Blocage des lycées, vétusté des locaux, violences recensées depuis le début du mouvement... Le "8h30 franceinfo" d'Édouard Geffray
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 20 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 55 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:04OuverteRéponse directe
Un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée hier à Lens, en marge du blocus de son lycée. Est-ce que vous pouvez nous dire ce qui s'est passé précisément ?
- 1:33RelanceRéponse partielle
Depuis le début de la contestation lycéenne, plusieurs élèves ont été grièvement blessés. L'un d'eux, un adolescent de 14 ans, a eu les dents explosées après un tir de grenade lacrymogène à moins de 3 mètres de distance à Saint-Ouen-le-Aumône. Ses parents témoignent sur France Info. La réponse policière est-elle vraiment proportionnée ?
- 2:13RelanceRéponse partielle
Est-ce que vous êtes à l'aise avec ces images-là ?
- 3:39RelanceRéponse partielle
Est-ce que vous êtes à l'aise avec ces images-là ?
- 4:35RelanceRéponse partielle
Vous dites que le ministre de l'Intérieur appelle à être proportionné face aux jeunes. Vous en parlez avec lui ? Vous lui dites que ce sont des enfants, des adolescents ?
- 4:57RelanceRéponse partielle
Est-ce que vous êtes à l'aise avec ces images-là ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:20Invité politiqueFait
« il y a eu ce drame hier. »
- 0:48Invité politiqueFait
« c'est qu'il aurait ramassé une graine de désencerclement pour la relancer et que c'est à ce moment-là que ça sera arrivé. »
- 2:48Invité politiqueFait
« tirer sur la police ou sur les personnes avec des mortiers et avoir des comportements qui sont une violence mais inqualifiable. »
- 3:03Invité politiqueChiffre
« 715 policiers, enfin membres des forces de l'ordre, ont d'ores et déjà été blessés. »
- 3:32Invité politiqueFait
« Laurent Nunez a, dès le départ, appelé à la très grande proportionnalité de la réponse en tenant compte du fait qu'il y avait des mineurs. »
- 5:43Invité politiqueChiffre
« Pour la première fois dans l'histoire de l'éducation nationale, des dizaines de personnels ont été la cible d'individus violents. Des dizaines de personnels. 85 personnels ont été blessés. »
- 5:54Invité politiqueChiffre
« 215 élèves ont été blessés aussi, et dans leur immense majorité, par des individus violents. »
- 9:14Invité politiqueFait
« Dès le jeudi, j'étais avec les élus de Versailles. Le vendredi, j'ai reçu tous les membres de la communauté éducative, etc. »
- 10:02Invité politiqueFait
« Cette plateforme, d'abord, elle s'appelle, c'est la plateforme qui est agora.gouv.com/slash consultation slash lycéen. »
- 10:27Invité politiquePromesse
« Ça, c'est jusqu'au 23 octobre. »
- 10:34Invité politiquePromesse
« Je les mettrai en open data. »
- 12:14Invité politiqueChiffre
« on a résolu la question en moins de 8 jours. »
- 13:47Invité politiqueChiffre
« Entre l'année dernière et cette année, on a baissé de 57% le nombre de postes vacants à la rentrée. »
Temps de parole
- Édouard Geffray66 %
- Présentateur13 %
- Présentateur 212 %
- ?7 %
≈ 46,6 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Bonjour Agathe. Bonjour. Et bonjour Édouard Geffray. Bonjour Édouard Geffray. Merci d'être avec nous. Un adolescent de 15 ans, on en a beaucoup parlé ce matin sur France Info, a eu la main arrachée hier à Lens, dans le Pas-de-Calais, en marge du blocus de son lycée. Est-ce que vous pouvez nous dire
ce
qui s'est passé précisément ? Est-ce que vous en savez plus ce matin
? Alors
d'abord, effectivement, il
y
a eu ce drame hier. Et moi, je voudrais évidemment adresser mes pensées à ce jeune, parce que
c
'est un jeune, mais c'est un élève en plus.
Et
nous, notre priorité absolue, c'est de protéger nos élèves. Donc voilà, c'est évidemment un drame. Et après, sur ce qui s'est passé précisément, il y a eu une enquête de l'inspection de la police nationale qui est en cours, comme vous le savez. Donc on n'a pas d'effet absolument établi. Voilà, ce qui est dit, mais sans que je l'assume, c'est vrai, c'est qu'il aurait ramassé une graine de désencerclement pour la relancer et que c'est à ce moment-là que ça sera arrivé. Il
y a d'autres témoignages
de camarades. C'est
pour ça que je vous dis très
honnêtement, j'en sais rien,
il y aura
une enquête de l'IGPN. Je suis incapable de savoir. Ce n
'est
pas moi qui vais donner mon avis depuis la rue de Grenelle. Vous, à votre échelle, vous pouvez prendre de ces nouvelles ?
Est
-ce que vous êtes en contact avec sa famille
?
Pas pour l'instant, parce que je laisse toujours dans ces cas-là passer un peu de temps pour laisser la famille dans son intimité et sa douleur. J'aurai évidemment l'occasion, dans les prochaines heures ou dans les prochains jours, de les appeler. Mais je respecte la douleur des gens et je crois que la priorité, ce n
'est
pas qu'il reçoit d'un côté du ministre des questions nationales. Pardon. La priorité, c'est qu'il s'occupe de leur enfant, qu'il soit avec lui à ses côtés. Et évidemment, évidemment qu'on va être en soutien de cette famille qui est éprouvée comme jamais.
Édouard Jeffrey, depuis le début de la contestation lycéenne, plusieurs élèves ont été grièvement blessés. L'un d
'eux,
en adolescent de 14 ans, a eu les dents explosées après un tir de grenade lacrymogène à moins de 3 mètres de distance à Saint-Ouen-le-Aumône. Ses parents témoignent sur France Info.
Eden ne va pas bien psychologiquement, Eden ne va pas bien physiquement.
Sa
mâchoire est scellée, il y a juste de l'espace pour laisser passer une paille et actuellement il s'alimente uniquement de façon liquide. Il fait des crises d'angoisse, des crises de panique. Il ne comprend pas. Ça a été ces mots, ils ont tué ma vie, qu'est-ce que je vais faire, ils ont gâché ma vie, ils ont gâché ma vie.
Et
la réponse policière est-elle vraiment proportionnée
? Alors
d'abord, là aussi, on est sur à nouveau un drame humain, donc
il
faut toujours en parler à l'aune de cela.
D
'abord, il y a quand même des violences extrêmes à l'intérieur de ces cortèges, enfin de ces mouvements. Et depuis le début, depuis le début,
j
'ai appelé au dialogue.
Et
j'ai appelé justement à ne pas encourager les blocages parce que dès les premiers jours, on a vu des éléments ultra violents
infiltrer
les mouvements lycéens, tirer sur la police ou sur les personnes avec des mortiers et avoir des comportements qui sont une violence mais inqualifiable. Mais est-ce que ça justifie ces comportements de certains policiers ?
J
'y viens. Dans ce cadre-là, c'est dans ce cadre-là quand même, dans ce contexte-là,
où
715 policiers, enfin membres des forces de l'ordre, ont d'ores et déjà été blessés.
Et
715, ça dit quand même quelque chose de la violence
à
laquelle il
faisait
face.
Mais tirer un haut lanceur de grenade...
J'y viens, j'y viens, j'y viens. Dans ce cadre
-là,
vous
avez un cadre d'emploi de la force légitime qui est fixé par le ministre de l'Intérieur, pardon, Laurent Nunez.
Et
Laurent Nunez a, dès le départ, appelé à la très grande proportionnalité de la réponse en tenant compte du fait qu'il y avait des mineurs.
Il l'a dit aussi, il
l
'a
dit sur TF1 il y
a
quelques jours, il n'y a aucune consigne de retenue passée aux forces de l'ordre dans l'usage des armes dites intermédiaires, donc lanceurs de grenades ou lanceurs de balles de défense. Vous
en
parlez avec lui ? Vous lui dites que ce sont des
enfants, des adolescents ? D
'abord, il
le sait et puis on en parle. Mais pour faire face, une fois encore, aux individus ultra violents, pas pour faire face aux élèves. La police, elle est là pour protéger d'abord les élèves. Dans les regroupements de ces derniers jours, la police, elle a en grande partie évité des drames qui auraient pu arriver aux élèves. Quand vous avez des
gens
qui tirent des mortiers,
qui
frappent les élèves, qui veulent rentrer en cours, etc. Ceux qui s'est vus ces derniers jours, pas plus tard qu'hier, j'étais agui en cours, c'est ce que les élèves m'ont raconté. Vous
parlez, il
y a des élèves,
on parle d'un adolescent de 14 ans, mâchoire fracturée, un autre de 16
ans à Tour qui a perdu un oeil, un autre
de 16 ans à Argenteuil grièvement blessé à l'oeil. Il faut juste
partir,
enfin remettre les choses dans leur contexte. Quand vous avez des individus ultra violents qui infiltrent
des
mouvements, vous avez par définition la nécessité d'une action policière, notamment pour protéger nos élèves et pour protéger nos personnels.
Et vous, vous dites que
le ministre de l'Intérieur appelle
à être proportionné face aux jeunes, face aux
jeunes.
Les instructions qui ont été données, les instructions y compris écrites, qui ont été données par le ministre de l'Intérieur, ont été des instructions de proportionnalité. Ensuite,
si
un policier
ou
si un membre des forces de l'ordre intervient dans un cadre qui ne respecte pas le cadre légal, là pour le coup,
il
y a
évidemment enquête et il
y
a sanction.
Est-ce que vous êtes à l'aise ?
Vous
êtes ministre de
l'Éducation ? Et ici, en l'occurrence, vous êtes à l'aise
avec ces images-là ?
Comment voulez-vous que je sois à
l
'aise avec des images de violence alors que toute ma vie a consisté à prôner le dialogue partout
?
Je crois en l'état de droit, je crois en le dialogue, je le dis depuis des jours et des jours.
Je ne peux pas
être à l'aise.
Il y a ces violences, il y a aussi les interpellations. Édouard Geffray, la semaine dernière, 5000 interpellations en grande majorité des mineurs. On n'avait jamais vu un tel volume d'interpellations dans un mouvement de jeunesse, calcule le sociologue Sébastien Rocher dans Le Monde. Ça aussi, est-ce que c'est proportionné
?
Écoutez, pardonnez-moi, mais
je
vais faire un tout petit zoom arrière sur l'éducation nationale. Pour la première fois dans l'histoire de l'éducation nationale,
des
dizaines de personnels ont été la cible d'individus violents. Des dizaines de personnels. 85 personnels ont été blessés. Ce n'est jamais arrivé dans cette histoire, jamais. 125 élèves aussi, il me semble. 215 élèves ont été blessés
aussi, et dans leur
immense majorité, par des individus violents. Enfin, dans ce cadre-là, vous voulez faire quoi ? Vous
voulez laisser... Ce sont des
violences urbaines, comme dit le ministre de l'Intérieur ?
Absolument. Et évidemment que dans ce cas-là, il faut interpeller les individus qui mettent en danger la vie des autres.
Et
vous
ne remettez pas en cause la
doctrine de maintien de l'ordre face, encore une fois, à des enfants et des adolescents ?
Moi, je suis ministre de l'Occation nationale, je ne
suis
pas ministre
de
l
'Intérieur. Vous pouvez en parler avec votre collègue
? Enfin, chacun son métier, si vous voulez. Il y
a
un moment où je ne suis pas ministre de
l
'Intérieur. Et ce que je peux vous dire, c'est que Laurent Nunez a, dès le départ, posé une doctrine d'usage de la force
à
des fins de protection des personnes et des biens. C'est à ça que
sert
la police,
qui
est une doctrine proportionnée. Une fois encore, si dans ce cadre-là, il y a des comportements abusifs ou qui dépassent le cadre légal,
la
réaction, elle est la même pour tout le monde.
Une
violence illégale est une violence qui doit être sanctionnée.
Je n'ai
aucun problème là-dessus.
Il y a
quand même dix enquêtes de l'IGPN qui ont été ouvertes précisément sur des actions
qui
sont potentiellement répréhensibles.
Aujourd'hui, une grande journée de mobilisation est prévue avec l'appui des syndicats enseignants. C'est une journée qui sera particulièrement scrutée. Quelles sont les informations dont vous disposez ? Est-ce qu'il faut s'attendre à un pic de mobilisation et un pic de colère
?
D'abord,
c
'est quand même plutôt pour moi, je trouve ça très sain pour la démocratie sociale et lycéenne, qu'il y
ait
une manifestation.
Parce
que je rappelle que c'est la première fois depuis dix jours qu'on va avoir, si je puis dire, un mouvement qui s'inscrit dans un cadre organisé, démocratique, social, légal.
Ça, ça vous rassure, la présence des syndicats ?
Ce
n
'est pas seulement la présence, c'est le fait qu
'il
y
ait
des manifestations qui soient déclarées, et donc organisées, et donc encadrées, et dans lesquelles nos jeunes seront protégés. Moi, une fois encore, ma préoccupation première depuis le début, c'est que nos élèves et nos personnels soient protégés. Là, on a, si je puis dire, enfin, au bout de dix jours, un cadre qui permet ça. C'est quand même une bonne nouvelle.
Et
c'est pour le coup la vitalité de la démocratie sociale. Et c'est très bien, je
ne sais pas du tout.
Et potentiellement un pic de mobilisation ?
Je ne sais
pas du tout ce que va être la mobilisation, mais je ne suis pas là pour m'attendre à ce qu
'il
y
ait
un pic ou pas, etc. Ce n
'est
même pas ça l'important, les revendications lycéennes, je suis déjà en train de les traiter. Mais ce qui, moi, m'intéresse, c'est qu
'on
s'inscrit vraiment dans de la démocratie sociale qui fonctionne, tout comme il faut des institutions démocratiques qui fonctionnent. Et donc ça,
c
'est plutôt, voilà, c'est bon signe, parce qu'on va pouvoir aussi combiner la liberté de manifester, et puis aussi la liberté d'aller en cours, parce qu
'il
y
a
beaucoup de jeunes, 3 millions quasiment, qui vont en cours tous les
jours au lycée. Mais vous dites, la démocratie sociale, elle peut fonctionner aujourd'hui, parce qu'il y a des organisations, j'allais dire adultes, des syndicats enseignants, notamment, qui se joignent au mouvement. Est-ce que vous regrettez de ne pas avoir mis en place peut-être des structures de dialogue avec les lycéens qui auraient permis d'organiser mieux le mouvement avant ? Est-ce que sans ces organisations, le mouvement vous a échappé, en fait ?
Alors, le mouvement, il a commencé à prendre de l'ampleur il y
a
une dizaine de jours. Donc c'était, en gros, entre le vendredi précédant la venue du Pape et le lundi, pour que les Français, j'allais dire, se projettent dans le temps. Et moi, dès le lundi soir, ou dès le mardi, pardon, dès le mardi, j'ai demandé à tous les chefs d'établissement de réunir leur conseil de vie lycéenne, c
'est
-à
-dire
leurs élus lycéens.
Et
moi-même, j'ai engagé les dialogues avec les élus. Dès le jeudi, j'étais avec les élus de Versailles. Le vendredi, j'ai reçu tous les membres de la communauté éducative, etc. Donc,
les instances, elles
existent.
Ça
n'a pas suffi.
Le
mouvement, dans sa troisième semaine de mobilisation, qu'est-ce que vous ne
vous
dites pas ? J'ai répondu trop faiblement ou trop tard
?
En tout cas, après ça, on peut toujours refaire l'histoire avec Dessy. Je crois que ce n
'est
pas ça qui est important. L'important, et c'est ça qui compte pour moi, c'est que les lycéens, aujourd'hui, sont entendus dans un cadre démocratique, une fois encore, dans un cadre organisé. D'ailleurs, je lance aujourd'hui même, enfin,
c
'est depuis hier soir, une plateforme sur laquelle chaque lycéen va pouvoir poster, s'est déposé sa contribution pour dire
ses
difficultés et ses attentes. Et
vous promettez qu
'elle n'aura pas le même destin que les cahiers de doléances, par exemple, des Gilets jaunes
?
Alors, entrons dans le vif du sujet. Qu'est-ce que c'est que cette plateforme ? Cette plateforme, d'abord,
elle
s'appelle, c'est la plateforme qui est agora.gouv
.com
slash consultation slash lycéen. Donc, n'importe quel lycéen, à partir de maintenant, peut y aller. Ils
vont
tous recevoir un message pour leur dire. Dessus, on leur demande quoi ? On leur demande aucune information personnelle, sauf s'ils l'acceptent de dire leur établissement et donc leur région et leur académie.
Et
ensuite, ils peuvent déposer librement, librement, ce n
'est
pas des oui-non, librement des textes pour dire leurs difficultés
et
leurs attentes.
Ça,
c'est jusqu'au 23 octobre.
À
l'issue de tout ça, ces contributions, elles vont être analysées. Elles vont être d'ailleurs partagées.
Je
les mettrai en open data. Donc, tout le monde pourra regarder ce qui s'est dit. Ça sera transparent. Et le plan d'action qu'on a déjà commencé à mettre en place et qui va se poursuivre, et notamment à la lumière de ces remontées, il sera mesurable,
il
y aura un calendrier et je pourrai en rendre compte.
Et donc, ce n
'est
pas un exutoire qui n'aura aucun effet concret comme effectivement à l'époque des Gilets jaunes ?
Mais si c'était un exutoire...
J'en avais beaucoup écrit, mais
ça m
'avait
servi à rien. Si
c'était un exutoire, j'aurais créé une grande commission des sages, j'aurais fait une plateforme qui serait restée ouverte 3 à 4 mois, j'aurais dit on se retrouve fin décembre, début janvier, et là, pas de chance, on rentre dans la période de réserve présidentielle. Là, on agit en 15 jours. C'est-à
-dire
que dans 15 jours, tout le monde saura ce que les lycéens auront fait remonter. Donc, vous promettez
de les écouter. Bien sûr. Que pouvez-vous faire pour leur répondre avant même la restitution de cette concertation ?
On
va vous poser la question dans un instant. Édouard Jeffrey, ministre de l'Éducation nationale.
Le
8.30 France Info, Agathe Lambret, Simon Le Baron. Avec Édouard Jeffrey, ministre de l'Éducation nationale, quelle réponse peut apporter le gouvernement face à cette colère et cette mobilisation des lycéens ? Vous nous avez parlé à l'instant de la plateforme de concertation que vous mettez en place. Aujourd'hui, le Premier ministre a aussi écrit une lettre à ses ministres pour ouvrir 5 chantiers. On va les prendre un par un. Édouard Jeffrey, d'abord, le remplacement plus rapide des professeurs absents. Quelle réponse vous pouvez apporter à court terme pour pallier ces manques de professeurs
?
Alors, aujourd'hui, on a des situations qui sont extrêmement contrastées sur les établissements.
Et
d'ailleurs, le mouvement est parti d'un lycée qui s'appelle Saint-Exupéry-Crétaille où il y avait un certain nombre de professeurs et de personnes non remplacées. Au passage, et bien avant que tout ça ne prenne la tournée actuelle, on a résolu la question en moins de 8 jours. Et j'y vais personnellement.
Pour le
cas
de Crétaille, mais pour le
reste
? Non, mais c'est pour dire que
c
'est possible. Simplement, pour ça, il faut qu'on arrive à mieux détecter ces situations-là. Et d'un point de vue administratif, c'est quelque chose qu'on fait mal.
Donc,
la réponse,
elle
est, j'allais dire, à la fois très simple et très ferme. C'est que j'ai demandé à toutes les académies, donc c
'est
-à
-dire
les services d'éducation nationale dans les territoires,
d
'avoir le tableau de bord quotidien de tous les lycées qui sont confrontés à cette situation,
si
je puis dire, les points rouges en termes de qualité du remplacement,
et
d'apporter une réponse dans les huit jours. Ce sera suivi par une équipe nationale pour apporter systématiquement une réponse dans les huit jours.
Dans les huit jours, donc des réponses dans tous les lycées de
France
? Dans les huit jours, dans tous les lycées qui sont confrontés à des difficultés.
Et
pour ça,
il
faut...
Après ça,
évidemment, garantir qu'on arrivera à
trouver à chaque fois 100% des personnes, etc. Ça,
c
'est des choses qu
'on
va évidemment s'employer à faire. Garantir le 100% serait probablement mentir et je n'aime pas mentir, mais en tout cas, faire en sorte que systématiquement toutes ces situations d'abord soient identifiées, qu'on ne les laisse pas s'enquister et qu'on apporte une réponse qui soit la plus rapide possible et surtout avec un tableau de bord quotidien
qui
sera sur le bureau de chaque recteur. Ça, c'est ce qu'on
va faire à partir de
maintenant.
Il manque des profs remplaçants, mais il manque aussi des titulaires. Est-ce que dans ce contexte, supprimer 1 600 postes dans le budget 2027, c'est pertinent ? Est-ce que vous pouvez nous dire aujourd'hui que vous allez revenir sur cette
mesure
? D'abord, pour la première fois cette année, on a commencé la rentrée, ça peut sembler paradoxal, mais on a commencé la rentrée avec la quasi-totalité des postes de titulaires pourvus. Entre l'année dernière et cette année, on a baissé de 57% le nombre de postes vacants à la rentrée. Pourquoi ? Parce qu'on a fait la réforme des concours et parce qu'on a travaillé justement pour faire en sorte que la rentrée se passe mieux en termes de postes vacants. Il
y a toujours 20 millions d'heures non assurées. C'est paradoxal.
Il y a eu 10% des heures non assurées l'année dernière, dont 2,5% à cause des examens type baccalauréat et brevets. Donc il y a eu 7,5% en réalité d'heures non assurées. C'est beaucoup trop et ce n
'est
pas admissible. C
'est donc supprimer des profs dans
ce contexte malgré tout.
À partir de là. Par ailleurs, il y
a
un projet de finance. Un projet de finance, je rappelle que c'est pour être discuté au Parlement. On est encore en démocratie et donc c'est une proposition. Cette proposition, elle part du constat qu'on va perdre 180 000 élèves l'année prochaine.
Donc
il ne s'agit pas de supprimer des postes au lycée, au contraire, puisque le lycée, on connaît au contraire un pic démographique. Mais en revanche, il
y a
effectivement des postes qui vont être supprimés notamment à l'école dans des proportions qui n'ont rien à voir d'ailleurs avec la baisse démographique puisque le nombre d'élèves par classe, le nombre moyen d'élèves par classe va baisser partout à l'école, au collège et au lycée. En revanche, qu'est
-ce
qu'il faut faire ?
Même si là, le lycée en ce moment, ce sont les élèves issus d'un pic démographique
et c'est pour ça que je demande ce travail partout, c'est qu'on identifie les lycées qui sont confrontés aux classes les plus nombreuses.
Quand
vous regardez, vous avez certaines filières générales où vous pouvez avoir 35 ou 36 élèves par classe. C'est une réalité. Ça, il faut le faire baisser.
Donc vous maintenez
cet objectif de 1600 suppressions de postes simplement pour
répondre à la
question clairement. D'abord, pour être très précis, c'est 1250 dans les établissements publics et ce sera pour l'essentiel au niveau de l'école, donc pas au niveau des collèges et des lycées.
Et vous permettez dans les 8 jours à
venir de tout mettre à plat et de boucher les trous
dans
les établissements.
Pardonnez-moi, il y a aussi un point important. On va aussi mettre les
choses à plat avec les lycéens.
On
ne
va
pas reprendre les cours comme si dans l'été.
On
va banaliser la première demi-journée de reprise des cours dans les établissements qui ont été fermés.
Vous espérez l'art
-courdi parce que c
'est un peu ambitieux.
On va banaliser une demi-journée pour que d'abord les personnels se retrouvent entre eux et pour qu'ensuite ils puissent travailler avec les élèves là aussi sur un diagnostic objectivé de la situation.
Alors diagnostic notamment sur les journées de cours trop longues, les emplois du temps à trous, etc. Que proposez-vous ?
Alors là aussi, sur les emplois du temps et les journées trop longues, d'abord, les élèves ne font pas tous les jours 8h, 18h. Il faut rappeler
quand même la réalité.
Régulièrement,
ils ont des 8h, 18h avec
3h de pause au milieu.
Ils
ne peuvent pas tous rentrer chez eux.
Il faut juste bien
préciser parce que depuis une semaine j'entends dire que tous les lycéens font 8h, 18h tous les jours. Non, mais en revanche, effectivement, ils ont certains jours de la semaine, une ou deux, où ils peuvent faire 8h, 18h. Qu'est-ce que vous faites ? Alors, ça là-dessus, la réponse immédiate est un peu compliquée parce que par définition, l'année scolaire a déjà commencé et les emplois du temps sont déjà faits. Mais très clairement, il y a deux chantiers à ouvrir. Le premier chantier, c'est la question des rythmes scolaires.
C
'est pas moi
qui conclurai. Ça veut dire quoi ? Il faut
raccourcir les vacances d'été, faire une semaine de
4 jours ? Je pense
qu'il va falloir au bout d'un moment poser la question, pas forcément vacances d'été, mais il
va
falloir poser la question. On a 3 semaines de vacances en plus que la moyenne de l'ECDE et on a un peu plus d'heures de cours en moyenne. Donc,
ça,
c
'est
quelque chose qui peut être interrogé. Ça ne peut être interrogé que dans le cadre de la présidentielle, mais moi, ce que je vais faire, c'est que je vais instruire, pour le coup, techniquement les choses et préparer les discussions pour que, j'allais dire, les sujets soient prêts, soient instruits parce qu'il
y
a des questions de transport scolaire, d'internat, etc., pour les suivre.
Par exemple, une semaine de vacances au lieu de deux ou des vacances d'été plus courtes et des semaines de cours
pour compenser ?
Si on voulait faire ce que certains lycéens demandent, c'est-à
-dire
terminer tous les jours à 15 heures, il faudrait mécaniquement
qu
'on ait à peu près trois semaines de vacances de moins. Je ne
suis
pas sûr que ce soit le contrat social qui s'exprime à la fin.
Non, mais entre terminer tous les jours à 15 heures et avoir des emplois du temps cohérents...
Donc, l'autre aspect, c'est la cohérence des emplois du temps. Là-dessus, quand même, on a des personnes de direction qui font un travail considérable chaque été. En revanche, les outils qu
'on
met à leur disposition sont des outils qui, aujourd
'hui,
ne sont pas optimisés. Donc, pour être très clair, on va mettre un peu d'IA là-dedans parce que, pour le coup, l'IA, c'est optimisé très bien ce genre de choses.
Alors, ce n'est pas ce
que disent les profs. Ils disent que c'est quelque chose d'humain. Faire un emploi du temps, ça prend des semaines, ça ne se fait pas comme
ça. Oui, c'est quelque
chose d'humain, mais c'est quand même quelque chose qui peut être aussi optimisé avec les outils. Ce n
'est
pas incompatible. On regarde les personnes et précisément, quand on peut optimiser les choses techniquement, on n'a plus de temps à consacrer aux personnes.
Donc,
on va retravailler là-dessus, mais en partant du fait quand même qu'on a les chefs d'établissement qui, aujourd'hui, font un travail remarquable. En tout cas, c'est du temps long. Ça, c'est du temps un peu plus long.
Et ce n'est
pas la réforme du bac qu'il faut revoir parce que c'est cette réforme du bac qui a créé plein de spécialités qui provoquent aussi ces emplois du temps si difficiles à boucler et ces trous.
On
ne peut pas la supprimer, j'imagine, en un
instant, mais est-ce que
vous êtes favorable à une refonte de cette réforme
?
Elle a aussi permis... C'est toujours pareil, il faut mettre les choses en balance. Elle a aussi permis à nos élèves de suivre enfin des spécialités qui leur correspondent
au
lieu d'être dans des espèces de tunnels qui étaient sociologiquement en plus hyper marqués parce que je rappelle qu'il y avait des inégalités sociales monstrueuses selon les filières.
On
a considérablement réduit les inégalités sociales et on a permis aux élèves de suivre des cursus qui leur ressemblent.
Mais
c'est aussi une usine à gaz
disent les parents,
disent les profs.
Oui,
mais
c'est quand même positif pour les élèves qu'ils puissent au bout d'un moment choisir ce qu'ils veulent. Donc, à partir de là, il faut encore travailler sur les modalités pratiques parce qu
'il
faut faire en sorte qu'effectivement, le 8h-18h,
c
'est très pénible. Il faut voir si on arrive à commencer plutôt à 9h. Il faut articuler ça avec les transports scolaires parce qu'on a des lycéens qui viennent de loin. Il ne
faut
pas l'oublier non plus.
C
'est-à
-dire
qu'effectivement, si je commence à 8h mais que je pars à 7h de chez moi, ça veut dire que je me laisse à 6h. Et tout ça, c'est des réponses qui doivent être au niveau local mais qu'on va appuyer au niveau national. Sur Parcoursup, source de beaucoup
de stress, cette fameuse plateforme d'admission post-bac, trop opaque, trop arbitraire, disent les jeunes et leurs parents, beaucoup d'entre eux en tout cas. Vous reconnaissez qu'elle est source de trop d'angoisse et vous travaillez là-dessus ou vous allez le faire avec votre collègue de l'enseignement supérieur ?
On ouvre des discussions évidemment avec Philippe Baptiste, le ministre de l'enseignement supérieur qui est compétent dans ce domaine avec d'ailleurs les élus lycéens avec lesquels on va être amené à discuter de tout ça. Il y a deux sujets en fait.
D
'abord, Parcoursup,
et
c'est important pour cette génération, cristallise une espèce de moment en fait de rupture. Parfois, il parle de coup près. Bon, même si en fait on s'aperçoit que ce n
'est
pas forcément le cas et que ce n
'est
pas Parcoursup qui, comme j'entends parfois, trie les élèves, ce sont les formations qui les sélectionnent, etc. Mais il
y a un enjeu de transparence à renforcer. Il y a aussi le contrôle continu qui est
stressant,
c'est un
confrêt chaque semaine.
Et donc, il y a un enjeu de transparence là-dessus à renforcer, très clairement. Il y
a
un enjeu aussi autour des places d'enseignement supérieur parce qu'on est encore sur une génération qui correspond au pic démographique pour deux, trois ans. Et donc tout ça, évidemment, c'est un chantier que le Premier ministre nous a demandé d'ouvrir.
Alors, vous nous dites, si je vous entends bien, Edouard Geffray, et si on reprend les revendications des lycéens. Sur les profs absents et les personnels, vous dites, on
va remettre ça à
plat mais il n
'y
aura pas de miracle parce qu'on ne va pas boucher tous
les
trous partout. Je vous ai dit, on les remplace et on aura tous les points rouges qui seront traités d'ici aux vacances. C'est
ce que je disais tout à l'heure. Sur les emplois du
temps, vous nous dites, c'est du temps long. Sur Parcoursup, vous nous dites, on va voir ça avec le ministre de l'Enseignement supérieur sur le besoin d'écoute. Il y
a
une plateforme qui est mise en place et il y aura des restructions
dans trois
semaines. On
n'a pas fini là-dessus.
Excusez-moi. Qu'est-ce que vous pouvez
proposer
de concret à
l'instant T pour répondre aux revendications ? Vous ne pouvez pas dire ce que vous venez
de dire parce que vous êtes progressivement décalé sur ce que je respecte mais ce qui n'est pas vrai. Je vous ai dit que sur les remplacements sous huit jours, les choses étaient lancées. On n
'a
pas parlé de la refonte de la népro-acilicéenne. C'est dommage, mais on va pouvoir en parler maintenant parce que je refonds entièrement la démocr-acilicéenne pour faire en sorte que la voix des lycéens compte et soit effectivement prise en compte au niveau des établissements, au niveau des académies et au niveau national qui soit mieux représenté et plus représenté.
Tout ça, c'est du moyen ou du long terme ?
Ça, c'est l'affaire de quelques semaines. Il faut juste prendre les textes et les élections dans les instances qui vont avoir lieu au cours de l'année en tiendront compte. Et
là maintenant,
qu'est
-ce
que vous proposez ? Attendez, pardon, sur notamment, parce qu'ils en parlent aussi, l'accompagnement en termes de santé physique, psychique et sociale.
Je
propose pour la deuxième année consécutive de créer 300 postes dans le prochain projet de loi de finances qui va être évidemment débattu. Au total, je propose la création de 1800 postes tournés vers l'accompagnement des élèves, infirmières, AESH, assistants sociaux, etc.
Pour
les
AESH,
par exemple, c'est 1
%
des besoins
? C
'est ça
?
Les revendications, je les ai ce matin à la plateforme de revendication,
ils
demandaient 800 créations de l'AESH, moi j'en propose 1300.
D
'accord ? Donc, quand même, sur Parcoursup, il y a un enjeu de création de place et il
y a
un enjeu évidemment d'accessibilité, de transparence de la plateforme et ça par définition, c'est pour la session qui va souffrir au mois de décembre. Donc on s'y met maintenant mais les élèves entreront dans Parcoursup en terminale au mois de décembre. Donc, pardonnez-moi, mais au contraire, tout est pris en compte et tout est pris en compte dans un DRE serré.
Édouard Geffrey, très rapidement, vous parliez d'une rentrée mercredi aujourd'hui, vous nous dites mercredi ou jeudi donc vous n'êtes pas sûr que les élèves pourront reprendre les cours mercredi
?
J'ai dit à partir de mercredi mais par contre, je pense qu'il faut que
ce
soit progressif et graduel.
C
'est-à
-dire
que là, notamment où les établissements ont été très impactés, ils vont probablement accueillir les élèves de terminale d'abord, puis l
'élèves
de première, puis l'élèves de seconde. Moi, je ne mettrais pas une pression folle aux chefs d'établissement pour, j'allais dire, rouvrir à 8h du matin, mercredi, pour que tout le monde soit en
cours
de mathématiques ou de français. Il faut qu'on ait un temps d'échange. J'ai 85 personnes à l'éducation nationale qui ont été blessées dans ces événements. J'ai 24 lycées qui ont été saccagés ou incendiés. On ne peut pas faire comme si d'un été. Et nos lycéens, ils ont besoin d'être entendus, ils ont besoin d'être écoutés et ils ont besoin d'avoir des actes.
Et
c'est exactement ce que je leur propose.
après cette grande journée de mobilisation aujourd'hui et peut-être reprise des cours à partir de demain ou après-demain.
C
'est ce que vous espérez en tout cas, Edouard Geffray, ministre de l'Éducation nationale. Merci d'être venu nous voir sur France Info ce matin. Merci. Merci à vous, Agathe. Merci, Simon.
À demain.
À demain.
Édouard Geffray