L'influence américaine dans les organisations internationales (1/4)
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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« « La France ne le sait pas mais nous sommes en guerre avec l'Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. » »
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« « Des documents déclassifiés du gouvernement américain montrent que la communauté du renseignement des États-Unis a mené une campagne dans les années 1950 et 1960 pour favoriser l'unification européenne. » »
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« « Nous avons fermement soutenu le projet européen, son achèvement, ainsi que l'Union Européenne. De notre point de vue, la poursuite du succès de la construction européenne est importante. » »
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« « Toutes les nouvelles démocraties de l'Europe, de la Baltique à la mer Noire, et toutes celles qui se trouvent situées entre les deux doivent avoir la même chance pour la sécurité, la liberté, et la même chance de rejoindre les institutions européennes. » »
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Je me félicite du grand nombre d'entre vous qui êtes là, puisque nous ne sommes pas en campagne électorale. Il s'agit d'un après-midi, d'un dimanche. Vous pourriez être chez vous à regarder une série américaine sur TF1. Eh bien non ! Vous avez préféré venir, écouter une conférence, de nature politique, qui, par ailleurs, va s'attaquer à un certain nombre de tabous de la pensée.
En ces jours où tout le monde n'a plus à la bouche que le mot de liberté d'expression, je vais ici faire une conférence qui a plusieurs chapitres, sept ou huit ou neuf je ne sais plus, et qui va, vous allez voir, traiter de sujets qui ne sont jamais abordés, ou pratiquement jamais sur justement les télévisions, les grands médias, les grandes radios, les grands journaux. Un petit peu sur certains journaux, par exemple des journaux du style Le Monde diplomatique. Mais les grandes télévisions, celles qui formatent l'opinion publique française, les grandes radios, ceci n'y a jamais, jamais accès.
Et lorsque vous commencez à formuler des questionnements, ce qui a été, je rappelle quand même, la quintessence de la civilisation européenne, car si l'Europe a apporté quelque chose au monde, à partir de la Renaissance, à partir de la découverte de l'esprit scientifique qui s'est opposé aux dogmes, à l'esprit dogmatique, c'est la faculté de se remettre en cause et de formuler des doutes sur tout ce qui est annoncé. C'est la quintessence même de l'esprit européen.
Ça a été la grande innovation de cette civilisation, de l'Europe, à partir du XVIe siècle, à partir de la révolution copernico-galiléenne comme on a dit, c'est-à-dire : être capable, quoi qu'il puisse en coûter, de remettre en cause ce que l'on vous dit pour poser des bonnes questions. C'est ça. Eh bien justement c'est ce que nous essayons de faire, et je conclurai cette petite introduction en vous rappelant cette belle citation du philosophe allemand Emmanuel Kant qui disait : « Si tu te comportes comme un ver de terre, ne t'étonne pas que l'on t'écrase ». Donc nous, nous ne sommes pas là pour nous comporter comme des vers de terre.
On est là pour se comporter comme des femmes et des hommes citoyens d'un pays libre. La France c'est le pays des hommes libres, des hommes et des femmes libres : France. Eh bien on va essayer de s'en tenir à cette vocation de notre pays quoi qu'il puisse nous en coûter, et même si cela ne plaît pas, et on va d'ailleurs prendre au mot, eh bien, ceux qui nous parlent de liberté d'expression. Alors l'influence américaine dans les organisations internationales. Après 14 années passées à l'Élysée, quelques semaines avant de mourir, François Mitterrand livra son testament politique aux Français.
C'est une citation que je cite souvent dans un certain nombre de mes conférences, et dont je ne me lasse pas, à vrai dire : « La France ne le sait pas mais nous sommes en guerre avec l'Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde... C'est une guerre inconnue, Une guerre permanente, sans mort apparemment, et pourtant une guerre à mort ». Cette phrase tirée des propos de Mitterrand a été prononcée par l'ancien président de la République quelques semaines avant qu'il meure.
Il avait passé 14 années à la tête de l'Etat à l'Élysée. Aucun président de la République française avant lui, et sans doute aucun après lui, n'a réalisé cette performance de rester 14 ans à l'Élysée. Ça n'était jamais arrivé dans l'Histoire. Il y est arrivé. Donc, au bout de 14 ans, il savait quand même a priori de quoi il parlait. Ou alors il était bon à mettre au cabanon. C'est dommage pour quelqu'un qui avait le feu nucléaire sous les doigts et qui pouvait envoyer une bombe nucléaire. Il a fait ces confidences à Georges-Marc Benamou, journaliste au Nouvel Observateur à l'époque.
Et ça a été publié dans un livre qui s'appelle « Le dernier Mitterrand » chez Plon qui a été publié en janvier 1997. Nous serions dans une démocratie normale, dans un pays normal, on devrait à ce moment-là avoir des colloques, des débats sur cette espèce de testament politique, comme il y a eu, vous savez peut-être, le testament politique de Colbert, etc. Quand il y a un homme qui, au seuil de la mort, un peu comme si finalement il n'avait plus peur, de dire la vérité, la quintessence de ce qu'il avait appris étant arrivé à la tête de l'État. Il n'avait plus peur, puisqu'il était atteint, comme vous le savez, d'une maladie incurable. Il était tout à fait dans ses derniers instants.
Il nous a livré ceci pour le méditer. Alors on va voir un peu en quoi consiste cette guerre économique, cette guerre permanente, cette guerre vitale, cette guerre inconnue. Il a utilisé d'ailleurs toute une série d'adjectifs, pour essayer de cerner un phénomène qui n'est pas clair. Ce dont nous pensons toujours, nous, quand on parle de la guerre, on pense toujours à ce qu'a été la guerre échafaudée, le droit de la guerre, à partir du Moyen Âge. Vous savez qu'au Moyen Âge, il y avait ce que l'on appelait l'esprit chevaleresque. C'était pas tout le monde qui faisait la guerre, et la guerre obéissait à des règles.
L'Église, d'ailleurs, avait progressivement interdit toute une série de jours où on n'avait pas le droit de faire la guerre : on n'avait pas droit de faire la guerre le samedi, le dimanche, on n'avait pas le droit de faire la guerre pendant l'Avent. Avant Noël. On n'avait pas le droit de faire la guerre pendant le Carême, pas pendant Pâques, et puis à un moment, on n'avait plus droit faire la guerre le lundi ni le vendredi, donc finalement la guerre ce n'était plus que le mardi, mercredi, jeudi. Eh oui, mais faut le savoir. Et puis la guerre ça se déclarait, et puis avec des mois entiers où l'on ne pouvait pas faire la guerre.
Parfois on vous parle de la guerre de Cent Ans, mais les gens oublient qu'il y avait des périodes de guerre et des périodes de paix, dans cette période. Et puis il y avait aussi ces précisions. C'est que l'on ne faisait pas la guerre par traîtrise. On respectait une déontologie, une éthique, fondée notamment sur les évangiles. Donc c'était un mélange à la fois de cruauté et de foi, et de croyance, donc la guerre ça se déclarait. On ne prenait jamais les gens en traître. On savait qu'on était ou non en état de belligérance.
Alors tout ceci a été codifié, comme vous le savez, à partir du XVIIe siècle notamment par un juriste néerlandais, Hugo van Groot, qui écrivait en latin donc on l'a appelé Grotius, et qui a été le père fondateur du droit international, qui est un droit où, progressivement, les nations développées, les nations civilisées, et c'est-à-dire en fait les nations d'Europe qui, pour les raisons que je vous ai indiquées à l'instant même, se posaient des questions, remettaient en cause, doutaient de ce qu'elles devaient faire... Eh bien progressivement ces nations ont échafaudé un droit international qui s'imposerait aux nations, qu'elles devraient respecter en toute circonstance.
Évidemment un sujet très compliqué puisque, à la différence du droit pénal ou du droit civil ou des droits dans une nation, il y a une autorité. C'est l'État qui fait obéir les gens, normalement, qui les fait respecter la loi. Mais là il s'agit de bâtir une loi internationale. Mais qui va faire respecter une loi entre les nations ? Puisqu'il n'y a pas un État au-dessus. Donc ça a été un des grands questionnements, avec l'élaboration d'un droit international, avec l'élaboration du droit des traités, et puis on va le voir au XXe siècle avec l'essai de faire des organisations supranationales. L'Organisation des Nations Unies qui essaye tant bien que mal de faire respecter le droit.
Mais dans la charte des Nations Unies, on y reviendra à tout à l'heure, il est précisé que ceci ne peut fonctionner qu'à la condition que les pays agissent de bonne foi. Alors, la question bête : qu'a donc découvert François Mitterrand après les 14 années passées à la tête de la France ? On va essayer d'en voir un certain nombre de chapitres, avec vous, pour cette conférence. La première chose c'est l'influence américaine sur la construction européenne. J'envoie ceux qui sont intéressés par le sujet sur ma conférence qui s'appelle « Qui gouverne la France ? » dont j'ai extrait ici quelques planches.
Également sur une autre qui n'est pas encore enregistrée dans sa dernière version mais qui s'appelle : « Les origines cachées de la construction européenne ». Sur lesquelles je pense que, si le sujet vous intéresse, vous devriez vous contacter. Donc j'en reviens à cet article du Daily Telegraph, un grand journal britannique conservateur, mais un des journaux les plus sérieux du monde, qui dans son article du 19 septembre 2000, un article du journaliste britannique d'investigation Ambrose Evans-Pritchard, a appris que des documents déclassifiés par l'administration américaine avaient été à l'été 2000 rendus publics.
Car comme vous le savez il y a des lois aux États-Unis qui imposent notamment que les documents secret défense, pas les très très secrets, qui eux peuvent rester encore plus secrets, mais les documents confidentiels ou secret défense doivent être rendus publics à peu près 30 ans après les événements. Donc, il y a eu un journaliste d'investigation britannique, Ambrose Evans-Pritchard, qui a fait cet article, en disant : « Des documents déclassifiés du gouvernement américain montrent que la communauté du renseignement des États-Unis a mené une campagne dans les années 1950 et 1960 pour favoriser l'unification européenne. Celle-ci finança et dirigea le Mouvement fédéraliste européen.
Les dirigeants du Mouvement européen : Retinger, le visionnaire Robert Schuman, l'ancien Premier ministre belge Paul-Henri Spaak — il l'a trouvé nommément cité dans les documents déclassifiés — étaient tous traités comme des employés par leurs parrains américains. Le rôle des États-Unis fut tenu secret.
Et l'argent de l'ACUE, c'est-à-dire American Committee for United Europe, le Comité Américain pour une Europe Unie — nous, il faudrait qu'on fasse un comité européen pour l'ensemble des Amériques unies puis demander que le Mexique, que Cuba, le Venezuela fusionnent avec les États-Unis — L'argent de l'ACUE provenait des fondations Ford et Rockefeller, ainsi que de milieux d'affaires ayant des liens étroits avec le gouvernement américain. Paul Hoffman, directeur de la Fondation Ford et ex-officier de l'OSS, — L'OSS c'est le prédécesseur de la CIA. Vous savez que le nom a changé après la Seconde Guerre mondiale — fut également à la tête de l'ACUE à la fin des années 1950.
Le Département d'État jouait aussi un rôle. Une note émanant de la Direction Europe datée du 11 juin 1965, conseille au vice-président de la Communauté Économique Européenne, Robert Marjolin, de poursuivre de façon subreptice, — c'est-à-dire en catimini — l'objectif d'une union monétaire. Elle recommande d'empêcher tout débat, jusqu'au moment où l'adoption de telles propositions serait devenue pratiquement inévitable ». Alors ça si c'est pas une influence, si c'est pas un complot, si ça n'est pas une organisation délibérée, voulue par un État, pour organiser ça pour le compte de l'Europe, qu'est ce que c'est ?
Alors ça fait un certain nombre d'années que je parcours la France en montrant ceci, alors dans un premier temps les gens n'ont pas réagi. Enfin « les gens »... Les services de renseignement qui nous suivent... D'ailleurs je souhaite la bienvenue à celui qui doit être ici en ce moment, en train de prendre des notes. J'espère que ça lui ça lui servira pour sa carrière de citoyen personnel. Mais il y a des gens quand même qui sont venus, et qui m'ont dit : « Oui mais finalement, Ambrose Evans-Pritchard c'est pas très sérieux ». C'est pas vrai, c'est l'un des journalistes les plus sérieux du Royaume-Uni, donc du monde, puisque, la presse britannique...
Les journalistes britanniques ont une autre déontologie que les pays d'Europe du Sud. Bien. Donc des gens ont dit : « Finalement, qu'est-ce que vous en savez de tout ça ? » Évidemment, parce que ça c'est une façon toujours de récuser. « D'où est-ce que vous nous dites là ? (Grommellements) » Alors, eh bien qu'est-ce qu'on a fait ? On a pris notre canne et notre chapeau et on s'est adressé aux États-Unis d'Amérique, au Département d'État, on a dit : « On voudrait avoir la note du 11 juin 1965 ». Les gens m'ont dit : « On l'a cherchée. Ça n'existe pas ». J'ai même eu ça. On a vu des gens qui nous ont attaqués : « Cette note n'existe pas ». Elle n'existe tellement pas que la voici !
Nous l'avons obtenue du Département d'État américain. Ça c'est le scan de l'original en anglais. Vous pourrez aller trouver tout ceci sur notre site internet : upr.fr, j'en profite. Faut bien chercher, vous tapperez « Marjolin », etc. C'est effectivement une réunion qui s'est tenue le 11 juin 1965, dont voici en effet le scan. Qui a été rendue publique, avec ici, un des passages intéressants, et qui est en anglais, tout ça figure sur notre site, et on y voit que M. Mann, y avait Robert Marjolin qui était le vice-président de la CEE de l'époque. Et il est là seul, et il parle devant quatre personnes.
Il y a le responsable, une espèce de sous-secretaire d'État, de mémoire, il y a le responsable Europe, il y a le responsable France, et puis un quatrième personnage, donc il est qui là, et, toute la lecture de cette note est assez pénible parce qu'on voit, Robert Marjolin c'est un français hein ; il est à l'époque vice-président de la CEE, on est en 1965, on voit qu'il est là, et qu'il est à peu près convoqué ! Et obligé de rendre des comptes à ses mentors. « M. Mann pose la question de l'union monétaire dans le marché commun. — Ça, c'est donc l'américain. — M.
Marjolin déclare qu'on l'envisageait mais il fait remarquer qu'une fois que la communauté aura une politique agricole commune, les six formeront une union monétaire à des fins pratiques. M. Mann fait observer que bien sûr ces politiques, ainsi que l'harmonisation fiscale, contribueront à ce développement.» On croit rêver... C'est quand même un type qui donne des ordres, c'est un donneur d'ordres. M. Marjolin est un Français, et il répond à un chef de bureau qui s'occupe des questions françaises. «M. Marjolin fait référence à l'unité de compte, qui sera utilisée dans les prix agricoles et qui maintiendra la stabilité des prix dans les États de la Communauté.
[...] C'est pourquoi la question est de savoir s'il doit y avoir des propositions monétaires ou si l'on doit attendre jusqu'à ce que les autres politiques entrent en vigueur. Il dit craindre qu'il n'y ait des résistances... ». Il vient de rendre compte à ses commanditaires, hein ! M. Marjolin le Français vient rendre compte aux Américains en disant : «Je crains qu'il y ait des résistances pour cette monnaie européenne. Qu'il y ait des résistances aux propositions monétaires à présent. C'est pourquoi il lui paraît préférable d'attendre que l'adoption de ces propositions devienne pratiquement inéluctable». On retrouve effectivement les termes mêmes de l'article d'Ambrose Evans-Pritchard.
« M.Schaetzel [qui est un autre Américain] évoque un document qui avait été émis par le centre de Bologne, dont la thèse était que l'union monétaire arriverait dans le droit fil de la dynamique inhérente au traité de Rome. De ce fait, en accord ce qui semble avoir été la politique des rédacteurs du traité de Rome, ces décisions pourraient être reportées jusqu'à ce qu'elle soient devenues inévitables." J'ajoute par ailleurs que tout ceci a été rédigé, tapé, et que très probablement, parce que je connais la musique, j'ai été aussi dans les ministères, quand il y a ce genre de réunion très confidentielle, on évite quand même de mettre des traces trop précises. Hein donc on fait des...
On dit pas : « Voilà ! M. Mann a donné instruction à ». On va pas écrire les choses comme ceci. Donc vous voyez l'instruction qui est claire des États-Unis d'Amérique de pousser les Européens à avoir une union monétaire. Et, comme je l'ai dit souvent il n'y a pas besoin d'aller rechercher d'ailleurs les documents confidentiel défense déclassifiés de l'administration américaine pour savoir ce qu'il en est quant à la constitution européenne par exemple. Qui est-ce qui a eu le premier l'idée d'une constitution européenne ?
Eh bien je vous renvoie au numéro 136 de Paris Match du 27 octobre 1951, page 18, où vous avez un entretien, en exclusivité mondiale s'il vous plaît, du général Eisenhower, à l'époque il est à la tête du chef, c'est-à-dire prédécesseur de l'OTAN, Nous sommes en 1951. Eisenhower sera élu président des États-Unis d'Amérique en 1952. Et donc vous avez ce document que voici : l'entretien avec le général Eisenhower dont je vous ai fait un scan. Question du journaliste français de Paris Match : « Que pensez-vous de la fédération européenne ? ».
Réponse du type à la tête de l'OTAN, des armées américaines en Europe occidentale : «Rien ne pourrait nous être plus agréable que d'apprendre que les États d'Europe occidentale ont décidé de se réunir dans une ville d'Europe, disons à Luxembourg, des délégués responsables avec le mandat de rédiger l'acte constitutionnel de l'Europe, de désigner la capitale et cetera, et qu'à partir du 1e janvier l'Europe occidentale fonctionnera comme une fédération. Aucune décision ne pourrait mieux nous aider dans la tâche que nous poursuivons ».
Quand vous dites ça, — l'autre fois j'étais invité, bon une fois, comme vous le savez, j'avais été invité à "On n'est pas couché" — je répondrai aux questions pour ceux d'entre vous, tout à l'heure, qui souhaitent avoir le dessous des cartes, je signale quand même que dans cette émission, 60% de ce que j'ai dit a été supprimé au montage. Car c'était une émission qui était enregistrée, ce n'était pas du direct... Après il y a des gens qui m'ont dit : « Alors, Président, vous n'aviez pas la forme. Pourquoi vous n'avez pas répondu ? » Je leur ai dit : "Si, j'ai répondu, mais ça a été coupé !" C'est ça la liberté d'expression quand on fait défiler les gens dans les rues.
Moi on m'avait dit que c'était enregistré dans les conditions du direct, mais on ne m'avait pas dit que c'était pas diffusé dans les conditions du direct. Bref, vous avez vu que j'avais été attaqué par Mme Léa Salamé qui me traitait bien entendu de conspirationniste. C'est-à-dire que sortir les preuves, absolument matérielles, tangibles... Vous êtes un conspirationniste. Désormais le mot conspirationnisme est devenu une espèce de fatwa. On fulmine une excommunication pour rester dans le monde du christianisme. Et vous êtes tétanisé, vous n'avez plus le droit de rien dire. Maintenant, et c'est depuis ce plus en plus grave. Vous voyez d'ailleurs que ça devient de plus en plus grave.
On aura peut-être l'occasion au moment des questions de parler des événements tragiques qui se sont déroulés en France, mais on ne peut même plus évoquer la moindre interrogation si on sort de la pensée obligatoire, du slogan obligatoire, c'est que vous êtes quelqu'un de suspect, et je reviendrai d'ailleurs là-dessus à la fin de cette présentation, puisque c'est une véritable stratégie développée par les États-Unis d'Amérique. Bon alors, il n'y a pas que Eisenhower... Qui a demandé fermement l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne ? Qui a dit : «Je suis ferme dans mon soutien à la candidature de la Turquie.
Je crois très fermement que l'une des quatre ou cinq questions pour cette partie du monde est de savoir si la Turquie deviendra un partenaire de plein droit de l'Union Européenne » ? La réponse : il s'agit du président américain William Clinton, Bill pour les intimes dont vous êtes... Ça c'est une présentation des médias, ça fait partie du décorum. Le président des États-Unis dans une conférence de presse à Ankara, le 15 novembre 99, à l'issue de son entretien avec le président de Turquie, Süleyman Demirel. C'est la dépêche AFP du 15 novembre 1999, 15h35 pour ceux d'entre vous qui voudraient faire des recherches, ce à quoi je les invite ! Je suis là pour montrer mes sources.
Et d'ailleurs le président Clinton disant : «Je continuerai à m'en faire l'avocat». Nous nous sommes — je fais ici un petit aparté — notre mouvement politique, quand on nous interroge sur l'entrée de la Turquie dans l'UE, — vous savez, c'est d'ailleurs une espèce de brûlot qu'on agite dans la population. Il y a ceux qui disent : « Ah non ! On va pas avoir des Arabes dans l'Union Européenne ! ». Ils ne savent d'ailleurs même pas que les Turcs sont pas des Arabes. Pour eux les Arabes, c'est les musulmans. « Surtout pas ! ». Vous voyez qui je vise. Vous avez la droite, l'extrême-droite. Vous avez le Front National.
Vous avez alors la gauche qui dit : "ah si si c'est très bien, ça va favoriser une espèce d'islam laïc", etc. Nous on ne dit pas ça. Nous on dit : pourquoi est-ce que la Turquie devrait-elle entrer dans l'Union Européenne et pas la Russie ? Qui en a décidé ? À quoi ça correspond ? Quel est l'objectif poursuivi ? Alors là, y a plus personne. Tout le monde aux abris ! La famille Le Pen, le père, la grand-mère, la petite-fille etc, les premiers ! Eh oui, parce que se poser cette question, c'est poser la quintessence de la construction européenne. Je rappelle que la Turquie fait partie de l'OTAN depuis 1955.
Nous, nous disons que la construction européenne vise à faire coïncider autant que faire se peut, si on excepte les quelques pays neutres, comme la Suède, ou l'Autriche depuis les années 50, mais à part les quelques pays neutres, les États-Unis d'Amérique veulent faire coïncider le périmètre de l'UE avec celui de l'OTAN. Il s'agit d'une entreprise de vassalisation dont les deux faces sont militaire et civile. Que l'objectif est de repousser la Russie au plus profond de l'Eurasie. Que l'objectif est également de surveiller le Moyen-Orient. Voilà pourquoi les États-Unis veulent faire entrer la Turquie dans l'UE et qu'il n'est absolument pas question que la Russie puisse y entrer.
Donc nous disons : « Ça ne nous concerne pas. Ça nous concerne quand même parce que, depuis maintenant sept ou huit ans, l'Union Européenne a versé 6 milliards d'euros de fonds, dits de mise à niveau, à la Turquie pour son entrée dans l'Union et comme les Français en paient un sixième, en gros, ça veut dire que les Français ont été taxés de 1 milliard ! 1 milliard d'euros qui ont été versés à la Turquie ! Pourquoi pas me direz-vous... Moi je préférerais qu'ils fussent versés à des pays dont nous sommes plus proches, et qui sont plus pauvres, et je pense en particulier aux pays de la francophonie.
Mais ce que je note c'est que les Turcs ne savent pas plus que les Français, que la France [FA voulait dire UE AMHA] a versé 6 milliards d'euros. Puisque les Français ne le savent pas et les Turcs non plus. Les Turcs on leur présente que c'est l'Europe avec le drapeau de la sainte vierge, bleu aux étoiles d'or, qui va les accueillir. Donc c'est fait pour, il a été monté une mécanique qui permet de prendre de l'argent aux peuples d'Europe. Et ils n'en sont même pas bénéficiaires, de leur générosité. Ils font ça pour compte d'autrui. C'est-à-dire pour une puissance qui tire les ficelles par-derrière, et dont l'objectif est de faire coïncider le périmètre de l'Union et celui de l'OTAN.
Qui a invité officiellement l'ensemble des pays de la Baltique à la mer Noire à rejoindre l'OTAN et l'UE ? Qui a dit : « Toutes les nouvelles démocraties de l'Europe, de la Baltique à la mer Noire, et toutes celles qui se trouvent situées entre les deux doivent avoir la même chance pour la sécurité, la liberté, et la même chance de rejoindre les institutions européennes. Toutes les nations devraient comprendre qu'il n'y a aucun conflit entre l'appartenance à l'OTAN et l'appartenance à l'UE » ? Est-ce que c'est le chancelier allemand, est-ce que c'est le président de la République française ?
Eh bien non pas du tout, comme vous le savez peut-être si vous avez déjà vu une partie de cette conférence dans d'autres, eh bien, il s'agit du président George W. Bush, président des États-Unis, dans son discours à l'université de Varsovie le 15 juin 2001, où il disait : « Nous faisons bon accueil à une Europe vraiment unie ». Normalement, on serait un état normal, un état souverain, on aurait rappelé notre ambassadeur à Washington, pour consultation comme on dit. On aurait émis une protestation en disant : « En quoi est-ce que ça vous regarde ? » Imaginez ce qu'aurait fait De Gaulle !
Mais tous les pays de l'UE en question sont tellement soumis et vassalisés que, lorsque vous avez le patron qui dit : « Voilà ! Il va falloir vous marier maintenant avec dix États de l'est », personne ne moufte. Je ne suis pas plus hostile aux pays de l'Est que je l'étais à l'instant avec la Turquie. Mais quel est l'objectif ? Toujours le même ! D'ailleurs, tous ces pays sont entrés dans l'OTAN avant d'entrer dans l'UE, toujours dans cet objectif de refouler la puissance russe.
Alors je l'ai déjà expliqué ailleurs, je ne vais pas ici m'y étendre, il s'agit de la stratégie qui a été élaborée par les États-Unis d'Amérique et notamment qui a été théorisée par Zbigniew Brzezinski et qui est un Américain d'origine polonaise, qui a été conseiller diplomatique du président Carter, puis du président Obama. — il est insubmersible — et, qui a écrit un ouvrage qui s'appelle « Le grand échiquier », « The great chessboard » en américain, que vous pouvez aller lire en traduction française, où il explique très exactement quelle est la stratégie des États-Unis, pour refouler... D'ailleurs on ne peut pas comprendre la crise ukrainienne en ce moment si on ne comprend pas ça.
C'est la même chose. l'Ukraine va entrer dans l'OTAN et dans l'Union Européenne — c'est ça qu'ils veulent — pour progressivement empêcher quoi ? Empêcher qu'il puisse y avoir une grande puissance qui puisse empêcher les États-Unis de dominer le monde. C'est ça le truc. De la même façon, on verra tout à l'heure pourquoi ils s'attaquent à la Chine, pourquoi à la Russie. C'est parce qu'il s'agit d'être le premier, de diriger la planète entière ! Qui a appelé les Français à voter oui à la constitution européenne en 2005 ? Qui a dit : « Nous avons fermement soutenu le projet européen, son achèvement, ainsi que l'Union Européenne.
De notre point de vue, la poursuite du succès de la construction européenne est importante » ? La réponse : c'est Mme Condoleeza Rice, votre amie, qui était à l'époque secrétaire d'État américaine. Elle était à Vilnius, elle rencontrait le président Valdas Adamkus, président de la république de Lituanie, à Vilnius. Et, c'était le 21 avril 2005. Allez voir la dépêche AFP. Ça contrevient à toutes les règles diplomatiques. C'est de l'ingérence dans les affaires intérieures d'un État, qui plus est, dans un État tiers... On croit rêver. Là aussi personne n'a protesté en disant à Mme Condelooza Rice qu'elle se mêle de ce qui la regardait. Elle aurait répondu : « Bien c'est justement ça ! ».
En attendant, Peut-être que parmi vous, certainement, il y a des gens qui pensent peut-être que j'exagère, des gens qui ont peut-être voté oui à la constitution européenne en 2005, comme ils avaient peut-être voté oui en 1992. D'ailleurs, dans notre mouvement politique, nous en avons pas mal ! Des gens qui ont voté oui en étant victimes des slogans, c'est-à-dire en se disant : « je vais construire l'Europe pour faire contrepoids aux États-Unis », c'est ce qu'on nous a expliqué... Mais nom d'une pipe !
Si la vocation de l'UE était de s'opposer aux États-Unis, de leur faire contrepoids, on se demande vraiment pourquoi ils auraient à la tête, que ce soit le président Clinton le général Eisenhower, Clinton, Bush, Mme Condoleeza Rice, etc. — je pourrais vous citer des citations toute la journée, jusqu'à la nuit basse tombée — On se demande vraiment bien pourquoi ils soutiendraient un projet qui aurait vocation à les affaiblir... Je vous renvoie — je n'ai pas le temps ici — à l'explication de ce mystère dans ma conférence : « Qui gouverne la France ? ».
François Asselineau