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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 17 mai 2022 11 min

Christophe Castaner : Elisabeth Borne "était la ministre des réformes impossibles, devenues possibles"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9. Et au lendemain de la nomination d'Elisabeth Borne au poste de Première Ministre, deux invités dans le grand entretien ce matin. Dans 10 minutes, Julien Bayou, secrétaire nationale d'Europe Ecologie, les Verts, candidat NUP aux législatives à Paris. Et tout de suite, le président du groupe LREM à l'Assemblée Nationale, candidat à sa réélection dans les Alpes de Haute-Provence. Christophe Castaner, bonjour. Bonjour. Et bienvenue sur Inter. Votre réaction donc à la nomination d'Elisabeth Borne à Matignon, première femme à occuper ce poste depuis Edith Cresson en 1991.

Il y a 30 ans, Elisabeth Borne qui a dédié sa nomination à toutes les petites filles qu'elle a invitées à aller au bout de leurs rêves. Était-ce important, symboliquement en France, pays particulièrement en retard sur le sujet, de choisir une femme tout simplement pour ce poste ?

0:54
Élisabeth Borne

Vous avez tout dit, pays particulièrement en retard. Je pense que la question de l'égalité entre les sexes est un combat permanent. Il y a une force symbolique dans le fait qu'Elisabeth Borne soit nommée à Matignon. Mais c'est une femme, certes, mais surtout une femme de qualité, une femme qui s'est forgée par le travail, qui s'est formée dans l'exigence du travail, dans la mise en œuvre de cette exigence. Et je la connais bien sur cette dimension-là.

1:16
Présentateur

Il semble qu'Emmanuel Macron ait hésité jusqu'au bout, entre l'option Elisabeth Borne et l'option Catherine Vautrin, qui avait un profil différent, élu local, issu de la droite, ex-ministre de Chaque Chirac, président de la communauté urbaine du Grand Reims. Est-il exact qu'il y a eu une bronca de plusieurs élus de la majorité, dont vous, Christophe Castaner, qui avait appelé Emmanuel Macron en disant « Tu ne peux pas faire ça, pas elle », notamment par ses positions contre le mariage pour tous ?

1:44
Élisabeth Borne

Vous savez, la force du dépassement politique qu'a apporté Emmanuel Macron dès 2016, en 2017, quand il choisit Édouard Philippe, c'est justement d'aller chercher des femmes et des hommes qui ne sont pas dans son camp, qui ne sont pas naturellement Premier ministre, parce qu'on leur devrait quelque chose. Et donc, Emmanuel Macron a une méthode. Il réfléchit à des hypothèses, il les teste, il les change, il a échangé certainement avec un grand nombre de personnes ce week-end sur la possibilité de nommer Mme Vautrin, Mme Borne et d'autres options.

2:09
Présentateur

Vous avez dit quoi, vous ?

2:11
Élisabeth Borne

Moi, j'ai échangé, j'ai toujours défendu le travail et l'action d'Élisabeth Borne comme ministre. J'ai eu l'occasion de dire qu'elle avait une particularité, c'est qu'elle était la ministre des Réformes impossibles devenue possible. Je pense en particulier à la SNCF, au moment où il fallait la sauver, mais je pense aussi à la réforme de l'allocation chômage pour accompagner le meilleur taux d'emploi que nous connaissons depuis 40 ans. Et donc, moi, j'étais plutôt dans la logique de défendre une ministre dont je savais les compétences, l'engagement, l'action. Je ne connais pas suffisamment Mme Vautrin pour avoir un avis.

2:41
Présentateur

Sera-t-elle chargée directement, le mot est important, directement de la planification écologique, comme Emmanuel Macron l'avait promis dans l'entre-deux-tours ? C'était à Marseille.

2:50
Élisabeth Borne

Je pense qu'elle le sera, parce que c'était un engagement que le président, le candidat, redevenu président, a appris à Marseille. Je pense que c'est surtout tellement essentiel que nous placions de façon systématique l'enjeu environnemental au cœur de notre action. Et le profil d'Elisabeth Borne, qui connaît bien ses sujets environnementaux, qui a beaucoup travaillé sur les questions du transport notamment, mais pas seulement, est effectivement un profil qui peut permettre cela. Vous savez, Elisabeth Borne, c'est quelqu'un qui travaille, qui bosse et qui comprend les enjeux. Les enjeux, c'est mettre en œuvre le programme présidentiel.

Et dans le cœur du programme présidentiel, il y a la volonté d'aller plus vite, plus fort encore, sur le combat pour l'environnement.

3:27
Présentateur

Quelle sera la méthode Borne pour réformer la France, à commencer par la réforme des retraites, qu'Emmanuel Macron s'est engagé à mener ?

3:34
Élisabeth Borne

Plus globalement, la mission d'Elisabeth Borne est claire, c'est celle de mettre en œuvre le programme, le projet politique sur lequel Emmanuel Macron a été élu. Et il y a des mesures de fond, la retraite en est une, mais pas seulement. Et il y a la question de la méthode.

Et je pense que, notamment sur la question de la méthode, il y a la discussion avec les partenaires sociaux sur les retraites, mais il y a globalement deux chantiers qu'il nous faut ouvrir très vite, qui sont la question de l'organisation territoriale de la santé, mais aussi la question de l'organisation nationale de l'éducation nationale, mais de sa déclinaison locale, sur laquelle le Président souhaite qu'il y ait le plus de concertations, de discussions, de débats, avec l'ensemble des acteurs, évidemment. Et je pense que c'est aussi un sujet de méthode qui devra être mise en œuvre le plus vite possible.

4:13
Présentateur

À ce micro, Laurent Berger disait que la réforme des retraites, telle qu'exprimée par Emmanuel Macron, était explosive, et qu'il serait dans la rue, la CFDT serait dans la rue, s'il allait jusqu'au bout. Elisabeth Borne pourra-t-elle faire passer cette réforme, sans bloquer le pays ?

4:28
Élisabeth Borne

De toute façon, il y aura peut-être des résistances syndicales, mais d'abord, il faut prendre le temps d'en discuter tous ensemble, et d'y travailler. Vous savez, la question de la retraite, et de l'âge de la retraite, doit se vivre, non pas seulement à l'échelle de sa revendication personnelle, de sa situation personnelle, non pas à l'échelle de la France. Quand vous regardez l'âge de la retraite aujourd'hui, au Royaume-Uni, en Belgique, en Allemagne, en Italie, en Espagne, on est à 65 ans, voire au-delà. Et donc, ce n'est pas un sujet franco-français, c'est une réalité économique.

Si on veut sauver le système par répartition, si on veut aussi maintenir un haut niveau d'engagement social dans notre pays, et nous souhaitons le faire, il y a, au fond, plusieurs solutions. L'augmentation des impôts, pour tous ou pour quelques-uns, la baisse des prestations, ou travailler plus dans notre pays.

5:09
Présentateur

Le premier secrétaire du Parti communiste, Fabien Roussel, a déclaré hier, Christophe Castaner, qu'Emmanuel Macron avait trouvé sa Margaret Thatcher. Jean-Luc Mélenchon évoque, lui, une nouvelle saison de maltraitance sociale. Marine Le Pen parle de saccage social. Que leur répondez-vous ? Je pense que,

5:25
Élisabeth Borne

quelle que soit la personne qui aurait été nommée à Matignon, leur tweet et leur déclaration étaient prêtes. Moi, je trouve ça dommage. Je pense qu'il faut faire confiance. D'abord, il faut faire confiance dans les Français. Alors, j'entends du côté de Jean-Luc Mélenchon une sorte de négation. Il a perdu pour la troisième fois l'élection présidentielle, et il continue à penser qu'il l'a gagnée. Et maintenant, alors qu'il ne se présente pas aux élections législatives, il continue à penser qu'il va gagner les élections législatives et être au Premier ministre. À un moment donné, il faut se réveiller. Et il faut, au fond, faire confiance aux Français.

Les Français ont choisi de réélire Emmanuel Macron sur un projet politique, sur une méthode politique, à charge pour nous. Nouvelle.

5:57
Présentateur

Il a dit nouvelle.

5:58
Élisabeth Borne

Bien sûr.

5:59
Présentateur

Ce n'est pas très nouveau. Elisabeth Borne, trois fois ministre dans le précédent quinquennat, vous ne pouvez pas dire que c'est la grande rupture ou la grande nouveauté ou la grande surprise. Reconnaissez-le.

6:09
Élisabeth Borne

C'est la continuité. Il y a aussi des vertus à avoir de l'expérience. C'est une femme qui a été ministre sur plusieurs portefeuilles. Et je pense que c'est utile aussi d'avoir cette expérience. Ensuite, il y a eu deux premiers ministres précédents qui n'étaient pas ministres avant et qui ont aussi fait leur travail. Vous savez, moi, je pense que ce qui compte, c'est la méthode que vous mettez en œuvre. Ce n'est pas forcément... Votre CV, c'est une arme. Parce que c'est l'expérience. Et Elisabeth Borne est dotée d'une solide expérience, d'une polyvalence. Et je pense que pour être Premier ministre, c'est utile.

6:37
Présentateur

C'est vrai qu'elle a une expérience. Son CV parle pour elle. C'est une femme qui connaît ses dossiers, qui est reconnue pour sa grande compétence technique, pour son sérieux. Mais elle n'a jamais été élue. C'est une pure techno. Or, le gouvernement des technos, souvent caricaturé comme des hommes et des femmes grides, enfermés dans les cabinets et déconnectés de la réalité de ce que vivent les Français, c'est le grand reproche qui a été fait à Emmanuel Macron pendant le premier quinquennat et notamment au moment de la crise des gilets jaunes. Une Premier ministre trop techno, pas assez politique. Vous répondez quoi à cela ?

7:04
Élisabeth Borne

Vous savez, si vous voulez renouveler la classe politique, il faut effectivement faire appel à des femmes et des hommes qui n'ont pas 30 ans, 40 ans ou 50 ans d'expérience politique. C'est vrai qu'on sort d'un monde politique où généralement, il y avait un cursus de parcours politique qui faisait qu'il fallait des temps longs. Il y a aussi des temps plus courts. Elisabeth Borne, vous savez, avant d'être nommée première ministre, de toute façon, s'était engagée à aller se confronter à l'élection, lors des prochaines élections législatives, dans le Calvados, aux côtés d'Alain Touré, qui est le député sortant.

Et elle souhaite continuer ce combat-là, y compris dans le Calvados, et assumer son risque.

7:34
Présentateur

Elle n'a jamais été élue. Je vous confirme. Elle a 60 ans, elle n'a jamais été élue.

7:37
Élisabeth Borne

Je vous confirme que, dès lors que vous amenez du personnel politique nouveau, vous devez vous appuyer sur des femmes et des hommes qui ont une expérience politique. J'en fais partie. Édouard Philippe ou Jean Castex étaient maires de leur commune, comme moi, avant d'entrer au gouvernement. Et en même temps, le président avait souhaité, il y a cinq ans, et je pense que ce sera la même chose dans les jours qui viennent sur proposition d'Elisabeth Borne, faire monter en puissance aussi des femmes et des hommes qui ne sont pas des professionnels de la politique. C'est elle la chef de la majorité ? De fait.

La majorité parlementaire, c'est sa responsabilité, et elle ne manquera pas, je pense, j'ai pu échanger avec elle dès hier soir,

8:09
Présentateur

de s'y engager. Léa le disait, c'est une femme de dossier, de négociation, plus qu'une femme d'estrade, de tribune. Aura-t-elle le souffle, la puissance, pour conduire une campagne face à des chefs de parti comme Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen, qui sont tout de même très aguerris au combat politique ? Comment va-t-elle faire, je cite Johnny Hallyday, pour donner envie d'avoir envie ? Écoutez, je ne peux pas dévoiler

8:33
Élisabeth Borne

ces secrets que je ne connais pas, mais ça rebondit sur la question précédente. Vous avez des femmes et des hommes politiques comme Jean-Luc Mélenchon qui ont quoi ? 40 ans, 50 ans de vie politique derrière eux. Et puis vous avez effectivement quelqu'un qui n'a jamais été élu et qui est en responsabilité. Je ne suis pas sûr que les Français soient nostalgiques et une passion particulière pour ceux qui sont en responsabilité depuis 40 ou 50 ans.

8:53
Présentateur

Il y a des vertus à l'expérience, comme on l'a vu avec ce quinquennat qui vient de passer, que parfois l'inexpérience peut confiner à l'amateurisme, non ?

9:00
Élisabeth Borne

Oui, enfin, vous savez, faire des bévues, ce n'est pas seulement un sujet d'expérience professionnelle et en même temps, on a vu aussi de belles réussites. Elisabeth Morne était ministre du Travail. Moi, je pense à ces 4 millions de jeunes qui ont été accompagnés alors qu'on annonçait un mur du chômage extraordinaire après la gestion sanitaire que nous avons vécu dans le monde. Elle a mis en place un dispositif génial. Il y a 4 millions de jeunes qui ont été accompagnés.

9:21
Présentateur

La réforme de l'assurance chômage que vous citez à l'instant

9:25
Élisabeth Borne

et que je reprends en positif, c'est peut-être ce qui contribue. Pour Laurent Berger,

9:28
Présentateur

c'était le summum de l'injustice sociale.

9:30
Élisabeth Borne

Mais vous savez, quand on est syndicaliste et qu'on défend les travailleurs, on doit se battre absolument pour faire en sorte que le travail soit accessible à tous. Aujourd'hui, le taux d'emploi dans notre pays, il est historiquement haut. C'est plutôt une bonne nouvelle. Alors oui, on a assumé des décisions contestées par beaucoup et en particulier par notre opposition comme les ordonnances travail, comme les réformes fiscales. Mais ce n'est pas par hasard si aujourd'hui, la France est le premier pays en termes d'attractivité de toute l'Europe.

9:54
Présentateur

Dernière question. Alors que le gouvernement était encore en poste hier, que Jean Castex n'avait pas encore démissionné et donc, alors qu'il était encore officiellement ministre, on apprenait l'annonce de l'entrée de Jean-Baptiste Gébary au Conseil d'administration d'Opium, un constructeur de voitures à hydrogène par un communiqué de l'entreprise. Était-ce heureux ? Il ne pouvait pas attendre ?

10:13
Élisabeth Borne

Le communiqué de presse est tombé hier mais l'entrée, évidemment, après que Jean-Baptiste Gébary ne soit plus ministre et puis ensuite, vous savez, il y a des hautes autorités qui vont contrôler, qui vont éplucher, qui vont voir si le ministre est susceptible d'avoir un conflit d'intérêts et si c'était le cas... Oui, c'est ça,

10:28
Présentateur

parce que des gens se sont interrogés en disant qu'il a été ministre des Transports et maintenant il travaille dans une entreprise qui fait des voitures à hydrogène.

10:34
Élisabeth Borne

Qui vise à changer notre modèle économique dans notre pays et aller vers des voitures écolo. On peut aussi le voir positivement et c'est bien aussi que les politiques s'engagent dans l'entreprise. Il en vient, il y retourne. Mais je vous le dis, on a mis en place des contrôles avec des hautes autorités et Jean-Baptiste Gébary, comme nous tous, nous soumettrons et il se soumettra à la décision.

10:52
Présentateur

Merci Christophe Castaner d'avoir été au micro de France Inter pour cette première partie de Grand Entretien. Il est 8h32. France Inter. Sous-titrage ST' 501

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