Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 5 décembre 2021 25 min

L'investiture de Valérie Pécresse, les meetings d'Eric Zemmour et de Jean-Luc Mélenchon... Le "8h30 franceinfo" de Pascal Perrineau

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Le 8.30 France Info sur France Info Radio et le canal 27 de la TNT. Bonjour Jean-Jérôme Bertolus. Bonjour, bonjour à tous. Notre invité ce matin, Pascal Perrineau. Bonjour à vous. Bonjour. Politologue, professeur à Sciences Po Paris. Alors, le deuxième tour du congrès du parti LR a désigné Valérie Pécresse. Elle a recueilli plus de 69 000 voix, c'est près de 61% des suffrages. Elle est la candidate LR à la présidentielle. On va écouter ses premiers mots juste après l'annonce des résultats.

0:28
Valérie Pécresse

Aujourd'hui, j'ai une bonne nouvelle, mes chers amis. La droite républicaine est de retour. La droite des convictions, la droite des sables, parce que la France ne peut plus se permettre d'attendre.

0:50
Présentateur

Pascal Perrineau, est-ce que Valérie Pécresse vous semble être une candidate de droite dangereuse pour Emmanuel Macron ?

0:58
Invité

Oui, pour plusieurs raisons. Si vous voulez, le grand défi pour la droite, d'abord, c'était de réussir son processus de choix. Personne ne s'attendait à ce que le processus soit réussi en septembre. Là, le processus, la première étape, est réussie. Et la droite, d'une certaine manière, revient de loin. Le deuxième élément, c'est de pouvoir s'inviter au premier tour en reconquérant l'électorat naturel de la droite qui est au fond les électeurs qui avaient voté Fillon en 2017. Or, pour l'instant, tous les candidats potentiels n'en contrôlent, et Valérie Pécresse, la première, n'en contrôlent que 50%.

Donc, il s'agit de reconquérir les électeurs qui, d'un côté, sont partis chez Emmanuel Macron, plutôt sur des thématiques de crédibilité économique, de réformes que la droite aurait pu faire et qu'elle n'avait pas faites. Et puis, ceux qui sont partis, et on en parle beaucoup plus, du côté d'Éric Zemmour et, dans un moindre degré, de Marine Le Pen. Donc, il faut tenir les deux bouts de la chaîne. Or, si vous voulez, sur le premier objectif, reconquérir les électeurs de droite partis vers Macron, elle a la crédibilité économique, la crédibilité gestionnaire, pour éventuellement envoyer des messages qui seront entendus par ses électeurs.

Et puis, on l'a vu dans la campagne, elle s'est droitisée, d'ailleurs, comme l'ensemble des candidats qui participaient à cette primaire fermée. Et là, maintenant, sur les terrains régaliens classiques, immigration, insécurité, des mesures fermes et très fermes, même si ça ne va pas jusqu'aux mesures qu'avait mises en avant son challenger Éric Ciotti. Donc, elle peut tenir les deux bouts de la chaîne. Et enfin, dernière remarque, elle est plus gênante pour le président que les autres candidats. Pourquoi ? Parce que c'est difficile pour le candidat Macron, qui joue beaucoup sur le thème du premier de la classe, du président brillant, du président sur plan.

Ah, là, il a affaire à quelqu'un qui est sorti des mêmes écoles que lui, qui a été à la tête, tout de même pendant de très nombreuses années, et qui est à la tête d'une des plus grosses, sinon la plus grosse région en Europe au plan démographique, qui a, même ses opposants le disent, n'a pas failli à la tête de cette région. Donc, une crédibilité, encore une fois. C'est du lourd, si vous voulez. Ce n'est pas Marine Le Pen. Et donc, pour Emmanuel Macron, c'est gênant. Et d'autre part, c'est une femme. Vous ne pouvez pas ajuster de la même manière les coûts en matière politique quand votre adversaire est une femme. Jean-Jérôme Bertolus.

Et précisément, vous dites tenir les deux bouts de la chaîne. C'est en fait, aujourd'hui, son principal défi, garder cette famille de droite unie d'Éric Ciotti et Xavier Bertrand ? Bien sûr. C'est le défi, d'ailleurs, que tous les leaders de droite ont depuis l'apparition du Front National. Ça a été le défi de Jacques Chirac. Ça a été le défi de Nicolas Sarkozy. Et c'est maintenant le défi de Valérie Pécresse. Alors, Nicolas Sarkozy, à un moment, a réussi. Souvenons-nous, en 2007, il réussit à entamer le pôle d'électeur de droite qui avait pu être séduit par Jean-Marie Le Pen. Jacques Chirac l'avait réussi également en 1995. Là, Valérie Pécresse peut le réussir.

Cependant, attention, aujourd'hui, elle est à 12% d'intention de vote, à peu près. Marine Le Pen est à 20. Marine Le Pen est remontée. Et donc, elle est tout de même à 8 points. Il va falloir refaire ce handicap. Et ce n'est pas une chose simple. Alors, justement, quelle est la recette ? Comment on fait Jacques Chirac ? Et effectivement, on s'en souvient également Nicolas Sarkozy en 2007. Alors, c'est à la fois développé. J'allais dire, la droite, elle a l'habitude d'être au pouvoir sous la Ve République. Elle se présente souvent comme une droite gestionnaire. Ce n'est pas naturel pour la droite presque d'être dans l'opposition.

Elle a une culture tellement gestionnaire qu'elle se dit, il faut qu'on revienne aux affaires. Donc, il faut montrer sa capacité, j'allais dire, sur la gestion des affaires. Et j'ai été frappé dans les débats d'entendre une Valérie Pécresse qui est une vraie budgétaire. Elle a été ministre du budget. À chaque fois qu'elle proposait des réformes de politique publique, elle disait, voilà les ressources que je compte dégager. Ça, c'est certainement des thèmes qui plaisent aux électeurs de droite, dont certains ont pu être séduits par le côté sérieux qui fait le job d'Emmanuel Macron.

Et puis maintenant, on le voit, il y a une nouvelle Valérie Pécresse, beaucoup plus sensible aux thèmes régaliens, aux thèmes d'autorité, de verticalité. Sur l'immigration, elle propose une vigoureuse politique de quota. Et cela peut séduire, mais ça ne suffira pas. Peut séduire les électeurs tentés par l'aventure Zemmour, mais il faudra qu'elle trouve une place dans son dispositif à Éric Ciotti. Parce qu'Éric Ciotti, on sait que c'est quelqu'un d'important dans celles et ceux qui vont faire la campagne sur le terrain. C'est une grosse fédération, les Alpes-Maritimes. Elle va avoir besoin de toutes les énergies.

Et là, j'ai remarqué dès ce matin l'intelligence des premiers déplacements de Valérie Pécresse. Les Alpes-Maritimes, la Savoie, les Hauts-de-France. Elle joue son rôle de rassembleuse et c'est ce qu'on attend d'elle. Un petit mot quand même, vous dites effectivement tenir les deux bouts de la chaîne en parlant des électeurs. Aujourd'hui, la droite, il faut qu'elle conquiert d'abord les classes populaires, qu'elle reconquiert les jeunes, ou au contraire les CSP+, qui sont plutôt tournés vers Emmanuel Macron. Je vais dire un peu tout cela. Oui, c'est ça. Mais cependant, il y a des priorités. La droite républicaine s'est vidée de sa substance populaire. Ça n'a pas toujours été le cas.

L'électorat gaulliste, l'électorat pompidolien, c'était un électorat qui avait... Voir Sarkozy. Oui, bien sûr, Voir Sarkozy, qui avait renoué avec les couches populaires. La droite était concurrentielle vis-à-vis de la gauche. Là, le gros problème en France, c'est que les grands partis qui ont structuré toute notre vie politique sous la cinquième, le Parti Socialiste, l'héritier du RPR, etc. De l'autre côté, les Républicains ont perdu leur substance populaire. Et que la substance populaire, elle est allée vers les extrêmes. Et particulièrement au Front National. Marine Le Pen garde un électorat très profondément populaire.

Donc il y a cette reconquête, en effet, des couches populaires, ouvriers, employés. Il y a la conquête des jeunes, même si, on le sait, les jeunes sont plus tentés par l'abstention que d'autres. Donc hélas, parfois, pour beaucoup de politiques, ça n'est pas la priorité. Parce qu'on se dit, de toute façon, ils vont s'abstenir massivement. Donc on préfère choyer les plus de 65 ans qui sont plus fidèles dans les urnes. Donc ça, il y a deux grosses priorités pour la droite.

7:45
Présentateur

Pascal Perrineau est l'invité du 830 France Info. Ce matin, on va reprendre cette discussion après le fil info. Diane Ferschitz, 9h moins 20.

7:52
Invité

Les indicateurs du Covid continuent de se dégrader en France. À la veille d'un nouveau conseil de défense sanitaire, plus de 51 000 nouveaux cas détectés pour la seule journée d'hier. Du côté de la vaccination, 10 millions de personnes ont reçu leur dose de rappel, selon le ministre de la Santé, qui promet l'ouverture de nouveaux créneaux de rendez-vous chaque jour. Et ce sont désormais 16 cas du variant Omicron qui sont recensés en France. Le parti Les Républicains fiche son unité derrière sa candidate à la présidentielle. Si on est mécontent du quinquennat Macron, il n'y a qu'une seule voix, la seule, qui puisse incarner le rassemblement. C'est Valérie Pécresse, réagit sur France Info.

L'ancien ministre Brice Hortefeux, Valérie Pécresse, qui a remporté le vote des adhérents LR hier. Et premier déplacement demain pour Valérie Pécresse sur les terres d'Éric Ciotti, à Saint-Martin-Vésubie, dans les Alpes-Maritimes. Marine Le Pen et Éric Zemmour appellent eux les déçus de ce résultat. « Aller rejoindre, nous pouvons faire ensemble des choses inoubliables. » Leur a lancé le candidat d'extrême droite qui tient, lui, aujourd'hui son tout premier meeting de campagne à Villepinte, en Seine-Saint-Denis. Une journée à risque, selon la police, qui craint des affrontements avec des opposants à Éric Zemmour. De son côté, c'est à la défense que Jean-Luc Mélenchon rassemble ses militants.

Son objectif montrait qu'il peut faire l'union par la base. Les promesses de dons s'élèvent à près de 74 millions d'euros pour ce Téléthon 2021. Le compteur va encore continuer à tourner. L'an dernier, 77 millions d'euros avaient été récoltés au final.

9:21
Présentateur

France Info. C'est le politologue Pascal Perrineau qui est l'invité de 8.30 France Info ce matin. Éric Zemmour s'est lancé en pleine primaire LR. Il appelle aujourd'hui les militants qui ont voté Éric Ciotti à le rejoindre. Est-ce que vous pensez que c'est une vraie tentation pour ces militants-là ?

9:40
Invité

J'allais dire, ça a été une tentation. Il y a deux semaines, on l'a vu dans les sondages, avec Éric Zemmour qui s'envolait vers les 18%. Aujourd'hui, Éric Zemmour découvre le principe de réalité et retombe aux alentours de 13%. Il est roue dans roue pour l'instant en termes d'intention de vote avec Valérie Pécresse. Donc, j'allais dire, pour lui, la dernière semaine, ou les deux dernières semaines d'ailleurs, ont été difficiles. Pourquoi ? Parce que vous savez, très souvent, moi ça me frappe, en tant qu'observateur politique, le meilleur adversaire politique des hommes et des femmes politiques, ce sont eux-mêmes.

Éric Zemmour, qui est naturel, de polémiste, se laisse emporter, déborder par lui-même, j'allais dire, et devient même par moments la caricature de lui-même. Et on l'a vu dans la forme, il ne faut pas se prononcer sur le fond, mais dans la forme de sa déclaration de candidature. Je sais que la politique, c'est du théâtre aussi, au meilleur sens du terme, mais parfois, ça devient un peu du pastiche, de la tragique comédie. Et c'était un peu le cas avec cette annonce. Et puis ensuite, voilà, il a commencé, mais ça va très bien pour commencer une campagne, mais après, il faut en sortir. Je suis celui par lequel le scandale arrive.

Ça me fait penser d'ailleurs un peu à la stratégie qu'avait jadis Jean-Marie Le Pen. On avait tous les 15 jours, tous les deux mois, un énorme scandale, un énorme... C'était pensé, bien entendu. C'était pensé, etc. Mais là, il faut faire attention, c'est tous les jours à peu près, ou tous les deux jours, il y a un scandale. Et au bout d'un moment, il va y avoir un épuisement, surtout quand vous regardez l'électorat d'Éric Zemmour, c'est un électorat plutôt âgé. Vous voyez, d'une droite ultra-conservatrice, plutôt âgée. Ces gens-là, au bout d'un moment, ils aiment un certain calme. Et ce qui peut apparaître comme une agitation, va agir comme un pôle de répulsion. Et il en est déjà victime.

Donc ils cherchent à rattraper cela, mais il faut faire attention, le temps politique va très vite. Donc ça veut dire, si on vous écoute bien, effectivement, ça veut dire aussi que la question de crédibilité d'Éric Zemmour, notamment, par exemple, dans le champ économique ou dans le champ social, c'est un enjeu également pour lui. Bien sûr, parce qu'il prétend, tout de même, il ne prétend pas, c'est pas simplement une candidature de témoignage. Il y croit. Bon, il vaut mieux y croire d'ailleurs que ne pas y croire quand on est candidat. Donc il y croit. Il y croit, il avance avec un référent qui n'est pas rien. Le général de Gaulle, vous vous rendez compte ?

Le fondateur de la Vème République. Quand vous vous placez dans l'ombre du général de Gaulle, il faut être à la hauteur du général de Gaulle. Et ça n'est pas simple. Et être à la hauteur du général de Gaulle, ça veut dire, le général de Gaulle, ce n'était pas un obsessionnel de telle ou telle question. C'était un homme qui avait une vision, qu'on la partage ou non, pour le pays au plan économique et social. Regardez, dès 1958, il accouche d'un nouveau régime politique et puis d'une nouvelle politique économique et sociale. Là, pour l'instant, de la part d'Éric Zemmour, il n'y a pas cette hauteur-là et il commence à en souffrir.

Donc ce que vous nous dites, c'est qu'il s'est lancé un peu dans le bruit et la fureur, avec par exemple aussi ce doigt d'honneur à Marseille, et que maintenant, il doit en quelque sorte aborder sa campagne dans des termes un peu plus calmes, on va dire. Voilà, calme. Il faut prendre ça au sérieux. Les Français, vous savez, sont inquiets. Quand les Français sont inquiets, on ne peut pas aller d'un scandale à l'autre. Les Français, ils sont inquiets, donc ils ont besoin d'être rassurés, quand vous êtes inquiet. Et ils ont des inquiétudes. La pandémie, attendez, bon, voilà. A-t-on entendu Zemmour parler de la pandémie ? Non. Je veux dire, c'est un...

A priori, il n'y aura pas nécessité d'un pass sanitaire cet après-midi. Dans les meetings politiques, en effet.

13:30
Présentateur

Or, ça, ça préoccupe tous les Français.

13:31
Invité

On va vers Noël. Toutes les familles françaises sont préoccupées par cette affaire. Et puis, le pouvoir d'achat reste quelque chose de très important chez les Français. Je veux dire, il faut parler aussi aux Français de cela. Bien sûr, immigration, sécurité, mais aussi de cela.

13:45
Présentateur

Donc, vous dites, derrière la provocation, derrière le coup d'éclat, il faut maintenant montrer le fond. Voilà, le fond. Est-ce que le meeting à Villepinte, cet après-midi, vous semble être un test important à cet égard pour Éric Zemmour ?

13:57
Invité

Oui, parce qu'il faut qu'il entrave une descente, je n'ose dire une descente aux enfers, là aussi, ne pratiquons pas les excès, mais un processus de descente. S'il est ramené en dessous de 10%, ben voilà, sa candidature va être vite une candidature de témoignage, et non pas une candidature, j'allais dire, dans la cour des grands. Mélenchon aussi, effectivement, tient son meeting. Cet après-midi sera même un petit peu avant celui d'Éric Zemmour. Il plafonne aujourd'hui à peu près à 10 points dans les sondages. Comment vous expliquez qu'il ne retrouve pas sa dynamique de 2017 ? Là aussi, le meilleur ennemi de Jean-Luc Mélenchon au cours des dernières années a été Jean-Luc Mélenchon.

C'est-à-dire, ses excès, ce qui a été perçu comme outrance, ont empêché cet homme qui, tout de même, en 2017, était l'homme vers lequel tous les regards des gauches se tournaient. Il pouvait apparaître comme étant le fédérateur, à sa mesure, un peu comme un nouveau Mitterrand. Et il n'a pas du tout choisi l'optique du rassemblement unitaire. Il n'a cessé de cultiver ses différences, différences de tempérament, provocations verbales, agitations, et peu à peu, il a été ramené à la moitié de son capital de 2017. Dans le Parisien, il explique que, oui, il peut être, au second tour, il y a un trou de souris, dit-il. Vous êtes d'accord ? Oui, vraiment, un micro trop de souris. Pourquoi ?

Parce que, pour deux raisons, Mélenchon et Mélenchon, il restera Mélenchon avec ses défauts et ses qualités. Deuxièmement, la gauche est tout de même dans un état de dépression. Vous savez, on a posé récemment la question, est-ce que vous vous sentez de droite ou de gauche ? C'est à peu près un Français sur cinq, aujourd'hui, qui déclare qu'il est de gauche. On n'a jamais connu ça sous la Ve République. Donc, il a fédéré ce camp. Il faudrait qu'il le fédère de manière quasi-unitaire. Mais vous voyez bien que c'est impossible. Il y a Jadot, il y a l'extrême-gauche, il y a Mme Hidalgo.

Vous voyez, bon, voilà, ce ne sont pas des gens qui vont laisser le leadership de la gauche à Jean-Luc Mélenchon. Mais il faut qu'il donne l'impression qu'il se mette dans la posture du rassembleur qu'il avait pu paraître être en 2016-2017. Et sur le fond,

16:21
Présentateur

justement, son programme quand il dit nous on ne change rien parce que c'est le bon programme et on s'y tient. Alors, ça,

16:27
Invité

c'est peut-être pas complètement idiot. Pourquoi ? Parce que vous voyez bien que les Français de droite, de gauche, du centre, mais particulièrement de gauche, ils sont dans une demande de protection économique et sociale qui, quelque part, a été libérée par le quoi qu'il en coûte du président au moment de la campagne. On a vu un retour massif de la puissance publique dans le domaine économique et social et, quelque part, toute une part de propositions économiques et sociales de Jean-Luc Mélenchon sont dans l'air du temps. Mais ça ne suffit pas d'être dans l'air du temps. Il faut ensuite incarner de manière crédible cette aire du temps.

17:03
Présentateur

Pascal Perrineau, invité du 830 France Info, on marque une pause pour le Filinfo. Il est 9h moins 10. Diane Ferchit.

17:09
Invité

Les forces de l'ordre craignent des débordements autour du meeting d'Éric Zemmour à Villepinte, en Seine-Saint-Denis cet après-midi. Tout premier rassemblement de ses soutiens depuis l'annonce de sa candidature en début de semaine. À Paris, une manifestation rassemblera ses opposants entre Barbès et Lavillette. La réalité, c'est que nous sommes tous rassemblés derrière Valérie Pécresse. réagit sur France Info l'ancien ministre Brice Hortefeux Valérie Pécresse qui doit et qui peut incarner l'espérance. Selon lui, c'est la première fois que le parti gaulliste présente une candidate à la présidentielle.

Valérie Pécresse qui débute immédiatement sa campagne des placements demain dans les Alpes-Maritimes à Saint-Martin-Vésubie. Le village d'Éric Ciotti, son adversaire malheureux lors de ce congrès des Républicains. L'objectif fixé pour cette fin de semaine par le gouvernement est atteint. 10 millions de Français ont reçu leur dose de rappel contre le Covid-19. Une nouvelle injection pour renforcer l'immunité de la population alors que la France fait face à une cinquième vague de l'épidémie et à l'apparition du variant Omicron dont 16 cas ont été détectés en France. Ils sont suivis de près sur les autorités de santé.

La crise sociale aux Antilles est couvre-feu prolongée en Martinique qu'il devait se terminer hier. Couvre-feu de 19h à 5h du matin maintenu donc jusqu'à mercredi. Un partout entre le PSG et Lens. Hier soir, pour le compte de la 17ème journée de Ligue 1 de football, les Parisiens sacrés champions d'automne deux journées avant la fin des matchs allés. Ce soir, les Bordelais en grande difficulté reçoivent Lyon. Coup d'envoi 20h45.

18:38
Présentateur

France Info. C'est le politologue Pascal Perrineau qui est l'invité du 8.30 France Info ce matin. La campagne présidentielle à l'épreuve du Covid. Pascal Perrineau, Olivier Véran, le ministre de la Santé, a jugé vendredi sur France Info que le pic de la cinquième vague de l'épidémie pourrait être atteint fin janvier. On va l'écouter.

18:55
Locuteur non identifié

En France actuellement, c'est un malade qui est admis en réanimation toutes les 10 minutes, jour et nuit. Quand on regarde les perspectives dans les prochaines semaines, disent que si rien ne change, nous aurions un pic sanitaire qui pourrait intervenir à la fin du mois de janvier. Olivier Véran,

19:11
Présentateur

sur France Info, Pascal Perrineau, l'impact de ce virus peut être très important sur la campagne ?

19:17
Invité

Tout à fait. On n'en parle pas assez. Qu'est-ce que c'est qu'une élection présidentielle en situation de pandémie ? Or, vous voyez, l'élection présidentielle commencera mi-avril. Mi-avril, on en parlera encore de cette affaire. J'espère qu'on ne sera pas à la sixième. Mais voilà, la Covid-19 sera présente dans le paysage. Or, si vous voulez, cette pandémie qui dure depuis des mois et des mois, on parlera bientôt en termes d'années, a changé assez profondément les choses. Elle a provoqué ce que j'appellerais, moi, une privatisation de nos systèmes de préférence, de nos attitudes. On a été replié sur nos familles, nos proches, chez nous même.

On n'avait jamais connu cette expérience pendant des semaines et des mois. Et peu à peu, ce repli sur le privé a entraîné une prise de distance par rapport à l'univers public et donc, par rapport à l'univers de la politique. Les taux d'abstention phénoménaux qu'on a enregistrés aux élections locales, ce n'est pas simplement la peur, c'est la prise de distance par rapport à un monde politique qui paraît aux Français de plus en plus lointain. Et les traces sont là aujourd'hui. Toutes les enquêtes qui cherchent à prévoir le taux de participation à la présidentielle montrent que, voilà, la participation est en baisse et en baisse extrêmement sensible.

toutes les candidates et les candidats, il va falloir qu'ils soient bons et bonnes. Il va falloir que, voilà, pour convaincre les Français de revenir massivement aux urnes. Ils ne le prennent pas pour l'instant, selon vous. Mais non, il va falloir trouver, donner aux Français de bonnes raisons pour revenir dans cet espace public qu'ils ont largement abandonné. Et puis, deuxième effet, ça a ramené la question de la santé publique, de l'hôpital public, de l'hôpital privé, d'ailleurs, des déserts médicaux au premier plan des préoccupations des Français. Ça, c'est leur réalité tout à fait quotidienne.

Et les Français, il faut le dire, sont déçus des espoirs phénoménaux ont été soulevés par rapport à ce qu'on a l'habitude d'appeler maintenant les métiers du care, les métiers de celles et ceux qui s'occupent de nous au quotidien, les aides-soignants, les infirmières, mais aussi les gens qui viennent livrer les pizzas à domicile, etc. Et on s'attendait à ce que ces travailleurs soient pris en compte, soient pas simplement reconnus, c'était les applaudissements au balcon des Français. Or, ils manifestent encore aujourd'hui. Ils manifestent encore aujourd'hui et ça, c'est un échec.

C'est un échec pour le pouvoir et c'est un échec pour les opposants qui sont nombreux s'ils n'ont pas un discours ferme et des projets fermes sur ces sujets. Est-ce que vous n'êtes pas étonné, notamment parce que vous êtes professeur des universités à Sciences Po, donc un observateur privilégié, est-ce que vous n'êtes pas étonné que le gouvernement n'ait pas encore lancé une campagne de mobilisation pour s'inscrire sur les listes électorales pour justement freiner cette tentative du replier de l'abstention ? Tout à fait. Surtout que cette tentative du repli, elle peut prendre un aspect préoccupant. Je m'explique.

Si vous voulez, si l'abstention, ça devient presque une grève civique, vous voyez ? Une sécession. Une sécession. C'est extrêmement dangereux parce que ça posera très vite le problème de la légitimité de celle ou de celui que nous choisirons comme président de la République en avril prochain. Et puis, la deuxième version, c'est que ce retrait peut accentuer l'aspect purement protestataire du vote quand on a recours au vote. C'est-à-dire que le vote devient l'expression de passion triste, l'expression de la colère, l'expression du rejet. Et c'est pas comme ça que le pays rentrera de la manière la plus positive dans l'avenir.

En même temps, Pascal Perrineau, ce qui est vrai, c'est que là, aujourd'hui, il y a ce rappel vaccinal nécessaire, nous dit le gouvernement. On voit que les chiffres s'envolent en matière d'épidémie. Comment, dans ce cadre-là, s'intéresser à la campagne pour les présidentielles ? C'est un vrai défi. C'est un vrai défi et tous les indicateurs montrent que, pour l'instant, l'intérêt n'est pas énorme. Il n'y a aucune cristallisation, comme disent eux. Aucune cristallisation. Alors, ça va changer maintenant que la droite, certainement, a sa candidate.

Ça va changer parce que les Français se disent, voilà, on commence à voir le dispositif, il n'y a plus de surprise pour Emmanuel Macron, c'est un président, certes, mais c'est un président candidat. Donc, les gens se disent maintenant, voilà, les rôles sont répartis, mais au fond, j'ai l'impression qu'ils sont dans une position attentiste et maintenant, c'est un peu, vous savez, comme dans la chanson, séduisez-moi, Benoît. Il n'y a pas de Benoît parmi les candidats, mais c'est un peu ça maintenant. Voilà, soyez bons, venez me chercher parce que les Français n'iront pas massivement vers les yeux si on ne vient pas les chercher de manière positive.

Et une dernière question, est-ce que, finalement, les Français vont juger, par exemple, Emmanuel Macron, mais aussi ses opposants sur la question sanitaire ? Est-ce que le président a finalement, eh bien, pas trop mal réussi à gérer la crise sanitaire ou est-ce que ses opposants, finalement, avancent des propositions qui peuvent séduire les Français ? Alors, là, pour l'instant, le jugement présent est plutôt un jugement positif. La phase passe sanitaire, vaccination, a été considérée par les Français comme étant une opération plutôt réussie.

Ça ne veut pas dire que les Français ne gardent pas un souvenir et un souvenir pas très bon de la première phase qui était une phase marquée avant tout par l'anarchie, une puissance publique complètement dépassée et heureusement des collectivités locales qui, elles, étaient un peu plus à la hauteur. Reste maintenant la troisième phase, celle qui va venir. Olivier Véran nous le disait janvier, février. Quelle va être la capacité du pouvoir public à bien gérer cette crise et à faire en sorte que ça ne tourne pas au vinaigre comme c'était le cas il y a un an et demi.

25:12
Présentateur

Merci beaucoup Pascal Perrineau, politologue, enseignant à Sciences Po Paris, invité du 8.30 France Info ce matin. On vous réécoute sur franceinfo.fr et l'appli Radio France.