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InterviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 28 octobre 2026 45 minContradictoireFond programmatiqueÉconomie & entreprisesRetraitesBudget & impôtsInstitutions & élections

Pierre Moscovici : "Sans désendettement, il n'y a pas d'avenir français"

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 51 %Attaque 28 %Défensif 21 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 89 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:23OuverteRéponse partielle

    Pourquoi avez-vous démissionné de la Cour des Comptes européenne ?

  • 2:37OuverteRéponse directe

    Vous avez déclaré que la France était un État sur-endetté, un État impuissant, paralysé, étranglé. Est-ce que pour vous, la crise financière a déjà débuté ?

  • 5:14OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qu'on peut imaginer pour la France aujourd'hui et dans quelques mois ?

  • 6:24FerméeRéponse directe

    C'est vrai ou c'est faux que la France n'arrive plus à emprunter à trois mois ?

  • 8:00OuverteRéponse directe

    Vous dites que la dette française est détenue par des étrangers. Est-ce que cela signifie que la souveraineté française est liée au bon vouloir des investisseurs chinois ?

  • 10:15FerméeRéponse directe

    Tant que l'élection ne sera pas passée, il n'y aura pas véritablement de diminution des taux, vous êtes d'accord ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:41Invité politiqueChiffre
    « La dette publique allemande, c'est 63% du PIB. »
  • 27:12Invité politiqueFait
    « Depuis 1975, la France n'a jamais voté un budget en équilibre. »
  • 27:50Invité politiqueChiffre
    « Quand j'arrive à Bercy en 2012, le déficit était à 5,2%. Quand je quitte Bercy deux ans après, c'est 3,9%. »
  • 28:16Invité politiqueChiffre
    « Les 10 dernières années sont responsables de 1 300 milliards d'euros de dette. »
  • 30:41Invité politiqueFait
    « les Français, aujourd'hui, sont tout à fait conscients qu'il faut réduire la dette. »
  • 31:38Invité politiqueFait
    « on peut faire des économies sur l'assurance maladie sans pour autant pénaliser l'assuré social que nous sommes, d'une politique de prévention, la réduction du coût des transports médicaux, une politique de passage des médicaments originaux aux médicaments génériques. »
  • 34:06Invité politiqueChiffre
    « il y a aussi la fraude à l'assurance maladie qui coûte quand même à peu près 5 milliards d'euros par an. »
  • 34:14Invité politiqueChiffre
    « la Cour des comptes avait fait un rapport il y a deux ans, à ma demande, qui montrait qu'on pouvait économiser sur l'assurance maladie sans que l'assuré soit touché en quoi que ce soit à 20 milliards d'euros en 5 ans. »
  • 33:15Invité politiqueFait
    « la croissance française à 0,4 point de PIB est la plus faible de l'Union européenne aujourd'hui. »

Temps de parole

  • Pierre Moscovici61 %
  • Présentateur24 %
  • Invité10 %
  • ?3 %

≈ 15,3 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Locuteur

France

0:01
Présentateur

Culture.

0:04
Locuteur

Les

0:05
Présentateur

matins de France Culture. Guillaume Herner. 7h42, il a été ministre de l'économie, commissaire européen, premier président de la Cour des Comptes il y a dix mois. Pierre Moscovici, bonjour. Vous partiez au Luxembourg, à la Cour des Comptes toujours, mais de l'Union Européenne. Et jeudi, vous avez démissionné. Et première question, pourquoi avez-vous démissionné

0:28
Locuteur

?

0:29
Pierre Moscovici

Mes premières motivations sont personnelles, sont familiales. Je ne

0:33
Locuteur

vais

0:33
Pierre Moscovici

pas m'étendre sur ce qui est une vie familiale. Disons que je suis le père d'un jeune enfant de huit ans et qu'il est compliqué pour moi de vivre à Luxembourg pour pouvoir jouer ce rôle qui est essentiel pour moi de père. C'est trop compliqué. Voilà, ça fait partie des circonstances de la vie. Et puis la deuxième chose, c'est qu'on vit quand même en France et dans le monde, une période qui est difficile, qui est tragique. Et vous avez rappelé que j'ai une petite expérience d'ancien ministre parlementaire, président de la Cour des Comptes, commissaire européen.

Et j'ai envie de participer au débat public dans mon pays, dans ce moment si tragique, si compliqué, et de faire entendre une voix, une voix qui connaît un peu ses sujets économiques et financiers, une voix aussi réformiste, social-démocrate, européenne, qui a toujours été la mienne. Bon, mais alors, évidemment, chacun se demande, est-ce que ça veut dire que vous allez participer à la campagne ? Comment

1:28
Locuteur

? Non,

1:29
Pierre Moscovici

c'est pas mon souci. Je participerai à la campagne comme un citoyen, je vote, j'ai voté à la primaire de la gauche socialiste, je ne m

1:36
Locuteur

'ai

1:36
Pierre Moscovici

pas exprimé de préférences, je ne prendrai pas de position partisane, je n

1:39
Locuteur

'ai

1:39
Pierre Moscovici

pas l'intention d'entrer dans une équipe, mais je pense, j'écris, je sortirai un livre en janvier, et j'essaierai d'expliquer un certain nombre de choses qui sont trop absentes du débat public. Moi, ce qui me frappe dans le moment, c'est que les grands sujets, la dette publique, le fonctionnement de l'État, l'État de nos institutions, nos choix européens, ne sont pas clairement mis sur la table. Au fond, les Français avancent dans cette élection sans trop avoir un agenda politique, une offre politique qui les satisfasse. À mon avis, pas beaucoup du niveau des candidats, mais pas non plus sur le fond.

Et c'est ça qui me préoccupe, parce que ce à quoi je pense, c'est ce qui se passera le lendemain de l'élection présidentielle, le jour d'après l'élection présidentielle, le jour où un président ou une présidente est élu, tout à coup, il ne faudrait pas qu'on découvre les problèmes du pays. Il faut qu'on les pense pendant la campagne, qu'on les expose devant les Français, puis qu'on les traite ensuite.

2:29
Locuteur

Bon,

2:29
Présentateur

alors, on va reparler de politique dans une vingtaine de minutes avec mon camarade Stéphane Robert. J'aimerais parler d'économie avec vous. Et vous avez déclaré dans Le Point une formule sans ambiguïté. Vous avez dit que la France était un État sur-endetté, un État impuissant, paralysé, étranglé. Est-ce que pour vous, la crise financière a déjà

2:51
Pierre Moscovici

débuté ? Alors, la crise financière, au sens où on l'entend parfois, c'est-à-dire, c'est comme,

2:56
Locuteur

disons,

2:57
Pierre Moscovici

un arrêt cardiaque. Tout à coup, on appelle le FMI, on appelle la Banque mondiale, on appelle l'Union européenne, on se préoccupe à la Banque centrale européenne, l'État de nos finances. Non, elle n'est pas là. C'est-à

3:10
Locuteur

-dire,

3:10
Pierre Moscovici

et je ne crois pas qu'elle soit là. J'ai été commissaire européen pendant les années. Est-ce que vous ne croyez pas qu'elle sera là ? Je ne crois pas qu'elle soit là aujourd'hui, et j'espère qu

3:20
Locuteur

'elle

3:20
Pierre Moscovici

ne sera pas là demain, et que nous ferons tout pour que ce collapsus n'arrive pas. Si, en revanche, crise signifie dégradation, alors là, nous y sommes. Écoutez, je vais donner quelques chiffres sans vouloir être accablant. La dette française,

3:33
Locuteur

c

3:33
Pierre Moscovici

'est 3600 milliards d'euros. Il y a 10 ans, c'était 2300 milliards d'euros. La dette publique française,

3:38
Locuteur

c

3:38
Pierre Moscovici

'est 119% du PIB. La dette publique allemande, c'est 63% du PIB. Et la dette publique de l'Union européenne, c'est 90%. Nous sommes 30 points au-dessus des autres. Et puis surtout, nos taux d'intérêt sont en train de se dégrader à une vitesse sidérante. Si vous prenez les émissions d'OAT, comme on dit, à 10 ans en février, c'est 3,45%. Aujourd'hui, c'est 5%. Enfin, dernier chiffre, ce qu'on appelle le spread,

4:03
Locuteur

c

4:03
Pierre Moscovici

'est-à

4:03
Locuteur

-dire

4:03
Pierre Moscovici

l'écart de taux d'intérêt entre la France et l'Allemagne. Il a été multiplié par 2 en 2 mois. Il est à 178 points de base. Ce qui veut dire que nous sommes là au niveau où nous étions en 2011. Pendant la crise financière, autrement dit, quand je parlais d'État étranglé ou impuissanté, quand vous consacrez 90 milliards d'euros par an, au point, peut-être 100,

4:22
Locuteur

à

4:23
Pierre Moscovici

rembourser votre dette, comment pouvez-vous faire face à une crise sociale ? A la nécessité de s'adapter au changement climatique, au besoin d'adapter la société au vieillissement démographique, ou encore à la révolution technologique et aux nécessités d'investissement dans l'innovation et la recherche. Et enfin, au ménage géopolitique, avec la nécessité de se défendre. Nous avons des investissements par centaines de milliards d'euros à faire et nous n'avons pas le premier fifrelin. Et ça, ça pose un problème majeur. Si on ne retrouve pas de marge manœuvre pour agir, comment pourrons-nous traiter ces grands problèmes ?

C'est pour ça que ce désendetté, comment dire, c'est pas un problème d'austérité, c'est pas un problème financier,

5:04
Locuteur

c

5:04
Pierre Moscovici

'est un problème de société. Quand un pays n'a pas les moyens d'agir, alors effectivement, il s'impuissante et s'immobilise. Nous en sommes là, pas loin pour le coup.

5:14
Locuteur

Il

5:14
Pierre Moscovici

va y

5:14
Présentateur

avoir un budget voté dans une situation particulière puisqu'il n'y a pas de majorité au Parlement. Qu'est-ce que l'on peut imaginer ? Qu'est-ce qu'on peut souhaiter pour la France, à la fois aujourd'hui et puis dans quelques mois, en imaginant qu'il y ait un nouvel occupant à l'Elysée et que

5:36
Locuteur

celui-ci...

5:36
Pierre Moscovici

Oui, écoutez, il y

5:39
Locuteur

a

5:39
Pierre Moscovici

une chose assez simple. Ça fait la cinquième année, en 2027, que nous aurons des déficits supérieurs à 5%. Autrement dit, ils ne baissent pas. Et c'est ça qui fait qu'on perd confiance en nous. C'est ça qui fait que nos partenaires européens nous regardent avec défiance. C'est ça qui fait que les marchés nous font payer de plus en plus cher. On continue à placer notre argent sur les marchés. Il n

5:57
Locuteur

'y a

5:57
Pierre Moscovici

pas de problème, Français, de

5:58
Locuteur

ce que vous... Il paraît qu

5:58
Présentateur

'on le place de plus en plus mal. On m

6:00
Locuteur

'a

6:00
Présentateur

dit que la dernière émission a été sursouscrite deux fois. Mais il faut expliquer aux auditeurs que... Parce que ce mécanisme n'est pas très bien connu. Il y a une agence, France Trésor, qui vend la dette française. Sursouscrit deux fois,

6:14
Pierre Moscovici

c'est très peu. C'est peu. Et puis de surcroît,

6:16
Locuteur

on ne

6:17
Pierre Moscovici

peut plus beaucoup emprunter à long terme. Donc ça devient

6:20
Locuteur

plus difficile. Il paraît qu'à court terme,

6:21
Présentateur

à trois mois, puisque la France emprunte à trois mois, il paraît qu'on n'y parvient plus. C'est vrai ou c'est faux ?

6:25
Pierre Moscovici

Non, c'est faux. On parvient tout à fait à placer notre argent. À trois mois ? Oui, absolument. L'agence France Trésor, d'ailleurs, je la salue. J'ai des ministres des Finances. J'ai remarquablement la dette française. Donc il n

6:35
Locuteur

'y

6:35
Pierre Moscovici

a pas, si vous voulez, de difficulté d'accès aux... Le problème,

6:38
Présentateur

ce n

6:38
Locuteur

'est

6:38
Présentateur

pas un problème de gestion. Le problème, c'est de savoir comment les investisseurs voient

6:42
Locuteur

notre dette.

6:42
Pierre Moscovici

Nous n'avons pas de problème d'accès au marché aujourd'hui. Simplement, les marchés... Le problème d'accès au marché, je précise juste pour les auditeurs, ça veut dire que... On peut placer nos emprunts. Mais il faut savoir, là-dessus, que d'abord, les marchés nous regardent avec défiance et donc nous font payer une prime de risque. C'est ce qui explique qu'on soit passé de 3 à 45 en février à 5% aujourd'hui, encore en poussant. C'est ce qui explique aussi que nos spreads par rapport à l'Allemagne étaient doublés en deux mois. Ils étaient à 90, ils sont à 178. Encore une fois, la même chose qu'en 2011. Et la deuxième chose,

7:14
Locuteur

c

7:14
Pierre Moscovici

'est que notre dette n'est pas détenue par des Français. Notre dette est détenue à 58% par des étrangers. Et donc, nous sommes dans l'obligation de, comment dire, ne montrer pas de plancher. Puisque vous m'attendez sur les budgets à venir, il y a deux choses. Bon, d'abord, je vous

7:28
Locuteur

le

7:28
Pierre Moscovici

répète, 5%, plus de 5% depuis 5 ans, ça c'est le résultat d'aujourd'hui. Il n'y a pas de majorité politique à l'Assemblée nationale. Les élections sont en 6 mois. Autrement dit, la meilleure chose qu'on peut attendre pour 2027, c'est qu'il y ait un budget. Mais ce projet de budget sera voté, je l'espère, dans des conditions compliquées. Il sera de toute façon provisoire, parce que le prochain président fera autre chose. Mais il faut donner des signaux tout de suite. Et puis, après l'élection, alors là, pour le coup, on n'aura plus le choix. On aura un peu le couteau sous la gorge. Il faudra qu'on agisse, cette fois-ci, profondément et durablement. En parlant de souveraineté,

8:01
Présentateur

vous dites que la dette française est détenue par des étrangers. J'ai cru comprendre que la Chine avait été très présente dans le rachat de dettes françaises récemment. C'est compliqué à savoir, mais oui, sans doute. Et à rien, quand même, parce que ça veut dire que la souveraineté française est liée au bon vouloir des investisseurs

8:17
Pierre Moscovici

chinois. Quand on est très endetté, on perd sa souveraineté. C'est ça, le problème. Quand je parle d'État impuissanté, il y a deux choses. D'abord, nous dépendons effectivement du bon vouloir d'investisseurs étrangers. On dit que les japonais, par exemple, regardent aujourd'hui...

8:30
Locuteur

Les chinois,

8:30
Pierre Moscovici

ça n'est pas neutre, malgré tout,

8:32
Locuteur

politiquement.

8:33
Pierre Moscovici

Mais rien n'est neutre. Mais ce n

8:34
Locuteur

'est

8:34
Pierre Moscovici

pas exactement comme ça qu'on les identifie. On a du mal à savoir.

8:36
Locuteur

C'est pour ça que je vous pose la question, puisque vous êtes un spécialiste. Mais il

8:38
Pierre Moscovici

semblerait qu'ils commençaient un peu plus des chinois. Il semblerait qu'il y

8:41
Locuteur

ait

8:41
Pierre Moscovici

un petit peu moins de japonais. Ça, c'est un aspect de la souveraineté. C'est de dépendre de l'étranger. Par exemple, la

8:46
Locuteur

dette japonaise... Il est innocent que les chinois

8:48
Pierre Moscovici

achètent de la dette française. Je n'ai pas dit le contraire. Non, je n

8:51
Locuteur

'ai

8:51
Pierre Moscovici

pas dit que

8:52
Locuteur

vous aviez dit le

8:52
Pierre Moscovici

contraire. Mais

8:52
Locuteur

je voulais un développement là-dessus.

8:54
Pierre Moscovici

Parce que nous n'avons pas encore de données stratégiques sur ce plan-là. Mais prenez le cas du Japon. Le Japon est un pays qui a une dette publique de 200%. Oui, mais cette dette publique est détenue par les japonais. Et le résultat, c'est que leurs taux d'intérêt sont à 2,50%. Les nôtres sont à 5% parce que nous dépendons de l'étranger. Et de surcroît, c'est ça le chiffre principal qu'il faut retenir. Le service de la dette, c

9:16
Locuteur

'est

9:16
Pierre Moscovici

-à

9:16
Locuteur

-dire

9:16
Pierre Moscovici

le remboursement annuel de la dette, ce qu'on consacre chaque année au remboursement de la dette, est de 90 milliards d'euros officiellement. Si les taux d'intérêt se dégradent,

9:23
Locuteur

il

9:23
Pierre Moscovici

peut aller jusqu'à 100 milliards d'euros. Il sera à 130 milliards d'euros avant la fin de la décennie. Alors que le budget de l'éducation nationale est à 65 milliards d'euros. Et le budget de

9:31
Locuteur

la

9:31
Pierre Moscovici

défense à 55 milliards d'euros. Quand un pays s'apprête à dépenser autant pour rembourser sa dette annuellement que l'éducation plus la défense, c'est qu'il a un problème majeur. Et comment voulez-vous que dans ces conditions-là, alors qu'on connaît des canicules, des incendies, qu'on puisse financer l'adaptation au changement climatique ? Comment peut-on augmenter notre budget de recherche et d'innovation alors que nous sommes confrontés à des concurrences ? Vous parliez des Chinois en matière d'intelligence artificielle absolument considérable. Comment peut-on financer notre effort de défense ? Bref, je le redis, il y

10:01
Locuteur

a

10:01
Pierre Moscovici

un mur d'investissement à construire. Et à côté de ça, il

10:04
Locuteur

y

10:04
Pierre Moscovici

a une montagne de dette. Si vous ne

10:06
Locuteur

faites

10:06
Pierre Moscovici

pas baisser la montagne de dette, vous ne construirez pas votre mur d'investissement. Bon, mais il faut se désendetter pour investir, pour préparer l'avenir. Sans désendettement, il n

10:14
Locuteur

'y a

10:14
Pierre Moscovici

pas d'avenir français. Bon, mais en

10:15
Présentateur

étant lucide, tant que l'élection ne sera pas passée, il n'y aura pas véritablement de diminution des

10:22
Locuteur

taux,

10:23
Pierre Moscovici

vous êtes d'accord ?

10:24
Locuteur

Ah,

10:24
Pierre Moscovici

ça, je ne peux pas prédire ce qui se passera aujourd'hui sur les marchés. Il faut déjà éviter qu'il

10:28
Locuteur

y ait

10:28
Pierre Moscovici

une augmentation des taux. On est d'accord. Et les marchés suivent cette élection. Si vous voulez, les marchés, on les présente comme ça, comme des dômes de Zurich. En fait, ils se prononcent beaucoup sur des sujets politiques. Ce qui les préoccupe aujourd'hui en France, c

10:41
Locuteur

'est

10:41
Pierre Moscovici

davantage le risque politique que le risque financier. C'est l'absence de majorité et c'est ce qui peut se passer après l'élection de

10:46
Présentateur

2027. Ma camarade Camille Marigot dans la revue de presse internationale a parlé des prix de l'immobilier à Hong Kong. Les prix de l'immobilier en France sont très élevés. Les gens, pour acheter de l'immobilier, doivent emprunter. Les taux d'emprunt nécessaires à notre vie, consommateurs, mais aussi évidemment aux entreprises, sont liés aux taux où la France emprunte. Combien de temps on peut tenir à ce niveau-là ?

11:10
Locuteur

Parce

11:10
Présentateur

que là aussi, peut-être faut-il expliquer aux auditeurs que ces taux qui peuvent paraître extrêmement abstraits ont en réalité des existences bien concrètes dans notre vie de tous les jours,

11:21
Pierre Moscovici

Pierre Moscovy. Ils ont en fait deux impacts. Le premier impact, c'est l'impact direct.

11:25
Locuteur

C

11:26
Pierre Moscovici

'est qu'en effet, une dette, contrairement à ce que pensent certains qui croient qu'on peut la brûler ou l'annuler, je pense à Jean-Luc Mélenchon, une dette, il faut être extrêmement clair, ça se rembourse. Et donc, il faut rembourser notre dette. C'est une question de crédibilité. Sinon, on ne

11:39
Locuteur

nous

11:39
Pierre Moscovici

prête plus. Un pays qui dirait tout à coup, j'arrête de rembourser une partie de ma dette, ce pays-là, susciterait la méfiance immédiate des prêteurs. Et la deuxième conséquence,

11:48
Locuteur

c

11:48
Pierre Moscovici

'est qu'en effet, puisque ça se rembourse, notre budget est de plus en plus contraint et nous avons de moins en moins de ressources pour investir. Et puis la deuxième chose, c'est l'effet de diffusion des taux d'intérêt sur l'économie. Et vous évoquez notamment le logement. C'est-à

11:59
Locuteur

-dire

11:59
Pierre Moscovici

qu'à partir du moment où les taux d'intérêt augmentent, tout augmente. C'est-à

12:02
Locuteur

-dire

12:02
Pierre Moscovici

que tout emprunt devient plus cher. La période qu'on a connue pendant près de 10 ans, où on avait des taux d'intérêt extrêmement bas, voire des taux d'intérêt négatifs, il fut un temps où vous vous endettiez, vous

12:13
Locuteur

vous enrichissiez. Ce qui est compliqué à

12:13
Pierre Moscovici

comprendre. C'est-à

12:14
Locuteur

-dire

12:14
Pierre Moscovici

des taux d'intérêt inférieurs à zéro. Très inférieurs au cours de

12:18
Locuteur

l

12:18
Pierre Moscovici

'inflation. Cette période-là, elle est finie. C'était la période drague. Ça a duré une petite dizaine d'années, 2012 à 2022. C'est fini. Aujourd'hui,

12:24
Locuteur

on

12:24
Pierre Moscovici

est dans des taux d'intérêt normaux, positifs, et même maintenant, pour la France, chers. Je répète, près de 5%. Près de 5% avec un spread avec l'Allemagne, qui t'a 3,2%. C'est considérable. Et ça nous pénalise en tout. Autre

12:39
Présentateur

sujet. Alors là, c'est un sujet technique, mais c'est un sujet essentiel. Donc, on parle de dette française. On parle de déficit français. Jusque-là, tout le monde suit. On a parlé aussi d'un déficit caché. Alors, le déficit caché, c'est quoi ? C'est le fait que, pour les retraites des fonctionnaires, l'État ne cotise pas. Il paye les pensions. Et il y aurait, et c'est un débat, alors, un inspecteur des finances, Jean-Pascal Beauffray,

13:05
Locuteur

que

13:05
Présentateur

je connais depuis 40 ans, en

13:06
Locuteur

a

13:06
Présentateur

parlé, et a expliqué que, finalement, dans les comptes publics, il manquait 40 milliards d'euros. Et que ces 40 milliards d'euros, je vais vous laisser répondre, je veux juste exposer aux auditeurs qui ne sont peut-être pas familiers de cette question. Et donc, cet inspecteur des finances, je simplifie, a dit qu'il manquait 40 milliards d'euros, ce qui n'est pas rien, puisqu'on rappelle les intérêts de la dette, 90 milliards, donc ça n'est pas rien. Et que ces 40 milliards, ils étaient cachés dans le budget des ministères, et qu'il fallait les réintroduire. Et donc, la dette de la France était encore plus importante que ce qu'elle paraissait être sur le papier.

Pierre Moscovici, vous vous êtes

13:42
Pierre Moscovici

exprimé là-dessus. Oui, parce que quand j'étais président de la Cour des comptes, le premier ministre de l'époque, François Bayrou, m'avait demandé de faire deux rapports sur le financement des retraites, pour préparer ce qu'on appelait un conclave de partenaires sociaux. Et la Cour des comptes avait commencé à explorer le sujet, elle poursuit d'ailleurs ses travaux là-dessus, je n'en suis plus le premier président. Je ne suis pas en accord avec cette thèse du déficit ou de la dette cachée. D'abord, je ne

14:05
Locuteur

suis

14:05
Pierre Moscovici

pas complotiste de ton paiement, et ensuite, je regarde les choses... Non, mais c'était de la

14:09
Présentateur

comptabilité nationale.

14:10
Pierre Moscovici

Il y a une légère dimension obsessionnelle dans ce travail, parce qu'on va chercher les fonctionnaires. On est tous obsessionnels de quelque chose. Oui,

14:17
Locuteur

de

14:17
Pierre Moscovici

quelque chose, mais je ne suis pas obsessionnel de ça. Ce qu'il faut savoir quand même sur les fonctionnaires, c'est qu'ils ont une caractéristique, c'est qu'ils n

14:24
Locuteur

'ont

14:24
Pierre Moscovici

pas du tout le même taux de remplacement que le reste de la population. Si vous voulez, il

14:27
Locuteur

y

14:27
Pierre Moscovici

a à peu près 1,6 actifs pour un retraité pour le secteur privé, dans la fonction publique, compte tenu d'un certain nombre de départs, c'est à peu près un pour un. Et donc, à partir de ce moment-là, effectivement, c'est l'État qui compense cela. Mais il y a un fonctionnaire actif pour un fonctionnaire retraité. Ce qui crée des comptabilités différentes. Mais en réalité, cette dette, elle est inclue dans la dette générale. Et ce que je n

14:49
Locuteur

'ai

14:49
Pierre Moscovici

jamais compris dans ce que vous voulez Jean-Basquale Baufret, c'est qu'il faut tirer les conclusions. Lesquelles ? Est-ce qu'il faudrait embaucher beaucoup plus de fonctionnaires pour qu'ils cotisent ? Ou est-ce qu'au contraire, il faudrait les paupériser

14:57
Locuteur

? Moi, je vais tirer une conclusion sur ces affaires. Je vais être

15:01
Présentateur

très concret.

15:02
Locuteur

Et donc, cette

15:03
Pierre Moscovici

dette, cette dette des fonctionnaires, cette dette supposée cachée, non. Elle est incluse dans la dette générale.

15:09
Locuteur

Il n'y a pas de

15:09
Pierre Moscovici

dette en plus. Après,

15:10
Locuteur

c'est un problème

15:11
Pierre Moscovici

de répartition et

15:11
Locuteur

de comptabilité nationale, comme vous le

15:12
Présentateur

disiez. Je vais le dire autrement. Je vais être très concret pour les auditeurs. Un tiers du budget de l'éducation nationale va à la retraite des profs.

15:21
Locuteur

Il

15:21
Présentateur

faut évidemment que les profs aient une retraite. On est tout à fait d'accord avec ça. Mais ça témoigne du fait que ce qui reste en budget de l'éducation nationale, 60 milliards d'euros, c'est en réalité une portion congrue. Puisqu'on dit qu

15:35
Locuteur

'il

15:35
Présentateur

y a 90 milliards de budget à l'éducation nationale. Mais non, en réalité, il n

15:39
Locuteur

'y

15:39
Présentateur

a que 60 milliards, puisque 30 milliards vont à la

15:42
Locuteur

retraite des profs. C'est

15:42
Pierre Moscovici

bien pour ça que j'ai cité tout à l'heure le chiffre de 60 à 65 milliards d'euros pour le budget de l'éducation nationale. Mais voyez bien, prenez ce cas. On est dans un paradoxe. Il y

15:49
Locuteur

a

15:49
Pierre Moscovici

aujourd'hui une crise lycéenne, qui est aussi une crise étudiante. Mais

15:54
Locuteur

qui

15:54
Pierre Moscovici

dépend de

15:55
Présentateur

ce dont on

15:55
Locuteur

vient parler. Tout à fait. On ne parle que de ça.

15:57
Pierre Moscovici

Mais moi, je suis sur les conséquences. Que disent les lycéens ? Que constatent-ils ? C'est qu'il

16:03
Locuteur

y a

16:03
Pierre Moscovici

des problèmes massifs, par exemple, de non-replacement des professeurs. C'est qu'il y a parfois des sous-effectifs de professeurs. Et donc, si on allait jusqu'au bout de cette thèse, on se dirait qu'il faudrait, d'une certaine façon, réduire le budget de l'éducation nationale. Ce n'est pas du tout ce que je pense.

16:16
Présentateur

Ou

16:16
Pierre Moscovici

dire l'inverse. Et c'est

16:17
Locuteur

bien pour ça que je disais...

16:18
Présentateur

En fait, on n'a pas 90 milliards de budget d'éducation nationale, on a 60 milliards.

16:22
Pierre Moscovici

Mais personne ne dit le contraire. Les 90 milliards, ils n'existent pas. Ce n'est pas ce qui est dit dans le budget. Dans le budget, il y a 65, 70 milliards d'euros de budget de l'éducation nationale. Pas 90. Et c'est pour ça que, si vous voulez, en réalité,

16:33
Locuteur

il

16:33
Pierre Moscovici

y

16:33
Locuteur

a

16:33
Pierre Moscovici

un principe qu'on appelle le principe d'unité budgétaire. Mais là, on devient extrêmement compliqué. Qui fait qu'on ne raisonne pas secteur par secteur. On raisonne globalement. Et donc, cette dette, elle

16:40
Locuteur

n

16:40
Pierre Moscovici

'est pas cachée. Cette dette, elle est incluse dans la dette. Après, il

16:43
Locuteur

y

16:43
Pierre Moscovici

a des problèmes de décomposition. Mais ce que je dis, moi, c'est qu'on a besoin d'avoir des professeurs en France bien formés et bien payés. Et mieux payés qu'aujourd'hui.

16:51
Locuteur

Alors, ça, ce n'est vraiment pas le cas.

16:53
Pierre Moscovici

Non, ce n

16:54
Locuteur

'est

16:54
Pierre Moscovici

vraiment pas le cas.

16:55
Locuteur

Qui sont

16:55
Pierre Moscovici

deux fois moins

16:56
Locuteur

payés qu'en

16:56
Pierre Moscovici

Allemagne, puisqu'on n'a pas l'argent de les payer. Alors, il faudra le retrouver.

17:00
Locuteur

Et

17:00
Pierre Moscovici

on a une occasion de le faire. C'est que vous savez peut-être, sûrement, qu'il va y avoir 1,7 million d'élèves en moins, compte tenu de la démographie, dans les années qui viennent. Il faut affecter une partie de cette baisse à l'augmentation substantielle du pouvoir d'achat des professeurs. Ça, je le crois profondément.

17:13
Présentateur

Pierre Moscovici, on se retrouve dans quelques instants pour continuer à évoquer à la fois la situation économique de la France et la situation politique. Je rappelle que vous avez été premier président de la Cour des Comptes française et membre démissionnaire, puisque vous en êtes encore membre, de la Cour des Comptes européenne. 8h sur France Culture. 8h17, le billet politique Stéphane Robert, le risque d'une dévitalisation de l'élection

17:45
Locuteur

présidentielle.

17:46
Invité

L'élection présidentielle qui se déroulera dans moins de 6 mois nous apparaît à la fois revêtir un enjeu très important et une issue très incertaine. L'enjeu est considérable car il s'agit de désigner un successeur à Emmanuel Macron capable de sortir le pays des difficultés dans lesquelles il se trouve, à commencer par les difficultés budgétaires, et de le préparer à affronter les grands enjeux qui l'attendent à l'avenir, le changement climatique, le vieillissement démographique, les nouvelles menaces géopolitiques ou encore la révolution numérique que constitue l'avènement de l'intelligence artificielle. Bref,

18:17
Locuteur

il

18:18
Invité

nous faudrait quelqu'un de solide, qui ait une connaissance aiguë et clairvoyante du fonctionnement et des dysfonctionnements de la société française et qui ait une vision d'avenir et un projet politique pour l'apporter. Seulement l'issue de ce scrutin est très incertaine car de nombreux Français semblent douter que, dans l'offre politique qui nous est actuellement proposée, se trouve le mouton à cinq pattes, susceptible de répondre au cahier des charges que je viens d'évoquer.

18:40
Locuteur

C

18:41
Invité

'est précisément ce que constate l'Institut de sondage Cluster 17, qui a élaboré depuis la rentrée un baromètre mesurant non pas l'adhésion ou le degré d'affinité, mais le rejet que suscitent les différents candidats à l'élection présidentielle. La deuxième édition de ce baromètre a été publiée hier. Et comment mesure-t-on le rejet que suscitent les candidats, Stéphane ? En posant la question suivante, y a-t-il une chance pour que vous votiez un jour pour tel ou tel candidat ? La réponse consiste à donner une note, comprise entre 0 et 10, selon qu'il y a une faible ou une forte probabilité de vote.

Et pour mesurer le taux de rejet, le baromètre ne prend en compte que les notes les plus basses, 0 sur 10, uniquement 0 sur 10, c'est-à-dire quand il n'y a aucune chance, même infime, pour que la personne interrogée vote pour un candidat donné. Je précise que ce baromètre est réalisé auprès de 3000 personnes,

19:28
Locuteur

ce

19:28
Invité

qui, pour une enquête sondagière, est un échantillon qu'on peut qualifier d'assez important et relativement fiable. Le résultat est que tous les candidats suscitent le rejet d'une majorité des personnes interrogées. Les plus rejetés sont Marine Tondelier, Éric Zemmour, et juste en dessous, Jean-Luc Mélenchon. 7 sont des sur 10, exclu absolument de voter pour eux un jour. Les candidats les moins rejetés sont Marine Le Pen et Raphaël Glucksmann, avec quand même un taux de rejet de 52%. Edouard Philippe et Gabriel Attal sont entre les deux à 56 et 59%.

Ça veut dire que pour une majorité de personnes, aucun des candidats actuellement sur la ligne de départ n'apparaît comme un président désirable, voire acceptable.

20:04
Présentateur

Alors ça veut dire qu'on pourrait avoir un président élu par défaut ?

20:07
Invité

Il est possible effectivement qu'un grand nombre d'électeurs se fassent stratège et votent non pas pour le candidat de leur choix, mais pour éviter qu'un ou des candidats qu'ils redoutent n'accèdent à l'Elysée. C'est ce qu'on appelle le vote utile. On vote pour un candidat qu'on n'apprécie pas forcément, pour éviter un candidat qu'on déteste plus encore.

20:22
Locuteur

D

20:23
Invité

'ailleurs, le baromètre de l'Institut Cluster 17 publié hier mesure que 43% des personnes interrogées considèrent comme une priorité d'éviter que Jean-Luc Mélenchon soit élu, 30% considèrent comme une priorité d'éviter que Marine Le Pen soit élu, 14% d'éviter qu'un candidat du Bloc central soit élu.

20:39
Locuteur

Le

20:39
Invité

risque, si on a un président élu par défaut, quel qu'il soit, est qu'il n'obtienne pas de majorité à l'Assemblée nationale à l'issue des élections législatives qui suivront très probablement l'élection présidentielle. Et s'il n'y

20:49
Locuteur

a

20:49
Invité

pas de majorité à l'Assemblée, on se retrouverait dans la même situation qu'aujourd'hui. Nous aurions un nouveau président ou une nouvelle présidente qui se retrouverait dans l'incapacité de mettre en œuvre le programme sur lequel il ou elle aura été élu.

21:02
Locuteur

Ce

21:03
Invité

serait même pire car il n

21:04
Locuteur

'y

21:04
Invité

aurait pas d'exutoire à l'impuissance politique dans laquelle se retrouverait le nouvel exécutif. En France, nous investissons l'élection présidentielle d'enjeux considérables. Elle nourrit de très fortes attentes en matière de réorientation des politiques publiques

21:15
Locuteur

en

21:15
Invité

même temps qu'elle constitue un moment clé de respiration démocratique. Or, si le scénario que je viens de décrire devait se réaliser,

21:21
Locuteur

et

21:21
Invité

la probabilité n'est pas mince, nous assisterions à une dévitalisation du processus de renouvellement démocratique que constitue ce scrutin. La présidentielle déboucherait sur une impasse et l'effet déceptif serait considérable. Il n'y aurait pas d'horizon politique de sortie de cette impasse à court ou moyen terme,

21:36
Locuteur

ce

21:36
Invité

qui pourrait faire monter d'un cran supplémentaire les tensions qui traversent actuellement la société française. Il y aurait aussi des conséquences sur le plan budgétaire potentiellement désastreuses avec une probable envolée des taux d'intérêt auxquels la France emprunte pour financer sa dette.

21:49
Présentateur

Tiens, tiens. On va justement faire réagir notre invité à ce que vous venez de dire, Stéphane Robert. Oui, parce que notre invité, c'est Pierre Moscovici, qui a été ministre, qui a également été vice-président de la Cour des Comptes et qui a été également membre de la Cour des Comptes européenne. Une réaction à ce que vient de dire mon camarade Stéphane

22:18
Locuteur

Robert.

22:19
Pierre Moscovici

J'écoutais ça attentivement et je me demandais au fond si ça ne fait pas déjà un certain temps qu'on est entré dans l'ère des élections par défaut. Je constate qu'on a eu depuis, disons, l'instauration du quinquennat, des présidents qui ont été élus souvent contre le Rassemblement national au deuxième tour avec des voix qui étaient plus résignées qu'enthousiastes et qui ensuite se sont repliées sur leur voix de premier tour, ce qui n'a pas permis de rassembler les Français. Deuxième réflexion, vous parliez de décrédibilisation de l'élection présidentielle ou de dévitalisation. Je me demande si en France, on n

22:49
Locuteur

'a

22:49
Pierre Moscovici

pas surinvesti considérablement l'élection présidentielle et si on ne devrait pas revenir à un équilibre plus sain des institutions où le président préside, le gouvernement gouverne, le Parlement légifère. Au fond, aujourd'hui, cette verticale du pouvoir qu'a voulue le général de Gaulle ne me paraît plus forcément adaptée à la situation d'aujourd'hui. Et troisième chose, vous disiez qu'on se retrouverait dans l'hypothèse d'un président élu par défaut. Et imaginons, quelqu'un qui fait 20% ou un peu moins au premier tour et qui est élu avec 50% et un peu plus contre l'extrême droite au deuxième tour.

Celui-ci ou celle-là, plutôt celui-ci en l'occurrence, parce que ce serait un homme, n'aurait évidemment pas de majorité à l'Assemblée nationale ensuite. On ne parvient pas à faire une majorité avec moins de 20% des voix. Et donc, on risquerait, mais est

23:31
Locuteur

-ce

23:31
Pierre Moscovici

que c'est un risque, d'entrer en France dans ce qu'on n'a jamais connu sous la Ve République ? C'est-à

23:35
Locuteur

-dire

23:35
Pierre Moscovici

les gouvernements de coalition. Et les gouvernements de coalition, au fond, ça existe partout. Ça existe partout en Europe. Et je pense que c'est une culture, la culture de coalition, que nous gagnerions peut-être à apprendre. Vous savez, en Allemagne, une coalition, c'est des partis qui ne se ressemblent pas, qui construisent ensemble, patiemment, un programme de gouvernement et qui l'appliquent méticuleusement. Ce n

23:55
Locuteur

'est

23:55
Pierre Moscovici

pas du tout la situation d'aujourd'hui. La situation d'aujourd'hui, c'est une absence de majorité dans le désordre. Et c'est un pays qui n'est pas gouvernable. Et du coup, pas bien gouverné. Non, je crois qu'il faut sans doute que cette élection accouche de quelque chose de nouveau pour la France. et peut-être d'un rétablissement de la Ve République sur ses fondamentaux où, encore une fois, le président ne faisait pas tout. Le général de Gaulle ne faisait pas tout. Si on vous suit,

24:17
Présentateur

s'il s'agit d'une coalition, il y a trois hypothèses. Je vais le dire de manière schématique. Une élection, donc, ou bien de Jean-Luc Mélenchon, ou bien de Marine Le Pen, ou bien d'un bloc central. Vous acceptez ce terme

24:30
Locuteur

de

24:30
Pierre Moscovici

bloc central ? Est-ce que le bloc central,

24:33
Locuteur

c

24:33
Pierre Moscovici

'est comme ça qu'on désigne les partis de centre droit qui sont issus de la majorité d'aujourd'hui ? Non. Bien que le PS, aujourd'hui, est perçu par beaucoup. Non, le PS n'est pas dans le bloc central. Ce qu'on appelle le bloc central, je crois que c'est Michel Barnier qui a labellisé cette formule, c'est l'addition des partis du centre macroniste avec les Républicains. Addition, d'ailleurs, tout à fait douteuse. Vous contestez l'idée que le PS, aujourd'hui, relève du bloc central ? Complètement. Le PS n'est pas un parti du bloc central, non ?

25:01
Locuteur

Le

25:01
Pierre Moscovici

bloc central, mais en revanche...

25:02
Locuteur

Donc le PS pourrait, par exemple, gouverner avec Jean-Luc Mélenchon ?

25:05
Pierre Moscovici

Je vais reprendre vos trois hypothèses. La première, je n'y crois pas. Et ça, je veux le dire avec force. Jean-Luc Mélenchon fait une formidable campagne, comme toujours. Il a une adhésion très forte de la jeunesse, il a une dynamique, il a une science de l'élection présidentielle que personne d'autre n'a. Mais Jean-Luc Mélenchon ne saura pas, ne peut pas être élu président de la République. Et voter pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour, c'est-à-dire Marine Le Pen au deuxième. Et c'est même banaliser considérablement le vote Le Pen, parce que beaucoup de gens voteront Le Pen pour ne pas avoir Mélenchon. Donc, moi, je crois que ça, c'est un scénario qui, en réalité, n'existe pas.

On se fait peur avec. Et en réalité, ça bénéficie à l'extrême droite. L'élection de Marine Le Pen, c'est une possibilité. Aujourd'hui, même, c'est elle qui est la favorite très claire du scrutin. C'est un cas un peu différent, parce qu'elle pourrait avoir une majorité puisqu'elle a un parti à 35%.

25:52
Locuteur

Et

25:52
Pierre Moscovici

il y a un troisième scénario, qui est l'élection d'un candidat qui serait issu de la gauche démocratique ou du bloc central, pour le coup, qui parviendrait à faire 50%. Et il faudrait à ce moment-là construire un rassemblement large. Et quand je dis large, je dis très large.

26:08
Locuteur

C

26:08
Pierre Moscovici

'est-à

26:08
Locuteur

-dire

26:08
Pierre Moscovici

qu'en réalité, il faudra quand même faire une chose qu'on n

26:10
Locuteur

'a

26:10
Pierre Moscovici

pas faite ni en 2002, ni en 2002, ni en 2017. C'est-à

26:14
Locuteur

-dire

26:14
Pierre Moscovici

que les électeurs qui votent pour le président soient tous représentés dans une coalition. Apprendre à gouverner ensemble, à gouverner largement. C'est très compliqué. C'est un art même. Mais c'est l'art du dépassement,

26:24
Locuteur

c

26:24
Pierre Moscovici

'est l'art du rassemblement. Et c'est peut-être un art qu'on doit réapprendre en France, parce que sinon, si on est à la fois fracturé et divisé, et incapable de se parler, alors à

26:32
Locuteur

ce

26:32
Pierre Moscovici

moment-là, on aboutit à ce qui se passe aujourd'hui. C'est-à

26:34
Locuteur

-dire

26:34
Pierre Moscovici

une France ingouvernable, et une France qui s'endette sans arrêt, car n'est pas capable de diriger ses politiques publiques. Alors, justement, l'absence

26:41
Présentateur

de direction des politiques publiques, puisque l'une des raisons pour lesquelles les politiques passent pour décrédibiliser en France, en tout cas ceux qui n'ont jamais gouverné, ceux qui ont gouverné, pardon, et qui ont donc contribué à l'accroissement de la dette, c'est le fait que cette dette soit aussi importante, et qu'elle passe pour insupportable à ces politiques qui en ont été eux-mêmes les responsables. Pierre Moscovici.

27:05
Pierre Moscovici

Écoutez, vous savez, moi, ce que je constate, c'est deux choses un peu contradictoires. La première, c'est que depuis 1975, la France n'a jamais voté un budget en équilibre. Donc, on pourrait dire tous pareil.

27:16
Locuteur

Et

27:17
Pierre Moscovici

en réalité, quand on regarde d'un peu plus près, ce n'est pas tout à fait exact. Moi, j'ai appartenu à deux gouvernements. J'ai été dans le gouvernement Lionel Jospin, comme ministre des Affaires européennes, pendant cinq ans, de 1997 à 2002, et j'ai été moi-même ministre des Finances de 2012 à 2014. Ces gouvernements, je ne dis pas ça parce que c'était des gouvernements de gauche et que la gauche a parfois mieux géré que la droite, c'est que vraiment, on réduit les déficits sans réduire la dette parce que la dette,

27:37
Locuteur

c

27:37
Pierre Moscovici

'est un paquebot, il faut assez longtemps pour que

27:38
Locuteur

ça

27:38
Pierre Moscovici

se réduisait. Quand Lionel Jospin arrive au responsable de 1997, le déficit était à 4%. Quand il quitte le pouvoir, c'est 1,5%. Quand j'arrive à Bercy en 2012, le déficit était à 5,2%. Quand je quitte Bercy, deux ans après, c'est 3,9%.

27:54
Locuteur

Et

27:54
Pierre Moscovici

ce que je constate, malheureusement, c'est qu'à la fois sous l'effet des crises, parce qu'il

27:57
Locuteur

y a

27:57
Pierre Moscovici

eu la crise Covid, dubitablement, qui a joué son rôle, mais aussi par une sorte de... La crise Covid,

28:02
Locuteur

c

28:02
Pierre Moscovici

'est pas... C'est 250 milliards. C'est ce que j'allais vous dire. J'ai dit sous l'effet des crises, mais parfois on dit que

28:08
Locuteur

c'est

28:08
Pierre Moscovici

la crise Covid. Ce n

28:08
Locuteur

'est

28:08
Pierre Moscovici

pas que la crise Covid. Depuis 10 ans, on a perdu le contrôle de nos finances publiques.

28:12
Locuteur

Il

28:12
Pierre Moscovici

faut

28:12
Locuteur

le dire.

28:13
Présentateur

Pardon,

28:14
Locuteur

Pierre. C'est comme si, juste pour que les auditeurs comprennent les liens. Les 10

28:16
Pierre Moscovici

dernières années sont responsables de 1 300 milliards d'euros de dette. C'est-à

28:21
Locuteur

-dire

28:21
Pierre Moscovici

que la dette a augmenté de 50% en 10 ans.

28:23
Locuteur

Et sur ces 1 350, je peux rappeler le chiffre... Pour

28:26
Pierre Moscovici

la

28:26
Présentateur

crise Covid, oui. Voilà.

28:28
Locuteur

C'est-à-dire que la

28:29
Présentateur

crise Covid, c'est un cinquième de l'accroissement de la dette depuis l'élection d'Emmanuel Macron.

28:34
Pierre Moscovici

Et oui. Et si vous voulez, ça veut dire qu'à partir de ce moment-là, la dette publique n'a pas du tout été considérée comme une priorité. Pas du tout. Et on a fait des choses.

28:42
Locuteur

Pourquoi ? Parce que vous avez été président de la... J'ai été président de la courte. Et

28:47
Pierre Moscovici

j'ai analysé les choses. Je crois que j'ai beaucoup, beaucoup, pour le coup, tiré la sonnette d'alarme pendant ces années-là. Quand c'est arrivé la crise Covid, j'ai validé au nom de la courte des comptes. On a dit, OK, quand des vies humaines sont menacées, quand des entreprises doivent être protégées, quand le système social doit être préservé, on fait quoi qu'il en coûte. Bon, ça... OK.

29:05
Locuteur

Donc il reste

29:06
Présentateur

1 100 milliards

29:07
Locuteur

d'accroissement. Le

29:07
Pierre Moscovici

bouclier énergie qui s'est en suivi a été, pour moi, une folie. Ça a coûté 70 milliards d'euros. Ça a bénéficié essentiellement aux énergéticiens. Nous sommes le seul pays qui a financé, au fond, l'inflation par le contribuable. Et puis,

29:22
Locuteur

après... L'autre

29:23
Présentateur

bouclier,

29:23
Locuteur

le bouclier

29:24
Pierre Moscovici

2023-2024, il a coûté 18 milliards de plus. Oui. Mais après, on entre dans autre chose. Les années 2023-2024, c'est celles que j'ai appelées les années noires des finances publiques, que j'étais encore premier président de

29:35
Locuteur

la

29:35
Pierre Moscovici

Cour des comptes, parce que là, on voit qu

29:37
Locuteur

'on

29:38
Pierre Moscovici

perd le contrôle. C'est-à-dire, il n'y

29:39
Locuteur

a

29:39
Pierre Moscovici

plus de rentrées fiscales suffisantes et les dépenses publiques continuent de croître. Et on ne sait pas très bien pourquoi. Parce qu'au fond, le Covid, c'est une crise. C'est une crise sanitaire.

29:49
Locuteur

Je l'ai isolé. Il me reste 1.150. Non, mais attendez, attendez, Guillaume Erdère.

29:53
Pierre Moscovici

Après, vous avez une crise énergétique. J'enlève 100 milliards. Oui.

29:57
Présentateur

Je vous fais un prix. Donc,

29:58
Locuteur

il me reste

29:58
Présentateur

1.050

29:59
Locuteur

milliards.

29:59
Présentateur

Mais si vous voulez,

30:01
Locuteur

c

30:01
Présentateur

'est dans cette affaire...

30:03
Locuteur

Non, mais

30:03
Présentateur

il reste... Non, non, mais je le dis en souriant, mais la situation est compliquée. Il reste 1.000 milliards de dettes de plus à expliquer sous les

30:12
Locuteur

10 ans

30:12
Pierre Moscovici

d'Emmanuel Macron. La première partie de notre entretien, 2027, sera la cinquième année consécutive où nos déficits sont supérieurs à 5% du PIB. Et la

30:22
Locuteur

cinquième année consécutive... Pourquoi,

30:24
Présentateur

Kéroscovici ?

30:24
Pierre Moscovici

Mais parce que nous avons perdu le contrôle sur

30:27
Locuteur

nos finances publiques. Ça

30:28
Pierre Moscovici

veut dire que nous ne comptons plus d'une certaine façon. Le quoi qu'il en coûte, c'est généralisé. La politique du chéquier,

30:34
Locuteur

c

30:34
Pierre Moscovici

'est généralisé. Mais tout le monde

30:35
Locuteur

est

30:35
Pierre Moscovici

mécontent. Mais c'est bien pour ça que je suis... Moi, je crois que les Français, aujourd'hui, sont tout à fait conscients qu'il faut réduire la dette. Après, il y a deux choses. Il y

30:43
Locuteur

a

30:43
Pierre Moscovici

un problème de pédagogie politique. Il faut arriver à expliquer pourquoi elle a augmenté et comment on la diminue. Et pour moi, il y

30:49
Locuteur

a

30:49
Pierre Moscovici

une chose qui est très claire, c'est qu'on doit faire un mélange harmonieux entre de la fiscalité nécessaire, mais le moins possible, à commencer par une fiscalité sur les plus riches et une maîtrise de la dépense publique qu'on n

31:00
Locuteur

'a

31:00
Pierre Moscovici

pas engagée. Quand j'étais président de

31:02
Locuteur

la

31:02
Pierre Moscovici

Cour des Comptes, j'ai proposé ce qu'on appelait l'évaluation des politiques publiques.

31:05
Locuteur

Il

31:05
Pierre Moscovici

faut retirer des conséquences. On peut prendre plusieurs exemples. Je vais prendre l'exemple du crédit d'impôt recherche. Tout le monde sait qu'il coûte trop cher et qu'il peut être réduit. Pourquoi on ne le fait pas ? Deuxième exemple, le pacte du treil, vous savez, sur les...

31:16
Locuteur

Le pacte de

31:16
Présentateur

transmission des entreprises

31:17
Locuteur

qui a

31:17
Pierre Moscovici

été en grande partie dévoyé. Il a été dévoyé parce qu'il coûte 800 millions d'euros en 2020. Et on peut le réduire. Et puis, on peut faire des économies sur l'assurance maladie sans pour autant pénaliser l'assuré social que nous sommes, d'une politique de prévention, la réduction du coût des transports médicaux, une politique de passage des médicaments originaux aux médicaments génériques. Et enfin, il

31:45
Locuteur

y a

31:45
Pierre Moscovici

la question des retraites. Et sur les retraites, il faudra une réforme. Une réforme qui n'est pas forcément injuste, qui prend en compte la pénibilité, les différences de santé, les différences entre les hommes et les femmes. Mais une réforme qui ne passe pas non plus forcément par un relèvement de l'âge légal, mais qui passe par des efforts qui sont faits

32:02
Locuteur

de

32:02
Pierre Moscovici

manière consentie. Tout ça, si on ne le fait pas, si on ne le fait pas, la France arrivera dans un mur.

32:09
Locuteur

C

32:09
Pierre Moscovici

'est-à

32:09
Locuteur

-dire

32:09
Pierre Moscovici

qu'il arrivera à un moment où nous ne pourrons plus financer en effet nos politiques publiques. Et tout ce que vous avez dit, Stéphane Robert, eh bien en effet, le changement climatique, le vieillissement démographique, la frontière technologique, la géopolitique, on sera, pardon, à poil pour le faire parce qu'on n'aura plus d'argent. Quand tu n'as pas d'argent, si populaire, il faut retrouver les marges de manœuvre, donc se désendetter pour pouvoir investir dans l'avenir et

32:32
Locuteur

agir. De votre point de vue,

32:33
Invité

c'est le fruit d'une volonté politique ou c'est un problème de défaut de gestion de l'actuel exécutif

32:38
Locuteur

?

32:39
Pierre Moscovici

Je pense qu'il y a eu un pari optimiste qui a été fait par Emmanuel Macron et par l'exécutif depuis 2017 qui était au fond, on fait une politique de l'offre qui va générer sa croissance et la croissance elle-même va engendrer des recettes et les recettes vont réduire les déficits. Malheureusement, ça ne

32:56
Locuteur

s

32:56
Pierre Moscovici

'est pas passé comme ça. C

32:57
Locuteur

'est

32:57
Pierre Moscovici

-à

32:58
Locuteur

-dire

32:58
Pierre Moscovici

que la politique de l'offre a eu quelques bénéfices, elle a incontestablement rétabli une partie de

33:02
Locuteur

l

33:02
Pierre Moscovici

'attractivité de la France et à un moment donné même on a recréé les emplois industriels mais ça n

33:07
Locuteur

'a

33:07
Pierre Moscovici

pas duré. Et en réalité, sur le plan économique, nous ne sommes pas non plus dans une bonne situation. Tout à

33:11
Locuteur

l

33:11
Pierre Moscovici

'heure, on a parlé de finances mais la croissance française à 0,4 point de PIB est la plus faible de l'Union européenne aujourd'hui et on ne

33:17
Locuteur

fait

33:17
Pierre Moscovici

pas confiance non plus dans l'économie française et on a une frilosité à la fois dans la consommation et dans l'investissement qui est très forte. Et donc si vous voulez, ce pari optimiste, il n'a pas été gagnant et à côté de ça, on n'a pas suffisamment fait attention à la gestion de l'État, à la gestion des dépenses publiques. Je le redis, il faut reprendre le contrôle sur notre dépense publique. Ce qui ne

33:36
Locuteur

veut

33:36
Pierre Moscovici

pas dire faire de

33:36
Locuteur

l

33:36
Pierre Moscovici

'austérité, c'est-à

33:37
Locuteur

-dire

33:37
Pierre Moscovici

simplement gérer à l'euro près l'argent de l'État, l'argent de la sécurité sociale,

33:42
Locuteur

l

33:42
Pierre Moscovici

'argent des collectivités locales.

33:43
Locuteur

Vous

33:43
Pierre Moscovici

pensez que

33:44
Locuteur

ça

33:44
Pierre Moscovici

suffira parce que

33:44
Présentateur

grosso modo, aujourd'hui, premier poste de dépense, les retraites, la sécurité sociale à l'intérieur de laquelle il y a un certain nombre de dépenses, vous parlez des transports, etc. Mais en réalité, ce sont les affections longue durée qui coûtent le plus cher. Oui. Donc ces

34:05
Locuteur

deux postes-là, ce sont des postes...

34:06
Pierre Moscovici

Il

34:06
Locuteur

y

34:06
Pierre Moscovici

a aussi la fraude à l'assurance maladie qui coûte quand même à peu près 5 milliards d'euros par an. Vous savez, la Cour des comptes avait fait un rapport il y a deux ans, à ma demande, qui montrait qu'on pouvait économiser sur l'assurance maladie sans que l'assuré soit touché en quoi que ce soit à 20 milliards d'euros en 5 ans. Encore une fois, mieux gérer. Pas

34:24
Locuteur

faire

34:24
Présentateur

l'hôtel ici. Vous ne

34:25
Locuteur

vous

34:25
Présentateur

en sortirez pas uniquement avec des

34:28
Locuteur

réformes de bonne

34:28
Présentateur

gestion.

34:29
Pierre Moscovici

Je vais vous dire. D'abord, la première chose qu'il faut, c'est retrouver une majorité politique, probablement de coalitions, qui soit capable d'avoir un programme, un projet qui soit très clair et qui mette l'endettement comme une condition sine qua non. Sauf si un parti majoritaire arrive.

34:45
Locuteur

Sauf

34:45
Présentateur

si un parti majoritaire arrive. Mais... Je crois avoir vu dans le programme du Rassemblement National une règle

34:49
Locuteur

d

34:50
Pierre Moscovici

'or budgétaire. J'ai vu ça. Vous en pensez quoi ?

34:53
Locuteur

Je

34:53
Pierre Moscovici

pense beaucoup de choses du programme du Rassemblement National

34:56
Locuteur

et

34:56
Pierre Moscovici

je dois le dire, je reste de ceux qui croient que le Rassemblement National est un danger pour la France et un danger pour l'Europe. Ce serait pour moi la fin de l'Union Européenne. Leur programme économique, quand on regarde les détails, ne tient absolument pas la route et puis je suis attaché à l'état de droit passionnément, je souhaite une certaine forme de cohésion sociale. Bref, on l'aura compris, ce n

35:14
Locuteur

'est

35:14
Pierre Moscovici

pas ma tasse de thé. Mais disons que le Rassemblement National a compris quelques phrases magiques. Après, son programme, il faut le regarder dans le détail, ce n

35:21
Locuteur

'est pas mon rôle. Il ne paraît pas... En substance, Marine Le Pen

35:25
Présentateur

explique qu'elle est aujourd'hui consciente de l'endettement français et de la nécessité. Elle propose un désendettement jusqu'à 60%

35:35
Pierre Moscovici

d'être sur le

35:36
Locuteur

PIB.

35:37
Présentateur

Je

35:37
Locuteur

n'ai pas fait les calculs, mais ça doit être

35:39
Pierre Moscovici

2060 à

35:39
Locuteur

peu près.

35:39
Pierre Moscovici

Quand j'étais président à la Cour des Comptes, je rencontrais dans mes fonctions Marine Le Pen régulièrement et j'ai vu, honnêtement, nous avons eu des échanges là-dessus qui étaient parfois assez musclés, qui avaient pris conscience du phénomène. Mais prendre conscience de la question, ce n

35:51
Locuteur

'est

35:51
Pierre Moscovici

pas forcément par la réponse. Et tant que quand on regarde le programme qu'ils ont déposé, on voit que la croissance est quand même très surestimée. Là encore, pari optimiste, que les recettes sont aussi surestimées, que les économies en dépense sont sous-estimées. Mais il n

36:05
Locuteur

'y a

36:05
Pierre Moscovici

pas que ça, si vous voulez, dans cette affaire. Ce que je crois, c'est qu'il faut d'abord une majorité, ensuite il faut donner un cap, une trajectoire. Ça fait tellement longtemps que nous racontons aux marchés ou aux Européens « Voilà, on va réduire. » Et puis ça ne se passe jamais comme ça. Nos lois de programmation de finances publiques, elles ne sont jamais exécutées. Donc la majorité, le cap, la reprise du contrôle sur la dépense publique, fondamentale.

Et enfin, quand même, il faudra un budget européen puisque c'est en négociation d'ici à la fin de cette année ou plus probablement l'année prochaine, qui soit ambitieux et qui justement soit un budget qui permette d'investir dans l'avenir. Vous savez, il y a un ancien président de la Banque Centrale Européenne, ancien Premier ministre italien, Mario Draghi, qui a sorti un rapport il

36:43
Locuteur

y

36:43
Pierre Moscovici

a deux ans qui est fondamental pour nous tous, qui dit que nous avons besoin de 1 200 milliards d'euros d'investissements supplémentaires en Europe pour précisément décarboner l'économie, pour nous défendre et pour atteindre la frontière technologique. Et ça, c'est des choses qu'on doit faire ensemble. Je ne

37:00
Locuteur

suis

37:00
Pierre Moscovici

pas ici pour dessiner un programme. Je pense que les choses seront lentes, qu'elles seront compliquées mais qui font qu'on donne des signaux très clairs de ceux des endettés. On n

37:08
Locuteur

'a

37:08
Pierre Moscovici

pas besoin de le faire très vite.

37:09
Locuteur

D

37:09
Pierre Moscovici

'ailleurs, on ne peut pas le faire très vite. On ne peut pas. Mais il faut quand même que la pente s'inverse fortement et

37:15
Invité

rapidement. Stéphane Romer. Est-ce qu'il n'y aura pas, quoi qu'il arrive, un effet déceptif de la séquence électorale qui arrive, présidentielle, législative ? Parce qu'on va faire quoi.

37:23
Pierre Moscovici

Déceptif. Je ne sais pas tout le monde sent bien que c'est une élection qui est à la fois fondamentale et très compliquée. Parce que ni du point de vue des candidats, en effet, qui ne sont pas approuvés majoritairement, il n

37:39
Locuteur

'y a

37:39
Pierre Moscovici

pas d'effet waouh pour qu'ilconque, ni du point de

37:42
Locuteur

vue

37:42
Pierre Moscovici

des programmes, c'est très convaincant. Donc, il faudra quand même ensuite bâtir quelque chose sur la base des résultats de l'élection. Les marges de manœuvre sont très limitées. Très limitées. Mais...

37:51
Locuteur

Ça,

37:51
Pierre Moscovici

c'est

37:51
Locuteur

vous

37:51
Présentateur

qui dites l'effet waouh chacun juge.

37:54
Pierre Moscovici

Je parlais simplement de ce baromètre qui m'intéresse aussi de clusters, qui montre qu'en effet le rejet est plus fort que l'adhésion. Ça, c'est

38:01
Locuteur

une chose.

38:02
Présentateur

En tout cas, comme le disait Stéphane Robert, il y a bien, en tout cas, une position de défaut, d'hostilité. Je parle tout simplement de la colère sociale en France qui s'exprime. Est-ce que vous pensez que cette colère va s'apaiser si elle ne s'apaisse pas combien de temps cette situation peut-elle durer Pierre Moscovici

38:22
Locuteur

?

38:22
Pierre Moscovici

Écoutez, je ne lis pas dans le mar de café. Moi, ce qui me préoccupe beaucoup, tout à l'heure, je suis un père, un jeune enfant et je pense à son avenir. C'est vraiment ce qui me détermine à peu près en tout. Je vois cette crise qui est une crise à la fois scolaire et étudiante parce que maintenant, en réalité, avec Parcoursup, la jonction se fait à travers ça. Je vois les enfants qui constatent que les locaux sont dégradés, qu'il n

38:43
Locuteur

'y a

38:43
Pierre Moscovici

pas assez de profs. Je vois un stress chez les jeunes qui est absolument monumental, une souffrance psychologique qui existe et je me dis qu'il faut peut-être qu'on change de méthode, c'est-à

38:52
Locuteur

-dire

38:52
Pierre Moscovici

qu'on soit capable d'avoir une vaste discussion sur ce qu

38:55
Locuteur

'est

38:55
Pierre Moscovici

notre système scolaire et notre système éducatif. Changer Parcoursup, ça ne suffira pas. Je pense qu'il faudra surtout réfléchir à l'orientation de nos jeunes, à mettre en connexion le lycée, l'université et puis enfin, il faut une politique de mixité sociale et scolaire. Je crois que, si vous voulez, en fait, ce pays crève de ne pas avoir des réformes profondes. Il crève d'une certaine façon de la présidentialité, c

39:16
Locuteur

'est

39:16
Pierre Moscovici

-à

39:16
Locuteur

-dire

39:16
Pierre Moscovici

de décisions qui sont imposées d'en haut et puis ensuite, on fait n'importe quoi.

39:19
Locuteur

Vous

39:19
Pierre Moscovici

savez, Jean-Michel Blanquer, j'ai de l'estime pour lui. C'est un homme qui a travaillé, il a fait des réformes. Enfin, il y a 445 options pour le bac. Comment voulez-vous qu'on s'y retrouve ? La réforme du bac a diminué la place des maths alors qu'on a besoin aujourd'hui d'aller vers la frontière technologique. Et Parcoursup, Parcoursup a créé des frustrations et du stress, même si c'était mieux que ce qui existait avant. Et donc, si vous voulez, il faut quand même changer de paradigme. Ce pays crève si

39:48
Locuteur

je

39:48
Pierre Moscovici

suis un social-démocrate, la réforme, pour moi, ce n

39:50
Locuteur

'est

39:50
Pierre Moscovici

pas un mot qui signifie l'austérité ou la punition. C'est un mot qui veut dire le progrès. La réforme, c'est un progrès. Un progrès si elle est faite avec les Français.

39:58
Locuteur

Vous

39:59
Pierre Moscovici

allez faire la campagne du Parti Socialiste, Pierre Moscovici ? Non, je ne fais pas de campagne partisane, mais je donnerai mes idées qui sont celles de quelqu'un qui quand même se situe dans cet univers-là, c'est-à-dire celui de la gauche démocratique social-démocrate qui est la mienne depuis toujours,

40:18
Présentateur

Merci Pierre Moscovici, ancien premier président de la Cour des Comptes française, ancien ministre et commissaire européen, membre des missionnaires de la Cour des Comptes européennes. 8h40 sur France Culture.

40:31
Locuteur

La

40:32
Présentateur

question qui se

40:32
Locuteur

pose... Un

40:34
Présentateur

mot pour... J'attendais un jingle, mais c'est la radio et le jingle n'aura pas lieu. Je voulais profiter de ces quelques moments pour rendre hommage à Antoine Spire qui nous a quittés lundi à l'âge de 80 ans. C'était une grande voix de France Culture. Il était né à Paris donc en 1946. Il a tout d'abord milité au Parti communiste, il a travaillé aux éditions sociales et de 1976 à 1999, il a été donc dans ses studios, il a animé le panorama Voix du silence consacré aux droits de l'homme puis Staccato, un magazine de débat.

Il a été éditeur, auteur de L'Obsession des Origines, il a été l'interlocuteur de Bourdieu, de Moscovici, Moscovici, votre père, Pierre Moscovici, de Derrida, de Steiner, il a été également vice-président de la LICRA, puis président du Pen Club français. On va écouter un extrait, écouter la voix d'Antoine Spire.

41:34
Locuteur

La

41:35
Présentateur

question qui

41:36
Invité

se pose quand on parle de la responsabilité, c'est le rapport qu'il y a entre déterminisme et liberté.

41:43
Locuteur

Les

41:43
Invité

jeunes qui ont brûlé des bagnoles et qui se sont insurgés dans un certain nombre de quartiers en France,

41:50
Locuteur

sont

41:51
Invité

-ils responsables

41:52
Locuteur

ou

41:53
Invité

pas

41:53
Locuteur

? Et

41:54
Invité

en quelle mesure sont-ils responsables

41:55
Locuteur

?

41:56
Invité

Vous avez ceux qui vont dire ils sont déterminés par leur situation sociale et ils sont déterminés par la culture qui est la leur,

42:08
Locuteur

ils

42:08
Invité

sont déterminés par leur histoire, ils sont dans des cités ghettos, etc. Vous connaissez la chanson. Et puis, il y a ceux dont vous connaissez aussi la chanson

42:16
Locuteur

qui

42:17
Invité

est, écoutez, quand même, c'est incroyable, il faut qu

42:20
Locuteur

'on

42:20
Invité

ramène l'ordre, c'est quand même insupportable,

42:23
Locuteur

on

42:23
Invité

ne

42:23
Locuteur

peut

42:23
Invité

pas tolérer que ces types foutent le désordre, etc. Ils sont responsables à 100% et il faut sévir et qu

42:29
Locuteur

'on

42:29
Invité

leur foute de la prison

42:30
Locuteur

ferme.

42:31
Présentateur

Bon. On

42:32
Locuteur

a ces deux discours. Sa

42:33
Présentateur

voix, une voix importante est pour France Culture, pour la relation qu'il avait nouée avec vous, auditrices et auditeurs. Vous savez, la radio, c'est un média intime, c'est une petite boîte qui vous suit partout, dans la cuisine, dans la salle de bain, jusque dans votre chambre. Antoine Spire,

42:49
Locuteur

c

42:49
Présentateur

'était une voix forte, engagée, qui aimait la discussion, une voix généreuse. C

42:53
Locuteur

'est

42:53
Présentateur

un homme qui ne vivait que lorsque le rouge était mis, qui considérait que le studio était un lieu où il était bien, il était à son aise, il avait envie d'y vivre. Un studio, c'est chaud, c'est chaleureux. Et c'est dans ce studio que Spire faisait face à la régie avec une vitre, parce qu'il y

43:08
Locuteur

a

43:08
Présentateur

une vitre qui

43:09
Locuteur

nous

43:09
Présentateur

sépare de la régie. Je regarde d'ailleurs mes camarades de la régie et c'est par cette vitre qu'il observait la France et le monde. Il a été essentiel pour vous, auditeurs, il l'a été aussi pour beaucoup de mes camarades. Je peux en citer trois, Emmanuel Laurentin, Nicolas Demorand, Jean Birnbaum. Spire, les amis, au micro, comme ça, sur un coup de tête ou un coup d'oreille, parce qu'il avait beaucoup d'oreilles. Ça ne s'est pas bien terminé pour lui à France Culture. En 1997, je l'ai dit, il avait créé Staccato, un magazine quotidien de débat, deux heures en fin d'après-midi, où chercheurs, écrivains et spécialistes venaient confronter leur analyse.

L'émission avait indéniablement son public et en 1999, une direction a décidé de supprimer l'émission avec un motif engagement idéologique.

43:55
Locuteur

Vous

43:55
Présentateur

voyez, ça fait longtemps qu'on entend les mêmes thèmes. On lui reprochait au fond ce qui faisait sa voix. C

44:01
Locuteur

'est

44:01
Présentateur

une décision qui a fait scandale. On a parlé de censure, mais il a quitté la radio. Il l'a quitté sans le vouloir. Et tout ça, évidemment, l'a peiné. Lui qui était un bouffeur de micro qui était surtout bien face à la bonne haine. Ça, le petit boule en mousse

44:16
Locuteur

qu

44:17
Présentateur

'il y a sur le micro. Et beaucoup de femmes de radio sont heureux quand ils voient cette petite boule de mousse. Voilà, je voulais rendre hommage à Antoine Spire. 8h44 à 8h45. Eh bien, vous aurez droit au journal de Marion Ferrer.