Annie Genevard sur RTL : "Cet été est catastrophique pour les agriculteurs"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:11OuverteÉludée
Est-ce que vous êtes partie en vacances cet été, Annie Gennevard ?
- 0:37RelanceRéponse partielle
Ce n'était pas une erreur de partir ?
- 0:56OuverteRéponse directe
Cet été en tout cas est catastrophique pour les agriculteurs. Quelles sont les filières les plus touchées ?
- 1:40RelanceRéponse partielle
Mais quelle est l'ampleur des pertes ?
- 2:29FerméeÉludée
Vous vous engagez ce matin à mettre plusieurs milliards d'euros sur la table ?
- 4:37FerméeRéponse directe
Et les agriculteurs les toucheront quand ces aides ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:18Invité politiqueFait
« On est toujours mobilisés, tous les jours, tous les jours depuis le début de l'été. »
- 1:24Invité politiqueFait
« Ce n'est pas une sécheresse de plus. C'est un épisode inédit aux conséquences très lourdes pour l'agriculture. »
- 1:34Invité politiqueFait
« Évidemment, pour l'élevage, moins de fourrage, moins de production de lait. »
- 2:17Invité politiquePromesse
« Nous allons les réunir le 27 août. »
- 3:10Invité politiqueFait
« Depuis le mois de mai et de juin, mon ministère est en mode crise, gestion de crise. »
- 3:34Invité politiqueFait
« Il y a des agriculteurs qui n'ont pas produit, qui ont vu leur production complètement éteinte par la sécheresse et par la canicule. »
- 5:19Invité politiqueChiffre
« Nous prévoyons plusieurs centaines de millions d'euros d'aides sur la base des prévisions actuelles de perte de récolte. »
- 8:33Invité politiqueFait
« Il y a la loi d'urgence qui vient d'être votée. »
- 8:40Invité politiqueFait
« Moi j'appelle ça des réserves de substitution. »
Temps de parole
- Annie Genevard74 %
- Présentateur17 %
- ?5 %
- Présentateur 23 %
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Sébastien Roxel,
RTL Matin.
Et c'est la ministre de l'Agriculture, de la Souveraineté Alimentaire et de la Forêt qui est l'invité de RTL Matin. Bonjour Annie Gennevard.
Bonjour Sébastien Roxel.
Est-ce que vous êtes partie en vacances cet été, Annie Gennevard ?
Alors non, vous savez un ministre n'est jamais en vacances. On est toujours mobilisés, tous les jours, tous les jours depuis le début de l'été. Je suis mobilisée par mon ministère, que je sois à Paris ou non.
Je
pose cette question parce que lundi sur RTL, Delphine Bateau a dit qu'elle ne comprenait pas pourquoi le Premier ministre, les ministres étaient en vacances, ne rentraient pas alors qu
'on
vient à un effondrement climatique et agricole. Ce n'était pas une erreur de partir ?
Non, je pense que Madame Bateau qui a été ministre sait bien que quand on est ministre, et a fortiori Premier ministre, on est toujours sur le pont, où que l'on soit.
Cet été en tout cas est catastrophique pour les agriculteurs, Annie Gennevard. Il y
a
des champs entiers qui ont été grillés, des millions de volailles qui sont mortes de la chaleur. Est-ce qu'on peut déjà faire ce matin un état des lieux ? Quelles sont les filières les plus touchées
?
Avant toute chose,
je
voudrais dire à tous les agriculteurs ma compassion pour ce qu'ils vivaient, ma solidarité. Je sais bien qu'à travers moi,
ce
sont tous les Français qui le disent. D'ailleurs, ils sont courageux, ils sont solidaires. Vous avez vu ce qu'ils ont fait au moment des incendies. Ils ont fait partie de ceux qui nous ont protégés. Aujourd'hui, c'est à nous de les protéger. Ceux qu'ils vivent, ce n'est pas une sécheresse de plus. C'est un épisode inédit aux conséquences très lourdes pour l'agriculture, en particulier pour le maraîchage, pour certaines céréales comme le maïs. Évidemment, pour l'élevage, moins de fourrage, moins de production de lait.
Mais quelle est l'ampleur des pertes ?
Est-ce qu'on est capable de les chiffrer ce matin ?
Avec le Premier ministre, notre priorité immédiate, c'est d'épauler les agriculteurs dans cette épreuve pour protéger leurs revenus, leurs exploitations, leurs capacités de production. C'est cette réalité qui nous guide dans chaque décision que l'on prend. Alors, pour ce qui est de l'évaluation, c'est un point effectivement très important. J'ai demandé à chaque préfet d'installer cet été un comité sécheresse
et
je vais les réunir dans quelques jours pour qu'ils me fassent un état des lieux précis qui nous permettra de calibrer le plan d'aide massif que j'ai annoncé.
Ce sera quand ça ?
Nous allons les réunir le 27 août.
Je
vais les réunir et leur demander de me faire un état des lieux, territoire par territoire, filière par filière.
La
semaine dernière, vous avez annoncé un plan global pour aider les agriculteurs qui ont été touchés cet été. Il faudra plusieurs milliards d'euros, disait lundi sur RTL le patron de la FNSEA, Arnaud Rousseau. Vous vous engagez ce matin à mettre plusieurs milliards d'euros sur la table
? Alors,
d'abord, il faut savoir de quoi l'on parle. Et c'est pour ça que j'ai besoin de l'évaluation des préfets avant de citer des chiffres en l'air. Comme ça, il faut travailler avec pragmatisme, avec rigueur. C'est de l'argent public, vous savez qu'il est précieux et qu'il faut en faire le meilleur usage, l'usage le plus efficace.
D
'abord, nous n'avons pas attendu la fin de l'été pour pouvoir déployer tout un plan d'aide. Depuis le mois de mai et de juin, mon ministère est en mode crise, gestion de crise. Et je ne vais pas vous détailler tout ce que nous avons fait, mais il
y a
à la fois des aides budgétaires, mais aussi beaucoup d'allègements réglementaires.
S
'agissant du plan massif d'aide que le Premier ministre et moi avons souhaité mettre en place, il y a tout d'abord des aides d'urgence d'appui aux trésoreries. Parce qu'il
y a
des agriculteurs qui n'ont pas produit, qui ont vu leur production complètement éteinte par la sécheresse et par la canicule. Ce qui montre au passage l'importance de la question de l'eau, mais peut-être qu'on y
reviendra. On va y revenir, oui, on va y revenir.
D'aide à la trésorerie pour les agriculteurs qui sont les plus en difficulté, ceux qui n'ont pas pu produire. Et puis...
Mais donc il y aura un chiffrage des aides après le 27 août ?
Non,
mais
laissez-moi quand même vous expliquer les dispositifs qu'on va mettre en place. Bien sûr qu'il y aura un chiffrage, bien évidemment, dans les prochains jours, pour cette aide d'urgence à la trésorerie et aussi à la relance de la production. Parce qu'il y a deux choses dans la crise que vivent les agriculteurs. Il
y
a à la fois l'indemnisation pour ce qu'ils ont perdu, et aussi l'aide à retrouver des capacités à produire à nouveau l'an prochain. Donc ça, c'est le premier volet des aides à la trésorerie qui seront à la main des préfets. Ce sont les préfets qui vont disposer de ces sommes d'argent qu'ils vont pouvoir attribuer en fonction des besoins les plus urgents.
Et les agriculteurs
les toucheront
quand ces aides
?
Ça, ça peut être déployé assez rapidement dans les semaines qui viennent. Pour les pertes de production les plus importantes, celles qui dépassent l'assurance, il existe un
dispositif... Ce sont lesquels d'ailleurs
?
Eh
bien, ce sont l'arboriculture, le maraîchage, les grandes cultures, certaines grandes cultures, le monde de l'élevage, qui a un gros problème en termes d'alimentation d'animals. Donc, il existe, pour ceux qui ont perdu le plus, l'indemnité de solidarité nationale, ce qu'on appelle l'ISN, et qui sera, cette année, armé autant qu'il le faut. Nous prévoyons plusieurs centaines de millions d'euros d'aides sur la base des prévisions actuelles de perte de récolte. Et puis, je réfléchis...
C'est bien
noté, Annie Gennevard, je suis désolé, il faut qu'on avance parce que j'ai beaucoup de sujets que j'aimerais aborder.
Oui, bien, bien, je vous laisse. Avec
vous, les agriculteurs réclament à la grande distribution, en attendant ces aides, des hausses de prix immédiates. Est-ce que vous demandez aussi ? Il faut qu'ils se remettent autour de la table des négociations maintenant
?
Alors, à l'heure actuelle, on n'observe pas encore d'augmentation de prix généralisé. Il n'empêche, c'est toute la filière, jusqu'à la distribution, qui doit être mobilisée. Je sais qu'elle l'est, mais il faut en faire encore davantage compte tenu de l'impact de la sécheresse. Ce que nous vivons, c'est une obligation de solidarité généralisée. Ce n
'est
pas seulement la crise des agriculteurs, c'est notre crise à tous. Il faut accepter des calibres de fruits différents. Il faut accepter, quand un agriculteur demande, une revalorisation de ses prix. Il faut accepter de privilégier l'origine France chaque fois que c'est possible. C'est dans l'intérêt de tous. Donc là, je pense que la grande distribution jouera le jeu de la solidarité, parce qu'il y a également intérêt pour son approvisionnement.
Enfin, ça, ce n
'est
pas sûr qu'ils acceptent des hausses de prix de la grande distribution. Ils
ne sont pas du genre à faire des
cadeaux aux agriculteurs.
Mais si vous voulez, je pense que chacun a bien compris à quel point ce que nous vivons est hors normes. Et la grande distribution peut, alors évidemment, il y a la question du prix des aliments, mais il y a aussi la question de la promotion, la promotion des productions françaises, l'acceptation de calibrages un peu différents. Vous savez que ce sont des cahiers des charges exigeants.
On a bien compris, Annie Jeannebar.
Je voudrais vous faire écouter la colère de cette agricultrice varoise qui cultive des tomates, des aubergines, quasiment tout égriel et tout micro-Hertel de Manon Meyer. La récolte d'aujourd'hui,
c
'est-à-dire quatre aubergines, une tomate. On ne sait pas si on doit en rire, en fait, ou si on doit en pleurer. Plus rien ne résiste à des températures qui sont de l'ordre de plus de 45 degrés plein champ. Je me dis que les politiques publiques n'ont pas du tout pensé à la vitesse de l'arrivée de ce changement climatique, que rien n'a été fait.
Est
-ce que vous reconnaissez ce matin un échec ? Est-ce que vous dites que c
'est
vrai qu'on n
'est
pas allé assez vite dans l'adaptation au réchauffement climatique
?
Je pense qu'on vit cette année une situation tout à fait exceptionnelle, mais qui peut se répéter. On a commencé à travailler à la transition, évidemment. Le plan, le fonds hydraulique que j'ai mis en œuvre, la rénovation des vergers, le plan des serres, tout ça est mis en vous déjà depuis plusieurs années. Mais cette agricultrice a raison. Il faut passer d'une logique de réaction à une véritable réflexion sur notre modèle agricole.
Il faut
voir aujourd'hui son métier dans un climat à plus de degrés. Et ma boussole à moi, c'est de préparer l'agriculture des dix prochaines années. Parce
qu'une
France qui
ne s'adapte pas au climat est une France qui dépendra des autres pour se nourrir.
L'un des
vrais enjeux
des prochaines années, ce sera la question de l'eau. Vous avez dit que dans le plan que vous avez annoncé la semaine dernière, qu'il allait contenir des mesures sur la gestion de l
'eau.
Lesquelles
? Alors,
il y a la loi d'urgence qui vient d'être votée. Ça, c'est le premier outil de gestion de l'eau. Qui
facilite la création
de grandes retenues d'eau de bassines.
Alors, moi j'appelle ça des réserves de substitution. Et le mot a son importance.
C
'est-à
-dire
qu'on substitue au prélèvement d'été quand l'eau manque, le stockage de l'hiver. Donc c'est important de dire les choses comme elles doivent être dites. Parce que moi, je n'embrasse pas le vocabulaire des décroissants et des écologistes qui s'en prennent à l'agriculture.
Sauf que cette eau, on l
'apprend quelque part. Je veux dire, l'agriculture, c'est déjà le secteur qui de loin consomme le plus d'eau. 58% du total. Est-ce qu'on a vraiment les moyens de donner plus d
'eau
aux agriculteurs alors qu'on a 40 000 personnes en ce moment qui n'ont pas d'eau courante chez eux
? Non.
Alors je crois qu'il faut ramener les choses à leur juste proportion. Dans l'eau consommée, les agriculteurs, si on regarde l'eau qui est prélevée, pas seulement celle qui est consommée, l'agriculture représente 11% des prélèvements.
Bien loin, par exemple, derrière la
production d'énergie.
Oui, mais par exemple, les contrats, quand on
utilise l'eau, elle est tout de suite rejetée. L'eau qui
utilise les
agriculteurs, elle s'évapore. C'est pour ça que
c
'est la consommation
qui compte.
Mais M. Rouxel, ce n
'est
pas l'eau des agriculteurs, c'est l'eau de l'alimentation que nous mangeons. Quand vous mangez une tomate, c'est 90% d'eau. C'est de l'eau alimentaire, c'est de l'eau qui permet de manger ce qu'on produit en France. Si on ne veut pas permettre aux agriculteurs d'avoir accès à de l'eau quand elle manque, eh bien, tout simplement, nous nous privons de produire de l'alimentation pour les Français. Et ça, je ne peux pas m'y résoudre. Donc, la loi d'urgence, effectivement, elle apportera des réponses en matière de gestion de l'eau parce que c'est indispensable.
Cette agricultrice qui crie sa détresse, elle vous dit qu'il y a la question de la canicule, la question de la température, mais il y a aussi la question de l'accès à l'eau. Sans eau, on ne peut pas produire.
Merci beaucoup, Annie Genvard.
Annie Genevard