Aller au contenu
Tous les transcripts
Podcast / conversationFrance Culture — Affaires étrangères (sur Site radio)· 21 juillet 2026 59 minComplaisantPortrait personnelInstitutions & électionsImmigration & asileSolidarités & familleOutre-mer

[DÉCOUVERTE] Toussaint Louverture : l’esclave qui a dit non | 1/5 · Les mondes de Toussaint Bréda

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:52InvitéFait
    « Je suis né esclave, mais la nature m'a donné une âme d'homme libre. »
  • 13:50InvitéFait
    « Nègre d'à peine cinq pieds et un pouce. Mince. Les jambes et les cuisses déliées. Fort noir. Les yeux grands et les pommettes proéminentes. Le nez épaté mais assez long. La bouche grande et sans dents à la mâchoire supérieure. Les joues creuses. La face allongée. »
  • 38:04InvitéChiffre
    « L'espérance de vie sur une plantation comme Breda était, je crois, en moyenne de 37 ans. »
  • 38:20InvitéChiffre
    « Sur trois personnes que Toussaint Louverture a connues depuis sa naissance à Breda, un était décédé. »
  • 54:20InvitéFait
    « c'est déjà dans les années 1750, avec Marc Andal, François Marc Andal. »
  • 54:24InvitéFait
    « Marc Andal a été, avec ces hommes, l'investigateur d'un mouvement d'empoisonnement des anciens maîtres. »
  • 54:32InvitéFait
    « Et lorsqu'en 1758, Marc Andal est finalement arrêté et supplicié sur la place publique aux Cap Haïtiens, »
  • 54:41InvitéFait
    « Toussaint a peut-être assisté à ce supplice. »
  • 54:48InvitéFait
    « on pensait qu'au moment qu'il était pendu, il a réussi à s'échapper, »
  • 54:53InvitéFait
    « il a pris la forme d'un lézard, et puis les polons l'ont beau chercher, les bourreaux le cherchent, »
  • 55:13InvitéFait
    « On dit qu'au moment d'être brûlé vif sur le bûcher, Marc Andal se serait échappé, »
  • 56:03InvitéFait
    « C'était Toussaint l'ouverture de Saint-Domingue à Haïti, l'esclave qui a dit non. »

Temps de parole

  • Invité70 %
  • Invité 211 %
  • Invité 36 %
  • Invité 43 %
  • Invité 53 %
  • Présentateur3 %

≈ 0,7 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:11
Invité

Naître esclave et finir calife à la place du calife, en une vie. C'est une véritable stratégie de comète. L'intérêt pour moi d'un personnage comme Toussaint, c'est qu'il force le destin. Il crée un sillage là où il n'y avait qu'une impasse. Je suis Toussaint Louverture, général de l'armée française, gouverneur de la colonie de Saint-Domingue. Il s'est lui-même autoproclamé de l'ouverture comme celui qui est capable d'ouvrir des chemins là où d'autres ne voient qu'un cul-de-sac.

C'est quelqu'un dont le destin, dans le meilleur des cas lorsqu'il est né, c'était d'être affranchi, de vivre la vie d'un noir libre qui, ayant au maximum de sa réussite, possédé une plantation avec quelques esclaves, qui est devenu un homme d'État. Je suis né esclave, mais la nature m'a donné une âme d'homme libre. Haïti restait un cas d'école d'une ancienne société esclavagiste qui prend son indépendance, les armes à la main, et qui proclame son indépendance. Je ne sais pas si c'est Toussaint qui inspire Haïti ou Haïti qui inspire Toussaint, mais le diptyque se tient.

Ce sont des destins exceptionnels qui témoignent de l'universalité, justement, du principe d'une liberté et qui témoignent de l'imprézibilité du destin des hommes. On ne sait pas. Nous avons su affronter les dangers pour obtenir notre liberté. Nous saurons affronter la mort pour la maintenir. Grandes traversées, Toussaint l'ouverture. De Saint-Domingue à Haïti, l'esclave qui a dit non. Premier épisode, Les mondes de Toussaint-Breda Stéphane Bonnefoy, Diffy Mariani Je me nomme Toussaint l'ouverture. Je n'ai pas toujours porté ce nom. Avant, je n'avais pas de nom. Simplement, je portais celui du lieu où je suis né esclave. Breda, une habitation de la colonie de Saint-Domingue.

Je n'aurais pas dû. Mon histoire n'aurait pas dû être possible. Il faut que je vous la raconte. Nous sommes ici au Fort de Joux. Ce Fort de Joux, il est situé à la Cluse-et-Mijoux, à côté de Pont-Arlier. Et c'est ici que Toussaint l'ouverture est arrivé en 1802. Françoise Guillard, guide au Fort de Joux. Alors ce Fort de Joux, il a mille ans d'histoire. Il est construit sur un piton rocheux. Il a cinq enceintes. Cette façade, à l'origine, elle était pleine. Mais les fenêtres ont été percées. Lorsqu'au XVIIIe siècle, le bâtiment est devenu une prison d'État. Où a été enfermé ? Donc Toussaint l'ouverture. C'était un prisonnier très particulier. On en avait peur de Toussaint l'ouverture.

Il impressionnait. C'était un général de l'armée française qui avait gagné beaucoup de batailles, qui avait beaucoup de charisme. Et Napoléon Bonaparte en avait peur. Donc il ne fallait pas qu'il parle à qui que ce soit. Il était surveillé 24 heures sur 24 pour éviter qu'il ne se suicide ou qu'il s'évade. C'est tellement peur. Ce qui me fait de jour peut-être enfermé si loin, jamais quitté jusqu'à ce jour de mon arrestation. Mais qu'à rendre au gouvernement français un compte exact de me raconter les faits avec tout un ancien militaire. Je dirais la vérité fut-elle comme... La fin de sa vie, c'est amer. C'est très amer. Il se sentait trahi par la France, par les Français.

Caroline Fick, historienne. Il aurait voulu négocier une entente alors que dès le moment qu'il arrive à l'endroit pour les négociations, il est tout de suite arrêté et mis en menottes et mis dans un bateau pour être exilé dans le fort de Joux. Il a voulu la liberté de tous à Saint-Domingue, la liberté de l'être humain et l'abolition totale de l'esclavage. Non seulement de l'esclavage, mais de la soumission de Saint-Domingue à un régime colonialiste dicté par les grandes puissances. Il a voulu l'autonomie et probablement éventuellement l'indépendance. Mais il n'a pas vécu assez longtemps pour le voir.

Il n'a pas pu vivre assez longtemps pour voir l'aboutissement de sa pensée et de ses actes comme militaires, comme soldats de liberté pour son peuple. J'aurais voulu le voir de mes yeux, mais je suis mort loin des miens, des airs que chantonnait ma mère. Le nid de Saint-Domingue dont j'étais le commandant jouissait de la plus grande tranquillité. La culture et le commerce y fleurissaient. J'ai failli plusieurs fois être fait prisonnier. J'ai versé mon sang. J'ai reçu une balle dans ma hanche droite. Une contusion violente à la tête, occasionnée par un boulet qui m'a ébranlé la mâchoire. La plus grande partie de mes dents sont tombées. Et le peu qu'il me reste est encore très vacillant.

On ne lui permet pas d'être soigné, c'est-à-dire qu'il va réclamer un médecin. Et on ne va pas lui permettre de rencontrer un médecin pour soigner ses blessures et toutes les douleurs qu'il le hante, puisqu'il a des maux de tête considérables. Il y a une blessure à la tête qui n'a pas été soignée. Il a le bras en écharpe, il a mal aux dents. Il va attraper une pneumonie qu'il ne va pas être soigné. Le fraude glacial. Et un matin, on va le retrouver, assis sur la chaise, le front contre la cheminée, mort. Sept mois après son arrivée ici. Il n'y a pas de corps. Et c'est ça la triste histoire.

Toussaint a été vite enterré, très vite, tout de suite après sa mort, le 7 avril 1803, au fond de Joux. Donc il n'y a pas eu vraiment de tombe à proprement parler. Et des années plus tard, quand on a voulu faire des excavations, qu'on a remieux ciel et terre, donc il n'y avait plus de corps. On ne pouvait plus trouver les ossements de Toussaint. Daniel Desormeaux, historien. Le corps de Toussaint reste toujours un corps de gloire, un corps purement symbolique et que personne ne pourra retrouver ce corps dit d'aller à un blé du fort de Joux depuis le 19e siècle. Alors c'est pour ça qu'il faut chercher son corps dans ce qu'il a dit. Puisque c'est sa parole.

Il n'y a pas de corps réel, il n'y a pas d'ossement de Toussaint. Je suis Toussaint, vrai Toussaint, l'ouverture. Qui connaît mon nom ? Ma naissance. À chaque fois qu'on fout dans les archives, on trouve autre chose qui contredit ce qu'on savait un peu avant. Toussaint, vous semble, au personnage, dans cette divinité de la mythologie, qui change de forme, c'est quelqu'un qui se démultiplie finalement. Donc Toussaint, pour moi, c'est quand même une figure de la métamorphose. Donc la figure de Toussaint, vous fascine parce qu'elle bouge tout le temps. Et les historiens n'arrivent pas à mettre en frein aux discussions en disant « Voilà qui est Toussaint, voilà celui que l'a fait.

» Et je surgis. Je suis un saisissant. Nous savons qu'il a laissé un portrait qu'il trouvait être une bonne représentation de lui-même. Mais le tableau est perdu. Sudir Azari Singh, historien. Alors les autres tableaux que nous avons sont des tableaux qui, même s'ils datent de cette époque-là, n'étaient pas nécessairement des tableaux qui avaient été peints avec lui. Donc nous ne savons pas exactement à quoi ils ressemblaient. Mais l'un des tableaux, disons, les plus connus, semblerait être donné une assez bonne ressemblance. Et c'est vrai qu'il n'avait pas une figure, disons, particulièrement attractive du point de vue physique.

D'ailleurs, lorsqu'il était jeune, il était très chétif et on l'appelait Fatra-Baton. Fatra-Baton. C'est la faute de ce général Cafarelli. Qui a tiré de moi ce vilain portrait. Me disant « Nègre d'à peine cinq pieds et un pouce. Mince. Les jambes et les cuisses déliées. Fort noir. Les yeux grands et les pommettes proéminentes. Le nez épaté mais assez long. La bouche grande et sans dents à la mâchoire supérieure. Les joues creuses. La face allongée. Il prétend que je m'écoute beaucoup. Que j'ai l'air doux lorsque je veux persuader. Mais avec un sourire et un regard de côté quand on cherche à me deviner. Il dit encore que ma figure est horrible lorsque je suis en colère.

De quoi est fait le nom de celui dont nous parlons ? Est-ce que c'est François Dominique Breda ? Est-ce que c'est François Dominique Français ? Est-ce que c'est Toussaint Breda ? C'est Toussaint L'Ouverture. Quel est son nom ? Toussaint L'Ouverture. Moi j'ai opté pour Toussaint L'Ouverture. Mais d'autres ne l'acceptent pas. Je me dis toujours que vu que beaucoup de documents d'archives sont perdus ou encore brûlés, on n'arriva jamais à savoir d'où vient-il, qui il est, qu'est-ce qu'il a fait, quels sont ses racines généalogiques. Je suis insaisissable. Ni Toussaint, ni Breda. Bientôt quelqu'un d'autre. Avec un nom à moi. Celui de la liberté. L'Ouverture.

1743, c'est l'année de naissance à peu près reconnue par tout le monde de Toussaint. Mais on n'a pas de document probant. L'historien Jacques Ducounin. On se fonde par exemple sur ce qu'il a déclaré au fort de Joux dans ses mémoires. J'avais à cette époque tel âge ou tel âge, vous voyez. Et on fait des calculs. Mais ce sont des créations d'historiens. On n'a pas de document probant. On n'a pas un acte de naissance quelque part de Toussaint. 1740, 1743, je ne me souviens plus. On ne sait pas grand chose, paraît-il, de mes 50 premières années. Je suis né à 50 ans. On ne sait pas. On ne sait pas, c'est ça le malheur. Mais pour l'ensemble des esclaves, d'une manière générale.

Jean-Louis Donadieu, historien. On a très très peu d'éléments les concernant en particulier. Alors sur Toussaint, on en a un peu plus. C'est parce qu'il est devenu un personnage public sur les 10 dernières années de sa vie. Sinon sur sa jeunesse, sur les 50 premières années de sa vie, on a finalement assez peu de choses. Et puis lui-même n'a pas raconté grand chose de sa jeunesse. Oui, je le regrette aussi de ne pas avoir pu dire ma vie d'esclave, de cocher à Breda. Mon histoire, notre histoire, n'aurait certainement pas été la même si nous avions pu la raconter nous-mêmes. Il est né, à l'habitation Breda du Haut-du-Cap, il est né esclave. Et les esclaves ont un prénom. C'est tout.

C'est les maîtres qui les donnent en général. Soit des noms qui sont en lien avec la mythologie gréco-romaine ou les grandes heures de l'histoire de Rome. ou des noms qui sont inspirés de l'armée, des Sans Souci, des Pas-de-Quartier, des Va-de-Bon-Cœur. Vous trouvez ce genre de choses à côté. Des Jupiters, des Vénus, Achille, Télémaque. Mais sinon, l'essentiel, ce sont des prénoms chrétiens. Par contre, une fois qu'un esclave est affranchi, il faut qu'il prenne un patronyme, qu'il prenne un nom de famille. L'usage pendant très longtemps a été de prendre le nom du maître, ou en tout cas de l'habitation d'où cette affranchi sortait.

Il s'est appelé Toussaint-Breda, sortant de l'habitation Breda. Ça va être son nom d'usage. Voici l'habitation Breda, à quelques lieux du Cap. La grande ville du Nord. Avec son port, ses négriers, je les vois qui se mousculent par centaines, par milliers. Chaque jour, de nouveaux esclaves. Partout, des anonymes, des Télémaques, des Sans Souci, des Libertés. J'ai fait ce chemin des milliers de fois. Tout le Nord du pays est voué aux habitations les plus importantes, les plus prospères, les plus célèbres aussi de la situation de l'esclavage. Le sociologue, Lainé Curbon. Surtout, entre 1770 et 1791, le Nord d'Haïti est la zone d'où partait le sucre, l'indigo, le café, vers la France.

Donc, c'est la zone la plus prospère. Les slavages, à ce moment-là, se concentrent avec plus de violence dans cette zone-là, puisque c'est de là que partait toute la richesse économique, toutes les richesses produites par les esclaves. Alors, ce qu'on sait, ce qu'on raconte, ça, je crois que tous les historiens le savent, il y a au moins un Français sur huit qui vivait des produits de slavage, de sa doubaigne. Le Cap français et l'ensemble de la Plaine du Nord deviendront un véritable laboratoire de la colonisation française. Jean-Marie Théodat, géographe.

Avec la mise en place de techniques agricoles, avec la mise en place d'une organisation systématique, ceci va faire de cette région Nord la région cœur, le lieu où l'investissement économique, l'investissement financier et l'investissement politique seront les plus importants dans la colonie. Il faut produire, produire, produire encore. Au moment du clatement de la Révolution, en 1959, la colonie française de Saint-Domingue produit 30% du sucre mondial. Donc, c'est un laboratoire puissant.

C'est un système agro-industriel dans lequel, de la culture de la canne jusqu'au raffinement du sucre, vous avez un enchaînement de processus, mais aussi une hiérarchie de fonctions extrêmement sophistiquée qui fait de cette société coloniale une société pré-industrielle. habitation le Normand de Mésie, Galifée, de la Fallonnière, de la Chauvetière, de la Mare du Boc. Il ne faut pas oublier quand même que ça représentait plus que tout ce qu'a fait la France avec toutes ses colonies après. Cette colonie-là, ça a été la plus riche du monde en vie de tous les autres pays qui produit plus que toutes les Antilles anglaises, hollandaises, espagnoles, réunies, des Antilles.

Tout le monde la veut, c'est la reine des Antilles, c'est pas la perle comme on dit. La reine, c'est celle qui domine toutes les Antilles, c'est Saint-Domingue. La perle ou la reine des Antilles, au fond, qu'importe, l'important, c'est le sucre, l'or blanc, qu'il déferle sur la métropole, qu'importe le prix à payer, puisque c'est nous qui le payons. Je suis Toussaint, esclave, simple cocher à Breda. Et mon maître a pour nom Bayon de Libertat, qui peut le croire ? Il n'était pas d'une constitution apte à couper la canne, puisque ça exige vraiment des efforts physiques importants.

En revanche, pour s'occuper des animaux, là, il n'y avait pas besoin d'être un athlète, et c'est quelque chose qui va lui être confié très vite. Donc, soigner les mulets, soigner les bœufs, s'occuper des chevaux, et donc, assez logiquement, ensuite, devenir cocher, en tout cas conducteur de ce qu'on appelait les cabrouettes, donc ces charrettes, pour, une fois que les cannes sont coupées dans les champs, récupérer ces cannes qui étaient liées par paquet, et les amener au moulin. Je sillonne la vaste plaine du Nord pour le compte de mon maître. Or, Margot, le Limbé, la Cule, la Petite Anse, Limonade, le Quartier Morin, le Morne Rouge, ses chemins, je les emprunterai bientôt, librement.

Alors, il sera temps de me donner un nom, un vrai nom, celui que je me suis choisi, et non celui de mes maîtres, l'ouverture. Il va sillonner la grande plaine, et comme c'est quelqu'un qui sait observer, il va voir des choses. Et puis, évidemment, c'est une fonction de contact. Vous allez un peu partout quand vous êtes coché. Donc, il va à la fois observer ce qui va se passer dans un certain nombre d'habitations, dont celle du Comte de Noé, où ça n'allait pas vraiment très fort, et même ça valait de mal en pi. Et puis, il va aussi observer toute l'activité de la grande ville du Cap. C'est la ville la plus importante de la colonie à cette époque-là. On est à peu près à 18 500 habitants.

C'est l'équivalent de Boston, aux futurs États-Unis. Il va y avoir cette guerre d'indépendance qui va avoir des répercussions importantes à Saint-Domingue à cette époque. Et donc, Toussaint voit à la fois les difficultés des habitations, mais aussi tout le potentiel et toute l'importance de ce grand port et du commerce colonial.

Sa fonction le met en position intéressante dans la mesure où il va, évidemment, étant esclave d'abord et puis affranchit ensuite, être très sensible à son milieu d'origine et être en contact avec des esclaves, mais aussi avec des libres de couleurs, donc des gens qui ont été affranchis et qui sont sortis de l'esclavage, et également être en contact avec le milieu du négoce, avec le milieu des juristes, avec tous les gens importants de la ville du Cap français et même de la colonie à une certaine époque. Quelle est sa vie quotidienne ? Quelle est sa situation parmi les esclaves ? Mais tout ça, ce n'est pas un esclave comme un autre. Il n'a jamais été esclave de jardin ni esclave domestique.

Ce sont les deux catégories. Les esclaves de jardin sont souvent les bossals, ceux qui arrivent directement d'Afrique et qu'on met au travail des champs. Et là règne la plus grande inégalité, c'est-à-dire que plus l'esclave est nouveau, plus il est faible, plus il est étranger, c'est-à-dire africain, plus il travaille. Plus il est créole, c'est-à-dire né sur place, plus il a une position de faveur, d'esclave à talent, comme on dit. Il n'est pas né en Afrique. Il est né à Breda, du Haut du Cap. C'est donc un créole. Il est né dans la colonie. D'une manière très pratique, sur la plantation, Toussaint bénéficie de ce qu'on appelle une liberté de savane.

C'est-à-dire qu'il n'est pas assujetti au même régime que les autres esclaves dans tous les domaines. Où habitait-il sur la plantation ? Il n'habitait pas dans le quartier des esclaves, dans ce que les Martiniquais appellent la rue Cazenègre. Non, il n'habitait pas là, lui. Il habitait dans une case avec ses parents qui était beaucoup plus haut en remontant vers le Morne. Le Morne, c'est une colline aux Antilles. Et plus on remonte depuis la rivière, moins on a un terrain marécageux propice aux cultures de cannes ou autres. Et plus on remonte, plus on a quand même un terrain beaucoup plus sain et une situation sanitaire beaucoup plus favorable.

Les libres de savane, ce sont ceux qui avaient des laissés-passer pour faire du petit commerce, en particulier, des choses comme ça. Bernard Guénaud, historien. Et pour garder des troupeaux aussi, mais il n'y avait pas énormément de troupeaux. Donc ils avaient une liberté de manœuvre qui était importante. En dessous, il y a les domestiques attachés à la maison, en majorité féminin. Et puis tout en bas, il y a les cultivateurs, donc les ateliers. Mais c'est des strates qu'on voit, mais il y a beaucoup de circulation entre toutes ces strates. Il ne faut pas imaginer que c'est quelque chose de figé, comme les castans d'Inde. Et tout ça est bien représentatif.

Il y a à la fois le passé africain, c'est vrai, qui est présent, et l'acculturation créole qui joue. Et vraisemblablement, au niveau de la masse, les deux sont mélangés comme chez Toussaint. Et en ce sens, il est représentatif, effectivement, d'une certaine élite noire.

29:23
Présentateur

Il y a évidemment une hiérarchie parmi les esclaves. Tous les esclaves n'ont pas les mêmes conditions de vie et de travail. Évidemment, mais pour autant, ça n'enlève pas la condition d'esclave.

29:35
Invité

Cécile Vidal, historienne.

29:37
Présentateur

Peut-être que ça permet de survivre plus facilement, que le risque de mourir est moindre par rapport à un travailleur des champs qui est surexploité, etc. Bien sûr, il n'a pas connu la condition d'esclave la plus dure, mais il a connu la condition d'esclave. Ce qui caractérise l'esclavage, c'est précisément la mort sociale, c'est-à-dire qu'à tout moment, vous pouvez être vendu. Vos enfants peuvent être vendus, votre conjointe peut être vendue. Vous pouvez être mis à mort. En fait, le code noir interdit la torture, mutilation, meurtre des esclaves sous peine de poursuite criminelle.

Mais de facto, il y a eu une grande impunité des maîtres jusqu'à les décennies qui précèdent la Révolution française. Donc connaître ce statut-là, même quand on a des conditions de vie et de travail qui sont peut-être meilleures que quelqu'un qui est employé au travail des champs, ne fait pas de vous un esclave, enfin pas moi, un esclave en fait. Et puis, il faut aussi imaginer, c'est évidemment une expérience différente de connaître la liberté, d'être réduit dans l'esclavage et une autre de naître dans l'esclavage. Mais il faut aussi penser ce que ça veut dire, enfant, de progressivement réaliser ce que ça veut dire d'avoir un statut d'esclave.

Que vos parents ne peuvent pas vous protéger, que vous pouvez voir le maître fouetter votre père, etc., etc. Donc,

31:03
Locuteur

non,

31:04
Présentateur

il a connu l'esclavage.

31:06
Invité

Toujours ces airs dans ma tête qui mènent à tenir. L'âme ne leur est accessible qu'à travers le seul organe acoustique. animé seulement par les sons sourds du tambour ou d'une voix exprimée avec force, dont les yeux ne reflètent aucune vivacité et dont le visage présente l'image de la stupidité. Marie-Benoît Louis-Gouli, représentant de la colonie d'Île-de-France devant la Convention à propos des anciens esclaves de Saint-Domingue, 1795. L'esclave agit et ne réfléchit pas. Il parle rarement et chante souvent. Jamais un profond sentiment de peine ou de plaisir ne tire des larmes de ses yeux. Il souffre et ne se plaint jamais.

Il ne ressent aucun désir, aime se reposer et déteste absolument travailler. Son plaisir est de ne rien faire et il trouve tout son bonheur dans le sommeil. d'où vient-il ? Et que sait-il de mon âme ? Là, ce qu'on sait, qu'on croit savoir, c'est que le père de Toussaint, ce n'est pas Toussaint qui a été pris avec sa femme en Afrique, c'est son père que les Haïtiens appellent Gawu Guinou. aurait été pris avec sa femme en Afrique et transporté au Cap où il a été débarqué du Négaillet donc et acheté vraisemblablement par le gérant de la plantation Breda. Ce qui nous intéresse, c'est qu'il s'appelle Toussaint Breda et que à Breda, sa famille a été reconnue.

Son père, en tout cas, puisque la famille a été séparée, la mère a été envoyée dans le sud, achetée par un autre colon. Elle était la fille d'un roi, du roi des Aguias. lui était un officier, un supérieur, un dignitaire, un prince, si vous voulez, de race royale, vraisemblablement, de la famille des Alada que les Domingois prononçaient Arada, les gens du royaume d'Alada, donc, au Bénin, étaient très peu nombreux sur la plantation. Ils étaient une douzaine et pas plus, sur cent et quelques esclaves, 154 exactement. C'est peu. mais ils auraient reconnu en Gahou Guinou, le père de Toussaint, un membre de la race royale et à ce moment-là, ce serait prosterné devant lui.

Alors, tout ça, ça devient mythique, vous comprenez, qui l'a vu, qui l'a dit. Non, ça se répète. Et c'est la justification que l'on a pour l'instant de la liberté de savane accordée à cet homme. Le père Gahou Guinou, en langage africain, ça signifie que c'était un chef de guerre, exactement. Gahou Guinou avait donc été reconnu comme quelqu'un qu'il fallait ménager si l'on voulait contrôler aisément les esclaves. Au bout, c'est toi qui nous as amenés jusqu'ici. Alors, prends soin de nous. Quitte mal, quitte bien. Tu dois prendre soin de nous. Mon père m'enseignait tout et j'écoutais. Pourquoi ? D'où Zarada avait suffi à donner cette idée-là au gérant. Parce que l'homme fort, c'est le gérant.

Ce n'est pas le propriétaire qui n'est pas là. Eh bien, c'est que les Zarada, c'était les Noirs les plus estimés et de loin à Saint-Domingue. Ce n'étaient pas les Congos. Les Zarada étaient extrêmement prisés et étaient reconnus pour être des personnes très avisées, très intelligentes et qu'on pouvait facilement gouverner à condition de respecter quelques règles et qu'ils pouvaient avoir beaucoup d'influence sur les autres qu'ils dominaient. Voilà. Donc, c'est à partir de là que Gauguinou a obtenu cette liberté de savane qui est une reconnaissance en même temps qu'on lui donne d'ailleurs un prénom catholique, français, c'est-à-dire Hippolyte.

Je suis Toussaint, Toussaint Breda, esclave du comte de Noé. Je n'ai peut-être plus de nom, mais j'ai un père et une mère. Gauguinou, Degnon, Hippolyte, Pauline. Je suis le fils d'un grand du royaume, Arada. Toussaint L'ouverture n'est pas née en Afrique. Son père et sa mère sont nés en Afrique, donc il a une relation indirecte avec le continent africain, mais c'est une relation très riche, d'une part parce que nous savons qu'il a été très proche avec son père. Son père lui a notamment enseigné les sciences naturelles. Il est docteur feuille, comme on disait à l'époque, donc c'est quelqu'un qui a une connaissance riche des plantes médicinales.

Et donc, Toussaint pratiquait probablement, il était comme un guérisseur et c'était un rôle qu'il jouait sur la plantation de Breda. Là aussi, la fonction de docteur feuille, elle est multiple parce que d'une part, c'est une fonction presque médicale. Les esclaves étaient très mal soignés sur les plantations. D'ailleurs, beaucoup d'esclaves mouraient. L'espérance de vie sur une plantation comme Breda était, je crois, en moyenne de 37 ans. Donc, la plupart des esclaves mouraient très jeunes. On a calculé que sur trois personnes que Toussaint Louverture a connues depuis sa naissance à Breda, un était décédé. On avait une chance de survie sur trois, sur la plantation.

Donc, c'était un lieu très violent où les esclaves étaient en général assez mal traités. Et donc, les gens se soignaient comme ils pouvaient et organisaient ces soins entre eux. Et c'est ce que fait l'ouverture lorsqu'il occupe cette position, disons, officieuse de docteur feuille. la mâpée, la mâpée, la mâpée, bambou, bambou, pieds cafés, pieds cafés, cannes, cannes, pieds girofs. Les esclaves, obligatoirement, on oublie ça, qu'un esclave, quel qu'il soit, se trouve dans une situation où son corps ne lui appartient plus. pieds girofs.

Son corps appartient à un maître, il est un bien meuble et il faut imaginer ce que cela représente d'être quelqu'un qui a le fouet continuellement pendant son travail parce qu'être esclave c'est être soumis au fouet, à la possibilité du fouet en permanence, pour imaginer ce que cela représente.

Deuxièmement un esclave c'est quelqu'un qui est étampé comme un animal et donc il est en situation de malade permanence, je peux parler ici parce qu'il n'a pas son corps avec lui il ne dispose pas de pouvoir de son corps et donc toutes les maladies sont possibles, d'ailleurs les esclaves n'avaient pas là une vie longue et c'est pour cette raison qu'il a fallu tout le temps continuer la traite il y avait dans toutes les habitations, il y avait des centres, des centres de santé parce que les maîtres savaient qu'il fallait soigner les esclaves les empêcher de mourir, parce que c'était un bien important quand on perd un esclave on perd beaucoup, c'est un bien qu'on vient de perdre, donc c'était un bien économique qu'il s'agissait de sauvegarder de protéger, et à ce titre les esclaves recevaient des soins il est la personne qui peut soigner les malades, mais aussi soigner les bêtes parce que sa première fonction que nous connaissons qui semble établie par les historiens et pas par les archives mais c'est ce que la tradition orale nous raconte c'est qu'il soigne aussi les bêtes et les bêtes aussi sont très vulnérables à Saint-Domingue au 19ème siècle nous savons d'ailleurs qu'il y a multiples épidémies qui font des ravages dans les plantations il y a des épidémies terribles par exemple qui frappent le nord de la province dans les années 1750 et aussi dans les années 1770 donc la fonction de Dr Feuille est une fonction très importante du point de vue, disons, de l'ordre de la plantation le portτule le portocard le portocard le portocard les bêtes Dans la cosmologie africaine et aussi caribéenne, le docteur Feuille est aussi une figure spirituelle.

Et donc c'est là qu'on peut commencer à faire le lien. Et là aussi il faut s'exprimer avec prudence parce que nous ne savons pas toute l'histoire. Mais on peut commencer à tisser le lien entre cet hygiénisme que pratique l'ouverture et ce que va devenir la religion vaudou. Parce que le rapport à la nature joue aussi un rôle spirituel dans la tradition religieuse africaine. Et ce que fait l'ouverture c'est qu'il développe des connaissances qui sont des connaissances aussi religieuses. Et il entre en contact avec le monde, ce que va devenir le monde vaudou. Et c'est un monde dans lequel est plongée et baignée surtout la majorité de la population bossale.

Grâce à ces connaissances religieuses et spirituelles, Toussaint, pas encore l'ouverture, mais Toussaint va pouvoir entrer en contact avec les esclaves qui eux aussi pratiquent ce que les colons français de l'époque appelaient la sorcellerie. Mais qui est une religion, tout simplement. C'est une religion avec des principes, avec une conception spirituelle, avec des prêtres aussi. Alors là aussi, il y a ce que dit la légende et la tradition orale, que Toussaint aurait été lui-même un prêtre vaudou. Nous ne savons pas si c'est le cas, mais nous savons qu'il avait une autorité disons similaire à celle qu'exerçaient les prêtres vaudous.

Donc, il avait une connaissance intime de la religion vaudou, des pratiques, des rituels. Et d'ailleurs, lorsqu'il deviendra un dirigeant politique dans les années 1790, il utilisera ces connaissances-là aussi pour développer ses relations avec les esclaves émancipés. Il me connaît. Qui connaît mon nom, ma naissance ? Il va d'abord être en ménage avec une certaine Cécile, qui va rester une bonne vingtaine d'années avec lui. On peut supposer qu'il est père assez tôt, vers 18 ans, père d'un garçon qui va s'appeler Toussaint. Il va avoir un autre garçon, Gabriel, et une fille, Marie-Marthe, alias Martine. Jean-Louis Donadieu.

Alors, pendant très très longtemps, cette première famille avait disparu de la connaissance que l'on pouvait avoir sur Toussaint. On arrive à la retrouver en consultant les registres paroissiaux du Cap français, tout simplement parce qu'une fois que les esclaves sont devenus des affranchis, sont des libres de couleurs, eh bien, tous les actes, aussi bien de baptême, de mariage que de sépulture, sont consignés, en même temps que ceux des Blancs, dans les registres paroissiaux. Et donc, en fouillant, on arrive à retrouver des choses. Bon, il se trouve que son fils aîné, Toussaint, junior, est décédé, probablement d'un accident.

Enfin, il avait 24 ans, en 1785, et à partir de cet acte de décès, on arrive à retrouver le nom de sa mère, Cécile, la présence d'un frère, Gabriel. Et puis, en fouillant, par ailleurs, on arrive à retrouver la trace aussi de sa fille, Marie-Marthe. Voilà. Pauline. Donc, ces documents que nous avons sont quand même assez maigres. Cécile, Toussaint. On sait simplement que Cécile et Toussaint vont rester deux décennies ensemble, et puis à un moment donné, ils vont se séparer. Marie-Marthe, Martine, quels sont les noms des gens que j'aimais ? Comme Cécile était présentée comme femme de Toussaint-Breda, on peut penser qu'ils étaient mariés religieusement, c'est pas impossible.

Enfin, toujours est-il qu'à une époque où le divorce n'existe pas, il a dû y avoir une séparation, ce qu'on appelait la séparation de corps. On va voir que Toussaint, très jeune, va être épousé par... C'est pas lui qui va se marier, il va être épousé par une noire libre du Cap. Jacques Ducounat. C'est-à-dire une femme qui a réussi à s'émanciper, ou à se faire émanciper légalement, affranchie. Qui est donc en meilleure position que lui, parce que lui, il n'a que la liberté de savane. Concrète, pratique, mais pas légale. Pas nominative, pas normalisée, si vous voulez. Alors c'est Cécile, qui a donné trois enfants, quand même, à Toussaint, dans un premier temps.

Et ce qui est extraordinaire, c'est qu'elle a choisi... Ça ne peut pas être fait dans l'autre sens. La hiérarchie, elle est très forte dans ce sujet-là. C'est la femme libre qui a choisi son homme dans un cheptel d'esclaves de plantation, où il se trouve que celui qu'elle a pris était un peu au-dessus du lot, par l'intelligence, par la position de successeur d'une race royale africaine, etc. Par le fait qu'il était libre de savane, et donc disponible à tout moment. Par le fait que c'était un jeune homme de 18 ans. Il avait 18 ans à l'époque, quand il a épousé Cécile. Puisque son premier enfant est à peu près cette année-là. Il avait 18 ans.

L'intérêt de la biographie de Toussaint, c'est que c'est effectivement un privilégié d'entre les esclaves. Jean-Marie Théoda. Il a grandi avec ses parents, on connaît leur nom, Hippolyte et Pauline. Des parents qui avaient un univers familial plutôt chaleureux, accueillant, qui avaient des fonctions sur la plantation Breda, qui faisaient que, tout de suite, Toussaint est apparu comme un privilégié parmi les esclaves. Comme le père avait des fonctions, notamment de guérisseur, de vétérinaire, et de référence morale sur la plantation, son fils a hérité de cette aura. Oui, j'ai observé mon père.

À titre très personnel, c'est quelqu'un de très studieux, de très volontaire et d'ambitieux, certainement. Il a su mettre à profit ses talents et l'opportunité d'une fonction, on va dire, plutôt noble, au sein de la plantation, pour prendre un ascendant et devenir le cocher du gérant, Bayon de Libertat, et en tant que tel, il avait accès à beaucoup d'avantages. Il savait lire et écrire, il pouvait même parfois l'accompagner dans ses cérémonies de loges maçonniques.

On hésite pour dire si Toussaint a été lui-même franc-maçon ou s'il en a subi l'influence, mais le seul fait de poser la question vous situe intellectuellement Toussaint dans un univers mental, intellectuel, idéologique, qui n'est pas celui du commun des esclaves. Avant la Révolution, j'avais un maître que j'aimais. Il m'avait fait apprendre à lire et à y écrire. Je sais lire et... Chaque dimanche, il me laissait aller au Cap, entendre la messe. Je portais toujours un livre de prière. Un jour, je fis la rencontre d'un blanc qui me fendit la tête d'un coup de bâton, un coup de hache, en me disant « Ne sais-tu pas qu'un ingre ne doit pas l'apprendre à lire ?

» Je lui demandais pardon humblement et j'avouais que j'étais coupable de savoir lire mon gilet. Mon gilet fut couvert de sang, couvert. De retour chez mon maître, je ne cessais de porter ce gilet qui me rappelait que j'aurais un jour à me venger de cet affront. Quand la révolution éclata, le hasard me fit rencontrer ce blanc. Ce blanc. Je l'abordais et lui dis, lui montrant mon gilet, mon gilet. « Reconnais-tu ce sang couvert de sang ? » Il palit. Il demanda grâce. « Chance là ! » Et me demanda grâce. Je lui ouvris le ventre. Le ventre. Avec mon poignard. Le poignard. « Reconnais-tu jamais oublié les humiliations qu'il a reçues ? » Et tout cela s'est passé ainsi. Cela me ressemble si peu.

Il faut constamment qu'on puisse voir, à travers les révoltes, ce que représente réellement la condition d'esclave qui va pousser l'individu à des révoltes radicales, à des positions de chaque jour plus radicales contre le système. Pouta Blanc. Pouta Blanc. Au XVIIIe siècle, il y a eu plusieurs moments, surtout à partir des années 1750, il y aura plusieurs personnalités. Vaudou, venant du Vaudou, qui vont se lever et qui vont déclarer qu'ils sont en révolte, qui vont déclarer que les Blancs doivent partir, qu'à eux appartiennent l'île. Il est temps maintenant d'entrer dans une position offensive et de dire qu'il faut sortir le gland pour que le pays nous appartienne. Pouta Blanc.

Et le moment, qui est un moment, à mon avis, fondamental, avant 1751, c'est 1758 qu'apparaît le fameux Marc Andal. Marc Andal est celui aussi qui disposait de cet homme de connaissance, des plantes, des plantes vénéneuses, mais aussi des maléfices. Et il faisait peur à tout le monde, y compris. Il faisait peur également aux essaves aussi. Quand la révolte grondera, certains me prendront pour la réincarnation de Marc Andal, tout un brédard que l'on surnomme Fatra Baton. Je serai l'héritier du grand Marc Andal. Les révoltes d'esclaves, les soulèvements sanglants, c'est déjà dans les années 1750, avec Marc Andal, François Marc Andal.

Marc Andal a été, avec ces hommes, l'investigateur d'un mouvement d'empoisonnement des anciens maîtres. Et lorsqu'en 1758, Marc Andal est finalement arrêté et supplicié sur la place publique aux Cap Haïtiens, Toussaint a peut-être assisté à ce supplice. Et quand Marc Andal a été pris, on pensait qu'au moment qu'il était pendu, il a réussi à s'échapper, il a pris la forme d'un lézard, et puis les polons l'ont beau chercher, les bourreaux le cherchent, on ne sait pas où il est passé, mais finalement, évidemment, il a été repris. Peu après, tu es tué, et bien, là, je pense que Marc Andal reviendra. Après bon Dieu, c'est Marc Andal.

On dit qu'au moment d'être brûlé vif sur le bûcher, Marc Andal se serait échappé, et il aurait disparu. De sorte que le mythe ici est parfait, c'est-à-dire du héros qui survit même aux flammes, et qui peut-être survit encore, quelque part. Donc, la galerie des héros s'enrichit d'une figure tutélaire en Haïti qui va planer sur toute l'histoire. Et les bookmans, les tourseurs d'ouverture, les dessalines sont en fait des avatars de ce héros indestructible qu'était Marc Andal. C'est là que le mythe fait partie en fait des techniques de salut dans un combat pour la liberté. Et le mythe était nécessaire. C'était Toussaint l'ouverture de Saint-Domingue à Haïti, l'esclave qui a dit non.

Premier épisode, Les mondes de Toussaint-Breda. Merci à Estelle Varedi et Belinda Tournier au Fort-de-Joux. Merci à Rudi Rigaud-Marcelin pour les ambiances sonores d'Haïti. Émile avec les voix de David Mijou, Roberto Jean, Kervin de Saint-Fort, Rose Martine, Emmanuel Vilsin dit poète-brasseur et le chanteur James Germain. Préduction en créole, Sadraq Charles.

Archivina, Samia Jedhaï, Documentation musicale, Antoine Vuloz, Documentation, Anne-Lise Signoret, Prise de son, Nicolas Mathias, Manuel Couturier, Philippe Thibault, Mixage, Manuel Couturier, Coordination, Christine Bernard, Responsable éditorial, Emmanuel Laurentin, Une grande traversée de Stéphane Bonnefoy, réalisée par Diffy Marianne. A suivre dans le deuxième épisode, un homme libre, mais de couleur.