MÉLENCHON : «POUR UNE MAJORITÉ PARLEMENTAIRE INSOUMISE AUX LÉGISLATIVES»
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 40 %Attaque 50 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 83 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:00OuverteRéponse directe
Bonsoir Jean-Luc Mélenchon. Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation.
- 0:15OuverteRéponse directe
Dimanche soir on a eu l'impression que vous aviez eu du mal à accepter ces résultats et cette 4ème place.
- 1:00RelanceRéponse partielle
Avant les législatives il y a tout de même un second tour et il va falloir choisir. En 2002 vous aviez appelé sans ambiguïté à voter pour Jacques Chirac, pourquoi vous ne le faites pas cette fois-ci ?
- 3:00FerméeÉludée
Pardon de vous reposer la question, mais vous êtes prêt à voter blanc ?
- 4:00RelanceRéponse directe
Est-ce que vous n'avez pas peur que le fait d'inciter les gens qui ont voté pour vous à voter blanc favorise Marine Le Pen ?
- 6:00OuverteRéponse directe
On s'étonne quand même de votre silence, parce que Marine Le Pen a utilisé vos propres mots cette semaine.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:30Jean-Luc Mélenchon (JLM)Fait
« Non, j'ai attendu un peu que le résultat s'éclaircisse parce que vous avez vu qu'à la fin c'était encore plus serré qu'il n'y paraissait au début. »
- 0:45Jean-Luc Mélenchon (JLM)Chiffre
« Et c'est normal d'attendre des résultats stables pour donner son point de vue. D'autant que vous avez vu les trois nous étions dans les 7 millions de voix, ça s'est joué pour ce qui me concerne à 600 000 voix. »
- 3:30Jean-Luc Mélenchon (JLM)Fait
« Le Front Républicain, ça consiste à donner des brevets de pompier à des pyromanes. »
- 5:00Jean-Luc Mélenchon (JLM)Chiffre
« Je suis certain que sur ces 7 millions de voix, c'est de manière très résiduelle que des gens imaginent de voter Front National. »
- 7:00Jean-Luc Mélenchon (JLM)Promesse
« Il faudra bien qu'il s'y fasse. Il faudra bien qu'il s'y fasse. »
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Anne-Claire Coudray (ACC) : Bonsoir Jean-Luc Mélenchon. Jean-Luc Mélenchon (JLM) : Bonsoir. ACC : Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation.
C'est la première interview que vous accordez depuis le premier tour. JLM : Oui. Dimanche soir on a eu l'impression que vous aviez eu du mal à accepter ces résultats et cette 4ème place.
JLM : Non, j'ai attendu un peu que le résultat s'éclaircisse parce que vous avez vu qu'à la fin c'était encore plus serré qu'il n'y paraissait au début. Et c'est normal d'attendre des résultats stables pour donner son point de vue. D'autant que vous avez vu les trois nous étions dans les 7 millions de voix, ça s'est joué pour ce qui me concerne à 600 000 voix. 600 000 voix de plus et on n'en serait pas là où on en est ce soir.
On aurait une confrontation entre monsieur Macron et moi. Par conséquent, j'ai eu raison de prendre mon temps pour m'exprimer. Et ensuite, je me suis exprimé peut-être sans sentir la force qui avait été rassemblée : 7 millions de voix, mais surtout en tête dans des dizaines de communes et les plus grandes villes du pays.
Ce qui me donne dorénavant une responsabilité singulière. Je ne peux pas être le même homme qu'avant. Je suis le porteur de cette force, et je sais que le résultat, ni la semaine dernière ni cette semaine ne procurera au pays aucune stabilité.
C'est-à-dire que les deux finalistes regroupent à peine 45% des suffrages exprimés et une masse considérable de Français s'est encore abstenue, je vous le rappelle : 10 millions la dernière fois. Donc le vrai jugement politique, celui qui va confirmer l'orientation du pays, c'est les élections législatives. C'est la raison pour laquelle je vais mener moi-même la manœuvre et conduire la force qui s'est rassemblée autour de moi pour qu'elle devienne une majorité parlementaire.
ACC : Avant les législatives il y a tout de même un second tour JLM : Bien sûr ! ACC : et il va falloir choisir. En 2002 vous aviez appelé sans ambiguïté, on l'a entendu, à voter pour Jaques Chirac, pourquoi vous ne le faites pas cette fois ci ?
Marine Le Pen c'est pas pareil que Jean-Marie Le Pen? JLM : Si c'est tout pareil. Mais les circonstances...
ACC : Alors pourquoi ne pas le faire? JLM : Mais vous allez voir je vais vous répondre très clairement. D'abord, il n'y a pas d'ambiguïté dans ma position.
Ma position ça n'est pas.. ACC : Vous dîtes que vous ne donnerez pas votre vote.
JLM : Ma position ce n'est pas "ni, ni". D'accord ? Je ne voterai pas Front National, je combats le Front National, et je dis à tout ceux qui m'écoutent : ne faites pas la terrible erreur de mettre un bulletin de vote pour le Front National car vous pousseriez le pays à un embrasement général dont personne ne voit le bout parce qu'il nous mettrait du jour au lendemain dans une espèce de guerre où chacun irait chercher dans les berceaux qui est Français et qui ne l'est pas, quelle est la religion de l'un, de l'autre etc.
Donc, surtout ne pas faire ça. Mais, depuis 2002 il s'est produit quelque chose, c'est qu'en 2002 on pensait que c'était un accident mais voilà que c'est toutes les élections maintenant que nous vivons sous la menace d'un deuxième tour avec les Le Pen. Et on nous fait peur et à tous les deuxièmes tours on nous tord les bras.
Eh bien je vais vous dire : Tout le monde a oublié que pour les élections régionales, j'ai agi de même. Je n'ai pas appelé au Front Républicain. Le Front Républicain, ça consiste à donner des brevets de pompier à des pyromanes.
Je n'ai rien de commun avec Les Républicains, rien de commun avec le Parti Socialiste sur le plan des orientations politiques. Par conséquent, je dis à chacun : Usez de votre intelligence, sachez ce que vous avez à faire, parce que c'est vous qui le savez. Pourquoi je dis ça ?
Parce que mes amis sont partagés en trois groupes, comme je l'ai vu aux régionales : Ceux qui se préparent à voter Macron - je respecte leur trajectoire, Ceux qui veulent s'abstenir - Je les respecte Ceux qui veulent voter blanc. Et moi mon devoir est de leur dire : Quoi que vous ayez décidé dans votre conscience, vous avez un point d'appui. Ce point d'appui, c'est moi.
C'est la France insoumise. Et je suis prêt à gouverner ce pays si nous conquérons la majorité. JLM : Nous avons...
ACC : Pardon de vous reposer la question, mais vous êtes prêt à voter blanc? JLM : Mais attendez, Madame. ACC : Parce que comme vous ne dites pas pour qui vous allez voter mais que vous ne voterez pas pour le Front National, est-ce que vous envisagez de voter blanc si vous ne votez pas Emmanuel Macron ?
JLM : Ça me regarde et je ne vous le dirai pas. ACC : Non mais vous, est-ce que vous n'avez pas peur que le fait d'inciter les gens JLM : Ce n'est pas ACC : qui ont voté pour vous à voter blanc, pardon je finis JLM : Je vous en prie. ACC : Est-ce que vous n'avez pas peur que d'inciter les gens qui ont voté pour vous à voter blanc favorise Marine Le Pen ?
Et donc soit contraire à ce vous venez de nous expliquer. JLM : Madame, ceux qui favorisent Madame Le Pen sont ceux qui votent pour Madame Le Pen. Ai-je été assez clair ?
J'ai dit : il ne faut pas voter pour Madame Le Pen ACC : Donc il ne faut pas voter blanc? JLM : Je ne ferai rien de plus car ce serait diviser les forces qui sont autour de moi. Et je vais dire à Monsieur Macron qu'il a eu tort de mépriser la consultation que j'ai organisée parmi ceux qui avaient présenté ma candidature.
Car à peine était-elle lancée, qu'au lieu d'essayer de les convaincre, il a essayé de les contraindre sous la menace, d'abord en m'insultant - ça aide pas trop pour gagner mes électeurs, et deuxièmement en les faisant tous passer pour je-ne-sais-quelle bande d'inconcients. Eh bien moi mon devoir, c'est de convaincre mes amis de faire selon leur conscience. Car je vais vous dire une chose : Je suis certain que sur ces 7 millions de voix, c'est de manière très résiduelle que des gens imaginent de voter Front National.
Et je leur dis "Vous faites une erreur". Et tous les autres vont se répartir en trois catégories, et je respecte leur décision et leur intelligence. Je suis leur porte parole, ils ne m'ont pas donné de mandat pour leur dire ce qu'il est bien de faire dans cette circonstance à part de ne pas voter pour l'extrême droite !
ACC : On s'étonne quand même de votre silence, parce que Marine Le Pen a utilisé vos propres mots cette semaine. Elle dit "Dégagez-les", Elle utilise vos termes, elle s'adresse aux Français Insoumis JLM : Oui. ACC : et vous restez silencieux.
JLM : Et ben oui, parce que...
ACC : Ça vous dérange pas ? JLM : ... chacun d'entre nous est capable Madame, mais pour qui prenez vous les Français ?
Vous croyez que c'est un troupeau qui est incapable de se rendre compte que cette femme est en train de jouer un rôle ? Mais j'en ai connu d'autres qui faisaient ça ! François Hollande aussi disait "Je vais renégocier les traités", "mon ennemie c'est la finance"...
Bon alors il parlait le Mélenchon très couramment. Y'avait pas besoin de mettre un dictionnaire pour traduire. Et il mentait, et les gens le sentaient.
Mais les gens voulaient se débarrasser de Monsieur Sarkozy. Cette fois-ci, les gens voient bien qu'elle est en train de me copier mais combien de commentateurs, d'éditorialistes ont passé leur temps à dire que nous étions identiques ? Ben maintenant c'est à eux de faire le travail pour se rendre compte que ce n'est pas vrai.
Quant à moi, je veux vous redire le fond de l'affaire. Je sais que tout va se jouer aux élections législatives. Je dis donc aux gens : à mon avis, la France va se débarrasser de Madame Le Pen à cette élection présidentielle et nous, dans un mois, nous allons tous ensemble nous débarrasser de la politique de Monsieur Macron car ça serait une terrible erreur à lui aussi de lui abandonner la conduite du pays parce que cet homme n'est pas en état de faire autre chose que de diviser socialement très profondément le pays.
Mais à chaque jour suffit sa peine. Prenons la tâche dans l'ordre dans laquelle elle doit être prise. Quant aux gens qui me soutiennent je leur dis "Restez groupés"...
Pardon? ACC : Vous allez vous présenter aux législatives ? JLM : On y réfléchit.
Vous avez raison de me poser la question. D'abord, dois-je être candidat ou pas ? Est-ce que la bonne façon de mener la bataille c'est d'y aller soi-même ou d'être en retrait comme un général sur sa colline ?
Et si j'y vais, j'attends que des signes me viennent un peu des endroits où je pourrais aller, soit à Marseille, soit à Toulouse...
Vous savez, à Marseille nous avons la France Insoumise et ma candidature est passée en tête quand même, c'est un beau symbole ! On disait que cette ville s'était abandonnée à l’extrême droite, eh bien ce n'est pas vrai. Alors soit le message viendrait de Marseille, ou de Toulouse, qui sait de Lille...
Il y a plusieurs villes dans lesquelles je pourrais être candidat. Tout ça est en discussion mais ce qui est sûr, c'est que il faut bien qu'on m'entende : la partie n'est pas finie. Aux élections législatives, la France Insoumise et ses alliés sont candidats au pouvoir, à gouverner le pays.
Car il ne suffit pas d'être élu Président de la République, il faut encore avoir une majorité parlementaire. ACC : On l'a dit vous avez rassemblé ou recueilli une voix sur cinq dimanche dernier. Est-ce que vous vous voyez un autre destin que simple député éventuellement ?
Est-ce que vous vous voyez prendre la tête d'une opposition quelconque, ou à la tête d'une nouvelle gauche ? JLM : Par la force des choses mon rôle a changé. C'est à moi, compte tenu de la force qui m'a été donnée d'appeler et de rassembler.
Bon, sans non plus me laisser récupérer par tous les aventuriers qui seraient contents l'un de me prendre ma veste, l'autre ma cravate, le troisième mon drapeau...
De faire une offre de rassemblement, et je l'ai fait, C'est le programme "L'avenir en commun". Je sais que vous allez me trouver encore bien audacieux mais je reste persuadé que, compte tenu de la faiblesse des deux candidats et de l'incapacité dont ils sont en train de faire la démonstration d'être un point de rassemblement des Français. Eh bien aux élections législatives je peux l'emporter.
Alors, oui, je me vois comme le chef de cette nouvelle coalition majoritaire dans le pays. ACC : Premier ministre dans le cadre d'une cohabitation avec Emmanuel Macron si c'est lui qui l'emporte ? JLM : Ah, il faudra bien qu'il s'y fasse.
Il faudra bien qu'il s'y fasse. ACC : Vous vous voyez dans ce rôle en tout cas ? JLM : Moi, écoutez, je veux quand même lui donner un conseil avant de vous quitter parce qu'il faut bien aussi que je rende un petit service dans cette campagne.
Au lieu de m'insulter, au lieu de tordre le bras de mes amis et de les maltraiter, pourquoi par exemple ne ferait-il pas un geste ? Enfin il pourrait regarder, Madame Le Pen elle essaye au moins de parler aux Insoumis. Bon, mais lui il pourrait faire un geste, il pourrait leur dire "Écoutez, je vous ai compris", comme il a l'habitude de le dire, "Je retire mon idée de réforme du Code du Travail" "J'oublie ça, je le mets de côté, pour que vous puissiez faire un mouvement vers moi" Monsieur Macron, il faut faire quelque chose !
Vous ne pouvez pas vous contenter de venir, et de dire "Je veux un vote d'adhésion !" Et puis quoi encore !?
Non, nous n'adhérons pas à vos thèses ! Il prend des risques en se comportant comme il le fait. ACC : Eh bien nous avons compris que vous avez envoyé un message à Emmanuel Macron ce soir.
JLM : Merci. ACC : Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation.
Emmanuel Macron