Grand débat des idées, le direct : Emmanuel Macron échange avec des intellectuels
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 58 %Attaque 20 %Défensif 22 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 68 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 10:34OuverteRéponse directe
Monsieur le Président, avant de nous interroger sur la crise de la civilisation, nous allons revenir sur ce qui se passe depuis 4 mois dont les événements de samedi semblent à la fois le couronnement et peut-être une simple étape.
- 13:48OuverteRéponse directe
Monsieur le président de la République, une réaction ?
- 16:11OuverteRéponse directe
Merci, Dominique Médard. Une réaction, M. le Président de la République.
- 23:45OuverteRéponse directe
Pour prolonger un peu cette discussion, ce que je vous propose, c'est de prendre peut-être un tout petit peu de recul sur les grandes transformations que le capitalisme contemporain est en train de connaître.
- 28:41OuverteRéponse directe
Daniel Cohen, une réponse, M. le Président de la République.
- 40:29OuverteRéponse directe
Réaction des économistes sur les idées fiscales et sociales évoquées ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 9:30InvitéFait
« ceux qui ont été sur les Champs-Elysées ne disent même... Enfin, ils disent une part, et j'y reviendrai de ce mal, mais ils ne disent pas ce qui a initié cette crise, ou ce qu'il a dit plus profondément, ce sont des gens qui veulent détruire les institutions. »
- 16:54InvitéFait
« Je pense par exemple à la note du FMI, du département de la recherche du FMI, en 2016, la note intitulée « Le néolibéralisme est-il surfait ? » »
- 18:05InvitéFait
« Vous aviez parlé au moment de la campagne présidentielle d'un très grand plan d'investissement, on a parlé de 57 milliards, et puis on n'en a plus entendu parler. »
- 18:10InvitéChiffre
« On sait que les chiffres, c'est à peu près 20 milliards par an qui seraient nécessaires pendant plusieurs années pour passer ce cap. »
- 19:45InvitéFait
« ça a été la réponse française de Nicolas Sarkozy à la crise de 2008-2010. Quand je regarde les pays européens, il est le seul, la France est le seul à avoir fait un grand plan d'investissement. »
- 19:56InvitéFait
« Je regarde dix ans après, on a plus de chômage que ceux qui ne l'ont pas fait et on a plus de déficit public. »
- 20:16InvitéFait
« Le scandale sur le sujet climatique est que nous avons accumulé une dette que nous commençons à payer, que nous allons léguer à nos enfants. »
- 21:01InvitéFait
« si c'était ce qui rend plus heureux ou plus fort, ça se serait vu, on est parmi les premiers mondiaux. »
- 26:48InvitéFait
« avec une croissance de 1% l'an, par exemple, la part du capital hérité ne va cesser de croître puisque le rendement du capital est beaucoup plus élevé que ce taux de croissance. »
- 27:02InvitéChiffre
« aujourd'hui, on est déjà, comme vous le savez, dans un capitalisme quasiment d'héritier puisque les 2 tiers du capital, du patrimoine détenu en France est hérité alors que c'était moins de 45% au début des années 70. »
- 35:33InvitéFait
« Pas du tout sur l'idée d'un revenu universel, mais sur les conditionnalités de celui-ci. »
- 39:09InvitéChiffre
« Nous, on a à peu près 450 niches pour un total de 100 milliards d'euros. »
- 42:08PrésentateurChiffre
« Ce que nous perdons, c'est quelque chose comme 10 milliards là-dessus. »
- 43:09PrésentateurChiffre
« Le 1% supérieur a gagné quelque chose comme 5-6 points de revenus dans les mesures qui ont été prises. »
- 59:14PrésentateurChiffre
« 2018, c'est la douzième année consécutive dans laquelle la France enregistre un déficit de balance courant. »
- 1:06:30PrésentateurFait
« le climat que nous vivons aujourd'hui est vraiment marqué par un réchauffement de 1 du 10ème degré par décennie. »
- 1:30:40PrésentateurFait
« le projet commun dont vous parlez, il est à mon avis possible mais il est forcément complexe »
- 1:32:10InvitéFait
« notre société est fragmentée, individualiste, beaucoup de solitude »
- 1:33:51InvitéFait
« l'image que l'on peut avoir du système politique, c'est bien connu, c'est vous occupez une place forte au centre »
- 1:35:14InvitéFait
« tout était vermoulu, c'est un vieux monde »
- 1:48:27InvitéFait
« les réformes qu'on a passées en début de quinquennat redonnent un pouvoir extrêmement fort aux organisations syndicales »
- 1:50:30InvitéFait
« on doit garder une part d'autorité de rapport à la décision »
- 1:59:04PrésentateurFait
« ça coûte de l'argent parce que il va y avoir des gagnants qui prennent l'argent sans rien dire et puis des perdants qui vont hurler »
- 1:59:07PrésentateurFait
« ça coûte de l'argent parce que il va y avoir des gagnants qui prennent l'argent sans rien dire et puis des perdants qui vont hurler »
- 1:59:13PrésentateurFait
« est-ce que moi j'investis là-dessus mon capital politique »
- 2:04:15InvitéFait
« on ne croule pas sous le capital productif »
- 2:04:32InvitéFait
« ces 20 dernières années de chômage qui est pour moi la pire des inégalités dans notre pays entre les deux pays grands pays voisins que sont la France et l'Allemagne »
- 2:07:25PrésentateurFait
« la France a du chômage la France est endettée moins compétitive »
- 2:10:49InvitéFait
« une véritable crise de la démocratie »
- 2:14:03InvitéFait
« les enfants juifs ne peuvent pas fréquenter toutes les écoles publiques parce que leur sécurité ne peut pas être assurée »
- 2:26:45PrésentateurChiffre
« moyenne d'âge 60 ans 5% de jeunes »
- 2:27:30PrésentateurChiffre
« 35% des jeunes considéraient »
- 2:27:35PrésentateurChiffre
« 35% des jeunes considéraient étaient d'accord avec l'affirmation suivante : certaines personnes usent de la violence pour défendre leurs intérêts »
- 2:27:50PrésentateurChiffre
« 20% de l'ensemble des français mais 35% des jeunes »
- 2:31:32InvitéFait
« les jeunes qui ont entre 18 et 25 ans c'est la difficulté de mener des réformes ou de procédure des changements ils sont le fruit d'un système éducatif qui était celui qu'ils ont connu il y a 5, 10 ou 15 ans »
- 2:32:13InvitéFait
« notre système scolaire il était surtout formidablement fait pour être déterministe sur le plan des choix c'est-à-dire ces vies empêchées qu'on évoquait tout à l'heure »
- 2:34:46InvitéFait
« dans certains départements où on a des élèves qui parce qu'ils sont juifs ne peuvent plus rester à l'école et sont poussés dehors phénomène d'ailleurs qui était insidieux parce qu'on ne le dit pas c'est pas dénoncé »
- 2:35:16InvitéFait
« proposition de loi dite gâtel qui nous a d'ailleurs permis lorsque certaines écoles ne respectaient pas ces règles de pouvoir les fermer ce qui n'était pas possible jusqu'alors »
- 2:35:32InvitéFait
« 1905 et rien que 1905 »
- 2:35:56InvitéFait
« un principe de la République qui assure la liberté de chacun et la protège »
- 2:38:20InvitéFait
« certains ont parlé d'insécurité culturelle mais il y a au fond dans notre pays quelque chose qui se vit où on mélange le fait cultuel le fait culturel le fait migratoire »
- 2:40:14InvitéFait
« où vous avez un conservatisme croissant au sein de beaucoup de ces religions et même des pays où il y avait autant de musulmans il y a 30 ans et aujourd'hui qui étaient des pays où le voile avait disparu »
- 2:41:20InvitéFait
« ce ne sont pas des gens qui vont conduire au terrorisme mais qui ont une vision très conservatrice et de type politique de l'islam »
- 2:41:51InvitéFait
« il ne s'agit pas de dire on a enseigné en quelque sorte un catéchisme de la république »
Temps de parole
- Présentateur37 %
- Invité37 %
- ?6 %
- Invité 25 %
- Invité 34 %
- Invité 43 %
- Invité 53 %
≈ 53,7 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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On
est à l'heure, 18h20.
Moi,
j'écoute la radio.
Oui,
Hervé. Merci beaucoup, Hervé. Merci beaucoup. Effectivement, nous sommes en direct depuis l'Elysée, depuis la salle des fêtes de l'Elysée avec ses 64 intellectuels et un président de la République, des ministres également qui sont autour de nous. C'est quelque chose d'absolument inédit dans le cadre de ce grand débat.
Un
exercice absolument inédit qui va pouvoir se prolonger en direct sur l'antenne de France Culture, sur le site de France Culture jusqu'à minuit. Alors, après, on a du temps, mais ça sera uniquement sur le site. Je le précise pour les auditeurs et pour ceux qui sont autour de moi, Hervé. Alors, une seule règle, évidemment, la liberté. C'est évident, mais autant le préciser. Tous les intellectuels, tous les chercheurs, tous les universitaires qui sont autour de moi, chaque catégorie n'étant pas exclusive des autres, sont évidemment libres
des
propos qu'ils vont tenir, des remarques, des questions qu'ils vont adresser, ou bien au président de la République, ou bien des commentaires généraux. Et pour commencer, monsieur le président de
la
République, bonsoir. C'est vous qui avez eu l'idée de cet exercice, vous qui avez lancé les invitations.
C
'est France Culture, donc, qui va retransmettre ce grand débat et l'animer. C'est normal, c'est notre rôle de faire vivre le débat d'idées, mais avant tout, puisque vous êtes un président libre, est-ce que vous pouvez nous expliquer pourquoi vous avez souhaité cet exercice
? Merci
beaucoup, et bienvenue, bienvenue à toutes et tous, et merci d'être présent ici.
J
'ai en effet souhaité, en début de cette année, lancer
ce
grand débat national, qui est un exercice un peu inédit,
au
vu de la situation que
nous
vivions. Conscient du fait qu'au fond, cette situation
n
'était que le symptôme de quelque chose de plus profond,
et
qu'on avait besoin d'y réfléchir collectivement, et peut-être de retrouver d'autres formes de vitalité
dans
notre démocratie.
Et
c'est d'ailleurs ce qui vit sur le terrain. Moi, j'ai eu l'occasion d'échanger avec des maires, avec des jeunes, avec différents forums divers et variés, mais nos concitoyens ont eu énormément de réunions entre eux pour faire remonter des idées, des propositions.
Et
au fond, dans ce grand débat,
il
y a évidemment des choses qui en sortiront. Il y
a
une impatience, d'ailleurs, qui est en train aujourd'hui de pointer son nez en disant qu
'on
attend les mesures.
Mais je
dirais que
ce
n
'est
pas ce qui m'intéresse, moi, le plus.
C
'est que je pense qu'on a accumulé beaucoup de choses non dites,
et
qu'on a eu tendance ces dernières années, pour ne
pas
dire ces dernières décennies, à n'avoir un traitement
que
symptomatique des mots qu'on connaissait. Il y
a
un problème, donc il y
a
forcément des décideurs qui ont une solution, qui répond au problème. Le problème étant toujours le problème apparent, c'est-à-dire le symptôme qui se révélait.
Ce
qui est d'ailleurs intéressant, d'un point de vue strictement démocratique, c'est que depuis le début du grand débat, les problèmes ont changé. Le mal a migré. Le symptôme, au début, n'était que le pouvoir d'achat. Ensuite,
c
'est devenu uniquement démocratique, et ce fut le RIC. Et puis, c'est devenu d'autres sujets. Certains ont dit, vous voyez bien que le sujet n'est plus environnemental. Dans le débat, et au-delà même du débat, dans beaucoup d'autres pays, le sujet environnemental revient. Et donc, on voit bien que le mal est plus profond, et que ce qu'il y a derrière les symptômes, c'est quelque chose qu'il nous faut caractériser, qui est une des sources du malheur français. Alors, est-ce qu'il est strictement politique ? Est-ce qu'il est d'ailleurs strictement français ? Je ne crois pas. Est-ce qu'il est peut-être civilisationnel, en tout cas très profond ? Je le crois.
Et
donc, pour moi, ce que nous sommes en train de faire collectivement, c'est de redéfinir un projet national et européen.
C
'est ce que nous devons faire.
Et
donc, dans ce cadre, il me semblait nécessaire qu'il puisse y avoir un échange, comme celui que nous avons aujourd'hui,
avec
vous, donc des intellectuels, on n'ose plus prononcer ce mot parfois, on m
'a
beaucoup reproché de
l
'utiliser, c'est-à
-dire
des femmes et des hommes qui sont à la fois engagés dans leur discipline,
sur
le plan de la recherche, de l'université, de leur activité académique,
publier,
enseigner, chercher, etc., mais qui sont aussi, du coup, dans la cité.
Et
donc, moi, ce qui m'intéressait, c'est qu'on puisse avoir un débat extrêmement ouvert sur,
non
seulement la manière dont vous voyez ce moment que vit notre pays, et avec notre pays, d'ailleurs,
le
continent,
mais
aussi les voies et moyens
d
'en sortir.
Je
ne crois pas que ce soit une crise au sens où on pourrait la borner, c'est-à
-dire
dire qu'il y
a
un début et une fin, non.
C
'est-à
-dire
comment on peut, justement, bâtir les réponses à ces grandes transformations, ces grandes transitions que nous sommes en train de vivre.
Et
donc, moi, ce que j'attends, c'est votre part de vérité à chacun, et je veux ici le dire, pas votre part disciplinaire
uniquement.
Enfin, chacune et chacun a évidemment une légitimité qui s'inscrit dans une discipline académique qui fait qu'il est là au début, mais, enfin, pour moi, vous êtes tous des femmes et des hommes
qui
sont nourris par ce que cette discipline a apporté, donc qui ont un regard sur la société dans laquelle nous vivons. Et donc, ce qui m'importe, c'est d'avoir votre regard sur, voilà, ce que vit aujourd'hui la France, comment vous le caractériseriez profondément
au
-delà des symptômes évidents,
et
surtout, comment tirer les fils qui permettent de reconstruire à vos yeux ce projet national et européen. Voilà. Je ne
veux
pas être plus long, moi,
je
n
'ai
d'ailleurs pas vocation à trop intervenir. Ce qui m'intéresse aussi, c'est qu'il puisse y avoir des débats qui se nouent entre les uns et les autres sur les prises de position qui se feront. Alors, il se trouve que nous tenons ce débat.
Je
me suis d'ailleurs beaucoup posé la question pour vous dire les choses. Deux jours après des violences inédites à quelques mètres d'ici, au fond, je me suis dit,
est
-ce que nos concitoyens vont comprendre qu'on tienne ce débat à l'Elysée alors qu'il
y
a eu
ces
terribles événements sur les Champs-Elysées
? Au
carré, oui.
D
'abord, parce qu'il y a de moins en moins de monde qui est dans la rue le samedi, numériquement. Ensuite, parce que ceux qui ont été sur les Champs-Elysées
ne
disent même... Enfin, ils disent une part, et j'y reviendrai de ce mal, mais ils ne disent
pas
ce qui a initié cette crise, ou ce qu'il a dit plus profondément, ce sont des gens qui veulent détruire les institutions. Ce
ne
sont pas des manifestants.
Et
donc, il y
a
eu une réponse d'ordre public sur laquelle nous avons travaillé. Il y
a
eu d'abord une première réponse qui s
'est
faite en décembre, qui a été complétée. Il y a eu des défauts d'exécution. Le Premier ministre avait eu à s'exprimer tout à l'heure. Il a pris des décisions. Mais il me semblait qu'interrompre,
en
quelque sorte, le débat que nous avions prévu, le différer,
c
'était vraiment donner raison à la violence absolue dans la société et dire quand la violence absolue s'exprime
un
jour, on n'aurait plus le droit de réfléchir le jour d'après.
Donc
j'assume totalement
le
caractère, non pas intempestif, de la discussion qu'on va avoir aujourd'hui, mais profondément essentiel, précisément parce que je ne veux pas réduire la vie de notre société et de notre nation à une simple réponse d'ordre public. Voilà, je ne serai pas plus long, mais je vous remercie infiniment d'être là, d'avoir pris sur votre temps pour certaines et certains, d'avoir aménagé votre agenda alors que vous aviez des contraintes à l'étranger pour être parmi nous ce soir. Merci beaucoup.
Une
première intervention, Pascal Bruckner, écrivain et séiste. Monsieur le Président, avant de nous interroger sur la crise de la civilisation, nous allons revenir, j'ai envie de revenir
sur
ce qui se passe depuis 4 mois
et
dont les événements de samedi semblent à la fois le couronnement et peut-être une simple étape. Donc depuis 4 mois, j'ai le sentiment que nous assistons en France à un coup d'État au ralenti,
un
coup d'État que je qualifierais pour ma part d'anarcho-fasciste, puisque dans les événements des Gilets jaunes, les deux grandes familles extrémistes, l'extrême droite et l'extrême gauche, se rejoignent
dans
leur même haine de la représentation de la démocratie, des élites, du marché,
du
succès, de la réussite et finalement de la France elle-même, même s'ils chantent la marseillaise.
Et
cet sentiment de déliquescence,
pour
ma part, me paraît très inquiétant.
Vu
de l'étranger, notre pays semble en état d'effondrement progressif.
A
ces manifestations répétées du samedi s'ajoute maintenant
un
autre élément, ce sont les manifestations pour le climat,
qui
ont commencé donc samedi dernier devant l'opéra,
qui
ont réuni des adultes, des jeunes,
des
très jeunes, des très très jeunes, puisque j'y ai vu des bébés en poussette, charmants.
Et
pour l'instant, cette manifestation pour le climat est bienveillante, mais rien ne dit qu'entraîné par l'exemple des Gilets jaunes, un certain nombre d'activistes ne vont pas se lancer à leur tour dans la destruction. Et la question qu'on se pose en tant que citoyen,
c
'est est
-ce
qu'on peut avoir en France, aujourd'hui en 2019, une semaine sans grève,
une
semaine sans défiler dans la rue, une semaine sans manifestation, sans voiture incendiée, sans banque
pillée,
sans magasin détruit. Et lorsque l'anarchie règne
dans
un pays, c'est l'ordre qui paraît alors totalement anormal. Et c'est vrai, on se dit, tiens, aujourd'hui, il n'y a pas eu de mauvaise nouvelle à la radio, que se passe-t-il ? Et donc, ma question, monsieur le président,
c
'est que face à cet État, le pouvoir semble impuissant. Quand j'entends monsieur Castaner ou le Premier ministre réagir aux événements, ce que j'entends, c'est, ça n'est pas bien. Oui, ça n'est pas bien. Mais il faudrait peut-être une réaction un peu plus ferme. Et donc, ma question, c'est, premièrement, allez-vous interdire enfin les manifestations le samedi ? Est-ce que Paris sera enfin débarrassée des gilets jaunes
? Ma
deuxième question, c'est comment répondre à cette anarchie croissante qui fait de la France un pays en État de quasi-guerre civile larvée
où
la haine de tous contre chacun semble désormais triompher ? Et je trouve cette situation, pour ma part, non seulement inquiétante,
mais,
je dois dire, assez désespérante. Merci, Pascal Brutner. Monsieur le président de la République, une
réaction
?
Oui, écoutez, moi, je suis preneur surtout qu'il y ait d'autres remarques sur ce même sujet, ce que cette crise dit. Les décisions ont été prises et elles ont été annoncées il
y a
quelques heures par le Premier ministre. Je veux simplement faire une distinction très nette par rapport à ce qui vient d'être dit par Pascal Brutner.
Il
y a des manifestations dans toutes les démocraties.
Et
la manifestation, elle est protégée constitutionnellement, je crois qu'on y tient tous, parce qu'elle est
l
'expression libre, mais respectueuse de la liberté des autres, d'une opinion.
Mais
moi, je ne confondrai pas la manifestation et ce qui s'est passé samedi,
comme
ce qui s'est passé parfois dans d'autres villes, ça,
ça
s'appelle une émeute de casseurs. Et il faut faire ce distinguo de manière absolue, parce qu'il est vrai, une manifestation, parce que c'est une liberté protégée constitutionnellement, elle est dans un régime d'autorisation. Et donc les gens qui l'organisent, ils expliquent pourquoi ils le font, ils déposent un tracé, il est autorisé, il est encadré. Là, maintenant, on a des gens qui ne savent plus pourquoi ils sont dehors, sauf détruire, qui ne déposent aucune autorisation. Et donc,
ce
qu'on a décidé de faire, qui n'a pas été appliqué samedi, c'est d'adapter
le
régime
d
'ordre public.
Et
donc la réponse est très différente de celle d'apporter à une manifestation. Elle sera encore renforcée, c'est ce qu'a annoncé le Premier ministre. Mais je ne voudrais pas
qu
'on écrase ces deux réalités, parce que sinon,
on
risque de confondre ce qui est de l'extrême violence politique, je reprends vos termes, qui sont nourries des deux extrêmes,
c
'est vrai, et peut-être d'une forme de nihilisme chez certains, parce qu'il
y
a un nouvel ultra qui s
'est
aussi exprimé dans cette crise, confondre cette réalité
avec ce
que peuvent être les mouvements sociaux dans toute démocratie, ce qui est pour moi profondément différent.
Et
donc, là-dessus, quand je regarde les choses, on doit avoir deux débats, mais je ne voudrais pas écraser l'un pour l'autre. Après, les annonces ont été faites cet après-midi par le Premier ministre, je ne
vais
pas ici les reprendre, mais ce ne sont pas des annonces de commentaires ou d'impuissance, mais de réponses d'ordre public, mais à cette stricte réalité
qu
'est l'émeute de casseurs, ce qui n'est pas la manifestation de citoyens libres.
Et
pour être concret, nous nous donnons donc les moyens d'interdire des périmètres,
et
donc,
oui,
les samedis prochains, les Champs-Elysées, comme d'ailleurs différents quartiers de centre-ville qui ont été beaucoup frappés par cette crise, seront interdits
à
toute forme de rassemblement.
Autre
intervention, Dominique Méda, économiste, sociologue.
Oui,
merci pour votre invitation, M. le Président. On est dans une double urgence écologique et sociale, sociale et écologique, et j'ai l'impression que face à ces deux urgences, vous êtes restés attachés, vous et vos conseillers les plus proches, à ce qu'on a appris à l'ENA, moi en 1987, vous en 2003, c'est-à-dire un ensemble de recettes, de dogmes, de croyances qui ont été fondamentalement remises en cause depuis 2008 et qui sont critiquées, y compris par les instances internationales qui avaient pourtant porté ces croyances et ces recettes. Je pense par exemple à la note du FMI, du département de la recherche du FMI, en 2016, la note intitulée « Le néolibéralisme est-il surfait ?
» Donc
ces politiques sont remises en cause, elles ont échoué, et pourtant vous avez continué dans cette voie, vous avez accusé le modèle social français d'avoir mis la France dans cette situation, alors que d'autres travaux montrent, des travaux montrent que notre modèle social français n'est pas coupable, et qu'au contraire, le problème c'est qu'on a eu une série de graves erreurs de politique économique, notamment à la suite de la crise de 2008. Mais vous avez persisté dans cette voie, et la question que je voudrais vous poser, c'est sur la manière de s'en sortir maintenant. Maintenant qu'il y a eu cette crise des Gilets jaunes et cette demande de plus de justice sociale, il y
a
un certain nombre de travaux qui montrent qu'une manière de s'en sortir, c'est de faire, ça aurait été de faire, un très grand plan d'investissement dans la transition écologique et sociale, dans ce que la Confédération syndicale internationale a appelé une transition juste, c'est-à-dire de manière à ce que ça ne soit pas les plus modestes qui supportent le coût de cette transition. Vous aviez parlé au moment de la campagne présidentielle d'un très grand plan d'investissement, on a parlé de 57 milliards, et puis on n'en a plus entendu parler. On sait que les chiffres, c'est à peu près 20 milliards par an qui seraient nécessaires pendant plusieurs années pour passer ce cap.
Donc ma question, c'est, est-ce que vous êtes prêts à mettre ces sommes sur la table, y compris en augmentant les impôts des plus aisés, y compris en creusant le déficit, ce que vous avez fait récemment et qui ne nous a pas entraînés, enfin, on n
'en
est pas morts. Donc voilà, qu'est-ce que vous comptez faire ? Est-ce que vous êtes prêts maintenant ? Alors on pourrait appeler ça un changement de cap, mais moi ce changement de cap me semble absolument nécessaire. Est-ce que vous y êtes prêts
?
Merci, Dominique Médard. Une réaction, M. le Président de la République.
D'abord, j'entends ce que vous dites, je ne
suis
pas sûr de
dire
que j'applique strictement des règles qui m'auraient été enseignées à l'ENA parce que je ne serais pas sûr de vous dire ce qui m'a été exactement enseigné sur ce volet-là. J'ai eu le sentiment d'apprendre et compris dans la discussion avec beaucoup d'entre vous,
ni
d'appliquer des recettes très strictement françaises. Ce que nous vivons aujourd'hui vient de loin, et il vient y compris d'années où on a beaucoup fait ce que vous êtes en train de me décrire, c'est-à-dire où on a beaucoup traité les problèmes qu'on avait par la dépense publique. La France en a-t-elle été plus heureuse ? Je ne crois pas. Et donc aussi vrai que je ne pense pas que l'avenir de la France soit dans l'adaptation à un modèle néolibéral dont je
continue
à dire qu'il a des excès et qu
'il
ne pense plus à ses externalités et qu'il est très insatisfaisant, aussi vrai que je ne pense pas que la réponse à ce que nous sommes en train de vivre serait de répliquer ce que la France a fait, parfois de manière différente des autres, quelles que soient les majorités, pendant des années.
Parce
que ça n'a pas rendu les Français plus heureux ni rendu l'économie française plus forte.
Est
-ce que la solution est dans un grand plan d'investissement ? J'ai envie de dire,
on
l'a essayé, y compris des gens avec qui vous n'étiez pas d'accord, ça a été la réponse française
de
Nicolas Sarkozy à la crise de 2008-2010. Quand je regarde les pays européens, il est le seul, la France est le seul à avoir fait un grand plan d'investissement. Je regarde dix ans après,
on
a plus de chômage que ceux qui ne l'ont pas fait
et
on a plus de déficit public.
Donc, je
dis ça, no offense, mais c'est simplement, voilà, ce n'était pas non plus la meilleure réponse. Troisième chose, vous avez raison de lier les deux sujets, je les lis avec vous.
Le
scandale sur le sujet climatique est que nous avons accumulé une dette que nous commençons à payer, que nous allons léguer à nos enfants.
Si
la réponse à cette dette est d'en accumuler une sur le plan budgétaire, en considérant que celle-ci pourrait nous donner lieu à moins de responsabilités, je ne comprends pas la logique même morale ou politique
de
cette approche.
Et
donc, très sincèrement, je ne pense pas que la réponse ce soit encore plus de dépenses publiques parce que c'est précisément ce qu'on fait en France, quelle que soit l'orientation politique, la sensibilité ou l'école qu'on a fait depuis des décennies et des décennies dès qu'on a un problème, parce que c'est exactement notre traitement symptomatique des difficultés.
Premier
point.
Ensuite,
augmenter les impôts,
je
regarde aussi et je nous compare, si c'était ce qui rend plus heureux ou plus fort, ça se serait vu,
on
est parmi les premiers mondiaux.
Et
après, le sujet des inégalités du climat.
Le
sujet des inégalités est un vrai sujet, il est au coeur de cette crise et vous avez raison de le souligner,
et
j'y adhère.
Mais
quand je regarde la France, son problème n'est pas les inégalités du système fiscal.
Ça
n'est pas vrai.
C
'est la construction des inégalités dans notre société. Et ça, pour le coup, beaucoup d'analyses le montrent.
C
'est-à-dire que ce qui est injuste dans le modèle français, ce qui est de plus en plus injuste,
c
'est que lorsqu'on est
dans
une famille modeste, dans un quartier de la République stigmatisé, on a encore moins de chances qu'il y a quelques décennies de bouger dans la société. Quand je regarde par rapport à beaucoup d'autres pays, notre système fiscal corrige davantage que dans d'autres. Mais le problème, c'est la formation de ces inégalités primaires. Et donc moi, ce qui m'importe, c'est peut-être d'aller beaucoup plus loin que ce qu'on a fait sur la constitution de ces inégalités primaires. Politique éducative et universitaire, dans notre politique du travail, etc. Je pense que c'est beaucoup plus là que dans la correction de ces inégalités par l'impôt. Enfin, l'urgence climatique,
vous
avez raison, je pense qu'on a apporté des premières réponses. Je pense qu'il faut aller beaucoup plus loin derrière.
Et
qu'une des sorties, en tout cas de la crise que nous vivons, doit être la conjugaison d'une réponse sociale et environnementale.
Vous
l'avez compris, je ne pense pas que ce soit uniquement en creusant un matin de la dépense sociale en plus. Par contre, ça peut être en réorientant beaucoup d'investissements.
Ça
peut être en changeant profondément aussi de politique européenne, qui, à mes yeux, n'a pas suffisamment changé sur ce point, et en accélérant des transitions que nous sommes en train de faire. Mais là-dessus, je pense que, si on a fait une erreur, c'est d'avoir une transition qui n'était pas assez visible, et en tout cas, qui n'a pas articulé suffisamment clairement les changements productifs ou d'organisations profondes qu'impliquait la réponse climatique avec le social. Et donc, on a placé une catégorie de nos concitoyens
dans
une impossibilité de faire, voire une stigmatisation, ce qui a été une erreur. Et donc, ça, il faut totalement repenser, au fond, un modèle de transition qui est environnemental et social. Mais je ne pense pas que la réponse soit uniquement par l'impôt ou la dépense publique. Elle est par des mécanismes profonds. Et donc, au fond, moi, je pense que ce que nous devons réussir à inventer
dans
notre pays et en Europe par rapport à ça, c'est,
nous,
des réponses de politique publique qui corrigent la formation des inégalités et une organisation de notre modèle productif et du capitalisme qui internalise beaucoup plus
le
fait environnemental
et
donc dans les choix d'investissement qui favorisent la rentabilité de ces derniers beaucoup plus fortement.
Peut
-être sur la question des inégalités, Daniel Cohen, économiste.
M.
le Président, bonsoir. Merci de votre invitation.
Pour
prolonger un peu cette discussion, ce que je vous propose, c'est de prendre peut-être un tout petit peu de recul sur les grandes transformations que le capitalisme contemporain est en train de connaître puisque, au fond, ce dont on parle presque toujours et certainement, quand on essaie de comprendre les origines du malaise politique et social, c'est ce sentiment nouveau d'insécurité économique qui traverse, pour le coup, toutes les sociétés avancées, la France et tous les autres pays qui, aujourd'hui, sont soumis, on va dire, à la tentation populiste.
Pour comprendre les sources de cette insécurité politique, économique, il faut, je crois, essayer de prendre un tout petit peu de recul sur la façon dont le capitalisme contemporain est en train de se transformer. Nous comprenons tous, nous savons tous qu'il est en pleine mutation. Et au fond, la question, si on essaie de se projeter dans les 30 ou 50 prochaines années, qui était l'exercice auquel on m'avait demandé de réfléchir au départ, on voit qu'il y a en réalité deux scénarios et que
c
'est très, très difficile de savoir si on pourra avoir l'un ou l'autre et surtout si on pourra piloter l'un
pour
éviter l'autre. Le premier scénario, c'est le retour à une croissance inclusive comme celle qu'on a connue dans les 50 années, on va dire, d'après-guerre où tout monte en même temps, au même rythme. Et au fond, tout ce qu'on a à faire, c'est gérer la prospérité et essayer de réfléchir à la meilleure façon d'en faire le meilleur usage. Il y
a
un autre scénario qui serait plutôt un scénario de retour qui s'est observé, on va dire, au début du capitalisme, au début du XIXe siècle avec une formidable transition, une formidable mutation du capitalisme et sur fond de croissance très faible. Sans faire une leçon d'histoire économique, les économistes aujourd'hui qui sont revenus sur le taux de croissance de la première moitié du XIXe siècle en Angleterre, par exemple, ont été étonnés de voir que les chiffres étaient très faibles, entre 0,5 et 0,7%, alors même que la société était totalement en train de se transformer.
Alors, lequel des deux choisir, évidemment, tout faire pour avoir le scénario A, mais si on est dans une période de transformation comme celle du scénario B, alors tout devient beaucoup plus compliqué et d'une certaine façon, on pourra toujours, bien entendu, essayer de faire un peu mieux que les autres, mais on sera entraîné dans cette vague irrépressible. Alors, les économistes, évidemment, sont très divisés sur la question de savoir si on peut parier sur le A ou sur le B, mais si on fait juste une observation, que pensent les marchés financiers de ces deux scénarios ?
Si, par exemple, on regarde le coût de la dette à long terme de la France, à 50 ans, la France se finance à 50 ans à 1,7 %, c'est-à-dire moins que l'inflation anticipée.
Ça veut dire que les marchés financiers parient plutôt sur le scénario B d'une croissance faible, d'une inflation faible et donc d'une montée de tous les
déséquilibres que cette croissance faible va entraîner. Alors, la question, au fond, elle est assez simple. Si on doit se préparer à faire face à un scénario
un
peu catastrophe de croissance au fil de l'eau, de paupérisation nouvelle, on va dire, du travail et des classes populaires, alors, on ne peut pas se dispenser d'une réflexion en profondeur sur les instruments qu'on pourra mobiliser pour faire face à ce scénario. Et avec une croissance si faible, je reprends les statistiques que Thomas Piketty avait produites dans son livre, avec une croissance de 1% l'an, par exemple, la part du capital hérité ne va cesser de croître puisque le rendement du capital est beaucoup plus élevé que ce taux de croissance.
Et aujourd'hui, on est déjà, comme vous le savez, dans un capitalisme quasiment d'héritier puisque les 2 tiers du capital, du patrimoine détenu en France est hérité alors que c'était moins de 45% au début des années 70. À ce rythme-là, on va converger vers des rythmes où à 80, à 90%, le patrimoine sera hérité parce que la logique de la croissance ne permettra plus l'accumulation de nouvelles richesses. Donc, première question, peut-on faire l'économie d'une réflexion sur la fiscalité du patrimoine ? Peut-on,
en comprenant très bien que l'ISF avait beaucoup de défauts et en particulier celui d'inciter en quelque sorte les héritiers à travailler eux-mêmes pour y échapper, peut-on faire l'économie d'une réflexion sur la fiscalité du patrimoine, de sa
transmission
? Les économistes ont beaucoup d'idées là-dessus, une flat tax au-dessus d'un certain seuil, grande assiette, petit taux, mais il me semble difficile d'échapper à une réflexion comme celle-là dans la perspective qui pourrait être celle du scénario
B
dont je parlais tout à l'heure. Une deuxième, petit deuxième codicile, c'est à l'autre bout de l'échelle sociale, si l'insécurité économique devait rester la norme, alors il faut réfléchir évidemment à d'autres instruments de ce côté-là. Les réflexions ici nous pointent vers le revenu de base, revenu universel pour certains, et j'ai été un peu peiné de voir que les 18 départements qui
avaient
fait une proposition d'expérimentation sociale sur ce terrain n'ont pas pu la mener à leur terme. C'est
dommage parce que c'était au fond la rencontre d'une expérimentation locale qui peut correspondre à une attente justement de démocratie participative. On essaye quelque chose et je crois que c'est vraiment au cœur de cette question
de
l
'insécurité
économique dont je parlais au départ.
Merci. Daniel Cohen, une réponse, M. le Président de la République.
Oui, alors je ne voudrais pas que ça se transforme en dialogue.
C
'est
à
vous, non, mais c'est après, c'est à vous de voir comment vous voulez
organiser
si Daniel...
Non, non, non,
mais je suis très discipliné, donc comme c'est vous qui êtes le maître des cérémonies, je fais ce que vous me dites. D'abord, moi, je prends les deux scénarios de le professeur Cohen. Je ne sais pas s'il n
'y en
a pas de troisième. Si c'est pour m'amener à m'exprimer sur la fiscalité du capital, j'ai envie de dire que j'aurais la même approche que sur le reste. Quand je regarde,
pour
le coup, la situation où on en est par rapport à nos voisins,
on
ne croule pas sous le capital productif.
Et
quand je regarde les faiblesses françaises sur ce sujet par rapport à beaucoup d'autres, c'est qu'on a suffi insuffisamment attiré ou gardé le capital productif en France. Et il n
'y a
rien qui justifie l'écart qu'on a constitué ces 20 dernières années de chômage, qui est pour moi la pire des inégalités dans notre pays, entre les deux grands pays voisins que sont la France et l'Allemagne, c'est
le
fonctionnement du marché du travail et c'est malgré tout la capacité à avoir du capital productif et le développer. Dans ce contexte-là,
comme
il n
'y
a pas que des économistes, mais il y
a
des acteurs économiques
qui
réagissent aussi à des stimulus,
moi,
je trouve qu'ouvrir aujourd'hui en sortie du débat un grand débat sur la fiscalité du capital, à mes yeux, n
'est
pas la bonne réponse.
La
bonne réponse, c'est de savoir comment je consolide du capital productif au maximum pour produire davantage en France.
Je
vous parle de là où je suis, mais c'est ma priorité. Ensuite, ce que je constate, c'est que les inégalités de dessin qui sont constituées, moi, je n'ai pas forcément envie de m'enfermer dans un scénario
de
faible croissance.
Ce
que je sais, c'est que les mêmes scénarios existaient il y a 20 ans sur des tables américaines, que certains ont fait ce choix, que d'autres en ont fait d'autres et qu'on est dans une économie des talents, de l'hyperconcurrence. La question pour moi est aussi de savoir comment je forme en France les gens qui vont réussir dans cet univers de plus en plus compétitif
à
créer le maximum de richesses et en tout cas à construire des destins qui permettront dans notre pays de les construire. Et donc, dire,
on
considère que la priorité,
c
'est encore une fois une réponse de fiscalité, ce qui est notre tropisme collectif, c'est envoyer juste un signal sur la fiscalité du capital et c'est nous mettre potentiellement, alors qu'on est dans un environnement ouvert
et
relativement concurrentiel, de réduire encore l'attractivité de notre capital productif dans le pays.
Je
pense que c'est aujourd'hui pas ce dont souffre principalement l'économie française quand je la compare à ses voisins. Qu'on lance une grande réflexion internationale sur ce sujet, j'y suis totalement favorable. Que ça avance au niveau de l'OCDE si on pense que c'est un sujet international, j'y suis tout à fait favorable. Le faire en France, je pense que ce sera un contre-signal. Moi, je suis un peu pragmatique sur ce sujet du grand débat.
Je
pense que les mots sont profonds.
Mais
sur les sujets en particulier économiques, on adore avoir une réponse qui est fiscale. Je l'ai dit deux, trois fois à nos concitoyens, on est rentrés dans ce débat.
C
'était le déclencheur.
C
'est beaucoup plus profond, le mal. Mais sur une taxe que payaient trop certains.
Je
ne crois pas qu'on en sorte en en faisant payer d'autres.
Et
je ne parle pas des débats qu'on a pu avoir dans notre passé. On est rapidement riches,
même
ceux qui ne pensent pas l'être.
Et
nous sommes dans un pays où sur ces sujets,
les
signaux qu'on peut envoyer sont vite contraires. Donc avoir un débat
à
l'international sur les transformations du capitalisme, faire avancer au niveau OCDE
un
meilleur fonctionnement de la transmission du capital, oui, mettre en France un système qui sur ce sujet soit à la pointe technologique,
moi,
je ne
suis
pas favorable parce que je pense que notre faiblesse aujourd'hui, elle est plutôt dans notre incapacité à attirer, à consolider du capital productif qui crée des emplois.
Parce
que moi, je ne sais pas créer aujourd'hui des emplois autrement qu'en encourageant des gens ou à créer des entreprises ou à développer celles qu'ils ont créées.
Parce
que de l'emploi public, quand je me compare aux voisins, j'en ai déjà aussi beaucoup plus que les autres. Voilà, donc je suis un peu pragmatique sur ce sujet, mais je pense que ce ne soit pas le cœur de la réponse. Par contre, je suis très sensible à la problématique héritage et construction de son destin.
Mais
je ne pense pas qu'on y réponde là encore avant tout par la fiscalité.
On
y répond par l'émergence des talents. Ceux qui ont créé Google n'avaient pas de capital hérité.
Mais
ils ont eu un système où la mobilité
sociale
a mieux fonctionné que peut-être dans le nôtre.
La
question pour moi, c'est comment je vais faciliter la création de nouveaux capitales par des talents, quelles que soient d'ailleurs leur origine sociale.
Que
ce soit d'ailleurs du capital financier, du capital productif, du capital humain, du capital de reconnaissance. Et mon problème aujourd'hui quand je regarde la France, c'est que
la
création de capital nouveau par des personnes qui viennent de milieux défavorisés, qui sont issues de l'immigration, qui viennent de certains quartiers, n'est pas suffisamment importante. Et ça, c'est un problème que j'ai dans mon système éducatif, dans mon enseignement supérieur et dans les représentations et les modes de fonctionnement que j'ai dans la société, y compris d'ailleurs dans le recrutement que
j
'ai au sein de l'Etat. Ensuite, sur le revenu universel de base, la belle affaire, j'ai à l'automne dernier annoncé la stratégie pauvreté.
J
'ai dit que j'étais favorable et que nous allions lancer un revenu universel d'activité.
Alors,
il avait des différences profondes avec ce revenu universel de base qui était en effet l'idée plutôt proposée par Benoît Hamon dans la campagne présidentielle. C'est que
c
'était un système reposant beaucoup plus sur l'ouverture de droits, mais avec des devoirs.
Et
je crois d'ailleurs que notre société en a besoin
et
qu'une partie d'ailleurs de ce qu'on peut voir, lire dans les tensions sociales qui existent aujourd'hui, c'est la tension qui existe entre les actifs pauvres et les non-actifs,
ce
qui est un vrai sujet dans beaucoup d'endroits de la société. Et la proposition qui était faite par les 18 départements ne répondait pas à ce sujet alors que ce que le gouvernement a lancé et va commencer à expérimenter, conformément à un calendrier qui a été donné, il répondait. Et puis après, c'est une question de savoir
qui
est responsable de la politique sociale.
Et
donc, moi, je suis le premier à dire on va, et on a commencé à le faire, on différencie, mais si on commence à dire des départements peuvent rentrer dans cette logique,
à
ce moment-là, je peux aussi laisser ouvert d'autres départements qui vont rentrer dans une logique qui
est
la suppression du RSA de la même manière.
Je
crois que les choix démocratiques dans notre pays font que c'est au niveau,
pour
le coup, de l'Etat-nation et donc du gouvernement et du Parlement qu'avance cette idée.
Et
elle peut être tentée à l'initiative du gouvernement et du Parlement pour être initiée ou testée selon plutôt des engagements qui ont été se retenus par nos consicléaires de manière majoritaire
que
de revenir par le truchement de propositions
qui
ne correspondent pas en effet à la politique qui est aujourd'hui menée par le gouvernement. Pas du tout sur l'idée d'un revenu universel, mais sur les conditionnalités de celui-ci. Donc j'assume ce choix parce que je pense qu'en méthode, sinon,
sinon, c
'est un autre choix.
On
dit qu
'il
y a une décentralisation totale de la politique sociale. Mais ça veut dire que quand on vote aux élections présidentielles ou législatives, on ne vote plus pour la politique sociale dans notre pays. Vous votez pour la politique sociale quand vous votez pour votre président de département et sa liste. Je ne
crois
pas que ce soit ce que nos concitoyens aient retenu aujourd'hui.
Il
y a quelques économistes dans la salle. On va les faire réagir peut-être aussi pour qu'ils nous donnent leur diagnostic sur la situation de la France et par rapport à ce que vient de dire à la fois Daniel Cohen et le président de la République, Philippe Aguillon.
Oui. pendant
qu'on a peu de temps. Je crois qu'effectivement pour assurer la progression du pouvoir d'achat malgré une double contrainte démographique et climatique,
il
n
'y a
pas d'autre moyen que d'avoir une économie d'innovation. Il faut créer les moyens d'une économie qui incite à l'innovation
et
le faire d'une manière qui soit inclusive et qui pousse à l'innovation verte. Je crois qu'une des choses qu'on a appris avec le mouvement, c'était que l'approche au vert a été perçue comme un peu punitive avec la façon dont la taxe carbone avait été mise en place et donc ça pousse à se dire voilà, il faut la taxe carbone, il faut peut-être la mettre en place avec des modalités différentes en tenant compte des fluctuations des prix du carburant. Donc là, il y
a
eu des idées qui ont été émises et je crois que de dire aussi des recherches qui ont été développées qui sont alternatives, qui sont complémentaires de la taxe carbone, par exemple, le rôle de l'investissement, de l'aide à l'innovation verte, évidemment, et puis ce qu'on appelle la corporate social responsibility, c'est
-à-dire
que maintenant il y a vraiment cette idée qu'on peut pousser les entreprises à devenir plus responsables et là,
il
y a eu des idées intéressantes qui ont été émises, l'une, c'est l'idée que la concurrence peut aider, combiner la concurrence et le fait que les citoyens sont conscients du danger climatique, la combinaison des deux poussent les entreprises à l'innovation verte. Voilà, donc ça, c'est un mélange de politique de concurrence et de politique d'éducation.
Mais il y a eu aussi des idées très intéressantes par un ami à moi, Patrick Bolton et d'autres, sur l'idée de climate stress test, c'est l'idée de dire eh bien, on propose un scénario climat adverse, par exemple, un réchauffement plus rapide que prévu, une montée des eaux plus rapide que prévu et on regarde pour chaque entreprise qui est cotée, est-ce qu'elle fait face ou pas à ce risque ? Et on peut réglementer les entreprises comme ça, c'est-à
-dire,
voilà, vous faites un certain nombre d'investissements, comment vous répondez à ces stress tests ? Donc l'idée, c'est de dire, je vais utiliser les forces du marché, la concurrence, la réglementation, d'autres forces et on va être très innovant en matière de lutter contre le réchauffement climatique par-delà une taxe carbone qui, elle, serait plus intelligente. Donc je crois que là, c'est une chose qu'on n'avait pas suffisamment réfléchi, je crois, au moment de la campagne, comment pousser au vert, comment pousser à
l
'innovation verte avec toute une série d'instruments qu'on n'avait pas pensé avant. Je voulais quand même dire un dernier mot, je ne
veux
pas de chance sur les niches fiscales,
je
ne veux pas, parce que je veux dire ce mot-là. Quand on était, on était plusieurs impliqués dans le programme et moi, en tout cas, j'avais mal compris, c
'est
-à-dire que j'étais beaucoup poussé pour la flat tax parce que je pensais également qu'il fallait devenir un pays comme les autres en matière d'investissement, pousser à l'innovation, pousser à l'investissement, il fallait qu
'on
se montre qu'on était, même comme la Suède. Moi, mon modèle, c'était la Scandinavie. D'accord ? Ils ont la flat tax, pourquoi on ne l'aurait pas ? Mais il y avait pour moi le en même temps et le en même temps, c'était les niches fiscales. C'est-à
-dire
qu'en Suède, il y a beaucoup moins de niches fiscales que chez nous, par exemple. Nous, on a à peu près 450 niches pour un total de 100 milliards d'euros. Il y a une grande complexité du système des niches, une grande incohérence et dans mon esprit, mais c'était aussi dans l'esprit de gens qui venaient, par exemple, de Rexécode ou d'autres qui ne sont pas particulièrement étiquetés à gauche qui poussaient également pour la flat tax et puis pour eux, il y avait en même temps des niches fiscales. Et il y a une série de l'idées dont on peut penser. On a des plafonnements à 10 000 euros pour les niches individuelles. On peut les baisser. On peut élargir l'assiette de la niche copée.
Il y a des abattements de 10 % pour frais professionnels dont bénéficient beaucoup de hauts salaires, des hauts retraités, etc. On peut peut-être toucher à ça. Je n'en sais rien. Mais quand j'ai vu le ministre de Budget venir avec l'idée « oui, on va s'attaquer aux niches fiscales », j'étais plutôt content parce que j'ai dit « c'est une bonne chose, ce en même temps qu'on aurait peut-être dû faire avant, tout d'un coup, il vient ». Mais après, j'ai eu le sentiment que c'était un peu retoqué, qu'on n'était pas sûr qu'on allait le faire. Et dans mon esprit, il y avait l'idée vraiment de ce en même temps.
On va vers une fiscalité plus simple, mais également, on tient les niches fiscales, on ajuste, on les met à plat, ça ne
veut
pas dire qu
'on
les supprime toutes, mais ça donne un signal,
et l
'exception était de dire « on ne s'en plus l'eux en même temps et ça part trop d'un côté ». Et donc, je voulais un petit peu avoir votre réaction, M. le Président, sur ces idées-là.
Une autre réaction d'économiste Jean Pisani-Ferry. Merci. Merci d'abord, M. le Président, d'organiser ce débat qui est inédit, qui crée pour nous, je crois, un devoir, un devoir de clarté sur la nature des controverses que nous avons entre nous. Je pense que ça nous impose de
sortir
de la
question de la
posture qui crée aussi une très grande attente
puisqu
'il y a une tradition,
disons,
instrumentale dans le débat avec les intellectuels dans ce pays et que l'attente qui naît de ce débat aujourd'hui, c'est justement d'en sortir. Je voudrais revenir sur les sujets fiscaux, non pas parce que c'est l'essentiel, mais parce que la question est ouverte.
Comme
Philippe Aguillon doit à la transparence de dire que j'ai contribué à votre programme.
Je
crois que dans ce qu'on comprend du grand débat, c'est un sujet qui préoccupe énormément les Français.
Et
il y a d'abord le sentiment que le système est inéquitable, qu'il y a trop de gens qui y échappent, qu'il y a trop d'entreprises qui y échappent, et du coup que l'idée que nous avons une contrainte sur les ressources est une idée qui ne passe pas bien. On se dit qu
'il
y
a
de la ressource, il suffit d'aller taxer ce qui n'est pas taxé.
Alors
ce n'est plus vrai
pour
les personnes depuis l'accord à l'OCDE sur la levée du secret bancaire.
Mais
ça reste vrai pour les entreprises, ça reste vrai pour les entreprises multinationales,
et
donc ça crée un sentiment d'illégitimité, ça détruit le consentement à l'impôt comme à l'effort d'économie.
Et
probablement, ce que nous perdons, c'est quelque chose comme 10 milliards là-dessus.
Donc
la question qui se pose, c'est de savoir jusqu'où nous sommes prêts à aller et comment nous allons faire. Et pour être très concret, est-ce que nous sommes prêts à aller vers un accord international qui conduirait à ce que les multinationales françaises puissent être taxées, y compris sur leur activité en Chine, sur les produits qu'elles vendent. Nous céderions des recettes fiscales à d'autres pays et en contrepartie, nous pourrions taxer des multinationales américaines qui interviennent chez nous. Autrement dit, la taxe GAFA est une toute petite réponse et très partielle à un problème beaucoup plus large.
Sur
le point de l'équité que soulevait Philippe Aguillon, je voudrais y revenir parce que, au fond, quand on regarde l'effet sur la répartition des mesures qui ont été prises et qui étaient nécessaires, je partage totalement l'idée que la fiscalité du capital était excessive, qu'elle était confiscatoire, qu'on avait des taux de prélèvement sur les revenus du capital qui pouvaient dépasser 100% et que c'était profondément anti-économique. Néanmoins, l'effet sur la répartition, c'est que le 1% supérieur a gagné quelque chose comme 5-6 points de revenus dans les mesures qui ont été prises. Et donc, traditionnellement, et c'est l'esprit de
ce
que disait Philippe Aguillon, les réformes fiscales qui sont conduites dans ces cas-là conduisent à élargir les assiettes en même temps qu'on baisse les taux de manière à compenser cet effet distributif. Ou alors, on considère que le 1% supérieur avait été surtaxé, et effectivement, il avait été beaucoup taxé dans la période 2010-2014, et que c'est une restitution. Mais à ce moment-là, ceux qui sont immédiatement après, et qui n'ont pas bénéficié de ces mesures, ou très peu bénéficié de ces mesures sur l'allègement de la fiscalité du capital, vont demander leur dû en disant « pourquoi pas nous ?
».
Donc, il me semble qu
'il
y
a
une question sur la réponse, non pas sur la philosophie de la taxation du capital, mais sur l'effet distributif. Dernier point sur la fiscalité, je pense qu'il y
a
une très grande question aussi sur
le
vieillissement de notre système fiscal et la complexité. On a un impôt sur les successions qui, quand même, sent bon le XIXe siècle.
On
a un impôt local qui, dans les bases fiscales, date des années 60 ou des années 70.
On
a un impôt sur le revenu qui est extrêmement complexe. On a en fait deux impôts sur le revenu avec la CSG et l'impôt sur le revenu, et qui donnent lieu à des débats surréalistes sur le thème « pourquoi est-ce qu'on ne ferait pas payer à tout le monde l'impôt sur le revenu alors que tout le monde paye déjà la CSG ? »
Donc
il y
a
une question. Je ne crois pas du tout au grand soir fiscal et au fait qu'on puisse lancer les choses pour la prochaine loi de finances. Mais est-ce qu'il ne
faut
pas engager quelques chantiers sur la modernisation de notre système fiscal
? On
va prendre deux autres interventions d'économistes. Yann Algan. Merci, M. le Président, pour votre invitation. Je ne voudrais pas que la conversation soit mobilisée par les économistes au départ, donc je vais penser une question de non-économistes, M. le Président. Je partage avec vous le constat que cette crise n'est pas spécifiquement française, elle n'est pas uniquement économique, elle est vraiment civilisationnelle.
Et le mouvement des Gilets jaunes montre que, certes, le pouvoir d'achat est une question importante, mais elle est aussi la manifestation d'une très forte solitude, d'une solitude sociale dans les formes de travail, une solitude aussi territoriale et d'un rapport dégradé aux autres, aux institutions, avec de nouvelles formes d'aspiration. Donc comment est-ce qu'on reconstruit des politiques lorsqu'on passe d'une société de classe sociale à une société de masse ou à une société d'individus ? Et je prends deux exemples précis.
Tout d'abord, si la transformation des modes de travail est vers des sociétés de services beaucoup moins encadrées dans des entreprises, dans des formes traditionnelles de sociabilisation, tel que le manifeste les Gilets jaunes, ce n'est pas un hasard si on retrouve surtout des routiers, des aides-soignants. Gagner 2 000 euros en étant routiers, ce n'est pas la même chose que gagner 2 000 euros et être ouvrier chez Michelin ou chez PSA. Donc comment, dans ce contexte, si c'est l'avenir du travail, comment reconstruire des corps intermédiaires et des nouvelles formes de sociabilisation au travail ?
De la même façon, cette solitude territoriale qui s'est manifestée dans la diagonale du vide, du nord-est au sud-ouest, dans les Gilets jaunes et les soutiens aux Gilets jaunes, on constate une solitude pas uniquement vis-à-vis des services publics, mais peut-être aussi vis-à-vis de commerces, de barres PMU, de boucheries, de boulangeries. Et si l'avenir de nos sociétés est d'avoir une plus grande métropolisation, comment est-ce qu'on fait pour maintenir des lieux de socialisation pour ceux qui ne peuvent ou qui ne souhaitent pas vivre dans ces très grandes villes
? On
continue sur l'économie Agathe Cagé. Le micro
doit être ouvert. Merci.
Merci beaucoup pour l'invitation. Je m'excuse. Je vais commencer par une évidence. Je pense que quand les choses ne fonctionnent pas, souvent, il faut essayer de faire différemment.
Quand
on parle de mettre des moyens supplémentaires sur l'école, sur la recherche, sur le logement, sur la santé, pour moi, on ne doit plus parler de dépenses publiques mais d'investissements publics. Et ramener une demande et une discussion sur est-ce que je mets et où je mets des moyens supplémentaires sur l'école, sur la recherche, sur un certain nombre d'emplois à de la dépense publique, c'est finalement faire ce qu'on a toujours fait en termes de débat depuis des dizaines et des dizaines d'années, s'interroger sur notre niveau de dépense publique, comparer ce niveau de dépense publique à celui de nos voisins.
Et ça aussi, c'est une technique qui ne fonctionne plus ou qui fonctionne relativement mal quand on dit qu
'il
faut s'interroger aujourd'hui sur la taxation du patrimoine. Je ne pense pas qu'on soit en train d'agiter le joujou de la fiscalité. On est en train de dire, vous disiez, M. le Président, il faut travailler sur les inégalités primaires. La plus forte des inégalités primaires aujourd'hui est en train de devenir la possession au nom de patrimoine. Certes, les inventeurs de Google n'avaient pas de patrimoine à la base, mais aujourd'hui, vous ne pouvez pas inventer Google à Paris parce que vous ne pouvez juste pas vous loger à Paris. C'est une problématique. C'est une problématique extrêmement importante. Alors oui, il faut travailler sur la réduction des inégalités au niveau scolaire.
Il
faut travailler à comment je mets
plus
de mixité sociale, plus de mixité scolaire
dans
l'école. Ça, c'est quelque chose d'important. Il faut travailler à la réduction des inégalités dans l'accès à l'emploi. Il faut travailler sur ce sujet fondamental. Si aujourd'hui, vous avez une partie de la population qui se voit transmettre un capital incommensurable par rapport au capital qu'a la grande majorité de la population, vous ne pouvez pas demander à la grande majorité de la population de créer Google, de créer de l'emploi et d'aller au même niveau qu'une partie de la population qui commence avec tout quand le reste de la population n'a pas grand-chose mais n'a absolument rien.
Et
sur la nécessité de changer, désolé de le dire comme ça, de logiciel, je pense que
la
question du RUE, ce n'est pas de dire est-ce que le RUE qui a été développé dans les 18 départements a été mieux ou moins bien que la mesure qui a été proposée dans le plan de propriété du gouvernement. Pour moi, la question est de dire qu'on avait quelque chose qui était né de l'expérimentation citoyenne.
RIE, peut-être une
définition. Le
revenu universel d'existence, vous aviez dans la Gironde des citoyens qui avaient travaillé pendant des semaines au niveau du département sur quel type d'expérimentation conduire. Ces citoyens, ensuite, s'étaient réunis dans des conférences de consensus. Vous aviez le laboratoire d'évaluation des politiques publiques qui avait évalué les différents scénarios. Vous avez des politiques qui se sont engagées, qui sont allées jusqu'au Parlement en disant, laissez-nous juste conduire cette expérimentation. Pas pour dire,
c
'est la solution qu'il faudra imposer ensuite au niveau national, juste pour dire, c'est né des citoyens.
On
a les chercheurs avec nous et si on veut faire différemment, je pense qu'aujourd'hui,
il
faut conduire en acceptant d'associer les citoyens, en acceptant d'associer les chercheurs, en conduisant un grand débat de manière occasionnelle, mais en essayant de travailler différemment sur le long terme et en acceptant de dire, oui, bien sûr, la politique sociale, il faut la conduire au niveau de l'Etat, mais si des départements mobilisaient des milliers de citoyens pour essayer de tenter quelque chose, peut-être ne devons-nous pas le balayer de la main parce que c'est né du département et que ce n'est pas né de la ligne qui avait gagné à l'élection présidentielle.
Une réaction, M. le Président, trois économistes, une politiste,
des
thèmes relatifs aux inégalités et à la fiscalité.
Oui. Je
ne reviens pas sur ce qui a été dit sur les différentes réponses
aux
défis climatiques, même si, je pense, et ça rejoint, on n
'a
pas été au bout dans la discussion avec Dominique Médard, je pense malgré tout qu'il faut en effet,
il
faut à un moment des choix d'investissement lourds. Alors,
je
connais les approches en climate stress test, je ne
suis pas
totalement sceptique, mais je ne
suis
pas sûr que ça y réponde pour le coup parce que ça fait payer les gens qui sont les principales victimes des conséquences, mais qui ne sont pas forcément ceux
qui
les ont produites,
ce
qui est un peu l'effet pervers. Et c'est vrai qu'on n'a pas aujourd'hui de mécanisme malgré tout qui impute le coût des externalités négatives climatiques aux acteurs qui les produisent. Et ce n
'est
pas ce que ces stress tests permettent totalement de faire. A la rigueur, ces stress tests, le risque qu'on a collectivement,
en
tout cas, moi, c'est ce que j'en ai compris, c'est qu'ils accélèrent la vulnérabilité de ceux qui vivent les premières conséquences de ces changements. La question, pour moi, c'est de savoir comment, de plus en plus, on fait payer
aux
acteurs économiques, aux investisseurs,
des
choix qui sont contraires aux orientations qu'on donne collectivement.
Et
pas simplement qu'on ait de la dépense publique qui vienne corriger, mais ça va avec, en effet, la réorientation des choix d'investissement privés, publics, donc il en faut aussi, et l'accompagnement des personnes qui sont les plus fragiles. Je ne reviens pas sur ce qui a été dit sur l'innovation. Alors, sur après,
l
'approche, et c'était les deux interventions de Philippe Aguillon et Jean-Pizani-Ferry, sur les réformes du système fiscal, sur flat tax contre niche fiscale, la question est toujours une question d'ajustement, et au fond,
ça
rejoint la modernisation du système fiscal qui était la deuxième interpellation de
Jean
-Pizani-Ferry.
C
'est simple, à la fin, l'économie politique de ces réformes, c'est qu
'il
y a des gagnants et il
y
a des perdants.
Les
gagnants prennent l'argent et ne le disent pas et les perdants hurlent. Je peux vous le dire, j'ai déjà essayé. Et dans le système français, tout particulièrement, ça marche beaucoup. Donc une bonne réforme pour qu'elle soit menée sur tous ces sujets, c'est une réforme qui coûte de l'argent public.
C
'est simple, c'est une réforme où on s'est compensé, en tout cas pendant un temps, les perdants,
pour
accompagner. La question, c'est, est-ce qu'on doit mettre sur ce sujet notre capital politique est budgétaire ou est-ce qu'il faut le mettre sur d'autres sujets
? Je
me dis franchement. Moi,
je
suis tout à fait d'accord, on a un système qui est très vétuste sur le plan de la fiscalité, fiscalité locale en particulier ou autre.
J
'ai pris un engagement qui
est
de supprimer la taxe d'habitation, on transférera notre impôt, mais on va baisser de quelques dizaines de milliards la fiscalité. Là, c'est très classe moyenne. Et donc, quand je regarde l'équation budgétaire qui est faite, des engagements pris et ce qui est en train de se faire, elle est beaucoup plus focalisée sur les classes moyennes que sur les 1%. Parce que si je fais ISF, flat tax plus tax habitation, c'est beaucoup plus que les classes moyennes, beaucoup plus.
Et
quand je regarde d'ailleurs les 15 dernières années, les principales victimes, si je puis dire, des augmentations, c'était les classes moyennes.
Donc
je trouve que c'est assez juste. Est-ce qu'il faut y réfléchir, voir comment on l'améliore, lancer des travaux ? Moi, j'y suis totalement favorable. Est-ce qu'en toute bonne foi, ma 1re réaction à vos interpellations, c'est de dire je vais mettre mon capital politique
et
le coeur de la dépense publique sur ces sujets ?
Je
ne crois pas. Pourquoi ? Parce que je pense que nous devons mettre beaucoup plus sur la transition climatique et les réponses d'investissement, j'y reviendrai parce que j'achète cette terminologie, j'utilise aussi sur quelques politiques publiques, que les mettre sur la modernisation du système fiscal. Si je suis simple, quand je regarde le système fiscal français,
il
faut plutôt essayer de le baisser et de baisser les dépenses en totalité.
Pardon
d'être un peu basique et peut-être insuffisamment sophistiqué sur le sujet.
Quand
je regarde les choses, on est plutôt au-dessus de la moyenne sur tous les sujets et à peu près tous les décis. de
la moyenne.
flat tax contre niche fiscale, la question, c'est comment la baisse de taux vient compenser la baisse de niche. La question, c'est toujours celle des gagnants et des perdants. C'est une question qui est toujours d'économie politique. Donc, plus on a une baisse de taux, plus on arrive à manger les niches. C'est ce qui va être fait sur l'impôt sur les sociétés avec la dynamique qui est prise. Sur la fiscalité du patrimoine, c'est différent parce que sur la partie productive de l'ISF, c'est une suppression même de la part d'impôt. Donc là, en effet, il n
'y a
pas eu d'effet d'auto niche.
C
'est un peu différent. Alors, si je reviens sur ce sujet-là
tel
qu'il a été souligné, j'ai répondu sur le vieillissement du système fiscal,
l
'effet redistributif de la réforme de
la
taxation du capital, c'est vrai.
Et
d'ailleurs, je pense que politiquement,
c
'est
un
des points qu'on n
'a
pas assez bien expliqué sur ce sujet-là, le coeur de la réforme de la fiscalité du capital, c'était de réattirer du capital productif ou de le garder en France.
Et
donc là-dessus, ce qu'il faut faire, c'est qu'il faut pouvoir évaluer l'impact que ça a en termes de redistribution et regarder l'efficacité de la mesure. Et moi, je vais être très clair, si elle n'est...
S
'il est observé qu'elle n'est pas efficace, il faut la corriger. Et il faut peut-être conditionner davantage sur la partie ISF qui a été totalement supprimée la part de réinvestissement. Là-dessus, moi, je suis extrêmement pragmatique. L'objectif n'était pas un objectif de baisse de la fiscalité nette sur les déciles concernés, c'était un objectif d'investissement, de retour ou de maintien du capital productif. Donc là-dessus, ça s'évalue de manière scientifique, ça doit s'évaluer de manière neutre et ça doit alimenter le débat politique pour regarder si l'engagement pris et l'objectif recherché a été atteint
et
de pouvoir séparer l'objectif, si je puis dire, productif, de ses conséquences sociales. Mais je pense qu'il ne
faut
pas écraser l
'un
sur l'autre. Aujourd'hui, moi, je ne sais pas dire l'impact que ça a en termes réels dans un sens ou dans l'autre, mais il faut pouvoir le documenter, qu'il puisse y avoir de la science la plus neutre, la plus transparente qui se fasse sur ce sujet et qu
'on
puisse ajuster les choses et les corriger.
Ce qui
veut dire, M. le Président, que s'il est documenté,
par
exemple, il peut y avoir un
retour partiel de l
'ISF. Ça veut dire qu'il doit y avoir une évaluation
qui
soit scientifiquement faite et qui alimente d'ailleurs les travaux du Parlement sur ce sujet pour regarder l'efficacité productive de ce choix qui a été fait. Parce que
cette évaluation, enfin, un certain nombre d'autres économistes, Gilbert Sette, par exemple, sur l'évaluation de l'ISF.
Non,
sur ce point-là, je voulais juste dire, M. le Président, que sur les évaluations, le climat, le débat qu'on a à l'heure actuelle en France et celui que nous avons ici ce soir, je dirais, amène peut-être en partie, une bonne partie des effets favorables de ce qui a été engagé par la réforme de l'ISF il y a maintenant 18 mois à ne pas se produire. Pourquoi ? Parce que ça entraîne un sentiment, ça peut entraîner un sentiment d'insécurité. Ce type de réformes, c'est des réformes qui ont un effet favorable sur le temps long, en quelque sorte.
Et
si dans le débat économique français, on dit sans arrêt que, eh bien, on peut revenir sur ce type de dispositif et qu'éventuellement, dans un an, dans 18 mois, ces dispositifs pourront être mis en cause au titre d'une efficacité qui ne soit pas assez immédiate, eh bien, je ne suis pas certain que les résultats ne soient pas déjà ce qu'on ne voudrait pas qu'ils soient, en quelque sorte, c'est-à-dire qu'ils ne seront pas au rendez-vous.
Moi,
je voulais aussi intervenir sur un autre point, revenir un peu sur ce que vous disiez tout à l'heure. un aspect étonnant dans le mouvement social des quatre derniers mois, je crois que ça a étonné beaucoup d'observateurs, c'est que les mots chômage, les mots emploi n'ont quasiment pas été employés. La France est un des pays qui connaît le niveau le plus élevé des taux de chômage. Parmi les 36 pays de l'OCDE, je crois qu'il y
en
a quatre seulement qui ont un taux de chômage harmonisé supérieur à celui de la France. Eh bien, malgré ça, dans ce mouvement social, les mots emploi, chômage ont été quasiment absents. Et sur le domaine, sur le terrain économique, on a surtout parlé de pouvoir d'achat. Quand on voit ce qui s'est passé dans d'autres pays sur les 15, 20 dernières années,
on
voit généralement que les séquences sont beaucoup plus claires. Je ne parle pas simplement d'Allemagne, je parle également, par exemple, de la Finlande et de l'accord qui a été signé en 2016 et qui a amené un rétablissement spectaculaire de ce pays-là. Généralement, il y a une séquence qui dit, bon, dans un premier temps, on va privilégier peut-être l'emploi, la baisse du chômage et puis le pouvoir d'achat sera, je ne dirais pas, une priorité seconde, mais en tout cas, la priorité des priorités sera l'emploi et la baisse du chômage.
Tenir les deux en même temps, c'est un challenge pour un pays comme la France puisqu'il y a maintenant le besoin de répondre à des attentes et vous avez commencé à le faire, surtout dans un pays
qui
souffre d'un problème structurel de compétitivité. Je rappelle que 2018, c'est la douzième année consécutive dans laquelle la France enregistre un déficit de balance courant, douzième année consécutive dans laquelle la France, pour faire simple et caricaturale, la France vit à crédit et puis dans le contexte, évidemment, de préoccupations environnementales qui nous amènent
à
envisager de façon incontournable sur les prochaines années
des
dépenses importantes dans le domaine environnemental, sachant que dans ce domaine, on sait que les dépenses sont pour aujourd'hui, mais les rendements, les retours sont très décalés dans le temps, très, très décalés dans le temps. Donc, comment tenir en quelque sorte cette équation miracle qu'on n
'a
pas vue de pays qui soit rétabli, qui l'est tenue ? Priorité, pouvoir d'achat et emploi en même temps dans le contexte d'un pays largement, souffrant largement de problèmes de compétitivité et d'ailleurs de, comment dirais-je, de solde public. Comment faire
? On
va poursuivre sur la question écologique. Ami Daan, historienne, mathématicienne,
sur
la question écologique, puis Jean Jouzel, que j'aperçois.
Ami
Daan. Il faut que vous ouvriez votre micro, Ami.
Merci
de votre invitation.
Je
voudrais revenir sur cette période qui semble très paradoxale que nous vivons aujourd'hui, avec d'un côté la révolte populaire qui a démarré contre la taxe carbone,
et
en même temps une mobilisation incroyable, réjouissante, de mon point de vue, inédite, de la jeunesse européenne, celle du monde et la jeunesse de France pour préserver le climat et l'environnement.
Dans
l'expression des uns comme des autres, un même slogan revient et c'était très frappant à Paris samedi dernier.
Fin du monde, même combat.
Pour
certains,
cela veut dire que les problèmes sociaux et environnementaux ont une origine commune.
C
'est sans doute, évidemment, un peu trop simple.
Mais
finalement, qu'importe
?
Cela exprime, en tout cas, le sentiment très fort qu'on ne peut avancer sur l'environnement sans s'occuper de social.
Plusieurs
personnes l'ont dit, et vous l'avez dit vous-même. Nicolas Hulot l'avait bien perçu, je crois, en obtenant que son ministère soit celui de la transition écologique et solidaire.
Bien
sûr, il peut y avoir des contradictions entre tous ces objectifs, mais il y a aussi des synergies fortes.
Par
exemple, j'en donne juste un exemple précis, l'isolation thermique des bâtiments, un sujet majeur pour la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre, qui réduit aussi la facture énergétique des ménages, notamment les plus démunis, et devrait créer beaucoup d'emplois non délocalisables. Certains de nos voisins européens ont su industrialiser la rénovation thermique des bâtiments sur un rythme beaucoup plus soutenu que le nôtre. Pourquoi pas nous
? La
transition écologique, je crois, qu'il faut vraiment l'affirmer, c'est une transformation matérielle, sociétale, très profonde,
comparable
à la grande transformation de Polanyi qu'il a décrite à propos de la révolution industrielle, et elle nécessite d'offrir un
projet d'ensemble cohérent, global. Permettez-moi de vous dire, Monsieur le Président, que j'ai trouvé que dans votre
lettre aux Français, ce projet d'ensemble global n'apparaissait pas clairement,
parce
que c'était une question parmi d'autres.
Et
puis, elle ne peut pas être abordée simplement dans le cadre individualiste. la transformation certes souhaitable des habitus et des modes de vie est forcément contrainte par les infrastructures qu'offre le pays et aussi par les valeurs culturelles portées par le pouvoir, la société, etc. Donc, engager cette transformation aujourd'hui, c'est exprimer ce projet et y aller. Engager cette transformation, c'est aussi, bien sûr, et là, on rencontre ce dont on a parlé avant, une affaire d'investissement
dans
l'efficacité énergétique, dans l'énergie renouvelable, dans l'agriculture bio ou l'alimentation saine.
Je
crois qu'il faudrait parvenir à généraliser, par exemple, le prêt à taux zéro pour tous les objets de la transition, que ce soit les pompes à chaleur, le véhicule électrique ou l'isolation.
Des
outils existent, on en a parlé, comme la Banque Centrale d'Investissement, la Banque Européenne ou la Banque du Climat dont Jean Jouzel parlerait sûrement mieux que moi.
Parce
qu'il faut de l'argent pour décarboner l'économie, c'est vrai, beaucoup d'argent.
Alors,
comment le trouver ? En fait, on sait qu'il existe, il faut le flécher vers la transition écologique. Alors, certaines outils et certaines décisions, pardon, ne dépendent que de nous, Français, c'est-à-dire de vous, M. le Président,
et
d'autres doivent être prises au niveau européen.
Il
faudrait parvenir à sortir les investissements de la transition écologique des critères de Maastricht
et
réussir à orienter l'argent de la BCE vers la transition énergétique.
Je
crois que c'est important que ce New Deal vert
s
'est repensé en profondeur ce qu'est une dette
pour
se donner les moyens, les marges de manœuvre de l'investissement et repenser les catégories de la comptabilité publique, comme la commission Stiglitz l'avait suggéré il y a dix ans
pour
répondre au défi majeur de notre temps qui est la question climatique.
Et
en définitive, je voudrais terminer avec cela, il s'agit de relancer le projet européen
par
et pour la transition écologique et énergétique. Le seul thème susceptible peut-être
de
faire consensus en Europe, de lever les réticences de nos voisins les plus puissants
à l'égard d'une plus grande solidarité européenne.
Et
aussi, surtout, c'est le thème aujourd'hui parmi tous les
autres qui peut créer dans la jeunesse un nouvel enthousiasme pour le projet européen et faire obstacle au retour des nationalismes et à la montée des populismes. Ma génération, malheureusement, très représentée ici,
a
failli de ce point de vue.
Je
souhaite
que
la vôtre, M. le Président, soit plus lucide et plus responsable.
Merci.
Merci, Amine Dahan. Jean Jouzel,
sur
ce même thème.
M.
le Président, merci de votre invitation. Pas de surprise. Je suis très en face d'ailleurs avec Amine Dahan, même si on n
'a
pas préparé ensemble. Peut-être quand même pas inutile complètement de redire la réalité du réchauffement climatique
que
les 4 dernières années ont été des années records, que si vous voulez identifier les
20
années les plus chaudes, il suffit de remonter de 22 ans.
Et
surtout que
le
climat que nous vivons aujourd'hui est vraiment marqué par un réchauffement de 1 du 10ème degré par décennie, par
une
intensification déjà perceptive et évidemment extrême, mais vraiment celui que notre communauté scientifique envisageait il
y
a une trentaine d'années.
Ça
nous invite, je crois, à prendre au sérieux ce que cette communauté prévoit pour les années 2050 et au-delà. C'est un message très fort et bien sûr les conséquences qui en résulteraient. Alors, prise dans leur ensemble, et c'est un point qui a déjà été évoqué, ces conséquences se traduisent par un risque d'accroissement des inégalités. Entre pays pauvres et pays riches, bien entendu, nous en sommes conscients,
mais
aussi entre populations qui peuvent y faire face et celles
qui
ne peuvent pas le faire,
y
compris dans des pays développés.
C
'est un point que nous avons mis en avant dès 2017, d'ailleurs, dans un avis du Conseil économique, social et environnemental,
en
soulignant les inégalités qui peuvent résulter de certaines mesures destinées à lutter contre le réchauffement climatique.
Un
exemple est celui de l'augmentation des taxes carbone à l'origine du mouvement des gilets jaunes.
Donc,
cette dimension sociale vaut pour l'ensemble des problèmes environnementaux comme l'illustre, je crois, l'analyse des différents objectifs du développement durable.
C
'est d'ailleurs cette dimension post-social que le pape François a mis en avant lors d'une audition qu'il nous a récemment accordée à Pierre Laroutourou et à moi-même en vue de lui présenter l'initiative d'un pacte finance-climat européen. Cette initiative, elle part effectivement d'un constat que Amidén a déjà fait, d'un constat largement partagé, la lutte contre le réchauffement climatique, le respect des objectifs de l'accord de Paris, implique des investissements extrêmement importants. Et là, je ne parle pas uniquement, bien sûr, d'investissements publics, de l'ordre de 1 000 milliards d'euros chaque année au niveau européen.
Et
ce, dans des domaines tels que la mobilité, le bâtiment, l'urbanisme, l'énergie, l'industrie, l'agriculture, l'alimentation. Avec à la clé
de
nombreuses créations d'emplois,
il y a
un dynamisme économique pour les pays qui s'engagent dans cette transition énergétique et écologique.
Et
par rapport, je crois, à Gilles Berset, je dirais quand même que les investissements qu'on fait pour la transition énergétique, ils peuvent aussi rendre tout de suite. Ce n
'est
pas simplement rendre, effectivement, en matière de climat, mais en matière d'activité économique, je crois qu'ils peuvent apporter quelque chose très rapidement. Alors, M. le Président, dans une récente tribune, vous avez proposé la création d'une banque européenne pour le climat qui est mentionnée dans notre pacte. Nous y avons ajouté pour la plus haute diversité.
En
outre, ce pacte inclut un budget européen dédié.
D
'ailleurs, hypothèse que vous aviez évoqué lors d'un discours de la Sorbonne
et
la signature d'un traité européen la mise en place.
Au
niveau mondial, la France est par ailleurs impliquée avec la Jamaïque
dans
la définition de la stratégie de financement de la lutte contre le réchauffement climatique et l'adaptation. Quelles pourraient être, M. le Président, les prochaines étapes conduisant à
la
création de cette banque européenne pour le climat et au-delà
d
'une véritable politique ambitieuse de lutte contre le réchauffement climatique et l'adaptation au niveau européen, évidemment au niveau mondial.
Je
crois qu'il y va d'un développement harmonieux de notre continent à l'horizon des prochaines décennies. Merci, Jean-Joselle. Une autre intervention sur ce même thème par une économiste, Claudia Sénique.
Merci. Je voulais dire que j'étais très enthousiasmée, je pense que c'est très important cette proposition d'un projet d'ensemble cohérent et global et d'un projet européen, pas seulement à cause de l'importance du sujet lui-même, du réchauffement climatique, bien entendu, mais à cause du fait qu'on est à la recherche en fait de quelque chose qui permette aux gens de se repenser comme étant dans une société assez cohérente avec un objectif ou un projet commun. Et je dis ça parce que dans les travaux que nous menons sur le bonheur ou le malheur des Français, avec Yann Abdel notamment, on s
'est
rendu compte avant le mouvement des Gilets jaunes qu'il y avait un certain signe de fragmentation sociale, notamment dans les petites agglomérations, les villes moyennes, des gens qui se déclaraient particulièrement anxieux, pas seulement pour des raisons de leur vie économique, mais insatisfaits de leurs relations amicales, familiales, vraiment de leur entourage, un véritable symptôme d'isolement social. Et on sait que cette question du lien social, avez-vous quelqu'un sur qui comptez ? C'est vraiment une des questions qui fait la différence
du
point de vue du bonheur des gens dans les grandes enquêtes. Et on sait en retour que le bonheur, l'optimisme, le pessimisme a une grande influence sur le comportement des gens et notamment leur comportement politique et électoral. Et donc, quand il y a une perte de représentation de soi comme étant intégré dans une instance intermédiaire qui, elle-même, après, va se composer avec d'autres pour former société. Donc, dans ce cas-là, qu'est-ce qui permet de nouveau de se représenter comme étant un membre d'une société qui...
Merci, Claudia Séni. Pardonnez-moi.
...qui varie. L'idéal, évidemment, est d'avoir un projet commun. Ça a
pu
être l'émancipation, la croissance, la social-démocratie. Ça ne marche plus très bien parce que la croissance économique n'est plus là pour soutenir tout ça.
Alors,
maintenant, soit on retrouve effectivement, comme dans le plan 1 de Daniel Cohen, une croissance, par exemple, verte, ça serait idéal, soit, en fait, l'alternative aussi, c'est un ennemi commun. Donc, par exemple, cet ennemi commun, ça peut être le réchauffement climatique, ça peut être la concurrence fiscale qui détruit l'État-providence européen, ça peut être la guerre des identités, le séparatisme social. Mais, en tout cas, ce projet global écologique, s'il est vraiment présenté en tant que tel et on voit à quel point la jeune génération y adhère, ça peut fédérer, justement, ce sentiment d'appartenir à une collectivité. Je pense que c'est vraiment très important.
C'est l'absence de ça qui nourrit ce populisme où on a l'impression qu'il
y a
d'un côté les élites et de
l
'autre côté le peuple et que, désormais, ils sont totalement séparés.
Merci,
Claudia Sénic. Sur ces trois interventions, M. le Président, autour de l'écologie et d'un projet européen d'inclusion.
Je pense que ce que vous venez de dire,
et
ça rejoint d'ailleurs en quelque sorte l'approche
presque
micro qui était celle de Yann Algan, c'est celle de cette solitude et de la perte de sens.
Et
ça, je pense que vous avez parfaitement raison et que c'est le défi qui est le nôtre. C'est pour ça que je disais en préambule que la question qu'on a à traiter est plus grave que de dire que
c
'est simplement une réponse symptomatique à tel ou tel sujet.
c
'est de savoir quel est
le
commun et comment je construis mon destin individuel dans un destin collectif.
Et
d'ailleurs, quelque part, le moment cathartique que vit notre société le dit
parce
que beaucoup y répondent par du malheur individuel
ou
des problèmes individuels, mais disent quelque part beaucoup du délitement de ce lien politique-social. Et donc, ils se retrouvent, vous l'avez très bien dit, dans des combats. Alors à la question, on peut les tourner positivement, certains de ces combats. Le sujet sur le climat, on peut le tourner positivement. Et d'ailleurs, aujourd'hui, il est assez positif, si je puis dire. Il est une impatience, il est une exigence, mais il est dans cette traduction relativement positif. Néanmoins, sur ce qui a été dit justement sur cette solitude sociale, territoriale et ce besoin, comme vous venez de le dire, de commun, de lien social, je pense que ça, c'est un de nos défis. Alors, il y a des...
Il
y
a
plusieurs strates de réponse.
Il
y
a
une réponse qui est dans l'aménagement qu'on peut faire de ce commun. La puissance publique, elle a des choses à sa main. Elle aménage justement des politiques publiques. Elle peut créer ce commun,
ce
social. Elle peut créer des services publics, comme on
dit,
de proximité, qui sont une façon de remettre cela. Mais
plus
largement, on a à penser, à mon avis,
à
organiser aussi notre façon d'être
dans
le travail et autour du travail. Et je ne parle pas là, forcément, de la notion d'emploi.
Mais
il
y a
quelque chose de la solitude des destins individuels dans notre société aujourd'hui et qui va avec leur dématérialisation. Et ça, ce n
'est
pas une réponse qui est univoque. Elle ne se pense pas d'ailleurs toute seule. Elle dépasse largement ce qui est à la main d'un gouvernement ou de quelques dirigeants politiques que ce soit. Mais elle fait partie de la réponse très profonde qu'on a collectivement à apporter.
Et
puis, il y a le projet commun.
Alors,
à dessein, la lettre que j'ai écrite n'avait pas vocation à expliquer un projet puisqu'elle était ouverte. Vous ne demandez pas aux gens de délibérer librement si vous leur dites voilà mon projet. Il se trouve qu'on a eu un moment démocratique où on dit quelque chose d'un projet qui est l'élection présidentielle. Je pense que là, paradoxalement, on vit quelque chose
de
plus profond que ce qu'on connaît dans une élection présidentielle, de moins normé. Donc, on a inventé cette maillotique à ciel ouvert, si je puis dire. Mais c'est la définition d'un projet. Mais
l
'aurais-je défini qu'on m'aurait dit qu'il est bien sympathique. Il nous demande de venir débattre et il a déjà son projet.
Je
nous connais maintenant. Donc, je pense qu'il était important d'assumer cette part d'indétermination et de continuer à l'assumer. Et d'ailleurs, on voit bien dans ce qu'on est en train de se dire, moi j'assume la part approximative de certaines réponses. Tout n'est pas réductible à des réponses de politique publique. Néanmoins, je l'ai dit en introduction, je crois qu'il
y a
un besoin de projet national européen, c'est-à-dire
de
dire notre part de sens
du
moment que nous vivons.
Et
ce qui est vrai, c'est que nous sommes une nation éminemment politique et donc,
je
pense que nous sommes un pays où nos concitoyens au fond sont heureux quand ils bâtissent leur destin individuel sur quelque chose du destin collectif.
Et
donc, le fait de ne pas comprendre où on va collectivement,
de
se dire, au fond, demain sera moins bien qu'aujourd'hui,
pour
moi-même et pour mes enfants, et nourrit ce malheur.
Et
donc, la question, c'est comment on arrive non seulement à définir les objectifs vers lesquels on va, mais à montrer qu'on a suffisamment de monde qu'on emmène vers ces objectifs,
mais
à construire le chemin de crédibilité, la philosophie qui emmène tout le monde sur ce point. Alors, dans ce contexte-là, il est évident que
le
climat, il est aujourd'hui pris, vous l'avez dit, mais même dans nos débats, dans la manière, on l'aborde d'une manière anxiogène. Alors, elle est anxiogène pour faire réagir les décideurs,
mais
il est clair que
le
concitoyen qui nous écoute sur ce sujet ne peut pas dire que ça va être quelque chose de super, je vais me projeter, ça va me permettre de construire mon bonheur individuel et collectif.
Vous,
vous le voyez, moi je pense que je l'entrevois et ça suppose de contrecarrer beaucoup d'intérêts en place, mais je pense qu'on a nous-mêmes à reconstruire une forme de projection politique et de discours, du coup, peut-être plus positif de ce qu'est justement ce combat climatique. Si on dit juste qu'on est tous foutus, on va mourir et ça ne
va
pas assez vite, et moi je suis un combattant encore plus vrai de ce sujet parce que vraiment je trouve que vous n
'allez
pas assez vite,
à
la fin, tout le
monde
se dit on n'y arrivera pas. Moi je crois profondément qu'on peut le réussir,
qu
'on ne va aujourd'hui pas suffisamment rapidement dans cette transition et donc pour reprendre ce que vous avez dit l'un et l'autre, qu'on a une dynamique en effet
nationale,
européenne et internationale. Sur le national, on a commencé, moi je partage vos points très pragmatiques sur ce qui ne va pas assez vite et qui sont des vrais leviers de cette écologie totalement positive, c'est-à-dire que c'est un levier de création d'emplois, de secteur d'activité, simplement il faut pivoter une partie du modèle.
Et
donc c'est ça qui prend
un
peu de temps mais qui suppose donner, je crois ce qui a été dit, de la visibilité et de la confiance aux gens. C
'est
la grande difficulté du moment, c'est qu'on
a
un moment où on est, on reconçoit à ciel ouvert un modèle mais on doit donner suffisamment de confiance à un moment de sortie même s'il n
'y a
pas l'unanimité
pour
que les gens qui s'engagent sur ces nouveaux choix disent qu
'ils
vont les tenir
et
que ça ne bascule pas en permanence. Après, moi je pense que
le
coeur de cette bataille aujourd'hui est européen parce que
c
'est un espace pertinent, je pense que c'est là où on a réussi à inventer l'économie sociale de marché, des équilibres sociaux et économiques qui ont structuré justement ces derniers siècles et donc je pense que c'est là qu'on peut inventer cet espace justement d'une transition environnementale accélérée. Alors, la banque
du
climat en est une, c'est votre idée, je ne fais que moi la reprendre, je pense que l'idée de cette banque du climat au fond c'est d'appuyer sur deux instruments qu'on a.
On
a la BEI
qui
doit être transformée, la banque européenne d'investissement qui doit être beaucoup plus mobilisée sur ce type d'investissement et donc ça c'est un choix on revient sur ce qu
'on
disait de là où on met le capital public, les systèmes de garantie de subvention publique pour orienter ensuite des choix privés
et
puis on a un vrai débat à avoir
qui
est qu'est-ce qu'on met comme objectif au sein
de
notre banque centrale
et
est-ce qu'on pense et
est-ce qu'on pense qu
'il y a un débat à avoir sur la bonne orientation de certains mécanismes de financement et donc comment dans les critères même du système bancaire on décide d'orienter justement les différents modèles et la bonne allocation du capital et des financements est-ce qu
'on
veut favoriser certains types de financements en considérant qu'ils sont préférables c'est un débat là qu'il faut avoir. Ensuite au niveau européen
ce
qui nous permettra d'accélérer c'est de monter le prix du carbone beaucoup plus fortement moi j'y suis très favorable c
'est
la position qu'on défendra sur ce sujet c'est-à-dire que c'est d'accepter qu'on va vers un modèle où l'investissement productif doit prendre en compte ses impacts sur le climat et donc quand on investit dans quelque chose qui produit du CO2 on doit être taxé beaucoup plus qu'on ne l'est aujourd'hui. Alors il y a énormément là d'intérêts constitués qui sont contre il n
'y a
pas de consensus européen sur ce point il ne
faut
pas se tromper mais je pense que
c
'est un combat qu'on doit mener et qu'on doit mener là aussi à ciel ouvert si on veut pouvoir le gagner parce que c'est un vrai levier de transformation et il doit s'accompagner d'une taxe aux frontières sur le CO2
parce
que si on veut préserver et articuler les deux c'est pour
ça
que je serais moins pessimiste que Gilbert Sette
il
faut avoir des bons mécanismes et en effet on ne
peut
pas dire on emmène nos entreprises et nos citoyens dans une transformation
mais
on considère qu'on reste un espace totalement ouvert et aveugle sur nos préférences commerciales.
Je
crois que si on rentre dans cette logique de transition on doit dire dans ces cas-là on fait payer cette taxe aux frontières aux acteurs industriels chinois, indiens, russes qui eux ne taxent pas leur production comme nous on la taxe sur le CO2.
Et
puis après moi je pense qu'au niveau international on peut bouger les choses vous avez parlé de combats à mener sur la biodiversité on a des échéances importantes en 2020 et on a la réorientation de notre modèle. Le rendez-vous qu'on a en septembre prochain avec le Premier ministre américain sur le mandat qui nous a été donné par le secrétaire général des Nations Unies c'est au fond comment réussir à articuler au niveau mondial la justice sociale et contributive à la justice climatique.
Il
y aura une partie d'argent public là aussi mais la clé c'est comment on réoriente les vrais investisseurs internationaux
sur
des choix
qui
permettent cette réorientation
parce
que le cœur des liquidités et des capacités d'investissement ils sont dans le système financier dans les assets managers dans les fonds
et
donc ça on commence à le faire
et
on a eu des résultats ces derniers mois c'est ça qu'il faut pouvoir accélérer et au fond ça n
'est
rien d'autre que changer le cœur du modèle
c
'est-à-dire de se dire que le climat n'est pas une réalité dont on ne traite qu'en quelque sorte dont la puissance publique vient corriger les impacts négatifs d'un système productif qui continue à fonctionner de la même manière
mais
qu'il faut remettre ces objectifs au cœur de celui-ci on a quelques leviers et on a quelques moyens donc moi je pense que
c'est
le combat qu'on doit là-dessus mener
mais
ça ne répond que partiellement au sujet du projet collectif et du bien commun qui est à mon avis au cœur de la définition du projet national
Justement on va avoir avec quelques philosophes qui sont présents ici
on
va prendre quelques interventions sur ce thème la place de l'homme Périne Simon Naoum vous êtes directrice de recherche au CNRS
Oui
merci monsieur le président pour cette invitation alors c'est embêtant parce que vous avez pris une partie de mon discours donc Guillaume Erner sera content je serai beaucoup plus beaucoup plus brève mon idée était de vous demander de réfléchir sur l'histoire c'est à dire qu'effectivement je suis d'accord avec vous il me semble que l'histoire qu'on nous raconte depuis 30 ans c'est une histoire dont on nous dépossède c'est à dire c'est une histoire dont l'homme n'est plus acteur la catastrophe va arriver et pendant longtemps donc
quoi
qu
'on
fasse on disait ben finalement l'apocalypse est là que ce soit à droite ou à gauche on ne pouvait rien faire pour changer à droite la destruction du modèle familial et de la société le problème de l'immigration à gauche la mondialisation et en fait l 'explication de l'histoire par ce modèle d'économie qu'on ne pouvait jamais dépasser et puis l'Europe réunissant quand même je dois dire que l'ensemble des deux camps puisque
l
'Europe c'est l'impuissance de l'état gouverné par Bruxelles donc c'est vraiment la théorie du complot alors je suis tout à fait d 'accord avec vous il faut réinventer le récit et je dois dire que je serai un tout petit peu moins optimiste mais je suis beaucoup moins spécialiste que donc nos deux interlocuteurs précédents ce que j'ai entendu donc dans les rues de Paris dans la manifestation des jeunes pour le climat n'était pas très encourageant parce que d'une certaine façon ils refusent le monde dans lequel nous sommes c'est à dire que ils font la grève des classes mais ils refusent d'entrer dans le monde dans lequel nous sommes alors la question qui se pose c'est de savoir quoi faire et vous l'avez dit comment est-ce que on peut remettre l'homme au coeur de l'histoire et vous dites que les gens ont besoin réclament du sens mais je dirais que d'une certaine façon ils réclament aussi de l'existence et je le dis en présence de
Dominique
Schnapper parce que c'est aussi notre chance de pouvoir discuter avec de grands penseurs Raymond Aron plaçait l'individu historique au point de croisement entre de la liberté et des déterminations en expliquant qu'il a toujours le choix il a le choix d'agir en fonction des valeurs auxquelles il croit et donc je pense que ce qu'il faut donner aux gens ça n'est pas seulement du sens et ça n'est pas seulement un sens collectif mais c'est aussi la possibilité pour eux de choisir or il me semble qu'il y a quelques domaines et l'environnement en fait partie dans lesquels on voit maintenant émerger la possibilité d'un choix individuel mais ce sont aussi les domaines les plus
paradoxaux
et je pense alors je parle aussi en présence du professeur René Friedman ou de Frédéric Worms mais aux questions bioéthiques c'est pas pour rien que les questions bioéthiques et les questions de la vie se sont trouvées au centre de nos interrogations aujourd'hui c'est parce que dans cette situation paradoxale dans laquelle se trouve par exemple l'individu en fin de vie donc là où il est le plus vulnérable il est en même temps le moment où il peut faire le choix de sa vie ou peut-être le choix de sa mort alors il me semble qu'il faudrait identifier un certain nombre de domaines dans lesquels on voit émerger la possibilité d'un choix vous l'avez dit c'est l'environnement c'est le travail c'est la bioéthique c'est la fin de vie et la dernière chose que je voudrais vous dire c'est que là les décideurs publics et les intellectuels ont affaire ensemble ils ont un combat commun ça suppose néanmoins que soit rétabli un certain nombre de choses qu'on a peut-être oublié l'importance du savoir l'importance de la connaissance l'importance du débat l'importance des médiations
et
c'est là me semble-t-il que nous avons à relever nos manches ensemble
on
va poursuivre avec un autre philosophe de l'école normale supérieure Frédéric Worms merci bonsoir merci de votre invitation monsieur le président
je
voudrais revenir pour rejoindre en fait des choses qui viennent d'être dites de la situation où nous sommes ici ce soir
qui
n'est quand même pas habituelle pour nous
et
au fond finalement nous sommes pris dans un contexte doublement inhabituel avec des débats qui ont essaimé spontanément hors de tout cadre qui ont donné lieu à de la violence qu'il justement qu'il faut refuser mais qui ont suscité aussi des questions et comme vous le disiez vous-même il ne faut pas confondre les questions de fond et la violence qui a entouré ces débats hors de tout cadre et puis ce soir face à la gravité de ce débat nous sommes aussi dans un débat atypique finalement puisqu'il est extrêmement rare et important et ça signale la gravité du moment aussi que les intellectuels débattent à l'invitation et avec à l'invitation d'eux et avec le président de la république
et
c'est là dessus que je voudrais partir parce qu'il me semble quand même que dans cette invitation faite aux intellectuels il y a à la fois peut-être la nostalgie j'espère que ça n'est pas condamné mais surtout le désir d'une médiation
et
c'est finalement la fonction principale des intellectuels et c'est une petite introduction pour rejoindre ce que vient de dire Périne et ce que
nous
discutons ici
je
pense que dans la tradition française l'intellectuel c'est celui qui articule la science et les principes
et
aussi évidemment dans des institutions qui permettent une discussion et avec les citoyens auxquels il faudra revenir au-delà de ce débat donc la question c'est aussi au-delà de ce débat qui n
'est
pas un épilogue mais quelle relance pour le débat
dans
la science et c'est vrai que la science est menacée aujourd'hui il y a des conditions de nos vies aujourd'hui et comment les améliorer non seulement comment lutter contre les régressions mais comment quand même améliorer nos conditions de vie
mais
ça ne s'améliorera plus non plus sans les principes les intellectuels au fond et il y en a de nouveau dans le monde qui payent cela de leur vie aujourd'hui je pense qu'il faut rappeler les intellectuels ça a toujours été ceux qui plaident pour l'universel
pour
les libertés également pour des limites aux inégalités je pense qu'aujourd'hui l'un des grands thèmes sur lesquels nous devons travailler c'est comment finalement apporter des limites des limites à nos dangers vitaux mais aussi à nos dangers sociaux c'est en réalité le vrai progrès
et
comment il n'y a pas de progrès aujourd'hui qui ne soit complexe comment faire progresser à la fois les conditions de vie et les conditions sociales la fin de vie et la fin du mois la condition les inégalités également les discriminations on n'a pas encore parlé du rapport entre les hommes et les femmes ça me paraît fondamental aussi comment faire progresser en effet ces sujets c'est vraiment le rôle des intellectuels qui l'ont toujours incarné et je crois que c'est vraiment important de penser à la fois la totalité parfois les contradictions entre
nos
exigences et c'est le dernier point sur lequel je voudrais dire un tout petit mot
c
'est que finalement si vous nous invitez c'est aussi parce qu'il y a une inquiétude sur les intellectuels
et
sur nos institutions intellectuelles quels sont les cadres où nous pouvons aujourd'hui alors que la science s'est attaquée alors que les intellectuels sont parfaits les principes de justice que défendent les intellectuels sont également menacés
comment
est-ce qu'on peut faire pour renforcer les institutions qui permettent ce débat
qui
permettent ce débat critique au niveau national et international et je crois que là il faut véritablement insister sur les médiations on ne peut pas
entre
les ronds-points et l'Elysée il va y avoir des institutions qui nous permettent de discuter et je ne parle pas de la violence je parle juste de la parole publique
des
institutions qui nous permettent de discuter je pense à l'école à l'université aux universités aussi en Europe
comment
faire pour que ces sujets soient pris en charge de manière critique que la critique soit possible sachant que
le
projet commun dont vous parlez il est à mon avis possible mais il est forcément complexe et je prendrai l'exemple de la bioéthique et Jean-François Delfraissy est ici qui a animé un grand débat sur la bioéthique qui a été exemplaire à bien des égards
et
je crois qu'il doit continuer c'est qu'il
y a
des contradictions
on
veut à la fois être soigné et être libre et parfois la contradiction entre les deux entre la vulnérabilité et la liberté n'est pas simple les progrès d'aujourd'hui seront
des
progrès divergents en apparence qu'il va falloir faire converger mais pour cela il faut en effet cette responsabilité des intellectuels et il faut je crois alors en France on n'est pas menacé dans nos vies il
y
a un anti-intellectualisme extrêmement grave malgré tout
une
idéologie anti-intellectualiste qui s'est développée contre la science contre les principes universels contre nos institutions d'enseignement d'information de recherche de débat y compris les cafés
comment
est-ce qu'on fera pour travailler sur tout ça je crois vraiment que c'est en effet un modèle anthropologique mais que toutes les inquiétudes il faut les traiter tous ensemble et dans la discussion critique et on n'est pas forcément d'accord entre nous c
'est
ça qui est important mais il ne
faut
pas discuter seulement entre nous je ne crois pas que vous nous avez convoqué pour un débat d'experts mais pour ensuite rayonner dans le débat social qui doit continuer ensuite
une
dernière intervention cette fois-ci d'un sociologue Michel Viviurka vous avez la parole
je
remercie monsieur le président pour cette invitation on imagine mal une telle rencontre aujourd'hui à la maison blanche
je
voudrais me situer sur deux registres de façon très simpliste mais pour bien vous poser une question
premier registre et
disons relève de la sociologie
nous
savons tous notre société est fragmentée individualiste beaucoup de solitude on se demande comment faire France les médias sociaux enferment bien plus qu'ils n'ouvrent les discussions les débats d'un côté et d'un autre côté notre système politique est décomposé
je
pense que ce que nous venons de vivre avec les gilets jaunes ce n'est pas toute la société qui s'est cabrée
c
'est
une
partie
ce
n'est pas les chômeurs très peu ce n'est pas les syndiqués ou très peu et quand ils se sont cabrés c'était je dirais en marge et à côté ce n'est pas les lycéens même s'ils se sont parfois mobilisés etc mais c'est une partie de la population et ce genre de groupes sociaux ce sont des groupes qui sont sensibles aux discours qui les flattent et donc qui vont croire les fake news qui vont accepter les discours mensongers les plus éhontés pour peu qu'ils viennent de gens qui savent leur parler et qui les touchent et qui symétriquement ça vient d'être dit développent beaucoup de méfiance par rapport à ceux qui ne sont pas du même groupe
les
politiques les journalistes les scientifiques les médecins qui leur parlent de vaccins et comme vient de le dire mon ami Frédéric aussi les intellectuels donc d'un côté des logiques de rupture des logiques dans lesquelles notre société n'est plus capable de mettre ensemble sur des débats un certain nombre de personnes
je
vais simplifier maintenant tout autant la dimension politique de cette rapide analyse politiquement l'image que l'on peut avoir du système politique c'est bien connu c'est vous occupez une place forte au centre vous le parti qui vous soutient ensuite à gauche et à droite c'est presque le vide pas complètement mais presque et puis au bout du chemin les extrêmes c'est ça un peu l'image qu'on peut avoir de ce système politique vous êtes souvent critiqué pour votre verticalité c'est le mot qui est souvent utilisé une verticalité descendante comme si entre l'exécutif et la population il n
'y
avait rien ou il ne pouvait rien avoir et j'en arrive à ma question en notant auparavant simplement que cette verticalité elle est aussi ascendante les gilets jaunes se sont comportés aussi
avec
une certaine verticalité c'est à vous qu'ils voulaient parler et j'allais dire à personne d'autre ou presque
et
donc verticalité il y
a
aussi beaucoup d'horizontalité donc là c'est des univers qui ne se parlent pas le monde des gilets jaunes est très horizontal d'une certaine façon même s'il est très diversifié
et
ma question elle est la suivante on vous a beaucoup reproché j'ai même fait partie de ceux qui vous critiquaient un peu là-dessus de ne pas écouter la CFDT ou de ne
pas
avoir envie d'avoir affaire avec
elle de
ne pas comme on a dit parfois aussi vous intéresser beaucoup aux corps intermédiaires alors moi ma question elle est très simple mais c'est une question de fond
est
-ce que cette image que j'ai de votre positionnement
elle
est le fruit simplement d'une analyse d'un héritage qui est celui-là tout était vermoulu c'est un vieux monde tous ces corps intermédiaires représentent des choses qui n'ont plus tellement leur place aujourd'hui il n'y
a
aucune raison d'essayer de revitaliser tous ces univers
ou
bien
ce
qui vous rapprocherait parfois de ce que dans d'autres traditions intellectuelles on appelle aujourd'hui la démocratie illibérale
ou
bien vous pensez que le seul modèle possible à terme de façon durable
est
un modèle dans lequel il faut un pouvoir exécutif fort
suivi
par son
son
parlement si je peux dire et puis une capacité de dialogue direct avec la société mais sans
les
médiations autrement dit est-ce que vous êtes l'héritier
d
'une longue décomposition que tout le monde peut percevoir ou est-ce que vous pensez que le modèle durable politique c
'est
des systèmes qui disparaissent ou qui s'étiolent ou qui n'ont pas beaucoup à agir voilà j'aimerais avoir votre vision de ces choses là
avant
une réaction du président de la république j'aimerais avoir l'intervention de Monique Cantos perpère philosophe également ces suggestions et propositions sont passionnantes mais je crois comme vous l'avez dit monsieur le président
que
le mal vient de plus loin du moins en partie car ce à quoi nous assistons depuis plusieurs mois et l'expression désordonnée de revendication de frustration
d
'un sentiment de dépossession parfois même de rélégation est quelque chose qu'on ne peut pas ignorer indépendamment des manifestations de violences qui sont elles tout à fait inadmissibles
mais
par ailleurs le grand débat national a montré une extraordinaire aspiration des français à la participation politique
et
celle-ci ne se limite pas à émettre un avis
mais
elle doit également donner aux citoyens la conviction que leur perspective leur point de vue leur condition d'existence sont d'une certaine façon prises en compte
c
'est une aspiration à laquelle on ne peut pas absolument pas ignorer aujourd'hui
alors
évidemment le parlement est le lieu naturel où la pluralité politique la pluralité sociale doit s'exprimer
car
le parlement représente tous les français et pas simplement les électeurs du parti majoritaire
mais
il est clair qu'aujourd'hui ça ne suffit pas
alors
ce que je voudrais souligner c'est que ce dont nous avons besoin en plus dans nos démocraties modernes c'est-à
-dire
d'une véritable participation politique d'un engagement des citoyens
n
'est pas si facile à réaliser
c
'est même d'une certaine façon un peu contradictoire
parce
que un certain nombre d'évolutions caractéristiques du monde d'aujourd'hui ont fait ce besoin de participation va à contre-courant de pratiques de gouvernement qui sont de plus en plus concentrées
pour
un souci légitime d'ailleurs d'efficacité et nul ne songerait à le reprocher à un gouvernement et aussi un souci de lisibilité de l'action politique
donc
on a en quelque sorte deux tendances contradictoires en tout cas à première vie incompatibles entre une demande de participation politique de plus en plus forte et puis des pratiques gouvernementales en France et dans d'autres pays c'est une tendance générale qui semble aller dans une direction opposée je crois qu'il ne faut pas sous-estimer cette difficulté parce que sinon les solutions que l'on propose risquent d'être peu praticables or l'enjeu est de taille restaurer et fortifier la participation politique pour revenir au fond à un exercice de la liberté politique qui hante la tradition libérale en démocratie depuis très longtemps est quelque chose d'essentiel parce que ça permet de résister à la fiction d'une société homogène d'un peuple sans différence qui est souvent une condition malheureusement favorable à l'émergence de gouvernements autoritaires et populistes
et
puis la participation politique la participation des citoyens est une façon d'améliorer la décision politique qui ne peut être qu'enrichie par le fait d'être opposée ou même confrontée à des points de vue différents en politique il y a rarement une seule solution il y a une proposition avec un classement des priorités qui peut diverger selon les valeurs que l'on a ou la conception du bien public que l'on a
et
puis enfin c'est sur ça que je voudrais insister renforcer la participation politique c'est d'une certaine façon créer les conditions favorables à une acceptabilité des réformes et à la cohésion sociale car la conviction que son point de vue a été entendue même s'il n'a pas été suivi incite au ralliement
aux
décisions prises
et
il me semble que sur des questions essentielles comme ceux auxquelles les citoyens d'aujourd'hui comme celles qui vont se poser à nos gouvernements l'arbitrage entre les impératifs de la sécurité les exigences de la liberté
la
question énorme de comment remédier à la misère à l'impuissance humaine à la forme de dépossession qui encore une fois s'est exprimée de manière un peu chaotique ces dernières semaines comment remédier à l'injustice scolaire sur toutes ces questions fondamentales les citoyens doivent pouvoir s'exprimer alors ma question vous la devinez
c
'est quelle piste
pour
répondre d'en haut
à
partir de l'exécutif à cette difficulté la société a elle-même ses propres réponses et évidemment on peut imaginer une véritable mise en dialogue de ces deux types de réponses mais comment répondre d'en haut à partir de l'exécutif avec le parlement avec les corps intermédiaires il y a une véritable créativité politique à mettre en oeuvre pour réformer les institutions fortifier les droits de l'opposition créer des véritables lieux de débat de communication des arguments la société peut débattre elle peut débattre de manière argumentée dans certains dans certains pays d'Europe un exemple souvent cité et celui des débats qui ont été organisés sur l'avortement en Irlande on a eu
une
démonstration exemplaire de ce que pouvait être la capacité d'information et de délibération des citoyens qu'on pourrait dire ordinaires en aucun cas des experts bref il me semble qu'arrivée à répondre à ces questions et je crois que le champ est ouvert pour toutes sortes de propositions
et
le meilleur moyen de remédier au risque d'anomie sociale et de préserver les valeurs de nos démocraties
merci
monique canto une réaction monsieur le président de la république avant une première pause
sur
ce qui a été dit sur
la
notion de choix
la
salle de sens je partage totalement
et
la difficulté c'est à la fois ce besoin d
'avoir
ses respirations et de pouvoir choisir sa vie
et
je veux dire que ça c'est un point sur lequel j'avais moi-même construit
ma
campagne parce qu'on avait mené cette grande marche et ce qui ressortait le plus c'était ses vies empêchées
et
c'est vrai que c'est ce qui s'est exprimé le plus et d'ailleurs moi je le prends 18 mois après être entré en fonction comme n'ayant pas réussi à donner à toute une catégorie de la population des perspectives sur ces vies qui étaient vécues comme empêchées soit par le sens soit par l'insuffisante rapidité d'exécution de certaines décisions
alors
après ça relève de choix de sujets éducatifs économiques ou éthiques comme vous l'avez dit mais je dirais que cette difficulté qui est liée au choix
elle
se double d'une tension qu'il y a entre les libertés individuelles qu'on donne et l'idée qu'on se fait du collectif
et
des grandes valeurs de la société et on voit d'ailleurs cette tension au coeur des débats bioéthiques qu'on a sur beaucoup de ces sujets le débat c'est pourquoi je ne donne pas la liberté de choisir à l'autre alors qu'elle ne m'enlève rien à ma liberté de choisir
parce
qu'au fond ça ne renvoie pas à l'idée que je me fais
du
modèle de civilisation dans lequel je veux vivre
ce
qui est une tension nouvelle parce qu'on arrive à la frontière en quelque sorte des choix qu'on estime possibles ou décent
et
donc on a me semble-t-il au moment où nous nous parlons à la fois à redonner de la possibilité de choix à nos concitoyens et donc de cette part de liberté mais à redéfinir cette part de commun qui permet à ce choix de s'exprimer librement et nous n'y sommes pas aujourd'hui
parce
qu'il y a des tensions de représentation qui peuvent relever du religieux du civilisationnel qui sont là et qui disent non ce choix me pose un problème parce qu'il est attentatoire à la vision que je me fais du commun que nous devons partager
et
donc dans ce contexte-là pour faire le lien avec la remarque de Frédéric Vormes
je
crois à cette médiation et c'est ce pourquoi d'ailleurs vous êtes là
et
ce qui fait dire que je crois en effet j'aime pas tellement ce terme de corps intermédiaire
après
chacun se vit non non non je sais bien je sais bien et c'est pas le mien non plus mais je crois qu'il y a besoin en tout cas de passeurs en tout cas de personnes qui sont identifiées comme des références mais la question qui est posée derrière tout ça et qui est aussi la vôtre implicitement
c
'est celle de l'autorité de la décision en démocratie
et
c'est celle qui est d'ailleurs au coeur la manière la plus profonde de la crise qu
'on
vit c'est que derrière les gilets jaunes comme on dit les plus radicaux il y a une volonté
de
nier toute forme de représentation et de légitimité de représenter et toute forme d'autorité
quelqu
'un émerge en disant on va se structurer non toi tu n'es pas légitime
qui
es-tu et là ça c'est l'évanouissement c'est-à-dire c'est l'individu qui ne se reconnaît plus dans rien dans aucun sens collectif
et
donc moi je crois malgré tout dans des formes d'organisation de collectif je pense qu'il y en a une les maires le sont au niveau local c
'est
pour ça que j'ai voulu rassembler ça parce qu'ils sont cette forme justement de médiation démocratique citoyenne à une échelle territoriale qui est palpable perceptible ma commune j'en connais le centre généralement ça va être la mairie le Beffrois ou l'église selon les lieux et la tradition qui y sont et puis je connais les confins et je sais qui est responsable et qui organise la discussion
moi
je pense que les intellectuels ont cette responsabilité parce qu'ils ont une autorité dans la société qui est académique ils savent plus de choses si je devais parler simplement ils ont le plus de livres
et
c'est une autorité
qui
me semble importante et que je reconnais parce que quand il y
a
un rapport à la vérité ou au débat qui doit être éclairé ça vaut quelque chose et donc il y
a
une échelle de valeur et la question c'est comment on remet des échelles de valeur et ça peut pas être l'infini et les zéros pour reprendre une forme de verticalité qui n
'aurait
pas de sens
et
donc je pense qu'il faut qu
'on
remette ces échelons là en disant que tout ne se vaut pas
et
ce que m'a reproché parfois comme étant de la verticalité c'était simplement de reconnaître que tout ne se valait pas et que toutes les paroles ne se valent pas à tout moment sur tout sujet
quand
bien même elle peut être respectueuse et considérer la part d'humanité absolue qu'il y a dans l'autre à qui on parle mais selon d'où on parle et qui on est on n'a pas la même légitimité sur tel ou tel sujet et donc c'est pour ça qu'on a à rebâtir et que là les intellectuels ont une responsabilité très importante la réalité des débats sur les valeurs et autres et sur la part de vérité
y
compris de son caractère falsifiable ou non et de ce autour de quoi le débat peut se faire
et
c'est là où je pense et je souhaitais d'une part qu'il y
ait
ce moment mais au-delà de ça où je fais ce qu'on a fait sur la bioéthique parce que j'ai voulu que sur la bioéthique ce ne soit pas un débat politique j'ai assumé en effet confié à monsieur le professeur et à l'ensemble de ceux qui l'ont accompagné dont vous êtes la responsabilité de structurer un débat qui était instruit par la science où on disait quel est le discutable le non discutable et de lui donner un cadre avec des gens qui savent et d'autres qui représentent
et
ça je pense que ça a une vraie valeur et elle est irréductible et donc par rapport à la question donc je crois en effet à cette forme de médiation et je pense qu'au-delà du moment qu'on vit elle doit se poursuivre et reprendre le cœur de la cité et pas du tout dans des logiques instrumentales et c'est vrai qu'elles l'ont parfois été dans des vraies logiques de controverses mais avec des éléments de légitimité donc par rapport à la question qui était posée par
Michel
Vivorca
ce
qui a été beaucoup dit sur les corps intermédiaires moi je pense qu'il y a une erreur d'analyse
qui
a été faite quand on m'a accusé de les marginaliser corps intermédiaires ou partis politiques s'ils avaient été très structurés très forts je ne serais pas devant vous
je
suis le symptôme le plus avancé du fait qu'ils ne structuraient plus la société puisque la démocratie s'est exprimée en dehors de leur cadre donc il
y
a quelque chose de toute façon qui dysfonctionnait qui a fait que je suis là
c
'est que ce qui était censé articuler structurer le cadre politique à un moment donné était tellement en décalage avec la manière dont les gens le vivaient qu'il y
a
pu avoir une émergence qui semblait impossible complètement baroque à tous les gens qui connaissaient le système
et
ça c'est une constante il faut essayer de comprendre pourquoi on a un système politique qui s'est construit par l'état-nation qui n'est pas l'émanation différencie en effet de l'Allemagne ou de plusieurs autres
moi
je pense que les réformes qu'on a passées en début de quinquennat redonnent un pouvoir extrêmement fort aux organisations syndicales parce qu'elles donnent la possibilité de faire la
mais
je pense qu'on a besoin de ces médiations simplement elles doivent se réinventer
au
vu des débats qui nous traversent
et
je pense que c'est pour ça que même par rapport à ce que disait tout à
l
'heure Dominique Méda moi je n
'ai
jamais dit que le modèle français était la cause de tous nos mots je pense que la rigidité
de
nos classifications syndicales à travers le temps et de la manière dont on avait structuré ne s'était pas n'avait pas bougé aussi vite
que
les problématiques que ce que vivaient nos concitoyens et que les grandes transitions du monde et qu'à un moment ce décalage et donc là on a à rebâtir en quelque sorte pour reprendre cette terminologie les bons corps intermédiaires qui correspondent à ces débats
mais
je pense absolument
que
la société pour vivre a besoin de ces médiations à la fois territoriales
d
'intérêt et de rapport à la vérité absolument
et
donc ça rejoint pour finir le point que faisait Monique quant au Sperber c'est-à-dire
qui
touche aussi la question de la décision et de l'autorité en démocratie parce qu'au fond c'est ça la question qui est posée
et
aujourd'hui c'est d'ailleurs une question qui est posée à toutes les démocraties occidentales
on
a un modèle absolu qui répond par l'imprédictibilité de l'autorité si je puis dire outre-Atlantique
et
on a aujourd'hui une Europe où ce qui est plutôt en train de s'installer c'est
les
dirigeants impuissentés
le
nombre de gouvernements minoritaires en Europe ne cesse de grandir et la capacité à bouger ou à prendre des décisions semblent se rétrécir
alors
même que partout dans le reste du monde émergent
des
régimes plus ou moins illibéraux certains résolument illibéraux d'autres qui existent en tout cas des systèmes qui vont beaucoup plus beaucoup plus vite où la part d'autorité est installée c'est un défi pour nous
la
question c'est comment nos démocraties européennes vont évoluer moi je pense qu'on doit garder une part d'autorité de rapport à la décision mais qui vaut pour
toutes
les échelles de la société
parce
que quand on a la légitimité politique il faut pouvoir prendre la décision qui va avec quand on a la légitimité intellectuelle il faut pouvoir dire d'où on parle et
dire
des choses qui ne sont pas la même chose qu'un citoyen donc je crois à cela et je pense que si on pensait que ce serait une progression favorable de notre démocratie de tout niveler et de dire en quelque sorte la démocratie c'est un débat permanent entre toutes paroles qui se valent sans décision ce serait dramatique donc il faut remettre la capacité à décider et trancher
il
faut simplement reconstruire des processus de légitimation
et
au fond ça revient avec ce sujet justement d'articulation
je
ne crois pas que ce soit le référendum permanent
je
pense que c'est la capacité à faire
vivre
structuré de la délibération décision
et
donc à bâtir
des
formes de consensus démocratique qui ne sont pas simplement dans le temps de l'élection
c
'est ça ce que nous sommes un peu en train de faire en tout cas d'essayer de faire et qu'il nous faut bâtir et donc ça n'est ni
l
'épuisement de toute la forme démocratique et de décision dans la démocratie représentative
ni
la démocratie directe permanente c'est une forme de démocratie délibérative mais qui suppose qu'à un moment donné où le consensus est estimé on prend la décision
et
donc
qu'on
ne peut pas s'arrêter à la tyrannie d'une irréductible minorité
Merci Monsieur le Président de la République on va marquer une première pause d'une dizaine de minutes Hervé bonsoir est-ce que vous m'entendez
et
ben voilà donc vous avez l'antenne à tout à l'heure Hervé merci
Lucidité c'est une preuve de
lucidité et puis ça peut être une preuve ça peut être aussi quelque chose d'un peu inquiétant pour tous ceux qui sont extrêmement attachés au parti politique à la démocratie représentative à un type de fonctionnement qu'on n
'a
pas forcément envie de laisser partir comme ça aussi facilement donc oui il y a ça et alors l'autre chose que j'ai trouvé extrêmement frappante c'est si on écoute le lexique du Président de la République qui tranche avec celui de la plupart des chercheurs qui se sont exprimés parce que la plupart d'entre eux sont des chercheurs on a entendu un Président de la République au fond qui peut donner le sentiment ça sonne un peu parfois comme Nicolas Sarkozy mais Nicolas Sarkozy c'était la version chef d'entreprise ou chef de PME c'est-à
-dire
je gouverne la France comme une petite entreprise là on a plutôt l'impression d'un joueur vous savez ce jeu SimCity d'un joueur qui gère une ville alors j'ai mon problème d'éducation j'ai mon problème de ceci là il y a la classe moyenne enfin des grands schémas il faut faire pivoter le schéma le logiciel ceci c'est pas du tout le vocabulaire qu'utilisent les chercheurs qui lui posent des questions moi je suis frappé par ce contraste dans les termes qui n
'est
pas seulement un contraste dans les termes employés mais qui est probablement aussi un contraste très très fort en termes de représentation du monde c'est-à
-dire
comment on se représente les problèmes auxquels il faut faire face d'un côté on a des gens dont le travail est de décrire finement ces problèmes éventuellement de formuler des solutions et dans l'autre on a quelqu'un qui est dans un agenda à gérer voilà des grandes masses qui ne peut pas s'embarrasser du coup il y
a
quelque chose de frustrant parce qu'évidemment le président de la République ne répond pas très précisément aux questions qui lui sont posées sur la taxation du capital sur le revenu minimum d'existence enfin bref des questions il
répond pas précisément
enfin en tout cas il dit quand même qu'il n'y est pas favorable et sur le revenu minimum d
'existence c'est l'autre chose c'est qu
'on a eu quand même sur toute la
première séquence il reste sur ses positions pour le coup il n'y a pas de surprise de ce point de vue toute
la première séquence économique sur les inégalités clairement le sentiment de quelqu'un qui défend une politique qu'on pourrait dire allez de droite enfin je veux dire par exemple même des économistes qui ne sont pas franchement des économistes d'extrême gauche qui ont été des gens qui ont écrit une partie de son programme je pense à Pizani Ferry et à Guillaume par exemple ont été assez critiques enfin lui disant qu'il faudrait peut-être penser à taxer autrement les multinationales par exemple disait Pizani Ferry et c'est fin de non recevoir à tous ces discours là donc là il y a vraiment un clivage très net c'est vrai que c'était assez intéressant d'entendre cette confrontation entre deux des économistes qui ont bâti le programme d'Emmanuel Macron vous disiez Sylvain Bourmeau Philippe Aguillon et Jean-Pizani Ferry en disant ben voilà finalement la direction qui a été prise elle nous semblait plutôt bonne sauf qu'on n'est pas allé jusqu'au bout et que s'agissant des niches fiscales s'agissant des politiques de redistribution il manque on va dire un élément à ce que vous avez tenté de bâtir depuis le début du quinquennat pour vous Stéphane Robert qu'est-ce qui vous a le plus surpris pour l'instant depuis ces deux heures de discussion
moi
je vais revenir sur une chose qu'a dit Sylvain Bourmeau qui me paraît particulièrement intéressante quand il parle d'un président dont on a l'impression qu'il joue à SimCity et qui calcule un petit peu tout ce qu'il fait alors donc rappelons un jeu vidéo qui permet de bâtir une ville et ensuite de la gérer
jeu
très
populaire ce que je trouve
très intéressant dans cet échange qu'il peut y avoir et ce que met en valeur finalement on a des intellectuels là qui posent tout un tas de questions qui mettent au jour des problématiques qui les exposent qui les soumettent au président à travers soit des constats soit des questions qu
'il
pose et puis finalement on a un Emmanuel Macron qui répond en fonction des décisions qu'il prend il y a un exemple notamment sur les réformes du système fiscal puisque je ne sais plus qui lui a si c'est Jean Pisani Fieri qui lui a pointé le vieillissement de notre système fiscal sa complexité et sur la nécessité de le réformer qu'est-ce qu'a répondu Emmanuel Macron sur cette question là
que
ça coûte de l'argent parce que il va y avoir des gagnants qui prennent l'argent sans rien dire et puis des perdants qui vont hurler et donc qu'est-ce qu'il a dit là est-ce que moi j'investis là-dessus mon capital politique
je
ne crois pas voilà la réponse qu'il a fait et c
'est
là où vous dites effectivement il est en train de jouer à SimCity alors moi ce que je trouve
que
ça met en valeur cette affaire là c'est qu'on a des intellectuels qui pensent la société mais qui la pensent pas en termes d'action lui il pense la société en termes d'action politique il a un agenda il a 5 ans il a un quinquennat pour faire ça et il a un capital politique sur lequel il a investi voilà il dit là je vais faire ça je vais faire ça je vais pas pouvoir tout faire en quelque sorte donc on a vraiment cette confrontation entre quelque chose qui pourrait être imaginé de façon un peu idéale par des intellectuels qui pensent véritablement la société et lui qui récupère un petit peu cette façon de penser en disant ouais mais moi je vais faire quoi je vais faire ça ça ça et je vais investir et c'est peut-être ce qui donne l'impression finalement mais on voit bien là le fait qu'ils sont pas du tout dans la même position on a des intellectuels qui pensent et un responsable politique qui est nécessairement dans l'action et dans la réponse à apporter à une société et c'est ce que je trouve le mérite de ça c'est que ça met en valeur le positionnement du président de
la
république et des intellectuels voilà il
n'y a
pas la même temporalité c'est vrai que cette expression je gère mon capital si je veux mettre mon capital politique sur quelque chose je le fais sur l'innovation pas sur la fiscalité mais cette idée de capital politique ça rejoint finalement ce que vous dites Sylvain Bourmeau avec cette comparaison avec le jeu vidéo Sims on pourrait aussi parler de Monopoly à la limite c'est-à-dire qu'on a finalement ce capital à gérer lui il a 5 ans pour le faire enfin il lui reste pas tout à fait 5 ans peut-être davantage si jamais il fait un deuxième quinquennat et donc il gère aussi les affaires du pays en fonction du temps dont il dispose là évidemment quand on est un intellectuel on ne pense pas du tout la temporalité de la même manière mais c'est quand même intéressant finalement de voir cette confrontation entre deux temps différents oui même si quand même un certain nombre des intellectuels qui sont intervenus sont des gens qui ont un petit peu l'habitude des réalités du pouvoir d'ailleurs j'ai été frappé par le fait que deux de celles qui sont intervenues qui sont des énarques je pense à Dominique Méda et à Agathe Cagé ont expressément posé la question ainsi Dominique Méda faisait remarquer au président de
la
République que tout ce qu'elle avait appris à l'ENA et que probablement lui aussi avait appris à l'ENA n'était plus pertinent pour comprendre les défis auxquels nous étions confrontés pour trouver les bonnes politiques publiques adaptées Agathe Cagé n'a rien dit d'autre et elle travaille précisément sur cette question de l'articulation entre les connaissances et les politiques publiques donc là il y a évidemment un décalage du fait de la position je suis d'accord avec Stéphane Robert mais il y a aussi un décalage je pense perçu comme tel par des chercheurs dans la temporalité c'est à dire qu'un certain nombre de ces intellectuels pense qu'Emmanuel Macron continue de fonctionner avec des catégories qui ne sont plus opératoires aujourd'hui si tant est qu'on se donne la peine de lire les travaux des chercheurs on peut peut-être justement écouter un extrait de l'intervention d'Agathe Cagé qui est politiste c'est peut-être un des moments où le débat entre Emmanuel Macron et les intellectuels n'ont pas basculé mais en tout cas s'est orienté vers des interpellations peut-être beaucoup plus politiques qu'elles ne l'étaient jusqu'à présent elle revient Agathe Cagé sur la question de la transmission du capital on l'écoute et puis on écoutera ce qu'on disait ensuite Emmanuel Macron
Quand
on dit il faut s'interroger aujourd'hui sur la taxation du patrimoine je ne pense pas qu'on soit en train d'agiter le joujou de la fiscalité on est en train de dire vous disiez monsieur le président il faut travailler sur les inégalités primaires la plus forte des inégalités primaires aujourd'hui est en train de devenir la possession ou non de patrimoine certes les inventeurs de Google n'avaient pas de patrimoine à la base mais aujourd'hui vous ne pouvez pas inventer Google à Paris parce que vous ne pouvez juste pas vous loger à Paris c'est une problématique c'est une problématique extrêmement importante alors oui il faut travailler sur la réduction des inégalités au niveau scolaire il faut travailler à comment je mets plus de mixité sociale plus de mixité scolaire dans l'école ça c'est quelque chose d'important il faut travailler à la réduction des inégalités dans l'accès à l'emploi mais il faut travailler sur ce sujet fondamental si aujourd'hui vous avez une partie de la population qui se voit transmettre un capital incommensurable par rapport au capital qu'à la grande majorité de la population vous ne pouvez pas demander à la grande majorité de la population de créer Google de créer de l'emploi et d'aller au même niveau qu'une partie de la population qui commence avec tout quand le reste de la population n'a pas grand chose mais n'a absolument rien
voilà
la politiste Agathe Cagé qui je le précise sera en notre compagnie demain soir dans le cadre du grain à moudre on débriefera ce débat et elle sera avec nous également en compagnie de Sylvain Bourmeau de François Doss et également elle s'est déjà exprimée elle aussi depuis le début de la discussion avec la philosophe Perrine Simon-Naoum mais cette question de la transmission du capital de la fiscalité du patrimoine Agathe Cagé n'a pas été la première à l'aborder ça a été aussi le cas de l'économiste Daniel Cohen qui faisait le constat d'une société devenue une société d'héritiers en remettant un petit peu aussi sur le tapis l'idée d'un revenu de base écoutez la réponse que lui fait Emmanuel Macron
quand
je regarde pour le coup la situation on en est par rapport à nos voisins
on
ne croule pas sous le capital productif
et
quand je regarde les faiblesses françaises sur ce sujet par rapport à beaucoup d'autres c'est qu'on a suffis insuffisamment attiré ou gardé le capital productif en France
et
il n
'y
a rien qui justifie l'écart qu'on a constitué ces 20 dernières années de chômage qui est pour moi la pire des inégalités dans notre pays entre les deux pays grands pays voisins que sont la France et l'Allemagne c'est
le
fonctionnement du marché du travail et c'est malgré tout la capacité à avoir du capital productif et de développer
dans
ce contexte là
comme
il n'y a pas que des économistes mais il y
a
des acteurs économiques
qui
réagissent aussi à des stimulus
moi
je trouve qu'ouvrir aujourd'hui en sortie du débat un grand débat sur la fiscalité du capital à mes yeux n'est pas la bonne réponse la bonne réponse c'est de savoir comment je consolide du capital productif au maximum pour produire davantage en France
je
vous parle de là où je suis
mais
c'est ma priorité ensuite ce que je constate c'est que les inégalités de dessin qui sont constituées moi j'ai pas forcément envie de m'enfermer dans un scénario
de
faible croissance ce que je sais c'est que les mêmes scénarios existaient il
y
a 20 ans sur des tables américaines que certains ont fait ce choix que d'autres en ont fait d'autres et qu'on est dans une économie des talents de l'hyper concurrence la question pour moi est aussi de savoir comment je forme en France les gens qui vont réussir dans cet univers de plus en plus compétitif à créer le maximum de richesses et en tout cas à construire des destins qui permettront dans notre pays de les construire
et
donc dire on considère que la priorité
c
'est encore une fois une réponse de fiscalité ce qui est notre tropisme collectif
c
'est envoyer juste un signal sur la fiscalité du capital et c'est nous mettre potentiellement alors qu'on est dans un environnement ouvert et relativement concurrentiel de réduire encore l'attractivité de notre capital productif dans le pays
sur cette question de la fiscalité Stéphane Robert rien de nouveau sur le soleil j'ai envie de dire c'est à dire Emmanuel Macron dit et répète ce qu'il a dit depuis le début ce qu'il a fait même et ce qu'il a fait d'ailleurs depuis le début et en même temps avec cette contradiction qui est d'avoir placé dans les thèmes du grand débat national qui est en train de s'achever cette question de la fiscalité c'est à dire on les met en débat mais on n'y touche pas oui alors oui voilà c'est là où peut-être on peut reprocher à Emmanuel Macron d'avoir peut-être une idée cachée de ce qu'il faut faire et en donnant l'impression de laisser le débat ouvert en tout cas
il
montre bien qu'il fait un constat qui n'est pas tout à fait le même que ce qui lui a été posé par les chercheurs notamment par Agathe Cagé et par Daniel Cohen c'est que finalement la réponse qui serait d'avoir une réponse fiscale d'augmentation de la fiscalité ou de taxation du patrimoine puisque c'est ça qui était la question ce serait apporter une réponse nationale en quelque sorte et que lui il fait le constat qu'on est dans un monde ouvert comme il le dit un monde ultra concurrentiel et son pari à lui c'est que de mettre en place une politique fiscale un peu plus forte que ce qu'on a aujourd'hui ce serait finalement plus handicapé le pays par rapport à une compétition qui est devenue aujourd'hui mondiale il dit voilà ce qu'on a fait pendant 30 ans ça marche pas ça marche de moins en moins la France a du chômage la France est endettée moins compétitive donc ce qu'il faut faire et sa solution à lui c'est ça c'est avoir du capital faire venir du capital productif c'est le mot qu'il emploie productif en France et puis plutôt que de taxer de façon des gens qui ont un certain patrimoine une certaine fortune qui sont susceptibles de sortir de nos frontières finalement alors là pour l'instant à l'Elysée il a fait venir du patrimoine intellectuel 65 peut-être 67 on n'a pas fait le décompte on le saura être un petit peu plus tard dans la soirée Sylvain Bourmeau c'est quoi l'intérêt pour Emmanuel Macron d'avoir cette discussion et de la rendre à ce point public puisque je rappelle que nous la retransmettons jusqu'à son terme on verra bien où va nous mener le terme s'ils sont 65 ils sont 15 à être passés ça veut dire que si je fais un calcul très rapide ils
sont encore
50 donc voilà n
'êtes pas couché
en tout cas Guillaume Herner n
'est
pas couché ni le président de la République ni tous ses invités mais c'est quoi l'intérêt pour le chef de l'État et c'est quoi aussi peut-être l'intérêt pour les intellectuels que d'avoir cette possibilité qui n'est quand même pas finalement si absurde que ça d'avoir quelques minutes pour s'exprimer face au président de la République Pour comprendre pourquoi le chef de l'État a intérêt à ça il suffit d'écouter ce qu'il a dit à l'instant à la fin de cette dernière intervention il a parlé de nécessité de relégitimation du politique et il a expliqué aussi qu'il devait y avoir des échelles qu'il y a des légitimités différentes qu'il y a des gens dont l'avis est important parce que cet avis repose sur du temps passé à lire des livres par exemple c'est l'exemple qu'il a pris donc c'est vrai que du coup il a là face à lui un public qui est un public particulier non pas parce que je pense qu'il croit à une forme de pouvoir qu'on donnerait aux savants sinon ça se verrait autrement dans sa politique mais voilà je pense qu'il a tout intérêt à montrer à donner des signes du fait qu'il écoute en tout cas ce qu'ont à lui dire ces gens qui sont là ce soir après quel est l'intérêt pour les intellectuels de venir alors certains ont estimé qu
'il
n
'y en
avait pas et ont refusé de participer pour des raisons d'ailleurs diverses d'ailleurs venant de différents horizons du spectre politique ou des disciplines concernées mais certains d'entre eux en fait ont estimé qu'ils n'avaient pas le temps par exemple tout simplement de parler correctement moi ce que je trouve intéressant c'est de parler en public devant tous ceux qui écoutent et d'entendre les réponses du président de la république et ben voilà on va continuer à le faire justement avec vous guillaume herner on
vous retrouve à l'élysée
merci beaucoup hervé gardette nous sommes effectivement en direct et de retour depuis l'élysée depuis la salle des fêtes un exercice inédit 64 intellectuels chercheurs universitaires et un président de la république pour un grand débat et je vais immédiatement donner la parole à une sociologue Dominique Schnapper
Dominique
vous avez la parole
merci
je voudrais reprendre le propos qui avait été tenu par Pascal Pruckner au début de la séance avant qu'on dérive vers l'économie et la climatologie et toutes sortes de problèmes très intéressants alors c'est pas facile de parler parce qu'on a déjà dit beaucoup de choses mais ce qui m'a frappé au cours des derniers mois c'était l'expression particulière d'une crise de la représentation vous en avez parlé d'ailleurs et d'autres aussi du fait que la remise en question de toute forme de délégation à un autre qu'à soi
et
du coup et son revenu à travers cette crise de la représentation une véritable crise de la démocratie
puisque
la démocratie c'est de respecter les institutions démocratiques
et
de respecter l'état de droit et vous avez distingué en répondant à Pascal Pruckner le problème disons des gilets jaunes et d'autre part le problème des casseurs mais les deux ne sont pas tout à fait indépendants l'un de l'autre puisque une remise en cause des institutions de la démocratie le refus d'avoir des manifestations organisées qui était une remise en cause des lois communes a favorisé le développement par ailleurs de l'autre mouvement et en même temps sont arrivés du coup les mythes de la démocratie totale directe absolue
qui
a toujours existé en même temps que celui de la république représentative mais dont on sait qu'aucune expérience n
'a
montré qu'elle débouchait sur la véritable démocratie la véritable démocratie étant comportant le respect des institutions
et
alors à cette occasion je voudrais faire appel à votre à votre jugement si nous pensons qu'il est essentiel
de
défendre les principes de la citoyenneté
qui
sont à la fois le fondement de la légitimité politique la source du lien social il faut travailler auprès des jeunes générations parce que je suis très frappée que des principes qui vraiment allaient de soi pour nous n'ont pas été transmis aux générations suivantes et parmi ces principes il y en a un qui pour ma génération était de l'ordre de l'évidence sur lequel on ne discutait même pas parce qu'il allait de soi qui était celui de la laïcité désormais nous nous trouvons devant une série de
problèmes
qui sont liés à des atteintes à la laïcité et alors le ministère de l'éducation nationale lutte vaillamment pour que désormais on cesse sur la formule du ministre
de
mettre la poussière sous le tapis
mais
malgré tout il semble que ces règles essentielles de la laïcité républicaine
soient
mal transmises aux jeunes générations et il y a un certain nombre de résultats de nos amis politistes
sur
la non-croyance des jeunes générations à la démocratie qui est inquiétante et donc il me semble qu'il est de notre responsabilité et donc de votre responsabilité aussi
de
rappeler ces principes essentiels parce qu'ils assurent la liberté et la protection de tous
qu
'ils soient religieux ou non
or
c'est seulement si on se tient à ces principes qu'on pourra lutter contre le racisme
la
xénophobie l'antisémitisme je vous rappelle
ce
que vous savez monsieur le président c'est que les enfants juifs ne peuvent pas fréquenter toutes les écoles publiques parce que leur sécurité ne peut pas être assurée dans toutes les écoles publiques
et
donc il faut s'en tenir à ces principes fondateurs et essentiels il faut les comprendre il ne faut pas évoquer des modèles du monde anglo-saxon qui valent pour des pour des sociétés
qui
ont une autre tradition libérale que la nôtre nous n'avons pas la même histoire que nous n'avons pas la même conception de la république
et
il ne faut pas qu'au nom d'une imitation d'autres pays on en vienne à oublier les problèmes essentiels
de
la citoyenneté républicaine et donc nous aimerions
que
vous appuyez de votre autorité de votre engagement ceux qui luttent pour qu
'à
l'école d'abord mais ensuite dans toutes les autres institutions la liberté et l'égalité des hommes et des femmes de tous les individus ne soient pas mis en cause par des formes de communautarisme qui sont contraires à notre histoire et à notre tradition
et
je voudrais dire un dernier mot sur l'appel au sens on ne cesse de dire on ne sait pas le sens on a besoin du sens alors j'ai le triste privilège d'être sans doute la doyenne de cette réunion et donc j'ai encore vécu ce qu'a été le combat des résistants les plus héroïques et les plus oui les plus héroïques en entrant dans la résistance ça a été pour assurer exactement la société que nous avons c'est à dire une société libre assez prospère
qui
nous permet de donner le sens que nous voulons à notre vie certains d'entre eux sont morts pour cette idée
et
donc dire qu'il n
'y
a plus de sens ce serait peut-être rappeler regarder le monde en dehors de notre propre pays rappeler le passé et montrer que nous sommes dans des libertés qui sont exceptionnelles par la liberté qu'elle nous accorde
et
c'est un honneur de la démocratie de ne pas nous imposer le sens que nous voulons donner à notre vie mais simplement de nous laisser libre de donner à notre vie le sens que nous voulons alors je n'ignore pas
qu
'en même temps ceux qui pour des raisons personnelles ou pour des raisons sociales ont de la difficulté à donner un sens à leur propre vie donc ont l'impression d'être dans le vide
c
'est vrai
c
'est vrai en même temps et c'est un des grands dangers c'est que la liberté soit aussi le vide pour certains pour certains d'entre nous mais là encore si nous voulons essayer de remplir ce vide c'est en nous raccordant c'est en nous raccordant en réaffirmant
les
valeurs bon fondamentales qui depuis les lumières créent le monde démocratique le moins mauvais possible
merci
Dominique Schnapper Rachid Benzin islamologue historien une réaction aussi
monsieur
le président bonjour j'aimerais vous entendre parce que depuis un certain nombre de temps on entend la question de l'organisation du culte notamment et la question des rapports entre la république et les autres cultures notamment ce qui concerne l'islam et parmi les bruits de couloir avait circulé cette idée qu'on en toucherait peut-être à cette loi de la loi de 1905
qu
'en est-il si vous allez la toucher qu'est-ce que vous voulez changer dans cette loi
s
'agit-il d'améliorer les relations entre la république
et
les religions dans quel sens ou s'agit-il simplement de faire une place à l'islam et comment vous voyez cette place et avec qui quels interlocuteurs ça ça me semble en tout cas important de le dire et dans la mesure où puisque l'état n'a pas à s'immiscer dans l'organisation je dirais du culte comment vous voyez cette articulation
avec
ce principe de laïcité au sens de Paul Ricoeur c'est-à-dire que l'état
est
amené à avoir une laïcité de neutralité
par
rapport à la laïcité de combat qui doit être dans l'espace public et dans cet espace public comment organiser au mieux la discussion publique pour qu'elle ne vire pas à la question de l'hystérie telle que nous la voyons aujourd'hui avec la question des stigmatisations
ma
deuxième question elle est beaucoup plus politique elle concerne un problème que nous rencontrons actuellement en ce qui concerne le retour des enfants de Syrie
et
d'Irak
est
-ce que la doctrine actuelle de l'état français
de
traitement au cas par cas de retour des enfants djihadistes
qui
sont pour une grande part
je
dirais des enfants en bas âge voire des bébés
n
'est pas un recul sur nos valeurs les plus fondamentales lesquelles valeurs voudrait qu'on abandonne aucun de ces enfants
qui
se retrouvent finalement
dans
ce cas-là et est-ce qu'il n'est pas temps me semble-t-il d'affirmer le principe de retour de tous les enfants
sans
aucune distinction est-ce que si on ne fait pas est-ce que c'est pas quelque part une reddition en termes de valeurs ce qu'il ne faut pas oublier
c
'est que ces enfants n'ont pas seulement leurs parents qui peuvent être là-bas
mais
ils ont des oncles des grands-pères et si la France renonce à ces principes notamment par rapport aux enfants nous risquons
d
'augmenter la question du ressentiment vis-à-vis de la société française et la question du ressentiment aujourd'hui dans la société française est un élément fondamental et c'est là où je vous renvoie à un certain nombre d'ouvrages que vous avez lu notamment de Paul Ricoeur sur le parcours de la reconnaissance comment faire que chaque individu soit reconnu dans cette société avec sa propre histoire et que la mémoire soit finalement reconnue et surtout comment traiter pas simplement soi-même comme un autre mais l'autre aussi comme soi-même et c'est ce qui nous est demandé aujourd'hui pour apaiser
la
société parce que nous avons besoin d'apaiser ces questions sur la question politique c'est la question religieuse et la société est loin d'être apaisée sur ces questions-là je vous remercie
Merci Rachid Benzine on continue sur ces mêmes thèmes avec Valentine Zuber vous êtes historienne et spécialiste de la liberté religieuse
Oui
monsieur le Président dans la poursuite de ce que vient dire mon collègue dans le cadre de la défense des droits de l'homme de la prévention des libertés publiques et dans le maintien voire le renforcement de la laïcité de l'Etat comment lier cette exigence de neutralité du bon gouvernement démocratique mais qui doit être équitable et juste envers tous avec cette pluralisation croissante des expressions identitaires et des convictions religieuses tant politiques d'ailleurs aussi que religieuses qui est la marque de nos sociétés libérales
comment
faire droit à un projet de société commun si ce sont toujours les mêmes et là je pense aux croyants en général ou aux porteurs de convictions affirmés toujours les mêmes qui se trouvent pointés du doigt et assignés à devoir rentrer dans le moule commun
comment
maintenir l'égalité dans la diversité sans risquer l'uniformisation et la standardisation comment produire enfin une société inclusive sans écraser les différences
il
me semble que plus que le dressage civique
de
l'apprentissage de la défense de la laïcité telle qu'elle est envisagée actuellement dans certains programmes il me semble qu'il faut plutôt cultiver apprendre le débat le débat argumenté savoir utiliser la raison pour proposer son propre projet et pour le confronter à ceux des autres et dans ce sens le danger d'un durcissement du débat autour de la laïcité me paraît extrêmement dangereux parce que il n'est pas adapté à la réalité de notre société et il risque surtout de catégoriser les citoyens selon leurs croyances leurs convictions ou leurs pratiques et de permettre ainsi des discriminations insidieuses qui ne feraient que continuer à diviser je vous remercie
alors toujours si on continue sur ces questions de laïcité et également de discrimination soit d'Ayada vous êtes présidente du conseil supérieur des programmes mais vous êtes également philosophe et spécialiste de spiritualité islamique
je
vous remercie je vous remercie monsieur le président de votre invitation
je
m'inscrirai dans la perspective ouverte par Rachid Benzin autour des questions de l'organisation de l'islam de France
sans
doute en lien avec votre conception de la laïcité plus attentive aux religions vous souhaitez organiser l'islam de France lui donner un cadre et des règles qui soient en conformité avec les lois de la république
si
les deux enjeux majeurs de votre projet sont le financement du culte et la formation des imams beaucoup d'autres ambitions plus ou moins clairement formulées dressent me semble-t-il un très vaste programme
pour
lequel je vous souhaite bon courage sortir les fidèles musulmans vivant en France de l'influence des puissances étrangères
construire
une nouvelle structure de représentation des musulmans de France
réguler
l'islam de France casser les maillons de la chaîne qui vont de la foi au terrorisme islamiste
rendre
l'islam compatible avec la république
et
enfin rien que cela séparer en islam la religion et la politique
un
tel projet peut-il se satisfaire du cadre juridique actuellement en vigueur
on
dit que vous réfléchissez à amender la loi de 1905 en introduisant un label d'état pour les associations religieuses
et
en renforçant l'encadrement du financement
de
ces associations
je
souhaite monsieur le président attirer votre attention sur quelques-unes des difficultés qui procéderaient
me
semble-t-il de la volonté de
rejouer
avec l'islam ce qui s'est joué historiquement
autour
de la laïcité entre l'état français et l'église catholique la première difficulté c'est que l'islam ne s'est pas pensé ne s'est pas constitué historiquement dans la forme d'une église même dans l'islam chiite où existe une forte cléricature
nous
n'avons pas affaire à l'équivalent du phénomène église
cela
invite me semble-t-il à envisager patiemment la nature et la fonction des imams et le rôle que nous voulons les voir assumer
cela
appelle aussi une réflexion sur la représentation
et
l'autorité en islam et exige de reconnaître ceci
dès
ses origines l'islam s'est heurté à cette double question de l'autorité
et
de la représentation sans jamais je crois la résoudre
on
peut dire que les débats continu sur cette question ont formé et forment encore la matrice du développement historique de l'islam
nous
le voyons dans les agissements les plus violents
la
deuxième difficulté me semble tenir à l'idée même de la religion
qui
anime l'islam
l
'attention exclusive que nous portons aux agissements terroristes et aux manifestations ostensibles
de
certains musulmans ne doit pas nous faire oublier nous faire
rater les formes spirituelles
qui
en islam dessinent une religion intérieure
mais
là encore je crois qu'il faut éviter les rapprochements rapides
cet
islam spirituel qui configure une religion intérieure n'est pas tout à fait un islam sécularisé
s
'inscrivant dans le mouvement
de
sortie de la religion
voilà
donc je crois que c'est un sujet extrêmement embarrassant merci il
y
a beaucoup de personnes qui souhaitent réagir sur ce thème Olivier Galland vous êtes sociologue vous avez mené une enquête récemment à ce sujet voilà
oui
je voudrais d'abord réagir à l'intervention excellente de Dominique Schnapper
et
la prolonger peut-être de façon un peu plus large sur le rapport des jeunes à la citoyenneté
alors
bien sûr on a eu un signe favorable avec la participation des jeunes à cette manifestation pour le climat mais il y a d'autres signes qui sont moins favorables on voit que la participation des jeunes à la vie citoyenne est relativement faible ils participent peu aux élections ils ont un très faible engagement dans les partis et les syndicats ils montrent un grand désintérêt pour la politique leur engagement associatif est relativement modéré et plutôt récréatif
et
puis d'ailleurs à propos du grand débat le Cévipof a fait un sondage un peu aléatoire et a regardé la sociologie un peu des participants au grand débat moyenne d'âge 60 ans 5% de jeunes
donc
je sais que vous avez eu un débat avec les jeunes monsieur le président qui était d'ailleurs excellent je l'ai regardé de bout en bout et j'ai trouvé ces jeunes d'ailleurs formidables ils avaient beaucoup de choses à dire mais en fait dans la société française on les écoute peu on les écoute peu ces jeunes
mais
on voit aussi d'autres signes plus inquiétants
on
voit monter des signes de radicalité
de
radicalité religieuse alors Gilles Kepel ici présent pourra en parler mieux que d'autres
mais
aussi de radicalité politique on en a des exemples malheureusement aujourd'hui et un certain attrait pour la violence j'ai été frappé par un sondage de l'Ipsos récemment qui montrait que 35% des jeunes considéraient étaient d'accord avec l'affirmation suivante certaines personnes usent de la violence pour défendre leurs intérêts 35% des jeunes étaient d'accord avec ça 20% de l'ensemble des français mais 35% des jeunes donc voilà il y
a
une sorte de légitimation de la violence qui commence à apparaître dans notre société
et
d'autres jeunes par contre sont tentés plutôt par une sorte de repli identitaire sur la classe d'âge et sur les réseaux sociaux
donc
tout ça pose de graves problèmes je pense pour notre vie en société et pour le débat démocratique
alors
moi je voudrais faire une proposition il n
'y a
pas eu beaucoup de propositions jusqu'à présent dans ce débat je voudrais faire une petite proposition très pragmatique
je
pense que pour lutter contre ce déficit de citoyenneté l'école française aurait un rôle à jouer
or
c'est pas du tout dans sa culture la culture de l'école française c'est de délivrer des connaissances c'est de délivrer des compétences cognitives mais ce n'est pas de former le citoyen alors que c'est tout à fait la mission que s'assignent les écoles dans les pays du nord de l'Europe qu'on prend souvent en exemple
donc
je pense que l'école devrait prendre en charge cette mission alors évidemment il ne s'agit pas de faire des cours magistraux d'éducation civique ça ce serait tout à fait contre-productif
mais
il s'agit d'avoir des débats argumentés je crois que le terme d'ailleurs a été employé par une intervenante précédente il s'agit d'avoir des débats argumentés avec ces jeunes d'abord d'écouter ce qu'ils ont à dire même si ça dérange et ça dérange souvent mais il faut les écouter on ne les écoute pas assez on a une culture scolaire qui est très verticale où les élèves sont passifs
il
faut faire rentrer la culture participative qui est si à la mode aujourd'hui dans le système scolaire donc écouter ce que ces jeunes ont à dire ils ont des choses à dire qui parfois dérangent qui parfois sont stupides mais il faut débattre avec eux les écouter et je pense qu'il y
a
un véhicule pour ça alors je ne sais pas ce qu'en pense monsieur Blanquer Payon avait inventé l'enseignement moral et civique je n
'ai
pas l'impression que ça fonctionne très bien mais ça pourrait être le véhicule pour faire ça et puis il y aurait un avantage subsidiaire c'est qu'on sait bien il y
a
des travaux de psychologues de sociologues d'économistes qui l'ont montré
que
d'acquérir des compétences cognitives dans la vie c'est très bien pour réussir mais ça ne suffit pas
il
faut aussi acquérir des compétences sociales
et
l'école devrait jouer un rôle parce que ces compétences sociales malheureusement certaines familles n'arrivent pas à les fournir à leurs enfants et l'école devrait prendre en charge ce rôle éducatif des jeunes citoyens
on va faire
réagir merci Olivier Galland on va faire réagir monsieur le président de la République
oui
et je laisserai d'ailleurs les ministres de l'éducation nationale la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche réagir sur les sujets scolaires je trouve que c
'est
important qu'ils apportent d'abord ce qu'ils font et
puis
leur part de vérité sur ce qui vient d'être dit je le dis comme vous je parle jeunesse citoyenneté je vais remonter sur
la
problématique laïcité et islam
ce
que je les distingue sur ce que vous venez de dire je crois qu'on a
bien
vu le sujet et au fond la jeunesse d'aujourd'hui elle est les résultats de l'école d'hier les jeunes qui ont entre 18 et 25 ans c'est
la
difficulté de mener des réformes ou de procédure des changements ils sont le fruit d'un système éducatif qui était celui qu'ils ont connu il y a 5, 10 ou 15 ans
et
je crois que ce qu'on veut vraiment bâtir avec cette notion d'école de la confiance correspond pour partie et d'ailleurs à ce que vous dites c'est à dire en faisant rentrer l'éducation artistique culturelle
en
faisant
commencer pour la plus
petite enfance en valorisant justement les échanges avec des modules conçus de manière adaptée on cherche justement non seulement à avoir une école qui apprend
pour
les plus petites classes à lire, écrire compter mais aussi se comporter et ensuite progressivement former le citoyen donc l'idée c'est vraiment d'aller dans ce sens de donner de la confiance jusqu'à d'ailleurs la politique d'orientation c'est tout le lien qui est fait entre l'école
en
tout cas le lycée et le supérieur avec ce fameux débat qu'il
y a
eu autour de Parcoursup et ce qu'on prévoit dans l'école pour aider les élèves puis les étudiants à s'orienter et à choisir parce que notre système scolaire il était surtout formidablement fait pour être déterministe sur le plan des choix c'est-à-dire ces vies empêchées qu'on évoquait tout à l'heure elles allaient jusqu'au choix ultime on en parlait avec les ministres l'école
dans
laquelle on vivait c'est une école où
un
jeune en sortant de terminale la plupart du temps il choisissait les choses en regardant ce que ses parents faisaient ou les offres éducatives qu'il y avait autour de la maison c'est-à-dire dans la ville la plus proche
quand
on regarde les éléments statistiques ce qui est vraiment le coeur du faible choix donc
moi
j'ai bien conscience de ce que vous dites je serai les ministres complétés mais l'idée de former des citoyens et en quelque sorte progressivement d'amener les collégiens lycéens puis les étudiants pleinement à cette part de sortie de l'état de minorité si je puis dire
ce
qui correspond à la philosophie qu'on a pour toute la société
est
au coeur de ce qu'on veut faire et de reconnaître qu'il
n'y a
pas que des compétences cognitives alors après
vous
avez ouvert un continent
et
donc je vais essayer de dire comment
à
titre personnel je vois les choses au-delà de la titre personnel les engagements que j'ai pris
et
ce à quoi je crois
la
crise de la représentativité
et
au fond cette crise de l'état de droit elle a évidemment beaucoup d'autres composantes que simplement le sujet des atteintes à la laïcité on l
'a
bien vu c'est au fond le respect de l'autre et je le dis parce que la laïcité n'est qu'une part de cela et dans les tensions que nous vivons aujourd'hui
il
y a au fond l'idée que
la
frustration que je ressens
ou
mon désaccord avec une décision
ou
une situation que je vis justifie la violence politique et le non-respect de l'autre
et
ça en effet c'est un des principes même de la société dans laquelle nous vivons
et
qui fonde la citoyenneté c'est-à-dire le fait qu'on reconnaisse en même temps des droits et une protection et donc ça on ne peut l'accepter on voit là qu'il y a à reconquérir à la fois des principes des actes une éducation et à faire respecter cette part d'ordre sans laquelle la liberté ne peut plus s'exercer dans ce contexte-là comment moi je vois la laïcité d'abord sans naïveté et ce que vous avez dit je le partage je l
'ai
d'ailleurs même dit il
y a
quelques semaines de manière aussi crue que vous l'avez fait pour les élèves d'écoles juives en demandant un audit systématique aux ministres de toutes les écoles où on observait ce phénomène phénomène lancinant depuis des années et des années dans certains départements où on a des élèves qui parce qu'ils sont juifs
ne
peuvent plus rester à l'école et sont
poussés
dehors phénomène d'ailleurs qui était insidieux parce qu'on ne le dit pas c'est pas dénoncé et ils rejoignent d'ailleurs l'enseignement privé sous contrat la plupart du temps plutôt catholique qu'autre chose avec des phénomènes de recomposition du coup et de désagrégation dans certains endroits de l'école de la République donc
je
suis totalement sur cette ligne nous avons d'ailleurs sur la base une proposition sénatoriale aussi durci les choses et les contrôles sur les écoles
proposition
de loi dite gâtel qui nous a d'ailleurs permis lorsque certaines écoles ne respectaient pas ces règles de pouvoir les fermer ce qui n'était pas possible jusqu'alors et donc de ramener des enfants dans le giron de l'école de la République et de lutter contre
le
communautarisme moi ma vision est claire
c
'est 1905 et rien que 1905
la
laïcité n'a pas d'adjectif
qu
'on doit lui accoler moi je n'y en ai pas accolé
mais je
n'en ai jamais fait non plus
une
forme de religion de la République contre une autre la laïcité
c
'est toujours dit tel que je le vois
un
principe
de
la République
qui
assure la liberté de chacun et la protège
et
donc permet à chacun de croire
ou
de ne pas croire de le faire librement
et
n'a à s'immiscer dans la vie d'aucune religion
s
'en décline évidemment la neutralité des services publics
et
de ce fait
elle
est un cadre la difficulté qu'on a
c
'est qu'on met derrière la laïcité
des
peurs
qui
ne sont pas directement liées à ce principe
et
qu'on met
la
peur de l'immigration parfois la peur de l'autre tout court
et
la volonté d'imposer un modèle qu'on verrait comme dominant par rapport à un autre
donc par
rapport à ce que je viens de dire
je
ne souhaite pas qu'on change la loi de 1905
et
ce qu'elle représente et ce qu'elle permet de préserver
et
je n'en ai jamais fait non plus une interprétation qui me semble aller au-delà de ce que
ces
pères
j
'allais dire pour être
pour
apporter une touche d'humour spirituel lui ont à apporter
une
fois qu'on a dit ça
j
'ai souvent dit je ne demande à personne en république
de
croire modérément
ou
pas cela ne m'intéresse pas
je
veux que chacun puisse croire ou ne pas croire librement
que
dans le cadre de sa foi ça puisse être aussi absolu
qu
'il ait besoin de la vivre
mais
je demande aux mêmes citoyens de respecter absolument toutes les règles de la république
c
'est comme ça que je vois les choses
et
je pense que dans nos débats nous avons souvent d'ailleurs entremêlé les notions en demandant d'être modérément musulman par exemple de vouloir construire une forme de modération on
ne
demande aucun protestant ou catholique d'être modéré
on
lui demande
à
la rigueur je dirais même que de là où on est on se fiche de savoir ce qu'il est on lui donne la possibilité
de
l'être comme il veut
mais
de ne respecter absolument toutes les règles de la république c'est ça la laïcité
c'est
ça la laïcité alors ensuite
tel
que nous le vivons aujourd'hui on a un sujet avec l'islam
et
donc de la même manière qu'il ne
faut
pas dire le problème c'est la laïcité il y a un sujet avec l'islam qui a
multiples
facettes parce qu'il y a
certains
ont parlé d'insécurité culturelle mais
il
y a au fond dans notre pays quelque chose qui se vit où on mélange
le
fait cultuel le fait culturel le fait migratoire
et
tout ça s'entremêlant on veut dire que ça s'écraserait sur la laïcité
pour
moi ça n'est pas la laïcité
c
'est une question de savoir comment on construit le cadre de vie en commun ensemble quand on a des débats sur le burkini ou que sais-je ça n'a rien à voir avec la laïcité c'est pas cultuel
c
'est un débat qui a la rigueur à avoir avec l'ordre public et la capacité à garder le calme dans un espace social à se dire est-ce que c'est acceptable par les uns et les autres et comment on veut vivre ensemble mais ce n
'est
pas la même chose que la laïcité je veux faire poser ce cadre parce qu'il me semble que c'est fondamental si on veut pouvoir progresser et donc nous avons aujourd'hui dans notre société à réussir
à
installer
la
place de l'islam qui est une religion qui n'était quasiment pas présente au moment de la loi de 1905
qui
compte tenu des migrations
des
dernières décennies a pris plus de place dans notre société et
qui
a fait jouer des tensions qui sont à la fois migratoires de représentation et qui fait vibrer toutes les cordes que je viens d'évoquer
et
je pense que ça il faut le regarder en face ce défi
et
donc il faut y apporter une réponse et c'est le coeur de ce que je veux faire donc pas en disant il faut affaiblir 1905 où il faudrait faire
avoir
une approche concordataire pour cette religion non mais il faut dire maintenant
nous
avons des françaises des français ou des binationaux dont c'est la religion
et
c
'est
un peu plus nombreux et elle doit pouvoir
trouver
sa place plein et entière on doit pacifier
cette
relation et qui plus est notre défi est au carré parce qu'on le fait à un moment où l'islam vit une crise qui est mondiale
où
vous avez un conservatisme croissant au sein de beaucoup de ces religions
et
même des pays où il y avait autant de musulmans il
y
a 30 ans et aujourd'hui qui étaient des pays où le voile avait disparu
beaucoup
de pays du Maghreb du Proche et du Moyen-Orient voient le voile réapparaître donc c'est je dirais un mouvement qui est lié à l'islam lui-même qui n
'est
pas lié à notre société à nous donc il y a un conservatisme qui monte des tensions qui montent au sein de l'islam et où
l
'expérience de cette religion entre le fait spirituel et le fait politique n'est pas la même que celle que nous vivons et donc
dans
ce contexte-là nous devons penser un cadre où on ne doit rien transiger
de
cette séparation et ça je pense c'est un fait absolument essentiel rien ne peut être transigé et donc cette séparation entre l'église et l'état il faut réussir à la penser et
l
'articuler pleinement et donc toute émixion
dans
ce qui est de l'ordre de l'état ou de l'organisation de la société du fait d'une religion ne peut être acceptée et c
'est
là où il y
a
un point de tension très fort avec certaines personnes qui organisent ce culte le font vivre et qui sont sur des mouvements plus conservateurs et là-dessus il s'agit de distinguer aussi les choses ce ne
sont
pas des gens qui vont conduire au terrorisme mais qui ont une vision très conservatrice et de type politique de l'islam on l'a chez certains frères musulmans chez certains salafistes qui considèrent que leur rôle
est
d'avoir des formes d'organisation qui relèvent du politique et plus simplement du religieux ça ça n'est pas compatible avec pour le coup la laïcité et la vision que nous avons de la société et donc
pour
faire vivre tout le monde ensemble nous devons progressivement
d
'abord commencer à l'école et donc je reprends par rapport à votre point vous avez raison il ne s'agit pas de dire on a enseigné en quelque sorte un catéchisme de la république mais on a à expliquer ce qu
'est
le cadre de la laïcité
tel
que je viens d'essayer de le faire rapidement et c'est d'ailleurs dans le projet du ministre à expliquer
ce
que j'appellerais l'histoire des civilisations
et
d'expliquer pour que chacun puisse se faire justement son opinion et soit instruit des éléments d'histoire qu'il y a derrière parfois les croyances des uns et des autres mais à l'école on ne doit rien céder de ce que certains aujourd'hui ce sur quoi certains voudraient nous faire reculer
le
relativisme sur les théories de l'évolution l'impossibilité d'enseigner tel ou tel événement historique parce qu'il ne relève pas de ce que la religion accepte ça
c
'est une ligne rouge absolue ensuite quand on regarde l'islam et plusieurs dans cette salle ont mené des enquêtes et des travaux très nourris sur ce sujet et sont beaucoup plus complets que moi on regarde on peut voir qu'on a un vrai problème en effet d'organisation et vous avez raison c'est lié au fait que
l
'islam ne s'est pas pensé de la même manière que les autres religions du livre qui sont présentes de plus longue date néanmoins d'autres religions ont à vivre ce durcissement
on
pourrait parler de
l
'évangélisme si on était sur d'autres continents nous serions au Brésil je pense qu'on serait plus soucieux d'une plus grande radicalité de l'évangélisme que de l'islam
donc