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interviewC à vous· 7 juillet 2026 10 min

Marine Le Pen condamnée mais éligible en 2027 - L’édito de Patrick Cohen

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

mais aussi sa vraie influence sur la naissance de la bossa-nova. - A.-E.Lemoine: Tout de suite, l'Edito de Patrick.

M.Le Pen a été une 2e fois reconnue coupable de détournement de fonds au préjudice du Parlement européen. La justice ne lui interdit plus de se présenter devant les électeurs. - P.Cohen: Condamnée mais éligible, libre de faire campagne mais avec un bracelet à la cheville.

C'est le nouveau dilemme d'une personnalité qui a tendu, toute sa vie publique, vers l'objectif d'une accession à l'Elysée, qui n'est pas loin de toucher au but mais qui doit accomplir la dernière partie du chemin, lestée d'une condamnation à un an de prison ferme pour détournement de fonds publics. Ca n'est pas rien, et plus encore pour un parti qui se réclame de la loi et de l'ordre. Les journalistes ont dit que la justice déciderait qui serait le candidat du RN.

Les dirigeants du parti le disaient aussi. Tous avaient tort. C'est le RN qui va décider.

M.Le Pen va décider ce soir et annoncer qui sera candidat, elle ou J.Bardella. - A.-E.Lemoine: Qu'ont dit les 3 magistrats de la cour d'appel de Paris? - P.Cohen: Que les faits sont graves.

Ces détournements de fonds européens ont duré plus de 11 ans, sur 3 mandatures. Les près de 3 millions d'euros détournés sont des sommes importantes. C'était par des élus chargés de l'intérêt général.

Comme M.Le Pen est considérée comme l'organisatrice de ce système, c'est elle qui subit la peine la plus lourde: 3 ans de prison dont 2 avec sursis, donc 1 an ferme. C'est la seule à prendre de la prison ferme.

Reste 15 mois déjà purgés depuis le jugement de première instance prononcé avec exécution provisoire. C'est purgé depuis le 30 juin. Entre le 30 mars 2025 et le 30 juin, ça fait 15 mois.

La candidate du RN n'est plus inéligible ce soir. La cour d'appel invoque la liberté des candidatures et le choix de l'électeur, conditions du suffrage authentiquement démocratique. C'est un renversement complet.

En première instance, son inéligibilité était justifiée par le trouble à l'ordre public démocratique qui résulterait de sa candidature, voire de son élection malgré sa condamnation. Moralité: les juges ne sont pas d'un bloc. Le double degré de juridiction est une garantie de justice. - A.-E.Lemoine: Reste la prison ferme, même aménagée par le port d'un bracelet électronique. - P.Cohen: Elle a dit plusieurs fois qu'elle ne serait pas candidate dans ces conditions.

Sur LCI, elle présentait ce bracelet comme un empêchement déguisé. - M.Le Pen: Si je peux être candidate, je serai candidate, pour peu que je puisse faire campagne, car s'il s'agit de m'autoriser à être candidate mais de m'empêcher en réalité de mener une campagne librement, vous entendez bien que ce sera pas possible. - Avec un bracelet? - M.Le Pen: Bien sûr.

Je peux pas dépendre d'un magistrat pour m'autoriser à aller faire un meeting à Romorantin ou aller sur un marché à Hénin-Beaumont. - P.Cohen: "Ca ne sera pas possible", disait-elle il y a une semaine, mais l'avocate Le Pen avait-elle bien étudié le dossier? - A.-E.Lemoine: On peut faire campagne avec un bracelet? - P.Cohen: On peut bénéficier d'une loi qu'on a conspuée, qui permet à toute personne privée de liberté de solliciter des réductions à hauteur de la moitié du temps de privation prévu par la peine, c'est-à-dire 6 mois de réduction maximum par année d'incarcération.

M.Le Pen peut espérer ne plus être empêchée pour ces derniers mois de campagne, à partir de janvier ou février. Mais la candidate a raison.

Elle dépendrait d'un juge à la fois pour la durée et pour les conditions de la surveillance électronique...

On parle de bracelet alors qu'il s'agit d'une détention à domicile sous surveillance électronique. Le juge d'application des peines dispose d'une liberté totale pour déterminer les heures de sortie, les périmètres de déplacement, avec l'idée que le ou la condamnée n'est pas complètement libre de ses mouvements. - A.-E.Lemoine: Dernier point: la dimension morale. - P.Cohen: La décision de la cour d'appel sera définitive, sauf si le condamné forme un pourvoi en cassation.

Le pourvoi est suspensif. La candidate pourrait purger sa peine à ce moment-là, c'est-à-dire dans la période la plus intense de la campagne. Si la condamnation est définitive, M.Le Pen devra en porter le poids infamant devant ses électeurs et face à ses adversaires, qui ont commencé à lui porter des coups. - B.Vallaud: Quand bien même se présenterait-elle, il faudrait que les électeurs aient conscience que c'est une délinquante qui se présenterait.

Elle est coupable de détournement de fonds publics. - P.Cohen: Même conclusion de la partie civile. - Il appartient aux citoyens, lorsqu'il s'agit de voter, de savoir s'il n'y a pas de pourvoi en cassation.

Ca veut dire que M.Le Pen accepte la décision de culpabilité. Est-ce que sur le plan de l'éthique, elle peut quand même se présenter?

C'est une décision qui lui appartient. En ce qui concerne les citoyens qui doivent voter, est-ce qu'ils estiment qu'on peut être condamné pour détournement de fonds publics et être candidat à la fonction suprême? Ca sera à chaque citoyen de le dire. - P.Cohen: Il rappelle le devoir de probité des élus.

C'est un des éléments de réflexion forcée pour M.Le Pen. Quel impact sur sa campagne?

On se souvient des casseroles qui attendaient F.Fillon, qui n'était pourtant pas condamné. - A.-E.Lemoine: Dernière hypothèse si les Français envoyaient à l'Elysée une présidente qui porte encore un bracelet électronique... - P.Cohen: Il lui serait aussitôt retiré.

C'est l'inviolabilité du chef de l'Etat. Le bracelet tomberait. - A.-E.Lemoine: M.Le Pen est donc libre de se présenter à l'élection présidentielle mais, elle l'a dit et répété, elle ne fera pas campagne avec un bracelet électronique.

On voit quel choix elle doit faire ce soir. Pourquoi elle s'est auto-contrainte en expliquant qu'elle ne serait pas candidate si on l'obligeait à porter un bracelet? - B.Teinturier: On peut faire l'hypothèse de la sincérité.

Pourquoi? Parce qu'elle est pleinement consciente des difficultés évidentes à faire une campagne électorale aussi importante et éprouvante qu'une présidentielle en étant condamnée et en portant un bracelet. Il y a des difficultés pratiques, le fait de dépendre des décisions d'un juge.

Et il y a le fait d'être systématiquement ramenée à cette affaire, à une condamnation, au fait que la candidate dont le parti disait "mains propres et tête haute" a été condamnée. C'est irréversible. C'est sensible dans l'électorat. - A.-E.Lemoine: Y compris pour celui du RN, qui semble ne pas tenir rigueur des affaires à ses différents élus? - B.Teinturier: M.Le Pen comme J.Bardella incarnent une formation antisystème.

On se victimise face aux juges et on est contre le système. Sur un 1er tour, ça fonctionne. Les électeurs du RN ont intériorisé la possibilité que M.Le Pen ne soit pas candidate au profit de J.Bardella.

Il y a un petit avantage pour J.Bardella. Sur les dimensions-clés, M.Le Pen a l'avantage.

Tant qu'il s'agit d'une décision virtuelle, on se disait: "Ca fonctionne. J.Bardella va reprendre les choses." Il n'y avait pas de rupture.

Maintenant, dans le réel, avec la condamnation, il faut non seulement être qualifié pour le second tour à un bon niveau et il faut l'emporter. Pour cela, il faut quand même élargir. Là, c'est une autre affaire.

L'idée d'envoyer à l'Elysée quelqu'un qui aurait été condamné...

Pour les couronnes un peu extérieures qui doivent s'agréger sur la candidate RN pour qu'elle puisse l'emporter, ça joue. Une condamnation, ça abîme. Ca a abîmé N.Sarkozy.

On l'avait vu en 2016. Ca avait abîmé F.Fillon.

Des gens l'attendaient avec des casseroles. Ca n'est pas simple de faire campagne dans ces circonstances. - A.-E.Lemoine: C'est toutes ces questions qui se posent pour M.Le Pen? - L.Clément: Oui.

Ca a un impact sur son électorat. Je suis allée à Liévin, le fief de M.Le Pen, samedi.

Elle a fait une fête de l'unité. C'était pour montrer à quel point J.Bardella et elle sont alignés.

J'ai été frappée de voir que son électorat dans le Pas-de-Calais, qui lui est dévoué a priori, s'en fiche un peu de savoir qui va aller à la présidentielle, tant que les idées du RN sont là. J.Bardella, M.Le Pen, peu importe. - P.Cohen: Ils se fichent des condamnations? - L.Clément: Eux, oui.

Le Parlement européen, pour eux, ça paraît loin. C'est difficile de leur faire entendre que c'est leur argent,

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