MÉLENCHON : « POUR LA SÉPARATION DE L'ÉTAT ET DE L'ARGENT» - #DemainPresident
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 75 %Attaque 15 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 92 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:15OuverteRéponse partielle
Quel serait votre premier geste symbolique à l'Élysée ?
- 0:45OuverteRéponse directe
Revenons sur votre parcours politique avec Christophe Jakubyszin.
- 3:00OuverteRéponse directe
Vous parlez d'une discussion avec les Français... Est-ce que vous avez eu peur de faire peur ou changé ?
- 6:00OuverteRéponse directe
Passons au programme très concret : à quoi ressemblera la France en 2022 si vous êtes élu ?
- 9:00RelanceRéponse directe
Changer la Constitution est-il une réponse urgente au chômage ?
- 12:00FerméeRéponse partielle
Vous proposez 273 milliards de dépenses publiques supplémentaires : où les trouvez-vous ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 6:00JLMFait
« En 2022, la France de Jean-Luc Mélenchon aurait basculé dans la VIème République avec une nouvelle Constitution, rédigée par une assemblée de citoyens, et soumise à l'approbation des Français. »
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« Le pays fait pression sur ses partenaires européens, en vue d'une refonte complète des traités. La France exige notamment un contrôle politique sur la Banque Centrale Européenne, et un moratoire sur les dettes publiques. »
- 6:00JLMPromesse
« Si elle n'obtient pas satisfaction, elle sortira de l'Union Européenne. »
- 6:00JLMPromesse
« La loi El Khomri est abrogée. »
- 6:00JLMChiffre
« Il existerait 14 tranches d'impôts. La dernière taxerait à 100% les revenus au-delà de 400.000€ par an. »
- 6:00JLMPromesse
« Grâce à la Sécurité Sociale intégrale, les frais médicaux seraient entièrement remboursés. »
- 6:00JLMChiffre
« 100 milliards d'euros d'investissements écologiquement et socialement utiles auront relancé la machine économique dans le respect de l'environnement. »
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« Tous les mois la Banque Centrale Européenne prête aux banques privées 80 milliards - ce mois-ci ça a été 110 ! »
- 13:00JLMChiffre
« Pour les 173 milliards qui sont des dépenses de l'État, vous avez 190 milliards de rentrée. »
- 15:00JLMFait
« Le système de l'arrosage permanent est terminé avec moi. »
- 16:00JLMChiffre
« 10% des travailleurs détachés sont des français. »
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Anne-Claire Coudray : Jean-Luc Mélenchon, bonsoir. Jean-Luc Mélenchon : Bonsoir Madame. Gilles Bouleau : Bonsoir Monsieur Mélenchon.
JLM : Bonsoir Monsieur. GB : Nous avons, vous le savez, une première question que nous posons dans des termes identiques à tous nos invités. Vous président, quel serait, à l'Élysée, votre premier geste symbolique ?
JLM : Je crois que le calendrier est assez chargé, parce que...
Euh... l'élection a lieu le sept, n'est-ce pas ?
GB : Tout à fait. Donc le huit, on célèbre la victoire sur les nazis. Donc je vais déjà être bien occupé, j'ai l'impression.
Parce que le calendrier d'activité du président élu, pendant un temps, chevauche celui du président en place. Donc je crois que je ne vais pas avoir trop à me soucier de l'emploi du temps. Après, certainement, imaginerai-je quelque chose qui soit du niveau d'une mobilisation populaire, qui permette, en quelque sorte, de mettre fin à la campagne électorale, d'entrer dans la nouvelle ère, mais de le faire avec cette chaleur dont moi j'ai besoin pour vivre qui est celle du grand nombre qui m'appuie.
GB : Monsieur Mélenchon, c'est votre deuxième candidature à la présidence de la République, revenons un instant sur votre parcours politique GB : avec Christophe Jakubyszin. JLM : Ça va être long ! Avant de vouloir devenir Président de la République Jean-Luc Mélenchon a beaucoup observé celui qu'il appelle affectueusement : le Vieux.
Le Vieux, c'est son maître ès conquête du pouvoir : François Mitterrand. C'est le Vieux qui avait réussi à le raccrocher au wagon du socialisme de gouvernement après une jeunesse militante dans les rangs de l'organisation trotskiste OCI. Ce socialisme de gouvernement qui fera de lui un ministre délégué auprès de Jack Lang, dans le gouvernement de Lionel Jospin.
Incarnation de l'aile gauche du Parti Socialiste, parfois aux côtés de Benoît Hamon et de Laurent Fabius, il finira par larguer les amarres en 2009. Désormais seul maître à bord de son propre parti, il fera en 2012 une entrée remarquée sur la scène présidentielle avec 11% des voix, à la fois porte-parole de son parti et du Parti Communiste. Prochain objectif pour lui en 2017 : Terrasser le Parti Socialiste de son ex-complice Benoît Hamon et, pourquoi pas, doubler la droite républicaine.
A-C Coudray : Quelques souvenirs vous ont fait sourire. JLM : C'est un exploit de résumer la longue vie d'un homme comme moi en quelques instants, donc je salue l'exploit. Après, je voudrais vous dire que ce n'est pas mon but de terrasser Pierre, Paul ou Jacques.
Non, mon but, c'est de mettre en mouvement une masse suffisante de Françaises et de Français qui s'intéressent à ce que je propose, qui est le résultat d'ailleurs de la discussion avec eux, et puis on va le faire ! ACC : Alors vous parlez d'une discussion avec les Français...
JLM: C'est surtout ça qui est important, si vous voulez gagner pour faire comme les autres ou les remplacer, ça ne sert à rien. Mais l'emporter et faire démarrer cette grande mobilisation, voilà ! ACC : Alors, on a vu votre affiche de campagne de 2012, en 2017 la couleur rouge a disparu !
Autre différence, à quelques exceptions près, vous ne chantez plus l'Internationale à la fin de vos meetings. Est-ce que vous avez eu peur de faire peur ou est-ce que vous avez changé ? JLM : Non !
Ça s'est trouvé comme ça. BG : Il n'y a pas de hasard. Il n'y a pas de hasard...
JLM : Bien sûr que beaucoup de choses sont calculées mais ce qui m'amuse c'est cette histoire d'Internationale. On la chante quand les gens ont envie de la chanter. Mais il faut se rendre compte que le temps a passé et que spontanément, les gens qui participent à nos meetings n'ont aucune difficulté à chanter la Marseillaise pour des raisons qui des fois n'ont rien de patriotique.
Ceux qui vont chanter dans les matchs de foot et ils s'identifient à la Patrie ! Bon bah c'est bien ! Quant à l'Internationale, j'ai observé que dans beaucoup de meetings, plein de gens quand quelqu'un la lançait, se regardaient - d'abord un : ils ne savent pas qu'on la chante dans les meetings, et deux : cette chanson, mais qu'est-ce que ça peut bien être ?
Voilà, ça ne va pas plus loin. Ceux qui veulent la chanter la chantent, et tout le monde est bienvenu, simplement ce que je demande tout le temps, c'est qu'on permette à tout le monde d'être à l'aise autour de moi, et je suis contre le fait que les uns ou les autres s'approprient ma campagne ou ses résultats. Non, elle appartient aux gens qui vont participer à cette campagne, à ceux qui sont sur la plateforme, vous savez, puisque ça a été la grande nouveauté de ma façon de faire campagne, un peu comme de son côté l'a fait M.
Macron, c'est que nous avons travaillé avec des plateformes avec des gens qui nous rejoignent là. Bon, il y en a maintenant plus de 400.000 !
Voilà à qui appartient cette campagne. Alors il y a des gens qui ont des cartes, d'autres qui n'en ont pas, et voilà. GB : Alors passons de la plateforme au programme, au programme très concret de Jean-Luc Mélenchon, candidat, À quoi ressemblera la France en 2022, si vous êtes élu le 7 mai prochain, Président de la République ?
Marie Croxelle nous le montre. En 2022, la France de Jean-Luc Mélenchon aurait basculé dans la VIème République avec une nouvelle Constitution, rédigée par une assemblée de citoyens, et soumise à l'approbation des Français. Le pays fait pression sur ses partenaires européens, en vue d'une refonte complète des traités.
La France exige notamment un contrôle politique sur la Banque Centrale Européenne, et un moratoire sur les dettes publiques. Si elle n'obtient pas satisfaction, elle sortira de l'Union Européenne. Sur le plan de l'emploi, plus moyen de déroger à la loi par un accord d'entreprise.
La loi El Khomri est abrogée. Le droit à la retraite à 60 ans à taux plein est lui, rétabli. Le pays, qui vit au rythme des 35h, glisse doucement vers les 32h.
Si le programme de Jean-Luc Mélenchon était appliqué, il existerait 14 tranches d'impôts. La dernière taxerait à 100% les revenus au-delà de 400.000€ par an.
Grâce à la Sécurité Sociale intégrale, les frais médicaux seraient entièrement remboursés. Enfin, 100 milliards d'euros d'investissements, écologiquement et socialement utiles, auront relancé la machine économique dans le respect de l'environnement. GB : Jean-Luc Mélenchon, vous voulez être - vous le dites, JLM : Très bon résumé !
GB : Ah ! Excellemment résumé. JLM : Oui.
Oui, oui. Bon, on aimerait bien rajouter des choses mais c'est très bien fait ! GB : Vous voulez être le dernier président de la Vème République, mettre en place une VIème République.
On a lu attentivement votre programme, pour ça il faudra convoquer un référendum, puis élire une Assemblée constituante, et valider le tout par un autre référendum ; ça va prendre beaucoup de temps et d'énergie, est-ce vraiment la priorité dans un pays qui compte 6 millions et demi de chômeurs ? JLM : Oui, ben ils ont beau être au chômage, ça ne les empêche pas de réfléchir. Et ils peuvent se demander comment on a pu arriver à une situation, où ils sont 6 millions au chômage, et on n'a pas vraiment l'impression que ce qu'il fallait faire ait été fait.
ACC : Mais est-ce que changer la Constitution est une réponse au chômage ? JLM : Bien sûr ! D'abord...
GB : C'est une réponse la plus urgente ? JLM : Mais c'est une réponse à plein de questions. Il ne faut pas séparer artificiellement les questions institutionnelles du reste des questions.
Je vous donne un exemple : On ne peut pas faire passer la loi El Khomri, qui est une loi sociale, c'est-à-dire qui a à voir avec la législation sociale, sans le 49.3 Le 49.3, c'est la Constitution.
Voilà un exemple, je pourrais en citer 10, qui vous montre comment les questions institutionnelles sont centrales. Ensuite, la monarchie présidentielle, qui est née d'un événement et d'une circonstance extraordinaire, que vous connaissez : la décolonisation ; le pays a bougé depuis. Et puis la monarchie présidentielle, se croisant avec la toute-puissance de la finance, ça a donné un monstre !
Que nous avons sous les yeux, avec une caste de gens, qui circulent entre les plus hauts niveaux des affaires, et les plus hauts niveaux de l'administration de l’État, quand ils ne sont pas tantôt ministre, tantôt gérant de société, enfin tout ça doit...
La séparation de l'Etat et de l'argent doit être prononcée. Voilà pourquoi il faut cette assemblée. Mais surtout, il y a un point qui est important : J'ai essayé de réfléchir à qu'est-ce qui pouvait permettre, à la fois de conserver tout le temps l'initiative populaire, et la stabilité des institutions.
Car je ne suis pas partisan du désordre, de la pagaille...
Bon, les institutions, il faut que ça fonctionne, il faut que ça tourne, chaque matin, chaque soir. Mais le peuple doit pouvoir garder son pouvoir d'initiative. C'est pourquoi je proposerai à cette constituante, d'introduire le référendum révocatoire, c'est-à-dire la possibilité, à tout moment, de révoquer un élu - à condition évidemment, que certaines conditions soient remplies.
Alors vous me dites : "Ça va prendre du temps", eh bien oui, il faut le temps qu'il faut. Ça ne sera pas très coûteux, donc pourquoi pas le faire et puis pendant ce temps-là, au Gouvernement, on gouvernera dans les institutions de la Vème République. Et je serai le Président de la Vème République : le dernier, mais le président.
Et comptez sur moi pour utiliser tous les pouvoirs que cette Constitution prévoit - vous m'avez posé une question M. Bouleau : "Est-ce que ce processus..." Bah, c'est la démocratie !
Moi je n'ai pas l'intention de faire un coup d'Etat, je ne suis pas le général De Gaulle. Je ne viens pas vous dire "Je vais vous sauver, avec 3 de mes amis je vous écris une Constitution, et oui ou non"... c'était l'époque qui voulait ça.
Là nous allons utiliser le réferendum, pour convoquer cette Assemblée constituante, sur la base de l'article 11 de la Constitution, on va réunir l'Assemblée constituante, et puis à la fin on va demander au peuple français ce qu'il en pense. Ça s'appelle la démocratie. ACC : Alors vous avez tout de même un programme économique à appliquer, M.
Mélenchon, qui passe par une augmentation massive des dépenses publiques. Comment expliquez-vous qu'alors que le gouvernement a du mal à trouver un milliard et demi pour sauver la Guyane, vous, vous proposez 273 milliards de dépense publique supplémentaire sur 5 ans ? JLM: Oui alors vous allez...
ACC : Où les trouvez-vous ? JLM: Oui, oui, bah vous avez fait un... bah je vais vous le dire, vous faites un gros paquet.
ACC : On a fait l'addition JLM : Parce que d'un côté, il y a 100 milliards, (c'est vrai, hein, je ne conteste pas votre chiffre), il y a 100 milliards qui est de l'investissement donc ça, ça se finance d'une manière assez simple. C'est par le recours à l'emprunt à la Banque Centrale Européenne puisque...
GB : A la dette, à la dette...
JLM : Oui, oui, la dette, il y en, il y en aura et de toute façon...
JLM : celle que nous avons là, la nôtre, comme celle des Espagnols, comme celle des autres pays, un jour ou l'autre, il faudra avoir une attitude raisonnable, se mettre autour d'une table et dire "Ecoutez, comment on s'en sort ?" Parce que on ne peut pas annoncer aux générations montantes "Ecoutez les enfants, pour deux ou trois générations," "vous, vos enfants et vos petits-enfants, vous êtes là pour payer la dette." JLM : Cette dette ne sera pas payée.
GB: Oui mais le sens de la question que pose Anne-Claire, c'est : GB : Comment est-il si difficile aujourd'hui de trouver un milliard et demi, et comment est-il si facile de trouver sous le sabot d'un cheval 273 milliards ? JLM: Bon ça n'est pas si difficile que ça de trouver un milliard et demi, ce n'est pas vrai. Quand il s'agit de faire de l'investissement, j'y reviens, on demande à la Banque Française d'investissements d'emprunter à la Banque Centrale Européenne Ecoutez-moi bien, qui ne demande pas mieux !
Car tous les mois la Banque Centrale Européenne prête aux banques privées 80 milliards - ce mois-ci ça a été 110 ! Il faut que les gens entendent que tous les mois la Banque Centrale Européenne donne de l'argent l'équivalent de 6 millions de SMIC aux banques privées pour qu'elles stimulent l'activité. Naturellement, elles ne font rien de semblable.
Voilà pour les 100 milliards qui vont aller dans de l'investissement très concret. Je vais vous donner juste un petit exemple...
GB : Un exemple rapide, oui. JLM : Pour pas le prendre dans l'écologie, parce que vous allez dire : "Il se répète." Bon.
En effet ça comptera beaucoup. Sortir du nucléaire ça va coûter des sous et passer à 100% renouvelable. Mais je vous prends une idée comme : supprimer les obstacles qui empêchent les gens de circuler librement quand ils sont dans un fauteuil.
Bon, on a calculé. On a voté déjà pour le faire mais on ne le fait pas. Il y en a pour 10 milliards.
Ben c'est 10 milliards qui vont aller directement dans les petites entreprises du bâtiment, car ce ne sont pas les géants du bâtiment qui vont aller faire des pentes dans les escaliers des métros, des mairies et le reste. C'est un exemple qui vous montre comment l'argent se met à circuler. Je termine en vous disant la chose suivante : Rassurez-vous, les gens.
Quand on lance, on relance l'activité, alors il y a un moment où ça coûte puis un moment où ça rapporte. C'est-à-dire que des gens vont au travail, ont une paie, se mettent à payer des taxes, se mettent à payer des impôts et tout ça. ACC : Et consomment !
JLM : Et à la fin de ce cycle, pour les 173 milliards qui sont des dépenses de l'Etat, vous avez 190 milliards de rentrée. Autrement dit, mon circuit économique est excédentaire. GB : Monsieur Mélenchon, vous parlez assez peu dans votre programme des aides versées aux entreprises, en tout cas des aides que vous verserez, vous président, vous voulez même revenir sur certaines de ces aides.
Ecoutez à ce sujet un chef d'entreprise que nous avons interrogé tout près de Paris, et il a une question concrète à vous poser. PV : Je m'appelle Philippe Vidal, j'ai 53 ans, je suis PDG du groupe SELNI qui est spécialisé dans l'électroménager. Nous exportons 90% de notre production avec 5 sites de production, 4 en France, et le siège social qui est ici à Neuilly-sur-Seine.
En 2014 nous avons fait l'acquisition de l'usine Ardam Electrolux dans les Ardennes, bien entendu grâce au support d'Electrolux mais également grâce à des aides et à des exonérations de charges qui se sont ajoutées aux dispositifs existants, à savoir le Crédit d’impôt recherche et le CICE. Monsieur Mélenchon, ma question est la suivante : Que pensez-vous faire si vous êtes élu Président pour aider les industriels français à restaurer leur compétitivité et à concurrencer efficacement les entreprises qui sont installées en Chine ou en Europe de l'Est avec des coûts beaucoup plus faibles que les nôtres ? ACC : Votre réponse ?
JLM : Oui. Le système de l'arrosage permanent est terminé avec moi. Je préfère le dire clairement.
De plus, ce ne sont pas des charges dont nous parlons, ce sont des cotisations. Les cotisations sociales, quand elles ne sont pas payées dans l'entreprise, comme le suggère ce monsieur, eh bien elles sont remboursées par l'Etat. C'est dans la Loi.
Donc vous croyez que vous avez enlevé un coût à un endroit, vous l'avez juste rétabli à l'autre ? Ce que vous ne payez pas en cotisations, vous le payez en impôt. Tout ça est absurde.
Bon. Donc comment fait-on ? 1 : On remplit le carnet de commande.
Je suis quelqu'un qui croit aux carnets de commandes. Je suis le président qui essaie de remplir les carnets de commandes. 2 : Il a pointé du doigt d'une manière très juste !
C'est pas qu'ils ne sache pas faire, cet homme ! C'est qu'il est placé dans des conditions de concurrence déloyale. Puisqu'il peut avoir la meilleure technique du monde, s'il respecte la loi et qu'il paie correctement ses employés, il est confronté soit à des travailleurs détachés qui, eux, paient des cotisations dans leur pays d'origine, au point que parfois ce sont des français. 10% des travailleurs détachés sont des français.
Une honte ! Pas pour eux mais pour ceux qui utilisent cette méthode-là. Donc premièrement, la première tâche à faire, c'est l'harmonisation sociale et fiscale sur le vieux continent.
On peut prendre le problème par le bout qu'on veut, on n'y arrivera jamais si on ne fait pas cette harmonisation. ACC : Alors vous voulez...
JLM : Et ça, si les autres n'en veulent pas, nous nous ne voulons pas mourir. JLM : Et ça me permet de terminer, dernier élément, c'est le protectionnisme solidaire. C'est à dire qu'on ne laisse plus rentrer n'importe quelle marchandise du moment qu'elle coûte moins cher.
On regarde d'abord si on peut le produire nous-mêmes. Et c'est solidaire parce qu'on discute avec les autres ! ACC : Alors tout ça nous amène à l'Europe : vous voulez éventuellement quitter l'Union Européenne si vous n'arrivez pas à la changer, vous voulez aussi sortir de l'OMC, de l'OTAN et en même temps adhérer à l'alliance bolivarienne, c'est dans votre programme...
JLM : (rires) ACC : L'alliance bolivarienne a été crée par Hugo Chavez et Fidel Castro, les états observateurs sont la Syrie et l'Iran, quel intérêt les Français auraient-ils à s'allier avec ces régimes ? JLM : Bon, attendez madame, commençons d'abord par être sérieux ! JLM : Je ne propose pas de sortir...
ACC : C'est une proposition de votre programme ,que nous avons là. JLM : Oui-oui madame, bien sûr ! ACC : Proposition 62.
JLM : Mais vous ne tenez pas compte, là vous allez créer une ambiance extrêmement malsaine, Les gens vont croire des choses qui ne sont pas. Il s'agit pour moi...
Je vais d'abord répondre sur l'Union Européenne, c'est extrêmement important. GB : Brièvement, parce que ce qui nous intéresse c'est l'alliance bolivarienne. ACC : L'alliance bolivarienne intéresse beaucoup de monde.
JLM : Ah c'est l'alliance bolivarienne. Je ne savais pas que le Venezuela et les autres pays de l'alliance bolivarienne...
Parce que vous citez deux pays pour faire peur aux gens, la Russie et l'Iran, qui sont dans des coalitions mondiales dans lesquelles la France se trouve ACC : Ces pays sont dans la liste...
JLM : Non madame, ce sont des observateurs ! Les membres de l'ALBA, ce sont des pays du coin. Alors je viens sur le fond.
L'ALBA est une organisation de coopération. Je suis partisan du fait que les territoires d'outre-mer français, et en particulier ceux des Caraïbes et de la Guyane, s'insèrent dans l'économie de leur région. Mais par cohérence intellectuelle, je ne vais pas leur demander d'aller se mettre dans le MERCOSUR qui est une espèce de super Union Européenne et qui est en compétition avec nous les Français.
Donc je leur propose d'aller dans cet organisme-là, mais parmi d'autres ! Il y en a d'autres, savez-vous que nous sommes membres d'une association caribéenne dans laquelle, madame, il y a Cuba ! Vous vous rendez compte ?
Et apparemment, aucun d'entre vous n'a l'air d'être dérangé par le fait que tous mes concurrents sont d'accord pour continuer le comité de coordination qui existe aujourd'hui sur le plan cultur...
JLM : [inaudible] avec le Qatar et l'Arabie Saoudite GB : Oui mais eux ne veulent pas sortir de l'OMC, de l'Union Européenne, pour adhérer à une alliance avec ces deux pays qui ne sont pas des parangons de démocratie ! JLM : Mais non, mais arrêtez, mais ce n'est pas vrai ! Je ne propose pas de sortir de l'Union Européenne pour aller adhérer à l'ALBA mais vous n'y connaissez...
Ecoutez, franchement vous me désolez ! Ce n'est pas ce que je propose. Mais arrêtez de brasser mon texte !
GB : Mais je le lis fidèlement ! JLM : Oui...
JLM : Mais je ne propose pas de sortir...
L'ALBA concerne juste les pays d'Amérique latine, monsieur ! La France est présente en Chine, en Asie, dans toute l'Europe ! Comment pouvez-vous faire pour me croire assez stupide pour avoir une idée pareille ?
Franchement ! JLM : Vous croyez que je suis moins intelligent que vous ? ACC : Vous avez clarifié votre position ce soir.
JLM : Mais je vous demande de bien comprendre. Il faut arrêter de créer des problèmes qui n'existent pas. JLM : L'ALBA est une des organisations - en plus elle marche pas très bien si vous voulez tout savoir...
GB : Ah ben non. Ah, ben oui. Alors c'est au point que ça se discute de savoir dans quelles conditions on irait là-dedans.
Non mais tous ceux qui vont avoir affaire à moi vont avoir affaire à une négociation. Alors l'ALBA, le comité des Caraïbes, nous avons demandé, nous la France - Pas moi hein ! Mes prédécesseurs - ont demandé que les îles des Caraïbes françaises puissent participer à une autre association caribéenne qui est liée au Commonwealth, donc vous voyez, il y a des choses qui sont en route !
Mais de grâce, ne rabougrissons pas le débat ACC : Justement, on va passer à autre chose...
JLM : en le rendant caricatural. ACC : On va passer à autre chose et notamment des questions qui font débat au sein de la société française. ACC : Ce sont des questions de principe, nous vous demandons d'y répondre par "Oui" ou par "Non".
JLM : Ah, ben oui. ACC : Faut-il légaliser le cannabis ? JLM : Ah ben si on veut le combattre oui, parce que sinon on ne peut même pas le faire.
Et puis surtout, il faut éradiquer le trafic, commencer à le combattre parce que c'est dangereux, hein. Donc il faut le combattre et pour le combattre il faut le légaliser. J'ai pas dit "dépénaliser" : légaliser.
Comme ça nous allons tuer le trafic et pouvoir commencer à lutter sérieusement, parce qu'aujourd'hui ce qu'on fait ne sert à rien. Ça crée un travail pour la police absolument fou, et ça a généré une pègre qui vit de ça. Donc si on veut en finir, il faut assécher le bocal.
Alors des fois je sais que c'est un peu choquant, hein. Mais regardez la prohibition aux Etats-Unis, ACC : On avait dit une réponse courte ! JLM : on a dit on arrête [transcription incertaine] de commencer à boire, bon.
GB : Faut-il, monsieur Mélenchon, légaliser le vote blanc ? JLM : Oui GB : Le reconnaître ? JLM : Oui.
Parce que pour ma part, je suis pour le vote obligatoire, je considère que quand on est citoyen, on doit honorer sa responsabilité. Alors évidemment que si vous faites le vote obligatoire, il faut faire le vote blanc ET le reconnaître. C'est à dire qu'on doit mettre dans la loi électorale que si dans une élection aucun candidat n'a recueilli un niveau que l'on évaluerait...
Je sais pas moi, 30 ou 40 % des suffrages ? Eh bien l'élection recommence et ceux qui étaient là la fois d'avant ne s'y présentent pas. Il faut reconnaître le vote blanc et il faut lui donner du pouvoir.
Voilà. ACC : Faut-il aller plus loin sur la question de l'euthanasie et légaliser le suicide assisté ? JLM : Alors c'est une question très philosophique qui est au-delà des clivages politiques.
Chacun d'entre nous a des idées différentes sur la question. Mais moi je suis pour, en effet, car je suis pour que l'être humain soit maître de lui-même, jusqu'au bout et en toutes circonstances. C'est pourquoi je n'ai pas voulu, vous savez comme on dit, "euphémiser".
On arrange la phrase pour pas que ça fasse peur. Non, j'ai mis "Le suicide assisté" Alors évidemment, ça ne veut pas dire que les gens seraient obligés de se suicider hein, c'est bien compris mais enfin je me méfie. Mais en attendant c'est une liberté fondamentale, rester maître de soi.
De même que je voudrais mettre également dans la Constitution le droit à l'IVG, parce que je trouve qu'on n'a pas à remettre ça en cause à chaque élection et le corps d'une femme appartient à cette femme. Et à personne d'autre. GB : Faut-il, monsieur Mélenchon, interdire les signes religieux ostentatoires dans la rue ?
JLM : Ah ben si on pouvait ça nous ferait de l'air à tous. Mais ça voudrait dire qu'on serait comme en Iran avec une police des vêtements, vous imaginez le tableau ? Des policiers en train d'aller mesurer la longueur d'un foulard, la longueur d'une jupe...
Enfin tout ça est grotesque. Donc il y a la séparation de l'Etat et des églises, - donc la laïcité absolue, hein - dans tout les services publics et tout le fonctionnement de l'Etat, et naturellement à l'école. Et puis après, les gens s'habillent comme ils veulent !
Alors après c'est une deuxième bataille qui commence. Personnellement, je suis contre tous les signes de soumission des femmes aux hommes. Et clairement, ces attiferies sont destinées à ça, à manifester cette soumission.
Alors on a...
Là ce n'est plus la Loi qui prend le relais, c'est la discussion personnelle. Bon. Moi j'ai des amies qui pratiquent la religion, toutes ne mettent pas des foulards mais on discute !
Et je leur dis : "Bah t'as tort, parce que tu te rends pas compte du mal que tu fais en faisant ça". Bon, c'est une discussion humaine normale. Mais par pitié, plus de gens montrés du doigt, plus de cette ambiance pourrie qui ne fait que parler de religion du main au soir alors que les Français c'est pas leur sujet.
ACC : Petite question personnelle : Vous voulez être candidat, enfin vous voulez être président de la République, quelle est votre principale qualité et votre point faible ? JLM : Oh, pour se trouver des qualités il faut se regarder vivre et être un peu imbu de soi. Bon, je pense que j'en ai puisqu'un certain nombre de gens m'apprécient, alors demandez-leur à eux, hein.
Voilà. ACC : Pareil pour le point faible ? Le point faible si, ça je les vois.
Parce qu'on est tous pareils, on voit d'abord nos points faibles. Je suis terriblement gourmand, ce qui est une grande erreur quand on fait des campagnes...
GB : Péché capital ! JLM : Véniel, véniel GB : Si vous êtes élu président de la République, ceci sera votre bureau, l'Elysée, est-ce que vous comptez également y habiter ? JLM : Je ne pense pas.
Ou, du moins, aussi peu que possible. Lorsque j'étais ministre de l'enseignement professionnel, j'étais logé dans le Ministère. C'est une des périodes les plus glauques que j'ai vécues sur le plan personnel.
Parce que descendre de l'étage pour aller retourner au travail, jamais aucun contact avec personne...
Voilà, moi j'aimerais continuer à vivre là où je vis, être présent à l'Elysée, et y être si vous voulez en payant ma quote-part. C'est-à-dire que j'ai pas besoin qu'on me fasse de faveur. D'abord j'ai pas besoin de mètres carrés et de mètres carrés, alors là où je serai je veux bien payer mon électricité, mon eau, comme tout le monde et...
Bon, voilà, moi j'ai une idée de la vie assez simple et je n'ai pas l'intention d'en changer. ACC : Merci, pardon de vous couper, nous sommes en temps d'égalité de temps de parole, merci beaucoup en tout cas, demain dans ce fauteuil nous recevrons Philippe Poutou. Merci à vous, à demain.
JLM : Vous lui direz bonjour de ma part. GB : Nous n'y manquerons pas. Bonne soirée à vous !
Jean-Luc Mélenchon