Manifestations du 1er mai, maintien de l'ordre, utilisation de drones pendant les JO... Ce qu'il faut retenir de l'interview de Laurent Nuñez
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Bonjour Laurent Nouniès, le renseignement et les syndicats s'attendaient à un 1er mai historique, journée très dure attendue par le renseignement intérieur avec des manifestants à l'esprit vengeur. Quel bilan vous, vous faites de cette journée à Paris qui a été émaillée d'incidents et de violences même ?
Le bilan c'est un peu le même que les 12 dernières manifestations intersyndicales, c'est-à-dire que les manifestations ont pu se dérouler. Elles ont pu aller à leur terme avec toujours le même scénario, un pré-cortège qui vient devant le cortège syndical dans lequel viennent s'insérer des éléments ultra, des éléments à risque et notamment les black blocs et qui au bout d'un moment, malgré la stratégie de désescalade que nous mettons en place, les forces de l'ordre sont très loin, n'interviennent pas, observent dans un premier temps les premières dégradations et puis à un moment il y en a tellement qu'il faut intervenir pour établir l'ordre.
Malgré cette stratégie de désescalade, on a vu une grande violence dans le pré-cortège. La singularité de la journée d'hier par rapport aux 12 précédentes, c'est qu'hier, il y avait un niveau de violence dans ce pré-cortège chez les casseurs, chez les individus ultra qui a dépassé largement le niveau de violence qu'on avait constaté sur les 12 dernières manifestations. Pourquoi ? Parce qu'ils étaient plus nombreux ? Ils étaient d'abord plus nombreux, il y avait plus de militants radicalisés et ils avaient manifestement beaucoup plus envie d'en découdre. Moi j'ai 250 fonctionnaires de police ou militaires de gendarmerie qui sont blessés, 259 blessés, dont 31 qui ont été conduits à l'hôpital.
Donc c'est énorme et donc voilà, on a eu affaire à des casseurs très déterminés. Et plus que jamais hier, l'action des forces de sécurité intérieure, comme l'a dit le ministre de l'Intérieur hier lorsqu'il est venu à la préfecture de police, notre action a permis que la manifestation se déroule. Sans nous, il n'y a pas de liberté de manifestation, parce que ces casseurs, ils ne se contentent pas de casser les magasins, d'agresser les forces de l'ordre, ils empêchent le cortège d'avancer. Quand ils ne se retournent pas, contre le carré syndical et contre la manifestation syndicale. Donc sans nous, il n'y a pas de manifestation.
31 policiers transportés à l'hôpital, il y a eu cette image spectaculaire hier de l'un d'eux visée par un cocktail Molotov qui a pris feu. Est-ce que vous avez des nouvelles de son état de santé de cette nuit ?
Oui, alors il a été blessé gravement. Parmi ces 31 personnes conduites à l'hôpital, il y a un blessé grave, c'est lui. Je veux saluer la réactivité de ses collègues. C'est un membre des compagnies d'intervention qui ont tout de suite fait en sorte qu'ils puissent éteindre l'incendie en réalité, puisqu'il s'est littéralement enflammé. Et donc rapidement, ils sont intervenus, ont pu éteindre l'incendie. Et les nouvelles, au moment où je vous parle, sont plutôt rassurantes. Mais il a été quand même gravement brûlé aux bras, aux mains et aux visages.
Il y avait combien de membres radicaux, radicalisés parmi ces manifestants ? Vous dites qu'ils étaient plus nombreux hier que lors des 12 épisodes précédents ?
En réalité, individus connus, ultra, ils étaient 1500 à 2000. Mais vous avez des individus qui s'agrègent à ces groupes ultra pour participer aux violences et donc commettre des exactions, encore une fois, contre les commerces et surtout contre les forces de l'ordre. Puisque dans la stratégie de désescalade que nous mettons en place, ces manifestants ne nous voient pas dans un premier temps. Et on voit bien que s'ils cherchent, ce sont les forces de l'ordre. Et donc, quand j'entends, quand nous recevons des leçons sur la désescalade, moi j'invite les observateurs à regarder la façon dont nous travaillons. Je suis heureux de voir qu'un sénateur, un sénateur, M.
Durin, a pu approcher nos forces, voir comment nous travaillons. Il a pu constater qu'en réalité, nous sommes dans la désescalade, nous sommes très loin.
Il a été choqué par la violence, il disait ce matin sur France Info, ça tape dur des deux côtés.
C'est ce qu'il précisait. Ça tape surtout dur du côté des casseurs. Donc les policiers, quand ils lancent des opérations d'intervention, c'est toujours proportionné et c'est toujours en riposte, en réaction à des violences massives des casseurs. Et hier, ça a vraiment atteint un niveau que nous n'avions pas vu lors des douze dernières manifestations.
Laurent Nunez, vous dites 1500 à 2000 individus radicaux. Gérald Darmanin, à l'instant, annonce 305 interpellations à Paris. Ça veut dire qu'il y en a beaucoup qui passent au travers des mailles du filet et que vous n'arrivez pas à interpeller tous ces manifestants, tous ces individus radicaux.
Alors d'abord, je vous confirme 305 interpellations, oui, évidemment, sur Paris, donc entre la manifestation et puis un peu plus tard dans la soirée, puisqu'il y a eu des cortèges sauvages, donc essentiellement pour violences contre policiers, groupements constitués en vue de commettre des violences ou des dégradations, outrage, rébellion, violence contre les personnes dépositaires de l'autorité publique.
D'ailleurs, ce ne sont que des personnes identifiées comme étant radicales en amont de la manifestation ?
Pas forcément, il y en a. Il y en a dans le lot des 305, il y en a. On n'a pas encore, évidemment, le détail complet. Mais si votre question, c'est de vous demander si on est capable d'arrêter les ultras qui rentrent dans une manif, non, parce qu'on est dans un état de droit, qu'on ne peut pas préjuger les infractions qui vont être commises. Et à défaut... Il faut qu'il y ait flagrant délit ? Bien évidemment, il faut qu'il y ait infraction judiciaire.
Et à défaut de possibilité de prendre des arrêtés administratifs d'interdiction de manifester, ce qui n'est pas constitutionnel, ça a été tenté en 2019 et ça n'a pas pu aboutir, ou à défaut d'avoir des interdictions judiciaires de manifester, nous ne pouvons pas faire grand-chose.
On ne peut pas au moins les écarter de la zone, les identifier et les écarter ?
On sait déjà en renseignements qui sont présents, les services de renseignement, tout confondu, parce qu'on a quand même des clients, j'ouvre les guillemets, qui relèvent de la DGSI. On a quand même des individus du haut du spectre dans ces manifestations d'ultra-gauche.
De la sécurité intérieure.
De la sécurité intérieure, du renseignement de la préfecture de police et du renseignement territorial. Donc on sait déjà qu'ils sont là, c'est déjà un baromètre, un bon indicateur du niveau de violence qu'on va avoir. Mais les interpeller, c'est autre chose, il faut qu'ils aient commis des infractions. On est vraiment dans un état de droit.
Il y avait des drones hier dans la manifestation à Paris, c'était l'une des grandes nouveautés de ce 1er mai. Et le ministre de l'Intérieur a dit, en venant précisément dans les locaux de la préfecture de police, que ces drones ont permis d'éviter des drames. Qu'est-ce qu'il a voulu dire ? Quels drames ont pu être évités hier grâce à l'utilisation des drones ?
Le ministre de l'Intérieur a voulu dire que les drones que nous utilisons, qui sont des moyens de captation vidéo, très encadrés. Donc c'est le préfet de police qui les autorise pour Paris et toute l'agglomération parisienne. C'est très encadré. Il faut que je définisse des motifs d'utilisation des drones, des conditions techniques de la captation d'images, une durée, un périmètre. Donc tout ça est très encadré. Et hier, par exemple, nos arrêtés d'autorisation se terminaient respectivement à 19h et 22h. Donc tout ça est très encadré.
C'est un moyen complémentaire de captation vidéo qui nous permet, parce qu'on prend de la hauteur, parce qu'on prend du champ, de bien observer l'évolution des groupes à risque. Et je tiens à signaler qu'hier, le drone, il n'a volé qu'au-dessus du précortège. Évidemment, il n'a pas volé au-dessus du cortège syndical, dont je rappelle, on a eu 112 000 personnes hier, dont 20 000 dans le précortège, où il y avait les éléments à risque, et c'est évidemment ce précortège que nous avons observé.
Mais concrètement, qu'est-ce que ça permet de faire ? De repositionner éventuellement des forces de l'ordre ?
Absolument, ça permet de repositionner des forces de l'ordre. Ça permet de constater, parce qu'on prend de la hauteur et du champ, ce qu'on ne voit pas avec nos caméras qui sont à terre. Ça permet de constater où sont les groupes à risque. Et hier, par exemple, ça nous a permis clairement d'établir qu'au sein du précortège, il y avait quatre nébuleuses violentes, quatre black blocs constitués, ce que nous n'aurions pas vu sans les drones.
Le drone enregistre des images ou simplement il diffuse en direct et les images ensuite sont supprimées ?
Alors le drone, les images sont visualisées en temps réel. L'enregistrement ne peut se faire que lorsque nous sommes confrontés, donc c'est le texte qui le prévoit, c'est l'autorisation que j'ai signée, que lorsque nous constatons qu'il y a des violences. Et à ce moment-là, évidemment, on peut enregistrer, mais la durée de conservation est très limitée. Elle ne peut pas excéder sept jours, voire 48 heures, quand le drone a pu capter de manière tout à fait involontaire des entrées de domicile, par exemple. Et là, c'est 48 heures.
C'est que ce soit exploité ensuite par la justice, éventuellement.
Absolument, absolument.
Laurent Nouniez, préfet de police de Paris, vous restez avec nous, invité du 8, 38h40, c'est l'heure du Filinfo, Valentine Lottesse.
Le panier France Info, pour mesurer l'inflation, coûte 2 euros plus cher. L'inflation, plus 17% sur un an en avril, soit la même qu'au mois de mars. On atteint peut-être enfin un plafond. Dans les prochaines minutes, l'intersyndicale se réunit pour décider de la suite, à donner au mouvement contre la réforme des retraites. La mobilisation du 1er mai n'a pas battu des records, mais elle reste forte, avec 800 000 manifestants, selon la police, 2 300 000 d'après la CGT. Deux fusillades, hier soir à Cavaillon, dans le Vaucluse, quasiment au même moment. Deux hommes sont morts, un autre est blessé. L'Ukraine ne sera pas représentée au Mondial de Judo la semaine prochaine au Qatar.
Décision de la Fédération ukrainienne à cause de la présence au championnat de Russes et de Bélarusse. Les judocains ont le droit de participer, mais sous manière neutre. France Info
Le 8.30 France Info, Néhila Latrousse, Lorrain Sénéchal. Toujours avec Laurent Nounias, préfet de police de Paris. On parlait à l'instant de l'utilisation des drones pour sécuriser la manifestation d'hier. C'était une sorte de test aussi grandeur nature avant les Jeux Olympiques de Paris ?
Oui, c'est aussi une sorte de test pour observer. Dans le cas d'espèces d'hier, c'était évidemment la prévention des troubles à l'ordre public. Donc pour les Jeux Olympiques, ce sera cet objet-là. Et puis sans doute d'autres. Oui, oui, ça a été un test. Oui, évidemment. Et on a pu constater vraiment l'utilité de ces drones, encore une fois, pour capter des images et des situations de risque de troubles à l'ordre public que nous ne voyons pas avec nos caméras ordinaires. Et encore une fois, j'insiste, c'est un moyen surtout complémentaire. C'est vraiment de la complémentarité.
Pour Paris 2024, le but, ce sera quoi ? De sécuriser surtout la cérémonie d'ouverture avec ces centaines de milliers de personnes sur les quais ?
Pour les Jeux Olympiques, il y a plusieurs gens en eux. Il y a évidemment la cérémonie d'ouverture. Évidemment, là, les drones seront indispensables. Puis il y a la sécurisation des sites, des sites d'épreuve, du village olympique, du village média. Voilà, il y aura plusieurs sites à sécuriser.
Il y aura des drones au-dessus du Stade de France, au-dessus du Grand Palais, etc.
En tout cas, ce que je peux garantir, évidemment, c'est qu'ils seront utilisés dans le cadre légal et réglementaire qui a été prévu. Donc, il y a un cadre très encadré qui vise à la fois à faire en sorte que ces drones soient utiles aux forces de sécurité intérieure et en même temps, évidemment, protecteurs des libertés publiques.
Avec l'interdiction de drones privés pour survoler ces événements ou ces stades ?
Oui, vous savez, le survol sur Paris, il y a une interdiction générale. Et c'est quoi le risque ? C'est un drone suicide ? C'est ça le risque ? Évidemment, ça peut être un drone terroriste, évidemment. En tout cas, sur Paris, le survol est interdit, sauf dérogation du préfet de police. C'est moi qui décide de toutes les dérogations.
Et comment on fait pour faire respecter ça ?
Avec des brouilleurs ? On a évidemment des moyens de détection. D'abord, il y a déjà un gros dispositif de détection qui existe sur Paris et la Petite Couronne et qui se renforce avec les Jeux Olympiques. Nous y travaillons d'ores et déjà avec notamment le concours des armées qui ont un rôle très important. Nous renforçons le dispositif de détection des drones. Et puis, bien sûr, le dispositif ensuite de neutralisation qui peut être passé par du brouillage, de la captation. Voilà. Donc, nous travaillons d'ores et déjà à la lutte anti-drones. Et les deux ministres, le ministre des Armées, M.
Lecornu, le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, se sont évidemment complètement engagés dans ce dispositif. Et donc, nous y travaillons pour avoir à la fois un dispositif de détection efficace et surtout de neutralisation efficace.
Vous évoquez à l'instant le cadre réglementaire sur l'utilisation de ces drones qui a été attaqué en justice, qui a eu à se prononcer la justice administrative sur leur usage, qui a eu à se prononcer aussi sur des arrêtés préfectoraux pris ces dernières semaines pour interdire des manifestations. Encore samedi, par exemple, pour interdire un rassemblement aux abords du Stade de France, l'arrêté a été cassé par la justice pour atteinte manifestement grave et illégale à la liberté de manifester. Bon, finalement, la manifestation a eu lieu et vos craintes ne se sont pas vérifiées. Tout s'est bien passé.
Alors, d'abord, il faut être très précis sur ces sujets. Le ministre de l'Intérieur a rappelé à tous les préfets que la législation antiterroriste, notamment la loi SILT, qui permet de prendre un certain nombre de mesures, n'a pas vocation à s'appliquer pour encadrer des manifestations.
C'était la législation, je le rappelle, sur laquelle reposait nombre d'arrêtés. Absolument. Celui de samedi aux abords de la Coupe de France, mais pas que...
Samedi, autour du Stade de France, ce n'est pas la même chose. Le samedi, j'ai pris un arrêté qui n'a rien à voir avec cette législation. C'est un arrêté qui est pris dans le cadre de mes pouvoirs de police. Moi, je ne suis pas fait de police. J'ai autorité en matière de police générale sur Paris. Et puis, en petite couronne, je suis aussi autorité de police. Donc, j'ai pris un arrêté.
Vous restituiez dans l'arrêté ?
J'ai pris un arrêté parce qu'il y avait une déclaration de manifestation qui visait à distribuer des tracts, nous a-t-on dit, à un endroit où il y avait une grande manifestation sportive. Traditionnellement, on n'autorise pas de manifestation revendicative là où il y a une manifestation qui est un autre objet. C'est une règle parce qu'il y a des risques de troubles à l'ordre public. D'autant plus que les réseaux sociaux s'étaient fait l'écho de ce qu'il ne s'agissait pas que de distribuer des tracts, mais aussi des cartons rouges et surtout des sifflets dont l'introduction est interdite dans l'enceinte, qui se trouvaient à 300-400 mètres de l'endroit de distribution.
J'ai considéré que ça constituait un risque de troubles à l'ordre public puisque ça allait ralentir les palpations, puisque les stadiers allaient devoir écarter ces sifflets. Bon, le juge administratif en a jugé autrement, en considérant qu'effectivement, il y avait sans doute un risque de troubles à l'ordre public, mais que c'est les palpations qui allaient permettre d'isoler ces sifflets. Voilà. Moi, je prends règle de cette décision et j'en tirerai le plus grand compte, évidemment, pour l'avenir. Mais c'était une mesure de police générale fondée encore une fois sur le fait qu'on allait distribuer des objets dont l'introduction était interdite dans l'enceinte sportive. Voilà, c'est tout.
Moi, je considère que c'est du bon sens. Bon, je prends règle néanmoins de la décision du juge administratif.
Donc l'arrêté ne faisait pas référence à un niveau élevé de la menace terroriste actuelle. L'arrêté que vous avez signé samedi.
L'arrêté, il est surtout constaté que je ne caractérise pas avec suffisamment le fait qu'il y ait des risques de troubles à l'ordre public et surtout que je ne sois pas en mesure de les prévenir avec les forces dont je disposais.
Sophie Binet de la CGT, juste pour autant qu'on est sur une pente dangereuse d'Ital, elle parle de dérive autoritaire. Hier, Laurent Berger de la CFDT, sur ce même plateau, mettait en garde en disant « Attention, il peut y avoir des détournements de procédure dans l'utilisation de ces lois sécuritaires. Qu'est-ce que vous leur répondez ? »
Enfin, il n'y a pas de détournement de procédure. Moi, j'ai qu'une boussole, c'est la prévention des troubles à l'ordre public. Jusqu'à preuve du contraire, que ce soit Mme Binet ou M. Berger, ils le savent parfaitement puisqu'on travaille avec les organisations syndicales dans l'organisation des manifestations et ils savent très bien que toutes les mesures que nous prenons, elles visent qu'une chose, c'est à prévenir des troubles à l'ordre public pendant les manifestations. Et les premiers bénéficiaires de tout cela, ce sont les organisations syndicales puisque je vous le redis et je sais qu'ils le savent pertinemment puisqu'on travaille avec leurs collaborateurs.
Si nous ne sommes pas là, il n'y a pas de cortège syndical. Il n'y a pas de cortège syndical. Les individus à risque et violents dont nous parlons empêcheraient le déroulement de ces cortèges. Écoutez ce qu'ils disent. Regardez, lisez les réseaux sociaux. Bien sûr, ils sont contre la réforme des retraites. Bien sûr, ils sont contre le gouvernement. Mais à l'occasion, les élites syndicales, j'en peux leur terme, ils passent aussi. Et donc, ce sont des gens qui veulent détruire nos institutions démocratiques et nous sommes là aussi pour protéger les syndicats. Et encore une fois, sans nous, il n'y aurait pas de manifestation.
La question qui se pose aussi, c'est celle du détournement éventuel des outils prévus par la lutte antiterroriste. C'est l'inquiétude que manifestait hier Laurent Berger sur ce plateau qui disait si jamais demain, il a cité le RN, arriver au pouvoir, s'il y avait un ministre de l'Intérieur qui vous demandait d'utiliser ces outils pour interdire une manifestation, vous devriez le faire ?
Interdire ? Ce serait possible ? Interdire une manifestation, c'est très encadré. C'est très grave comme décision d'interdire une manifestation. C'est très grave. Et je le dis en mesurant ce que j'ai fait samedi dernier pour la finale de la Coupe de France. Donc les outils ne peuvent pas être détournés ? Les outils ne peuvent pas être détournés. Il faut le motiver. Il faut le justifier. Et encore une fois, on est soumis au contrôle du juge administratif à preuve de la décision qui a été rendue par le tribunal administratif de Paris. Samedi, il faut qu'on apporte des éléments concrets de risque de troubles à l'ordre public.
Après, on a une législation antiterroriste qui est calée aussi à la menace. Si on apprenait qu'il y a un risque d'attentat imminent, personne ne comprendrait qu'on tolère qu'il y ait un grand rassemblement de personnes qui puissent se dérouler. Vous noterez que pour l'instant, la législation antiterroriste n'a jamais été mise en avant. Je parle des organisations. C'est une crainte qui a été... Je parle des grandes journées intersyndicales. Lors des grands cortèges, ça n'a pas été le cas. On interdit de grandes manifestations au titre de la menace terroriste. Au contraire, nous encadrons ces cortèges.
Laurent Nunez, puisqu'on parle de la menace terroriste précisément, est-ce que le risque reste élevé aujourd'hui ? Ça s'est passé un peu en second rideau. Est-ce que c'est une menace qui est jugée encore élevée aujourd'hui en France ?
À Paris, en tout cas. C'est le directeur général de la sécurité intérieure qui donne très régulièrement l'état de la menace. Cette menace, elle reste toujours très élevée. Oui, le ministre de l'Intérieur l'a encore rappelé récemment, à la fois dans sa composante endogène des individus présents, y compris exogène, la projection d'individus. Oui, la menace reste très élevée. Évidemment, elle reste très élevée.
Pour revenir au maintien de l'ordre, le Conseil constitutionnel se prononce demain sur le deuxième référendum d'initiative partagée portée par la gauche. Le premier avait été rejeté mi-avril et on avait vu des violences dans Paris suite à cette décision notamment. Est-ce que vous craignez de nouvelles violences demain ?
Est-ce que vous travaillez sur,
en tout cas, un schéma de maintien de l'ordre demain dans Paris aussi élevé que ça a pu l'être le 14 avril dernier ?
Je n'ai pas d'informations précises à ce stade, mais quoi qu'il en soit, nous sommes toujours très déterminés et nous montons des dispositifs de maintien de l'ordre qui permettent de parer à toute éventualité pendant une manif ou lorsque des décisions sont annoncées. Voilà, je crois que...
Il y aura une présence policière demain aux abords du Conseil constitutionnel ?
Il y aura une présence policière, peut-être discrète, on verra, j'affinerai les dispositifs aujourd'hui avec mes équipes, mais pour l'instant, on a toujours répondu présent et il n'y a pas eu, depuis le début du mouvement, depuis la mi-janvier, il n'y a pas eu de débordement, il n'y a pas eu de trouble à l'ordre public et ça, nous le devons évidemment au grand professionnalisme des forces de sécurité intérieure.
Vous dites peut-être discrète, c'était très visible la première fois au 14 avril dernier.
Je ne partage pas ce que vous dites, non, c'est pas vrai. Ça peut être du même ordre que la dernière fois. Il faut vous souvenir quand même qu'il y avait une manifestation, une intersyndicale qui est passée à 50 mètres du Conseil constitutionnel. Ce n'était pas le cas cette fois-ci. Oui, il y avait un gros dispositif parce qu'on voulait éviter les débordements, d'ailleurs, il n'y en a pas eu, mais c'est normal, tout ça est normal. Et puis ensuite, évidemment, on a protégé pendant quelques jours le Conseil constitutionnel, mais c'est normal.
Mais vous entendez, le contexte est différent demain, puisqu'il n'y a pas de manifestation.
Que n'aurait-on dit si nous n'avions pas protégé le Conseil constitutionnel ? Vous savez, moi, je fais un métier difficile, on m'explique toujours à post-terroriste ce que je dois faire, mais moi, je dois me décider toujours avant. Et c'est avant qu'il faut que j'aie bon et pas après.
Laurent Louniès, porte-parole. Préfet de police de Paris, invité du 8h30, vous restez avec nous. 8h50, c'est l'heure du Filinfo. Valentine Lottesse.
Tension en Israël après la mort de Rader Adnan. Cette figure du mouvement palestinien djihad islamique a succombé à une grève de la faim de plus de 80 jours. C'est la première fois qu'un détenu meurt en détention de cette façon en Israël. Peu de temps après l'annonce, des roquettes ont été tirées depuis la bande de Gaza ce matin. 540 interpellations dans toute la France pour ce 1er mai. Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, corrige ce matin le bilan de cette nouvelle journée de mobilisation contre la réforme des retraites. Des défilés émaillés de violences à Paris, Nantes ou encore Lyon.
Des pannes sans explication, des délais pour réparer à rallonge pour tous ceux qui ont des problèmes avec leur fibre optique. Une proposition de loi est examinée à partir d'aujourd'hui au Sénat pour permettre notamment l'indemnisation de clients privés d'Internet plus de 10 jours. Le rugbyman Morgane Parra prend sa retraite à la fin de la saison. Ancien demi-mêlé de Clermont et du 15 de France, sa reconversion est déjà toute trouvée. Il va intégrer le staff technique du Stade français, son club actuel. France Info.
Le 8.30 France Info, Néil à la trousse, Laurin Sénéchal.
Toujours avec Laurent Nunez, préfète police de Paris. Une question, dans quel état d'esprit sont vos troupes après 4 mois de conflit social ? Dans quel état d'esprit puis dans quel état physique aussi ?
Forcément, il y a un peu de fatigue qui s'installe. Depuis le 19 janvier, on a des grandes manifestations organisées, c'est beaucoup d'énergie. Ça commence assez tôt le matin et ça finit très tard. Hier, il a fallu courir après des groupes d'individus qui sont partis en cortège sauvage. 150, 200 personnes qui érigent des barricades, allument des incendies dans Paris. Il faut courir, les disperser, interpeller. Donc, les journées sont très longues. Ils sont évidemment fatigués, mais en même temps très déterminés parce qu'ils le savent. Ils sont là pour garantir aussi la liberté d'expression, de manifester et de garantir la sécurité de nos concitoyens.
Sachant qu'il n'y a pas que les manifestations, on voit aussi des événements périphériques. Hier, par exemple, la peinture dispersée devant l'hôtel Ritz, la fondation Louis Vuitton prise pour cible. On entend désormais des menaces qui planent aussi sur les grands événements sportifs, le tournoi de Roland-Garros, pourquoi pas la Coupe du Monde de rugby en septembre prochain. Comment est-ce que vous sécurisez tous ces événements de manière coordonnée ? Vous avez les troupes pour le faire ?
Oui, on a les troupes, on a la ressource, mais c'est là qu'il faut saluer toute la qualité du travail de renseignement qui permet aussi d'anticiper un certain nombre d'actions et de pré-positionner nos dispositifs de sécurité en fonction de la menace et de l'endroit où nous pensons qu'elle va trouver à s'exprimer.
Là, on parle, le mot menace c'est peut-être un peu fort en l'occurrence sur les grands événements, c'est la CGT qui menace de couper le courant ou de perturber l'événement.
Oui, je mets de côté les coupures de courant parce que c'est totalement, enfin, ce sont quand même des actes extrêmement graves. Je mets de côté tout ça, mais on est confronté aussi à des mouvements de désobéissance civile. On est de plus en plus confronté à ce genre d'événements. Nous, on continue à qualifier ça de menace. Quand vous allez sur un site, un ministère, une entreprise et que vous balancez de la peinture dessus, voilà, c'est du bas de spectre, c'est de la désobéissance civile si vous voulez. Enfin, nous, notre job, c'est aussi d'éviter que ça se produise.
Voilà, on lutte contre les attaques terroristes, c'est l'eau du spectre mais on a aussi un bas de spectre dont il faut qu'on se préoccupe et personne ne comprendrait, en tout cas pas les entreprises, pas nos concitoyens, qu'on laisse faire ce type d'action. Fusse-t-elle des actions de désobéissance civile ? Vous savez, quand vous empêchez les véhicules de circuler au titre d'une action de défense de l'écologie et que vous empêchez, que vous commettez le délit d'entrave à la circulation, personne ne comprendrait que les policiers ne s'emparent pas de ce sujet et n'essaient pas de prévenir ce type de trouble.
On entend un discours politique dire le plus gros de la contestation est passé. Est-ce que du strict point de vue du renseignement, cette affirmation peut être amenée ? Le plus gros de la contestation est passé ?
Non, moi je ne me prononcerai pas là-dessus. Nous restons très concentrés sur le risque de mouvements sociaux. L'encadrement des manifestations, moi je ne me prononcerai certainement pas là-dessus. Ça n'arrive pas de mon domaine. En tout cas, s'il devait y avoir d'autres mouvements, nous les encadrerons comme nous l'avons fait parfaitement jusqu'à maintenant.
On parlait tout à l'heure de la finale de la Coupe de France de football qui s'est finalement bien déroulée. Est-ce que ça veut dire que les leçons de la finale complètement ratées pour le coup, c'était avant votre arrivée je le précise, de la Ligue des champions de football, ont été tirées ?
Évidemment, on a tiré des leçons. D'abord, on entendait là encore pique-pendre sur cette finale, ça allait forcément mal se passer. Évidemment, un match de football c'est toujours compliqué à organiser. Qu'est-ce qui a mieux fonctionné cette fois-ci ? En Coupe de France c'est compliqué à organiser. Vous aviez les Nantais, les Toulousains, dans chaque club vous aviez des ultras, plusieurs centaines dans chaque club. Évidemment, leur grand jeu c'est d'essayer de se battre et quand ça se passe à Paris il y a généralement les ultra-parisiens qui s'en mêlent. Donc c'est toujours compliqué une finale de Coupe de France.
Vous savez, dans les années qui viennent à Paris, je crois que la prochaine finale ne se déroule pas à Paris, on n'aura peut-être pas plus difficile à gérer que ce qu'on a eu samedi soir. Même la Coupe du Monde de rugby par exemple ? Une Coupe de France c'est une Coupe de France de football, un match de football c'est toujours très compliqué à gérer.
C'est plus compliqué qu'un match de rugby ?
Oui, bien sûr, évidemment oui le public n'est pas le même il y a des antagonismes forts entre groupes de supporters évidemment oui donc encore une fois les choses se sont bien passées parce qu'on a eu un gros dispositif policier le ministre avait souhaité me renforcer significativement en effectif
Il y avait déjà un gros dispositif
pour la Ligue des Champions Bien sûr mais là on a évidemment tiré des enseignements dans la gestion des groupes dans l'encadrement des groupes dans la prise en charge des groupes nous sommes allés chercher les ultras Nantais et Toulousains jusqu'au péage ils ont été encadrés par des effectifs de police pour éviter les débordements et puis on a tiré aussi un certain nombre d'enseignements je le disais à l'instant dans la circulation des flux dans la régulation des flux et puis surtout dans aussi le dispositif de lutte contre la délinquance qu'il y a autour du stade qui avait été doublé pour cette finale par rapport à ce qu'il y avait à la Ligue des Champions pour éviter qu'il y ait des phénomènes de prédation de délinquance contre des supporters des deux clubs
Avec un défi qui vous est fixé pour l'année prochaine pour les Jeux de Paris objectif zéro délinquance dans l'agglomération parisienne dit Gérald Darmanin on en est où ? On n'y est pas encore tout à fait zéro délinquance
Non on n'y est pas encore mais la délinquance baisse de manière significative à Paris depuis mon arrivée c'est un objectif fort que m'a signé le ministre on déploie énormément d'effectifs sur le terrain principalement Il y en aura davantage
d'ailleurs dans les prochains mois
Il y en aura davantage puisqu'on a cette année nous aurons quasiment 100% des sorties d'école 2800 gardiens de la paix qui sortiront de l'école et qui seront affectés à Paris ou en petite couronne et donc on va être encore plus fort pour être présent sur le terrain lutter contre la délinquance On a les vols violences qui continuent de baisser de manière significative Au premier trimestre dans l'agglomération les cambriolages également baissent alors qu'ils ne cessent d'augmenter
Le point noir c'est quoi ?
Les violences gratuites Les cambriolages c'était un point noir ça n'est plus mais il faut persévérer et puis effectivement les violences gratuites les violences sexuelles les violences conjugales restent évidemment notre point noir
Donc là c'est de la présence policière dans le métro par exemple ?
En partie la présence sur les violences crapuleuses évidemment la présence policière est très importante mais dans les transports en commun vous savez la délinquance ne cesse de baisser y compris sur les violences gratuites comme sur les violences crapuleuses mais il faut qu'on soit extrêmement attentif sur les violences volontaires et évidemment aussi sur les violences conjugales
D'un mot Laurent Nouniès la ministre des sports qui était là il y a trois semaines annonçait que la jauge de la cérémonie d'ouverture allait être revue rediscutée avec la préfecture de police c'est à dire avec vous est-ce que vous pouvez nous dire ce matin si le chiffre de 600 000 spectateurs sera de toute façon revu à la baisse ?
Non je ne peux pas vous dire ça C'est encore trop tôt On y travaille C'est un sujet qui est complexe Vous savez la jauge c'est le volume de spectateurs qu'on va admettre sur les quais compte tenu des possibilités d'entrée de sortie pour éviter des risques d'écrasement
Donc les discussions sont toujours en cours avec l'Amérique
Exactement Les discussions sont toujours en cours avec le Cojo et la ville de Paris et ça se passe dans un excellent état d'esprit
Laurent Nouniès Merci beaucoup Préfet de police de Paris Invité du 8.30 Bonne journée à vous Sous-titrage Société Radio-Canada
Laurent Nuñez