Interview de Marine Tondelier - "Les Français mangent trop de viande"|TF1 INFO
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7h36, bonjour Adrien Gendre. Votre invitée ce matin, Marine Tondelier, secrétaire nationale des écologistes et candidate à la présidentielle. Bonjour Marine Tondelier.
Bonjour et merci de votre invitation.
Le sort judiciaire de Marine Le Pen sera connu le 7 juillet, puisqu'hier soir la Cour d'appel a indiqué qu'elle mettait sa décision en délibéré dans l'affaire des assistants parlementaires européens de l'ex-Front national. Vous espérez, vous, la condamnation de Marine Le Pen ?
Moi je ne suis pas là pour souhaiter des condamnations ou pas, je suis juste là pour vous dire que je respecte la justice, ce que tout politique devrait faire, surtout quand on aspire aux plus hautes responsabilités, ce qui est le cas de Marine Le Pen. Et je dois vous dire, moi ça me fascine les personnes qui demandent une tolérance zéro, une lutte contre les multirécidivistes, une justice beaucoup plus ferme pour tout le monde, sauf pour eux. J'ai notamment entendu le Rassemblement national s'indigner de cette exécution provisoire qui serait très injuste.
Je rappelle que 58% des peines prononcées par les tribunaux correctionnels en matière de prison sont exécutées de manière provisoire, c'est-à-dire qu'avant la condamnation définitive, les gens vont quand même en prison attendre le verdict, et que je n'ai jamais entendu le Rassemblement national s'indigner de ça. Donc je trouve que c'est une indignation sélective et que c'est quand même compliqué en politique.
Vous avez une préférence vous entre Marine Le Pen et Jordan Bardella d'ailleurs, puisque une fois la décision connue, on aura la décision politique ensuite ?
Je les combattrai tous les deux avec la même exigence et la même fermeté.
Bon, aujourd'hui, le Premier ministre Sébastien Lecornu, lui est en déplacement dans le Jura, déplacement sur le thème de l'énergie. Il va dévoiler ce qu'on appelle la programmation pluriannuelle de l'énergie, autrement dit, ce sont les choix du gouvernement à la matière pour les années à venir. Pour vous, ce sera forcément trop de nucléaire, pas assez d'éoliennes ?
Je pense qu'on revient de loin sur le sujet. Premièrement, parce que ça fait deux ans qu'on attend ce texte et que toute la filière du renouvelable attend des consignes. Au moins, il est là, ça y est. Je rappelle quand même que c'est 150 000 emplois directs et indirects en France, les énergies renouvelables. Et quand on avait entendu M. Retailleau, alors membre du gouvernement, dire moratoire sur le renouvelable, ça avait vraiment affolé les milieux économiques, c'était irresponsable. Et donc là, le problème, c'est que ça devait être une loi de programmation débattue.
Ça aurait pu être une loi, ce sera un décret.
Et ce sera un décret, c'est-à-dire qu'en fait, à l'heure actuelle, je ne peux même pas vous dire exactement ce qu'il y a dedans. Je peux vous dire ce qui avait été proposé aux écologistes, je peux vous dire ce que les écologistes ont demandé, un gros travail d'équipe avec l'industrie des renouvelables que l'on défend. Je rappelle que 75% des panneaux solaires du monde étaient fabriqués en Europe en 2010. Aujourd'hui, c'est 15%. La Chine est en train d'installer 610 km² de panneaux solaires dans les plaines du Tibet. C'est l'équivalent de 6 fois la surface de Paris.
Vous voudriez qu'on fasse Paris ?
Ils installent plus en un semestre que les États-Unis dans toute leur vie. J'indique juste que la Chine n'est pas connue pour ses engagements spécialement climatiques, mais est connue pour sa compétitivité. Et ils ont compris bien mieux que les Français que l'avenir était au renouvelable.
Ce n'est pas toujours un modèle pour autant la Chine.
Oui, mais sur la compétitivité économique, oui. Et c'est ce que le gouvernement est censé défendre. Donc moi, j'indique juste qu'en dépendant des fossiles et du nucléaire, ce qu'on va continuer à faire si on ne fait pas assez de renouvelables, alors on dépend... Déjà, ça pèse sur notre pouvoir d'achat, sur nos factures. Ça pèse sur le climat, mais ça pèse aussi sur notre souveraineté à un moment où on doit s'approviser pour le nucléaire en Russie, sur le gaz aussi, sur les fossiles dans d'autres pays.
Ça veut dire que pour vous, vos députés ont vocation à déposer une motion de censure contre le gouvernement à l'Assemblée pour marquer leur désapprobation ?
Non, je n'ai pas compris qu'il ferait sur ce sujet-là, parce que vraiment, vu d'où on vient, c'est un soulagement qu'enfin la filière ait des consignes et que ces consignes ne soient pas un moratoire sur le renouvelable. Je ne dirais pas pour autant qu'on est content.
Oui, ça on a bien compris. Hier encore, le gouvernement a publié sa stratégie sur un autre sujet, ce qu'on appelle la stratégie nationale pour l'alimentation, la nutrition et le climat. Alors notamment, on y trouve une incitation à limiter la consommation de viande et même à réduire la consommation de viande importée. Est-ce que vous considérez que c'est aux politiques, que c'est à l'État de dire ce type de choses ?
Je crois que, il faudrait vérifier le chiffre, mais je crois que l'élevage, c'est 20% des émissions de gaz à effet de serre et donc on ne peut pas faire comme si ça n'existait pas. Dire aussi que quand on parle de la détresse sur les ressources en eau dans l'agriculture, c'est beaucoup pour faire du maïs qui a plus de 80%, on n'est pas pour l'alimentation humaine mais animale. Donc tout ça, ce sont des sujets qui sont très politiques. Vous dites oui, c'est aux politiques de dire aux Français ce qu'ils doivent ou pas manger. Exactement, après moi, à titre personnel, je ne mange pas de viande depuis 2009, je n'ai jamais demandé à tous les Français de faire comme moi.
Je dis juste que globalement, pour notre santé, aussi pour la santé humaine, on dit des fois, si on ne mange pas de viande, on va être en mauvaise santé. La réalité, c'est que pour les normes sanitaires aujourd'hui, les Français mangent trop de viande, ce qui n'est pas bon pour leur santé. Quand on parle de viande importée, par ailleurs, il faut s'interroger sur la qualité, sur la qualité bien sûr, mais aussi sur l'information des consommateurs. Avec le Mercosur, demain, vous acheterez des lasagnes en barquette avec écrit « fabriqué en France », avec un petit drapeau bleu-blanc-rouge.
La réalité, c'est que ça aurait été assemblé en France dans la barquette, mais que vous ne saurez pas d'où vient la viande. Je rappelle que celle qui vient du Brésil peut comporter jusqu'à 150 substances qui sont interdites en France.
Sauf à ce qu'on modifie la réglementation, mais ça, le débat peut être encore ouvert pour la suite.
Voilà un exemple supplémentaire d'accord entre agriculteurs et écologistes sur l'information des consommateurs.
Aujourd'hui, il se trouve qu'à l'Assemblée nationale, les députés vont débattre de textes que vous proposez, vous les écologistes. C'est ce qu'on appelle une journée de niche parlementaire. C'est un groupe qui détermine l'ordre du jour. Vous commencerez ce matin par une proposition de loi visant, je cite, « à améliorer la protection des personnes ciblées par les réseaux de criminalité organisées ». Pour le dire assez clairement, c'est un texte qui vise à répondre à ce qu'a vécu notamment Amine Kessassi, j'imagine, dont les deux frères ont été tués à Marseille dans le cadre du narcotrafic.
Alors, un a été tué du fait d'un règlement de compte lié au narcotrafic, dans lequel il était tombé. L'autre a été tué pour menacer son frère, qui se battait contre le narcotrafic. Et c'est vrai que le narcotrafic fait à Marseille, je pense, à peu près un mort par semaine.
Et qu'est-ce que le texte a changé à ça ?
Et donc, on ne peut pas faire comme si ça n'existait pas.
Est-ce que c'est la loi qui s'en fait ?
Aujourd'hui, vous savez, par exemple, les repentis, qui décident de collaborer avec la justice, ils bénéficient d'un régime très, très protecteur. Et il faudrait que les lanceurs d'allaites sur le narcotrafic en bénéficient tout autant. Après, je le dis, Amine, pour discuter beaucoup avec lui, pour le voir souvent, il est très protégé. Mais ce qu'on veut, c'est encadrer ce droit-là, que toutes les personnes en France qui veulent se lever contre le narcotrafic, qui veulent dire des choses et le dénoncer, sachent qu'elles seront protégées par le droit.
Mais y compris par une protection policière, ça veut dire ? Chaque personne qui lève la main doit avoir droit de vous ?
Parce qu'on a affaire à des réseaux très organisés qui n'hésitent pas à tuer, y compris, maintenant, on le sait, des membres de votre famille. Donc, ça veut dire que si on veut que les gens continuent à parler, à dénoncer les choses, vous savez, on a des élections municipales là et présidentielles demain. Le vrai risque, c'est que la classe politique se taise, baisse les yeux, n'ose plus dénoncer. Et si même les politiques n'osent plus le faire, alors imaginez le reste de la population. Il faut absolument protéger les personnes qui parlent en matière environnementale comme en matière de narcotrafic. J'en profite pour rappeler mon soutien à Amine et notre grande fierté de le contenant.
Le deuxième texte que vous présenterez aujourd'hui, ce sera une proposition de loi visant à protéger l'eau potable. Bon, ça, a priori, ça fait consensus chez tout le monde. Mais je précise qu'il y a quelques jours, le Premier ministre, lui, a demandé un moratoire sur toutes les décisions relatives à la question de l'eau, avec un objectif très simple. Que ça n'avance pas. Non, calmer la colère agricole. Pour vous, la colère agricole, ce n'est pas un sujet ?
Écoutez, je vais vous donner un chiffre très parlant. La facture d'eau des Français, en moyenne, depuis 2021, a augmenté de 20%. Pourquoi ? Pour couvrir le coût des dépollutions. C'est-à-dire que les Français sont victimes de foie, une fois parce que leur qualité de l'eau se dégrade. Il y a plus de 30% des Français qui, en 2024, ont été exposés à une eau qui dépassait les normes sanitaires. 30% des Français. Et il y en a, c'est tous les jours.
À cause des agriculteurs ?
Principalement à cause des pesticides, pas des agriculteurs eux-mêmes, qu'il faut permettre des alternatives et il faut qu'ils puissent bien vivre de leur métier. Ça, c'est le travail de l'État. Donc, il faut peut-être attendre un peu avant de se précipiter. Et notre facture augmente de 20% pour payer la dépollution qui ne suffit pas. C'est quand même un vrai sujet, un moment où l'incidence de cancer augmente fortement dans ce pays. Et l'Inserm a montré très clairement qu'il y avait un lien avec l'exposition aux pesticides.
Donc, je pense à toutes les personnes malades qui, non seulement sont malades, et qui, en plus, vivent dans ce pays avec la loi Duplo, encore, qui revient une troisième fois.
Le gouvernement ne peut pas la santé des Français, lui, pour vous ?
Celui-là, non. Et rarement, d'ailleurs, la fabrique de la loi et le pouvoir n'a été aussi éloignée des savoirs scientifiques, ce qui alerte tous les scientifiques de ce pays. J'en rencontre encore ce week-end. C'est assez déplorable et très inquiétant pour l'avenir.
Marine Tondelier