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InterviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 13 août 2026 40 minContradictoireActualité / polémiqueSécuritéJusticeInstitutions & élections

Qu’a-t-on retenu de l’affaire Quentin Deranque ?

Source d'origine 6 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 30 %Défensif 70 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 93 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:28OuverteRéponse directe

    En quoi l'enquête judiciaire permet-elle d'en savoir plus sur la mort de Quentin Deranque ?

  • 2:39OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que l'enquête judiciaire révèle sur la journée du 12 février 2026 ?

  • 4:18RelanceRéponse directe

    Avez-vous appris des choses sur cette journée grâce à l'enquête ?

  • 7:07OuverteRéponse directe

    Les deux groupes disent avoir été agressés en premier. Comment interpréter ces témoignages ?

  • 8:56OuverteRéponse directe

    Cette affaire vous a-t-elle conduit à repenser l'idée d'une similarité des méthodes entre les deux groupes ?

  • 13:25OuverteRéponse partielle

    Comment quantifier ces violences et savoir ce qu'on compte exactement ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 28:47InvitéFait
    « participent à des groupes de hooliganes »
  • 29:01PrésentateurFait
    « Jeunesse Boulogne, ils étaient le GUD »
  • 29:05PrésentateurFait
    « le groupe Union Défense »
  • 30:06Locuteur 4Fait
    « Bon les communistes tous les gauchistes les capitalistes ont la télé la radio les journaux ont l'argent avec eux et nous on a le point avec nous »
  • 30:16Locuteur 4Fait
    « Voilà pourquoi on aime la violence »
  • 30:38Locuteur 5Fait
    « Nous les skins on a aucun rapport avec les punks les punks c'est des voyous nous pas »
  • 30:45Locuteur 5Fait
    « c'est des connards musicalement c'est nul en plus »
  • 30:55Locuteur 5Fait
    « Ça fait boum »
  • 31:54InvitéFait
    « le collectif Némésis qui est un groupe d'extrême droite exclusivement féminin »
  • 32:01InvitéFait
    « un féminisme de droite »
  • 36:47InvitéFait
    « les Zouaves Paris »
  • 38:08InvitéFait
    « 4 militants d'extrême droite parmi lesquels Gabriel Lousteau »
  • 38:36InvitéFait
    « vous verrez quand Bardella sera au pouvoir et quand Hitler reviendra »

Temps de parole

  • Invité64 %
  • Présentateur34 %

≈ 1 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:02
Présentateur

Le 12 février dernier, Quentin Deranque, militant d'extrême droite de 23 ans, est mort après un affrontement avec des militants antifascistes à Lyon. Pourquoi y revenir six mois plus tard, au lendemain d'une éclipse solaire qui a eu le mérite de nous réunir, des centaines de milliers de pères dieux dirigés vers un même point et émus ensemble ? Il se trouve que d'abord la guerre civile dont on brandissait le spectre n'a pas eu lieu et que l'enquête judiciaire sur la mort de Quentin Deranque avance. Le journal Le Monde l'a longuement relaté dans un article paru la semaine dernière.

Notre invité enquête depuis longtemps et sur l'extrême droite radicale et sur les mouvements qui se définissent comme antifascistes. Que révèle cette mort et ce qui l'a précédée de la violence politique aujourd'hui ? Comment s'organisent et se façonnent ces affrontements ? Bonjour Sébastien Bourdon. Bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous. Bienvenue dans les Matins d'été. Vous êtes journaliste indépendant. Vous avez publié au seuil l'année dernière « Drapeau noir, jeunesse blanche, enquête sur le renouveau de l'extrême droite radicale » et toujours au seuil deux ans plus tôt « Une vie de lutte plutôt qu'une minute de silence, enquête sur les antifas ».

Alors sur la mort de Quentin Deranque, on va rassembler les informations du journal Le Monde, du correspondant du journal à Lyon, Richard Chitly, et que je remercie pour son travail qui nous sert de base de discussion, qui a eu accès à l'enquête judiciaire. Et vos informations à vous qui enquêtez aussi sur ces questions depuis longtemps. Une enquête judiciaire, d'abord Sébastien Bourdon, en quoi permet-elle d'en savoir plus ?

1:32
Invité

Elle permet évidemment d'en savoir plus avec un certain nombre de moyens, en raison des moyens qui sont mis à disposition. Ce qu'on apprend de cette enquête qui est en cours, c'est qu'à l'heure actuelle, en fait il y a deux enquêtes distinctes. Il y a une instruction judiciaire qui s'intéresse aux faits qui ont mené à la mort de Quentin Deranque, avec neuf mises en examen dans ce cadre-là, neuf militants et militants antifascistes qui sont mis en examen. Et d'autre part, on a également une enquête préliminaire qui concerne les violences qui ont eu lieu ce jour-là, du côté de l'extrême droite. Il y a différentes personnes qui ont été entendues, mais c'est deux procédures distinctes.

2:10
Présentateur

Donc l'enquête judiciaire donne accès à ce qu'on dit à la police, les militants des deux côtés, en garde à vue ou en cours de procédure. La façon dont ils ont vécu cet événement, dont ils le racontent avec toutes les réserves qu'il faut avoir aussi, on en parlera, de personnes qui aussi ont un intérêt à présenter les choses d'une certaine façon. Mais en tout cas, ces six mois d'investigation menés par les magistrats et les policiers, qu'est-ce qu'ils nous apprennent qu'on ne savait pas ou pas bien sur la journée du 12 février 2026, vraiment en tant que tel, on peut aussi rappeler les faits ?

2:42
Invité

Alors, les révélations du journal Le Monde, enfin l'enquête journal Le Monde en lien avec cette enquête judiciaire, il y a deux intérêts, deux nouveautés principales sur les événements. La première chose, c'est qu'on a...

2:54
Présentateur

Est-ce qu'on peut juste rappeler, pardon, les événements, pour ceux qui ne les ont plus vraiment en tête, c'était en marge d'une conférence de Rima Hassan à Sciences Po. Le collectif identitaire Nemesis organise une action contre la députée européenne et une quinzaine de militants d'extrême droite sont présents pour assurer leur sécurité. Et donc, ces affrontements qui vont mener à la mort de Quentin Déranque... Pardon, je vous laisse continuer, Sébastien Bourdon.

3:13
Invité

Pas de souci. Donc, en effet, le contexte, c'est celui de cette conférence de l'eurodéputé Rima Hassan qui est prévue. Et en marge de cette conférence, deux groupes constitués, chacun d'une quinzaine de personnes, un groupe qui groupe une quinzaine de militants d'extrême droite, d'extrême droite radicale, un autre groupe d'une quinzaine, vingtaine de militants et militantes antifascistes, se rencontrent et s'affrontent assez longuement. L'affrontement dure presque une dizaine de minutes. Groupe contre groupe, il y a différentes images qui ont été filmées par les riverains qui ont largement circulé au moment de la médiatisation de cette affaire.

Et à l'issue de cet affrontement, le groupe des militants et militantes antifascistes prend le dessus. Le groupe des militants d'extrême droite prend la fuite. Et au cours de cette fuite, un certain nombre d'entre eux sont rattrapés, sont finis à terre, sont isolés et sont frappés de multiples coups. Et parmi eux, Quentin Deran, qui est frappé à de multiples reprises, notamment à la tête de coups de pied et qui, suite à ses blessures, décèdent.

4:11
Présentateur

Alors ce qu'on apprend de l'enquête judiciaire à ce stade, et vous qui connaissez bien, très bien le dossier, l'affaire Sébastien Bourdon, avez-vous peut-être aussi appris des choses sur cette journée ?

4:22
Invité

Alors j'aurais peut-être pas la prétention de dire que j'ai rien de l'appris du tout, mais en fait, ce qu'on voit dans cette enquête pour l'instant, c'est que cette scène est, pour quiconque travaille régulièrement sur ce sujet, en fait assez banale. On a deux apports principaux de l'article du Monde. D'une part, on a les témoignages des militants antifascistes, enfin les témoignages, c'est ce qu'ils disent en garde-vue au cours de leurs auditions, où, en gros, c'est assez classique, ils racontent qu'ils ont été pris dans un effet de groupe, dans un moment qu'ils n'étaient pas complètement lucides, que c'est un affrontement qui a duré longtemps.

Il y en a un qui raconte qu'il a pris des coups sur la tête, et que donc, suite à ça, il était conscient, mais pas complètement lucide de ce qu'il faisait. D'autres qui disent qu'ils ont été pris par l'adrénaline, etc. Ce qu'on peut assez facilement imaginer d'un récit d'un affrontement avec ce niveau de violence. Bon, évidemment, il faut avoir en tête le contexte de ces propos. Ces personnes, pour un bon nombre d'entre elles, sont mises en examen pour meurtre, et donc elles ont évidemment tout intérêt en audition à dire qu'en gros, leur geste a dépassé leur volonté, et ils ne vont évidemment pas fanfaronner et dire qu'ils avaient prévu de faire ça.

L'autre intérêt, l'autre nouveauté, entre guillemets, que nous apporte l'article du Monde, c'est, disons, des informations, des précisions sur le contexte, au sens du mode opératoire des deux groupes et les raisons de la présence des deux groupes, de quelle façon les deux groupes, que ce soit les militants antifascistes ou les militants d'extrême droite, se sont organisés en prévision de ce rendez-vous, de quelle façon ils se sont rendus sur les lieux.

6:03
Présentateur

Boucle Télégramme, déjà en amont ?

6:05
Invité

Alors tout à fait, on a au moins, en tout cas du côté du groupe d'extrême droite, un groupe sur la messagerie Télégramme qui a été créé spécifiquement dans le but de s'organiser pour se rendre à cet événement et pour se rendre à cet événement dans la perspective d'une confrontation avec un groupe antifasciste. Ça, c'est dit très clairement. Les militants d'extrême droite se sont donnés rendez-vous en amont à proximité des lieux mais un peu à l'écart dans un endroit isolé pour ne pas être repérés. Ils le racontent eux-mêmes.

Ils se sont ensuite déplacés en trois sous-groupes pour être plus discrets et c'est qu'une fois qu'ils ont repéré un groupe d'antifascistes qu'ils disent qu'ils se sont réunis dans la perspective, regroupés dans la perspective d'un affrontement. L'affrontement a eu lieu et on sait par ailleurs qu'ils s'étaient également donné un rendez-vous à postériori pour en gros se regrouper après la bataille.

6:52
Présentateur

Peut-être un détail mais est-ce qu'eux, ils parlent entre eux, ces militants d'extrême droite dans leur boucle télégramme de ces groupes qu'ils vont essayer de repérer comme de militants antifascistes où ils ont un autre mot antifasciste étant connoté et comment eux se l'approprient. Ils parlent en général

7:05
Invité

eux-mêmes d'antifa ou d'antifasciste.

7:07
Présentateur

Alors les deux groupes disent avoir été agressés en premier donc les deux affirment avoir eu une posture défensive. C'est ce qu'on retient aussi de ces témoignages.

7:15
Invité

Tout à fait. Ça, c'est également les éléments qu'on avait entendus dans les jours qui avaient suivi l'affaire. De part et d'autre, les différents protagonistes se positionnaient dans une situation, enfin se présentaient comme étant dans une situation défensive. Les militants d'extrême droite expliquent qu'ils étaient venus là pour assurer le service d'ordre des militantes du collectif Némésis et qu'ils ont été pris à partie par les militants antifascistes. Les militants antifascistes disent qu'ils ont eux-mêmes été attaqués en premier par les militants d'extrême droite.

7:44
Présentateur

Parmi les extraits d'audition auxquels on a accès, il y a Matt, un militant identitaire venu avec Quentin Deranck qui dit « je me doutais que ça pouvait être violent mais pas autant violent, je racontais même des blagues, je le prenais à la légère, j'étais naïf, je pensais boire un verre avec mon pote à la fin ». Il y a aussi Jacques-Élie Favreau, militant de la Jeune Garde, donc le groupe antifasciste qui reconnaît avoir frappé des adversaires au sol. Il dit aux policiers « c'est n'importe quoi, je ne sais pas quoi dire, c'était l'adrénaline, je suis dévastée ».

Et enfin, Jules qui se voit sur les vidéos frappées Quentin Deranck au sol, il parle de l'effet de groupe, on en parlera tout à l'heure aussi des différentes phases qu'il y a jusqu'à ces explosions de violences, mais lui il dit que sur le coup il n'a pas compris ce qui se passait et c'est sans doute celui que vous évoquez tout à l'heure qui se sentait un peu sonné et qui le lendemain a vu les images et s'est vu lui-même frapper le jeune homme.

Dans un entretien que vous aviez donné à la vie des idées Sébastien Bourdon en janvier dernier, c'était quelques jours après la mort de Quentin Deranck, vous aviez dit que renvoyer les activités de la jeune garde groupe antifasciste et de ses groupes d'extrême droite était une appréciation erronée, les renvoyer comme en miroir. Pardon de prendre qu'un extrait d'un très long et passionnant texte par ailleurs que vous aviez publié dans la vie des idées, mais sur ce point-là, est-ce que ce qui s'est passé à Lyon et la mort de Quentin Deranck vous a conduit à repenser cette idée que dans les méthodes il y avait quelque chose de commun ?

9:04
Invité

Alors, il ne s'agit pas de nier qu'en termes de mode organisationnel ce jour-là, on a des similarités et des similarités entre les deux groupes. Les deux groupes étaient bien sur place dans la perspective d'un affrontement. Chaque groupe s'est donné rendez-vous en amont en connaissance de cause, s'est rendu sur les lieux en connaissance de cause et avait prévu par ailleurs un rendez-vous donc à postériori. Ça, il y a évidemment dans ce mode opératoire entre guillemets des similarités.

L'enjeu et là où je pense que le renvoi dos à dos n'a pas beaucoup de sens, c'est sur le rapport qu'entretiennent ces différents groupes politiques, ces différentes cultures politiques à la question de la violence. La violence du côté de l'extrême droite, elle fait partie de façon intrinsèque de l'ADN de l'extrême droite et du projet politique qui est porté par l'extrême droite. On le voit très bien d'ailleurs à travers les profils des militants d'extrême droite qui étaient présents sur les lieux.

La plupart d'entre eux sont des militants connus de l'extrême droite radicale lyonnaise qui ont déjà été impliqués dans des affaires de violence et qui, pour une bonne partie d'entre eux, sont des militants néofascistes dont un certain nombre par ailleurs professent et professaient sur les réseaux sociaux des vues néo-nazies. Quentin de Rank, c'est ce qui a été révélé notamment par une enquête du journal Mediapart une dizaine de jours après sa mort, animait sur le réseau social Twitter trois comptes anonymement sur lesquels il faisait l'apologie du Troisième Reich, il disait que tous les lycéens devaient guerre Mein Kampf, etc. Quentin de Rank factuellement, étaient un militant néo-nazi.

C'est la stricte vérité. Le fait est donc qu'évidemment le rapport de l'extrême droite et entre autres de Quentin de Rank et du nazisme avec la violence est assez évident. Du côté des militants antifascistes, il ne s'agit pas de nier qu'ils ont eu recours à la violence ce jour-là et que cette violence a entraîné la mort de Quentin de Rank. Le fait est que la violence pour autant ne fait pas partie du projet politique qui est porté par la mouvance antifasciste au sens large et ça, notamment quand on interroge les militants, c'est quelque chose d'extrêmement récurrent.

Les militants, systématiquement, quand ils parlent de leurs idées, présentent la possibilité de leur recours à la violence comme relevant d'une forme d'autodéfense. Ce n'est pas le cas quand on parle à des militants d'extrême droite. La violence en tant que telle est valorisée dans la culture d'extrême droite comme une forme de purgatoire ou de façon de se donner soi-même et de se développer.

11:31
Présentateur

Vous avez par ailleurs mené plusieurs enquêtes aussi pour Mediapart, analyse de vidéos de bagarres, mais vous avez pu voir quand même que sur beaucoup de ces vidéos, dans les deux camps, entre guillemets, on donne ces coups de pied à la tête qu'on appelle pénalty et qu'on glorifie. Donc, peut-être que la place de la violence dans le projet politique est différente dans les deux groupes, mais en tout cas, il arrive très fréquemment que des individus sortent de ce cadre-là.

12:02
Invité

Bien sûr, tout à fait. Encore une fois, il ne s'agit pas de nier cela. Simplement, en termes de remise en perspective, pour avoir posé la question à un certain nombre de militants extrêmes-droites au cours de mon travail, personne, à ma connaissance, ne remet en question cela au sein de ces groupes d'extrême droite et c'est tout à fait valorisé. Au sein de la mouvance antifasciste, il y a cette pratique de la violence, ces codes et ces éventuels débordements, entre guillemets, font l'objet de débats, font l'objet de critiques en interne et donc, on n'est pas du tout dans le même rapport.

12:38
Présentateur

Dans cette affaire-là, comme dans tant d'autres, d'ailleurs, on a fait dire aux chiffres ce qu'on voulait de part et d'autre, ce qui nous arrangeait.

On prend par exemple les travaux très sérieux de la chercheuse Isabelle Saumier qui permet de documenter une violence et en distinguant quand même les différentes formes qu'elle prend, mais d'un côté, elle dit que dans sa base de données, la Jeune Garde, groupe antifasciste, apparaît dans une vingtaine de faits de violence comme auteurs et cinq comme victimes en disant que c'est un groupe qui a souvent fait le coup de poing dans les rues lyonnaises, que des militants de la Jeune Garde ont été les auteurs d'agressions déséquilibrées en termes de rapports de force contre des militants d'ultra-droite, mais elle dit aussi que les agressions politiques sont pour plus de 60% le fait de la droite radicale et ont connu une progression considérable en moins de dix ans.

Mais selon ce qui nous arrange, entre guillemets, on va prendre l'un ou l'autre aspect de son travail. Donc comment savoir dans tout ce débat-là quand on sous-estime quelque chose ou quand on surestime quelque chose, c'est toujours délicat et vous devez, vous Sébastien Bourdeau, dans votre travail, aller voir toujours le sujet dans tous ses aspects.

13:40
Invité

Je pense que ce qui est intéressant sur les chiffres et ce qui permet d'avoir le meilleur aperçu, c'est le long cours sur la question de la mortalité. Là, il y a un militant d'extrême droite qui a été tué et qui a priori a été tué par des militants antifascistes. L'enquête est toujours en cours. Sur la question de la mortalité, si on prend les mêmes chiffres de cette chercheuse Isabelle Saumier, sur la période 1986 à 2017, elle comptabilise 57 morts violentes liées à des affrontements entre groupes politiques. 52 de ces morts sont attribuables à la droite radicale, 5 à la gauche radicale.

Sur la période plus récente, depuis 2022, on comptabilise, enfin, cette même universitaire comptabilise 6 morts liées à des activistes d'extrême droite en France. On peut penser au rugbyman Federico Martina Ramburu qui a été tué à Paris en 2022 par deux militants d'extrême droite, deux anciens militants du GUD. Le procès pour assassinat aura lieu en septembre prochain. On peut penser à la tuerie de la rue d'Anguin il y a quelques années qui visait la communauté kurde qui a fait 3 morts et 4 blessés. Il y a eu d'autres événements. L'assassinat de Hichem Mirawi dans le Var en mai dernier, si mes souvenirs sont bons.

Bref, si on joue à une sorte de comptabilité morbide avec toutes les limites qu'a cet exercice et qu'on travaille notamment en long cours, on voit bien qu'il y a une surreprésentation de l'extrême droite par rapport à l'extrême gauche ou la gauche radicale dans les morts liés à des affrontements politiques.

15:17
Présentateur

Et comment on quantifie ces violences ? Qu'est-ce qu'on compte exactement ? À partir de quand on estime qu'un affrontement est une bagarre violente ? Sur quelle durée ? Comment ça se matérialise et ça se recense ?

15:29
Invité

C'est difficile. Je ne voudrais pas parler à la place de Isabelle Sommier parce que ce sont ces chiffres et je ne sais pas exactement quels sont les critères qu'elle prend en compte. Le fait est que si on parle de ces mêmes chiffres en termes toujours d'échelle, cette universitaire note une augmentation quand même significative des violences politiques dans notre pays ces dernières années. Sur cette base de données, entre 1986 et 2017, elle comptabilise plus de 5500 faits de violences politiques.

Depuis 2017, sur une période de 10 ans jusqu'à maintenant, elle en comptabilise plus de 2300 en à peine 10 ans avec au sein de ces chiffres-là un doublement des agressions et un nombre d'affrontements multiplié par 5.

16:09
Présentateur

Et des coups plus sévères qui tuent davantage qu'avant. Par ailleurs,

16:13
Invité

je ne saurais pas le dire.

16:16
Présentateur

Elle le dit dans un article. Par ailleurs, quand Sébastien Bourdon, le Rassemblement National fait de cette violence un axe politique contre la France insoumise en l'accusant d'en être en quelque sorte la vitrine politique de ces groupes, leur vitrine révolutionnaire, ce sont les mots de Jordan Bardella. Qu'est-ce qu'on sait à ce jour des liens entre d'un côté les groupes comme la jeune garde et LFI et de l'autre les liens entre les groupuscules d'extrême droite et les parties d'extrême droite parce que là aussi, après la mort de Quentin de Ranque, il s'est dit tout et son contraire. C'est difficile d'y voir clair.

Il y a bien sûr la figure de Raphaël Arnaud parce que deux ou trois de ses collaborateurs ont été arrêtés et d'ailleurs, il y en a un qui témoigne dans ce qu'on a cité tout à l'heure auprès de la police, auprès de la jeune garde mais si on doit parler plus généralement des liens entre un parti et ses groupes, qu'est-ce qu'on peut savoir ? Qu'est-ce qu'on ne sait pas ?

17:04
Invité

Alors, d'une part, si on commence par la question des liens entre la jeune garde et la France insoumise, les liens entre ces deux structures sont évidents. Ça s'est incarné à travers la figure de Raphaël Arnaud mais ça précède son élection et ça fait plusieurs années que la jeune garde dans sa volonté de renouveler l'antifascisme a œuvré à travailler avec différentes organisations politiques, différents syndicats, associations, etc. Et entre autres, la France insoumise.

Différents cadres de la France insoumise se sont affichés à différentes reprises à des événements organisés par la jeune garde ces différentes années et la jeune garde depuis plusieurs années était présente et représentée notamment aux universités d'été de la France insoumise. Tout ça a mené à l'élection de Raphaël Arnaud en 2024. Donc, c'est le parachèvement de cette stratégie mais Raphaël Arnaud n'est pas la seule incarnation de ces liens. Sur l'affaire en tant que telle, il y a évidemment la question de l'implication des assistants parlementaires de Raphaël Arnaud. L'un d'entre eux, donc ce Jacques-Élifavreau, est mis en examen dans cette affaire.

une question assez simple d'un point de vue journalistique à laquelle, pour l'instant, je crois, Raphaël Arnaud n'a pas apporté de réponse, c'est est-ce que cet assistant parlementaire, le jour des faits, était en congé ou non ? Et donc, est-ce qu'il était là, disons, sur son temps de travail de l'Assemblée nationale ? On sait, c'est ce que raconte l'article du Monde, que cet assistant parlementaire est arrivé à Lyon le jour même et qu'il serait à priori directement allé rejoindre le groupe des militants antifascistes après son arrivée dans la ville. Est-ce qu'il était en congé ou non ? C'est une question à laquelle, je suppose, l'enquête répondra.

Si on parle de la question des liens entre l'extrême droite radical, ces différents groupuscules et le Rassemblement national, il faut noter un très fort renouvellement et un renforcement de ces liens ces dernières années, en particulier depuis les succès électoraux du RN en 2022 puis en 2024. A travers ces succès électoraux, que ce soit à l'Assemblée nationale ou au Parlement européen, le RN a largement augmenté son nombre de députés. On a à peu près 120 députés du RN ou avec les partis alliés à l'heure actuelle à l'Assemblée nationale et qui dit 120 députés dit ce même nom multiplié par 3 ou 4 d'assistants parlementaires. Chaque député a à peu près ce nombre d'assistants.

Et quand on est jeune député RN et qu'on veut donc recruter des assistants, où est-ce qu'on va les recruter ? On va souvent, en tout cas ça a été largement documenté par tout un tas d'enquêtes ces dernières années dans la presse, les recruter en direction de ces différents groupuscules radicaux. Pourquoi ? Parce qu'en fait ces militants déjà partagent un bagage idéologique et politique commun avec le RN et surtout ils ont une expérience militante. Ils savent tracter, ils savent rédiger un texte, ils savent communiquer, ils savent répondre à des questions, aller coller des affiches, etc. Donc c'est évidemment des bonnes recrues.

Si on prend le cas précis de l'affaire Quentin de Ranck, il y a un certain Vincent Claudin dont on a beaucoup entendu parler qui a fait le tour d'un certain nombre de plateaux au lendemain de la mort de Quentin de Ranck qui était présenté partout comme étant un de ses meilleurs amis. Ce Vincent Claudin, il était assistant parlementaire d'une députée RN et comme l'a révélé Mediapart, ce monsieur animait par ailleurs également, tout comme son ami Quentin de Ranck, un compte sur Twitter sur lequel il visait de très nombreuses références au Troisième Reich à Adolf Hitler, il tenait des propos antisémites, etc.

Donc bref, les liens, que ce soit de façon générale ou dans le cadre de cette affaire entre ces groupuscules et le RN sont clairs.

20:26
Présentateur

Il se trouve que six mois après la mort de Quentin de Roque, un rassemblement de l'extrême droite est prévu ce dimanche sur la place Saint-Jean dans le Vieux-Lyon, un quartier que ces militants connaissent extrêmement bien jusqu'à la moindre traboule, j'imagine. Rassemblement qui prône la remigration et que la CGT du Rhône entre autres demande à la préfecture d'interdire. Sébastien Bourdon, merci beaucoup. On vous retrouve tout à l'heure après le journal. Vous restez avec nous.

20:47
Locuteur 6

7h-9h, les matins d'été, Julie Gacon.

20:54
Présentateur

Nous sommes toujours avec notre invité Sébastien Bourdon, journaliste indépendant, auteur d'enquêtes sur l'extrême droite et les mouvements antifascistes. Vous avez publié au Seuil l'année dernière Drapeau noir, Jeunesse blanche, enquête sur le renouveau de l'extrême droite radicale et toujours au Seuil, en 2023, une vie de lutte plutôt qu'une minute de silence, enquête sur les antifas. Alors avant le journal de 8h, on a parlé du dossier judiciaire sur la mort de Quentin de Roque en janvier à Lyon et que le journal Le Monde a relaté la semaine dernière. Il s'agit surtout d'extraits d'auditions de militants de part et d'autre.

Qu'apprend-on cette fois sur la fabrication de la violence militante dans vos enquêtes en général, Sébastien Bourdon et dans l'affaire de Ranck en particulier ? Les deux groupes ne se sont pas retrouvés par hasard dans la rue. Comment est-ce que si on devait raconter un peu les étapes de la fabrication de cette violence, on commencerait où ? En tout cas le jour J parce que bien sûr le jour J sauf si des réunions se sont tenues la veille ou quelques jours plus tôt mais je veux dire sans remonter dans toute l'histoire des violences politiques.

21:53
Invité

Alors ce qu'on sait autour de l'affaire de Quentin de Roque c'est que les deux groupes donc à la fois le groupe de militants antifascistes à la fois le groupe de militants d'extrême droite étaient là dans le cadre de ce qu'ils appellent une mob. C'est un vocabulaire qui est commun aux deux camps et pas uniquement.

Une mob c'est une mobilisation et en fait l'idée d'une mob c'est de se regrouper à 5, 10, 15, 20 d'un point de vue très pratique une mob en général ça commence par la création d'une boucle de messagerie d'une conversation de groupe souvent sur la messagerie Telegram en l'occurrence c'était le cas dans cette affaire au moins pour les militants d'extrême droite d'après les éléments qui ont été cités par le journal Le Monde une boucle de messagerie sur laquelle on s'organise on se donne un rendez-vous en amont de l'événement en général en périphérie du lieu souvent dans un lieu discret dans un parc là en l'occurrence les militants d'extrême droite sont retrouvés dans un tunnel ferroviaire à proximité de Sciences Po Lyon où devait se tenir la conférence de l'eurodéputé Rima Hassan et donc les militants de chaque groupe arrivent sur les lieux à ce pré-rendez-vous les militants antifascistes s'étaient également donné rendez-vous dans un parc à proximité se regroupent s'équipent donc selon les événements ils vont venir avec de quoi se masquer le visage parfois de l'équipement parfois des armes des matraques télescopiques des bombes de gaz acrymogènes des points américains ou autres et ensuite une fois qu'ils se sont regroupés ils vont en général sillonner le quartier ou la zone de l'événement qui les intéresse dans l'idée de potentiellement rencontrer un groupe adverse et d'une confrontation ce ne sont pas

23:32
Présentateur

des repérages des lieux les lieux en général ils les connaissent très bien ce sont des repérages pour voir s'il y a des éléments ou des individus des personnes du groupe adverse

23:39
Invité

c'est ça tout à fait en général ces événements-là ces mobs ont lieu dans la ville où sont implantés les groupes militants en tant que tels et l'idée est bel et bien de trouver un éventuel de détecter la présence d'un éventuel groupe adverse pour ce faire il y a même souvent l'utilisation de guetteurs qui se déplacent à vélo à scooter en voiture avec vraiment cette volonté d'aller repérer la zone et d'aller identifier en amont la présence d'un groupe adverse avec cette idée de pouvoir bénéficier de l'effet de surprise c'est d'ailleurs une des choses autour de l'enquête autour de laquelle l'enquête devra devra faire la lumière mais il y a eu dans les jours qui ont suivi la mort de Quentin de Rank un certain nombre d'éléments dans la presse qui évoquaient la présence d'un scooter qui aurait tourné dans le quartier et qui potentiellement serait lié au groupe de militants antifascistes et qu'ils auraient éventuellement aidés à repérer le groupe d'extrême droite

24:43
Présentateur

donc ces groupes parlent tous les deux de mob c'est un terme venu du hooliganisme pour désigner ces groupes constitués dans la perspective d'une mobilisation et éventuellement d'un affrontement est-ce qu'il s'agit exactement est-ce que c'est le même mode opératoire entre guillemets que ce que le sociologue Nicolas Ourcade qui travaille sur les hooligans parle de appel rendez-vous forêt des rendez-vous forêt ça peut être dans une forêt sur un site industriel désaffecté mais on se donne rendez-vous pour se taper dessus

25:12
Invité

alors une mob c'est pas exactement ça une mob ça a lieu en périphérie d'un événement ça peut être une manifestation ou une conférence et en gros c'est un événement autour duquel les différents camps politiques estiment qu'il y a une possibilité d'une présence adverse donc là en l'occurrence c'était une conférence de l'eurodéputé Rima Hassan je suppose que les militants antifascistes ont supposé eux-mêmes que des militants d'extrême droite pouvaient venir sur les lieux pour perturber le meeting pour éventuellement agresser des personnes et donc eux-mêmes se sont mobilisés disons dans une perspective défensive avec cette idée d'assurer un sort de service d'ordre parallèle dans le quartier au cas où des militants d'extrême droite venaient de la même façon quand il y a un meeting de je ne sais quel parti d'extrême droite ou un événement lié à un groupe d'extrême droite des groupes antifascistes peuvent venir se mobiliser de façon disons plus offensive à proximité des lieux donc là l'idée c'est bien que chaque groupe vient sur les lieux dans une perspective de confrontation il n'y a pas de rendez-vous en tant que tel de communication d'un groupe à l'autre avec un lieu de rendez-vous donné à l'avance le principe des forêts là pour le coup c'est bel et bien deux groupes de hooligans qui littéralement s'écrivent l'un et l'autre se donnent rendez-vous à telle heure à tel lieu et les deux groupes sont constitués et en fait c'est littéralement un combat organisé on va être 15 contre 15 il y a un arbitre un temps imparti les deux groupes se tapent dessus à la fin du temps imparti l'équipe qui a le plus d'hommes debout a gagné et éventuellement ils se serrent la main selon les groupes

26:44
Présentateur

ça c'est optionnel je cite Richard Chitli correspondant du Monde à Lyon foncer, frapper, recevoir des projectiles prendre et donner des coups crier pour faire peur autant que pour conjurer la sienne la spirale de la violence s'accélère ce jour fatidique l'effet de groupe nous a fait commettre à tous l'irréparable a tristement constaté Jules P à la fin de sa garde à vue titulaire d'un master en commerce international décrit par ses proches comme posé empathique tendance écolo LFiste Jules P se blesse au pied en cognant un trottoir après avoir raté sa cible mauvais réveil au lancement du drame lorsqu'il s'est vu sur les vidéos en train de frapper Quentin de Rock au sol Sébastien Bourdon est-ce qu'il y a aussi des ultras qui ne recourent pas à la violence physique ou se définir comme ultra je ne sais pas d'ailleurs si le mot ultra est employé dans les deux camps mais se définir de ces groupes-là c'est déjà revendiquer un attrait pour la violence

27:36
Invité

Alors non il faut bien faire la distinction entre ultra et hooligan des ultras c'est des supporters radicaux qui vont suivre tous les déplacements de leur équipe vont déployer des banderoles des drapeaux entonner un certain nombre de chants en tribune mais les ultras n'ont pas recours de façon systématique à l'avion il peut y avoir des affrontements mais ce n'est pas le coeur de leur activité de leur activité est bel et bien un soutien sportif

28:00
Présentateur

et associatif mais on ne s'appelle pas ultra dans les groupes cette fois-ci politiques qui se revendiquent d'une culture politique particulière le mot ultra n'a pas cours parce que nous parfois on en parle comme ça dans les discussions de comptoir on peut en parler comme d'ultra ultra droite ultra gauche mais eux non ils n'emploient pas ce terme

28:17
Invité

ils n'utilisent pas ce terme pour qualifier leur engagement politique néanmoins on peut tout à fait avoir un militant antifasciste qui par ailleurs est ultra de tel ou tel club ou un militant d'extra-droite qui par ailleurs est ultra de tel ou tel club mais c'est bel et bien deux choses différentes pour ce qui est de la question du recours à la violence on parle pour le coup de la question du hooliganisme et ce qu'on sait en lien avec l'affaire de Quentin de Rang c'est qu'un certain nombre de militants d'extrême droite qui étaient présents sur les lieux enfin au moins un et participent à des groupes de hooliganes enfin liés à des groupes de hooliganes de l'Olympique lyonnais et participent lui-même à des forêts

28:52
Présentateur

donc des rendez-vous

28:54
Invité

ces fameux affrontements planifiés entre groupes de hooliganes

28:58
Présentateur

et parfois il y a de véritables liens c'est ce groupe par exemple qui s'appelait Jeunesse Boulogne ils étaient le GUD en semaine donc le groupe Union Défense et puis le dimanche ils étaient hooliganes au sein de ce groupe

29:09
Invité

Tout à fait il peut y avoir pour un certain nombre de groupes une réelle porosité entre disons une structure politique militante et par ailleurs un groupe de hooliganes c'est le cas en effet d'un certain nombre de militants du GUD Paris qui avait été recréé il y a quelques années à Paris et bien ces mêmes militants le week-end enfin la semaine ils allaient sillonner le quartier latin et ils se mobilisaient en tant que GUD dans une perspective politique d'extrême droite radical ils faisaient parfois le coup de poing enfin à plus d'une reprise mais le week-end ils allaient se donner rendez-vous en forêt sous le nom Jeunesse Boulogne et ils se donnaient rendez-vous avec d'autres groupes de hooliganes pour se taper et c'est également en fait une forme d'entraînement pour eux évidemment

29:51
Présentateur

Donc des pratiques qui s'entremêlent qui se croisent avec toutes les réserves que vous avez vous-même posé Sébastien Bourdon c'est vrai que ces affrontements font penser à ceux des hooligans ou alors ces bagarres d'une violence inouïe dans les années 80 entre Skinhead et Punk

30:06
Locuteur 4

Bon les communistes tous les gauchistes les capitalistes ont la télé la radio les journaux ont l'argent avec eux et nous on a le point avec nous Voilà pourquoi on aime la violence

30:17
Locuteur 2

On va pas se mentir c'était la tribu dominante à un moment donné c'était vraiment la terreur la terreur de base quand tu sortais quand t'avais été punk à 15 ans tu vois tu voulais te balader dans Paris t'étais obligé de faire un parcours sur ton plan de métro parce qu'il y avait des endroits que c'était même pas la peine d'essayer de traverser t'éviter les Halles t'éviter le Luxembourg t'éviter les plus de clients au cours le week-end enfin tu vois c'était un peu compliqué

30:38
Locuteur 5

Nous les skins on a aucun rapport avec les punks les punks c'est des voyous nous pas c'est des drogués c'est des connards musicalement c'est nul en plus voilà quoi nous on a aucun rapport avec les punks

30:52
Locuteur 4

Qu'est-ce qui se passe quand vous croisez une bande de punks dans la nuit ?

30:55
Locuteur 5

Ça fait boum

30:56
Présentateur

Extrait du documentaire Antifa Chasseur de skin de Marc Aurel Vecchione c'était en 2008 c'est skin les skins versus les punks dans les années 80 époque Béruy et Noir quand le mouvement skinhead arrive en France et commence des provocations et des crimes racistes et les punks vont leur fondre dessus est-ce qu'à un moment quand même Sébastien Bourdeau on parle des femmes il y a des femmes parfois dans ces groupes quand on étudie comme vous quand on travaille sur la violence depuis très longtemps la violence politique est-ce que parfois on croise des femmes ?

31:28
Invité

Alors il y a des femmes qui sont engagées dans des groupes antifascistes il y avait un certain nombre de femmes au sein du groupe de militants et militantes antifascistes qui étaient présents ce jour-là le jour de la mort de Quentin de Ranck dans le groupe d'extrême droite impliqué dans les violences c'était un groupe exclusivement masculin mais qui disent-ils étaient sur place pour assurer la protection en tout cas c'est comme ça qui justifie leur présence d'un groupe pour le coup qui s'appelle le collectif Némésis qui est un groupe d'extrême droite exclusivement féminin qui prône un féminisme identitaire je cite c'est leur terme un féminisme de droite et donc là pour le coup on est sur un groupe féminin

32:06
Présentateur

Donc ils se disent toujours être là en défense de femmes enfin toujours en tout cas dans ce cas-là mais il y a une question je trouve intéressante dans les travaux que vous faites c'est de souligner d'afficher sa virilité c'est très présent dans ces groupes-là des deux côtés

32:24
Invité

Bien sûr alors pour ce qui est du cas des militants de l'extrême droite l'événement autour de la mort de Quentin Doran qui est absolument emblématique de ça c'est quand on écoute quand on lit ce que racontent les militants notamment au cours de leurs auditions quand ils expliquent leur présence c'est vraiment des proches alliés qui disent que des femmes donc les militants du collectif Némésis avaient prévu de faire un happening devant la conférence de la conférence de Rima Hassan qu'elles allaient très probablement être agressées d'après eux et donc il fallait absolument qu'en tant qu'hommes ils viennent protéger ces femmes et qu'en gros comment pouvaient-ils en tant qu'hommes refuser de venir prêter assistance et défendre corps et âme ces femmes donc la dimension viriliste est absolument évidente de ce côté-là du côté des groupes antifascistes il y a évidemment également un certain nombre de dynamiques virilistes qui sont à l'oeuvre je le disais précédemment on n'est pour le coup pas sur des groupes qui sont exclusivement masculins donc là déjà on peut noter quand même une différence disons d'un bord à l'autre c'est plus mixte tout à fait et d'autre part ces codes de virilité qui vont être mobilisés notamment pour les revendications en fait il y a tout un ensemble de codes qui régit ces mobs la communication autour de ces mobs elles sont revendiquées à post-théorie très souvent avec des photos qui sont publiées sur les réseaux sociaux et évidemment la tendance sur ces photos est plutôt de vouloir montrer les muscles d'intimider l'adversaire et ces codes là qui sont parfois repris par des groupes antifascistes font également l'objet de débats et de critiques en interne on va avoir des groupes qui vont plus ou moins les mobiliser plus ou moins revendiquer ce type de choses

34:11
Présentateur

donc plus ou moins mettre en scène cette force leur corps aussi parce que vous dites après l'affrontement si on met ces vidéos ou ces photos en ligne c'est qu'on s'en vante de ce qui s'est passé ça fait partie aussi de ce processus de violence on a parlé de ce qui se passe avant l'affrontement pendant mais après en général on en fait quelque chose de ce qui s'est passé

34:32
Invité

bien sûr quand on parlait tout à l'heure de la question un peu de l'organisation de ces mobs ce qui est prévu en amont et ce qui a quasi systématiquement lieu c'est que de part et d'autre des deux groupes qui s'affrontent une ou des personnes ont littéralement pour rôle de filmer la scène c'est ce qu'on a vu d'ailleurs sur les images de l'affrontement qui précède la mort de Quentin Deran qu'un certain nombre de participants filment la scène à l'aide de leur téléphone portable et en général le groupe qui l'emporte entre guillemets sur le terrain va ensuite revendiquer sa victoire donc éventuellement en diffusant des extraits des vidéos de l'affrontement avec cette volonté de montrer sa supériorité face à l'adversaire donc on va montrer des scènes d'humiliation de l'adversaire qui prend la fuite on va se moquer de sa fuite etc.

et donc à chaque fois presque les affrontements sont revendiqués par le groupe qui obtient la victoire

35:25
Présentateur

La chercheuse Isabelle Saumier qu'on citait tout à l'heure écrit que parmi les causes de cette violence parmi un parmi d'autres mais il y a la polarisation croissante de la vie politique de notre pays l'éclatement du système partisan la brutalisation des discours qui ont conduit à des tensions de plus en plus vives entre adversaires politiques que ce soit dans l'hémicycle dans la rue ou bien évidemment dans les mythiques meetings et événements politiques je la cite en tant que journaliste spécialisé dans ces questions Sébastien Bourneau comment vous préparez-vous à la campagne présidentielle ou peut-être plus simple et plus juste que vous a appris celle de 2022

36:01
Invité

alors ce que nous a appris de la campagne présidentielle de 2022 sur la question des violences politiques et notamment de ces groupes c'est qu'une campagne politique c'est évidemment un moment avec tout un tas d'événements publics des meetings des manifestations etc qui sont en fait autant d'événements autour desquels peuvent avoir lieu des mobs et donc peuvent avoir lieu des confrontations c'est ce qu'on a vu de façon extrêmement claire au premier meeting d'Éric Zemmour sur le meeting de lancement de campagne à Villepinte en décembre 2021 ce jour-là un certain nombre de groupes antifascistes avaient appelé à perturber la tenue de ce meeting et donc en prévision de la potentielle présence de militants antifascistes des militants de l'extrême droite radical à l'époque regroupés autour d'un groupe qui s'appelait les Zouaves Paris s'étaient eux-mêmes mobilisés pour venir dans les environs du meeting d'Éric Zemmour avec cette idée de trouver éventuellement un groupe d'antifascistes et de pouvoir se confronter à eux pas forcément

36:58
Présentateur

pour écouter Éric Zemmour

36:59
Invité

mais bien pour en découdre à l'extérieur de la salle on l'a vu il y a des images de ça il y a une quarantaine cinquantaine de militants d'extrême droite qui ont sillonné le quartier le dispositif policier était assez important donc il n'y a pas eu d'affrontement majeur à l'extérieur de la salle et donc ce groupe-là en fait a fini par aller dans la salle du meeting et c'est à ce moment-là où des militants et militantes de SOS Racisme ont organisé un happening pacifique et c'est on l'a vu sur les images ces mêmes militants qui du coup ont été agressés par ces militants d'extrême droite qui en gros se sont rabattus sur cette cible parce qu'ils n'avaient pas trouvé les militants et militantes antifascistes qu'ils espéraient trouver à l'extérieur de la même façon la campagne des européennes de 2024 il y a eu une autre affaire en fait les succès électoraux où la perspective de succès électoraux du RN et de l'extrême droite de façon plus générale a tendance à désinhiber disons ces militants d'extrême droite alors on le voit déjà de façon assez large avec une libération de la parole raciste une multiplication des agressions mais il y a un cas assez emblématique où le soir des résultats des européennes en juin 2024 un certain nombre enfin 4 militants d'extrême droite parmi lesquels Gabriel Lousteau qui est un des cadres du GUD du groupe Union Défense qui est un militant néo-nazi ils ont célébré la victoire du RN pendant la soirée et ensuite ils sont allés à Paris et ils se sont rendus coupables d'une agression homophobe ils ont été condamnés pour ça et en garde à vue ils étaient alcoolisés ils racontaient ils disaient aux policiers j'ai plus la citation exacte mais en gros vous verrez quand Bardella sera au pouvoir et quand Hitler reviendra c'est quelque chose de ce style là qu'ils disaient et donc on voit bien très évidemment le lien qu'eux-mêmes font et verbalisent entre le résultat du RN et cette victoire attendue et leur action

38:51
Présentateur

il dit vous ne savez pas qui je suis demain à 14h vous êtes viré sous-entendu comme le Rassemblement National vient d'obtenir une victoire éclatante aux élections européennes dans la nuit du 9 au 10 juin 2024 et c'est ce même Gabriel Lousteau figure des Hussars Paris puisque le GUD a été dissous et donc les Hussars Paris est né de cette dissolution il a été condamné là tout récemment à 6 mois de prison ferme pour une autre affaire pour violence en réunion il avait roué de coup un homme qui le filmait en train de faire des saluts nazis dans un bar parisien voilà pour je vous posais cette question un peu délicate Sébastien Bourdon de comment vous anticipez la campagne l'anticipation c'est toujours un exercice périlleux en revanche ce dont on est sûr et on peut conclure avec ça c'est que la guerre civile n'a pas eu lieu et en janvier en février c'était quand même pas sur toutes les lèvres ce serait un peu exagéré mais c'était ce qui nous semblait advenir ce qui semblait advenir à beaucoup de titres de presse ou dans les débats publics politiques

39:49
Invité

évidemment c'est une question qui s'est beaucoup posée au lendemain de la mort de Quentin de Ranque elle n'a pas eu lieu fort heureusement il ne faut pas oublier qu'un certain nombre de ses militants d'extrême droite continuent de l'appeler de leur vœu et œuvrent pour son déclenchement

40:03
Présentateur

merci beaucoup Sébastien Bourdon d'avoir été avec nous pour en parler ce matin vous avez publié au seuil l'année dernière drapeau noir jeunesse blanche enquête sur le renouveau de l'extrême droite radicale et toujours au seuil une vie de lutte plutôt qu'une minute de silence enquête sur les antifas merci d'avoir été avec nous

40:19
Invité

merci merci