Bilan du plan eau : Christophe Béchu est l'invité du 22 mars 2024
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Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute.
Bienvenue dans Les 4V, Christophe Béchou. Alors on a appris hier soir le décès de l'ancien ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand. Qu'est-ce que vous retiendrez de lui ?
Une anecdote personnelle arrangée au musée de la tapisserie contemporaine, Jean Lursa, où j'avais eu l'immense joie de pouvoir échanger avec lui et où son élégance, sa culture avait illuminé le moment. Il y a comme ça des gens qui, pas simplement par ce qu'ils disent, mais par la manière dont ils disent, par la façon dont ils vivent, par ce qu'ils incarnent, font partie de notre paysage, de notre quotidien. Et Frédéric Mitterrand a été de cela.
Alors vous êtes le ministre de la Transition écologique. Il y a un an, vous avez lancé le plan O. Un an après, c'est l'heure du premier bilan. Où est-ce qu'on en est ? L'objectif, c'est de faire 10% d'économies à horizon 2030.
53 mesures. Elles sont toutes engagées. À des degrés, pour certaines, c'est voté, fini, budgété. Pour d'autres, c'est en cours. On va aujourd'hui, avec Roland Lescure, braquer des projecteurs sur la partie industrielle du plan. Vous êtes venu avec une carte d'ailleurs ce matin. Je vous confirme. On va essayer de voir si on réussit à la diffuser. Vous nous l'avez amené. Et c'est celle qu'on va rendre public aujourd'hui. Ce sont les 51 sites industriels qui représentent à eux seuls 25% de la consommation d'eau de toute l'industrie française. Et ces 51 sites, ils se sont engagés à baisser de plus de 10% leur consommation avant 2030. Et puis, davantage au-delà.
Et on va aller, avec le ministre de l'Industrie, Roland Lescure, aujourd'hui, visiter l'un de ces sites. Parce que ça fait aussi partie de la manière de produire de manière écologique. Qu'est-ce qu'il y a comme grandes entreprises, par exemple, qui sont concernées ? On va typiquement aujourd'hui dans une entreprise qui n'est pas forcément très connue du grand public, mais qui s'appelle Novacard, qui fait des produits qui sont cruciaux, en particulier pour l'industrie automobile ou pour la pharmacie. Vous avez un site qui s'appelle Aperam, qui travaille dans le domaine de l'acier, dans le Nord.
Vous avez des quantités de sites, pas tous, qui s'adressent directement aux consommateurs, mais tous qui ont un impact sur notre souveraineté et sur notre capacité à produire dans notre pays. Le deuxième chiffre que je veux vous donner, parce que pour moi, il est crucial, c'est qu'il y a un an, on avait insisté sur le fait qu'il y avait deux sources de gaspillage principales. Les fuites d'eau, notamment. Les fuites et le fait qu'on ne réutilisait pas l'eau en France. Les fuites d'eau, on en est où ? Les fuites, on avait identifié 171 communes, où les taux de fuite étaient supérieurs à 50%. C'est-à-dire que 50% de l'eau était perdue dans les tuyaux ?
Entre l'usine d'eau et le consommateur, on n'avait plus d'un litre sur deux qui partait dans la nature. On en est où ? On a 93 de ces 171 sites où le problème est réglé, et on en a 80 sur lesquels on est en train de continuer à faire les travaux. Et puis, il y a la réutilisation des eaux usées. On n'était pas très bons en France là-dessus ? On était très mauvais. Moins de 1% de notre eau seulement en France était réutilisée. On n'avait que 33 stations d'épuration qui réutilisaient l'eau d'une manière. On est à plus de 700 en seulement un an, alors qu'on s'était fixé un objectif. Le président de la République avait dit qu'il en faut 1000 dans les 4 ans.
700 en une seule année, ça c'est vraiment un chiffre qui montre une prise de conscience et d'investissement, notamment de la part des collectivités territoriales sur le sujet qui est assez spectaculaire.
Alors on a parlé des industries, l'un des gros consommateurs d'eau, c'est aussi le secteur de l'agriculture. Est-ce que vous êtes favorable à la construction de nouvelles bassines ou méga-bassines ? C'est ce que demande notamment la FNSOA qui doit revoir le Premier ministre et le Président de la République dans les jours à venir. Oui ou non à des nouvelles méga-bassines pour stocker l'eau ?
Rien que la manière dont vous posez la question, en disant est-ce que vous êtes favorable à des méga-bassines ? À des bassines. Oui, la FNSOA elle demande des retenues. Ce que je veux dire c'est que derrière le débat sémantique, il n'est pas du tout anodin. On a des centaines de milliers de points d'eau dans ce pays, plus de 300 000 qui font plus de 1000 m² et qui servent à l'agriculture. Qu'on en ait besoin de nouveau au moment où les scientifiques nous disent vous aurez plus d'eau l'hiver, vous aurez moins d'eau l'été, c'est une évidence. Ensuite, il faut projet par projet regarder ceux sur lesquels il y a matière à accélérer et ceux sur lesquels il peut y avoir des débats.
Et pour être clair, nous avons besoin de davantage de retenues. C'est en particulier vrai dans les zones de montagne parce que la diminution de la neige, elle menace à terme les troupeaux et l'abreuvement des troupeaux en montagne et ça participe à nos équilibres écologiques.
Les Pyrénées-Orientales, c'est le département le plus touché par la sécheresse en France. Vous y étiez hier. Il y a notamment un projet de golf qui fait polémique à Villeneuve-de-Larao, c'est près de Perpignan. Vous avez dit hier que c'était un peu anachronique. Très concrètement, est-ce que le gouvernement est favorable ou non à ce projet ?
Très concrètement, c'est un projet communal. C'est un projet sur lequel un préfet, il y a 10 ans, avait fait part de l'opposition de l'État et sur lequel le juge a donné raison à l'aménageur et à la maire. Aujourd'hui, vous êtes favorable ou défavorable ? Aujourd'hui, dans 15 jours, la maire de Villeneuve-de-Larao et l'aménageur seront dans mon bureau pour que je leur fasse part. De mon analyse, de mes critiques et des points sur lesquels j'attends des explications. Vous êtes favorable ou défavorable à ce projet, le gouvernement ? Guillaume Daré, quand je dis quelque chose, c'est parce que non seulement je le pense, mais je sais ce que je vais faire.
Ce que je vous dis ce matin sur un projet sur lequel la première responsabilité est communale, c'est que la maire de Villeneuve-de-Larao est convoquée dans mon bureau avec l'aménageur dans 15 jours. Je m'exprimerai après. Vous ne soutenez pas ce projet ? Je ne soutiens pas ce projet.
Ça a le mérite d'être clair. Justement, sur cette question des réserves d'eau, on disait qu'il y a les soulèvements de la terre qui ont annoncé de nouvelles mesures et de nouvelles actions à partir d'aujourd'hui. Qu'est-ce que vous leur répondez ? Ils veulent mener de nouvelles actions sur le plan de l'écologie.
Si leur enjeu, c'est de sensibiliser l'opinion, super. Si c'est de recommencer une partie des débordements extrêmement violents qu'ont conduit à blesser des dizaines de femmes et d'hommes qui travaillent pour la police ou pour la gendarmerie en venant avec des cocktails Molotov ou des boules de pétanque, comme ça a été le cas il y a quelques mois, qui s'abstiennent parce qu'ils ne rendent pas service à l'écologie.
La situation des finances publiques est bien plus mauvaise que ce qu'on pensait encore il y a quelques semaines. Vous étiez autour du chef de l'État mercredi soir à l'Élysée pour réfléchir sur cette question des finances publiques. Il va falloir faire des économies, probablement plus de 20 milliards l'an prochain. Est-ce que ça veut dire que le budget de l'écologie va être sacrifié ? Est-ce que vous allez devoir faire de nouvelles économies ?
1. Nous commençons cette année 2024 malgré les coupes budgétaires avec 7 milliards d'euros de plus pour la transition écologique que l'année dernière à la même époque. 2. Quand j'entends parler d'austérité dans un pays qui a un niveau de dépense publique parmi les plus élevés au monde et qu'on fait comme si on était sur le point d'arrêter des choses qui étaient essentielles pour la nation tous les matins, je pense qu'il faut raison garder. Est-ce qu'il y aura des coupes budgétaires dans le budget de l'écologie ? Il y a eu 10 milliards d'euros de coupes budgétaires qui ont été rendus publiques il y a quelques jours. Dont 2 milliards chez vous ?
Dont 2 milliards chez moi, que j'assume, parce qu'il n'y a pas de chez moi ou de chez nous. Il y a un chez nous tous. On est tous contribuables de ce pays, on est tous citoyens. Il faut investir dans la transition écologique pour les générations futures, mais il ne faut pas non plus laisser aux générations futures une dette qui se traduirait demain par une dette. Oui ou non ce budget ? Quand je vous dis qu'on est à plus 7 milliards sur le budget de l'écologie, ce n'est pas que c'est sanctuarisé, c'est que c'est le budget qui progresse le plus. Mais vous n'exprimez pas qu'on vous demande de nouvelles économies ? Pas sur l'année 2024. Peut-être sur l'année 2025.
On travaillera sur un budget 2025 de manière collective, mais sur l'année 2024, les sommes que nous avons déjà rendues, de mon point de vue, elles doivent être à peu près à la hauteur de l'effort dont on a besoin.
Pourquoi ne pas augmenter les impôts ? C'est ce que demandent certains, y compris dans votre majorité, la présidente de l'Assemblée nationale, Yael Brond-Pivet.
Vous savez, à ce stade, le sujet, ce n'est pas le concours l'épine de comment on fait face à un chiffre que nous ne connaîtrons que mardi. C'est un, nous avons une situation budgétaire qui s'est dégradée, et deux, on n'a pas attendu la publication des chiffres de l'INSEE, puisqu'il y a déjà eu 10 milliards d'euros de coûts budgétaires qui précisément ont été engagés à l'instant où on a appris qu'on ne tiendrait pas le déficit prévu en 2024. Mais augmenter les impôts, c'est tabou ? Ça ne l'est pas. Vous savez très bien qu'il y a sur le sujet des discussions à l'intérieur de la majorité.
Ensuite, le simple fait de venir sur un plateau de télé pour dire, si on augmentait les impôts dans tel domaine, si on baissait les dépenses dans tel autre, vous alimentez un espèce de truc qui fait qu'à la fin, vous avez un débat budgétaire sur les plateaux, alors qu'un débat budgétaire, ça se fait d'abord de manière sérieuse en regardant la réalité économique et les mesures.
Parce que, y compris quand vous parlez d'impôts, selon que vous jouiez sur le flux ou sur le stock, pour être clair, ce n'est pas la même chose de dire, pour les gens qui vont acheter quelque chose de nouveau, on va modifier les paramètres ou on va changer les règles fiscales sans que vous puissiez vous-même tenir compte de ces évolutions budgétaires.
Est-ce que vous allez demander aux collectivités locales et territoriales de faire des efforts budgétaires, elles aussi ?
Il y aura dans quelques jours, au début du mois d'avril, un Haut conseil des finances publiques locales qui sera l'occasion de faire avec elles le bilan comptable de l'année écoulée. Elles ont été confrontées, comme tous les acteurs économiques, à une explosion des dépenses énergétiques, à une augmentation liée à l'inflation des charges de personnel, à une augmentation des frais liés à leurs dettes financières. C'est tout ça qu'on doit regarder avec elles parce qu'on a, quand on regarde, des mauvaises nouvelles du côté de l'État et puis on a du côté des collectivités locales plus de dépenses que ce qui avait été anticipé au budget il y a un an. Elles dépensent trop ou pas ces collectivités ?
Je ne dis pas ça. Je dis qu'on a dans quelques jours un moment de faire un point global. On est en train de parler de 36 000 collectivités différentes. Vous avez des départements qui sont confrontés à l'explosion des dépenses de la ZEUV, vous avez des communes qui, dans certains endroits, se retrouvent à dépenser plus d'argent, alors qu'elles ont moins d'habitants et que ça peut sembler étonnant, et puis vous en avez d'autres qui ont investi dans la transition écologique. Donc il nous faut le bilan consolidé.
Et le bilan consolidé, pour les collectivités locales, il n'arrive qu'au début du mois d'avril, quand tous les budgets sont votés à la fin du mois de mars, et quand on a un recul sur l'année écoulée qui est de l'ordre d'un trimestre.
Merci beaucoup Christophe Béchut, c'est à vous Maya et Damien. Christophe Béchut, dont on aura donc connu les goûts musicaux également.
Éclectiques, tout à fait. Merci beaucoup à tous les deux. Merci à Jérôme Bourgeois qui a traduit cette interview en langue des signes. On voulait vous mettre le « Get Lucky » pour qu'après l'entrée de votre mariage, vous fassiez une sortie d'interview. Et maintenant, la prochaine fois, je rentre au son de cette musique. Alors là, c'est noté. Comptez sur nous. Avec plaisir. Voilà, pour la petite pause et on revient. A tout de suite.
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Christophe Béchu