pen et Emmanuel Macron à l'époque ? – Comment ça ? – Ben, pour arriver au deuxième tour ? – Qu'est-ce qu'ils avaient ?
Eh bien plus de Français qui ont voté pour eux. – Mais au-delà des 600 000 voix, pourquoi est-ce que ces Français-là les ont choisis plutôt que vous ? – Et bien peut-être que madame Le Pen dirige un établissement qui est ouvert depuis 40 ans.
Ben oui, moi j'arrivais, monsieur Macron a représenté, pour un secteur de la société, notamment les forces en déshérences préparées par… – Ça faisait 2 ans qu'il était là, Emmanuel Macron, pas 40 ans. – Oui mais bon, d'accord, l'élection a eu lieu, le résultat, je ne le discute pas, je n'étais pas au deuxième tour, je le regrette, peut-être que certains devraient se poser des questions au lieu de m'en poser à moi. Comment se fait-il qu'il y soit resté aussi longtemps un candidat du Parti Socialiste, alors que tout le monde disait que la partie était finie ?
Mais je ne veux pas faire de récrimination, on ne peut pas vivre d'aigreur, il faut construire, j'espère retrouver les 7 millions de personnes, vous savez, ça fait 19,58% c'est plus que Jacques Chirac lorsqu'il a été élu. – On verra si vous les retrouvez dans 1 ans et demi. On passe aux questions économiques ? – Volontiers. – Allons-y, Emmanuel Lechipre face à Jean-Luc Mélenchon. [musique] – Bonsoir Jean-Luc Mélenchon. – Bonsoir Monsieur. – Alors, je vais vous interroger évidemment sur la gestion économique de la crise sanitaire, mais avant ça, je voudrais votre réaction à l'annonce qui a été faite ce midi, l'usine Bridgestone à Béthune va fermer, malgré les tentatives de sauvetage de la région, du gouvernement, et on a envie de dire, Jean-Luc Mélenchon, ça y est, c'est comme à Gandrange, c'est comme à Florange, l’État nous promet beaucoup mais en fait il ne peut rien finalement. – Parce qu'il ne le veut pas, c'est un symbole du scandale que représente depuis toutes ces années qui viennent de s'écouler, cet argent que l'on a déversé sans aucune contrepartie ni garantie, je ne dis pas qu'il ne fallait pas aider la production, mais il fallait exiger des garanties, et il fallait poser des clauses.
Ces gens se sont remplis d'argent public, ils en ont pris en France, sans augmenter les salaires mais en augmentant les dividendes, ils en ont pris en Europe pour organiser leurs délocalisations, voilà un concentré de la période dans laquelle nous vivons, celle de la soi-disant concurrence libre et non faussée. L’État doit être de retour et pour ça, il faut qu'il ait des droits, je pense en particulier que ceux qui ont eu de l'argent public doivent rendre des comptes de ce qu'ils en ont fait, ils n'ont pas utilisé un seul euro à investir, et ce ne sont pas les seuls. Voyez-vous, quelque chose qui va vous faire de la peine parce que je sais que vous êtes bienveillant quoique libéral, on a donné beaucoup d'argent aux entreprises, vous en êtes d'accord, elles ont augmenté les dividendes aux actionnaires, et elles ont diminué l'investissement. c'est à dire qu'au cours des dernières années… – Ça veut dire quoi diminuer l'investissement ?
Globalement, il ne faut pas généraliser, il y a plein d'entreprises qui ont investi quand même en France. – Oui, mais globalement, l'investissement a réduit au cours des 30 dernières années de 5%, vous le savez comme moi, et les dividendes distribués ont augmenté de plus de 100%, vous le savez comme moi. Donc, qu'est-ce que ça prouve ?
Que dans l'utilisation qu'on fait du transfert d'argent, argent public, comme on va encore en faire là : dans le plan de relance, il y a 10 milliards d'impôt de moins sur les entreprises, on a déjà donné 20 milliards qu'on a intégrés dans le droit commun avec le Crédit impôt recherche compétitivité emploi, d'accord, tout ça. Où est passé cet argent ? Quand j'ai posé la question à monsieur Lemaire, je lui ai dit : "Monsieur Lemaire, qu'est-ce qui vous fait croire que cet argent qu'on va retrouver en dividendes, vous allez le retrouver en investissement ? ", en investissement matériel, je veux dire des machines, de l'emploi, des usines.
Monsieur Lemaire me regarde et il me dit : "Et bien Monsieur Mélenchon, le bon sens", je lui dis : "Monsieur Lemaire, vous croyez que c'est le bon sens qui fait l'économie ? ". Quand quelqu'un place de l'argent, vous, vous êtes à BFM Business, vous le savez mieux que tout le monde, quand quelqu'un place de l'argent à 12, à 13, à 18% dans la bulle financière, il ne les met pas dans l'investissement, tant et si bien, pardon, je finis sur un chiffre, vous les aimez d'habitude, la Banque centrale européenne a déversé 85 milliards d'euros par mois dans les banques privées pour leur racheter des titres de dettes qu'ils avaient, on n'en a pas revu un seul dans la production, pourquoi ?
Parce que si on était entré dans la production, on aurait trouvé un peu d'inflation il n'y en a pas eu. Ça je n'ai plus besoin de faire cette démonstration, maintenant il faut passer à la suite, mais l'économie va s'effondrer si on continue comme ça. – Jean-Luc Mélenchon, est-ce que vous considérez que c'est raisonnable aussi, est-ce que ce n'est pas un discours de lucidité de dire aux salariés, est-ce que c'est raisonnable encore en France aujourd'hui de produire des pneus bon marché, est-ce qu'il n'est pas temps de passer à autre chose pourquoi il y a eu cette usine de Bridgestone depuis plusieurs dizaines d'années c'est venu créer des emplois quand il n'y avait plus les mines.
Est-ce que ce n'est pas ça la vie de l'économie, on cherche des nouvelles activités ? – Monsieur Lechypre vous êtes incroyable ! Les travailleurs, ils sont prêts à faire les pneus qu'on leur demande de faire.
Ce n'est pas eux qui ont choisi de ne pas mettre un euro dans les machines, ce sont des gens hautement qualifiés, je pourrais vous en citer plein d'entreprises comme ça : General Electric à Grenoble qui produisait des rotors, 25 % des barrages du monde utilisent ces rotors, couic, on ferme ! Vous savez bien que c'est un jeu de Monopoly, et vous avez un certain nombre de grands groupes mondiaux qui jouent sur ces affaires-là, mais l’Europe leur dit : "c'est la concurrence libre et non faussée, vous voulez transporter l'usine en Pologne ? Très bien, on vous donne tant".
C'est un scandale ! Contrôler l'argent et demander des garanties voilà la règle que pour ma part j'imposerai. J'ajoute monsieur le Lechypre, que nous disposons de moyens de pression nombreux. – Mais lesquels, lesquels ?
Une entreprise privée elle fait ce qu'elle veut chez elle, la preuve, regardez, Florange, Gandrange, encore une fois. – Ce n'est pas à moi qu'il faut expliquer ça. – Non, mais il y a des promesses, vous voulez qu'on rembourse quoi ?
Vous savez très bien que ça ne représente pas grand chose – Mais Monsieur, donc il fallait tirer la leçon à temps, mais on peut le faire maintenant, on peut décider maintenant, on pourrait par exemple, puisque en ce moment la mode c'est les états d'exception et d'urgence, et bien faisons une loi d'urgence économique qui dit que plus personne n'a le droit de délocaliser une entreprise tant que dure la crise et que ceux qui délocalisent doivent rembourser, ça se comprend, et où serait le scandale ? Alors vous allez dire "c'est une atteinte à la propriété privée", mais vous-même vous venez de dire "voilà ce que ça donne", la liberté absolue d'un intérêt particulier, aucune liberté n'est aussi absolue que ne l'est aujourd'hui celle de ces gens et de ces monopoles financiers. – Jean-Luc Mélenchon un mot sur cette crise particulière quand même, qui a des effets comme aucune autre, en creusant des fractures au sein de catégories sociales qui ne se sentaient pas touchées auparavant par la crise, il y a des gens qui se retrouvent plongés dans la précarité, aujourd'hui, je pense à des commerçants, des hôteliers, des restaurateurs, qui n'auraient jamais pensé se retrouver dans cette situation, ça appelle des réponses nouvelles.
Qu'est-ce que vous leur dites qu'est-ce que vous leur proposez ? – Alors évidemment c'est un tout, mais commençons par dire qu'on ne peut pas accepter la mort du réseau de diffusion il faut prendre les sujets différemment parce que l'hôtellerie, c'est une chose, les activités culturelles une autre, mais on parle du petit commerce beaucoup en ce moment, donc il y a 3 moments dans la vie de l'économie, la production, la consommation qui est un moment à part entière et puis la distribution, donc vous savez comme moi, Monsieur Lechypre, qu'il a des choix qui sont faits, le Président de la République avait dit que le monde d'après ne serais pas comme le monde d'avant, en effet… il est pire, c'est lui-même qui dit à la télévision : "vous avez un problème, faites-vous livrer", il s'est comporté plutôt comme un actionnaire d'Amazon que comme quelqu'un qui est en train de protéger le réseau du petit commerce, mais si vous voulez prendre le problème dans l'absolu, on peut dire bon on s'en fiche du petit commerce non, on veut ce mode de vie-là, on veut qu'il y ait des bistrots en France, on veut qu'il y ait des épiceries, on veut qu'il y ait des boulangeries dans des rues commerçantes, donc donnons-nous en les moyens, mais Monsieur Lechypre, ce qui est fait, est fait en dépit du bon sens, les sommes qui sont données sont insuffisantes, peut-être qu'on va en parler, mais surtout, qu'est-ce que c'est que cette distribution d'argent, sur l'automobile alors que 17% seulement des voitures qu'on vend en France sont produites en France, on met des milliards, l'aéronautique, donc on ne change rien, c'est le monde d'avant. – Parce que des aides, des subventions, vous en réclamez tout le temps, et là, ça ne vous convient pas ? – Et bien vous allez être surpris parce que apparemment, vous ne m'avez pas compris, non, en effet, je suis pour la planification écologique, donc je dis, quand il y a une crise, c'est un moment opportun pour faire bouger l'économie. – Mais attendez, on vient de créer un commissariat au plan, ça doit vous satisfaire ça ? – Je suis content qu'il y ait un commissariat au plan, ça me fera ça de moins à créer quand j'y arriverai, mais j'en ferai autre chose, le commissariat au plan, ça ne va pas être un casting de colloque et de conférences, il faut planifier, et si nous prenons les problèmes, là nous sommes dans la crise, nous pourrions dire : "Voilà, le gouvernement, de quoi il a besoin ? ", enfin, vous savez comme moi, il vous reste quand même un petit quelque chose de keynésien, quand c'est une crise parce qu'il n'y a pas de commandes, et bien vous devez relancer la demande, la consommation populaire, parce que c'est 50% de la croissance, à supposer qu'on veuille la croissance à tout prix, et puis deuxièmement, c'est les grands travaux, quand Roosevelt fait face à l'effondrement de l'économie américaine, il refait des ponts, des routes, un millions de km d'autoroutes, et bien, nous avons des milliers de ponts, des millions de situations à rectifier. – Attendez, Jean-Luc Mélenchon, on va y venir. – Comment on va y venir, je viens de dire quoi-là ? – On va y venir parce qu'on va parler de votre programme pour 2022. – Mais là vous me parlez de… quand même, c'est sérieux. – Je vous parlais de la gestion de la crise, là. – Je suis en train de vous expliquer, au lieu de distribuer de l'argent comme ça, il faudrait dire, par exemple, nous allons reprendre le contrôle du cycle de l'eau, donc, il nous faut des millions de km de canalisation, deuzio, le climat est détraqué, toutes les lignes électriques tombent par terre, si on continue à la cadence à laquelle on est pour les enterrer, il y en a pour 300 ans, donc il faut y aller, et ainsi de suite, j'ai pris l'eau, le médicament, avant il y avait des pannes de médicaments, en 2008, c'était une vingtaine de médicaments qui venaient à manquer, maintenant c'est 2 000, on ne produit plus en France, il nous faut un pôle public du médicament. – Non, mais justement, alors il y a un point sur lequel il faut quand même vous rendre ce qui vous appartient, c'est qu'en 2017, on vous a fait le reproche de vouloir dépenser des sommes absolument considérables, vous aviez 100 milliards d'investissement, vous aviez 175 milliards de dépenses publiques sur 5 ans et on disait : "Mélenchon il est fou, il veut dilapider l'argent public", vous vouliez bazarder les critères de Maastricht, la réalité, c'est que 5 ans après, il faut bien reconnaître que les critères de Maastricht, tout le monde s'en moque et que, vous l'avez dit tout à l'heure vous-même, 100 milliards, même Emmanuel Macron est capable de les dépenser.
Qu'est-ce que vous voulez maintenant mettre sur la table vous ? Vos projets d'investissement c'est quoi, l'argent public, vous le dépensez comment ? Vous avez donné des pistes déjà, mais combien, est-ce que vous avez des idées déjà de sommes ? – Mais je vais répondre comme Macron : "Autant que de besoin", – Quoi qu'il en coûte. – Il faut aller à la difficulté, pas la nier, pour une fois, c'est moi qui vais faire votre rôle d'habitude, on a une dette publique, je désapprouve absolument la manière avec laquelle elle est en train d'enfler, sans que ce soit efficace, mais disons-nous une chose, et je veux qu'on m'entende, personne ne payera jamais cette dette, il est donc temps… – On ne la remboursera pas ? – Elle ne sera jamais remboursée, elle ne l'est pas, actuellement elle est perpétuelle, c'est-à-dire qu'à chaque fois qu'un titre de dette arrive au bout, on réemprunte pour la suite. – Il n'y a pas de limite en fait ? – Écoutez moi, il y a une limite, c'est quand l'argent est investi dans le concret, vous récupérez en valeur concrète ce que vous avez mis dans le crédit, pardon, je fais un cours d'économie basique, pardon, je m'en excuse, mais on est obligé de le rappeler, il faut arriver au niveau européen, d'abord en France, il faut faire remonter vers une caisse centrale, toutes les dettes qui se trouvent aujourd'hui dans le secteur privé, je pense à la très petite entreprise et à l'entreprise moyenne, Monsieur, si nous ne le faisons pas, ces entreprises vont s'effondrer. – Vous voulez nationaliser les dettes des entreprises privées ? – Il faut les rassembler, et une fois qu'on les a rassemblées et mises dans le budget de l’État, il faut qu'on ait la discussion avec la Banque centrale européenne, aujourd'hui, ce n'est plus moi tout seul qui dit que la banque peut racheter ces titres de dette et les mettre au frigidaire, pardon, c'est toujours très compliqué à expliquer, mais c'est très simple. – Il y a des économistes qui disent, vu que c'est la Banque centrale européenne qui prête aujourd'hui à 70%, après tout, ce n'est pas comme si il y avait des épargnants du monde entier qui nous prêtaient, si c'est la Banque centrale européenne qui prête, après tout, on n'a qu'à ne pas rembourser. – Voilà, et il y a déjà 18% des titres de la dette française qui sont dans le coffre de la Banque centrale européenne, les Français ne le savent pas, mais nous payons régulièrement des intérêts pour une dette qui est dans notre propre banque. – Rassurez-nous, dans votre programme, vous allez proposer des chiffres quand même, vous n'allez pas nous dire euh… – Ne vous inquiétez pas, je vous rappelle que la dernière fois, nous avions fait une émission de 6 heures sur le sujet. – On n'a pas 6 heures – Je suis pour qu'on parle d'objectifs, tout à l'heure je vous en ai cité un, il est probable que l'organisation de l'exposé du programme changera, parce que je me suis donné jusqu'au mois d'octobre prochain.
Tout à l'heure je vous ai parlé du cycle de l'eau, c'est fondamental, vous avez tous compris les canalisations qu'il faut mette en place, vous avez tous compris après, la qualité de l'eau, l'eau potable, ce n'est que 2% de l'eau sur la planète hein ! Bon, quand vous buvez de l'eau, il faut qu'elle soit potable, mais il ne faut plus qu'on y trouve de pesticides, il faut donc réformer l'agriculture, il ne faut plus qu'on y trouve de plastique, donc il faut tendre vers le zéro plastique, du plastique, il y en a partout, dans la neige, dans l'eau, dans la mer, bientôt il y aura plus de plastique dans la mer que de poissons en méditerranée, tout le monde sait ça, donc la reprise de ce contrôle, nécessite des milliers d'emplois, des centaines de gens au travail et à la fin, qu'est-ce qu'il y a ? Et bien il y a des valeurs matérielles, on ne perd plus un litre sur cinq, etc… – Justement, je voudrais qu'on parle aussi de travail, et on va écouter un chef d'entreprise qui, effectivement, s'interroge sur votre programme, ce sont des questions posées par Isabelle Gollentz et Florian Rivet auprès d'un chef d'entreprise de PME, vous allez voir. – Je ne sais pas si la question d'augmenter le SMIC est exactement la bonne question, en tout cas, de l'augmenter partout, pour moi, il faut augmenter les salaires nets, mais tout en maintenant un coût du travail à peu près équivalent au coût de travail dans les autres pays d'Europe, parce que sinon, on se tire une balle dans le pied et on détruit des emplois.
Si jamais on décidait de limiter les charges sociales, l'intégralité de cette économie pourrait être transférée sur les salaires nets, je ne suis pas sûr que ça soit en limitant les salaires de ceux qui gagnent beaucoup, qui sont très peu nombreux, qu'on permette d'augmenter les salaires de tous ceux qui ne gagnent pas assez, je crois que je ne connais aucun chef d'entreprise qui gagne 20 fois le salaire le plus bas de son entreprise. Moi, j'ai 800 collaborateurs, je ne gagne même pas 10 fois, bien moins, donc ce sont des sommes qui sont déjà très importantes. Je suis pragmatique, je me dis que si on fait la retraite à 60 ans, ça veut dire qu'il va falloir la financer, ça veut dire qu'il va falloir baisser les salaires, en tous cas les salaires nets, pour que, à coûts identiques, ça finance la retraite à 60 ans, donc si les Français disent tous ensemble : "nous, on veut prendre notre retraite à 60 ans et gagner moins tout au long de notre vie", c'est peut-être un choix, je trouve que ce n'est pas tellement juste d'imposer ça à tout le monde, parce qu'il y a des gens qui peuvent avoir envie de travailler et de prendre leur retraite plus tard, et d'avoir un salaire plus élevé tout au long de leur vie. – Frédéric Bedin qui est patron de Hopscotch, une agence de comm, il a fait un petit résumé de ce qu'il y a dans votre programme économique en 2017, il y avait une augmentation du SMIC de 16%, ce qui ferait aujourd'hui, à peu près 200 € par mois, il y avait la sixième semaine de congés payés et le retour de la retraite à 60 ans, la question que j'ai envie de vous poser, Jean-Luc Mélenchon c'est : est-ce que, compte tenu de la gravité de la crise dont on sort, est-ce que la priorité, ce n'est pas de travailler plus plutôt que de travailler moins ? – Votre question est tellement nouvelle que j'en reste stupéfait, bon alors, on va tout reprendre par point, déjà, il y a des arguments qui ne tiennent pas, je vais m'exprimer tout de suite. – Vous prévoyez toujours une hausse du SMIC ? – Non mais attendez, dire : "on peut réduire la retraite à 60 ans, c'est si on baisse les salaires de tout le monde, mais enfin, si vous faites une retraite à points, vous devrez cotiser davantage, par conséquent, tous les salaires baisseront et vos retraites n'augmenteront pas, au contraire, elles baisseront, donc évitons entre nous les images stéréotypes, répétées un million de fois, ce n'est pas parce qu'on le répète que c'est vrai.
Quelle est la solution en toutes hypothèses ? Plus de gens qui travaillent et plus de gens qui travaillent pour faire des choses qui sont utiles et écologiquement soutenables, plus il y a de monde qui travaille, plus il y a de cotisations sociales qui rentrent, plus les salaires sont améliorés, plus il y a d'impôts qui rentrent, par conséquent, c'est un jeu qui à la fin finit par être à somme nulle quand on l'organise correctement, c'est la raison pour laquelle, il faut travailler moins pour travailler tous et si nous travaillons tous, alors, nous cotiserons tous. – Ça c'est la vielle idée du partage du travail avec le gâteau qui n'augmente pas, alors en fait, on fait des parts plus petites – Non, pitié, pas le coup de la vieille idée ! – Ben si, mais c'est la réalité. – C'est vous qui trimballez les vielles idées, ça fait 30 ans qu'on nous raconte ça, il faut se sacrifier, il faut travailler plus, mais Monsieur Lechypre, ça ne tient pas debout, si vous faites travailler les gens plus et plus longtemps, expliquez-moi voir ce que l'on va y gagner, ils vont tomber malades davantage, donc davantage d'argent à dépenser pour la santé, 2 : vous aurez plus de chômeurs, il faudra donc des cotisations plus importantes, à moins que vous décidiez, ce n'est pas votre cas, de condamner les gens à vivre dans la pauvreté, comme monsieur Macron l'a décidé, ça n'est pas sérieux de parler comme ça, ça fait 30 ans que ça dure votre affaire. – Il n'y a aucun pays, moi, je regarde ce qui se passe ailleurs, il n'y a aucun pays dans lequel vous augmentez beaucoup les salaires des gens qui travaillent et en même temps, vous donnez du travail à des gens qui n'ont pas d'emploi. – C'est un raisonnement pardon mais, il n'y avait aucun pays qui avait fait une république, on l'a fait en France, et tout le monde l'a fait après, par conséquent, ce n'est pas le sujet, le sujet c'est "comment on s'y prend, et qu'est-ce qui est rationnel, qu'est-ce qui et raisonnable ? " Monsieur Lechypre, si je ne suis pas capable de vous faire la démonstration, la prochaine fois que vous m'inviterez, de "comment le cycle fonctionne", vous aurez le droit de me dire que ce n'est pas sérieux, mais ne commencez pas par me répéter les vieilleries que j'entends depuis 30 ans, qui nous ont amenés au désastre où on est.
Monsieur Lechypre, si par exemple, on décide de faire un protectionnisme solidaire, c'est à dire que sur certains produits, on dit : "c'est terminé, ceux des autres n'entrent plus en Europe, vous ne voulez pas les Européens ? En tous cas plus chez nous". – En Europe monsieur Mélenchon, alors est-ce que l'Europe, ce n'est pas le bon échelon pour résoudre quand même tous ces problèmes ? – C'est ça, pour l'instant, c'est le bon échelon pour ne rien résoudre, parce que tout le monde botte en touche : "il n'y a qu'à aller voir l'Europe ! ", on arrive à l'Europe, on nous dit : "vous avez signé le papier là". – Sur tous ces sujets, vous voyez bien qu'aucun pays ne peut rien faire tout seul, le climat, etc. – Mais qu'est-ce que vous racontez Monsieur Lechypre ?
La France était souveraine alimentairement. – Mais c'est vous qui parlez d'Europe ! – La France s'habillait toute seule en 1956, et maintenant, vous m'expliquez qu'on a besoin de Chinois pour fabriquer nos robes ou nos pantalons. – C'est vous qui nous parlez d'un protectionnisme européen donc ma question c'est vous qui proposez… – J'ai dit quoi moi ? – Et bien vous l'avez dit, vous avez dit : "un protectionnisme intelligent au niveau européen". – Attendez, mais bien sûr. – Vous qui proposiez de sortir des traités en 2017, est-ce que vous le proposez toujours ? – Bien sûr, parce que les traités nous empêchent d'être efficaces, c'est ça que j'essaye de vous dire depuis le début, dès qu'on critique les traités, aussitôt la meute est là pour dire : "vous voulez la guerre, vous voulez la fin de l'Europe", mais ça fait des décennies que la gauche, y compris la gauche radicale, Léon Trotsky parle des États Unis d'Europe, il faut arrêter ce cinéma, personne n'a jamais été contre l'Europe.
Nous sommes pour la souveraineté du peuple, et aujourd'hui, c'est dans les nations que ça se passe, deuxièmement, nous ne sommes pas pour l'Europe libérale, les traités nous empêchent d'organiser de manière rationnelle ce que nous voudrions faire en Europe, il n'y a pas de préférence européenne, les frontières sont ouvertes autour de l'Europe, les marchandises y rentrent et exténuent les capacités de production de nos pays, c'est tout ça qu'il faut arrêter, et c'est tout ça qui doit nous permettre d'être plus efficaces qu'on ne l'est, vous avez vu, il n'ont même pas été foutus de mettre au point un plan de relance européenne, 790 milliards, vous savez ce que c'est dans le budget européen ? Regardez, c'est l'équivalent d'un trait sur une page blanche, ce n'est rien, la richesse que produit l'Europe chaque année, c'est 12 000 milliards d'euros, et nous, tout ce que l'on trouve à faire, c'est 790 pauvres milliards, pardon monsieur Lechypre, il ne fallait pas me chercher, mais les Français qui payaient 9 milliards de plus qu'ils n'encaissaient, vont payer maintenant 15 milliards tous les ans, nous sommes les dindons de la farce. L'Europe va nous verser 40 milliards, vous le savez, elle n'a pas de recettes propres, donc ce sont les États qui vont contribuer, nous allons payer 66 milliards le bonheur d'avoir 40 milliards, c'est une histoire de fous. – Jusqu'à maintenant, vous n'avez fait que de dépenser de l'argent donc, un petit mot sur les impôts, est-ce que vous prévoyez toujours d'augmenter les impôts comme vous le faisiez en 2017, notamment sur les grandes entreprises, notamment sur les revenus les plus élevés, est-ce que vous remettez l'ISF par exemple ? – Moi, je vous ai présenté un plan où il y a plus de 14 tranches d'impôt, pour qu'on étale. – Au lieu de 5 aujourd'hui. – 14, il y en a marre que ce soit ceux du milieu qui paient pour tout le monde, ceux qui sont à un bout ne paient plus, et les autres ne paient presque rien, donc il faut répartir la charge sur tout le monde, si vous ne voulez pas le faire, de toute façon, le système va craquer, donc il faut le faire, ça c'est pour les recettes. – Répartir sur plus de monde ça veut dire quoi ?
Ça veut dire que plus de monde doit payer ? – Et bien non, il y a plus de tranches, donc ceux qui ont beaucoup vont payer beaucoup et ceux qui ont peu, vont payer peu. – Donc plus progressif – Ben oui ! – D'accord. – Ben oui, c'est absurde 5 tranches, il en faut 14, ça c'est le premier élément, les recettes que l'on peut faire rentrer par l'impôt, mais on peut faire rentrer des recettes parce qu'on produit et parce qu'on distribue, on peut dire aux gens quand même, que chaque fois qu'on leur donne 100 €, l’État en récupère 18, parce que ce sont les charges, TVA et ainsi de suite.
Plus vous êtes dans le bas de l'échelle des salaires, plus ce que vous touchez, vous le dépensez, donc il faut donner de l'argent à ceux qui n'en ont pas, c'est ça qu'il faut faire, et notamment, aux millions de pauvres qu'il y a dans ce pays, on ne peut pas accepter de vivre dans un océan de pauvreté pareil, donc il faut garantir des revenus, mais vous me parliez de recettes, j'ai évoqué les impôts, puis, il y a aussi les économies de dépenses, prenons un exemple : La sécurité sociale, elle est insuffisante pour la maladie, si bien qu'il y a des régimes complémentaires, ces régimes coûtent 15% plus cher que la sécurité sociale, je suis donc partisan qu'on regroupe tout dans la sécurité sociale, de manière à ce que le risque maladie soit pris à 100% en charge, pourquoi ? Parce que si on ne le prend pas à 100% en charge, les gens ne se soignent pas, et si ils ne se soignent pas, ils tombent malades, et quand ils tombent malades, ils rendent les autres malades et ça interrompt la production, je donne des arguments économiques parce que je sais que si je donne des arguments humains, je vais être considéré comme un poète ou un rêveur. – Je vous donne un argument de timing Jean-Luc Mélenchon, si on ne s'arrête pas là, si on n'avance pas, on finit à minuit, donc on avance ? – Moi je n'ai pas d'inconvénient à finir à minuit mais vous, c'est pour votre paye, il faut marquer ça en heures supplémentaires. – Hélas Jean-Lus Mélenchon, nous n'avons pas 6 heures, merci Emmanuel Lechypre, depuis le début de l'émission, Julien Mielcarek regarde les réactions que vous suscitez sur les réseaux sociaux, Julien va nous rejoindre sur ce plateau et on va voir quelques-uns des messages qui vous sont sans doute adressés ce soir, Julien, c'est à vous. – Bonsoir à tous, je vais essayer de ne pas avoir de trop vielles idées, Monsieur Mélenchon. – A vous Julien ! – Alors, parmi les réactions sur les réseaux sociaux, je vais continuer le chapitre économique d'Emmanuel Lechypre puisqu'on a beaucoup de questions d'étudiants qui nous regardent ce soir, regardez !
Quels sont les changements prévus pour les jeunes, notamment ceux qui vivent dans des conditions très difficiles ? Une mesure, une réponse Monsieur Mélenchon pour Ali, qui nous regarde ce soir sur BFM. – Une mesure, une réponse, c'est bien ça, allez-y ! – Je veux que tous ceux qui étudient aient un revenu et que ceux qui étudient et qui bénéficient d'un revenu, s'engagent ensuite à l'égard de la collectivité, exemple : Les étudiants en médecine, je pense qu'il faut que des étudiants en médecine soient pris en charge par l'État, comme autrefois, c'était le cas des instituteurs, une paye normale, le SMIC, et puis ensuite, ils doivent 10 années à l'État, ils ne rachètent pas, pas de pantouflage et puis nous pourrons de cette manière-là, créer des centres de santé, et on dira : "eh bien vous là, vous avez bénéficié pendant 10 ans, vous allez dans le Lot, vous là, vous allez en Corrèze, vous là, vous allez dans l'Aveyron, et voilà comment on pourra combiner notre intérêt à tous, et tout le monde sera heureux à la fin. – Voilà, deuxième question. – Je vais revenir sur les 150 000 soutiens, parrainages, on en a parlé au début de l'émission. – 150 000 quand même. – 150 000 pardon, vous nous aviez dit : "je n'espérais pas que ça arrive ce soir", pourtant, je suis obligé de vous le dire Jean-Luc Mélenchon, ce soir il y a beaucoup de messages pour dire : "quand même, ça tombe à pic ce cap ce soir sur BFM. – Je leur ai dit à mes… – Regardez, tout est fait pour que le passage à 150 000 juste avant l'émission de BFM avec Mélenchon en guest star. – Vous l'avez fait exprès, c'est ce que je disais. – Si les gens le disent, mais je vous garantis que ce n'est pas le cas, oui, j'ai vu qu'il y avait des gens qui disaient qu'on trichait, alors ça m'a fait rigoler parce que les uns disaient : "Oh, c'est facile", et puis les autres disaient : "ils trichent", alors, si c'est facile, pourquoi je tricherais ?
Et il y a un de vos collègues journaliste qui a été bourrer la liste et il dit : "j'ai pu signer 2 fois", ben oui ballot, le temps que l'on se rende compte. – Journaliste de Marianne. – Qu'est-ce qu'on fait ?
On repère dans la liste, il y a un huissier qui va se charger de ça, mais franchement, bon ben, ça tombe que c'est ce soir, j'avais dit à mon équipe : "si jamais ça tombe le soir de l'émission, ils vont tous dire qu'on a goupillé le coup pour que ça se passe comme ça", tant mieux, je suis content. – En tout cas jean-Luc Mélenchon, votre équipe vous soutient, toujours très active sur les réseaux sociaux, alors ce cap, pour eux, c'est une victoire ce soir. Je vous ai choisi ce montage, ils ont imaginé qu'Emmanuel Macron twette ce cap avec "stop the count", c'est une référence à l'élection américaine, "stop the count", ça veut dire : arrêtez de compter, c'est ce que disait Donald Trump pour les résultats de Joe Biden, je précise, c'est un montage, Emmanuel Macron n'a évidemment pas tweetté ça ce soir. – C'est possible qu'il dise qu'il faut arrêter parce qu'il a de quoi se faire des cheveux avec moi, vous voyez, il y a une belle mobilisation qui commence, arrêtez de faire croire que c'est fini. – Non, vous l'avez dit tout à l'heure. – Fallait pas prendre 150 000 Monsieur Mélenchon. – J'ai pris un risque tout à l'heure, pour répondre à Madame Elkrief qui me piquait, j'ai dit : "bon ben on va mettre la deuxième couche", alors maintenant, il y a intérêt à la mettre. – C'est quoi votre deuxième objectif, du coup ? – Ben maintenant, il en faut 150 000 autres de plus pour que ça fasse 2 fois, mais c'est surtout que j'espère avoir marqué les esprits avec le chiffre de 150 000, que tout le monde comprenne que je propose le parrainage citoyen à l'élection présidentielle, ça sera une grande rénovation de la démocratie française. – On vous a compris sur ce point-là, Jean-Luc Mélenchon. – Merci monsieur, je suis content si on m'a compris. – On était à l'instant sur les réseaux avec Julien, une grande partie de votre communication passe par là, passe par internet, et on va en parler avec Anne Saurat Dubois tout de suite. [ ] – Bonsoir Monsieur Mélenchon. – Bonsoir Madame. – Alors, c'est dû aussi un peu à une défiance médiatique qu'on connaît bien chez vous, mais vous avez une stratégie numérique qui effectivement est très massive, si on doit vous rendre justice absolument, ça ne date vraiment pas d'hier, vous avez toujours été féru de nouvelles technologies, vous avez été en France, un des premiers politiques à vous saisir du minitel, ça date de 1988, c'était pour soutenir la candidature de François Mitterrand à l'élection présidentielle et ça s'appelait "3615 Tonton", vous vous souvenez de ça ? 30 ans plus tard évidement, les choses ont bien évolué, vous avez un blog, un compte Twitter, un compte Facebook, la plateforme de la France Insoumise, non pas une mais des chaînes Youtube, la chaîne de l'insoumission, une plateforme numérique sur Twitch, pourquoi tout ça ?
Est-ce que c'est parce que quand on est dans l'opposition, qu'on n'a pas de Sénateur, qu'on n'a que 17 Députés, il faut se faire gros sur les réseaux pour se faire entendre, pour exister ? – C'est le propre d'un militant politique, de quelqu'un qui est engagé, d'essayer de convaincre, alors il faut aller là où sont les gens, avant on allait sur les marchés, on y va encore, mais il y a moins de monde, alors, on va sur les marchés et on va aussi sur les réseaux, voilà, il ne faut pas chercher midi à 14 heures, il faut aller là où sont les gens, là où ils sont disponibles pour discuter, alors sur les réseaux, ça se passe, alors après, évidemment, les réseaux sociaux nous ont offert une occasion extraordinaire de contourner le système médiatique officiel, que moi j'appelle l'officialisme, mais ça ne veux pas dire pour autant qu'il ne faut exister que sur les réseaux. – Qu'est-ce que ça veut dire, pardon, le système officiel ?
Vous considérez par exemple, que ce soir vous êtes dans le système officiel ? – D'une certaine manière, j'en profite d'ailleurs, mais bon, comme vous avez le sourire, déjà ça prouve que ça marche mon affaire, je veux dire par là qu'on peut percer le mur de l'officialité, l'officialité, vous le savez aussi bien que moi, vous êtes des professionnels, il y a un effet de système, tout le monde se met à parler de la même manière, à traiter des mêmes sujets, et des fois d'une manière qui n'est pas très heureuse, qui finit pas générer du complotisme, parce que, comme ce qui se dit est visiblement un mensonge, les gens se disent que tout le reste est un mensonge, par exemple, quand pendant la période des Gilets jaunes, sur toutes les chaînes on rabâchait que tous les Gilets jaunes étaient des violents, qu'ils cassaient tout, antisémites, je ne sais pas quoi encore, les gens disaient : "Mais pas du tout, il ne se passe rien de tout ça, pourquoi ils racontent ça ? Ils mentent".
Alors du coup, il y en a plein qui se sont dit : "ben alors tout est faux ! " C'est une erreur, c'est ça que j'appelle l'officialisme, cet effet de système. Ne me dites pas que ce n'est pas vrai !
Il y a 15 jours, il y en avait que contre l'islamogauchisme, il n'y avait pas un journaliste pour dire : "Attendez ! Mais qui est-ce qui a inventé cette formule-là ? – On vous a entendu à ce moment-là, on a entendu tous vos soutiens ? – Non non, ne rigolez pas !
Sur les plateaux, ils étaient tous là avec leurs piques là, bon, nous on a fait le gros dos, on a tenu bon, moi, vous me connaissez, ça ne me fait pas reculer, ça me fait plutôt avancer. – Vous ne faites pas un peu un raccourci là Monsieur Mélenchon ? Il n'a pas été question que de dire, ce sont des violents, ils cassent dans les manifestations, on a parlé aussi des raisons de ce mouvement, de la colère, de où elle venait cette colère. – Bon, vous avez raison. – Très bien. – On en a parlé Monsieur Mélenchon. – C'est sympa non ?
Si vous n'admettez pas, moi je m'en fiche, ce n'est pas ma chaîne celle-là, je m'en fiche, si vous n'admettez pas qu'il y a eu un discours qui était unilatéralement hostile aux Gilet jaunes, vous avez le droit de le penser, je vous reconnais ce droit, mais vous vous trompez sur ce que ressentent les gens. – Les raisons de la colère n'ont jamais été évoquées ? – De même, les violences policières, il y a fallu plus de 3 mois avant que les médias s'y intéressent, entre temps, il y avait déjà 20 personnes qui avaient perdu un œil. – Vous dites que les raisons de la colère n'ont jamais été évoquées dans la sphère médiatique ? – Non, mais je n'ai pas dit ça, bien sûr que c'est évoqué, vous avez besoin de tout évoquer, mais ça a été martelé, il y a des choses qui ont été martelées du matin au soir, bien sûr, mais enfin écoutez !
Je veux bien vous dire le contraire pour vous faire plaisir, mais ce n'est pas la vérité, si vous et moi, on conclut ici sur des choses qui sont fausses, les gens vont se dire, ils ne racontent que des histoires tous tout le temps, et on aura encouragé le complotisme. – Non, mais on peut conclure sur des désaccords. – On ne devait pas forcément en parler tout de suite, mais on va en parler parce que cet amour des réseaux sociaux, c'est aussi une marque de la défiance que vous nourrissez vis-à-vis des médias qui n'est pas nouvelle. – Non, pourquoi vous dites ça ? – Parce que vous le dites, vous le dites dans vos revues de la semaine sur votre blog. – J'ai dit je vous contourne. – Vous le dites via des tweets de façon parfois très dure et d'ailleurs on a des exemples, on va vous montrer, on vous laisse vous écoutez vous-même. – C'est là que je dois regarder ? – Ça va venir. – On n'a pas cet extrait-là, malheureusement on ne l'a pas. – Qu'est-ce qu'il a ? – Ben je ne sais pas. – Mais en tous cas, c'est ce que vous dépeignez comme le parti médiatique dites-vous, pour vous, il y a un vrai parti médiatique ? – C'est vous qui allez rendre la soirée désagréable, moi je n'avais rien dit encore. – C'est vous qui le dites, c'est vous qui appelez ça un parti médiatique. – Vous voulez savoir pourquoi ? – Est-ce qu'on peut vous écouter ?
On vous écoute ? – On a retrouvé la cassette. – On a retrouvé la cassette, on vous écoute. – Ils jouent du pipeau sur l'indépendance, tout ça ce n'est pas vrai, ils sont totalement dépendants.
Les médias français, c'est 9 milliardaires qui les possèdent, alors, il faut comprendre comment ça se fait, parce qu'on dit : "Mais moi, j'ai jamais reçu un coup de téléphone", ben non, il n'y a pas besoin, comment ça se passe : le milliardaire nomme le grand chef, et le grand chef nomme le sous-chef, ben évidement que le sous-chef, il va être de la couleur qui fait plaisir au milliardaire qui paye le grand chef. Nos idées, vous avez raison, alors, elles ne sont jamais là, par contre, les embrouilles oui hein ! Le système médiatique, il n'est pas là pour vous informer, il est là pour vous empêcher de penser, et vous pousser à penser d'une certaine manière.
Vous connaissez le vieil adage, la différence entre un journaliste et un mannequin ? Et bien, le mannequin ne mange pas pour garder la ligne, et le journaliste, il garde la ligne pour manger. – Elle vous fait sourire celle-là ? – Je trouve incroyable que ce soit vous qui diffusiez ça, mais vous vous tirez une balle dans le pied, moi je n'ai rien dit. – Vous m'avez entendu dire quelque chose de désagréable depuis le début de la soirée. – Vous êtes candidat à l'élection présidentielle, c'est normal de savoir ce que vous pensez des médias. – Mais bien sûr, alors je vous réponds très clairement, le Président de la République que je serai, ne permettra pas que 9 personnes possèdent 90% des médias, vous m'entendez !
Ça veut dire qu'un certain nombre de grands groupes seront démantelés, à commencer par ceux qui bénéficient le reste du temps de commandes publiques, ensuite, le pouvoir des lecteurs, des abonnés dans les journaux sera développé, ensuite, il y aura un conseil déontologique de la presse, comme il y en a dans 30 pays dans le monde, oui ça va changer, ça c'est clair, admettez que la critique des médias, ce n'est pas moi, Mélenchon qui l'ai inventée, peut-être que quelques-uns d'entre vous ont lu Pierre Bourdieu, d'autres ont dû lire Accardo, ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on dit que ça tourne mal, que c'est en train de très mal tourner. Or, il y a une chose qui est importante, la République, ses fondamentaux ce sont 2 colonnes, 1 : l'école, où on apprend à être un homme ou une femme libre dans sa tête, 2 : l'information parce que c'est à vous de faire le boulot de trier pour que les gens puissent prendre de bonnes décisions, donc c'est votre travail, et si les gens ont l'impression que dorénavant vous pouvez être remplacés par des robots pour réciter la même chose toute la journée, vous ne servez à rien, donc moi, je crois à ce métier, je l'ai exercé, pas longtemps, j'en ai vécu fort mal. – C'était votre premier métier. – Ben oui, mais j'aimais ça moi. – Quand vous dites qu'on est là pour empêcher les gens de penser, de ne pas les informer, est-ce que ça n'est pas un manque de respect, au delà du manque de respect pour nous, mais ça, à la limite… mais un manque de respect aussi pour ceux qui nous regardent ce soir, qui nous sont fidèles aussi, à BFM ou à d'autres chaînes. – Ben non, vous pouvez essayer de les empêcher de penser, ils pensent quand même. – Est-ce que ça veut dire que les téléspectateurs qui nous regardent ce soir sont des naïfs ? – Mais ne me dites pas quand vous rendez confus ou que vous rabâchez depuis 30 ans ce que nous a rappelé tout à l'heure monsieur Lechypre… – Je ne prends pas la responsabilité des 30 dernières années. – Non non, mais lui il est en airain, boum !
Il n'a pas bougé, il raconte le même truc qu'il y a 2 ans, qu'il y a 3 ans, qu'il y a 4 ans, qu'il y a 10 ans, à savoir, travailler plus, être payé moins, fermez votre grande bouche ! Pardon, mais c'est ça que j'appelle empêcher de penser. – C'est son boulot de vous poser la question et votre programme n'a pas changé depuis 5 ans. – J'ai compris qu'il me les pose de cette manière-là pour que je réponde, je suis là aujourd'hui, mais ne me dites pas que j'y suis aussi souvent que lui, parce que lui, il y est tous les jours, lui il est tous les jours en train d'expliquer, à BFM business, voilà comment les affaires se passent, il est dans une logique, je ne lui en fais pas grief, il est dans une logique, il est très cohérent, il a réponse à peu près à tout, mais il est à l'intérieur d'une logique.
N'essayez pas de faire passer vos logiques pour la vérité ! Voyez-vous… – Chacun sa logique. – Ah c'est bien, donc vous êtes contre la loi sur les fake news, parce que eux, ils prétendaient qu'ils allaient déterminer la vérité.
Puisque vous parlez des réseaux sociaux, c'est ça le vrai problème, dorénavant la Loi dit que ce sont les réseaux sociaux qui font la censure eux-mêmes. – Je ne vois pas le rapport. – Et bien je ne suis pas d'accord, voilà, je ne trouve pas ça normal. – Mais peut-être qu'il faut que ce soit La loi parce que personne d'autre ne le fait, justement je voulais vous interroger la-dessus, dans vos "followers" vous avez, et le mouvement est colossal en France aujourd'hui, il y a des anti-vaccin, des anti-masque, des anti-confinement, c'est du complotisme de très haute volée.
C'est du rejet, c'est de l'anti-système, mais de l'anti-système poussé à l'extrême. Est-ce que vous avez quelque chose à leur dire à ces gens aujourd'hui ? Parce que si les réseaux sociaux se retrouvent à le faire c'est aussi parce que les politiques ne le font pas, et parfois même, surfent dessus. – Oui, ou les journalistes, parce que les journalistes qui inventent des islamo-gauchistes dans le pays, ils racontent n'importe quoi. – Non, qu'est-ce que vous, vous leur dites… ? – Attendez, ne retournez pas les situations, parce que c'est trop facile. – C'est vous qui êtes candidat. – Les politiques qui ne font pas… parce que vous avez un choix de société madame. – Qu'est ce que vous leur dites ? – Ou bien vous décidez que certains propos sont interdits, c'est vrai, on le fait en France, aucune liberté… …non, mais attendez, je vous le dis.
Par exemple le racisme en France, ce n'est pas une opinion, c'est un délit, point, pouf ! Celui qui est considéré comme raciste, une amende et de la prison si il continue. Mais le reste, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ?
Moi je ne suis pas anti-vaccin, bon ben, il y a des gens qui sont anti-vaccin, je vais essayer de les convaincre que ce n'est pas la bonne idée mais je ne suis pas le premier. – Vous dites aux gens : "Vaccinez-vous, respectez les directives sanitaires". – Mais de quel droit je vais dire : "Faites-ci, faites-ça", ce n'est pas mon sujet ! – Vous êtes un responsable ! – Moi je suis un homme politique, je m'occupe de comment on conduit un pays, pour le reste, j'ai des opinions sur un certain nombre de sujets, moi je crois à la science, j'ai le droit ? – Vous êtes connu pour votre pédagogie, pour votre envie d'expliquer les choses. – Ben alors, laissez-moi faire !
Ne me prenez pas avec un "piquou", à me dire : "Allez, dites ci, dites ça", non, moi j'essaie de convaincre… – Je vous demande si vous avez envie de le dire ? – Je vais vous dire, il y a 3 ou 4 générations de ça, on avait un mal de chien à amener les enfants des paysans à l'école, parce que les paysans ne voulaient pas donner leurs gamins, bon ! Alors on les a convaincus que c'était pour leur bien, une fois qu'ils étaient à l'école, on leur a expliqué, il y avait des cours d'hygiène.
Hé bien plein de gens disaient : "C'est quoi cette histoire ! " Les gosses revenaient à la maison, disaient : "Il faut se laver les mains, faut faire-ci, faut faire-là… ", on leur expliquait ce qu'étaient des microbes, voilà comment les choses se sont passées. Il faut toujours faire confiance à l'explication, à la discussion.
Mais vous vous voyez, vous et moi en train de courir après les réseaux sociaux, pour dire : "Ah celui-là a dit le vaccin… , l'autre là-bas a dit, je ne sais pas quoi… " on ne s'en sort plus. Moi je vois simplement, j'essaie de limiter les gens qui viennent dire du mal de moi ! Alors j'ai droit à un bouton, alors j'appuie : "Bannir", pouf j'appuie… Ça ne sert à rien, il faut convaincre, il faut s'y faire madame, ça s'appelle la démocratie que voulez-vous. – Dernière question un peu plus légère… – Parce que si c'était un régime autoritaire on dirait : "Toi là-bas Monsieur Neuman… terminé ! " Pour Lechypre, pareil, au hasard. … Pour convaincre justement… … Non mais on va dire Lechypre, je l'ai en face de moi.
Il a de l'humour lui ! … Lors de la dernière présidentielle, c'était les hologrammes, parce que ça marque aussi. Pour la conviction aussi, quand on explique des choses Jean-Luc Mélenchon, ce que vous aimez faire quand même, vous pouvez dire qu'on ne dit pas, on fait ça, mais vous aimez expliquer quand même.
Donc en 2017 c'était les hologrammes, lors de la dernière… lors des élections européennes c'était les "hologrammes", c'était des camions qui parcouraient toute la France avec vos hologrammes dedans. Pour la prochaine présidentielle, ça va être quoi ? – C'est secret ! – Non, vous pouvez pas dire ça ! – Ha écoutez, c'est secret même pour moi je ne le sais pas.
Voilà, donc c'est un secret absolu, on va trouver des idées. Bon écoutez, d'abord déjà-là, je viens de me faire prendre de court. Je pensais que j'allais pouvoir avoir devant moi, un mois et demi de bataille, qui n'aura pas lieu comme prévu, alors j'appelle les gens qui ont signé, qui veulent faire campagne, à constituer des petits comités de soutien, petits, à quelques-uns, parce qu'on ne peut pas faire de réunion pour l'instant.
On fera des réunions le moment venu, et à faire le travail qu'il y a à faire maintenant. Ce n'est pas moi qui vais tout faire tout seul. Il faut donc qu'ils ramassent des signatures, et qu'ils poussent les gens à aller signer.
Qu'ils discutent pour les questions qui se posent, comment on peut répondre, bref. Il faut une mobilisation citoyenne et je leur redis, comme la dernière fois, la consigne c'est : "N'attendez pas les consignes ! " Parce que c'est notre liberté, notre foisonnement, notre imagination, nos réseaux qui nous donnent cette force, qui permet que je sois devant vous, après, tout ce qu'on nous a fait subir. – Et il faut mobiliser les jeunes, et ce n'est pas possible pour moi, de finir sans le passer, votre rap "Tiktok MC Mélenchon", on regarde… Hé !
Il t'appelle pour ton Bac, Toi tu parles à Macron, Mais moi je m'appelle Mélenchon, Dju, hors de ma vue, Va voir ton Parcoursup ! ] – Voilà pour le petit rap… – J'ai adoré écrire le scénario. – Ha c'est vous qui avez écrit le scénario.
Juste une question pour préciser les choses, tout-à-l'heure, vous disiez que : vous au pouvoir, vous iriez jusqu'à démanteler un certain nombre de grands groupes dans les médias, aujourd'hui vous arrivez au pouvoir, vous démantelez quels groupes ? – Vous le verrez bientôt. Écoutez, 9 personnes possèdent 90% des médias. – Ben justement. – Ça ne vous pose pas un problème ?
Et bien, il y a 9 grands groupes qui vont être démantelés. – Les 9 groupes ? – Mais bien sûr. – Donc LVMH, Lagardère etc… – Mais la loi doit être la même pour tout le monde.
On ne va pas dire celui-là oui, celui-là non, on va dire : "Il y a des règles, et dans ces règles, il n'est pas permis d'accumuler la propriété de médias". Une autre règle qui peut-être va concerner le propriétaire de ces lieux. Il ne peut pas être question qu'on possède à la fois le réseau, c'est-à-dire ce qui sert à diffuser et la chose qu'on diffuse, c'est-à-dire les contenus.
Bon on choisit, ou l'un ou l'autre, mais il y a des domaines dans lesquels il faut introduire de la règle, ben là, il y en aura. – Je vais faire mon Emmanuel Lechypre, donc, finie la liberté d'entreprise. – Vous avez raison, ça sera le socialisme soviétique avec le goulag !
Franchement, c'est sérieux ce que vous me dites ? – Ben non, je vous pose la question. – Donc "fini la libre entreprise", ben non, il y a des règles, dans la libre entreprise il y a aussi des règles, par exemple, vous n'avez pas le droit de battre vos employés, je sais que certains le regrettent, mais c'est interdit, vous êtes obligé de leur verser un salaire. – Ça n'a absolument aucun rapport. – Non mais monsieur, je vous explique que la libre entreprise, elle aussi a des règles, ça s'appelle le Code du travail, le respect de la loi, donc la libre entreprise dans le domaine des médias aura de nouvelles règles.
Il y aura un conseil de déontologie de la presse. Il y aura une interdiction de cumuler, mais on a fait ça partout où les nôtres sont arrivés au pouvoir, ils ont essayé de faire en sorte qu'il y ait le plus de diversité. Parce que vous parlez tout le temps de l'indépendance, c'est très facile de parler de l'indépendance de la presse.
Mais ce n'est pas le sujet essentiel, l'essentiel c'est la pluralité, vous avez raison de dire que c'est important l'indépendance, mais c'est le pluralisme ! Si c'est d'avoir 10 chaînes indépendantes qui racontent toutes la même chose et qui ont la même ligne c'est triste, alors vous me direz, il y a du nouveau, certaines chaînes d'information en continu sont devenues d'extrême droite, avant on n'avait pas ça en France, maintenant on a Fox News, non mais on ne va pas se faire des ennemis comme ça. – Je ne vous relancerai pas là-dessus Jean-Luc Mélenchon. – Hein ? – Je ne vous relancerai pas là-dessus. – Ah merci, très bien, alors on en reste là, je vous dis que non, ce n'est pas la fin de la libre entreprise, mais il y aura des règles.
Alors, si vous voulez à tout prix savoir qui je suis, je suis un partisan de l'économie mixte, c'est à dire, il y a un secteur public de l’État-stratège et il y a évidemment de l'initiative privée. – On vous a compris ce soir. – Il y a d'autres de mes camarades qui sont pour la socialisation et d'autres pour rien du tout. – On vous a compris Jean-Luc Mélenchon, vous avez beaucoup parlé de vous. – Merci, je dois être performant ce soir, ça fait 3 fois que vous dites qu'on arrive à me comprendre. – Ben oui, mais c'est pour poser des jalons pendant l'émission, c'est important, vous avez beaucoup parlé de vous, de vos idées pendant l'émission, je vais donc vous offrir une toute petite minute de répit on a demandé à plusieurs personnes qui vous ont croisé dans leur parcours, dans leur vie, de vous décrire, vous allez forcément les reconnaître, et vous réagissez juste après. – C'est un personnage politique qui a une vie de combat, c'est 40 ans de combat politique, 40 ans de persévérance. – Il ne veut pas perdre de temps, il n'est pas dans le balancement circonspect, dans le oui-mais… On peut ne pas être d'accord avec lui, c'est à dire qu'il aime le débat, il aime la dispute, mais si on n'est pas avec lui, on est très vite contre lui. – C'est quelqu'un d'extrêmement autoritaire, Jean-Luc Mélenchon, c'est le chef de guerre, on ose à peine déranger le chef, on ose à peine lui parler. – Quand il se lève et puis qu'il prend l a parole, ben "ça tabasse mémé à coup de jambon" quoi, qu'on le veuille ou non, le mec il dit quelque chose quoi, il ne brasse pas de l'air.
Quand je regarde, quand j'écoute Mélenchon, il est rare que je n'apprenne pas quelque chose. – C'est un homme qui est très cultivé, ça tout le monde le sait et en fait, il a une telle maîtrise de l'histoire du pays que quand il la raconte, quelque soit l'épisode, on a l'impression qu'il y était. – C'est un comédien, je pense qu'il pourrait être un très grand acteur. – Ce n'est pas un leader politique qui laisse indifférent, il est très très fort, il est véritablement habité par son propos. – C'est un méditerranéen, il est impétueux, il a ce côté très virevoltant. – Il est devenu le clown de lui-même, il est devenu la caricature de lui-même. – Si c'est ça l'idée qu'on se fait de Jean-Luc Mélenchon, finalement, on est bien loin de la réalité et de tout ce qu'il incarne. – Vous êtes devenu le clown de vous-même dit Clémentine Langlois, ex-insoumise. – Mais c'est vous qui le dites ça, personne ne sait qui est cette femme !
Elle apparaît tous les 2 mois, on va la chercher et puis elle vient dire des horreurs sur moi, je ne sais même pas qui c'est, je ne l'ai jamais rencontrée. – Vous voulez que je vous précise qui elle est ? – Vous venez de dire : "Des gens qui vous ont croisé dans la vie", je ne sais pas qui est cette personne. – Vous voulez que je vous dise, elle a été dans votre parti, elle a voulu visiblement injecter une dose de démocratie dans votre parti, et elle en a été heu… – Non, elle est partie toute seule, et vous savez ce qui lui est arrivé, ils ont créé un groupe qui s'appelait "démocrates insoumis", ils étaient 10 dedans, c'était déjà pas mal.
Ils ont réussi à se scinder en 3 morceaux parce que ce n'était pas démocratique. – Donc visiblement, vous la connaissez Jean-Luc Mélenchon. – Mais je connais le groupe, je ne connais pas cette personne, les autres, je les connais tous Jérôme Guedj, j'ai milité avec lui, nous étions au conseil général tous les deux.
Adrien Quatennens, je siège avec lui à l'Assemblée nationale. Le Bolloc'h, je le connais parce que c'est un type formidable. Elle, je ne sais pas qui c'est, on me la ressort tous les 6 mois, elle vient dire des horreurs, bon il en faut hein !
Mais surtout fondamentalement, si je devais dire quelque chose, c'est que le mouvement insoumis n'est pas un parti, il ne fonctionne pas comme un parti. Il est donc avec des formes beaucoup plus fluides et qui sont organisées dans des conditions différentes, mais il y a une assemblée représentative qui s'occupe du moyen terme, il y a des conventions nationales qui s'occupent du long terme, et toutes les semaines, il y a les deux groupes parlementaires qui sont une sorte de bureau politique improvisé qui répond à toutes les questions et puis non avons une coordination, qu'est-ce que vous voulez de plus ? Non mais, ce que les gens aimeraient, c'est qu'on ait des foutues plateformes, qu'on vote, qu'on se batte pour des virgules, qu'on s'engueule entre-nous comme des socialistes ou comme des verts.
On ne le fait pas, et alors on dit que je suis un tyran, vous croyez que j'ai le temps de tyranniser 150 000 personnes ? Je m'occupe de mon groupe, en 3 ans… – A la fin Jean-Luc Mélenchon, c'est vous qui dirigez… – Écoutez monsieur, je parle sérieusement parce que, quand quelqu'un vient vous dire… – Moi aussi je parle sérieusement. – Oui, mais quand vous dites que je suis le clown de moi-même. – Ah non, ce n'est pas moi qui le dis ! – Oui, mais vous répétez, ça vous plaît comme formule, moi je ne vous parle pas comme ça. – Je vous pose la question pour vous faire réagir… – Moi, je ne vous parle pas comme ça, je n'emploie pas les expressions qu'on a pu entendre dans le public à propos de votre chaîne, respectons-nous !
Ce n'est pas bien d'aller sortir des gens comme ça, qui viennent juste dire des horreurs et qui font croire des choses qui ne sont pas. Je vous redis qu'en tant que président de groupe, je vous demande d'y réfléchir ! Depuis 3 ans, avec un rassemblement de 17 têtes dures, d'accord, dont la plupart des gens, à commencer par leurs parents, ne sont jamais arrivés à tirer rien du tout.
Ça fait 3 ans qu'ils votent ensemble, dans une ambiance qui, je crois, est respectueuse de l'identité de chacun. Je préside le groupe le plus divers, 3 ans que nous votons de la même manière. Est-ce que vous croyez qu'un gars comme Ruffin ou comme Quatennens ou Autain ou Coquerel, sont des gens à se laisser tyranniser ?
Ha ha, vous ne les connaissez pas ! – On avance, Bruce Toussaint est appelé à la barre. [ ] – Bruce, c'est à vous. – Alors, nous sommes allés interroger des Français à votre sujet dans la rue, et certains ont souhaité vous poser des questions directement, 1ère question très simple, très pertinente, elle est posée par Maik, écoutez bien ! – Ma question pour Jean-Luc Mélenchon : est-ce qu'il a toujours la même motivation pour le poste présidentiel en se présentant aux élections ? – C'est vrai ça, au fond, pourquoi vous présentez-vous ?
Qu'est-ce qui vous motive ? – Et bien, parce que je porte une cause, je porte un programme, j'y ai voué ma vie, j'ai commencé à 16 ans alors ça fait un moment, alors j'ai commencé très tôt et je continue assez tard. – A propos d'âge justement, ça vous a fait hésiter votre âge, 69 ? – Oui, ça m'a fait hésiter, parce que souvent, j'ai l'impression que ce n'est pas de moi dont on parle, mais bon, je crois que c'est une illusion assez répandue.
Je crois que j'ai eu la chance de tirer le bon numéro de code génétique, pour l'instant "cinq sur moi", comme on dit dans mon pays, ça va. – Donc vous aurez 71 ans en 2022. – Ça fait jeune par rapport à d'autres, parce que François Mitterrand a été élu à 72 ans, le Président De Gaulle à 78 ans, Georges Clemenceau à 78 aussi, donc ça va, il y a déjà eu des cas disons. – C'est 30 ans de plus que le Président Macron. – Ben écoutez, franchement, c'est surtout qu'il a 30 ans de moins que moi et ça se voit, parce que pour ce qui est de faire un peu n'importe quoi. – Encore une question très simple, très concrète, c'est Odile qui vous la pose. – Quelle est la première des choses que vous feriez si vous étiez élu président ? – Alors voilà, 2022, vous êtes élu, 1ère décision, 1ère grande mesure ? – Évidemment, la plus symbolique, serait la convocation d'une Assemblée Constituante pour passer à la 6ème République.
Mais je vais quand même vous dire autre chose, la 1ère chose que l'on fera, c'est de convoquer tout le monde dans un bureau pour leur dire : "Dans ce pays, il y a des millions de gosses qui ne mangent pas à leur faim. Il y a des milliers de gens dans la rue et il en meurt 2000, il faut me régler ça". Un grand pays comme le nôtre le peut, on sait comment faire, on fera d'abord ça. – Comment, en augmentant le SMIC, en faisant quoi concrètement ? – Déjà en s'occupant des gens, je vais vous dire… – Oui mais… … Écoutez moi, il y a des gens qui savent le faire.
Les associations qui s'en occupent, accueillir, bien traiter les gens, réquisitionner des logements pour ceux qui n'en ont pas, et ainsi de suite. Aujourd'hui, je ne sais pas si vous le savez, mais dans nos permanences de députés, nous faisons de la collecte de nourriture que nous donnons ensuite, j'ai demandé, et tous mes camarades l'ont fait, qu'on le fasse partout, pour que les associations, qui elles savent comment faire, distribuent ces choses que nous rassemblons. Dans un grand pays comme la France, il y a des gens qui ont faim, des gens qui ont froid, il y a des gens qui n'ont plus d'eau, il y a des gens qui n'ont plus de toit sur leur tête, ça c'est insupportable. – 10 millions de pauvres d'après des études. – Aujourd'hui, le Secours Catholique s'est exprimé sur le sujet, c'est terrifiant comme situation. – Donc, ce serait la 1ère chose à faire pour vous, tout de suite dire : "On va s'occuper de ces 10 millions de personnes". – La 1ère chose qu'on a à faire, c'est de tendre la main à celui qui est tombé. – Encore une question, vous savez, votre personnalité intrigue, quand elle n'agace pas. – Des fois elle séduit, vous savez, ça existe aussi.
Il y en a que ça agace, et d'autres… , non, mais je rectifie quand même. – Regardez Justine justement ! – Il est très sympathique, mais j'aimerais lui demander pourquoi il veut toujours paraître, et pas simplement être ? – C'est une question intéressante. – Elle est très philosophique, et donc en ce sens elle est intéressante, mais quand nous sommes, comme nous sommes ce soir, évidemment que nous sommes dans le paraître, et au demeurant, j'aimerais que la vie politique soit moins psychologisante, moins intimiste, moins narcissique, qu'on cesse de nous interpeler continuellement sur nos goûts, nos couleurs et le reste, et qu'on se contente d'écouter ce que nous avons à proposer. – C'est la 5ème République aussi, la rencontre d'un homme et d'un peuple. – Vous avez raison, mais moi, j'ai sous-estimé ça, je croyais, longtemps j'ai cru que tout ça c'était superficiel, que la monarchie n'était pas entrée dans les mœurs, ce n'est pas vrai.
Les Français, ils ont aussi ce truc-là dans l'histoire, les Français, ils apprécient l'autorité, mais ils n'aiment pas l'autoritarisme, alors, c'est un point à trouver entre les deux, donc ils sont toujours prêts à se vouer à quelqu'un, pour le critiquer 5 minutes après, c'est ce qui fait leur charme, c'est une grande nation libre, et c'est comme ça depuis le début. Vous savez, le jour où Vercingétorix a été élu, sur la colline de Bibracte, ils avaient rassemblé pour une fois tous les Gaulois, ils votent, ils l'élisent chef, ils n'avaient pas fini la journée, que la moitié est partie, parce qu'ils ne voulaient plus obéir, voilà. Donc, c'est vous dire que nous sommes comme ça !
Et même si tous nos ancêtres ne sont pas des Gaulois, ce qui n'est pas si grave que ça, eh bien, il y a quand même en nous tous, quelque chose de gaulois. La vie publique doit-être plus austère, à mon avis, devrait-être plus austère, alors peut-être que vous y perdrez quelques Méditerranéens, parce que nous avons l'habitude de parler avec nos mains et notre visage, mais on y gagnerait tous en considération, en respect pour les institutions. Non, la vie politique ne doit pas être un déballage de soi, comme ça, donc, je donne raison à ce qui m'est dit. – C'est intéressant, vous avez cité à l'instant l'autorité, l'institut de sondage Elabe a demandé aux Français ce qu'ils pensaient de vous, alors, notamment sur des traits de caractère, regardez ce qui arrive en tête : autoritaire pour 73% des personnes interrogées, arrogant 69%, dynamique 56%, j'ajoute deux autres items qui arrivent juste après : vous voulez vraiment changer les choses 48%, et vous êtes courageux 47%, voilà ce qui domine dans ce sondage.
Est-ce que vous avez un commentaire ? – Et bien écoutez, je trouve ça encourageant, parce que si l'on tient compte du pilonnage incessant qui se fait sur moi, la présentation monstrueuse, je trouve que c'est pas mal. D'autant que si vous avez 73% de gens qui me pensent autoritaire sans ne m'avoir jamais vu au travail, il en reste 27% qui ne le pensent pas, et bien, si je fait 27%, je me dit content.
De même, 69% me trouvent arrogant, je me demande bien pourquoi, mais j'accepte ce verdict. Vous savez, ça m'en laisse quand même là aussi 31%. Dynamique c'est pas mal 56%, mais 44% pensent que je ne le suis pas, ça, ça m'inquiète. – Avant l'émission, c'était avant l'émission. – Si on demande aux Français dans la rue de vous définir en un mot, alors c'est un exercice un peu compliqué. – Ah ben oui, parce que ceux qui ne m'aiment pas vont trouver un mot horrible, et ceux qui m'aiment bien savent que j'y suis sensible alors ils vont trouver des mots gentils. – Alors justement, on a trouvé des gens qui vous aiment, puis des gens qui vous aiment un peu moins.
Écoutons ensemble ces réponses, il y en a une quinzaine, je vous propose de retenir un ou deux mots, moi, j'en retiens un ou deux de mon coté ok ! – D'accord. – Regardons. – Tout est vrai, je suis un peu de tout ça, comme vous d'ailleurs, et j'essaie de le maîtriser. – Dictateur ? – De le mettre en harmonie, je vous ai dit tout à l'heure, l'harmonie, je la veux entre les êtres humains et avec la nature, mais aussi en soi, l'harmonie, c'est un objectif philosophique, vous savez, il y a un proverbe africain qui dit : "Il y a plusieurs personnes dans la personne".
Bon alors quand elles arrivent à cohabiter harmonieusement, c'est le bonheur. Quand elles se déchirent entre elles, et bien, vous commencez à déraper, voilà. Et comme tout le monde, des fois je dérape et d'autres fois, je suis en harmonie.
Il faut bien que tout le monde sache que… chacun fait un effort dans la vie, et bien moi aussi, et des fois j'échoue, d'autres fois je réussis, rien à signaler de particulier. Mais j'aime le mot "tribun", ça oui, si vous me demandez mon choix. – Alors, le mot que vous auriez choisi vous c'est tribun, celui qui vous correspond le mieux. – Oui, parce que c'est une histoire tellement fameuse, celle des tribuns du peuple, c'est 494 avant le début de notre ère, le peuple de Rome dit aux sénateurs qui se croyaient malins et qui étaient des patriciens : "Puisque vous êtes les chefs, eh bien débrouillez-vous, nous on s'en va" !
Et ils sont partis se retirer sur l'Aventin, sur le mont Aventin, et ils n'ont plus rien fait. Donc les autres qui donnaient des ordres jusque-là, ont bien été obligés de discuter avec eux, et les autres ont dit : "On veut partager le pouvoir, donc dorénavant, nous avons un droit de véto". Et bien, la personne du tribun était sacrée, quiconque touchait à un tribun était condamné à mort, parce qu'il fallait qu'ils soient libres, les tribuns.
Vous voyez, il y a une racine profonde. Mais ce qui m'intéresse, c'est que déjà, on s'est disputé sur la forme du pouvoir, les tribuns avaient un droit de véto. – Jean-Luc Mélenchon, il y a un mot, qui d'ailleurs est cité, c'est le mot "colérique", alors c'est un mot qui vous colle à la peau depuis les fameuses perquisitions à votre domicile et au siège de la France insoumise en octobre 2018.
En un mot, ça vous a valu une condamnation à 3 mois de prison avec sursis et 8 000 € d'amende, vous étiez poursuivi pour différents délits : acte d'intimidation envers un magistrat, rébellion, provocation, vous n'avez pas fait appel de ce jugement. Ces images, je le sais, vous les détestez. – Ben oui, parce qu'elles sont traumatisantes pour tout le monde, mais je les déteste parce que c'est un sentiment d'injustice permanent, on ne se demande pas pourquoi je criais.
Ça dure 3-4 minutes, et ma vie politique entière semble pour certains, se résume à ces 3-4 minutes. Ce choix a été fait de propos délibéré par une émission qui pendant 8 mois les a diffusées, et personne ne se dit : "Mais pourquoi cet homme crie-t-il comme ça ? " c'était un abus de pouvoir.
Et l'homme qui était en face de moi, d'une main m'a montré son drapeau tricolore, et de l'autre a mis la main sur son arme et a dit : "Monsieur, je suis armé". Et c'est pourquoi je lui ai crié : "La République c'est moi", le tricolore, à cet instant, c'est moi. Et bien sûr c'est dans la confusion d'un moment extrêmement tendu où nous étions victimes d'un abus de pouvoir, j'ai commis une erreur.
J'étais persuadé qu'il y aurait une indignation générale pour le traitement que je subissais, et finalement, le seul qui se soit vraiment indigné, c'est un homme de droite, le Président du Sénat, Gérard Larcher, qui a dit que c'était une manière de me traiter qui était celle qu'on réserve d'habitude au grand banditisme. Alors, j'ai été jugé, et quand je suis rentré dans le tribunal, à la 1ère intervention, le juge a dit : "La matérialité des faits est établie"… …Et vous voudriez que je fasse appel, quand les choses se passent comme ça ? Très bien, je suis condamné d'avance, je vais vous dire, écoutez moi. – Je vous écoute. – Il y a des condamnations qui se portent comme une décoration.
Je suis condamné pour rébellion, et bien oui, je suis rebelle. – Quand je disais que ces images, vous les détestiez, c'est au point de ne plus jamais les revoir, ou de vouloir les revoir, c'est ça ? Si je vous dis : "Ce soir, est-ce qu'on peut les revoir ensemble", vous me dites quoi ? – Non, s'il vous plaît.
Imaginez qu'un jour vous tapez sur un clou avec votre marteau, puis vous ratez le clou et c'est votre doigt, et on vous verrait, vous qui êtes un type sympa, qui avez l'air plutôt débonnaire, hurler, dire des horreurs qu'on ne s'attend pas à entendre de vous. Aimeriez-Vous voir passer ça en boucle tous les jours ? – Certainement pas. – Tous les soirs. – Mais pour que je comprenne bien, Jean-Luc Mélenchon, vous ne regrettez pas, malgré tout, ce comportement ce jour-là ? – Bien sûr que si !
Non, mon comportement non, j'ai bien fait de me rebeller. Mais je n'aurais pas dû crier. Et je n'aurais pas dû avoir l'illusion que je serais défendu.
Parce que je me sentais fort, et ensuite j'ai découvert que j'étais absolument tout seul, et vous savez pourquoi ? Parce que les autres se disaient : "C'est bon, Mélenchon est dans la difficulté, cela va nous profiter", mais je leur ai dit : "Je suis le cahier de brouillon de tous les abus". Ensuite les policiers sont venus manifester devant chez moi, pour hurler contre notre siège, très bien, certains ont ricané.
Derrière ça, les mêmes policiers armés sont allés manifester devant un siège de télévision, vous êtes contents ? J'ai été le cahier de brouillon ! Le lundi j'étais traité d'islamo-gauchiste, personne n'a rien dit.
Le mardi c'était le parti communiste, le mercredi tous les autres, et à la fin de la semaine, on se demandait si il restait quelqu'un à gauche qui n'était pas islamo-gauchiste. C'est-à-dire qu'il faut savoir dire non au 1er acte, y compris si ça ne vous concerne pas vous directement, moi je le fais. Quand les autres sont en cause, que la liberté est en cause, je les défends, je défends toujours la liberté.
Alors quand je m'entends traiter de dictateur, je me dis : "Vraiment, mais qu'est-ce qu'ils croient, comment un malentendu pareil a-t-il pu s'établir" ? Peut-être que certains y ont travaillé, eh ben c'est la vie. Ils font leur campagne contre moi, moi je fais la campagne contre eux, et puis voilà, c'est la démocratie, les gens se font leur idée. – Il nous reste du temps pour une question, je propose, je dis ça à la régie, qu'on écoute Eric, la dernière question qui était prévue, Eric pose une question : – "Quand arrêtera-t-il de faire de la politique ? " – Ah, bonne question. – Est-ce que vous vous posez la question de l'après ? – Un de mes amis toulousain… …est mort en chantant "l'Internationale" avec sa femme.
Je n'arrêterai jamais. Aussi longtemps que j'aurai un souffle de vie, se sera, j'espère, j'espère, pour continuer ce j'ai fait quand je suis venu dans ce monde, et je n'avais rien demandé. J'y suis arrivé en criant et le poing fermé, il est possible que j'en ressorte, j'aimerais mieux ne pas crier, mais le poing fermé. – Merci beaucoup Jean-Luc Mélenchon. – Juste une question pour préciser les choses, ça veut dire, vu ce que vous dites ce soir, que vous n'avez pas confiance en la Justice de votre pays ? – En effet, à certains moments, je n'ai pas confiance, à d'autres moments, je sais que mon devoir serait d'avoir confiance, et vous savez, puisque vous me posez une question aussi directe, quelque chose s'est brisé en moi dans tout ça.
Moi, je ne suis pas de culture… …il y a d'autres cultures dans la gauche de laquelle je viens, des cultures libertaires qui sont plutôt anti-flics, anti-juges, Ce n'est pas mon cas, je suis un républicain assez traditionnel de ce point de vue-là. Mais oui, quelque chose s'est brisé quand j'ai vu 32 personnes être éborgnées, et pas un seul responsable être puni. Quelque chose s'est brisé en moi quand Zineb Redouane a été tuée au 4ème étage à Marseille… – À Marseille. – d'un tir tendu et quand un juge quand je rentre dans le tribunal dit : "La matérialité des faits est établie", avant que j'ai eu le temps de dire quoi que se soit, oui j'ai vraiment eu un très gros doute et quelque chose s'est cassé en moi.
C'est pourquoi, il faut reconstruire cette confiance, je veux que ce soit mon mot de la fin, il faut reconstruire la confiance, et pour ça, tout le monde doit faire un effort, et beaucoup de choses doivent être rectifiées. En particulier, la confiance dans la Justice doit être totale dans le pays, et de même dans ceux qui exercent les missions de police. Et tout ça est à reconstruire, ne pas le comprendre, c'est se cacher la vérité.
Une société démocratique ne peut pas fonctionner sans consentement à l'autorité, consentement LIBRE. – Jean-Luc Mélenchon, objectif 2022, comment atteindre cet objectif ? On va voir ça avec Laurent Neumann. [Générique] – Bonjour Monsieur Neumann. – Bonsoir Jean-Luc Mélenchon. – Bienvenue sur mon plateau. – Alors, c'est la difficulté quand on arrive en dernier forcément.
C'est que beaucoup de questions ont été posées, mais je vous rassure, j'en ai quand même encore quelques-unes. – Je vous connais, je vous crois capable de ça. – Et notamment celle-ci, lorsque vous avez annoncé aux Français que vous seriez candidat à l'élection présidentielle, je me suis amusé à aller voir les réactions que vous avez suscitées.
Alors ce n'était pas totalement sympathique à chaque fois, j'ai entendu : "Indécent, en pleine crise économique et sociale, comment peut-il se permettre de… ". J'ai entendu : "Incongru, c'est une crise sanitaire, on est en plein confinement, j'ai même entendu : "Déconnecté du réel". Je n'ai pas envie que vous répondiez à toutes ces critiques, j'ai envie que vous expliquiez concrètement à ceux qui eux, les Français, qui ont la tête dans le confinement, dans la crise sanitaire, pourquoi vous, vous avez la tête ailleurs, la tête en 2022. – Mais justement je ne l'ai pas ailleurs, je ne l'ai que dans le sujet.
Tous les français comprennent qu'il y a une crise du système sanitaire, je l'avais annoncée en 2017. On ne m'a pas cru, j'ai dit il va y avoir un crash sanitaire. Je suis dedans, je parle de politique, je dis aux gens : Ne croyez pas que vous êtes condamnés pour le reste de votre vie et de celle de vos enfants, à avoir un système hospitalier défaillant.
Au contraire on peut le construire autrement. De la même manière, vos enfants qui sont mis en retard à l'école, par le fait qu'ils ont eu deux mois de confinement, et que vous, chez vous, vous n'êtes pas en état de remplacer les enseignants, et bien vous n'êtes pas condamnés à ce que vos enfants ne puissent pas continuer leur trajectoire, parce que nous allons changer cette politique, nous allons mettre de l'aide à l'école". Voilà ce que je dis je suis donc en plein dans la crise.
Quant à ceux qui me disent que ce n'est pas le bon moment, vous savez bien de qui je parle, ça a commencé à midi par monsieur Attal, porte-parole du gouvernement, et aussitôt par un effet de hasard, toutes sortes de gens répétaient cette phrase, mais je vais lui dire : "Monsieur Attal, c'était le moment d'envoyer madame Buzyn, en pleine crise sanitaire, devenir la tête de liste de Les Marcheurs à Paris ? Ça ne vous a pas gêné, alors s'il vous plaît, si c'était bon pour vous, pourquoi ça ne serait pas bon pour moi ? ".
Eh bien il faut admettre que la politique ne s'arrête jamais, et moi je trace une ligne d'horizon. Je le fais moi, parce que j'en ai le pouvoir, l'autorité, la notoriété, voilà à quoi je sers. – Jean-Luc Mélenchon, on se connaît depuis longtemps, c'est votre 3ème candidature, je ne vais pas vous parler de votre âge. – Vous pouvez, je n'ai pas honte, vous savez. – Vous avez déjà parlé avec Bruce Toussaint, je sais que vous y avez pensé, on ne déclare pas sa candidature comme ça, on se pose des questions, et notamment après deux échecs, même si le résultat la dernière fois était prometteur, pourquoi cette troisième candidature se solderait différemment des deux premières, qu'est-ce qui vous fait croire que cette fois-ci, vous allez, ou vous pouvez l'emporter ? – Eh bien d'abord pardon, vous appelez ça un échec, oui bien sûr, je n'ai pas été élu, oui oui, d'accord, mais il faut voir de quoi je partais !
Lorsque je me présente en 2012, dans les sondages, je faisais bravement 3,5%, nous terminons à 11%, et nous avons reconstitué une force, une famille politique. Ce n'est pas rien, en Italie, cette famille a été détruite, il n'y a plus cette gauche que vous appellerez comme vous-voulez, ou radicale, ou gauche de transformation, de rupture, que moi j'appelle gauche de rupture avec le système, il n'y en a plus ! Et partout ailleurs, elle a été contingentée, nous hop !
Les communistes et nous, les Insoumis, on est arrivés à 11%, à l'époque, on ne s'appelait pas Insoumis. – Oui, mais Jean-Luc Mélenchon, vous vous souvenez de ma question, je ne vous parlais pas du passé. – Oui oui, mais moi je vous en parle du passé. – Pourquoi la prochaine fois, vous allez l'emporter ? – La 1ère fois, on m'a dit : "Mais qu'est-ce que vous faites là mon pauvre Mélenchon avec 3,5%, comment ça, vous n'êtes pas encore rentré chez vous ?
Eh bien on a fait 11%. Et la 2ème fois on m'a dit : "Encore vous, pourquoi vous n'allez pas dans la primaire de toute la gauche, bla bla bla ? " On a fait 19,5%, qu'est-ce qui me fait croire ?
Eh bien l'espoir, la vie, le combat c'est déjà arrivé. Le président Mitterrand a été battu 2 fois avant de gagner la 3ème, et c'était pas le seul. Donc la raison d'être d'un combat, c'est l'objectif que vous vous donnez et puis si cet objectif n'est pas atteint, du moins avez-vous rassemblé des bases considérables pour pouvoir avancer.
Cette fois ci, la différence avec les autres je peux l'évoquer, j'en vois au moins une, j'ai une équipe prête à gouverner. La dernière fois tout le monde disait "il est tout seul", je ne l'étais pas, mais je n'avais pas des gens aussi aguerris que ceux qui viennent de passer 3 ans à l'Assemblée nationale, à batailler tous les jours sur des amendements, des textes de loi, qui ont appris comment tout ça fonctionnait. Nous avons des ministres des Finances, des ministres de la Santé, nous avons des ministres de la Culture, nous avons tout ce qu'il faut pour faire un gouvernement.
Si demain matin je devais gouverner, j'en serais capable. – Jean-Luc Mélenchon, il y a eu la fois précédente, vous avez fait un bon score, mais vous l'avez dit d'ailleurs, je n'invente rien, peut-être que vous auriez pu franchir le cap du 1er tour et être qualifié pour le second, s'il n'y avait pas eu de candidature à gauche. Hors là, vous présentez votre candidature pendant que d'autres, à gauche, réclament l'union de la gauche, et vous ne leur laissez pas le choix, vous les mettez devant le fait accompli. – J'entends ce que vous me dites parce que c'est ce qu'on appelle, non je ne veux pas être vulgaire, disons que c'est une comédie. – Dites ce que vous pensez surtout. – J'ai l'habitude de le faire, mais j'ai aussi pris l'habitude de faire attention, parce que on me fait des guerres pour un mot.
Mais enfin, qu'est-ce que vous me racontez Monsieur Neumann ? Qu'est-ce que vous me racontez ? Avant que j'annonce ma candidature, est-ce que vous savez ce qui s'est passé le samedi ?
Le samedi, légitimement, le Secrétaire général du Parti Communiste a annoncé qu'il était candidat à la candidature, et qu'il y aurait un candidat communiste. Le mois d'avant, les Verts se sont disputés pour savoir s'il fallait investir avant la fin de l'année ou au mois de juin prochain, ils ont déjà trois candidats. Les socialistes, au moins 3 ou 4 candidats possibles : madame Ségolène Royal, monsieur Hollande, madame Hidalgo, et pardon à ceux que j'oublie. – Il y en a d'autres, il y en aura peut-être d'autres.
Juste avant de vous laisser aller jusqu'au bout, avant d'aller au bout, parce que ça sera une façon aussi de répondre à tous ceux qui s'interrogent sur votre candidature, il y a quelqu'un qui vous a laissé une forme de message, c'est le premier secrétaire du Parti socialiste, il s'appelle Olivier Faure, on l'écoute et puis après vous répondrez si vous voulez. – Jean-Luc Mélenchon s'est placé de lui-même en dehors de tout cadre collectif, c'est : "j'y vais tout seul, qui m'aime me suive". Il a inventé un système incroyable, il a inventé la primaire à un seul tour, avec un seul candidat, dans ces conditions-là, comment voulez-vous que les choses fonctionnent, moi je ne connais pas de fonctionnement individuel, qui produise du collectif.
Jean-Luc Mélenchon fait tout pour ne pas être candidat de la gauche et des écologistes, il fait tout pour être le candidat des Insoumis, et il voudrait soumettre tous les autres à sa bonne volonté, il comprendra que nous puissions nous-mêmes être insoumis parfois. – Voilà vous êtes le candidat des Insoumis, vous êtes un individualiste, moi je croyais que votre modèle c'était François Mitterrand, l'union de la gauche, le programme commun, en fait, vous roulez pour votre pomme. – N'exagérez pas. – Bah c'est ce qu'il dit. – Ah oui vous dites que… , ah oui, non mais ce qu'il dit n'a aucune importance. – Ah ! – Écoutez, à la fin de l'élection de 2017, le même Olivier Faure, qui avait été auparavant le président du groupe socialiste, et qui avait passé son temps à faire la police contre les frondeurs, pour faire avaler de force la loi El Khomri… devient premier secrétaire du parti socialiste, et qu'est-ce qu'on lui entend dire aussitôt : "Nous voulons participer à la majorité de monsieur Macron, nous souhaitons sa réussite".
Et je vais vous dire, cette formation politique, il la dirige dans des conditions qui sont un cadeau pour moi, comment voulez-vous que je puisse, si j'étais l'homme qu'il dit, comment pourrais-je m'accorder avec des gens qui ont un comportement aussi étrange. Regardez, il n'y a même pas 15 jours, le Premier Ministre vient à l'Assemblée nationale, fait une déclaration, en gros, de politique générale, article 50.1 de la Constitution, on ne peut pas changer une ligne, il dit : "Voilà ce que je vais faire pour le plan sanitaire", d'accord ?
On ne peut rien changer, ça s'appelle une motion de confiance, les députés socialistes votent "OUI", de colère, moi j'ai voté "NON", tranquille… Ni de colère, ni de "pas colère", tranquille, je suis contre cet exercice. Eux ils votent oui, 15 jours après arrive le plan d'urgence sanitaire, donc, la description du contenu de ce que venait de dire le Premier Ministre, les socialistes votent, les Députés socialistes, "NON, le cœur serré". – J'ai compris, donc vous dites ce soir à tout ceux qui nous regardent : "Ne rêvez pas il n'y aura pas d'union de la gauche, d'ailleurs elle est impossible, parce que eux et moi, eux et vous, vous n'êtes d'accord sur quasiment rien. – Ne réduisez pas la grandeur d'un débat politique à une comédie.
Lorsque monsieur Olivier Faure le fait, j'en suis triste, parce que je connais d'autres socialistes avec qui le débat est possible, et parce qu'on sait qu'on a des oppositions, regardez-moi bien, vous voulez faire l'union de la gauche, mais pour ça il faudrait s'entendre sur un programme, oui ou non ? – Oui mais… – Écoutez moi, la dispersion peut nous nuire, la confusion encore plus. – On est d'accord. – Non on n'est pas d'accord. – Si, je vais prendre un exemple qui va forcément vous parler Jean-Luc Mélenchon : Bernie Sanders, qui est très à gauche sur l'échiquier politique américain, démocrate, ben dans cette campagne présidentielle que vous avez suivie, il a fini par soutenir Joe Biden, et Joe Biden a été élu.
Est-ce que vous, est-ce que vous en France, vous pourriez soutenir un candidat socialiste ? Vous avez cité Anne Hidalgo toute à l'heure, ou Arnaud Montebourg, bref, un autre candidat qui ne soit pas vous, qui ne soit pas vous personnellement ? – Vous êtes incorrigible, comme si c'était un problème personnel, regardez-moi bien, on va élire un président de la République, il y a des sujets sur lesquels il n'y a pas d'engagement contradictoire entre les écologistes, les socialistes et nous, mais sur certains sujets, vous allez élire un président de la République, je prends un exemple tout bête : vous êtes oui ou non pour l'indépendance militaire de la France, je suis pour, ni Olivier Faure, ni monsieur Jadot, ce qui est bien leur droit, ne sont pour, ils sont pour une défense européenne.
La-dite défense européenne est dans le cadre de l'OTAN, qu'est-ce que vous choisissez ? L'Europe a engagé des pourparlers pour s'élargir, vous êtes pour ou contre ? Je suis contre et je sais pourquoi et je l'explique.
Donc vous voyez, il ne faut pas se moquer des Français. – Donc ce n'est pas une comédie, c'est bien ce que je disais, donc il y a trop de sujets avec lesquels vous êtes en désaccord avec les autres forces de gauche… – Vous le découvrez ? … communistes, socialistes ou écologistes. – Non non, ne mettez pas tout le monde dans le même sac, la proximité avec le parti communiste est avérée de notre part puisque nous avons fait campagne ensemble en 2012, parce que nous avons fait campagne ensemble depuis à l'Assemblée nationale, et que dans 95% des cas on vote de la même manière, ce qui n'est pas le cas avec les socialistes, je le déplore parce qu'on serait plus fort, mais avec les socialistes aussi, on dépose des motions et autres.
Mais comprenez moi bien, ces problèmes peuvent se régler à la condition qu'on arrête de traiter tout ça comme des problèmes de personnes, qu'on me dise par exemple sur la 6ème République, ils n'en veulent ni l'un ni l'autre, aucun d'entre eux n'en veut, qu'est-ce que je dois faire ? Pleurer, gémir et me dire : "Ah ben, je vais voter pour n'importe qui plutôt que pour nous", alors que je me trouve être, moi, aujourd'hui, en tête de toute la gauche, puisqu'on parle de la gauche, mais moi, je ne suis pas voué à la gauche, je suis l'homme d'un programme, et des gens de toutes sortes peuvent voter pour ce programme, on le comprend non ? – Très bien, Jean-Luc-Mélenchon… – Alors je me fais traiter de populiste parce que je dis ça. – J'ai compris, Jean-Luc Mélenchon, en 2012 c'était le Front de Gauche, c'était votre bannière, en 2017 c'était la France insoumise, c'est quoi la bannière de 2022 ? – Je vais vous dire comment je vais m'y prendre. – Non mais d'un mot, est-ce que vous allez inventer une marque politique ? – Et bien, par la force des choses. – Laquelle ? – J'y suis obligé, ça aussi je vais vous le dire comme je l'ai dit tout à l'heure à votre collègue, un peu de patience, on a 18 mois devant nous, on a le temps non ? – Quand on se lance dans une campagne on est prêt ? – Non non, "on est prêt", moi j'aime bien faire le travail méthodiquement, quand c'est l'heure, c'est l'heure et quand ce n'est pas l'heure, ce n'est plus l'heure.
Bon donc là, on en est à démarrer, là pour l'instant, il faut que les gens constituent spontanément des groupes de 4 ou 5 pour trouver des signataires et puis qu'on mette la 2ème couche pour passer de 150 000 à 300 000 et je ne sais pas combien de temps ça va prendre. Mais déjà, ils vont constituer leurs groupes. Regardez bien, 50% des gens m'a-t-on dit, qui signent aujourd'hui, n'étaient pas autrefois dans les signataires insoumis, et 50% le sont.
Ça veut dire que des gens arrivent, mais c'est ça un mouvement. Le mouvement s'adapte à la composition de ses rangs, nous allons donc nous adapter. Mais je ne ferais pas campagne tout seul si c'est ça la question.
Je ferais campagne avec des syndicalistes, avec des associatifs, et avec des membres d'autres partis je l'espère bien. Peut-être que des parlementaires vont vouloir être avec nous, aussi bien européens que nationaux, alors nous constituerons un comité national de campagne dans lequel toute cette variété sera représentée. Et ensuite, je pense, j'espère, qu'ils auront gardé le goût de travailler ensemble, parce que quand nous aurons gagné, il faudra gouverner.
Et on ne gouverne pas sans une organisation politique de masse, capable de faire le lien avec la masse des Français, monsieur Macron a cru qu'il pouvait s'en passer, il s'en mord les doigts. – J'ai bien compris, c'est la dernière question, vous allez dans cette campagne présidentielle avec la ferme intention de gagner, mais si par hasard, vous ne gagnez pas cette fois ci, est-ce que vous pouvez dire ce soir, que ce sera pour vous, la dernière campagne présidentielle ? – Et bien non, parce qu'en toute hypothèse, je ferai des campagnes présidentielles tant que je pourrai.
Comprenez-moi Monsieur Neumann, pour un homme comme moi, pour la cause que je défends, le doute, l'hésitation dans l'action n'est pas permise. Je suis voué à l'optimisme de l'action, parce que pour l'instant, c'est moi qui fait ce travail, et puis un jour, ce sera un autre, comme d'autres l'ont fait avant moi. Ils tâcheront de s'inspirer de ce que j'ai fait bien, et de ce que j'ai fait mal, pour l'apprendre.
Mais pour l'instant, et bien je m'y trouve et je ferai le travail de tout mon cœur et du mieux que je le peux, mais écoutez-moi bien, la France est un pays volatile, et en ce moment elle se cherche. Elle ne sait pas de quel coté, elle tend les doigts dans l'obscurité, elle touche, elle regarde. Vous allez avoir d'immenses surprises parce que nous sommes un peuple remuant.
Parce que nous sommes d'abord un peuple libre. Les gens ont horreur qu'on leur dise à l'avance ce qu'ils doivent faire. Et je crois que la prochaine fois vous le verrez, et j'espère vous retrouver dans de belles fonctions. – Merci beaucoup Laurent Neumann, vous avez adoré la 1ère fois, donc il revient, Julien Mielcarek revient avec d'autres tweets, d'autres commentaires qui ont été postés sur les réseaux sociaux depuis le début de l'émission à votre endroit, est-ce que Julien arrive ?
Oui, il est là, Julien, 1ère question… [Jingle] … Ah, j'ai oublié le jingle. – L'émission est très commentée ce soir, c'est même le sujet le plus commenté ce soir sur les réseaux sociaux. Parmi les gens qui commentent ce soir, Jean-Luc Mélenchon regardez, il y a Christophe Castaner, l'ancien ministre de l'Intérieur, c'est une phrase… – Ah ah ! (Éclat de rire de J-L Mélenchon) … que vous avez citée tout à l'heure qui fait beaucoup réagir : "Si le métier est trop dur, il faut en faire un autre", vous parliez des policiers menacés, voilà ce qu'il vous dit : "Quand les haines de Jean-Luc Mélenchon lui ôtent toute part d'humanité".
C'est une phrase qui a choqué ce soir. quand on veut être président de la République, on sait que les policiers réclament des moyens, du soutien, est-ce qu'on peut dire ça J-Luc Mélenchon ? – Écoutez, d'abord nous allons commencer par dire que monsieur Castaner, que nous appelons tous "l'éborgneur", n'est pas l'homme… [- l'Éborgneur ? ] … qui peut parler d'humanité.
Bien sûr ! C'est sous son autorité que 32 personnes ont été éborgnées, que 5 personnes ont perdu une main, que des milliers de gens ont été arrêtés et font de la prison ferme. Alors il faudrait peut-être se rappeler de tout ça.
Et puis, je n'accepte pas non plus cette présentation qui dit : "Quand les policiers sont menacés alors… " …non mais vous me prenez pour qui là, je ne sors pas de l’œuf. Les policiers font un métier difficile, d'autres métiers sont difficiles. Il y a 565 morts par an au travail, d'accord ? il faudrait peut-être aussi y penser à ça !
Donc vous voyez, il faut être apte à comprendre tout et tout le monde. Et je pense que c'est le rôle d'un président de la République, de dire aux hommes et aux femmes qui portent la force publique : "Oui, j'exige que vous soyez irréprochables. J'exige que vous respectiez les règles de la déontologie policière que vous avait fixées Pierre Joxe, lorsqu'il était ministre de l'Intérieur.
J'exige, j'ordonne, et j'entends être obéi". Parce que quand on a l'honneur de servir, eh bien il faut le faire complétement comme j'essaie de le faire. Et il n'y a dans mon attitude aucun mépris, je l'ai dit tout à l'heure : "Il faut réorganiser la police de fond en comble". – J-Luc Mélenchon, pour lever toute ambiguïté. – Je réponds à Castaner, mais bon. – Vous concevez que c'est un métier très difficile ? – Surtout en ce moment quand vous dites que la France se cherche, tâtonne, etc… Ça veut dire peut-être que certains métiers comme ceux de policiers, sont plus exposés dans des moments comme ça aussi. – Bien sûr, il y a les policiers, mais d'abord on n'a pas à les envoyer tout le temps partout, maintenant c'est la police pour un oui, la police pour un non, ce n'est pas ça la solution.
La solution c'est convaincre, raisonner, s'entendre, discuter, et puis c'est à la fin, quand on ne peut pas faire autrement, qu'on maintient l'ordre. Mais de quel ordre on parle ? Maintenant on parle des "forces de l'ordre", même à gauche !
Qu'est-ce que ça veut dire cette histoire ? L'ordre est neutre, non ! L'ordre a un contenu, soit c'est un ordre républicain, soit c'est un ordre violent et injuste.
L'ordre actuel est violent et injuste, donc c'est dur pour les policiers, mais c'est dur pour les pompiers à cause du feu, pas à cause des gens. C'est dur pour les enseignants, parce qu'ils sont dans des salles de classe où des fois il y a 30 élèves, et peut-être qu'ils ressentent de l'insécurité sanitaire et puis ils sentent surtout le poids de leur mission. C'est dur pour plein de gens, c'est dur pour les soignants.
Écoutez, terminons là-dessus, tout l'équilibre du pays repose sur le fait que les soignants ne craquent pas. Si ils craquent, nous seront emportés par la maladie et par le fait, qu'on n'arrivera pas à contenir et à traiter ceux qui doivent être traités en réanimation. Donc, s'il vous plait, un peu doucement avec les pathos sélectifs. – On va parler d'une autre profession, les libraires, l'ouverture des librairies, vous en avez parlé tout à l'heure en citant Emmanuel Macron, vous avez dit ceci tout à l'heure : "Monsieur Macron dit "Faites-vous livrer", il est en train de faire le jeu d'Amazon, plutôt que de sauvegarder le réseau du petit commerce".
Qu'ont fait les internautes J-Luc Mélenchon ? Ils sont allés sur Amazon.fr, et ils ont tapé "Jean-Luc Mélenchon", votre dernier livre est notamment en vente et voilà ce que l'on vous dit : "La blague de la soirée, c'est Mr.
Mélenchon qui dénonce l'appui du gouvernement, via Amazon puis, et qui vend ses livres sur cette même plateforme", il est à 10 euros. Vous pourriez dire à votre éditeur Plon : "Allez, on arrête, on retire mes bouquins du site Amazon ? – Je ne suis pas stupide, pourquoi voulez-vous que je fasse ça ?
Pour vous faire plaisir, vous serez content ? Vous viendrez me dire : "Ah Mr Mélenchon… vous savez quoi ? Je suis contre la grande distribution dans l'alimentation, et vous savez quoi ?
Tous les jours je descends au "Monop'", qui est en bas de chez moi ! Vous savez, je suis contre le capitalisme, mais tous les mois j'attends ma paye ! et savez-vous quoi après ?
Je la dépense, dans des organismes privés. On voit que nous sommes tous contraints à une contradiction. Ce n'est pas moi qui choisis Amazon pour mes livres d'accord ?
C'est mon éditeur, c'est son boulot. Mais je préfère que les gens aillent l'acheter en librairie ! Alors je profite, puisque je suis sur BFM : "Les gens, allez en librairie, allez acheter des livres".
Zut, elle est fermée ! Et comme ils ont géré ça en dépit du bon sens, ils ont été mettre des scotchs pour empêcher les gens de les acheter même dans les grandes surfaces. Écoutez, les livres c'est sacré, on est en France ici.
Et bien si vous dites aux Français : "Plus personne n'a le droit de boire du Bordeaux", ça sera l'émeute. – Le message est passé. – Si vous dites on n'a plus le droit d'acheter les livres, les gens ne sont pas contents, et si vous dites : "On ne peut plus photographier la Tour Eiffel", les gens ne sont pas contents et c'est normal, nous sommes des êtres humains, c'est à dire qu'on aime lire, on aime rire, on aime boire un petit coup de temps à autre, et la bonne cuisine, c'est la France.
Les Français aiment le couscous, aiment la pizza. Essayez d'interdire le couscous et la pizza, vous allez voir ce que ça va donner. – Vous passez des livres à la pizza, merci beaucoup Julien. – Mais oui, le livre, c'est comme une sorte de pizza intellectuelle, vous voyez. – Ah, ah, ah, on aurait pu rester là-dessus, mais j'ai encore une question à vous poser, on s'est déjà croisés sur d'autres plateaux de télé Jean-Luc Mélenchon, à d'autres époques, vous ne vous en souvenez plus, mais je m'en souviens très bien. – Si si, je m'en rappelle très bien. – D'autres moments où vous étiez encore plus en colère, vous menaciez quasi systématiquement de quitter le plateau.
Je n'ai pas retrouvé ça ce soir, je vous ai trouvé, pardon, plus rond, on s'est un peu chamaillés tous… – N’exagérez pas, j'ai perdu du poids. … On s'est un peu chamaillés tous, effectivement, on vous a piqué, vous aussi, mais je vous ai trouvé plus rond, qu'est-ce qui a changé depuis 2017, pour que vous soyez devenu plus rond ? – Écoutez, c'est un comble, maintenant il va falloir que fasse une psychanalyse sur un plateau de télévision, je n'en sais rien. – Je peux vous y aider si vous voulez. – Vous êtes psy ?
C'est un métier hein. Bon, je suis comme je suis et il y a des moments où, dans le rôle que je dois jouer, la fonction que je dois accomplir, la nécessité n'est pas la même. Lorsque j'ai cité Shakespeare pour dire : "Je suis le bruit et la fureur", et c'est un très beau livre de William Faulkner aussi.
Bon, il y a un crétin sur un plateau de télé qui a dit : "Ce type est dangereux, il dit qu'il est le bruit et le Führer". – Passons – Mais bon, on peut blaguer aussi. – Mais là, vous voulez clairement aller dans la séduction, vous voulez séduire ? – A l'époque, ce que j'essayais de faire, j'essayais de lancer l'alarme en disant : "Attention, où vous allez comme ça ? " Vous ne vous rendez pas compte de la colère populaire, de la souffrance, c'était mon rôle.
Aujourd'hui, nous sommes dans une situation qui me pénètre. Lorsque les êtres humains sont en crise, l’anthropologie nous apprend qu'on se serre les coudes, contrairement à ce que croient beaucoup, qui pensent que quand ça va mal les gens deviennent violents, pas du tout, ils se serrent les coudes et essayent de s'entraider, et moi je ressens ça. Donc dans mon message politique, j'essaie de dire à tout instant : "Voilà comment on peut s'en sortir, voilà comment on peut faire".
Vous avez peut-être remarqué que j'ai passé la soirée à le faire. Que je suis plus dans la proposition que dans l'opposition, mais que mes propositions me conduisent à être dans l'opposition. Vous voyez comment s'articule le consentement et le conflit. – Et être un peu aussi, sans doute, en vue de 2022, dans la séduction, merci. – Ah, certainement pas !
Je cherche à convaincre, pas à séduire. Dites- donc, j'ai déjà assez fait comme ça. – Merci à vous Jean-Luc Mélenchon, merci d'avoir passé ces deux heures avec nous ce soir sur BFM, face à BFM… – C'est exigeant hein ! – Pardon ? – Je dis que c'est exigeant, je le dis pour ceux qui vont venir après moi, c'est des clients pas faciles. – On est là pour ça, je remercie tous mes camarades que vous retrouvez évidemment chers téléspectateurs, dès demain sur l'antenne. – Camarades ?
On est chez les communistes ici. – Non non, camarades, mes collègues de bureau, notamment Ruth, demain soir à 19h, moment important, je sais que Jean-Luc Mélenchon regardera. – Oui. – Nicolas Sarkozy après les derniers revirements de Ziad Takieddine, un mot là-dessus Ruth ? – Oui, ça sera une interview exclusive, il répondra au revirement de Ziad Takieddine, ça sera à 19h demain soir. on est tous intéressés par sa version, et sa vision des faits, il évoquera aussi la situation, la pandémie, le terrorisme bien sûr. – Vous serez devant votre télé ? – Oui, et puis c'est un homme expérimenté qui a des opinions bien tranchées, ce qu'il dit est intéressant.
On n'est pas d'accord mais bon, il faut aussi être capable de reconnaître les gens intéressants. – Décidément très consensuel Jean-Luc Mélenchon. – Quoi ? – Très consensuel Jean-Luc Mélenchon. – Mais non, je ne suis pas consensuel, je n'ai rien à voir avec lui, je ne voterai pas pour lui, mais je dis quand même qu'il a été le Président de la République, je l'ai bien combattu hein, quand même, je n'ai pas donné ma part au chat.
Bon et puis maintenant il est là, il a des choses à dire, ça nous intéresse. Il a déjà vécu une crise lui, en 2008, l'économie a failli s'écrouler. – Merci Jean-Luc Mélenchon. – Sous-titrage : Le Crayon d'oreille -