Manifestation à Paris: l’interview de Laurent Nuñez sur BFMTV en intégralité
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonsoir M. le Préfet de police. Bonsoir. Merci beaucoup d'être avec nous. Une première question, quel bilan tirez-vous de cette journée et notamment des interpellations ce soir au moment où on se parle ?
D'abord, je voudrais profiter évidemment de ma présence sur votre antenne pour remercier et féliciter les plus de 1500 fonctionnaires de police de la préfecture de police, renforcés par des forces mobiles, des gendarmes mobiles, des CRS, qui ont permis à cette manifestation de se dérouler tout à fait normalement. Le cortège a pu progresser, malgré la constitution d'un pré-cortège qui est venu en tête de cortège, qui était constitué de 3000-4000 personnes, qui n'étaient parfois pas toujours animées des meilleures intentions. Non, on va y revenir à l'âge de casseurs. Et donc néanmoins, l'action des forces de l'ordre a permis de jouer le rôle qui était le leur.
C'était la mission que m'avait assignée le ministre de l'Intérieur. D'ailleurs, au préfet de police, comme à tous les préfets partout en France, c'était de permettre à ces manifestations syndicales de se dérouler, que la liberté d'expression puisse s'exprimer normalement. Et ça a été évidemment le cas cet après-midi à Paris.
Est-ce que vous comprenez qu'on puisse être surpris, on va dire, de votre bilan globalement positif de cette journée, quand on voit les images de débordements qui ont eu lieu au milieu, puis à la fin de cette manifestation ?
Alors, en réalité, il y a eu très peu de débordements. Donc, les fonctionnaires de police ont procédé à de nombreux bons offensifs, ce qu'on appelle des CRT. Les forces de l'ordre se sont déplacées et sont entrées dans la manifestation quand il y avait des tentatives de pillage de magasins. Il y en a eu de nombreuses. Il y a eu des tentatives de prise à partie des forces de l'ordre, auxquelles d'ailleurs, elles n'ont pas répondu, avec beaucoup de professionnalisme, beaucoup de sang-froid. Et il y a eu des interventions policières sans utiliser de moyens intermédiaires. C'est-à-dire qu'il n'y a pas eu d'usage de gaz lacrymogène, il n'y a pas eu d'usage de grenades lacrymogènes.
On a eu simplement l'usage d'une grenade de désencerclement par un effectif qui était isolé et pris à partie et qui a utilisé d'un moyen intermédiaire. Mais il n'y a pas eu d'utilisation de moyens de défense. Et sur l'ensemble de l'itinéraire, il y a eu de nombreuses interventions, de nombreux bons offensifs pour disperser les fauteurs de troubles. Et quand ça a été possible, les interpeller, puisque nous avons ce soir 11 interpellations.
– Alors, à mes côtés, Thomas Soulier, qui est chef adjoint du service politique de BFM TV, je le rappelle, Guillaume Fard, notre consultant sécurité à lui aussi, vont bien entendu intervenir. Je voudrais qu'on va ensemble et qu'on découvre ensemble une photo qui a été prise cet après-midi dans les manifestations et qui peuvent avoir un aspect tout à fait inquiétant, puisqu'on y découvre, voilà, un prix sur les manifestants, une pierre, un pistolet, un couteau, je ne sais pas comment le qualifier, en tout cas, je ne souhaiterais pas en prendre un coup. C'est ce qu'on découvre sur des manifestants aujourd'hui. Quelle est votre réaction ?
– Oui, enfin, on ne va pas tomber dans une fausse naïveté. Évidemment que les personnes qui constituaient le pré-cortège, j'insiste, le pré-cortège, c'est-à-dire qu'un certain nombre d'individus, plusieurs milliers, se sont positionnés devant le cortège officiel de la CGT, qui lui était protégé par son service d'ordre. Et ces personnes ont eu la volonté, tout au long du parcours, de commettre des exactions. Et nous les en avons évidemment empêchées.
Je reviendrai évidemment sur la concession au BMW, on y reviendra si vous voulez, mais tout au long de la manifestation, les forces de l'ordre ont fait en sorte que le cortège de la CGT puisse progresser normalement et ont empêché de nombreuses dégradations. Alors effectivement, je vous confirme que parmi les 11 personnes interpellées, deux étaient trouvées en possession de ce pistolet, qui je vous rassure est une arme factice. En revanche, la pierre et l'espèce de couteau ne le sont pas du tout. – Tout au papillon, dites-moi. – Tout au papillon, effectivement. – Dites-moi gentiment. – Voilà ce que les policiers… – Le terme est charmant, l'utilisation les moins.
– Voilà ce que les policiers et les gendarmes mobiles, quand ils sont employés à Paris, se trouvent confrontés à ce type de manifestants violents. Voilà, aujourd'hui dans le pré-cortège qu'il y avait devant le cortège intersyndical, qui s'est déroulé parfaitement, la manifestation a pu se passer. J'étais d'ailleurs en contact direct avec Philippe Martinez pour bien organiser les choses, ça s'est parfaitement passé. Mais nous avions deux nouveaux en tête de cortège, des individus violents. Et à nouveau, nous sommes allés au contact, chaque fois qu'il y avait des exactions. On en voit d'ailleurs à l'image ici, voilà, ce fameux Black Block qui a essayé d'ériger une barricade.
Nous sommes intervenus par un bon offensif qui a permis de libérer cette barricade et au passage d'ailleurs de faire un certain nombre d'interpellations. Donc moi, je considère que les forces de l'ordre ont fait un travail remarquable cet après-midi. Je veux à nouveau le saluer. Nous avons empêché de nombreuses exactions. Et le cortège surtout, comme nous l'a demandé le ministre de l'Intérieur, il a pu se dérouler normalement.
– Une question quand même sur ces fameux, quel que soit le nom qu'on leur donne, perturbateurs, Black Block, extrémistes des Gilets jaunes, ça fait des années et des années qu'ils perturbent l'ensemble des manifestations qui globalement se tiennent dans le calme quand ils ne sont pas là. Comment se fait-il qu'on ne les ait pas identifiés ? Alors, sont-ils identifiés mais on n'arrive pas à les arrêter ? Et comment se fait-il qu'on n'arrive pas à les empêcher de nuire ?
– Alors, d'abord, les Black Blocs, ils sont présents dans les manifestations. Chaque fois que vous avez des manifestations qui réunissent quelques milliers de personnes ou plus, vous avez maintenant des Black Blocs. C'est vrai depuis 2016.
– On ne les a pas vus récemment. À la marche NUPES dimanche, ils n'étaient pas là. À la marche du 9 septembre, ils n'étaient pas là.
– Non, non, vous ne les avez pas vus parce que nous les avons contenus. Nous avions un précortège à la marche NUPES de 4 500 personnes. Il y avait à l'intérieur un certain nombre d'individus radicalisés qui appartenaient aux mouvements extrémistes radicales violences. Je ne parle pas évidemment des militants de la NUPES qui se situaient à l'arrière, mais nous avons dû intervenir à de nombreuses reprises pour éviter des exactions. Ils étaient là, ils sont là, ils sont toujours là et nous intervenons systématiquement. Alors après, vous posez sans doute une bonne question. Comment les neutraliser en amont ? Mais nous, nous sommes tenus par des règles de droit.
– Mais ils ne sont pas identifiés, on ne connaît pas leurs adresses.
– Bien évidemment que pour certains d'entre eux, ils sont identifiés, ce sont des ultras, nous les connaissons. Bien évidemment que les services de renseignement travaillent sur les mouvances de ceux qui commettent des actes qu'on appelle de subversion violente. Donc les services de renseignement qui suivent un certain nombre d'individus, mais d'autres individus viennent s'agréger à eux, ils ne sont pas forcément connus. Puis nous sommes dans un état de droit. Quels sont les instruments juridiques dont nous disposons pour empêcher quelqu'un de participer à une manifestation ?
– Donc vous nous dites qu'on ne peut pas faire d'arrestation préventive.
– On ne peut pas préjuger de ce que des individus vont commettre des infractions. Ce n'est pas possible, c'est comme ça, ce sont des règles de droit français. Et donc nous intervenons quand ils commettent des exactions. Et évidemment qu'ils sont ensuite poursuivis, il peut y avoir des interdictions judiciaires de participer à des manifestations. Il y en a, et certains de ces individus sont frappés par ces interdictions. Et en général ne viennent pas aux manifestations parce qu'ils encourtent des peines assez lourdes.
Et donc évidemment que nous travaillons sur ces individus, mais nous ne pouvons pas empêcher tous les individus de participer à des manifestations en présumant de ce qu'ils appartiennent à des mouvements extrémistes et qui vont commettre des exactions. Ça n'est pas possible et il faut s'en féliciter parce que nous sommes quand même dans un pays de liberté et dans un état de droit. Et d'ailleurs, il faut souvent le rappeler. Nous n'avons pas la possibilité d'interdire administrativement des personnes de participer à des manifestations. Il n'y a que des interdictions judiciaires. Et franchement, il faut s'en féliciter parce que les droits et libertés, c'est aussi quelque chose d'important.
Guillaume Fard ? Sur ce point précisément, ça a été tenté quand vous étiez au gouvernement. C'était la loi anti-casseur, mais elle a été en partie censurée par le Conseil constitutionnel. Tout à fait, elle a été censurée. Sur ce qu'on a vu aujourd'hui, moi j'ai noté 4 interpellations dimanche, 11 aujourd'hui, quasiment pas d'usage de grenades lacrymogènes, pas de tir de lanceurs de balles de défense. Il y a une rupture avec votre prédécesseur ?
Il n'y a pas de rupture, ce n'était pas nécessaire. Aujourd'hui, les bons offensifs sans usage de moyens intermédiaires n'étaient pas nécessaires. Vous savez, on dit souvent que la police utilise des moyens disproportionnés. Non, on l'a démontré dimanche, on l'a démontré aujourd'hui. On arrive à repousser des fauteurs de troubles, y compris à les interpeller, parce qu'11 interpellations, c'est quand même un chiffre assez significatif, à éviter que soient commises des exactions graves en simplement déployant des bons offensifs sans usage d'armes intermédiaires.
Moi, depuis que je suis préfet de police, je tiens à autoriser personnellement l'emploi de la force, sauf évidemment lorsque nos effectifs sont mis en difficulté et se retrouvent en situation de légitime défense. Mais donc voilà, il n'y a pas de rupture dans la doctrine. Il est bien évident, Guillaume Fard, que si cet après-midi, nous avions eu des prises à partie violentes de nos effectifs, par exemple des jets de projectiles de manière soutenue sur un barrage, si nous avions eu des exactions extrêmement graves commises, je pense que l'usage de la force intermédiaire aurait été autorisé. Il n'y a pas de rupture dans la doctrine, il n'y a pas de changement de doctrine.
La doctrine, c'est la même. Permettre à la liberté d'expression, à la liberté de manifestation d'être exacts.
Les préfets passent, la doctrine demeure, c'est ce que vous êtes en train de nous dire ?
Mais bien sûr, et nous sommes là pour permettre cette liberté d'expression, cette liberté de manifestation. C'est ce que nous a demandé le ministre. Il tenait à ce que ces cortèges puissent se dérouler normalement, sans incidents qui viennent perturber les organisations syndicales et dimanche les organisations politiques de manifester. Donc c'était notre rôle, c'est ce que nous avons fait. Et nous sommes intervenus quand il y a eu des exactions. Je regrette évidemment qu'aujourd'hui, il y ait eu, et on le voit sur vos images, il y a eu le bris de vitrine d'une concession BMW. Et quelques individus seulement ont pénétré à l'intérieur, puis nous sommes intervenus immédiatement.
C'est la seule exaction grave qu'il y a eu aujourd'hui.
Vous comprenez bien que, notamment, les parties d'extrême droite qui sont présentes au Parlement vont, en vous écoutant ce soir, dire « Le préfet de police est ravi de nous dire qu'il a bien protégé la CGT aujourd'hui, mais les casseurs sont toujours là, et on a cassé cet après-midi des magasins dans les rues de Paris. »
Nous protégeons tous les manifestants, nous protégeons toutes les manifestations qui sont déclarées. La liberté de manifester, c'est quelque chose d'important. Et donc c'est l'honneur de la police nationale, la gendarmerie nationale et de la préfecture de police qui les dirige, d'être en capacité de faire en sorte que ces libertés s'exercent normalement.
Y a-t-il vu, à votre connaissance, des blessés parmi les manifestants, éventuellement parmi les fauteurs de troubles, et accessoirement, bien entendu, dans les rangs de la police ?
Alors moi, je déplore huit fonctionnaires de police qui sont blessés légers. Il n'y a pas eu de prise en charge, il n'y a pas eu d'hospitalisation. Essentiellement des contusions, puisqu'au moment des bons offensifs, ils ont quand même rencontré une certaine adversité pour repousser les fauteurs de troubles. Et je n'ai pas de bilan concernant les manifestants. J'ai vu qu'une vidéo circule, mais je n'ai pas encore d'informations très précises sur cette situation. En tout cas, je rappelle qu'il n'y a pas eu usage de force intermédiaire. Il n'y a pas eu de jet de grenade lacrymogène. Nous n'avons utilisé qu'une grenade.
C'est en cela sans doute qu'il y a une rupture à votre pré-décesseur. Vous revenez là-dessus, donc j'y reviens également, mais vous êtes venu nous voir pas en uniforme, en tenue de ville. Peut-être que votre pré-décesseur, lui, s'il était à votre place, en aurait mis un d'uniforme. Je ne sais pas si vous reprenez avant de compte, nous ne sommes pas du même camp que le préfet l'Allemand avait dit à des manifestants. Et surtout, vous dialoguez avec les organisateurs. Parce que dimanche, quand ils étaient là sur ce même plateau, les gens de la NUPES étaient plutôt contents d'avoir pu échanger avec vous avant la manifestation et pendant la manifestation.
Ils n'auraient peut-être pas dit la même chose non plus de votre pré-décesseur. Donc il y a un style Laurent Nouniaz.
Il y a effectivement des contacts que j'ai établis avec les organisateurs. Les équipes de mon pré-décesseur, je pense, le faisaient également. La préfecture de police travaille toujours avec les organisateurs. La difficulté de certaines manifestations...
Pardonnez-moi, mais monsieur le préfet, vous n'iez toute rupture de doctrine et de fonctionnement de la police et de gestion des manifestations entre vous et votre prédécesseur ?
Oui, je n'ai pas de commentaire à faire là-dessus. Encore une fois, mon rôle, celui d'idialement, c'était de faire en sorte que les manifestations se déroulent bien. C'était de les encadrer et d'intervenir quand il y avait des exactions. Vous me jugez sur deux manifestations qui se sont bien passées. Encore une fois, j'insiste.
On a bien compris que le grand forum de l'amour, ce n'est pas votre travail.
Je déplore que cette vitrine ait été brisée sur cette concession BMW. Ces manifestations se sont déroulées normalement. Nos interventions ont suffi à éviter des troubles graves et qu'il y ait beaucoup de dégradations. Il y en a très peu. Il y en a eu très peu dimanche et il y en a eu très peu aujourd'hui. Je le redis. Nos interventions ont permis d'éviter cela. Mais je ne tombe pas dans l'angélisme et je ne suis pas dans la naïveté.
Évidemment que si des dégradations graves venaient être commises lors de prochaines manifestations et encore plus si les forces de l'ordre étaient prises à partie violemment, évidemment que nous interviendrons en faisant usage de moyens intermédiaires comme nous y autorise la loi française.
Merci beaucoup monsieur le préfet de police d'avoir pris la parole ce soir en direct sur BFM TV.
Laurent Nuñez