Laurence Rossignol - L'interview politique du 25/02/26
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Laurence Rossignol, vous êtes sénatrice PS du Val-de-Marne, ancienne ministre des Familles, de l'Enfance et des Droits des Femmes. Première question sur les suites de la mort de Quentin Deran, étudiant de 23 ans, tué par des antifas dans une rixe entre ultra-droite et ultra-gauche. Jean-Luc Mélenchon et les Insoumis sont sous pression. Beaucoup demandent que le Front Républicain ne soit plus désormais tourné vers le Rassemblement National, mais vers le LFI. Je vais citer Laurent Wauquiez, le patron des députés LR, qui explique que LFI est une formation toxique pour notre vie démocratique qui doit être isolée et ostracisée politiquement.
Est-ce que le Front Républicain doit aussi s'appliquer à LFI désormais ?
Alors, les leçons de la droite sur le Front Républicain sont assez malvenues. D'autant que depuis quelques temps, en particulier Bruno Retailleau, au moment de la législative du Tarn, je crois, avait refusé d'appeler à voter pour le candidat qui était opposé au Rassemblement National. Donc, l'exploitation de cette affaire, et en particulier de la part de la droite, ne les exonère pas de leur propre dérive par rapport au Front Républicain. Pour autant, LFI est un problème pour la gauche d'abord. Et il est clair que pour les socialistes, aujourd'hui, après le drame de Lyon, parce que la mort d'un jeune homme est un drame, la question qu'il faut se poser, c'est LFI antifasciste.
C'est quoi le bilan de cette semaine ? La mort d'un jeune homme ? Une manifestation, pas extrêmement nombreuse, mais quand même, une parade de tous les nervis de l'extrême droite, néofascistes, antisémites, racistes, homophobes, et une banalisation, une normalisation de l'extrême droite. Donc, le bilan de la France insoumise dans la lutte antifasciste est un bilan catastrophique à la fin de cette semaine. Donc, la France insoumise n'est pas un partenaire, aujourd'hui, de la lutte antifasciste. C'est ce qu'il faut se dire.
D'ailleurs, rappelons-nous, en 2022, en 2017, quand il a fallu faire un acte politique fort contre l'extrême droite, Jean-Luc Mélenchon n'a pas appelé à voter pour Emmanuel Macron. Donc, la France insoumise doit cesser de parader sur le thème de l'antifascisme.
Est-ce que vous diriez que Jean-Luc Mélenchon est l'idiot-utile du Rassemblement national ?
Il n'est ni idiot ni utile. Utile au RN, peut-être ? Il est effectivement un marche-pied du Rassemblement national, d'abord sur la forme, parce que le bilan de ces dernières années, et en particulier d'un nombre important de députés LFI à l'Assemblée nationale, a conduit, par effet d'opposition, à ce que les élus du Rassemblement national passent pour des gens bien élevés, propres sur eux, et respectueux des institutions comparées au comportement des députés LFI. Donc, Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise ont participé à la normalisation du Rassemblement national. Ça, c'est la première remarque.
La deuxième remarque, c'est que leur stratégie de confrontation directe, physique en particulier, comme on l'a vu effectivement à Lyon, avec l'extrême droite, est une stratégie qui est inefficace. Donc oui, Jean-Luc Mélenchon a sa part de responsabilité, il n'est pas le seul, il n'a pas la totalité de la responsabilité, dans la montée de l'extrême droite en France au cours des dix dernières années.
Le Conseil d'État examine aujourd'hui le recours de la France insoumise contre la décision du ministère de l'Intérieur de classer le mouvement à l'extrême gauche pour les municipales. C'est un classement, on va dire, administratif qui permet, le soir du scrutin, de catégoriser en gros la position de telle ou telle partie. Est-ce que vous pensez que LFI doit aujourd'hui être classée à l'extrême gauche ?
En fait, ce qui me gêne le plus, dans le fait que LFI soit classée à l'extrême gauche, ce n'est pas extrême, c'est gauche.
D'accord. Hier, lundi, pardon, LFI a organisé une conférence de presse de Jean-Luc Mélenchon à laquelle n'ont été invités qu'une poignée de titres. Les médias « traditionnels », y compris de gauche, comme Libération, ont été blacklistés. Il y avait des « nouveaux médias », Reporters, Blast, Les Jours, Le Média, etc., quelques influenceurs. Et ces médias « traditionnels », ils ont été pris à partie vivement par Jean-Luc Mélenchon. Je vais le citer. Quand on va sur leur plateau, on a l'impression de participer à des séances de l'Inquisition. Ça vous inspire quoi, ces attaques contre la presse de Mélenchon ?
Ça me fait tellement penser à Donald Trump. Mais de toute façon, Mélenchon et les porte-paroles de la France insoumise me font souvent penser au trumpisme. En fait, vous savez, on se réveille le matin avec le décalage horaire avec les États-Unis, on allume la radio et on se dit, et la première chose qu'on se dit, c'est « qu'est-ce que Trump a dit pendant que je dormais ? » Et en général, il y a plein d'horreurs qui ont été dites dans la nuit. Et tous les soirs, à la fin de la journée, on se dit, voilà, qu'est-ce que les députés et les filles ont dit comme horreur dans cette journée ? C'est exactement la même méthode.
Et c'est d'autant plus similaire que le premier à avoir décidé de ne plus utiliser les médias d'information, c'est Donald Trump qui ne s'exprime aujourd'hui que sur sa propre chaîne YouTube.
Et son réseau, trousse sociale.
Ce que je veux dire en plus, c'est qu'on sait qu'aujourd'hui, depuis l'émergence des réseaux sociaux, la multiplication des canaux d'opinion qui se font passer pour des canaux d'information, il y a un vrai sujet sur la bataille entre, en gros, l'information et l'opinion. Et qu'aujourd'hui, la presse d'enquête, la presse d'information, la presse non pas neutre, mais qui met en place, qui permet la diversité des points de vue, est mise en cause. Et là encore, on est dans une similarité totale entre ce que raconte l'extrême droite et ce que racontent les filles. C'est-à-dire, cibler les journalistes, en fait, les journalistes enquêtent.
Ce que n'aime pas Mélenchon, c'est que dans la presse, on enquête. Et donc, il choisit des canaux qui sont des canaux sur lesquels il a la main. Mais c'est surtout un moyen de contribuer et de participer à la montée du complotisme dans l'information.
Vous avez raison. D'ailleurs, il y a un rapport entre les vérités alternatives de Donald Trump et parfois celle du leader de la France Insoumise. Un mot sur les municipales à Paris. Un sondage vient de donner Rachida Dati devant Emmanuel Grégoire, le candidat socialiste, au deuxième tour. Est-ce qu'on parle aussi d'une possible quinquangulaire avec trois autres candidats qui se qualifieraient, puisque je rappelle qu'il faut faire 10%. Pierre-Yves Bournazel de centre-droit, la candidate elle est fille, Sofia Chikirou, et pour l'extrême droite, Sarah Knafou.
Est-ce que les socialistes pourraient trouver un accord avec Sofia Chikirou, si besoin, pour le deuxième tour, pour être devant Rachida Dati ?
Écoutez, la position des socialistes sur ces élections municipales, et qui est quand même très lisible et indiscutable sur toutes les grandes villes, c'est qu'il n'y a pas d'accord avec la France Insoumise.
Pierre Jouvet a dit quand même, peut-être dans certains endroits, s'il y a un risque.
Et comme moi, je respecte et j'ai confiance dans le travail d'enquête des journalistes, je n'ai aucun doute que vous ou vos confrères ou consoeurs allez trouver des villes dans lesquelles vous allez voir côte à côte des candidats de la France Insoumise et des candidats socialistes. Le plus souvent, c'est dans des villes où la gauche n'a aucune chance de gagner. Ça commence comme ça, donc l'idée que demain on gère des villes ensemble est quand même assez marginale. Sur Paris, mon point de vue, c'est que c'est absolument impossible de faire une quelconque alliance avec la France Insoumise. Mais par ailleurs, j'invite mes amis socialistes à se poser aujourd'hui une question.
Qu'est-ce que nous avons encore à voir avec la France Insoumise ? Pourquoi la question de l'union avec la France Insoumise continue de surplomber et de plomber la réflexion aujourd'hui de la gauche ? Et je pense pour ma part qu'il est temps de constater que nous n'avons plus rien à voir avec ce courant qui, à mon sens, a totalement échappé à la gauche pour devenir un courant du XXIe siècle qui a nat à la fois tous les défauts et tous les signes extérieurs et surtout à la fois ce mélange de radicalité, de complotisme, de brutalité qui est un phénomène politique contemporain.
Sur l'élection elle-même, pourquoi, après 25 ans de règne socialiste, les Parisiens n'auraient pas envie de tourner la page les 15 et 22 mars prochains ? Quel argument leur donneriez-vous pour voter encore une fois pour le Parti Socialiste ?
Alors moi je ne suis pas élue de Paris, mais...
Vous n'êtes pas loin ?
Je ne suis pas loin effectivement, j'y viens tous les jours. Non, mais d'abord l'alternance est un droit dans une démocratie. Donc bien entendu à la question est-ce que les Parisiens ont droit à l'alternance ? La réponse démocratique est oui. Ensuite l'alternance, pourquoi faire quand même ? Je pense que l'idée de voir Rachida Dati, dont il serait peut-être temps de s'intéresser au bilan de Rachida Dati, ministre de la Culture.
Elle n'est pas terminée puisqu'elle n'a pas encore quitté le gouvernement.
Oui, d'ailleurs ce qui est assez étonnant, et je pense que le Président de la République fait preuve d'une espèce de faiblesse en laissant dire que c'est elle qui décide quand est-ce qu'elle va partir. La part du Président de la République, comment peut-il accepter une telle soumission aux caprices d'une ministre ? Rachida Dati n'a pas de bilan en termes de ministre de la Culture. Et puis par ailleurs, il y a quand même un point de vue réputationnel.
Je ne comprendrais pas que les Parisiens choisissent d'envoyer à la mairie de Paris une candidate mise en examen, mise en examen pour des raisons qui sont liées à l'argent public, à la manière dont elle exerçait ses mandats, son mandat de député européen. C'est quand même très choquant, Paris n'est pas n'importe quelle ville de France. Et puis je trouve que le bilan des équipes municipales de gauche à Paris est un bon bilan. On peut discuter sur est-ce qu'on aimait, est-ce qu'on n'aimait pas Anne Hidalgo, est-ce qu'elle parlait gentiment aux Parisiens ou pas, enfin j'en sais rien. Je sais qu'il y a beaucoup de ressentis, mais il faut dissocier les personnes du bilan.
Et je trouve que le bilan de la ville de Paris, que ce soit sur les questions d'environnement, le fait qu'il y ait moins de voitures dans Paris, c'est quand même pour le bonheur des Parisiens, je crois. Vu du point de vue de la banlieue, ce n'est pas le même point de vue, mais du point de vue des Parisiens, c'est quand même bien. Il y a une baisse de la pollution. Il y a quand même une dimension sociale, avec la construction de logements sociaux à Paris. Il y a la volonté dans une ville qui est soumise à la spéculation immobilière.
Il y a quand même la volonté de la part des équipes municipales parisiennes qui ont dirigé cette ville, de laisser de la place aux logements sociaux, aux classes moyennes, et pas simplement d'en faire une ville ouverte à la spéculation.
Au-delà de Paris, si on sort de la capitale, est-ce que vous craignez une poussée du RN à l'occasion de ce scrutin ? On parle de possibles conquêtes de grandes villes sur l'arc méditerranéen, Nice, Toulon, voire Marseille, mais aussi dans toute la France, des villes moyennes, et une implantation du parti d'extrême droite sur le territoire.
Bien sûr, de ma part, ce serait inconséquent de ne pas le craindre. Et je pense que c'est pour la droite, dite républicaine, c'est un défi. C'est-à-dire comment la droite républicaine va faire barrage, toujours, à l'accession du RN. Et je crois que si le RN prend des villes, c'est qu'il les aura pris avec la complaisance de la droite républicaine. Ce qui pose la question aussi à la droite de ce qu'elle fait aujourd'hui pour empêcher l'extrême droite de s'installer dans notre pays. Ce n'est pas une question qui est posée à la gauche.
On parle beaucoup de l'union des droites, ce qui est un terme pudique pour dire alliance entre droite et extrême droite. Est-ce que vous pensez qu'elle est en marche à l'occasion de ce scrutin ?
Je pense qu'elle se réalise dans un certain nombre d'endroits. Bon, à Nice, par exemple, c'est très clair. J'ai observé, on s'est posé la question, on a vu des villes dans lesquelles il n'y a pas de liste terrain. Quand on voit ça, c'est un peu bizarre. Où sont les militants du RN ? Il n'y a pas de liste. En fait, on les a trouvés. Ils sont dans les listes de la droite. Parce que ce que veut le RN, c'est d'une part prendre des villes, mais c'est aussi truffer les listes de droite de conseillers municipaux pour pouvoir ensuite constituer un groupe au Sénat. Et je vous jure, au Sénat, on n'a pas de groupe RN, pas de groupe LFI.
On y travaille beaucoup plus paisiblement qu'à l'Assemblée nationale. Et je pense que c'est une spécificité que le Sénat doit conserver et la droite doit y penser dans ses élections.
Alors, petite question sur 2027. Il y a un mois, le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a annoncé les modalités des primaires qui se tiendront en octobre, si ma mémoire est bonne. Mais elles sont déjà critiquées par de nombreuses personnalités socialistes et au-delà à gauche. François Hollande, Raphaël Glucksmann, qui n'est pas socialiste, mais qui refuse lui aussi d'y participer, alors qu'il a plutôt de bons sondages. Qu'est-ce que vous pensez de ces primaires ? C'est la bonne méthode ? Je rappelle qu'elles sont organisées avec les écologistes et quelques petits partis de gauche, l'après, de Clémentine Autain, les anciens insoumis, et François Ruffin.
Je pense qu'il faut aborder cette élection présidentielle du point de vue de la gauche en se posant la question de savoir quel candidat de gauche peut rassembler le plus largement au premier tour et être perçu comme un candidat pouvant rassembler au-delà de la gauche au deuxième tour. Et ce dont je doute en ce qui concerne la dite primaire de Bagneux, c'est que les candidats qui y sont répondent à cette exigence-là pour empêcher l'extrême droite de gagner en 2027. En une seconde, qui est le bon candidat selon vous, à ce stade ? C'est le process dans lequel nous rentrons désigner le meilleur candidat pour toute la gauche et celle qui est...
Merci, merci Laurence Rossignol. A très bientôt sur Radio-G.
Merci David. Demain, votre invité sera Nicolas Doménac, journaliste, auteur de Néron à l'Elysée.